
Premier Cercle : A La Pointe du Jour

Le Passeur des
Mondes ( VII )
Deuxième Partie
/ L'Accomplissement /
" Les idées qu'il s'était faites du voyage , n'avaient pas été accompagnées de l'impression étrange qu'il ressentait à cette heure où
, pour la première fois , le monde de son enfance lui était brusquement enlevé , et où il semblait jeté par les flots sur une rive étrangère . "
Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " , I , 2.
- Gaeltacht -
7 - La Jeune Fille et la Licorne
" Mais moi , je dévoilerai ce trésor plus précieux que l'or à ceux qui m'écoutent . "
Poème d'Orphée
" ... La curiosité qui était mienne et , par la suite , me joua
bien des tours , fut la plus forte .
Quittant ma cachette , je parvins à m'élancer dans le couloir .
Dans la pièce d'où m'étaient parvenues , je crois , des bribes de ce mystérieux dialogue , il n'y avait plus , maintenant , que le silence le plus absolu , l'obscurité la plus totale .
Tremblant de peur , j'en franchis néammoins la porte , à la recherche d'un
éclaircissement .
Celui-ci ne tarderait sans doute pas à venir : j'avais confiance !
Malgré l'inexplicable , fenêtres fermées et persiennes closes ne pourraient longtemps braver , en effet , la sagacité de mes jeunes ans .
Tout de suite , je reconnus la " Chambre Rouge " de la veille , ce salon de musique où avait joué , naguère , la ravissante violoniste , qui me
fascinait tant .
Mais un autre bruit , tout à coup , me fit " plonger " derrière un fauteuil .
Une silhouette
masquée de noir venait brusquement de surgir , et je n'eus de cesse , complètement terrorisé , que de me rendre le plus insignifiant , le plus petit possible .
Je tentai même de bloquer ma respiration !
Le plus frappant , poursuivait Roll encore , c'est que je vis l'homme disparaître derrière le
mur !... "
La suite de la lettre narrait sa folle aventure .
Essayant de comprendre où avait bien pu se glisser l'ombre terrifiante , il s'était précipité à sa recherche , voulant pénétrer , la tête la première , dans la cheminée qui lui faisait face
.
Il revit alors les guirlandes fleuries décorant son manteau , juste au-dessus de l'âtre .
Toute une série de figures particulières , composées de trois cercles piqués de roses ,
formaient leur trame .
Il en compta vingt-deux .
Bien plus tard , son professeur devait lui enseigner la signification de cet emblème , alors qu'il suivait un cours d'histoire au lycée Lakanal
.
C'était celui qu'avait porté Constantin , triomphant , pour la plus grande gloire du Christ , à la bataille du Pont Milvius .
Mais aujourd'hui , les deux lettres " X " et " P " s'entrecroisant , avec un petit " s " enlacé au pied de la seconde , n'évoquaient pas grand chose à sa
mémoire enfantine ...
Au
bout de quelques instants , pressant du doigt la surface d'une sculpture , il avait fini par découvrir le mécanisme qui lui ouvrirait un passage vers ce monde mystérieux des souterrains du
château , là où , pensait-il , se trouvait peut-être son compagnon .
Descendre à tâtons les quelques degrés d'un escalier branlant mangé par la mousse , fut , pour notre ami , l'affaire d'une minute .
Il se retrouva bientôt dans une sorte de cave très humide , où l'on ne voyait goutte .
Sortant sa lampe à pétrole du sac , il finit par découvrir un long corridor assez cahotique , en légère déclive , tout encombré de gravats et de pierres descellées .
Puis il marcha durant un bon quart d'heure avec précaution , car les dalles du sol étaient fort glissantes .
Peu après , de faibles échos de voix lui parvinrent , comme une lueur parut dans le lointain ...
Ce
qu'il découvrit , dans la pénombre envahissante , l'émerveilla .
S'avançant avec un peu de crainte , il déboucha sur une grotte souterraine , sorte de crypte , éclairée seulement de quelques flambeaux fixés à la roche grâce à des tenons de fer .
On
aurait dit une ancienne chapelle secrète , aux allures de caverne , dont les voûtes , qu'on devinait parfois dans la lueur vacillante des torches , laissaient voir de la mousse et de la
moisissure verdâtre .
Il s'approcha encore , les voix semblant venir de plus loin .
Franchissant
un étroit couloir de communication , Roll parvint ensuite aux abords d'une nouvelle salle , assez vaste , presque identique à la première , et gardée par des hommes casqués , portant la croix
rouge templière sur leur tunique de lin blanc .
De chaque côté , douze personnages masqués , vêtus de noir , occupaient , contre la muraille , des stalles délicatement sculptées .
Le Grand Maître , semblait-il , présidait seul à la Table Ronde faisant office de choeur , au milieu de la pièce , et qui était recouverte d'un drap noir semé d'hermines blanches , sur laquelle
un crucifix d'or , irradiant de tous côtés sa lumière , était dressé .
A
son appel , tous les " prêtres " , dont la robe s'ornait de trois bandes blanches dans un cercle , une sorte de " Tribann " , se levèrent ensemble , puis se prosternèrent devant
la croix celtique , finement ciselée de motifs divers , feuilles de chêne , cygnes ou sangliers .
L'un d'eux , d'une voix solennelle , se mit à réciter la " Prière des Druides " , prononçant chaque mot avec beaucoup d'emphase et de recueillement :
" Par OIW , l'Inconnaissable ! Accorde-nous Ton aide
,
Et par Ton aide , la Force ;
Par la Force , l'Efficience
;
Par l'Efficience , l'Entendement ;
Par l'Entendement , le Discernement de tout ce qui est juste ;
Par le Discernement de tout ce qui est
juste , l'Amour de tout ce qui vit ;
Par l'Amour de tout ce qui vit , l'Amour de Toi , O , Inconnaissable !
"
Puis le chef prit la parole à son tour , après un silence , lorsque tout le monde fut tranquillement retourné à sa place .
" ... Compagnons du Graal , chers frères , notre Grand Druide sera content d'apprendre que la mission qu'il vous a assignée , est couronnée de succès !
Les documents que nous avons trouvés à Lorient sont d'un intérêt capital pour notre cause . Ils prouvent aussi le parjure et la trahison de celui qui va être introduit devant vous .
Bientôt , l'indépendance , que nous avons connue pendant mille ans , reviendra !
Grâce à vous , grâce à votre courage !
Aussi , serons-nous sans pitié pour tous les traîtres ! Ceux qui , obéissant à des puissances étrangères , veulent nous voler ce trésor de puissance , vraie richesse de
notre pays !
Qu'on amène le coupable ! , vociféra-t-il encore d'un ton cruel , impitoyable .
Et que vive le Groupement Autonome Armé de Libération , que vive la Bretagne , Enor d'ar Gwenn Ha Du
! "
Roll n'eut qu'à peine le temps de dévisager avec stupéfaction ce personnage qui devait comparaître , tête basse , devant la Haute Assemblée .
Quatre hommes , le tenant solidement , l'amenèrent ligoté , baillonné !
C'était le vieux marquis .
Mais déjà , le téléphone , posé dans un coin de la table , avait sonné .
Le Grand Maître , décrochant le combiné , prononça quelques mots à part , puis , s'adressant à ses comparses :
" ... Messieurs , je voulais vous parler de notre prochaine mission , mais je crois que les loups , si j'ose dire , sont déjà dans la bergerie . Ah , Ah ! "
Et se mettant à rire d'une voix tonitruante , il se dirigeait tout droit vers notre jeune ami ...
Dans la fin de sa lettre , ce dernier racontait comment il s'était vu , sous peine de mort , contraindre au silence .
Il n'avait jamais rien révélé à quiconque de toute cette histoire , car on lui avait fait comprendre , s'il agissait autrement , ce que cela signifierait pour lui et les siens .
Puis
, contemplant la voûte céleste , il rappelait à Yann cette vision troublante qu'il avait faite au souvenir de celle à peine entrevue :
" J'essaie encore de peindre mon âme des couleurs de sa lumineuse présence , lui avouait-il , résigné devant le caractère
inéluctable du Destin .
" Mais pourquoi cette image doit-elle revenir , sans cesse , troubler le cours de ma pauvre vie ? "
" Elle ressemble à une
jeune vierge , étendue nonchalamment sur le sol incliné d'une colline verdoyante , tenant son bras plié au-dessus de la tête , avec une
main paume ouverte , et des doigts tendus vers le firmament ...
" Sa nudité est cachée par les ombres de la nuit , tandis que la Lune éclaire son beau visage d'adolescente au regard pur et sensible ...
" Une chevelure abondante , couleur miel , aux reflets mordorés , vient couvrir sa poitrine du ruissellement de ses boucles , des entrelacs de ses mèches , tel un
flot jaillissant qui finit par mourir et se perdre dans l'océan d'herbe fraîche et fleurie ...
" A qui rêve-t-elle , à quoi donc ? Et quel est ce mystère qui l'entoure
?
" Se sent-elle gagnée par un frisson de convoitise lorsqu'un nuage au mâle faciès la dévisage obstinément ?
"
Son corps doit être celui d'une fée , tant il impressionne par la grâce de sa beauté , la délicate finesse de son teint de pêche ; avec ses longues jambes dont le
repli montre le ciel , et qui viennent se poser ensuite , infiniment , sur le sol , deux frêles tiges de plantes fragiles , timides ou craintives ...
" Ressemblerait-elle à ces fleurs du premier plan , qui lui font cortège , et l'entourent d'un halo lumineux ?
" Des arums , sans doute , communiant à la Source par les reflets bleutés de leur aube blanche ? ...
" ... Corolles translucides , baignant les rivages diaphanes de l'immensité nocturne ; pistils qui se dressent comme des antennes de
métal doré , paraissant capter toute la poésie , le mystère insondable de cette scène magique , pour s'en nourrir jusqu'à l'extase ; prolongement des racines souples , qui s'élancent
avec vigueur , du bas vers le haut , dans un total abandon ...
"
Destinée sublime , existence éphémère ? , s'interrogeait-il avec tristesse ...
" Une Licorne magnifique , envoûtante , aux yeux cristallins d'aigue-marine , vient écarter avec fougue le rideau bleu encre des constellations , qui l'empêchait
de gambader à son aise : au-delà du " miroir " , sur cette prairie baignée de Lune , elle rejoint son double , caressant la jeune élue de sa crinière tamisée
d'argent ...
" Son regard transparent reflète la Sagesse éternelle des Mondes , compréhensif et tendre , aussi utile et rassurant que l'éclat du phare , au
milieu des récifs d'un océan tourmenté ...
" Elle est fille du ciel , violente et passionnée , mais fière , courageuse et noble ; elle a traversé l'univers , fécondant androgyne , laissant derrière elle ,
comme une étoile filante , un sillon d'incandescence aux éclats scintillant de platine ...
" Ses sabots de jument farouche ont labouré l'édredon clair-obscur des nues , qui ressemble au ballet sans fin des vagues de mousse écumante
...
" Elles ont rendez-vous , semble-t-il , toutes les deux : vibrations des ondes qui s'entrechoquent , faisant frémir et s'agiter d'innombrables filaments et fibres
, crinière , cheveux en cascade , panache de la queue , herbe moelleuse et pistils ...
" Quant à cette corne ... Elle est auréolée d'un Diamant de Lune
...
" Elle centralise toutes les sensations , toutes les émotions , comme un transformateur à l'écoute de toutes les sensibilités intergalactiques ...
Grâce à elle , par l'universalité de sa science , par la profondeur de son amour , vous pouvez entrevoir tous les mystères des Intelligences régnant dans les
contrées les plus lointaines de la Création Divine ... "
Mais était-ce bien Virginia , cette jeune fille nue , si gracieusement couchée , que le spectacle des étendues stellaires fascine et métamorphose ?
" Vous m'avez vue naître , et vous ignorez mon nom ?
C'était cette question qu'à son heure , l'animal , surgi de la fosse abyssale des temps immémoriaux , venait certainement de lui poser .
Roll s'en montrait persuadé , lui qui n'avait pu , jusqu'à ce jour , vivre auprès d'elle .
" Pourquoi ? , se demandait-il .
... Pourquoi ce voyage , à bord de la " Mari-Morgane " , emmenant deux gamins qui commençaient leur vie ?...
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Poster : " Angel of the Gods " , by Greg Hildebrandt











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