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Jeudi 27 avril 2006

AUBERIVE ( 6 )                           

 

 

Villeneuve 
( suite )

 

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                                                                               (...)                           Nous sommes redescendus .

J'avais retrouvé les collègues , la vie de bureau .

Heureusement qu'elle m'avait confié son adresse , pensais-je avec angoisse .

Par chance , elle demeurait dans la région parisienne .

" Je suis au pair , à Neuilly , pour deux mois encore ...

                                Je tremblais d'entendre ces paroles , qui semblaient définitives . Je lui écrivais de longues déclarations d'amour , avec ce désir en moi , chaque soir , de l'appeler au téléphone .

Aimablement , de son calme imperturbable et de sa logique toute américaine , elle se moquait de mes avances .

                                Nous convînmes d'un rendez-vous .

Je me rappelle ... Je la pris devant son école de danse , place des Invalides . Le mois d'avril était en fleurs , je la trouvais plus ravissante que jamais . Nous traversâmes les Tuileries sans dire une parole .

Tu m'avais prévenu : " Essaie juste d'entendre ce refrain , - La vie , je t'aime !

En moi pourtant , cet autre couplet psalmodiait sa réponse , au milieu des feuilles déjà flétries par une caresse mortelle d'un vent d'automne :

" Avril , elle viendra ... Septembre , je me souviendrai ."

                                Tu respirais la douceur de l'air à pleins poumons .

" Je suis si heureuse d'être ici ... Quelle  journée magnifique !

Le soleil resplendissant illuminait tes yeux d'émeraude , à moins que ce ne fût ton sourire qui monta vers lui .

                                Je n'oublierais jamais ce restaurant , vers Saint-Michel , où tu m'avais entraîné : " La Petite Hostellerie ".

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C'est devenu un lieu de pèlerinage .

" Tu m'aimes bien ?... J'ai coupé mes cheveux , murmura-t-elle d'un air ingénu qui me donnait encore plus envie de l'embrasser comme un fou !

Je lui tendis son cadeau : de nouvelles chaussures de ballerine , dont elle m'avait fait l'éloge enthousiaste à la devanture d'un grand magasin .

Sa main toucha mon bras , furtivement .

" Merci , Yann ... Je ne les mérite pas , tu n'aurais pas dû ...

Elle hésita un peu , confuse , rougissante :  "... Elles sont trop belles ...

J'allais lui répondre , saisi d'émotion .

Non , ne parle pas , je t'en prie ... Qui peut dire le faux et le réel ?

Après un silence  :  " Tu sais , je vais partir bientôt ... Je vais en Grèce avec ma copine Julie ... Tu la connais déjà , non ?

C'était celle qui vivait en Angleterre . Elles skiaient toujours ensemble .

                                Je n'eus la force que de répondre très lentement , comme anéanti déjà par l'idée de cet avenir sans elle que j'avais pressenti sans avoir le courage d'y faire face .

Et mon humour lui parut glacial , sans doute : " Je crois que je vais me jeter dans la Seine , fanfaronnai-je pour tenter de lui masquer la violence de ce deuil avec pudeur .

Elle fit semblant de ne pas vouloir comprendre , ou plutôt s'efforça de rire :

" Ouah ! Ces français , toujours romantiques !

 

                                                         

 

                                Je n'avais pas encore touché le fond .

La ramenant à l'entrée majestueuse de ce palais qu'elle habitait encore , je me sentis effondré d'y laisser ma jeune princesse , comme devant la porte infranchissable de l'absence .

Elle voulut m'encourager , disant qu'elle reviendrait pour quelques jours .

Ces derniers mots ne firent qu'aggraver ma douleur . Je la tenais tout contre moi , des larmes plein les yeux .

" Je dois rentrer ... So long , Yann !

 

                                Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .

Nul n'a senti , plus fort que moi , l'inéluctable contingence de l' homme . J'aurais voulu te suivre au bout du monde , même à travers les mers , sur le dos de mon vieil et fidèle coursier .

Si j'avais pu ...

                                Je t'aimais , Virginia .

Comme l'eau dormante du lac enflammée soudain d'une inaccessible étoile .

Je t'aimais . Tu étais mon rayon de soleil .

                                Mais dis-moi , où faut-il aller lorsqu'on arrive à la fin de son rêve ?

             

                                    ___

 

 Dan Ar Wern - Auberive ( 3e Cercle ) - 6 - Villeneuve / Kernevez ( 2 ) - Mars 1986 - Traduit du Breton par l'auteur - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved - Publié dans Al Liamm n° 336 ( Février 2003 ) . " Auberive " , Copyright 2006 . 

                                    ___ 
                                       

" Elle est si belle que la regarder touche à la souffrance ; c'est comme une âme visible ...

 Isabelle Rivière - " Images d'Alain-Fournier " - La Belle Histoire .

                                    ___

                                          

par Dan Ar Wern Official Website publié dans : Trilogie 3 / Nouvelles
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Jeudi 27 avril 2006

 

 AUBERIVE ( 6 )

 

 

                              Villeneuve

 

à Vefa de Bellaing


" And where do you go when you get to the end of your dream ? 
Où allez-vous quand
vous touchez à la fin de votr
e rêve ? "

Dan Fogelberg

 

 

                                              

                                Il faut monter pour atteindre Villeneuve .

On a quitté la grande ville, anonyme et tentaculaire, à l'aspect grisâtre , pluvieux , laissé au loin la gare de Lyon , ses fumées , ses enchevêtrements de rails et de destinées innombrables.

Gens pressés , qui courent dans tous les sens , et  se bousculent , comme des fourmis . Crissements de roues sur le fer , déchirant l' immense plainte humaine au langage incompréhensible , et là-bas , se diluant dans la foule , comme absorbée par elle , une main tendue sans espoir vers cette silhouette fugitive , l'ombre d'un sourire cherchant le visage rayonnant d'une jeune fille , vite disparue , qui , l'espace d'une seconde , vous a montré le chemin d'une vie renaissante...

                                Vous essayez de vous endormir , allongé sur votre couchette , malgré le bruit , la chaleur , la gêne provoquée par la promiscuité de six personnes , dont l'une ronfle , entassées dans cet étroit compartiment .

Les rires étouffés , le chuchotement ininterrompu de deux d'entre elles , tout là-haut , vous font croire que Laura ou Muriel vous invitent , sans toutefois les connaître , à intervenir et donner  votre avis sur leurs problèmes intimes , dont vous n'ignorez plus rien .

Puis , finalement , vous êtes vaincu par le sommeil , le roulis lancinant du wagon parvient à vous bercer ...

                                Les dernières images de la journée s'accélèrent , tandis que le train fonce à toute allure dans ce tunnel opaque des rêves inachevés : décor de bureau , poussiéreux , jaunâtre de lumière artificielle , avec ses visages glâbres , ses mains molles d'autosatisfaction .

Dossiers qu'on expédie entre deux bavardages dont l'intérêt se limite à celui de vouloir faire avancer la pendule paresseuse , clients récalcitrants , promesses d'hypocrite à une fille qu'on oubliera , parce qu"elle trompe seulement votre ennui ...

                                Toute une morne existence défile , sans nécessité , uniquement par le génie d'une mécanique absurde , incontrôlable , celle d'un jeune fonctionnaire assez seul , qui veut échapper à la monotonie quotidienne , et se retrouve englué dans la routine ...

Ce moment tant attendu de partir enfin , mais qu'aujourd'hui on avance un peu , sur le coup de six heures , car l'ivresse de la liberté , depuis la veille , vous oppresse  le coeur ,  vous noue l'estomac , vous donne envie de vomir. Cigarette sur cigarette , les minutes passent ...

Puis l'on s'enfuit comme un voleur ! 

                                D'autres visions surgissent , plus lointaines , plus imprécises , maintenant , dans la torpeur grandissante , berceau de la nuit : je me revois galopant sur un cheval fougueux , lorsque j'avais quinze ans , le long de cette grève immense et déserte , à Plestin , face à la mer déchaînée de mon enfance et de ma jeunesse .

Mon premier amour inaccessible , à la longue chevelure de miel , et que je regardais à peine ...

Elle rougissait de crainte , et nous n'osions rien dire ...

La lande était parfumée de boutons d'or et de genêts en fleur tapissant le sol des hautes falaises ; touffes printanières que le vent matinal effeuille , posées sur l'océan de toile écrue , et dont les couleurs , si tendres , viennent se perdre dans les nuages d'un ciel rosissant d'espérance .

                                " Que reste-t-il de tout cela ? , me dis-je , à mesure que l'aube toute blanchie de neige immaculée découvre les grands sapins noirs montant la garde au pied des cimes grandioses .

Seulement de " petits riens ", que le spectacle des apparences fait naître , comme un désir inassouvi flottant dans l'air et qui , parfois , voudrait tourmenter le coeur d'un jeune homme en quête d'une autre réalité, d'un autre " lui-même " ?

" Une illusion passagère " , qui dessinerait les contours imprécis d'un Ange de l'Eternel à l'ineffable destinée ?

L'impression pénible d'avoir entendu , déjà , ces paroles évanescentes que l'on retrouve au détour d'un après-midi tranquille , et qui s'envoleraient des lèvres d'une Enchanteresse vers des contrées mystérieuses ?...

Rien , peut-être, sinon que poussière au pays des songes ... De vieilles photographies ?

 

                  

                                De temps en temps je les regarde , lorsque j'ai la nostalgie d'anciens jours .

Ton visage m'entraîne encore vers ces moments de grâce et de souffrance , à la recherche d'une époque disparue .

                                Ce n'était pourtant qu'une semaine de vacances , parmi tant d'autres , dans une station de ski des Alpes .

Mais il régnait , dans ce grand chalet de montagne , une ambiance de jeunesse en fête , et moi , j'attendais quelque chose de miraculeux , sans doute , voire même "d'impossible" , ajouteras-tu plus tard sur un ton pragmatique .

" Vous , les Français , vous êtes rêveurs , comme Chateaubriand ... J'ai étudié le Romantisme ! , annonçais-tu fièrement dans un rire aguicheur où affleurait le son de ta voix délicieusement exotique , et derrière ce constat médical un peu froid , méprisant , se cachait , j'en suis sûr , l'envie inavouée d'en savoir plus et de jouer de ton charme , de faire souffrir ...

" O Virginia , y a-t-il une place dans ton coeur pour un amour blessé ? "

                                       En relisant ce poème d'autrefois , j'essaie d'imaginer ta vie présente , si étrangère désormais , de vaincre l'indifférence , mais aussi cette calme lucidité que seul le temps destructeur peut apporter  malgré nous .

Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .

Nul n'a crié plus fort que cette douleur en moi , bâtie sur du vide , écrasante et silencieuse .

Comment saisir l'insaisissable ? Comment se perdre dans les caprice du vent qui vous entraîne , et qui change , et soudain s'enfuit dans les nues ?

" Qui a vu le vent ?... Devais-je suivre l'hirondelle au-dessus de l'immense plaine marine , ou simplement me cacher à l'intérieur d'une lettre ?

Jamais je ne reçus de réponses ...

                                Tu n'écrivis qu'une fois , pour me remercier à-propos d'une valise oubliée par mégarde , et que j'avais réexpédiée à mes frais . Ce fut tout .

                                Chez toi , il n'y avait pas de place pour le passé , pas d'avenir pour ces folles descentes sur les pistes de Villeneuve , et nos crises de fou-rire , nos batailles dans la neige avec Patrick et Bernard .

Que sont-elles devenues , nos discussions passionnées sur l'oeuvre de Novalis , ou celle de Carson Mc Cullers ?

" Je suis The Sojourner , celle qui passe , lançais-tu par bravade , et toi tu es Heinrich !"

" Pauvre Henri, il pleure encore, il a perdu sa Sophie , ajoutais-tu sur le ton d'une ironie gentille et condescendante .

Je te parlais de ma Bretagne , de sa langue oubliée , méprisée , de sa culture .

" C'est drôle , vous , les Français ... Je n'ai connu ici qu'un révolutionnaire basque , et maintenant , toi !

                                Et cette soirée au piano-bar ?

Tu avais chanté ta chanson fétiche , celle de Dan Fogelberg , la nôtre :

" There's a place in the world for a gambler " , il y a une place dans le monde pour un flambeur ...

Et nous dansâmes , nous avions un peu trop bu , irish-coffee , sangria ...

" Vois-tu , Yann , il faut penser au moment présent , si tu veux être heureux .

 Je te serrais la taille , reposant ma tête sur tes longs cheveux d'or 

 Un visage d'ange effleurait le mien ...

 C'est alors que , sans crier gare , tu m'embrassas violemment !

 

( A Suivre)

                                                                    

                                    
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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 6 - Villeneuve / Kernevez ( 1 ) - Traduit du Breton par l'auteur - Mars 1986 - Publié dans N° 336 AL LIAMM , février 2003 - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved .
" Auberive " , Copyright 2006 .

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 " Etude " , par William Bouguereau ( 1898 )  

par Dan Ar Wern Official Website publié dans : Trilogie 3 / Nouvelles
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Jeudi 27 avril 2006

 

AUBERIVE ( 5 )

 

 

 

About " Villeneuve " / Au Sujet de " Villeneuve "

 

I remember this time, march 1978. I decided to go on a skiing holiday for a week. So, I got into a night-train in Paris and arrived in the morning to the Alp mountains near Serre-Chevalier.

There, we staid in a chalet, in a small village named Villeneuve-La-Salle . There I met an american young student from St-Louis (MO). There are none so distant that fate cannot bring them together ! 

I dedicated this short story to my friend and teacher in breton , VEFA DE BELLAING ( 1909-1998).

She gave her whole life to our cause. She was very brilliant and used to know a lot of things about literature, celtic countries and classical breton musicians such as Paol Ar Flemm , Paol Ladmirault ,  Guy Ropartz , Jef Ar Penven , and many others, all well-known .

She died on the 16th of april 1998 , as " trees and flowers of spring came into blossom ".

Pray for her .

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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - About " Villeneuve " / Au Sujet De " Villeneuve " - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .

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Lundi 24 avril 2006

                               

AUBERIVE ( 3 )

 

 

 

 

 

La Rencontre , Pistes et Réflexions 
( suite )

 

 

                                 (.../...) Dans l'errance, l'âme s'interroge éternellement sur les raisons de sa chute et de son incarnation.

Tout est inversé d'un monde à l'autre, de l'inconscient vers le conscient :

" Depuis longtemps, des millénaires, je trouve cette vie longue, ennuyeuse.../ Setu pell'zo, milvedoù, e kavan ar vuhez-se enoeüs hag hir ...

Le bureau ressemble à une tombe, la mort ne devant être qu'un passage, une porte qui ouvre, comme celle du Grand Palais, sur d'ineffables splendeurs.

Mais il faudra que le Voile s'écarte, celui d'Isis ou de Dana, la grande Prêtresse, ( ici , Laura) et que le drap du Temple de Salomon se déchire, découvrant le Sanctuaire, comme c'est arrivé le jour de la Passion du Christ .

Allant, comme Orphée , à la recherche d'Eurydice , qu'y trouverons-nous , caché derrière le miroir ?

" La beauté, qui peut seule sauver nos idées les plus insignifiantes, les plus viles ."/ Ar gened, a zo saveteerez nemeti hor menozioù disteran.

                                 Se pose aussi l'angoissante question du Bien et du Mal.

Sans la souffrance, l'amour seul vivrait-il ?

Mon chef-comptable ignore tout de la numérologie, du moins selon les apparences. Mais il cherche sa route à tatons.

C'est le chemin des Alchimistes . Le " bleu" de la lettre initie l'absolu dans le monde sensible. Dans la matière, l'ordre des couleurs se trouve partiellement inversé. Rouge, Noir, Blanc, c'est-à-dire éruption, lave et cendres des volcans : L'Etna , le Stromboli .

La finalité de l'Alchimie est de découvrir la Pierre Philosophale .

" Tu es Pierre , et sur cette pierre, je bâtirai Mon Eglise."

La transmutation de la matière connaissait trois phases : L'oeuvre au Noir, qui correspond à la Putréfaction, l'oeuvre au Blanc, figurant la Résurrection, l'oeuvre au Rouge enfin, dernière étape, celle de la Rubification.

Mais le véritable but caché, c'était la transformation de l'adepte lui-même.

Son travail sur la Pierre, ainsi que ses recherches méticuleuses, lui permettaient de changer peu à peu , mais en profondeur, l'état de sa propre conscience, comme il avait métamorphosé d'ailleurs ceux de la matière avec peine.

C'est ce que préconisait Teilhard De Chardin , lorsqu'il évoquait l'alchimie des âmes. Son " Oméga" ne représente-t-il pas le point suprême, ce lieu privilégié qui est, sans doute aussi, l'aboutissement de l'oeuvre alchimique, là où toute la Création se dévoile ?

Ne sera-t-il pas donné au "possesseur" de la Pierre Philosophale d'embrasser le cosmos, même sans avoir besoin de contempler le firmament ?

Telle est la devise des alchimistes : V.I.T.R.I.O.L ( Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem = Visite les parties intérieures de la terre, en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée ).

Tout d'abord, notre héros ne désire pas suivre le " bon chemin". C'est qu'il ne lui semble pas assez long. L'existence n'est-elle pas une épuration nécessaire de l'âme ?

Il se sent ensuite frustré, parce qu'il a pris conscience, le moment venu, de ses erreurs. Le diable lui montre qu'il a fait fausse route en refusant d'assumer sa propre vie.

Mais un coin du voile s'est déchiré. Le visage de sa femme, à douze heures trente, lui offre , telle une antique Pythie , le spectacle de l'éternité dans le renouvellement des choses.

Le masque pose toujours la m ême question lancinante : Qu'as-tu fait de ta vie ?

Naissance de la " magie " de Noël , fête tragique rappelant aux hommes qu'il n'est plus temps d'espérer, mais de mourir. 

Ce moment de l'Avent qui favorise une rencontre angoissante avec son double ignoré, l'Autre, par laquelle nous éprouvons cette douleur affreuse de la vision d'une vie perdue ou qui semble gâchée irrémédiablement .

Notre bonne conscience ne se nomme-t-elle pas aussi mauvaise foi ?

                                 La bipartition de l'humain, créature homme et femme, est relié au récit de l'Arbre de la Connaissance , dans la Genèse.

Mais , si la femme est tentatrice, ( " La Tentation "/ An Temptadur), elle est aussi l'instrument de notre rédemption.

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DAN AR WERNAuberive  ( 3e cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et Réflexions - ( suite ) - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Auberive " , Copyright 2006 .

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Lundi 24 avril 2006

 

 

 AUBERIVE ( 3 )

 

 

 

 La Rencontre  , Pistes et Réflexions

 

 

 

1 - Le côté "littéraire"

 

                                 Le 1er juin 1905, jeudi de l'Ascension , sur les marches du Grand-Palais , se trouve une belle demoiselle accompagnée d'une souriante dame en noir.

Cette grande jeune fille blonde, portant un manteau " marron clair " ainsi qu'un " gracieux chapeau de roses ", n'est autre que la Femme capitale , celle qui bouleversa toute la vie d'Alain-Fournier, " cette âme frêle d'ancien satin " qu'il évoque dans son roman " Le Grand Meaulnes " sous le nom d'Yvonne de Galais.

 

 

 

2 - Le côté profane, superficiel, exotérique 

 

 

                                  Il s'agit là du problème de l'individu moderne au coeur des grandes villes , coincé dans sa vie quotidienne, muré dans un sentiment de solitude. ( " Le silence grandit comme un cancer ", dit la chanson- The Sounds of Silence/ Simon and Garfunkel).

Comment faire pour briser les apparences, qui sont toujours fausses ?

La notion d'incommunicabilité : " Il faut toujours faire semblant"/ Ret eo bepred ober neuz.

La .télévision, la peinture : au-delà des images, plus loin que ce qu'on croît connaître, que découvre-t-on ?

" J'ignorais même son nom"/ N'anavezen ket e anv zoken ( au sujet de Bouguereau).

Illusions, monde qu'on se construit comme des idées toutes faites, fausses certitudes. ( " Et pourtant, il me semble que je vous connais "/ Ha koulskoude, a gav din, ho anavezout a ran).

Où se trouve le réel ?

" Sourires empreints de fausse prévenance "/ minc'hoarzhoù damantus.

" S'efforcent-ils, tous, d'afficher de si sombres, si tristes apparences ?"/ Hag e ra van an holl, da ziskouez diavaezioù ken sirius pe ken tenval.

                                 La signification religieuse de Noël se réduit à celle d'un décor de fête foraine.

A notre époque, peu importe ce que vraiment vous êtes. Ne s'agit-il pas, d'abord, d'avoir un " look " ?

                                 " Ne voyons-nous pas, en effet, comme les hommes se laissent prendre volontiers par toutes les apparences, par toutes les paroles vides des bateleurs de la politique, de la science, de l'art ? " ( Edmond Delcamp - " Le Tarot Initiatique ").

 

 

 

3- Le côté profond, symbolique, ésotérique

 

 

                                 " Connais-toi toi même, et tu connaitras l'univers et les dieux ".

C'est ce que l'adage affirme.

Qu'y a-t-il , outre l'illusoire chimère, au-delà des mots ?

 Mais il est difficile d'aller de l'autre côté du miroir, de découvrir la face cachée de l'iceberg, de franchir les limites de la conscience.

La vérité nous échappe.

Et pourtant, l'Homme ne peut se satisfaire de faux-semblants.

Depuis toujours, quelque chose, en lui, le fait souffrir. Il est devenu aveugle, comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l'incarnation.

" J'attends quelque chose d'imprécis, dont je ne peux saisir l'enjeu essentiel, à l'autre bout de la salle ". / Gortoz a ran ne vern petra resis hag a vefe lec'hiet e penn all ar sal-man.

                                 Le nombre symbolique et sacré , celui qui est censé régir notre univers, semble tombé maintenant dans la routine d'une affreuse comptabilité. (" Aligner des chiffres /steudan sifroù).

Pourtant, ne nous interroge-t-il pas depuis l'aube des siècles ?

N'est-ce pas parce que, pour celui qui sait voir, et selon la parole d'Hermès Trimégiste , " tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ?"

" Je ne vous connais pas. Et pourtant, il me semble que je vous connais."

                                 Jung , le fameux psychanalyste, a voulu dépasser la notion d'inconscient, pour l'élargir à celle d'inconscient collectif.

 

 

 

Les symboles, qui s'appliquent de manière générale , quelles que soient la tradition des origines, seraient un chemin privilégié de communication.

" Mes voies sont supérieures à vos voies, et mes pensées plus élevées que vos pensées ", disait le Seigneur à Isaïe.

On peut ainsi s'interroger sur le sens du nombre Douze : douze mois dans l'année, douze signes du Zodiaque, douze travaux d'Hercule , douze chevaliers de la Table Ronde , etc...

Deux fois douze heures pour le jour succédant à la nuit.

Pie XI , grand pape à la Foi intrépide, a écrit :

" L'Univers n'est si resplendissant de divine poésie que parce qu'une divine mathématique, une divine combinaison de nombres règle ses mouvements ."

" Douze heures trente , aujourd'hui.../ Hiziv da greisteiz hanter... Certains prétendent que cette durée symbolisait l'achèvement d'un cycle, et le début d'un autre...

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 3 - " La Rencontre , Pistes et Réflexions " (1985-1993 ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 . 

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