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une etoile qui tombe

Une Etoile Qui Tombe - Préface / Dédicace - Châteaux de Sable .

27 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Préface / Dédicace - Châteaux de Sable .

 

 

 

 

Une Etoile Qui Tombe

 

 

 

 

 

 

 

Préface / Dédicace

 

 

 

 

Pour Saint-Pol-Roux

Pour Julien Gracq

 

 

 

 

 

 

 

Châteaux de Sable 

 

 

 

" Ici , j'ai découvert la vérité du monde ... "

Saint-Pol-Roux

 

 

"  De la falaise , je regarde triste ,

   Les flots qui nous séparent ,

   La crainte envahit mon âme ,

   Apaise-moi , heure nocturne ,

   Offre-moi le repos ... "

 

Clara Schumann - Sur la Grève ... *

 

 

    Qu'est-ce qui fait qu'un jour il ne reste plus que poussière du rêve que nous avions construit ? 

Nous ne savons rien de l'écume du large qui , impitoyablement , vient ronger les nombreux châteaux de sable de nos illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pas , comme un chemin d'âme , trace d'un chemin d'homme bordé de croix vers d'insondables profondeurs ... La nuit , dans cet autre monde , où , parfois , nous partons nous aventurer , se montrent d'étranges créatures venues nous visiter . Le jour , longeant ses sentiers d'abîmes , la mer nous appelle de ses jeux de vagues , de ses reflets d'ambre ou des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de la houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop vite enfuie . Avec cette espèce d'aurore naissant en nos coeurs , nous embarquons , marins solitaires , pensant au périple au long cours devant nous conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de la mélancolie .

" Croyez-vous au Paradis ? , demandait Xavier Grall . J'ai rêvé ma vie avant de l'accomplir ... " ( 1 )

     Et si nos yeux parvenaient à s'ouvrir davantage , forçant notre esprit à mieux concevoir l'immensité des lointains dans le scintillant clair-obscur des ondes , l'étrange cri de rage d'Elise , face au moutonnement de l'eau , hurlerait secrètement en nos coeurs , tous ces mots d'une langue retrouvée , la sienne , nous permettant enfin de traverser avec elle ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre notre vraie patrie ?

La voyageuse , îlot déserté , avait-elle aperçu une silhouette imprécise au loin , sur l'océan , ressemblant à ce sombre archipel qu'une petite lueur d'un phare mystérieux dévoilait derrière le rocher du Lion , venant subitement éclairer son ciel impétueux ?

Quelqu'un l'avait-il poussée ? Elle " oscilla de toute sa masse , illuminant ce paysage de mort de son orageuse et candide royauté ... " ( 2 )

" L'embarras du cadavre vient de tout ce qu'il traîne après lui de redoutablement enchevêtré : il ressemble à ces flotteurs de liège auxquels sont accrochés des filets de pêche : y toucher , c'est tirer au jour , maille après maille , un grouillement à chavirer la barque ... " ( 3 )

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Préface / Dédicace - Châteaux de Sable - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

1 - " L'Inconnu me Dévore " , 1984 , de Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) , poète , écrivain , penseur breton .

2 - " Au Château d'Argol " ( 1938 ) de Julien Gracq ( 1910 - 2007 ) , écrivain français natif d'Anjou , inspiré par la Bretagne .

3 - " La Presqu'île " ( 1970 ) , I , La Route , nouvelle de Julien Gracq

 

 

 

 

* " Am Strande " ,  Paroles de Wilhelm Gerhard ( 1780 - 1858 ) , musique de Clara Schumann

( 1819 - 1896 ) :

" Traurig schau ich von der Klippe

  Auf die Flut die uns getrennt ,

  Furcht ist meiner Seele ,

  Sei mir mild , nächt'ge Stunde ,

  Auf das Auge senke Ruh ... "

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Une Etoile Qui Tombe - Postface - XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat .

26 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Le Sphynx de Pen-Hat

Le Sphynx de Pen-Hat

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Postface

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat

 

 

 

 

 

" La Pierre a été enlevée ,

  L'humanité ressuscitée ! "

Novalis - " Hymnes à la Nuit  " , V .

 

  " Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons , les routes , les avenues , sont fugitives , hélas , comme les années ... "

Marcel Proust - " Du Côté de chez Swann , III - Noms de Pays : Le Nom "

 

                        

                   

1Certaines pierres nous parlent d'une autre vie , certains lieux nous font tressaillir comme le visage d'un être disparu . La ruine qui se trouve au bout de la route de Pen-Hir , à Camaret , ressemblerait à quelque ancien fantôme , tant est grande la mélancolie qu'elle inspire au visiteur surpris . Ce devait être , se dit-il , jadis , une fière bâtisse aux allures princières , noble et distinguée , qui , par pudeur ou crainte , cache maintenant son âge de vieille dame flétrie derrière un voile de verdure et de landes odorantes . Plus aucune voix ne répond lorsqu'on l'approche , et les fenêtres sont grand ouvertes depuis des lustres , trous béants de cavités oculaires qui , face à l'océan grandiose , ne s'ouvriront plus jamais , dans l'éternité d'un soir , sur les rires et les drames du passé . Que sont devenus les massifs d'armérie et de bruyère , d'où s'échappait , craintif , un vol de mouettes immaculées ? La grande allée , où conduit-elle , avec sa courbe familière , qui n'abrite plus , maintenant , que les rêves d'un promeneur égaré ? Ne fait-elle que se perdre en ce mois noir , tout enchevêtré de ronces , jusqu'à la porte d'un monde inaccessible ? Et l'odeur des seringas ? Les colonnes rugueuses de la maison , tendant sans espoir leurs formes décharnées vers celles des nues , dans l'abandon d'un lieu redevenu sauvage , n'agiteront-elles plus que les ombres d'une époque révolue ? Tout semble vide et mort . L'aubépine est en deuil , et les nuées d'enfants ne viendront plus , non plus , telles des oiseaux , taquiner les bordures de troènes ; la longue chevelure d'une divine beauté ne frôlera plus , par défi , les grappes de cytises couronnées d'or , de chèvrefeuille ou de jasmin ; son regard de feu s'est endormi , à l'appui d'une lucarne , fantôme de lune dans les eaux du grand océan ! Pour combien de siècles ? Le manoir n'est plus qu'un spectre dont s'effacent peu à peu les ombres , mangées par la moisissure et le lierre , sur le fronton vacillant des souvenirs ... 

Dites-moi , qui se rappelle encore ? Lorsque je marche le long de l'enceinte , passant nostalgique et solitaire , je laisse ma mémoire franchir la muraille d'un autrefois de cendres : les braises ne sont plus éteintes , mon oeil pétille à nouveau comme une bûche vigoureuse au coeur de l'âtre quand Il m'arrive d'entendre l'écho d'une musique de fête dans le vaste salon . Parfois , derrière l'ondulation des rideaux , flamboient , comme alors , les conversations de visiteurs illustres parlant avec passion de " leur " chère littérature sous des lustres étincelants !

2 - Revenu à mon bureau , une opale blanche y faisant face à une opale noire , comme jadis dans les mythes gallois le mouton clair et le mouton sombre , l’un menant vers la lumière , l’autre vers l’ " Annwn " , l’ "Autre Monde " avec ses revenants qui viennent cogner à la porte des vivants , je pensais à Pen-Hat , à ses falaises qui se dressent comme les gradins d’un théâtre où le destin aime jouer ses tragédies couleur sanguine , ce seuil et ce deuil prenant forme réelle dans le destin de Saint-Pol-Roux , poète symboliste et néoplatonicien , qui , affirmant que le signe et la réalité ne faisaient qu’un , crut voir surgir , un jour de novembre , un monstre du grand large ! ( 19

Etait-ce lui-même en tant qu'incarnation du " Sphynx de Pen-Hat " faisant face au manoir , comme une préfiguration du désastre qui l’attendait , lui annonçant la ruine de sa demeure et la perte de son cher fils Coecilian , ce héros , parmi tant d'autres , d’une génération sacrifiée ? ( 20 )

C’est là qu’Élise , étoile de l'opéra , avait fait sa dernière révérence , emportée par la chute après avoir trahi la lumière au profit de l’ombre , sa disparition semblant répondre à une autre , survenue tout près , dans cette maison battue par les vents de haute mer où le poète affirmait un jour avoir " découvert la vérité du monde " ... 

Mais ce sanctuaire fut , lui aussi , anéanti , comme le furent les conscrits tombés au front de 14-18 , à l’image des rêves du héros de " La Montagne Magique ", Hans Castorp , ou de ceux du " Grand Meaulnes " . ( 21 )

Proches du " Cap de la Mort des Anglais " , trois destins s'étaient ainsi superposés : celui de la danseuse , celui du poète , celui du fils sacrifié . Tous rappelaient que les pierres , les vents et les falaises gardent mémoire des étoiles qui chutent , et que la beauté , quand elle défie les ténèbres , n’échappe jamais à son prix . ( 22 )

3 - Mais si le poète , lui , avait conçu un " fantastique épouvantail " de cette monstrueuse créature devinée à l'horizon de sa rêverie , peut-être Elise fut-elle , au contraire , appelée par l'Ange qu’elle avait jadis entrevu dans une grotte de lumière , apparition silencieuse qui ne se donne qu’à celui qui accepte de voir ? Sa chute , loin d’être seulement déchéance , devint ainsi offrande , un passage pour que sa fille, Izold , retrouve un avenir enfin délivré , comme Divine , la fille du poète , qui porta seule ensuite l’héritage de son père et la mémoire de son œuvre .

Ainsi se répondent le poète et la danseuse par-delà le temps , leurs filles devenant les gardiennes de ce qui subsiste . Entre ange du ciel et de l'enfer , gemme noire ou blanche , il n’est qu’un passage , dont la lumière , en disparaissant dans un ultime élan , continue d'inverser le sortilège en éclairant nos ténèbres , celui par lequel tombent les étoiles filantes ! 

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - PostfaceXVIII - Le Sphynx de Pen-Hat - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

19 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , I  , 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . Dans la tradition galloise et bretonne ,  le noir et le blanc n’étaient pas d’abord des oppositions morales , mais les marques d’un rythme cosmique : le jour et la nuit , la marée montante et descendante , la vie et la mort . Le " Mabinogi " - l’un des plus anciens cycles mythologiques gallois - fait souvent surgir des animaux blancs ou noirs comme signes de passage . Dans certains récits, celui qui suit l’animal noir descend dans l’ombre , traverse l’épreuve , et doit attendre que l’animal blanc le ramène au jour . Le blanc ouvre vers le monde lumineux des vivants , le noir indique l’entrée dans l’ " Annwn " , l’ " Autre Monde " , qui n’est pas l’enfer chrétien , mais le lieu des morts , des dieux et de la vérité cachée . C'est ainsi que le mouton blanc reconduit vers la clarté du monde visible , tandis que le mouton noir nous entraîne vers le domaine secret de la divinité par un passage obligé pour qui veut comprendre que la lumière et l’ombre ne sont pas ennemies , mais les deux visages d’une même porte . Cette symbolique rejoint directement le couple des deux opales .

Tandis que la blanche éclaire et délivre , la noire attire vers l'abîme . Cependant , l’une ne va pas sans l’autre , car il n’est pas de clarté qui n’ait traversé la nuit .

   - " Le Kornoc " ( novembre 1905 ) , texte de Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français , qui , en 1903 , fit l'acquisition d'une maison de pêcheur surplombant l'océan , juste au-dessus de la plage de Pen-Hat , sur la route de la pointe de Pen-Hir . Il la transforma ensuite en manoir à huit tourelles dont la maison formait le centre , et la baptisa d'abord " Manoir du Boultous " .

Mais , à la mort de son fils Cœcilian , tombé en 1914 près de Verdun , l'écrivain la renomma " Manoir de Cœcilian  " .

Face à la mer , l'homme est plus près de Dieu ", disait-il .

 

20 - Voir note 13 du chapitre XII : " Le Dossier Kerbonn " .

 

21 - " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) , roman d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) .

     -  La Montagne Magique  ( Der Zauberberg ,1924 ) , roman de Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , Prix Nobel .

22 - " Cap de la Mort des Anglais " ( Maro ar saozon ) , plage qui évoque une désastreuse opération de débarquement lancée le 18 juin 1694 , lors de la bataille de Camaret , par une force anglo-néerlandaise d'environ 10 000 hommes , dont les pertes furent considérables , pour tenter de prendre et d'occuper la ville , qui était l'une des plus importantes bases navales françaises défendue par Vauban .

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Une Etoile Qui Tombe - Epilogue - XVII - Le Chant des Sirènes .

10 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

John William Waterhouse - A Mermaid ( Une Sirène , 1900 )

John William Waterhouse - A Mermaid ( Une Sirène , 1900 )

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVII - Le Chant des Sirènes

 

 

 

 

 

 

 

" Si tu frappais au cœur le prince avec ce couteau , lui dirent-elles , tu redeviendrais sirène et pourrais vivre avec nous ... "

Andersen - " La Petite Sirène " ( 1837 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

38 - N'ayez pas peur ! ,  disait la voix d' Elisa , dans la grotte enchantée , guidant sa fille Izold en compagnie d'Anna , leur psalmodiant l’ancien chant des sirènes qui , au crépuscule du dernier jour , trace le chemin depuis la terre . Ce fut par elle que le voile s'ouvrit pendant que des êtres de lumière , tout autour , apparurent sur la paroi entre chant et couleur , non pas comme des anges de convention , mais comme des formes vibratoires translucides , musicales , ne parlant pas , mais résonnant .

- Les émotions seffacent , le temps nexiste plus , je me sens plus connue que je ne l’avais jamais été , une présence bienveillante menveloppe , leur confia-t-elle , traduisant une sensation d’accueil profond , comme si elle retrouvait une origine oubliée dans cette impression d’être attendue , comprise sans mots , renforçant sa conviction que ce lieu représentait bien la source véritable de notre conscience .

- Ils ne viennent pas nous punir , mais nous rappeler seulement que lhomme a oublié son origine divine . Que l'Opale blanche est une pierre qui laisse à l'homme la liberté de choisir en fin de compte la route qu'il veut suivre . Mais que ceux qui l'utilisent à des fins vénales , pour s'enrichir , et c'est ce que , hélas , j'ai pu faire en l'associant à la lourdeur tragique de la Pierre Noire , vont connaître ici bas leur perte !

Ils comprirent que la grotte , point de faille temporelle , était utilisée par les entités qui avaient apporté ici la pierre à Elise pour tester son caractère face aux aléas du destin .

Dans une lettre jamais transmise , datée seulement d'un jour avant sa mort , la danseuse avait noté :

" Je crois qu'on m'a retrouvée . Il parle d'un pacte que j’aurais brisé . Ils disent que je n'ai pas le droit de partir avec la Pierre . Je crois qu'ils me suivront jusqu’à la fin . "

Curieusement , le jour même de la chute d'Elise , et juste à la même minute , OConnor était décédé , officiellement d’un infarctus , à Boston .

Alors ? Comment cette traversée sensorielle hors du commun , ce passage vers la lumière semblant tellement vibrer de sa respiration qu'elle le qualifiait de " poumon " vivant , lui avait-elle évoqué ensuite une mélodie si enveloppante qu'elle l'avait conduite en douceur , par une irrésistible attraction , vers ce lieu béni où l'on ne ressent plus ni peur , ni douleur , chambre cosmique aux couleurs irréelles , gouffres de conscience océane , lorsqu'on arrive , pour finir , à une autre forme d'existence ? Elle se revit sur la falaise : elle n’était pas seule .

Un autre était là , silhouette floue , témoin muet , qui la regardait , lui disant simplement :

" C'est à toi de choisir . "

Elle était tombée . Le pacte avait été rompu par sa liberté Ceux qui avaient voulu la contraindre avaient tous été défaits par son acte volontaire . Elle avait choisi cette chute , rompant la chaîne fatale de sa destinée , comme libération .

 

 

FIN 

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - EpilogueXVII - Le Chant des Sirènes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XVI - Suspects .

9 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XVI - Suspects .

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVI - Suspects

 

 

 

 

 

 

 

" Chaque être a son double , chaque étoile son soleil noir ! "

Dan Ar Wern - " La Nuit de Cézembre " , II , 7 - La Pierre de l'Apocalypse .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

33 - Désabusée par des heures d’enquête sans piste claire , Laura , plutôt rationnelle que rigide , n’avait pas imaginé trouver une alliée dans la douce mais inébranlable Anna , qui l’avait accueillie avec la simplicité d’une évidence . Bien sûr , elle ne lui parla pas tout de suite . Elle la fit asseoir d'abord , puis lui offrit une infusion de bruyère . Enfin , comme si elle avait toujours connu la vérité sur cette incroyable affaire , elle s'était mise à la lui détailler .

Depuis la mort d’Élise , elle s’était retirée du monde , expliquait-elle , ne recevant que de temps à autre la visite de sa fille , Yuna . Dans sa maison entre lande et mer , battue par les vents , la femme vivait comme une recluse , en lien avec les messages de l’invisible et les cycles lunaires . Certains la disaient druidesse , chamane ou illuminée . Mais ceux qui , de plus près , l’avaient approchée , savaient qu’elle portait en elle un savoir plus ancien que les livres , qu'elle connaissait l'origine de la Pierre , son pouvoir , et surtout les dangers de sa convoitise .

Elle savait aussi qui était vraiment l’enfant de la prophétie silencieuse , non pas un élu mythique , mais un être né à l’intersection de deux lignées , l’une humaine , et l’autre ... Elle avait tout vu dans ses visions . Mais elle avait attendu . Jusqu’à ce que l'adjudante vienne frapper à sa porte .

Elle lui avait parlé de la danse d'Elise , des soirs où les corps , face à l'océan terrestre uni à celui de la Voie Lactée , se libéraient , formant un langage céleste et maritime , de la Pierre Blanche , confiée à Erwan ,  de la cache malienne , véritable sanctuaire des anciens alliés d’Afrique , de Gerlink , des manipulations multiples et morts programmées du " Cercle des Gardiens " dont le but n’était pas la connaissance , mais le pouvoir . Enfin , pour conclure , elle avait essayé de décrire la vraie nature de la gemme céleste , capable d’ouvrir un passage , non pas vers un paradis , mais vers le plan supérieur d'une réalité de lumière .

- Ils ne comprendront jamais , rajouta-t-elle pourtant . Ce nest pas un objet , cest un seuil . Et seuls ceux qui ont renoncé à toute possession peuvent le franchir !

 

34 - Il y a des histoires qui ne se transmettent qu'en silence , par des regards , des absences , des blessures qu’on ne nomme pas . Celle de Ronan Toussaint , par exemple .

Il avait grandi dans une maison de Port-au-Prince où l'on parlait encore des terres d’Haïti , volées par de riches familles venues de Bretagne , aux affranchis . Le nom de Kerjean , il l’avait entendu enfant , comme un fantôme colonial qui passait de génération en génération . Tous , dans sa famille , disait qu’ils avaient quitté Saint-Domingue après l’indépendance , emportant avec eux de l’or , des objets sacrés , dont une pierre lumineuse , blanche comme la lune , volée dans un sanctuaire vaudou de leur tribu .

Cela , il n’avait jamais pu l'oublier , s'enrôlant comme gendarme en France , non pas par vocation ,  mais pour tenter de remonter le fil , afin de retrouver " sa " pierre , et pour détruire ce que les Kerjean avaient oser bâtir sur les ruines de son peuple .

Un jour , il avait croisé Élise , il l’avait surveillée , suivie . Il avait découvert ses liens avec Erwan Morgat , la disparition de la pierre , et surtout , les rumeurs sur leur enfant laissé à l'abandon . 

Ce soir-là , sur la falaise , il ne voulait pas la tuer .

Mais le coup était parti . Il avait tiré sur elle une première fois , pensant seulement l’effrayer , voire l’arrêter . Mais elle s'était effondrée dans la nuit , silhouette frêle dans la lumière du phare . Il avait cru l’avoir tuée . Il s’était enfui , le cœur glacé .

Quant au bébé , puisqu'elle était partie sans lui , il avait du grandir ignorant tout de sa vraie mère , élevé entre désolation de la lande et légendes marines , portant un autre nom , Guégan , celui d’un marin disparu en mer . Mais il savait qu’il venait d’une histoire fêlée . Puis , il s’était engagé jeune , comme s’il voulait réparer quelque chose , gravissant rapidement les échelons de la gendarmerie , sans comprendre pourquoi certaines affaires le hantaient plus que d’autres . Jusqu’à devenir capitaine . Son nom , désormais , résonnait dans tous les rapports du dossier nommé " Opale blanche ". Il enquêtait , cherchait la vérité . Sans savoir qu’il en était lui-même l’héritier .

Toussaint , lui , quand il lut le nom de Malo dans le dossier d'enquête , avait tout compris . De plus ,  lorsqu’il vit les yeux d’Élise et ceux d’Erwan , il réalisa que le temps de la vengeance était passé , que la vérité ne se paierait pas par le sang , mais par l’éveil . C’est ce jour-là qu’il décida de tout avouer à Laure Trégidi .

 
35 - Si la danseuse était bien morte , son cadavre avait été , cependant , volé à la morgue .
Par qui ? , se demandait Malo Guégan  , qui ne voulait plus entendre parler de toute cette histoire . C'était l'adjudante qui , peu à peu , en enquêtant dans la grotte de Marie l'Evêque , avait réalisé , en trouvant une douille , que son adjoint Ronan Toussaint n'était pas neutre , mais au contraire , sans doute , l'assassin d'Elise . Cette découverte ne devait être révélée qu'au dernier moment  , lui avait-elle rappelé , le faisant entrer dans la confidence alors qu' elle commençait à soupçonner l’homme qui travaillait à ses côtés , ce fils d'une ancienne famille d'esclaves de Haïti spoliée par les Kerjean , qui s'était enrôlé comme gendarme dans le but de venger sa famille et de retrouver la pierre volée , lui avait-elle expliqué , tirant sur Elise , le fameux soir du drame , sans vouloir , peut-être , la tuer . Tout cela restait bien vague , puisqu'on n'avait retrouvé aucune trace de balle dans le corps de la victime . 

De son côté , le capitaine avait appris qu'Izold s'était rendu à " Kroazhent " la veille de la mort de sa mère pour la rencontrer . Les traces d'un deuxième individu ayant bien été retrouvées sur le sol . Alors , pouvait-il s'agir d'un meurtre lié à une dispute ? On avait entendu des cris ... Lors de son audition , Goulven Kerneis avait avoué avoir aimé la " star " déchue toute sa vie , mais pensant également qu'elle avait voulu vendre l'opale pour se venger de lui , il l'avait suivie ce soir-là , mais niait l'avoir poussée , parlant seulement , d'une manière étrange , de " voix de la pierre " !

Celle-là même gardée à l'abri des hommes , " parce qu'elle pleure quand elle sent la haine " , affirmait cette jeune marginale de Yuna , qui avait répété ce que sa mère Anna avait raconté un jour à Izold .

- As-tu déjà eu limpression de ne pas vraiment vivre dans le présent ? Que ta vie nétait quun rêve à double face , qu'une perception déformée , et qu'un jour , grâce à l'opale blanche , tu te réveilleras de ton cauchemar ? , lui disait-elle .

Le capitaine confronta encore cette dernière . Sa maman voulait-elle récupérer son précieux trésor à tout prix pour sa carrière ? Mais une vidéo-surveillance du port montrait que quelqu’un d’autre , une silhouette mystérieuse , était venu après elle , chez Elise ...

 

 

36 - Au matin du lundi de la deuxième semaine d'enquête après la disparition d’Élise , la mer délivra un corps qu'un chalutier de Camaret , rentrant de la zone des filets dérivants , signala à la vedette de la gendarmerie maritime , celui d'un homme ballotté par la houle , au visage cireux , flottant les yeux clos comme s’il dormait encore . Mais sous la chemise , le sel avait déjà tiré de longues taches grisâtres sur la peau .

Cette dépouille , on l’identifia vite : c’était Koulman Gerlink , l'enfant du pays devenu pilote , l’homme qui , la nuit du drame , avait eu une violente dispute avec Élise sur le quai du port de Camaret , juste avant que celle-ci ne soit vue courant vers la falaise . Les témoins n’avaient entendu que des bribes de querelle , sur un ton sec , à-propos d'une " pierre ", et la colère rentrée de l'ancienne étoile de l'opéra Garnier .

L’autopsie révéla une blessure nette , un orifice d’entrée à la poitrine , et , logée près de la colonne vertébrale , une balle réglementaire de calibre 9 mm . Le marquage de la munition correspondait exactement à celles de l’arme de service de l’adjudant Ronan Toussaint .

Celui-ci , auditionné , avoua partiellement , racontant qu’après la chute d’Élise , qu’il croyait morte , il avait suivi Gerlink et l'avait vu , plus tard , s’engouffrer dans la grotte , là où , il en était sûr , l’opale blanche avait été cachée .

L’avidité , comme la peur de voir disparaître à nouveau son bien , l’avaient poussé à le suivre , arme en main , dans l’obscurité moite et résonnante , à l’intérieur , où il l’avait rejoint près du renfoncement où ruisselait l’eau de mer . L'aviateur tenait déjà un pistolet , leur échange verbal avait tourné court . Ce fut une lutte brève et brutale . Un coup de feu était alors parti au moment où Toussaint tentait de lui arracher l’arme .

Gerlink avait vacillé , puis , blessé , avait tenté de regagner la sortie , mais la mer , à marée montante , avait envahi la grotte .

Le jeune  gendarme , pris de panique , l’avait laissé là , persuadé qu’il se noierait rapidement . La mer , comme pour effacer les traces du drame , avait emporté le corps et rejeté bien plus loin , passé deux nuits de dérive .

L’enquête révéla un engrenage simple et terrible : un commandant de bord compromis dans les affaires du " Cercle " , un gendarme rongé par l’obsession de récupérer l’opale , avec , entre eux, l’ombre d’Élise , vivante ou morte , chacun l’ignorait encore alors , qui avait déclenché la tempête par sa curieuse disparition . Quant au corps de Gerlink , il fut rapatrié dans son village natal . Et  Toussaint , placé en garde à vue , fut suspendu de ses fonctions .

Mais l’opale , ce mystérieux héritage , restait introuvable !

 

37 - 🔹 Ouest Armor – Édition du 14 novembre
Drame du Toulinguet : le corps du commandant de bord retrouvé , un gendarme mis en cause ! 

 

" LÉtoile qui Tombe " : la tragédie d’Élise Kerjean secoue la presqu’île !

 

CAMARET-SUR-MER – Elle avait brillé sur les plus grandes scènes , de l’Opéra de Paris à New York . Élise Kerjean , la fameuse danseuse étoile d’origine finistérienne , avait conquis le public par son talent , sa grâce et cette intensité mystérieuse qui faisait d’elle bien plus qu’une interprète : une légende vivante ! Aujourd’hui , son nom , malheureusement , se voit lié à un drame digne d’un roman noir .

Dans la nuit du 8 novembre , l’artiste , retirée depuis peu sur la presqu’île , aurait été aperçue en pleine dispute avec Koulman Gerlink , un copain d'enfance , commandant de bord bien connu du port breton . Quelques minutes plus tard , l'ex-danseuse trouvait une mort cruelle en chutant depuis la falaise du Toulinguet . Son corps n’a pas été retrouvé , mais tout laisse craindre le pire .

L’affaire a pris un tour encore plus sombre lorsque , il y a deux jours , le corps de l'aviateur a été découvert en mer avec une blessure par balle . L’arme en cause ? Celle du sergent Ronan Toussaint , gendarme quimpérois , qui reconnaît avoir poursuivi Gerlink jusque dans une grotte littorale juste après la chute d’Élise . Selon lui , le commandant cherchait à s’emparer d’un mystérieux bijou connu sous le nom d’ " Opale blanche ", au cœur de vieilles rumeurs de trafics internationaux et de fortunes cachées .

Dans la grotte , une lutte aurait éclaté , coups et cris se mêlant au fracas des cormorans et des vagues . Le coup de feu , la marée montante ... puis le silence . Gerlink disparaît , vite emporté par l’océan .

L’ " Opale blanche ", objet de toutes les convoitises , reste introuvable . Avec elle , c'est la vérité sur la dernière nuit de celle que la presse avait surnommée " LÉtoile bretonne ".

Pour ses admirateurs , le voile de la tragédie tombe encore sur une destinée hors du commun : celle d’une étoile qui brillera toujours dans nos souvenirs ... parmi toutes les " stars " du firmament !

 

 

 

FIN DE LA SECONDE PARTIE

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XVI - Suspects - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XV - Révélations D'Anna .

7 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Dante Gabriel Rossetti - Pandora ( 1871 )

Dante Gabriel Rossetti - Pandora ( 1871 )

 

 

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XV - Révélations D'Anna

 

 

 

 

 

 

 

" Deux âmes se partagent , hélas , mon sein ,

  Chacune d'elles veut se séparer de l'autre ... "

Goethe - " Faust ( 1808 et 1832 )

 

 

 

 

 

 

 

 

31 - C’est dans la lumière tremblante du soir que Laura pénétra elle aussi à nouveau dans la grotte de Marie-L'Evêque , cette cavité ancienne que les marins évitaient , mais où les femmes du coin venaient autrefois , les jours de grande marée , prier pour les âmes perdues . La grotte avait servi de refuge , d’abri , de cachette pour des enfants , des fugitifs , des amants en fuite , peut-être même pour une danseuse traquée  ! 

Elise , tout revenait à elle , sa silhouette fine , ses chorégraphies envoûtantes , comme cette nuit maudite où on l’avait retrouvée au pied de la falaise , le regard grand ouvert sur le ciel d’orage .

Mais il n’y avait pas eu d'enterrement . Car à la morgue , le corps avait disparu , dérobé au cœur de la nuit , sans effraction visible . Aucun message , aucun mot . Juste ce vide .

Un vol de cadavre ! On aurait pu croire à une légende urbaine si le dossier n’était pas aussi précis .

L'adjudante alluma sa lampe et s’avança , guidée par un instinct tenace . Depuis qu’elle avait rouvert l’enquête sur l’opale blanche , une pièce du puzzle , un détail manquait , refusait de se placer , quelque chose résistait . Mais ce fut en glissant légèrement sur la roche humide qu’elle réalisa que la mer lui était sans doute venue en aide , par son travail d'érosion , permettant de le mettre en lumière en se retirant . Dissimulée sous une racine , elle trouva en effet la douille que personne , jusqu'ici , n’avait suffisamment cherchée , enfouie sous la terre mêlée d’algues , pour la remarquer . La repérant pour la première fois , la gendarme , avec précaution , ramassa cet élément minuscule , à moitié rouillé , mais encore identifiable . Il s'agissait apparemment d'un calibre 9 mm . Celui d'une arme de service ! Un frisson la parcourut alors , car elle connaissait très exactement qui , dans son entourage , portait ce type d’arme . Ronan Toussaint , son adjoint , l’homme presque transparent , réservé , taciturne , en qui elle avait mis toute sa confiance , le même qui lui avait rapporté en premier la piste d’Élise .

Le même qui avait toujours semblé ... trop bien informé ! Elle rangea la douille dans un sachet , referma la pochette plastique , et sortit de la grotte en silence . Elle ne dirait rien . Pas encore . Pas avant d’être certaine . Pas avant le dernier acte .

32 - Un vent âpre balayait la lande lorsque Laura gara ensuite sa voiture près de la barrière en bois mangée de mousse d'une bâtisse paraissant si vieille , avec sa toiture d’ardoises , couverte de lichens et de rouille , et son pan de muraille avalé par la végétation , qui semblait faire corps avec la terre . Le calme y était presque trop dense , lui aussi . Elle hésita un instant . N’ayant ni mandat , ni convocation , ce n’était pas une visite officielle . Seulement , cette douille avait fait naître en elle une intuition , tandis qu'un nom répété à voix basse par un vieux marin dans un bistrot de Camaret , lui disait sans cesse : " Va voir Anna . Elle sait . " 

Frappant trois coups nets , comme au théâtre , avant d'entendre un bruit de pas , puis le grincement lent de la porte d'entrée , elle vit paraître Anna . Celle-ci paraissait beaucoup plus jeune que ce qu'elle aurait pu imaginer . Pas une vieille folle , mais une femme calme , aux cheveux relevés en tresse , vêtue d’une robe de lin sombre , au regard clair , presque transparent .

- Bonjour , vous êtes Laura TregidiJe vous attendais .

La visiteuse resta figée une seconde . Elle n’avait encore rien dit .

- Je suis de la gendarmerie de Quimper , madame , finit-elle par articuler . Jenquête sur la mort dune femme tombée de la falaise il y a peuÉlise Kerjean .

Regardant fixement son badge , Anna , tout d'abord , ne bougea pas . Mais elle ouvrit simplement plus grand sa porte .

- Entrez donc . Il est temps que les vivants se parlent

L’intérieur sentait bon le thym , le laurier , le bois sec , l'odeur de la cire et des sabots brûlés près de l'âtre . Sur une table , une bougie faisait déjà danser sa flamme . Anna lui tendit une tasse fumante sans demander ce qu’elle voulait .

- Vous navez pas de questions à me poser ? , lui lança soudain l'enquêtrice , un peu méfiante .-

- Non . Mais vous , je vous écoute , si vous en en avez

Laura la fixa , déstabilisée .

- Pourquoi tout le monde me dit que vous savez quelque chose sur cette affaire ? Vous connaissiez la victime ?

- Elle était ma petite soeur d'âme , lui répondit doucement l'hôtesse . On a grandi ensemble . Elle dansait , moi , je rêvais . Mais un jour , elle a voulu suivre ailleurs quelqu'un qui l'aimait . Puis elle a disparu . Et le vent cruel a tout emporté !

- Elle a été tuée , répliqua sèchement Laura . Je sais que vous l'aviez suivie , ce soir-là , pour lui faire entendre raison , que vous vous êtes disputées , qu'elle a glissé , que vous n'avez pas pu la sauver . Qu'ensuite , vous avez entendu un coup de feu !

Anna baissa les yeux . C'est ce qu'elle avait raconté au capitaine .

- Et son cadavre a disparu ! , rajouta la militaire .

- Non , pas disparu , madame , reprisCe nest pas la même chose . Son corps ne pouvait pas rester là où il aurait été souillé . Ils voulaient la récupérer pour pratiquer leurs expériences

- Ils ? Qui ça , ils ?

Pour lui répondre , la druidesse , en se levant , saisit un petit objet sur une étagère , un morceau d'opale terne qu'elle tendit à l'adjudante , celle-ci , avant de ressentir une impression d'extrême dégoût , la trouvant étrangement froide au coeur de sa main !

Vous pensiez mener une enquête sur un meurtre , ajouta-t-elle . Mais ce que vous fouillez , ce sont des siècles de pourriture de vols , de trahisons , de lumières éteintes . La Pierre ... nest pas quun objet . Cest une clef . Sans le savoirÉlise a rouvert la boîte de Pandore ! ( 18 )

Un silence s’installa .

- Vous croyez vraiment que tout ça est possible ? interrogea Laura , déconcertée .

- Et vous ? demanda la médium , la fixant droit dans les yeux . Puisque vous êtes venue ici cest que vous n'avez plus tout à fait confiance , comme hier , en vos méthodes . Vous vous doutez que quelque chose ne colle plus . Pas vrai ?

Laura , sentant en elle quelque chose vaciller , ne lui répondit pas .

- Vous voulez la vérité ? reprit l'autre . Alors , vous devrez redescendre bientôt dans la grotte . Pas pour interroger , mais pour écouter . Surtout , pour accepter que vous n'êtes pas venue ici , chez moi , par hasard .  

La bougie vacilla dans un souffle invisible .

Laura comprit alors que son enquête ne faisait que commencer .

 

 

( A Suivre )

 

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Notes :

18 - La boîte de Pandore est un artefact de la mythologie grecque lié au mythe de Pandore dans le poème " Les Travaux et les Jours " ( 700 avant JC ) d'Hésiode .   

" Pandora " ( 1853 ) , par Gérard de Nerval ( 1805 - 1855 ) .

Mythe de Pandore : Fille d'Héphaïstos et d'Athena , Pandore entraîne la chute de l'homme en cédant , comme Eve , à la curiosité .

" Du point de vue alchimique , Pandora par sa nature Terre-Eau est aussi le Mercure et la Reine , le mariage Roi-Reine ou Soufre-Mercure indique clairement que la réalisation de l'Oeuvre a pour base fondamentale l'union de deux dualités : Feu-Air avec Terre-Eau , en vue de la Pierre Philosophale , androgyne parfait , tant du point de vue opérationnel que du point de vue spirituel ... Le " Mystère de la Totalité " va au-delà de l'Androgyne alchimique ou humain car son expression ultime serait la conjonction du Bien et du Mal en une totalité divine . " ( Jean Senelier - " Autour de Pandora " , 1975 - Editions Klincksieck , in " Pandora , Les Amours de Vienne " , édition critique - Tous droits réservés ) .

 

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIV - Les Compagnons d'Hyacinthe .

6 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Hyacinthe chevauchant un Cygne - Vase d'Apollodore ( 540 - 490 avant JC ) .

Hyacinthe chevauchant un Cygne - Vase d'Apollodore ( 540 - 490 avant JC ) .

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIV - Les Compagnons d'Hyacinthe

 

 

 

 

 

 

 

Je me suis jeté à genoux devant elle ,

  Et l 'ombre du Paradis a enveloppé mon âme ... "

 Gustav Meyrink - " Le Golem " ( 1915 ) , 11 - Détresse .

 

 

 

 

 

 

 

 

29 -  Le vent d’est soufflait fort sur la côte sauvage du Maine , entre les pins tordus du littoral . Une nuit noire étendait son manteau sur l’Atlantique . Là , entre les collines escarpées du nord de Camden , serpentait , presque invisible ,  une route étroite avant de s’effacer dans un périmètre interdit , surveillé par des drones . Les curieux parlaient parfois d’un projet militaire abandonné lorsqu'ils voyaient , protégée par la lourde interdiction de sa grille d'entrée , les restes d'une ancienne centrale électrique désaffectée , selon les autorités , qui se dressait en bord de falaise avec ses cheminées désormais muettes . Qui pouvait savoir en effet qu'en sous-sol , un autre type de pouvoir était ici cultivé ? 

C’est là que se réunissait une société secrète , les " Compagnons d'Hyacinthe " , qu'Interpol appelait le " Cercle des Gardiens " Dans la salle octogonale souterraine , creusée à même le schiste , des hommes marchaient en silence , genres de " zombies " dont le visage était dissimulé par des lunettes noires , chacun d'eux portant un masque de la même couleur , et tous portant des bures à capuches profondes qui évoquaient d’antiques ordres monastiques . Pas de croix . Pas de bible . Mais au centre , un piédestal de verre dans lequel brillait une lumière blanche tremblante : le réceptacle d’une énergie qu’ils n’avaient pas encore su maîtriser . L'assemblée s'inclina respectueusement devant celui qui , semblait-il , était leur chef , Tim Delaney O’Connor , Grand-Maître , ancien banquier international , passionné d’ésotérisme et de manipulation psychique ! Il prit la parole . Sa voix était grave , presque douce .

- Frères , la deuxième pierre a parlé , celle qui était passée entre les mains de Morgat . Elle est toujours en sommeil , quelque part dans une terre sacrée d'Afrique . Le moment approche . Il nous faut les deux .

Des murmures indistincts , des chuchotements flottèrent dans l'air , bruissant autour de lui . Puis l’un d’eux s’avança .

Il enfonça davantage son capuchon . C'était le balbutiement de Koulman Gerlink , nouveau membre du " Cercle " et discret commandant de bord . C’est lui qui avait approché la danseuse à Boston , sous le nom d’emprunt qu’elle utilisait pour se cacher . C’est lui qui avait transmis les coordonnées d'Izold . C’est lui , aussi , qui avait convaincu les autres de ménager Anna , la druidesse , médium potentielle .

- Élise est morte , bégaya-t-il avec peine . Mais son enfant vit , plus proche que vous ne pouvez limaginer , qui hésite encore à se joindre à nous . J'essaie de le convaincre !

O’Connor , spectre à l'oeil glacial marchant comme une ombre ,  se pencha vers lui :

- Et la médium ?

- Elle résiste , répondit Gerlink . Elle en sait trop . Mais elle ignore son rôle . Je peux la faire parler .

Des têtes hochèrent sous les capuches . Tout autour , les figures du cercle – avocats, magnats, généraux à la retraite – observaient sans un mot leur " leader " .

Celui-ci prit alors la parole d'une voix monocorde , un brin de jacinthe fixé sur sa tunique .

Eh bien ,  monsieur le compagnon de la dernière heure , quelle joie de vous trouver ici ! , fanfaronna-t-il  devant le groupe . Bienvenue à notre petite fête ! , lui lança-t-il avec ironie à la cantonade , faisant peut-être allusion à ce chantage inconnu des autres dont il était la victime . La veille , un homme était passé à son hôtel afin de récupérer le fruit de son petit trafic de bijoux , lui remettant une invitation pour lui rappeler aussi ce qui avait été prévu de longue date , et maintenant , la nuit défiant la façade austère de la vieille bâtisse ressemblant à un navire fantôme échoué sur le rivage des siècles , retombait déjà comme un voile d'encre , au bout de ce jour d'angoisse et de fatigue . Sans doute que le doux chant nocturne , captivant son âme au pays de la jeunesse , de l'autre côté de l'océan ,  lui ferait retrouver quelque part sa flamme perdue , se mit-il à réfléchir , obéissant docilement en silence au mystérieux guide qui , tout en plaisantant , lui parlait ? 

- Voyez-vous , mon cher , nous vous avons fourni une bonne couverture , c'est d 'ailleurs le but que poursuit notre association , venir en aide à tous ceux qui ont quelque chose à nous apporter !

 

        L'aviateur paraissait préoccupé , mais sans bien comprendre les vraies raisons de ce qui lui tombait sur la tête . Ce soir , un rayon de lumière céleste illuminait le visage de la femme posant une main délicate sur son ami , lui rappelant sa fiancée qui lui revint soudain comme en songe ! A moins qu'il ne se soit agi plutôt de son fantôme , estima-t-il après coup , croyant reconnaître , au fond de ce beau regard limpide , un reflet de sa propre souffrance et de son désespoir , et toute la détresse qui était la sienne face à ce qui , lui avait-elle expliqué , n'était qu'une habile manipulation d'une société secrète ennemie !

Autant pour maintenir sa réputation que pour préserver sa notoriété , il fit mine de ne pas être au courant de ce qui se tramait . Bien sûr , avait-il été victime d'un complot , sinon d'un cruel malentendu , et son amie s'était sans doute laissée berner par des gens qui , à leur habitude , avaient abusé de sa bonté native .

         Tout allait maintenant rentrer dans l'ordre ! S'il obéissait , s'il se montrait coopératif , lui avait-on déclaré en lui offrant une coupe de champagne ,  on n'inquiéterait plus sa famille à propos de ses " petites fantaisies " d'un soir d'ivresse en escale .

Demain , vous reprendrez la route de Paris qui doit sûrement vous attendre avec impatience ! "
         Il suffisait qu'il trouve la fameuse opale , dont on ne croyait pas qu'il ait pu vraiment perdre la trace .

         Alors , tout ceci , se dit-il à lui-même , n'était-ce qu'un piège ?

O’Connor conclut d'une seule phrase :

- A léquinoxe dautomne , dans trois semaines , l’expérience sera réalisée . Avec ou sans leur consentement . La Pierre obéira à ceux qui savent .

Gerlink baissa la tête . Il conçut qu’il allait devoir franchir une nouvelle ligne . Il avait déjà sacrifié Elise . Que serait le prix suivant ? Anna ? Ou même ... lui-même ?

Car parfois , la Pierre immaculée semblait lui murmurer dans le silence .

Et ce murmure ... portait le nom de Malo !

 

30 - Il faisait déjà presque nuit lorsque ce dernier pénétra dans la ténébreuse grotte armoricaine . La mer était basse , l'air du large soufflait en soupirant sa petite musique . Il avait grimpé le sentier à la lampe torche , tout seul , sans prévenir ses collègues de la gendarmerie qui ignoraient , évidemment ,  ce qu’il cherchait . Lui sentait , du moins , que quelque chose l’attendait ici . Les murs de la cavité étaient couverts de lichens , de dépôts salins . Rien de remarquable à première vue . Mais au fond , derrière une avancée de roche , il vit un alcôve circulaire , presque une conque naturelle . Et là , au centre , une marque noire sur le sol , comme le résidu d’un ancien feu .

Il s’assit , fermant les yeux .

C'est alors que se brisa le silence .

D’abord une vibration faible , souterraine . Puis le léger souffle d'une chorale angélique . Au moment où il rouvrit les yeux , la grotte était baignée d’une lumière blanche , pulsante , qui ne venait d’aucune source visible . Quelle surprise alors , de la voir qui se tenait là , au milieu de ces créatures de flamme , Elise , mais pas comme dans ses souvenirs , portant une robe flottante , couleur d’algue et de ciel , dansant lentement , les bras ouverts , l'opale au front , comme un troisième oeil , avec autour d’elle , comme si le monde hésitait entre plusieurs temps , les murs de la grotte qui semblaient osciller ! 

Puis , parut une autre présence qui n’était ni homme , ni femme , un être de lumière , plutôt , quasi translucide , et dont les ailes d'archange , se déployant sans toucher le sol , psalmodiaient une sorte de chant céleste d'une imperceptible tonalité vocale , exprimait l'immensité de l'infini .

" La pierre fut donnée non pour la gloire , mais pour l’épreuve . L’âme choisit . Toujours . "

Élise s’était arrêtée de danser , fixant le Messager . Dans sa main , l’opale brillait d’un éclat tremblant .

" Elle a joué , elle a chuté , elle a fui ."

Alors , l’Ange tendant sa main lumineuse , une seconde gemme apparut soudain dans l’air : la pierre noire , froide et muette . Les deux tournèrent lentement l’une autour de l’autre , sans se toucher .

" L’une est mémoire , l’autre est abyme . "

Puis l’Ange se pencha vers Malo , et ce fut son propre visage que celui-ci reconnut dans la lumière . Plus jeune . Plus vieux . Coupable et sauvé . Il se mit à trembler .

Le temps n’est qu’un miroir , la faille est en toi . "

Et tout s’éteignit .

Il se retrouva seul , dans le froid , la lampe torche entre les genoux . Mais dans sa poche , où il glissa la main , quelque chose pesait .

C'était l'anneau d'Elise avec , enfin revenue en son sein , l'opale blanche du " Saint-Ronan " ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte .

4 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte .
 
 
 
Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Les Enfants de la Grotte 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Je rêve souvent d'elle

  En regardant la mer ...  "

Pierre Eliane - " Je Rêve souvent d'Elle " *

 

 

 

 

 

 

 

 

27 - La pluie s'était remise à tomber en fine dentelle sur la bruyère et les genêts , laissant s'effacer peu à peu les traces de pas de l'adjudante et de son adjoint . Dans leur froissement mouillé , les murmures du vent , portés par le roulis vibrant des vagues océanes , résonnaient dans les ajoncs d'or . En contrebas du site , un sentier très étroit , visible à peine , s’enfonçait vers l'ombre d'une crevasse oubliée , une cavité ouverte dans la roche , que seuls quelques anciens nommaient encore la " Grotte des Enfants ".

Laura n’était jamais venue ici . La légende , elle la connaissait pourtant , celle d’un abri de fortune , autrefois refuge d’orphelins de guerre ou de fuyards trop jeunes pour être vus , trop marqués pour être crus . C’était là , selon le vieux dossier rouvert par le colonel Huet , son supérieur , que l’on avait découvert jadis des restes d’objets d’enfance — poupées de chiffon , billes de verre , médailles égarées . Mais aussi , plus sinistre , une main d’enfant momifiée , prise dans les racines d’un figuier sauvage . L’enquête n’avait jamais abouti . Trop de silences . Trop de morts .

C’est Ronan qui la guida jusqu’à l’entrée , presque dissimulée sous un surplomb de pierre . Il avait , en un rien de temps , gonflé le petit bateau portable en plastique nécessaire à la visite .

Vous êtes bien sûre de vouloir entrer là-dedans ? , murmura-t-il . On ne sait pas ce quon va y réveiller .

Tregidi hocha la tête .  Elle portait maintenant en elle ce mélange étrange de peur et de détermination qui précède les grandes révélations . Ce lieu , se disait-elle , n’était pas seulement un décor oublié , c'était une scène . Et peut-être même le théâtre du drame originel .

À l’intérieur , l’air était humide et froid . Le faisceau de la lampe torche du sergent balaya , depuis la frêle embarcation , les parois creusées de graffiti anciens , noms d’enfants , dessins de bateaux , visages rieurs . Laura , un instant , crut entendre un chant venu des profondeurs , très bas , comme un souffle . Une comptine ?

- Ici , dit Toussaint , lui désignant une cavité à demi effondrée . Cest là quon a retrouvé lobjet .

Un silence lourd s’abattit sur eux.

- Quel objet ? demanda-t-elle , déjà sur ses gardes .

Le gendarme hésita , puis sortant de son manteau une petite boîte métallique ancienne , à moitié rouillée , en retira un morceau de tissu bleu , roulé autour d’un médaillon .

Sa voisine reconnut aussitôt le motif gravé : une étoile à six branches , pareille à celle retrouvée sur le pendentif de la victime .

- Où avez-vous trouvé ça ?

- Je ne lai pas trouvé . Un vieux bonhomme qui vit reclus à lancienne ferme de Landivy me la confié hier soir , à charge , pour moi , de le lui rendre le plus vite possible . Il m'a dit que ça appartenait à son petit-fils , enfant de choeur du père Jaouen . Que cétait un secret denfants dont l'origine lui était inconnue .

Laura serra les poings. Le gosse de Landivy ... Comment pouvait-il avoir eu ce " cadeau " ? Était-il en contact avec un témoin-clé qu’ils recherchaient ? Soudain , juste au-dessus d'eux , le cri d’un oiseau fendit le silence . Une chouette peut-être . Ou un avertissement ?

Le sergent s’approcha de la paroi du fond sur laquelle était incrustée dans la roche , une plaque métallique scellée . On avait tenté de la dissimuler sous un amas , mais l’érosion l’avait partiellement dégagée .

- Regardez !

La femme s’approcha , lisant , sur la plaque , en vieilles lettres presque effacées : 

" Dar re a fell dezho tapout ar Maen ,
  Deuet omp da saveteiñ anezhi ! " ( 16 )

Laura recula d’un pas . Son souffle s’accéléra .

- Cest une vraie menace ! , murmura-t-elle . Quelquun voulait que ce message survive .

Toussaint referma doucement la boîte , sans mot dire .

Ils sortirent de la grotte en silence . La pluie s’était arrêtée . Mais la lande semblait suspendue , comme si elle attendait le retour de voix anciennes . L'adjudante , elle , savait que le passé , plus vivant que jamais , ressemblait à cette étoile tombée , un soir , au-dessus de la terre sauvage , lui abandonnant bien plus qu’un corps sans vie , puisqu'elle avait ravivé l'espoir de ses enfants perdus . Parmi eux , pensa-t-elle , est sûrement cachée la clé du meurtre !

 

28 - C'est ainsi que , rentrée au bureau , l'après-midi , elle se mit à refaire le bilan de l'enquête sur les cinq protagonistes présents dans la grotte . Premièrement , la victime , Elise , qui un dizaine d'années plus tard , tomba enceinte d'Erwan Morgat , fils du gardien de phare , âme sauvage du Finistère . Elle avait alors dix-sept ans quand elle finit par céder aux avances de celui qui l'avait courtisé depuis sa plus tendre enfance . Leur amour fut bref , intense , comme un éclair au-dessus du gouffre . Une nuit de solstice , alors que la mer grondait au large du Toulinguet , la jeune fille lui offrit tout : son corps , ses rêves , son avenir . Mais quelques mois plus tard , terrifiée par l'idée d'être enceinte , elle prit la fuite vers Nantes , tentant d'y refaire sa vie , dans l’anonymat des rues grises , ne parlant jamais de l’enfant , ni du père qu' elle avait d'ailleurs laissé derrière elle avec l’étoile , peu après lui avoir abandonné son enfant . Cet Erwan , quant à lui , ne comprenant pas vraiment pourquoi elle était partie , resta hébété de douleur tout d'abord , veillant , pour la distraire , sur le phare familial , où il dut cacher l'étrange bijou qu’elle lui avait confié , cette opale blanche , d’une transparence irréelle , qui semblait frémir au contact de la lumière . Puis , pour oublier sa peine , il devint militaire et fut envoyé en Afrique , au centre du Mali , dans le cadre de l'opération Barkhane . Là , il se lia , grâce à son amie Nema , avec une tribu ancienne qui lui fit découvrir une grotte sacrée gardienne de secrets immémoriaux dans la falaise de Bandiagara , au pays Dogon . Pensant le préserver du monde , il y déposa son trésor au milieu de vieux manuscrits reliés en écorce , mais périt , quelques semaines plus tard , lors d'une embuscade . Il n’avait que trente ans . ( 17 )
La druidesse Anna , médium et " rebouteuse " , était l'amie d'enfance d'Elise qu'elle avait connu au collège . L’une chantait , l’autre voyait . Fille d'un guérisseur , elle disait converser avec les arbres . Quand son amie prit la fuite , elle reçut , comme un appel , cet enfant qu’on avait abandonné dans la grotte , enveloppé dans un tissu bleu , l’élevant sans rien dire , dans sa petite maison du bout du monde , et sachant , par intuition , qu’il porterait en lui un destin particulier parce qu'il avait les yeux d’Élise , mais le silence d’un autre monde . 
Quand Anna demanda de l’aide à Goulven Kerneis , qui avait , lui aussi , aimé la danseuse en secret sans jamais le lui avouer , l'ancien marin reconverti patron-pêcheur accepta sans poser de questions , transmettant la mer à l'enfant , la rudesse , la vérité des vents . Même s'il savait qu’il n’était pas son père , il se jura d’être comme son roc . Et Goulven connaissait bien le nom d’Erwan Morgat . Il avait été son " pote " et son rival , à l’époque . Mais il gardait le silence . Par amour . Par fidélité .
Enfin ,  Koulman Gerlink  , devenu commandant de bord vingt ans plus tard pour une compagnie privée , lui qui , à Boston , avait retrouvé sa copine Élise devenue professeur de danse contemporaine , silhouette évanescente d'un nouveau monde de verre et d'illusions . Mais derrière l'uniforme et les sourires de façade , celui-ci , d'après les dossiers d'Interpol , appartenait en fait au " Cercle des Anciens " , société secrète internationale avide de pouvoir , dirigée par un certain Tim Delaney O'Connor et son comparse , Yann Kerjean , ces derniers voulant sans doute récupérer les deux pierres pour obtenir , en s'aidant éventuellement d'une médium , de lucratifs gains matériels ( gains aux courses , casinos , trafics , etc ... ) , Pourquoi pas Anna ? , pensa l'enquêtrice .
Il y avait autrefois une fille qui dansait pieds nus sur les rochers , les soirs d’orage , une étoile blanche tatouée au creux du poignet . Ceux qui l’avaient aimée , n’avaient jamais pu l’oublier ... 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XIII - Les Enfants de la Grotte - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

16 - À ceux qui veulent semparer de la Pierre ,
          Nous sommes venus la sauver ! "

17 - Barkhane ( 2014 - 2022 ) , opération militaire menée par l'armée française au Sahel et au Sahara contre les groupes armés djihadistes .

     - La falaise de Bandiagara est une longue chaîne de grès située au Mali dans la région de Bandiagara, s'étirant du sud au nord-est sur une distance de 200 km , autour de laquelle s'étend le Pays Dogon .

* Chanson de Pierre Eliane dans son album " J'ai Cherché ton Nom " ( 2024 ) , copyright Pierre Eliane / Manfred Kovacic - Bayard - Tous droits réservés .

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XII - Le Dossier " Kerbonn " .

4 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Bateau dans la Tempête - 1828 - Jean-Théodore Gudin  ( 1802 - 1880 )

Bateau dans la Tempête - 1828 - Jean-Théodore Gudin ( 1802 - 1880 )

 
Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XII - Le Dossier " Kerbonn "

 

 

 

 

 

 

 

 

Regardez-les sur le port , ces matelots , martyrs tranquilles , triomphateurs silencieux , mâles figures ayant   dans le regard cette religion qui sort du gouffre ! "

Victor Hugo - Les Travailleurs de la Mer

( 1866 ) , II , 3 , III - La Mer et le Vent .

 

 

 

 

 

 

 

 

24 - Le capitaine Guegan regardait la falaise depuis la plage de galets . Le cadavre avait bien été retrouvé au lever du jour , trois jours plus tôt , par un retraité qui promenait son chien . Pas de témoin . Pas de lettre . Juste cette bague océane dont l’opale avait disparu , laissant une trace encore brillante dans le sable , et ce regard vide , figé vers le rocher du Lion , le " Sphynx de Pen-Hat " . Suicide ? Homicide ? Accident ? Peu lui importait ! S'il l'avait pu , il aurait voulu classer cette affaire le plus vite possible . Élise Le Bihan — enfin , Kerjean , selon son nom d'artiste — n’était plus qu’une ancienne étoile de mer ternie , revenue mourir sur la plage de ses ancêtres . Rien ne pressait . ( 13 )

Mais quelque chose clochait .

D’abord , ce nom , justement , Kerjean , qu'il avait vu dans des archives poussiéreuses , des années plus tôt , lorsqu’il avait travaillé sur un vieux dossier jamais élucidé  : celui du naufrage du " Saint-Ronan " , navire marchand coulé en 1767 , près de Camaret  . L'armateur en était un nommé Hyacinthe Kerjean , négociant de Nantes , connu pour avoir dissimulé à la douane certaines " denrées exotiques " . Le bateau s’était échoué par temps clair , inexplicablement , à l’entrée d’une crique .

Mais surtout , ce qui était troublant , c'était le témoignage d'un gosse du coin , recueilli en 1967 , parlant d'une scène étrange au fond d'une cavité proche de la Pointe du Toulinguet : le spectacle d’une femme dansant en robe blanche, entourée de lumière , tandis que derrière elle , une barque noire , sans toucher le sol , semblait flotter dans les airs !

L’affaire avait été classée comme une hallucination d’enfant .

Mais le gendarme , ce jour-là , en recoupant les dates , crut sentir le même froid courir sur sa nuque . L'’enfant , c’était peut-être lui , quelques temps plus tard .

La femme qu’il avait vue , jadis , dans un rêve ou dans cette cavité battue par les vents , c'était peut-être Elise . La même . Le même visage !

Mais c’était impossible ! En 1967 , elle n’avait que sept , huit ans . Lui n'était pas encore un bébé . Pourtant , la scène semblait encore gravée dans sa mémoire — les bras levés , le regard fixe , la broche à l’opale vibrant dans l’ombre comme une étoile folle !

Alors ... que s’était-il vraiment passé ? Ils étaient , disait-on , quatre ou cinq à jouer , ce jour-là , au bord de l'eau ... Le naufrage du " Saint-Ronan ", l’apparition dans la grotte , la mort d'Elise , tout cela ne faisait-il pas partie d’un même continuum décalé , circulaire ? Et surtout ... si elle n’était pas tombée , si elle avait été poussée par quelqu’un qui savait que cette pierre permettait d'ouvrir une faille temporelle entre les siècles , même si cela paraissait complètement fou , entre les mondes ?

L'officier dut rouvrir ce dossier maudit dont il ne voulait plus jamais entendre parler , conscient qu'il lui faudrait revenir encore là où tout avait commencé : la caverne , le navire , la Pierre .

 

25 - Laura Trégidi , ayant des doutes sur son supérieur , avait fait discrètement envoyer le jeune sergent Toussaint , d'origine haïtienne , en renfort pour prendre le relais de l’enquête . Celui-ci , bien que mandaté par la lieutenante pour observer le capitaine , entra dans son bureau comme un simple exécutant , se gardant bien de montrer ses véritables intentions , mais restant attentif au moindre détail , ayant frappé deux coups brefs contre la porte , après qu' une voix, rocailleuse et lasse lui ait lancé :
- Entrez !

Marchant d’un pas souple et mesuré , presque trop silencieux pour un homme en uniforme , il avait la carrure moyenne , les gestes précis , la voix douce mais ferme . Originaire de Port-au-Prince , il avait pris l’habitude de se fondre dans le décor , sans jamais perdre une miette de ce qui s’y jouait . Ce don , il le devait , prétendait-il , autant à son enfance dans un quartier bruyant qu’à son expérience dans les affaires sensibles , de celles où la vérité se cache souvent sous plusieurs couches de silence .

Malo Guegan , debout près du radiateur froid , lui jeta un regard rapide .

- Vous êtes ?...

- Ronan Toussaint , mon capitaine . Envoyé de Quimper . Ordre de mission signé Trégidi . Je suis là pour vous aider sur le dossier " Kerbonn " . ( 14 )

L'officier se mit à hocher la tête sans un mot , lui indiquant du menton la chaise qui faisait face à son bureau . Le visiteur s’y installa , sans précipitation , les mains jointes sur les genoux .

- Trégidi a pas pu se déplacer ? , lui demanda Guegan tout en s’asseyant à son tour , les sourcils légèrement froncés .

- Non , la lieutenante est mobilisée sur une autre affaire . Mais elle suit celle-ci de près . Très près , précisa le sergent sans insister .

Le capitaine tira de son tiroir une liasse de rapports , puis alluma une cigarette . La fumée monta lentement , se dissipant dans la lumière grise du matin . Derrière lui , la baie de Douarnenez disparaissait sous un crachin dense .

- Une femme est tombée de la falaise . Accident , suicide ... ou meurtre . Les pistes sont minces , les témoins flous . Pas un mot sur ce quelle faisait là-haut , seule , au milieu de la nuit .

Il passa un doigt sur son front , comme pour chasser un vieux malaise , puis reprit :

- Le seul truc étrange , cest ce quelle a dit juste avant de mourir . Un brancardier ma soufflé ça : " Il est revenu . Il était dans la crypte souterraine avec les autres . "

Toussaint ne réagit pas trop , se contentant d’acquiescer lentement .

- Cest noté , capitaine . Je suis là pour vous assister . Rien dautre . Je me conforme à vos directives .

Guegan le regarda de côté , soupçonneux . L’homme en face de lui était trop calme , trop lisse . Pas le genre à commettre une erreur verbale . Il avait l’air d’un type qui écoute tout , mais ne dit que ce qu’il faut .

Vous avez lu le rapport sur laffaire de 1967 ? Le soi-disant bateau dans la grotte ?

- Jen ai pris connaissance . Une histoire denfants qui auraient vu une lumière étrange . Le " Saint-Ronan " , si jai bien compris . Certains parlent dhallucination collective .

Un silence tomba . Le capitaine hocha lentement la tête , les yeux fixés sur la fumée de sa cigarette .

- Elise était lun deux .

- Je vois .

- Les gens disent qu'ils étaient cinq . L'un s'est envolé plus ou moins , je crois . Deux autres sont morts par la suite , y compris la récente victime . Anna est restée seule avec Goulven . Et le reste ... , fit-il sans achever sa phrase .

Toussaint le regardait avec une attention polie , d'abord sans poser de questions , mais , au contraire , se contentant d'écouter . Puis , il se hasarda :

- Daprès ce que jai su , reprit-il timidement , certaines familles d'ici ont refusé den parler. Des silences bizarres . Tout cela semble avoir laissé des traces . Même le curé Jaouen , qui , un jour , a été muté précipitamment ...

- Ce ne sont que des coïncidences , répondit un peu trop vite son interlocuteur . Et moi , je suis officier de gendarmerie . Pas chasseur de fantômes !

Le subordonné inclina légèrement la tête , comme pour dire : Entendu . Il se leva doucement .

- Capitaine , je prends mes quartiers au foyer des gendarmes . Je vous ferai un rapport chaque soir . Si vous avez besoin de moi , je suis à votre disposition .

- Vous pouvez commencer par interroger les anciens du quartier Kerbonn . Et méfiez-vous de ceux qui parlent trop . 

- Bien , capitaine .

Le sergent sortit sans un bruit son carnet de sa poche .

Il y consigna d’une écriture compacte : " Guegan tendu . Réaction vive sur 1967 . Sait quelque chose . Fume trop . Fissure visible " .

Le soir même , à Quimper , sa note confidentielle atterrit sur le bureau du lieutenant Laura Trégidi .

 

26 - La nuit tombait lentement sur la gendarmerie de Crozon . Tandis que le capitaine , prétextant une migraine tenace , était reparti chez lui plus tôt que d’habitude , le sergent Toussaint , fouillant discrètement dans un tiroir du poste , en profita pour découvrir par hasard l'adresse d'un ancien gendarme , aujourd’hui à la retraite , qui avait été de garde la nuit où les enfants furent retrouvés après avoir vu le " Saint-Ronan " dans l'antre de Marie-Lévêque . ( 15 )
Seul dans le petit bureau qu’on lui avait attribué , attenant à celui du chef , il consulta la liste des anciennes archives de l’unité . Par habitude , il vérifia les tiroirs non étiquetés , ceux qu’on oublie , qu’on ne vide jamais vraiment . L’un d’eux était coincé . Il le força doucement , sans faire de bruit , puis , percevant un petit clic , il parvint à l'ouvrir . À l’intérieur , il y avait quelques papiers sans importance , des stylos secs , de vieux crayons ... mais s'y trouvait aussi , dans une enveloppe , une boîte métallique , type boîte de biscuits anglais , rayée par les années , qu'il tira à lui . Comme elle n’était pas fermée à clé , il put l’ouvrir , et , soigneusement enroulé dans une petite serviette jaunie , repéra un pendentif à l’intérieur , une médaille marine en argent noirci , gravée du nom de " Saint-Ronan " , sur laquelle , à peine lisible , figurait une silhouette de navire stylisé , étrange , presque byzantine , comme sortie d’un rêve .

Sous ce mouchoir , il dénicha aussi une photographie écornée en noir et blanc : cinq enfants sur une plage . Trois garçons , deux filles . Tous regardaient vers l’objectif sauf un , qui fixait la mer . Au verso , une inscription à l’encre bleue : " Été 1967 – Grottes de Morgat ."

Le sergent rangea le tout dans une pochette plastique . Il savait que le patron de la brigade ne parlait pas à la légère , et pourtant , qu’il lui avait menti . Il n’avait rien oublié . Il avait gardé un souvenir tangible , dissimulé dans un tiroir qu’on ne devait jamais ouvrir .

Le lendemain matin , quittant la gendarmerie , il se rendit à un rendez-vous fixé discrètement par Laura . Elle lui avait donné une adresse sur la côte , à quelques kilomètres de là : " Le Clos du Vieux Phare " , une maison de retraite pour anciens fonctionnaires de l’État .

C'est là qu'il rencontra un certain Yves Barazen , ancien adjudant-chef , aujourd’hui perclus d’arthrite , mais la mémoire encore vive . L’homme l’attendait sous une véranda , emmitouflé dans une couverture de laine .

- Vous venez pour laffaire de la falaise , hein ? , fit-il , souriant à demi . Ça devait bien finir par remonter un jour à la surface , tout ça .

Le quimpérois , lui serrant la main , s’assit face à lui .

Guegan , c'était lun des enfants de 67 ?

Barazen hocha négativement la tête .

- Non , cest le seul qui nait jamais rien dit . Même , à lépoque , il a tenu sa langue . Mais il a changé après . Comme si quelque chose sétait figé en lui .

- Que s’est-il vraiment passé ce soir-là ?

Le vieux gendarme regarda vers le large , les yeux brillants d’un éclat ancien .

- On les a retrouvés tous ensemble au petit matin pieds nus , muets et complètement trempés . Koulman , seul ,  hurlait comme un possédé . Il affirmait avoir vu quelque chose d'incroyable dans ce trou . Mais ce nétait pas un bateau . Non , pas un bateau du tout !

- Vous en êtes sûr ?

Le vieillard tourna lentement la tête vers lui . 

- Jai récupéré un enregistrement , ce soir-là , sur mon vieux magnéto . Un des enfants , peut-être Elise , avant de sombrer dans le mutisme, avait chanté . Une mélodie étrange , comme une berceuse , mais inversée , dans une langue inconnue . Je lai encore . On dirait du gaélique , du vieil irlandais . Je vous le ferai écouter si vous revenez . Ça ma donné la chair de poule !

- Et le capitaine Guegan ? Que faisait-il ?

Barazen lui sourit d'une mine triste .

- Il a sans doute gardé quelque chose , une sorte de médaillon que lui avait donné sa mère . Le même que celui que vous avez trouvé , je suppose . Je lai vu ... briller . Il na jamais voulu quon en parle .

- Et ce Koulman , c'est qui ?

En regagnant le casernement , Ronan comprit qu’il approchait du cœur d’une énigme vieille de quarante ans . Le capitaine , sans doute , n’était pas qu'un simple témoin , mais le gardien d'un terrible secret qui , un jour , avait coûté une vie . 

Il nota dans son carnet : " Médaille retrouvée - Photographie - Témoin confirme - Guegan , silence stratégique . Commence à craindre que tout ressurgisse . "

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XII - Le Dossier " Kerbonn " - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

13 - Rocher du Lion = petit îlot , juste en face du Toulinguet , qui ressemble un peu au Sphynx d'Egypte .

14 - Lieu-dit de Camaret-sur-Mer , entre la pointe de Pen-Hir et celle du Toulinguet .

15 - Grotte , sur la plage de Pen-Hat , perçant la pointe du Toulinguet .

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XI - Le " Night Swan " .

29 Juillet 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Swan Restaurant ( Miami )

Swan Restaurant ( Miami )

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XI - Le " Night Swan "

 

 

 

 

 

 

 

 

" ... Cambre-toi sur tes pieds dressés ,
 Secoue les reins , lance les jambes ,
 Nous applaudissons à grands cris
!
"
 " Chansons de Bilitis " , 3è Partie , Epigrammes dans l'île de Chypre , " La Danseuse Aux Crotales "
Pierre Louÿs , 1894 .
 "

 

 

 

 

 

 

 

21 - À Boston , la lumière avait une couleur métallique . Rien à voir avec les crépuscules incendiaires du Fromveur , ni même avec les ors fins du Palais Garnier . Ici , dans le quartier des Théâtres , tout brillait d’un éclat froid  : le chrome des voitures , les néons rouges du cabaret , les bouteilles glacées au " local bar " . Élise avait suivi Tim O’Connor comme on suit un dernier vertige , sans plus se retourner . Sa carrière de soliste avait pris fin brutalement par un diagnostique douloureux devant la glace de sa chambre , un soir , appuyé par sa grande fatigue dans le regard , certainement liée à la prise de conscience de l'âge limite et de son genou faiblissant , puis surtout d'un scandale discret lié à ses gains douteux .

Complaisant , son compagnon du jour lui avait tendu la main , lui proposant de " coacher " les danseuses de sa boîte jamaïcaine sexy , le " Night Swan " ,  un cabaret chic aux allures mafieuses, fréquenté par des politiciens, des flics pourris et quelques millionnaires en exil .

C'est ici , entre " Fenway " et " Kenmore Square " , qu'elle s'était fait connaître sous le pseudonyme de " Lola  " , lorsqu'il l'avait croisée " par hasard  " , lors d'une escale où il essayait , dans les flonflons de la fête , et sous l'effet de l'alcool , d'oublier ses déboires sentimentaux . Jamais , depuis la fac , il n'avait pu oublier ses yeux d'azur un peu tristes , dont l'éclat , ce soir-là , reflétait celui du faux cristal , sous les rutilantes lumières de la boîte où se trémoussaient avec peine des gens , plus ou moins jeunes , venus des quatre coins du comté . Sur l'affiche , il avait eu du mal à l'identifier au milieu de ses " girls " , avant qu'une espèce de grand dadais ne se soit avisé même de l'entreprendre au milieu de sa petite cour , et qu'elle ne s'éclipse comme le Soleil , tandis qu'avec désespoir , il se demandait quand il aurait enfin l'occasion de lui glisser un mot . Pourtant , son coeur s'était mis  à battre plus fort quand il l'avait vue , dansant sur scène , affublée d'un petit chapeau de clown et d'un maquillage des îles . Cette nuit-là , même s'il craignait qu'elle ne s'effrayât de ce curieux bonhomme au premier rang , verre à la main , qui ne cessait de la toiser tout au long de sa mirifique " salsa " , il s'étais promis de revenir l'attendre seul , un peu plus tard , pour lui confirmer la réalité de son existence . Enfin , cette heure arriva où , restant dans la rue bien après le spectacle , il avait repéré la sortie des artistes , puis guettant sa silhouette longiligne , élégante , et son beau visage d'ange , qui n'avait guère changé , il eut soudain peur de son insignifiance , et lorsque s'entrouvrit la porte du pub où il s'était réfugié , un vent d'automne balayant les trottoirs sombres d'une bruine persistante , il vit passer son ombre fugitive , soigneusement habillée d'un costume de ville assez classique , derrière la cloison rococo en verre fumé , décorée de feuilles de vigne où , l'air pensif , elle déboutonna lentement son imperméable , s'approchant de sa table pendant qu'il repensait encore à celle qui , jadis , avait planté dans son coeur un coup de lance avant de s'enfuir , lui promettant monts et merveilles . Combien de temps lui avait-il fallu l'attendre , alors , pensa-t-il , observant le cygne noir frappant de son regard les eaux sombres du sien , comme un autre fantôme attiré soudain par l'éclat du couchant ? Mais lui , qu'en ferait-il , sinon , comme tant d'autres , l'abandonner à son triste sort ? , se demanda-t-elle quand elle se décida , pour finir , à le reconnaître . ( 9 )

- Koulman ! , s'était-elle exclamée avec surprise .


22 - La pluie avait tambouriné toute la nuit dans sa tête et sur le toit . Le lendemain de cette soirée lumineuse , l'hôtel , pâle spectre dans la grisaille , lui sembla aussi vide qu'un navire abandonné . A l'occasion d'une éclaircie , ne voulant voir personne , il était parti vers le port , la ville toute entière , coupable d'étranges réminiscences , parut s'offrir à son âme dévastée . Dès l'aube , une pluie fine et persistante avait envahi d'une grande tristesse rues et perspectives .
Le visiteur , gagné par sa mélancolie , traversa un immense terrain vague , sorte de friche urbaine évoquant si bien le chaos de sa propre vie .

Il s'était mis à boire , la veille , éprouvant un insurmontable dégoût , lié sans doute à l'errance , à la solitude , qu'on étreint parfois comme une maîtresse de pacotille dans une chambre anonyme , et qu'on retrouve au hasard d'une rue sombre , dans un bar de fortune , pour assouvir une soif encore plus grande , celle de l'oubli ...

" Nous ne sommes pas vrais tant que nous nous gardons  " , chante le poète . ( 10 )
En tout cas , c'était devenu sa devise favorite .


Il aurait pourtant tout laissé tomber , jadis , pour la rejoindre , songeait-il encore au coin de cette ruelle obscure du quartier chaud constellée d'ampoules multicolores , qui faisait flamber d'immenses lettres de feu criardes , comme une invite à assouvir simplement la soif nocturne irrépressible d'un passant solitaire :
" The Night Swan " , cabaret bostonien rempli de bière et de jolies filles ! ( 11 )
Vêtu d'un smoking impeccable , Tom , petit être replet , dissimulant son regard vicieux derrière de grosses lunettes noires , vint vers lui , comme d'habitude , pour l'accueillir avec déférence .
" Bienvenu , commandant Gerlink ! Soyez ici chez vous ! "
Comme de coutume , il avait fait l'effort de lui répondre gentiment dans sa langue . 
Il aimait bien boire du whisky , appréciant aussi la beauté sauvage du music-hall , autant que le spectacle des danseuses nues . Mais ce soir-là , en ce lieu étrange où se défoulait l'ivresse collective , il avait senti que la propre musique de son coeur souhaitait l'entraîner plus loin . 

D'ailleurs , comment aurait-il pu s'attendre à la revoir ici ?
Ce matin-là , au bruit des gerbes d'écume , il s'était revu le coeur à marée basse , marchant près d'elle au temps de sa jeunesse , le long de la grève immensément déserte  ...

                Mais maintenant ?

" Tout est mouvement , tout est danse ... " , lui avait-elle expliqué , le regardant avec tristesse au milieu des brouillards de l'alcool , pendant cette soirée d'hier où ils avaient fêté ce moment précieux de leurs " fantastiques retrouvailles " ,  disait en riant celle qu'il avait écouté d'un air d'abord si étrange , se demandant ce qui pouvait être vrai , ayant peut-être toujours cherché la vérité de son cher visage au miroir impénétrable des mensonges de sa propre existence ... 

               Mais maintenant ?

Si irrépressible , un besoin soudain de vomir s'était emparé de lui qui se demandait soudain  qu'est-ce qui le séparait de l'oiseau palpitant , cygne ou aigle noir s'élevant désespéré de trouver la chaude intimité d'une âme d'outre-monde et ce qu'elle pouvait faire là , dans ce pays trop insensible pour la comprendre , parmi des gens qui n'étaient pas comme elle ? Tout là-bas , planté comme un arbre au milieu des vagues , le dévisageait d'un oeil jaune ironique , un sémaphore mystérieux paraissant douter qu'il se sente plus fort que lui pour découvrir son secret . Sa solitude , sans doute , était grande , songeait-il , autant que la sienne , mais l'Amour est parfois bien plus qu'un rêve , il ressemble à la Mort !   

Le promeneur arrivant déjà près du Phare , n'eut guère , hélas , le temps d'explorer davantage l'escalier tournant grimpant jusqu'à sa mince plateforme ! La cause des " gardiens " ? Pour lui , ce n'était , après tout , qu'une réponse tardive à la traîtrise de bien des crimes venant du camp adverse au fil de siècles d'abandon , bûcher fatal ayant voulu faire périr en chacun d'eux cet être angélique et si beau qu'il était , pourtant , si difficile de tuer , la conscience , beau nom de clarté , jadis comme aujourd'hui le leur , qu'avant de reconnaître , il s'était , grâce à elle , rappelé lors de cette rencontre dans la grotte ...      

" Une âme qui en fait une autre , un corps qui nourrit un autre corps en lui de sa substance ... "

( 12 )

        Il avait éprouvé un étrange sentiment de jalousie à son encontre , car il aurait voulu pouvoir lui aussi , d'une aussi belle manière , murmurer tendrement à son oreille qu'ils étaient deux sur la Terre , en cet endroit , réunis par la Providence ... Mais quand pourraient-ils jamais vraiment devenir un seul être , s'inquiéta-t-il ensuite , afin de communier à l'indicible patrie de leur idéal  ? 

          Pourtant , sans qu'il comprît pourquoi l'une était venue venger les souffrances de l'autre , il se rendit compte , un peu plus tard , qu'il avait dû , dans ses souvenirs , confondre le visage de cette femme avec un aveuglant rayon de lumière jailli soudain de la petite boule opaline errant naguère , craintive , parmi les nuées grises du naufrage du vaisseau des Dieux , celle-ci  paraissant prendre , maintenant pitié de lui . 

A moins que pour le châtier , elle n'ait souhaité par plaisir lui faire ce grand trou de désespoir dans la poitrine et se demander s'il n'y avait , pour sa part , que ce seul moyen de le guérir ? Elle n'en eut pas l'aubaine ! Se jouant de la passive torpeur de sa funèbre dépouille , la femme l'avait envahi brusquement des pieds jusqu'à la tête , lui faisant sentir que , dès cet instant , ne vivrait plus en lui qu'une créature unique dont elle formerait , pour toujours , la partie conquérante , sinon la plus dominatrice !

" Ecoute ,  je suis en train de comprendre quelque chose ... 

        Ne venait-il pas d'entendre cette phrase dans l'histoire de sa voisine ?

Elle avait , lui expliqua-t-elle ensuite , enseigné les ports de bras à des filles bien trop jeunes , trop grimées . Quant à elle , se contentant de survivre sans vraiment s’en rendre compte , elle ne dansait plus . Le bijou , qu’elle avait fini par faire monter sur une broche , restait dans un tiroir , ayant , comme elle , cessé de briller . Mais c’était une nuit que tout avait basculé . Une nuit sans lune . Elle avait rêvé d’un sentier côtier , battu par les vents du large où une silhouette , celle de sa grand-mère Noella , l’attendait en silence au bout du chemin . S’en approchant , la vieille femme ne fit rien d'autre que lui ouvrir simplement la paume de sa main . L’opale s’y trouvait , brillante comme au premier jour ! 

Puis le décor s'était dissout . Des chaînes , des cris provenant d'un navire . Une pierre noire sur un piédestal . Et des corps qui tombaient dans la mer !
Elle s'était réveillée en hurlant !

 

23 - L'avion décolla en fin de journée . Elle avait fait sa valise , disant à Tim qu’elle partait " quelques jours  ", lui se contentant de hausser les épaules , distrait par une réunion avec des associés venus de Providence . Elle ne laissa aucune adresse .

Elle traversa l’Atlantique comme dans un songe , retournant là où tout avait commencé : Camaret-sur-Mer , ses falaises , les vents d'Iroise , la lande déserte . Elle loua une chambre au-dessus du port . Le soir , elle gravissait la falaise , seule , et dansait à nouveau , pieds nus sur la roche , face à la mer . Elle murmurait des prières anciennes , tentant de réparer ce qui pouvait encore l’être .

Mais la Pierre ne la protégeait plus .

Un matin , on la trouva au pied de la falaise , dans une crique battue par la houle . Pas de traces de lutte . Juste un corps brisé , les bras ouverts , comme une croix renversée . Près d’elle , un anneau bleuté dont l’opale blanche avait disparu . Mais , disaient les sauveteurs , comme une lumière étrange restait sur place , un reflet du ciel qui paraissait venir de nulle part .

La presse évoqua un accident . Les anciens parlèrent d’une femme possédée .
Mais à Nantes , ce jour-là , Izold s'éveilla en sursaut , les joues toutes mouillées de larmes , geignant sans comprendre , entendant pour la première fois la voix de la Pierre ! L'enquête posa la question : était-ce un accident ou avait-on poussé Elise ? Et qui , en vérité ? L'enquête en revenait aux premiers personnages qui l'avaient connu lors du naufrage du " Saint-Ronan " . Mais , ce qui paraissait fantastique , c'est que ce navire , appartenant aux Kerjean , s'était échoué au XVIIIè dans une grotte plus lointaine , et que la scène du " crime " se déroulait au XXè , dans les années soixante , au bas de la falaise de Pen-Had , vertigineux trouble spatial et temporel où la mémoire , l'héritage et le surnaturel se mêlaient !

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XI - Le " Night Swan " - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

9 Quartier des Théâtres Fenway Kenmore Square : le Boston de la vie nocturne . 

10Sonnet " de Stefan Zweig 

11 - The Night Swan = Le Cygne de Nuit .

12 - " Le Soulier de Satin " ( 1929 ) , pièce de Paul Claudel ( 1868 - 1955 ) - Troisième Journée , Scène I .

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - X - La Danseuse de Verre .

26 Juillet 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Danseuse en Flamme - Wall Art

Danseuse en Flamme - Wall Art

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Danseuse de Verre

 

 

 

 

 

 

 

 

" Il y a des ténèbres dans lesquelles tous les clairs rayons se dissolvent , qui absorbent toute lumière et ne la rendent jamais ... "

Elisabeth de Bavière , Impératrice d'Autriche . *

 

 

 

 

 

 

20 - Élise , à Paris , dansa , brillante comme un météore ! Le public de Garnier l’adora dès la première apparition . Sa silhouette sur scène semblait découper un autre espace-temps .

Mais à l’intérieur , quelque chose , comme la fêlure d'un miroir , se fendait . Depuis sa rupture avec Yann , l’opale blanche qu’elle portait en pendentif se mettait à réagir étrangement . Elle ne vibrait plus seulement en présence du beau ou du vrai , mais , tout en s'identifiant aux flux de l'horreur et de la passion , semblait amplifier ses désirs , qu’ils soient purs ou non .

C’est dans un casino , un soir d’ennui , qu’elle fit hors de la scène , sous forme d'un pari , son premier grand écart . L’opale , posée sur le tapis de jeu , brillait d’une lueur étrange au moment du tirage . Un gain , puis deux , puis dix , on la surnommait la danseuse de verre . Et même si certains croupiers la soupçonnaient de tricherie , rien ne fut jamais prouvé . Son charme , sa chance , et sa solitude attiraient le regard des hommes .

 Dans un salon privé de Monte-Carlo , elle croisa l'aventurier Tim O'Connor , propriétaire discret du cercle . Il avait le regard clair des Irlandais , mais aussi la mâchoire dure de ceux qui ont grandi dans les îles du sud . Il se présenta comme une vieille connaissance de son mari , rencontré jadis au Vietnam . Son accent avait gardé un ton moqueur où se cachait à peine les sous-entendu : " Vous ne saviez donc pas qu'à cette époque , lui et moi partagions bien plus que quelques verres de whisky ? ... Nous avions mis en commun bien des choses . De même que certaines pierres précieuses la vraie amitié ne brille qu'à l'ombre , n'est-ce pas ? Pourtant , tout ça , c'est bien fini ... "

Elle aurait dû fuir son regard . Mais elle était fascinée quand il lui parlait de son goût pour les oeuvres d'art qu'il achetait grâce à certaines relations des pays du tiers-monde pour les cacher à Genève , lui faisant ensuite cadeau d’une bague d’opale noire qui , avant , lui aurait fait horreur , mais qui , maintenant, semblait avoir quelque chose de si familier avec ce qu'elle était , grâce à lui , devenue !

Peut-être qu'en s'imaginant ainsi , feuille d'automne emportée par le vent loin de la source pure , elle pourrait mieux , en l'approchant , se protéger du spectre fatal qui , de temps à autre , lorsque minuit sonnait à l'horloge d'ébène , venait ramper comme une ombre maléfique jusqu'à son coeur meurtri ?

Mais aujourd'hui , ne le croisait-elle pas en plein jour ? , se demandait-elle .

Car c'était lui qu'elle avait cru reconnaître , au soleil couchant d'une fin d'après-midi torride , orageuse , beau prêtre ténébreux sous l'averse , au milieu de l'allée principale d'un jardin de marguerites bordé de pierres blanches , de cyprès noirs , parmi les buissons roussis de jasmins , de lauriers-roses tout desséchés et craquelants comme de la porcelaine malgré la pluie torrentielle , véhémente ...

C'était lui aussi dont elle percevait encore la présence alors que , célèbre danseuse étoile , elle n'avait appris que trop tard la réalité de son existence en fouillant les papiers de son ex , ombre fugitive d'éphèbe aux cheveux blonds , naguère entrevu . et qui , mon Dieu , soupirait-elle déjà , était monté bien trop tôt faire ses entrechats parmi celles du firmament !

Peu à peu , elle glissait avec lui , utilisant l’Opale non plus pour ouvrir son méritable chemin , mais pour forcer la destinée que lui ordonnait l'autre sans qu'elle ait la force de s'y opposer . 

Qui se souviendrait bientôt , d'ailleurs , lui murmurait-il à l'oreille , de " ce beau cygne flottant avec légèreté sur la scène " , de cette jeune bretonne évoquée par la presse parisienne en termes dithyrambiques , " fraîchement débarquée de sa terre natale , écrivaient-ils , pour mieux étudier chez nous le pas de deux ... " Les profits , très vite , s’accumulèrent , des montres rares , des tableaux , de l’argent facile . Peut-être danserait-elle moins ? Mais elle gagnerait beaucoup plus !

Et pourtant , chaque gain lui pesait . Chaque nuit , des rêves terribles revenaient : des esclaves enchaînés , des cales sombres , des voix étouffées . La Pierre Noire , dans ses songes , réapparaissait toujours , lui faisant comprendre que les Kerjean d'autrefois l'avaient rapportée d'Afrique de l'ouest , à l’époque de la traite . C’était une pierre de douleur , toute imprégnée du souvenir de ceux que les navires n’avaient pas rendus . 

Dans cette antichambre de la mort marquée par l'épouvante et la terreur , elle se voyait souvent en rêve cueillir les fleurs sombres d'anciens jours . Pour se rassurer , continuant à désespérer de la perte d'un idéal perdu , elle se figurait , lorsqu'elle s'endormait le soir près d'une dame inconnue ,  serrer dans ses bras celle qu'elle avait regardé jadis comme sa demi-soeur , Anna Kerneis , victime du même sort , peut-être , lys blanc formant avec elle , digitale pourpre ou mandragore , un étrange bouquet surgi du vert paradis de leur enfance au pied de cette falaise marquant l'entrée de la grotte , songeait-elle ,  " notre petit banc sur l'île , en face de la tombe , où nous aimions toujours nous rejoindre pour parler , jouer ou nous consoler ... " 

Mais c'était en Suisse , dans la ville de Sion , lors d'une de ces folles nuits d'amour interdite avec une danseuse , belle femme de race noire , un peu plus jeune , la trentaine ... qu'elle s'était faite voler la pierre !

- Alors , chérie , quel temps de chien , ce soir !
- Oui , Camille . Heureusement , tu es passée me prendre . Madame Clark ( c"était le nom de la chorégraphe ) ne nous ménage pas , tu sais . Je suis morte  !

- Les Indiens n'affirmaient-ils pas que le monde avait été créé en dansant ? , sembla lui rétorquer , pendant les répétitions , cette Fanny Essler d'un nouveau genre , lorsqu'elle lui parlait dans les salons mondains du tango africain , de la habanera et de ses aventures exotiques dans les terres australes . ( 8 ) 

Maintenant , celle-ci , ou son écho , rôdait dans le regard de Tim , du moins , c'est ce qu'elle croyait , qu'il s'était servie de cette fille , par un jeu de hasard , pour s'en emparer , dans cette vie dorée mais creuse qu'il voulait leur offrir avant de , cruellement , les achever ! 

Lorsque sa carrière se termina , elle était devenue l'esclave amoureuse de ce couple maudit , s'en allant avec eux dans le Maine , à Boston , où elle devint " coach " d'une troupe de leurs danseurs dans un cabaret jamaïcain . Mais un jour , l'opale blanche , dans un rêve , lui fit comprendre qu'elle avait suivi la mauvaise route .

Elle s'était levé brusquement de la table de jeux , puis , jetant sa bague à la mer , celle qu'il lui avait offerte , elle s'enfuit chez elle , à Camaret .

Mais il était trop tard , sans doute . Un pacte avait été scellé . Sa chute fut symbolique et morale . Cependant , quelque part dans le centre de Nantes , grandissait Izold , sa fille solitaire . Elle aussi commençait à rêver de choses qu’elle ne comprenait pas encore . 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - - La Danseuse de Verre - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

8 - Fanny Essler ( 1810 - 1884 ) , danseuse autrichienne , l'une des plus grandes interprètes du ballet romantique .

 

 

* Propos d'Elisabeth de Bavière , impératrice d'Autriche , dans le livre " Pages de Journal " ( 1891 / 1892 ) de Constantin Christomanos ( 1867 - 1911 ) , poète grec ( " Mourir à Ermioni " , IV - Le Chemin de l'Île ) .

 

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