Concours

Recommander

Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 17:07

AUBERIVE ( 5 )                           

 

 

Villeneuve 
( suite )

 

undefined  

  undefined

                                                                               (...)                           

                     Nous sommes redescendus .

J'avais retrouvé les collègues , la vie de bureau .

Heureusement qu'elle m'avait confié son adresse , pensais-je avec angoisse .

Par chance , elle demeurait dans la région parisienne .

" Je suis au pair , à Neuilly , pour deux mois encore ...

                        Je tremblais d'entendre ces paroles , qui semblaient définitives . Je lui écrivais de longues déclarations d'amour , avec ce désir en moi , chaque soir , de l'appeler au téléphone .

Aimablement , de son calme imperturbable et de sa logique toute américaine , elle se moquait de mes avances .

                        Nous convînmes d'un rendez-vous .

Je me rappelle ... Je la pris devant son école de danse , place des Invalides . Le mois d'avril était en fleurs , je la trouvais plus ravissante que jamais . Nous traversâmes les Tuileries sans dire une parole .

Tu m'avais prévenu : " Essaie juste d'entendre ce refrain , - La vie , je t'aime !

En moi pourtant , cet autre couplet psalmodiait sa réponse , au milieu des feuilles déjà flétries par une caresse mortelle d'un vent d'automne :

" Avril , elle viendra ... Septembre , je me souviendrai ."

                        Tu respirais la douceur de l'air à pleins poumons .

" Je suis si heureuse d'être ici ... Quelle  journée magnifique !

Le soleil resplendissant illuminait tes yeux d'émeraude , à moins que ce ne fût ton sourire qui monta vers lui .

                        Je n'oublierais jamais ce restaurant , vers Saint-Michel , où tu m'avais entraîné : " La Petite Hostellerie ".

undefined

C'est devenu un lieu de pèlerinage .

" Tu m'aimes bien ?... J'ai coupé mes cheveux , murmura-t-elle d'un air ingénu qui me donnait encore plus envie de l'embrasser comme un fou !

Je lui tendis son cadeau : de nouvelles chaussures de ballerine , dont elle m'avait fait l'éloge enthousiaste à la devanture d'un grand magasin .

Sa main toucha mon bras , furtivement .

" Merci , Yann ... Je ne les mérite pas , tu n'aurais pas dû ...

Elle hésita un peu , confuse , rougissante :  "... Elles sont trop belles ...

J'allais lui répondre , saisi d'émotion .

Non , ne parle pas , je t'en prie ... Qui peut dire le faux et le réel ?

Après un silence  :  " Tu sais , je vais partir bientôt ... Je vais en Grèce avec ma copine Julie ... Tu la connais déjà , non ?

C'était celle qui vivait en Angleterre . Elles skiaient toujours ensemble .

                        Je n'eus la force que de répondre très lentement , comme anéanti déjà par l'idée de cet avenir sans elle que j'avais pressenti sans avoir le courage d'y faire face .

Et mon humour lui parut glacial , sans doute : " Je crois que je vais me jeter dans la Seine , fanfaronnai-je pour tenter de lui masquer la violence de ce deuil avec pudeur .

Elle fit semblant de ne pas vouloir comprendre , ou plutôt s'efforça de rire :

" Ouah ! Ces français , toujours romantiques !

 

                                                         

 

                        Je n'avais pas encore touché le fond .

La ramenant à l'entrée majestueuse de ce palais qu'elle habitait encore , je me sentis effondré d'y laisser ma jeune princesse , comme devant la porte infranchissable de l'absence .

Elle voulut m'encourager , disant qu'elle reviendrait pour quelques jours .

Ces derniers mots ne firent qu'aggraver ma douleur . Je la tenais tout contre moi , des larmes plein les yeux .

" Je dois rentrer ... So long , Yann !

 

                        Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .

Nul n'a senti , plus fort que moi , l'inéluctable contingence de l' homme . J'aurais voulu te suivre au bout du monde , même à travers les mers , sur le dos de mon vieil et fidèle coursier .

Si j'avais pu ...

                    Je t'aimais , Virginia .

Comme l'eau dormante du lac enflammée soudain d'une inaccessible étoile .

Je t'aimais . Tu étais mon rayon de soleil .

                       Mais dis-moi , où faut-il aller lorsqu'on arrive à la fin de son rêve ?

             

                                    ___

 

 Dan Ar Wern - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez ( 2 ) - Mars 1986 - Traduit du Breton par l'auteur - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved - Publié dans Al Liamm n° 336 ( Février 2003 ) . " Auberive " , Copyright 2006 .
 

                                    ___ 
                                       

" Elle est si belle que la regarder touche à la souffrance ; c'est comme une âme visible ...

 Isabelle Rivière - " Images d'Alain-Fournier " - La Belle Histoire .

                                    
                                    ___

                                          

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Ecrivains Bretons
Voir les 0 commentaires
Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 10:12

 

 AUBERIVE ( 5 )

 

 

                              Villeneuve

 

Pour Vefa de Bellaing


" And where do you go when you get to the end of your dream ? 
Où allez-vous quand
vous touchez à la fin de votr
e rêve ? "

Dan Fogelberg

 

 

                                              

                                Il faut monter pour atteindre Villeneuve .

On a quitté la grande ville, anonyme et tentaculaire, à l'aspect grisâtre , pluvieux , laissé au loin la Gare de Lyon , ses fumées , ses enchevêtrements de rails et de destinées innombrables.

Gens pressés , qui courent dans tous les sens , et  se bousculent , comme des fourmis . Crissements de roues sur le fer , déchirant l' immense plainte humaine au langage incompréhensible , et là-bas , se diluant dans la foule , comme absorbée par elle , une main tendue sans espoir vers cette silhouette fugitive , l'ombre d'un sourire cherchant le visage rayonnant d'une jeune fille , vite disparue , qui , l'espace d'une seconde , vous a montré le chemin d'une vie renaissante...

                                Vous essayez de vous endormir , allongé sur votre couchette , malgré le bruit , la chaleur , la gêne provoquée par la promiscuité de six personnes , dont l'une ronfle , entassées dans cet étroit compartiment .

Les rires étouffés , le chuchotement ininterrompu de deux d'entre elles , tout là-haut , vous font croire que Laura ou Muriel vous invitent , sans toutefois les connaître , à intervenir et donner  votre avis sur leurs problèmes intimes , dont vous n'ignorez plus rien .

Puis , finalement , vous êtes vaincu par le sommeil , le roulis lancinant du wagon parvient à vous bercer ...

                                Les dernières images de la journée s'accélèrent , tandis que le train fonce à toute allure dans ce tunnel opaque des rêves inachevés : décor de bureau , poussiéreux , jaunâtre de lumière artificielle , avec ses visages glâbres , ses mains molles d'autosatisfaction .

Dossiers qu'on expédie entre deux bavardages dont l'intérêt se limite à celui de vouloir faire avancer la pendule paresseuse , clients récalcitrants , promesses d'hypocrite à une fille qu'on oubliera , parce qu'elle trompe seulement votre ennui ...

                                Toute une morne existence défile , sans nécessité , uniquement par le génie d'une mécanique absurde , incontrôlable , celle d'un jeune fonctionnaire assez seul , qui veut échapper à la monotonie quotidienne , et se retrouve englué dans la routine ...

Ce moment tant attendu de partir enfin , mais qu'aujourd'hui on avance un peu , sur le coup de six heures , car l'ivresse de la liberté , depuis la veille , vous oppresse  le coeur ,  vous noue l'estomac , vous donne envie de vomir. Cigarette sur cigarette , les minutes passent ...

Puis l'on s'enfuit comme un voleur ! 

                           D'autres visions surgissent , plus lointaines , plus imprécises , maintenant , dans la torpeur grandissante , berceau de la nuit : je me revois galopant sur un cheval fougueux , lorsque j'avais quinze ans , le long de cette grève immense et déserte , à Plestin , face à la mer déchaînée de mon enfance et de ma jeunesse .

Mon premier amour inaccessible , à la longue chevelure de miel , et que je regardais à peine ...

Elle rougissait de crainte , et nous n'osions rien dire ...

La lande était parfumée de boutons d'or et de genêts en fleur tapissant le sol des hautes falaises ; touffes printanières que le vent matinal effeuille , posées sur l'océan de toile écrue , et dont les couleurs , si tendres , viennent se perdre dans les nuages d'un ciel rosissant d'espérance .

                           " Que reste-t-il de tout cela ? , me dis-je , à mesure que l'aube toute blanchie de neige immaculée découvre les grands sapins noirs montant la garde au pied des cimes grandioses .

Seulement de " petits riens ", que le spectacle des apparences fait naître , comme un désir inassouvi flottant dans l'air et qui , parfois , voudrait tourmenter le coeur d'un jeune homme en quête d'une autre réalité, d'un autre " lui-même " ?

" Une illusion passagère " , qui dessinerait les contours imprécis d'un Ange de l'Eternel à l'ineffable destinée ?

L'impression pénible d'avoir entendu , déjà , ces paroles évanescentes que l'on retrouve au détour d'un après-midi tranquille , et qui s'envoleraient des lèvres d'une Enchanteresse vers des contrées mystérieuses ?...

Rien , peut-être, sinon que poussière au pays des songes ... De vieilles photographies ?

 

                  

                                De temps en temps je les regarde , lorsque j'ai la nostalgie d'anciens jours .

Ton visage m'entraîne encore vers ces moments de grâce et de souffrance , à la recherche d'une époque disparue .

                                Ce n'était pourtant qu'une semaine de vacances , parmi tant d'autres , dans une station de ski des Alpes .

Mais il régnait , dans ce grand chalet de montagne , une ambiance de jeunesse en fête , et moi , j'attendais quelque chose de miraculeux , sans doute , voire même "d'impossible" , ajouteras-tu plus tard sur un ton pragmatique .

" Vous , les Français , vous êtes rêveurs , comme Chateaubriand ... J'ai étudié le Romantisme ! , annonçais-tu fièrement dans un rire aguicheur où affleurait le son de ta voix délicieusement exotique , et derrière ce constat médical un peu froid , méprisant , se cachait , j'en suis sûr , l'envie inavouée d'en savoir plus et de jouer de ton charme , de faire souffrir ...

" O Virginia , y a-t-il une place dans ton coeur pour un amour blessé ? "

                              En relisant ce poème d'autrefois , j'essaie d'imaginer ta vie présente , si étrangère désormais , de vaincre l'indifférence , mais aussi cette calme lucidité que seul le temps destructeur peut apporter  malgré nous .

Longtemps j'ai pleuré , longtemps j'ai souffert .

Nul n'a crié plus fort que cette douleur en moi , bâtie sur du vide , écrasante et silencieuse .

Comment saisir l'insaisissable ? Comment se perdre dans les caprice du vent qui vous entraîne , et qui change , et soudain s'enfuit dans les nues ?

" Qui a vu le vent ?... Devais-je suivre l'hirondelle au-dessus de l'immense plaine marine , ou simplement me cacher à l'intérieur d'une lettre ?

Jamais je ne reçus de réponses ...

                           Tu n'écrivis qu'une fois , pour me remercier à-propos d'une valise oubliée par mégarde , et que j'avais réexpédiée à mes frais . Ce fut tout .

                                Chez toi , il n'y avait pas de place pour le passé , pas d'avenir pour ces folles descentes sur les pistes de Villeneuve , et nos crises de fou-rire , nos batailles dans la neige avec Patrick et Bernard .

Que sont-elles devenues , nos discussions passionnées sur l'oeuvre de Novalis , ou celle de Carson Mc Cullers ?

" Je suis The Sojourner , celle qui passe , lançais-tu par bravade , et toi tu es Heinrich !"

" Pauvre Henri, il pleure encore, il a perdu sa Sophie , ajoutais-tu sur le ton d'une ironie gentille et condescendante .

Je te parlais de ma Bretagne , de sa langue oubliée , méprisée , de sa culture .

" C'est drôle , vous , les Français ... Je n'ai connu ici qu'un révolutionnaire basque , et maintenant , toi !

                                Et cette soirée au piano-bar ?

Tu avais chanté ta chanson fétiche , celle de Dan Fogelberg , la nôtre :

" There's a place in the world for a gambler " , il y a une place dans le monde pour un flambeur ...

Et nous dansâmes , nous avions un peu trop bu , irish-coffee , sangria ...

" Vois-tu , Yann , il faut penser au moment présent , si tu veux être heureux .

 Je te serrais la taille , reposant ma tête sur tes longs cheveux d'or 

 Un visage d'ange effleurait le mien ...

 C'est alors que , sans crier gare , tu m'embrassas violemment !

 

( A Suivre )

                                                                    

                                    
undefined

DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 5 - Villeneuve / Kernevez ( 1 ) - Traduit du Breton par l'auteur - Mars 1986 - Publié dans N° 336 AL LIAMM , février 2003 - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved .
" Auberive " , Copyright 2006 .

                                     ___

 

 " Etude " , par William Bouguereau ( 1898 )  

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Ecrivains Bretons
Voir les 0 commentaires
Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 09:35

 

AUBERIVE ( 4 )

 

 

 

About " Villeneuve " ( Au Sujet de " Villeneuve " )


 


I , sometimes , have a look back to this time, march 1978 . I decided to go on a skiing holiday for a week . So , I got into a night-train from Paris and arrived in the morning to the Alps , near Serre-Chevalier.

As they say there are none so distant that fate cannot bring them together , I had sure to meet there , in a small village named Villeneuve-La-Salle , an american young woman student from St-Louis , MO ! 

I dedicate this short story to my friend and teacher in breton , VEFA DE BELLAING ( 1909-1998).

She gave her whole life to our cause . She was very brilliant and used to know a lot of things about literature , celtic countries and classical breton musicians such as Paol Ar Flemm , Paol Ladmirault ,  Guy Ropartz , Jef Ar Penven , and many others , all well-known .

She died on the 16th of April 1998 , as " trees and flowers of spring came into blossom ".

Pray for her .

                                     ___

 

DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 4 - About " Villeneuve  " / Au Sujet De " Villeneuve  " - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .

                                     ___

Painting : " Les Lavandières de Nuit " , Night Washerwomen ( 1861 ) , by Yan Dargent , Breton Painter ( 1824 - 1899 ) . 

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Breton Writers
Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /Avr /2006 16:55

 
Le Chemin Perdu  ( 10 )

                                                                                                      images-bzh-5.jpg  

 

 BY OURSELVES (NI HON-UNAN )

 

 

 

I was born among them  ,                  

In Brittany ,                                             images-bzh-4.jpg

Close to Brocéliande ,

A child ran at play about ...

Cheerfulness within him ,

And kisses all over ,

Of the Enchantress ...

This time , now , is dead and gone ,

But in a corner of our memory , 

Lives a brilliant flame

Igniting our bitter hearts

With the hope

Of a better life ...

Just by ourselves ,

We could , if you please ,

Free our land !... 

We'll find the Truth 's hard way ,

And it will be dazzling !

You were oppressed ,

In the Big City ,

With just foreign words

To name the things ,

All around ...

Get back over here to drink the ocean ,

To live like our country

And its scents ...

Just by ourselves

We have to leave the Big City ,

And to build a new world
images-BZh.jpg
Of Freedom , Love and Beauty ...

By ourselves ,

We'll fight still stronger ,

To cast off the cruel chains

That break our souls ...

And we'll open up the right way

To Freedom ,

For sure , it will be priceless !


                                                
___


DAN AR WERN - Le Chemin Perdu - 10 - Ni-Hon-Unan ( By Ourselves ) May 1982-Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved - Copyright  1992 , " Le Chemin Perdu " - AL LIAMM . Translated from the original text in breton language by the author . " Ni Hon-Unan " , published in AL LIAMM n° 227 , Nov. Dec. 1984 .

                                 ___

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Le Chemin Perdu - Communauté : Breton Writers
Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /Avr /2006 11:47

images-bzh-2.jpg  

Le Chemin Perdu  ( 10 )

 

This is a poem I wrote the first time on the 6th of mae, 1982, named : NI HON-UNAN / Nous-Mêmes / By ourselves/ Sinn Féin . I changed some verses since that date : I replaced words in english . Everybody should understand why ... Let 's see. One point to explain is that FLB was a kind of IRA in Brittany. But I think violence leads to nowhere...This poem was edited in AL LIAMM , n° 227 (Nov-Dec 1984).

Embannet ' oa bet ar varzhoneg-man, anvet  "Ni Hon-Unan ", war niverenn 227 AL LIAMM . Gerioù e saozneg ' zo bet kemmet abaoe :

"Freedom , Love and Beauty " 'zo bet skrivet e-lec'h : " Freedom , Love and Harmony... Komprenet e vo perak gant pep hini . Traouigoù 'zo ivez hag a zo bet lakaet dishenvel .

 

                                           ___

 

 

  NI HON-UNAN

 



  " Poent eo stagan Bretoned
   Gant stourm meur ar Vro
! "
Glenmor - "Kan-Bale an A.R.B "

  

   images-bzh-3.jpg                        

                           
Me ' zo ganet en o zouez

E Breizh ,

E-kichen Brekilien ,

Ur bugel a rede ...

Dranted eeun en e greiz ha marse ,

Pokoù hud a roe dezhan

An Achantourez ...

An amzer-se , breman , 'zo marv ,

Met ennomp e vev flamm uhel

An Envor,

Ac'h entan hor c'halonoù c'hwerv

Gant esper ur vuhez

A vefe gwelloc'h ...

Ni Hon-Unan e c'hallomp,

Ma fell deoc'h ,

Dishualan hor Bro !...

Ni a gavo hent diaes ar wirionez ,
Hag hennezh 'vo splann ivez !

Mouget out chomet

E-barzh ar Gêr Vras ,

Gant gerioù an Estren

Evit lared an traoù ...

Deus en-dro d'evan ar mor-glas ,

Da vevan 'vel hon douar , e yezh ,

E frondoù ...

Just by ourselves

We have to leave the Big City 

And to build a new world

Of Freedom Love and Beauty ...

Ni Hon-Unan a stourmo

C'hoazh krenvoc'h ,

Da lemel diganeomp

Hor chadenn griz a dorr ...

Ni a dreso hent dibar

Ar Frankiz ,

Hag houman , hep mar ,
' Vo dibriz !

 

                                           ___

 

DAN AR WERN  - Le Chemin Perdu - 10 - Ni-Hon-Unan - Mae 1982- Published in AL LIAMM 227 ( Nov-Dec 1984 ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Copyright 1992 , " Le Chemin Perdu " . AL LIAMM .

                                           ___ 

" Bras a-walc'h eo ar Vretoned da ren o danvez o-unan ... "
Youenn Drezen  -  "Itron Varia Garmez "

                            

                                                       

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Le Chemin Perdu - Communauté : Skrivagnerien Breizh
Voir les 0 commentaires
Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /Avr /2006 21:19

                               

AUBERIVE ( 3 )

 

 

 

 

 

La Rencontre , Pistes et Réflexions 
( II )

 

  RWS Tarot 02 High Priestess

                                 

(.../...)
                      Dans l'errance, l'âme s'interroge éternellement sur les raisons de sa chute et de son incarnation .

Tout est inversé d'un monde à l'autre, de l'inconscient vers le conscient :

" Depuis longtemps, des millénaires, je trouve cette vie longue, ennuyeuse... / Setu pell'zo , milvedoù , e kavan ar vuhez-se enoeüs hag hir ...

Le bureau ressemble à une tombe, la mort ne devant être qu'un passage, une porte qui ouvre, comme celle du Grand Palais , sur d'ineffables splendeurs.

Mais il faudra que le Voile s'écarte , celui d'Isis ou de Dana , la grande Prêtresse , ( ici , Laura) et que le drap du Temple de Salomon se déchire , découvrant le Sanctuaire , comme c'est arrivé le jour de la Passion du Christ .

Allant, comme Orphée , à la recherche d'Eurydice , qu'y trouverons-nous , caché derrière le miroir ?

" La beauté, qui peut seule sauver nos idées les plus insignifiantes, les plus viles ."/ Ar gened, a zo saveteerez nemeti hor menozioù disteran .

                           Se pose aussi l'angoissante question du Bien et du Mal.

Sans la souffrance , l'amour seul vivrait-il ?

Mon chef-comptable ignore tout de la numérologie, du moins selon les apparences . Mais il cherche sa route à tatons .

C'est le chemin des Alchimistes . Le " bleu " de la lettre initie l'absolu dans le monde sensible . Dans la matière, l'ordre des couleurs se trouve partiellement inversé . Rouge , Noir , Blanc , c'est-à-dire éruption , lave et cendres des volcans : L'Etna , le Stromboli .

La finalité de l'Alchimie est de découvrir la Pierre Philosophale .

" Tu es Pierre , et sur cette pierre, je bâtirai Mon Eglise ."

La transmutation de la matière connaissait trois phases : L'oeuvre au Noir, qui correspond à la Putréfaction, l'oeuvre au Blanc, figurant la Résurrection, l'oeuvre au Rouge enfin, dernière étape, celle de la Rubification.

Mais le véritable but caché, c'était la transformation de l'adepte lui-même.

Son travail sur la Pierre, ainsi que ses recherches méticuleuses, lui permettaient de changer peu à peu , mais en profondeur, l'état de sa propre conscience, comme il avait métamorphosé d'ailleurs ceux de la matière avec peine.

C'est ce que préconisait Teilhard De Chardin , lorsqu'il évoquait l'alchimie des âmes . Son "Oméga " ne représente-t-il pas le point suprême, ce lieu privilégié qui est, sans doute aussi, l'aboutissement de l'oeuvre alchimique, là où toute la Création se dévoile ?

Ne sera-t-il pas donné au "possesseur " de la Pierre Philosophale d'embrasser le cosmos, même sans avoir besoin de contempler le firmament ?

Telle est la devise des alchimistes : V.I.T.R.I.O.L ( Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem = Visite les parties intérieures de la terre, en rectifiant tu trouveras la Pierre cachée ).

Tout d'abord, notre héros ne désire pas suivre le " bon chemin". C'est qu'il ne lui semble pas assez long. L'existence n'est-elle pas une épuration nécessaire de l'âme ?

Il se sent ensuite frustré, parce qu'il a pris conscience, le moment venu, de ses erreurs. Le diable lui montre qu'il a fait fausse route en refusant d'assumer sa propre vie.

Mais un coin du voile s'est déchiré. Le visage de sa femme, à douze heures trente, lui offre , telle une antique Pythie , le spectacle de l'éternité dans le renouvellement des choses.

Le masque pose toujours la même question lancinante : Qu'as-tu fait de ta vie ?

Naissance de la " magie " de Noël , fête tragique rappelant aux hommes qu'il n'est plus temps d'espérer, mais de mourir. 

Ce moment de l'Avent qui favorise une rencontre angoissante avec son double ignoré, l'Autre, par laquelle nous éprouvons cette douleur affreuse de la vision d'une vie perdue ou qui semble gâchée irrémédiablement .

Notre bonne conscience ne se nomme-t-elle pas aussi mauvaise foi ?

                       La bipartition de l'humain, créature homme et femme, est relié au récit de l'Arbre de la Connaissance , dans la Genèse .

Mais , si la femme est tentatrice  , ( " La Tentation "/ An Temptadur) , elle est aussi l'instrument de notre rédemption .

 

                                      ___
 

 

DAN AR WERNAuberive  ( 3e cercle ) - 3 - La Rencontre , Pistes et RéflexionsII - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " Auberive " , Copyright 2006 .

                                       ___

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Ecrivains Bretons
Voir les 0 commentaires
Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /Avr /2006 17:30

 

 

AUBERIVE ( 3 )

 

 

 

La Rencontre  , Pistes et Réflexions
( I )
 

 

 

 


1 - Le côté littéraire

 

                                 Le 1er juin 1905, jeudi de l'Ascension , sur les marches du Grand-Palais , se trouve une belle demoiselle accompagnée d'une souriante dame en noir.

Cette grande jeune fille blonde, portant un manteau " marron clair " ainsi qu'un " gracieux chapeau de roses ", n'est autre que la Femme capitale , celle qui bouleversa toute la vie d'Alain-Fournier, " cette âme frêle d'ancien satin " qu'il évoque dans son roman "Le Grand Meaulnes " sous le nom d'Yvonne de Galais .

 

 

 

2 - Le côté profane, superficiel, exotérique 

 

 

                                 Il s'agit là du problème de l'individu moderne au coeur des grandes villes , coincé dans sa vie quotidienne, muré dans un sentiment de solitude. ( " Le silence grandit comme un cancer ", dit la chanson - The Sounds of Silence / Simon and Garfunkel ) .

Comment faire pour briser les apparences, qui sont toujours fausses ?

La notion d'incommunicabilité : " Il faut toujours faire semblant"/ Ret eo bepred ober neuz .

La .télévision, la peinture : au-delà des images, plus loin que ce qu'on croît connaître, que découvre-t-on ?

" J'ignorais même son nom" / N'anavezen ket e anv zoken  ( au sujet de Bouguereau ) .

Illusions, monde qu'on se construit comme des idées toutes faites, fausses certitudes. ( " Et pourtant, il me semble que je vous connais "/ Ha koulskoude, a gav din, ho anavezout a ran).

Où se trouve le réel ?

" Sourires empreints de fausse prévenance "/ minc'hoarzhoù damantus.

" S'efforcent-ils, tous, d'afficher de si sombres, si tristes apparences ?"/ Hag e ra van an holl , da ziskouez diavaezioù ken sirius pe ken tenval .

                            La signification religieuse de Noël se réduit à celle d'un décor de fête foraine.

A notre époque, peu importe ce que vraiment vous êtes. Ne s'agit-il pas, d'abord, d'avoir un " look " ?

                                 " Ne voyons-nous pas, en effet, comme les hommes se laissent prendre volontiers par toutes les apparences, par toutes les paroles vides des bateleurs de la politique, de la science, de l'art ? " ( Edmond Delcamp - " Le Tarot Initiatique ") .

 

 

 

3- Le côté profond, symbolique, ésotérique

 

 

                                 " Connais-toi toi même, et tu connaitras l'univers et les dieux " .

C'est ce que l'adage affirme .

Qu'y a-t-il , outre l'illusoire chimère, au-delà des mots ?

 Mais il est difficile d'aller de l'autre côté du miroir, de découvrir la face cachée de l'iceberg, de franchir les limites de la conscience  .

La vérité nous échappe .

Et pourtant, l'Homme ne peut se satisfaire de faux-semblants.

Depuis toujours, quelque chose, en lui, le fait souffrir. Il est devenu aveugle, comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l'incarnation .

" J'attends quelque chose d'imprécis, dont je ne peux saisir l'enjeu essentiel, à l'autre bout de la salle " . / Gortoz a ran ne vern petra resis hag a vefe lec'hiet e penn all ar sal-man .

                                 Le nombre symbolique et sacré , celui qui est censé régir notre univers, semble tombé maintenant dans la routine d'une affreuse comptabilité . ( " Aligner des chiffres / steudan sifroù ) .

Pourtant, ne nous interroge-t-il pas depuis l'aube des siècles ?

N'est-ce pas parce que, pour celui qui sait voir, et selon la parole d'Hermès Trimégiste , " tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ?"

"Je ne vous connais pas. Et pourtant, il me semble que je vous connais."

                                 Jung , le fameux psychanalyste, a voulu dépasser la notion d'inconscient, pour l'élargir à celle d'inconscient collectif.

 

 

 

Les symboles, qui s'appliquent de manière générale , quelles que soient la tradition des origines, seraient un chemin privilégié de communication .

" Mes voies sont supérieures à vos voies, et mes pensées plus élevées que vos pensées ", disait le Seigneur à Isaïe .

On peut ainsi s'interroger sur le sens du nombre Douze : douze mois dans l'année, douze signes du Zodiaque, douze travaux d'Hercule , douze chevaliers de la Table Ronde , etc ...

Deux fois douze heures pour le jour succédant à la nuit .

Pie XI , grand pape à la Foi intrépide, a écrit :

" L'Univers n'est si resplendissant de divine poésie que parce qu'une divine mathématique, une divine combinaison de nombres règle ses mouvements ."

" Douze heures trente , aujourd'hui... / Hiziv da greisteiz hanter... Certains prétendent que cette durée symbolisait l'achèvement d'un cycle, et le début d'un autre ...

 

( A Suivre )

 

                                ___

 

 

DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 3 - " La Rencontre , Pistes et Réflexions " (1985-1993 ) - I - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . " Auberive " , Copyright 2006 .
 

                                     ___

 

 

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Ecrivains Bretons
Voir les 0 commentaires
Dimanche 23 avril 2006 7 23 /04 /Avr /2006 19:46

                                 images-Rues-de-No--l.jpg  

AUBERIVE
 ( 2 )

 

 

La Rencontre  
( suite )



undefined
           
D'abord , je ne compris pas pourquoi elle avait contacté le cercle " Nous-Deux ".

Ne lui était-il pas facile,  apparemment , de trouver des hommes chics , séduisants par leur mine et leur intelligence ?

Nous n'avions pas eu l'audace d'échanger nos photographies. 
D'ailleurs , depuis toujours , je l'avais imaginée très belle , un peu trop même , si jolie pour un homme sans valeur , un bureaucrate aussi insignifiant que moi .

" La Pin-up et le gratte-papier ", romance moderne , chapitre premier !

                                J'avais répondu à sa lettre , dans la crainte , cependant , qu'elle ne se moque de moi .

Elle me parut si douce , au contraire , dans sa réponse , à me dévoiler sa solitude cachée , se montrant si proche de mes rêves les plus purs , me devinant si bien ! C'était inattendu !

Nous sentîmes tout de suite que nous étions faits pour vivre ensemble , main dans la main .

                                Malheureusement , j'étais devenu si timide que j'avais plus ou moins décidé de donner une autre couleur aux contours de ma vie et de mes habitudes .

Je m'étais métamorphosé en voyageur de commerce , accourant aux quatre coins de la planète , allant par monts et par vaux , franchissant terres et mers pour pouvoir discuter d'affaires  très importantes , comme celles relatives à la banque , à l'informatique , etc...

                                Dès lors , notre problème grossissait , à l'évidence : il fallait trouver du temps libre afin d'organiser cette fameuse rencontre .  

                                                                   

                                Enfin , le mercredi arriva , rempli , j'ose le dire , d'incertitudes .

La frayeur me gagnait de plus en plus , à mesure que s'égrénaient les heures .

L'horloge tinta soudain !
Je me rappelle : Midi !

Je sentis mon coeur battre  violemment dans ma poitrine , et qui s'élançait comme un cheval rouge , au triple , au quadruple galop !

                                Dans ma tête , qui ressemblait à un volcan , d'innombrables pensées se précipitèrent comme eux , pleines de force et de vitesse .

Il fallait partir !

                                Je revis encore ce film raté de ma vie , telle cette pluie d'outre-tombe , fine et monotone , sous laquelle je marchais .

Le chemin n'est pas long , lorsqu'on emprunte le métro et ses galeries souterraines ; mais, ce qui l'allongea un peu , certainement , ce fut mon besoin de traîner , de m'abandonner à quelque sentiment de flânerie intérieure , balloté par la foule , et de laisser monter en moi un flot de mille hallucinations oppressives , macérant au plus profond de mes entrailles , mêlées d'une colère sourde , et qui, bientôt , se transformeraient en désir de vengeance impitoyable !

                                Le long des rues de Noël , joliment décorées , multicolores , sinueuses rivières noyées dans l'ambiance de la fête , défilaient par milliers ces vieux enfants d'adultes cherchant leurs nouveaux jouets , rêvassant dans la fraîcheur.

On se mettait à courir d'un côté ou de l'autre , personnages de pacotille qui s'égarent , fuyant un reflet passager , trace illusoire , tels des ombres solitaires qui s'amusent  de leurs propres jeux , qui, sans pitié , foncent à la recherche de leur destinée comme on cherche un sens indicible à une pièce de théatre mystérieuse : ils mourront sans mot dire dans les bruits du silence ...

" THE SOUND OF SILENCE  " ( 3 )

Oui, s'enfuir, et n'emporter que nos baisers : " Si  , fuggire , e portarci solo i nostri baci  "...

La chanson du feuillage , qui bruit dans les arbres du Cours : le vent du nord-ouest les agite , et ma voix s'y perd , qui t'appelle à travers les paysages de ton enfance romaine ; ou mes mains , caressant doucement tes cheveux noirs ...

Longtemps je t'ai attendue , Laura , longtemps ...

                                Mais , au-dessus des eaux sombres , je me revois traverser le Pont des Arts .

images-pont-des-arts.jpg
 


Bientôt ce sera toi , devant ce portail, vêtue d'une robe blanche , d'un manteau noir, couleurs de la Bretagne , avec une écharpe toute rouge de l'espérance farouche d'un printemps renaissant sur ta gorge !

Bientôt...

                                Mon coeur tressaille , frémit comme la terre lorsqu'elle s'enflamme , explose : l'Etna , le Stromboli ...

J'ai des frissons , je tremble de fièvre.

Laura ... Le Grand Palais ...

                                                              images-grand-palais.jpg
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Je suis rentré au bureau .

J'ai beaucoup marché sous la pluie . J'avais soif , grand soif ...

Pendant des heures , j'ai fixé les trottoirs , la tête courbée , errant ici ou là , sans rien comprendre , sans savoir où j'allais .

Je m'étais mis à éclater de rire , puis à sangloter comme un sauvage ou comme un fou .

                                Qui diable avait pu faire ce coup-là ?

Que s'était-il passé avec ma femme ? Qui lui avait dit ?

                                Pourquoi portait-elle des vêtements noirs et blancs , comme ceux de Laura , ainsi qu'une écharpe écarlate ?

Elle semblait guetter quelqu'un , debout sur les marches , feignant de regarder les affiches , nerveuse et distraite , une cigarette aux lèvres , sous ce parapluie de Venise qu'il y avait bien longtemps je lui avais offert ...

Qui diable ?

                                 ___


DAN AR WERN - Auberive ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre , suite ( Ar Gejadenn , traduction française ) - 2 - ( Kerzu / Décembre 1984 ) - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Publié dans la revue AL LIAMM n° 234 , janvier/Février 1986 . ( Version française : 1990-1993 ) Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh - AL LIAMM - 1986 ." Auberive " , Copyright 2006 .  ( Seconde Partie )

                                 ___

Notes  :

 

( 1 ) Dictons Trégorrois .

2 ) William Adolphe Bouguereau ( 1825 - 1905 , La Rochelle ) , peintre français : " Tentation " ( 1880 ) . 

3 ) " The Sound Of Silence " ,  une chanson devenue célèbre , qui lança le fameux duo américain , Simon & Garfunkel . Copyright 1965 , Paul Simon - Pattern Music LTD , Sony Music / All rights reserved . 

                                                           

 

                                  ___ 

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Ecrivains Bretons
Voir les 0 commentaires
Dimanche 23 avril 2006 7 23 /04 /Avr /2006 16:28

 

AUBERIVE
( 2 )

 

                             

 

La Rencontre

 

 

 


 à C...  ( ma première épouse, d'origine italo-autrichienne)

" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas. Et pourtant, il me semble que je vous connais . "

ALAIN-FOURNIER , à-propos de " Mélisande " in " Le Grand Meaulnes " .

 

                                ___
 

                                                         

                               Pas facile d'aligner des chiffres , ce matin . Depuis longtemps , des millénaires , je trouve cette vie longue , ennuyeuse ...

Toujours les mêmes gens , dans un bureau paisible comme une tombe . Je suis chef-comptable , quelle gloire !

Quand j'y pense ... Aujourd'hui , je n'arrive pas à fixer mes pensées , je ne peux , plutôt , les retenir.

Elles ont envie , j'en acquiers presque l'intime conviction , d'aller à l'aventure , d'errer , vagabondes , sur les toits gris humides ,  s'infiltrant par les vitres opaques , pour venir se rafraîchir sous les lueurs bleuâtres d'un  timide soleil d'hiver qui joue à cache-cache avec l'ombre des nuages noirs en lambeaux .

                               Je ne suis pas très bien vu , par ici , parce que je suis le " Chef  ", c'est-à-dire un type entre le directeur principal et les employés .

Qui pourrait se satisfaire d'un pouvoir imposé de l'extérieur , même à l'abri , derrière des sourires empreints de fausse prévenance , comme chacun sait le faire alentour , moi pareil aux autres ?

                               J'attends , dans la pénombre du jour déclinant, j'attends quelque chose d'imprécis , dont je ne puis saisir l'enjeu essentiel , à l'autre bout de la salle , si étroite , juste au-dessus du beau visage muet de ma voisine .

C'est elle qui , à moitié hypnotisée , se prosterne , gracieuse , emplie de fausse vénération , devant l'immense tas de paperasserie sans âme .

S'efforcent-ils , tous , d'afficher de si sombres , si tristes apparences ?

Parfois , je me le demande ...

Et moi ... Avec ma femme , qui n'a rien de plus à me dire que la télé , mes enfants qui , trop souvent , s'absentent , qu'on voit revenir , de temps à autre , en fin de journée , bien trop tard , vous avouerai-je , traînant après eux dans leur chambre des teen-agers débraillés , l'air étrange , à peine entrevus , qu'on ne reverra plus , d'ailleurs , par la suite ...

                                      

                                                                                                                  Quant à ceux-ci, pauvres malheureux !

Ne vivent-ils pas , cachés derrière l'emprise d'habitudes quotidiennes, la négation d'une véritable existence ?

Ils ont laissé leur conscience , à jamais sans doute , pour l'abandonner dans je ne sais quel monde invisible , mystérieux .

Ce ne sont plus que d'artificieuses machines, vides et obéissantes , travaillant comme il faut , bien sûr, et juste en face de moi .

Cauchemar monstrueux !

Comment les quitter ? Comment fuir d'ici , me rendre libre ?

Mais ce qui est inéluctable , c'est que , bientôt , l'horloge accrochée au mur jaunâtre , de son tic-tac insupportable, fera sonner midi.

J'ai une faim de loup !

Je continue d'écrire, cependant : toujours faire semblant , c'est ce qui importe ...

Grand faim que les choses changent , " faim noire ", comme on dit chez moi .

" Il est comme les chevaux de Belle-Ile-En-Terre , celui-là ! Il ne demande qu'à manger et voyager ! ", plaisantait grand-mère .

J'étais jeune , en ce temps-là , l'époque de mon mariage , un étourneau flambant-neuf , rempli d'illusions ;

naïf comme l'innocent du village , " lorsqu'il n'avait rien à souper ", figure proverbiale de mon pays . ( 1 )

                              Maintenant ... Je ne fais qu'attendre .

Mercredi viendra , comme chaque semaine , et dans le paquet d'innombrables lettres officielles , j'aurai hâte d'en trouver une particulière , toute bleue , toujours dactylographiée , avec un signe spécial dessus ...

Mais ce jour-là , précisément , il n'y en aura pas : je vais rencontrer Laura , aujourd'hui , douze heures trente , pour la première fois , devant le Grand Palais .

Tous les deux , nous avons rendez-vous ; j'assisterai , en sa compagnie , à l'exposition William Bouguereau .

Je sais qu'une toile lui plaît plus que toute autre , m'a-t-elle confié , 

 " La Tentation " . ( 2 )

Je n'avais jamais entendu parler de ce peintre auparavant , je dois l'avouer, j'ignorais jusqu'à son nom .

Je vis loin de l'art , trop loin de la beauté , qui , seule , peut nous sauver de nos idées les plus insignifiantes , les plus viles .

                             Ce sera différent , avec Laura , j'en suis sûr.

C'est une femme pleine de vie . A tout prendre , elle sera plus proche de moi .

Elle travaille pour un journal connu , et , nécessairement , pour écrire ses  savoureux articles , doit-elle voyager un peu partout dans le monde .

Sur la culture , en général , elle est imbattable , beaucoup plus que moi . A lire sa prose , elle fréquente plein de gens importants dans la capitale , des hommes politiques , des acteurs , que sais-je ?...

Ce désir d'aller de l'avant - n'est-ce pas ? - stimulerait peu à peu n'importe quel coeur ramolli , devenu dur et froid comme l'acier , puis le réchaufferait .

 Ce qui , bien que de nature paresseuse , confessons-le , arriva au mien !



( A Suivre ) 

                               
                                ___   
                                                         


DAN AR WERN -
Auberive ( 3e Cercle ) - 2 - La Rencontre ( Ar Gejadenn , traduction française ) - 1 - Pep gwir miret strizh / Tous droits réservés / All rights reserved . Publié dans revue AL LIAMM 234 / Jan-Fev. 1986 . Pep gwir miret strizh/ Tous droits réservés. " Auberive " , Copyright 2006 . ( 1ère Partie

                                
                                ___

 

 

 

Par Dan Ar Wern Official Website - Publié dans : Trilogie 3 " Auberive " / Nouvelles - Communauté : Ecrivains Bretons
Voir les 0 commentaires
Samedi 15 avril 2006 6 15 /04 /Avr /2006 17:41

 

 

" Penaos ober, pa ne fell ket dit e vefe dihunet va ene gant da hini  ? " ( How come that , when you don't want my soul to be waken up by yours ? )

adapted from RILKE , " Love Song " .

 

 

 

 

 

 

Degemer mat d'an holl dud a zo dedennet
gant
hollved al lennegezh !

Aman e vo esaet ganin da zisklerian va hent, va zoareoù sonjal , d'ho komz  ivez a-ziwar va skridoù, embannet war hon dastumadenn sevenadurel vreizhek , AL LIAMM .

Aman e vo displeget va raktresoù , istor va fennober , un trilogiezh esoterek awenet gant ar mojennoù keltiek : 1-AN ERBEDER ( Le Passeur des Mondes / The Intercessor ) , 2- AN TI ACHANTET ( La Demeure Enchantée / The Enchanted House ) , 3- AUBERIVE ( Danevelloù bet embannet war AL LIAMM )

 
Gortoz a ran hoc'h evezhiadennoù ,

Ho koulennoù .

 

A new website in english , breton and french language !

 Read about poetry, short stories published here and there, as  in the cultural  breton review AL LIAMM ( The LINK ) .

" The Encounter " ( La Rencontre) , inspired by Alain-Fournier, " Villeneuve " ( Kernevez ) , " An Tremeniad " ( The Sojourner ) , inspired by Carson MC Cullers , " The Land of Promises "  ( Douar hon Promesaoù ) , inspired by Annemarie Schwarzenbach , the famous woman writer- adventuress of Switzerland , and many other works ...

 

 

Vous y trouverez des traductions de mes textes
des tentatives d'explication ,
des poèmes inédits ,
l'ébauche d'un journal ,
bien d'autres choses ...

                                            

                                  

 

 

 

   DEGEMER MAT D'AN HOLL !         breizh

              FAILTE ROMHAT !   éire 

                                   WELCOME, EVERYBODY !

 

         CROESO !  cymru 

                            alba                              

LLY-DAW
        

 BIENVENUE !  

                                             

mannin                         

 

 HERZLICH  WILLKOMMEN !                              

                   kernow    

 

                               

" I am heading for a time of solitude

 Of peace without illusion

 When the perfect circle

 Marries all beginnings and conclusions "

 

 Paul Simon - " Quiet "

 

 

                                       

 

 

 

  " Meine Herkunft ist mein Schicksal " 
René Schickele

 

                                   

 

 THE  DAN AR WERN OFFICIAL WEBSITE         

 

                      

 

 

                     

 

                                             

 Forum :
  http://danarwern.cultureforum.net
  http://danarwern.bbgraph.com    

 

 Contact :
danarwern@gmail.com 

 

Par Dan Ar Wern - Publié dans : LEC'HIENN ( 1 ) - Communauté : Breton Writers
Voir les 1 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recherche

Images Aléatoires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés