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Dan Ar Wern Official Website

Adagio Assai ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - Première Partie - Appassionata - VIII - Nouvelle Vie .

2 Novembre 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #ADAGIO ASSAI

Arzon

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Cycle de L'Etoile XXIII

( Livre 23 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ADAGIO ASSAI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Appassionata )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Nouvelle Vie

 

 

 

    


 

 

      13 " ... Solitude  , espoir  " , j'avais noté ses premiers mots d'amour que j'avais précieusement conservés . C'était tout ce qui me restait d'elle avec , aussi , le souvenir de son parfum , l'odeur imprégnée de sa présence sur le papier à lettre que , souvent , je portais à mon visage , le

soir , afin d'y cacher ma peine , feignant de croire qu'elle sonnerait encore à ma porte , qu'elle se trouverait là , toujours , près de moi , même un bref instant ... La nostalgie d'un rêve nous console parfois des ordonnances d'un implacable

destin ! Mais peut-on découvrir ce qui se dissimule au plus profond de la conscience ? 

 " ... Ma blessure saigne à l 'intérieur  , accentuant son emprise . Ma tristesse est lourde  ... "

               En relisant sa lettre , je repensais , une fois de plus , à cette balade où , dans une église du vieux Berlin , j'avais ressenti , près d'elle qui m'avait parlé de son enfance lugubre , toute la misère du monde plantée là , dans mon âme comme au milieu des vestiges de la guerre , telle une épine dans Celle de la Vierge

               " ... Souviens-toi A la tombée du soir , depuis ce pont sur la Spree , lorsque s'embrasaient les premiers feux du crépuscule , nous avions suivi l'envol d'un couple de colombes ... "

               Certes , j'aurais du aimer la lire plus ou la citer davantage et me souvenir des belles phrases qu'elle m'avait parcimonieusement laissées , mais pouvais-je  croire encore aux promesses d'une vie disparue ? Notre amour avait-il un jour vraiment existé ? Car si je savais qu'elle avait été bien plus que mon épouse , en même temps , je ne pouvais m'empêcher de dissocier cette insupportable conspiration de mes souvenirs les plus chers , lorsque je portais en moi son âme d'oiseau blessé , blotti au milieu de ce " puzzle " incompréhensible de nos existences , de nos univers interdits , comme de mes questionnements incessants , remplis de

vanité , sur les erreurs possibles du plan divin concernant le " fatum " de ma vie et celui du monde ! Alors , je m'isolais le plus possible , et me repliant sur moi-même afin d'essayer de pouvoir comprendre enfin l'indicible vérité , je retrouvais seulement parfois sa trace lors d'un voyage nocturne où , le long du fleuve , " promenant ses regards pleins de tristesse et de

feu  " , elle venait noyer ses yeux d'astre pâle dans le miroir sombre de mon coeur endormi ...  

               Quelques semaines plus tard , j'appris qu'elle avait elle aussi succombé , victime de l'attentat , comme celle que j'avais reconnue de loin , petite silhouette grise au milieu de l'étendue forestière et , sans savoir pourquoi , j'eus l'impression de revenir en arrière , au temps du souvenir et des illusions perdues que ce paysage infiniment

sinistre , déjà revu en rêve de si nombreuses fois , me

procurait ! 

                 Que signifiait donc le fugitif passage ici-bas de mon amie , morte si jeune ? Que voulait dire cette infinie douceur cachée en elle comme une rose délicieuse et légère d'un jardin de souffrance ? N'en connaîtrais-je , que cette épine plantée sur le front maculé de rouge de ma femme , petite dormeuse du Val qu'une funeste balle perdue avait défigurée ? Et ce beau sourire de lumière arraché à la Mort du fond de la mer étoilée , quand me le redonnerais-tu ? 

          14 - Aussi , quand je vis Heidi aussi vivante , la première

fois , je ne m'attendais guère à ce complice et lumineux sourire né soudain de ses lèvres d'adolescente à peine entrevue , papillonnant vers moi qui croyais depuis longtemps bien morte ma jeunesse !

Plongeant mes yeux tristes dans l'eau grise de son regard , je fut surpris de sentir , à cause de son étonnante ressemblance avec Lola , qu'ils se mouillaient de larmes .

Celle-ci , se dégantant , me prit alors fermement la main pour tenter de me rassurer , la pressant avec vigueur contre la sienne sans bien  comprendre , apparemment , la nature de mon désarroi ...

" O , Röschen rot ! , pensais-je . * 

                 Ce qu'elle me parut

belle , en effet , quand elle rajusta ses petites lunettes rondes , d'allure sportive avec son grand manteau brun barré d'une écharpe toute noire , frimousse d'ange au sourire coquin , joli minois aux lèvres rouges dont les cheveux dénoués , tombant d'un petit chapeau de circonstance , prenaient plaisir , aurait-on cru , à ruisseler en tout sens comme l'onde capricieuse d'une rivière sur son jean de couleur blanche au corsage fleurie de violettes et de roses , lorsque , pour le saluer , la jeune femme s'inclina vers celui qui pensait encore à sa vie chaotique d'hier comme au désert de sa solitude , aujourd'hui , dans ce lieu éloigné où les circonstances l'avaient étrangement

conduit .

- Vous restez ce soir avec moi  , mademoiselle ?

- Enchantée ! , me répondit-elle sur un ton de politesse assez mécanique et le plus froid possible malgré cette force irréfrénable qui , par un ardent magnétisme , me poussait irrésistiblement vers elle qui , ressemblant comme une ombre à ma chère et malheureuse épouse , venait à nouveau de me planter une lame sauvage dans le coeur ! 

                 Je m'efforçais pourtant , ni de trop la regarder , ni de lui faire sentir cette soudaine fièvre qui , brusquement furieuse et bouillonnante , s'était emparée de moi ! Mais elle , c'était visible , ne ressentait pas grand chose , figée comme une statue lointaine , immobile , indifférente ou étrangère à mon désarroi !

- Je me nomme Heidi Moser , votre nouvelle professeure autrichienne , monsieur Dagorn ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )


           

 

 

 

 

                   

 

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Adagio Assai - Première Partie - Appassionata - VIII - Nouvelle Vie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Adagio Assai " , copyright 2023 .

 

 

 

( Cycle de L'Etoile XXIII )

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Notes      

 

 

" Ô Petite rose rouge ! - Urlicht

( Lumière des Origines , 1893 ) , chant du recueil " Des Knaben Wunderhorn " ( Le Cor Enchanté de L'Enfant , 11 ) , par Gustav Mahler .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


                 

 

 

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