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Dan Ar Wern Official Website

une etoile qui tombe

Une Etoile Qui Tombe - Teaser / Bio .

24 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Teaser / Bio .

 

 

UNE ETOILE QUI TOMBE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

L'Opale blanche est une pierre qui laisse à l'homme la liberté de choisir la route qu'il veut suivre . En l'associant , cependant , à la lourdeur tragique de la Pierre Noire , il va connaître sa perte ! Eliza était tombée . Sans doute avait-elle choisi cette chute comme libération , rompant la chaîne fatale de sa destinée ? Alors , comment cette traversée sensorielle hors du commun vers la lumière lui avait-elle évoqué une mélodie si enveloppante qu'elle l'avait conduite , par une irrésistible attraction , vers ce lieu béni , chambre cosmique aux couleurs irréelles , gouffres de conscience océane ? Elle se revit sur la falaise : elle n’était pas seule . Un Ange était là , près d'elle , silhouette floue qui la regardait , lui disant simplement : " C'est à toi de choisir . " Mais ce fut par elle que le voile s'ouvrit pendant que cet être de lumière lui apparut sur la paroi entre couleur et chant , forme vibratoire musicale , translucide , l'accueillant par une  pensée d'amour !

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - UNE ETOILE QUI TOMBE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " UNE ETOILE QUI TOMBE  " , copyright 2025 .

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Une Etoile Qui Tombe - VIII - Table des Matières .

23 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Pointe de Pen-Hir

Pointe de Pen-Hir

 

 

UNE ETOILE QUI TOMBE

 

 

 

 

Table des Matières

 

 

I -  Préface / Dédicace ( Châteaux de Sable ) 

II - Prologue Le Romancier ) : - Message 2 - Bouteille à la Mer - 3 - Anna .

III Première Partie ( L'Anneau Mystérieux ) : - L'Appel 2 - Une Pierre Enigmatique - 3 - Dernière Visite - 4 - On Frappe à la Porte - Le Rêve d'Anna 6 - Goulven Kerneis - 7 - Complot . 

IV Seconde Partie ( Le Cercle des Gardiens : 8 - Les Kerjean de Nantes - 9 - La Pierre Noire- 10 - La Danseuse de Verre - 11 - Le " Night Swan " - 12 - Le Dossier " Kerbonn " - 13 - Les Enfants de la Grotte - 14 - Les Compagnons d'Hyacinthe - 15 - Révélations d'Izold - 16 - Suspects .

V - Epilogue : 17 - Le Chant des Sirènes .

VI - Postface : 18 - Le Sphynx de Pen-Hat .

VII - Personnages

VIII - Table des Matières 

 

DAN AR WERNUNE ETOILE QUI TOMBE - VIII Table des Matières - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " UNE ETOILE QUI TOMBE " , Copyright 2025 .

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Une Etoile Qui Tombe - Personnages .

22 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

L'Ange de l'Abîme

L'Ange de l'Abîme

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Personnages

 

 

 

 

1 - Eliza Le Bihan / Kerjean , danseuse étoile qui tombe d'une falaise à Camaret .

2 - Sa fille , Anna Kerjean , bijoutière à Nantes .

3 - Yann Kerjean , père d'Anna , ex-mari d'Eliza .

4 - Jil Kern , romancier dont le pseudonyme cache sans doute une autre identité .

5 - Malo Guegan , capitaine de gendarmerie à Crozon ( Malo Kerneis ? )

6 - Laura Tregidi , lieutenante détachée de la brigade quimpéroise .

7 - Noella Le Bihan , mère d'Eliza et grand-mère d'Anna , elle-même danseuse dans des groupes folkloriques .

8 - Job Le Bihan , frère d'Eliza .

9 - Yuna Riou , fille d'Izold Kerneis , chamane et medium elle aussi , voisine et confidente d'Eliza .

 

Les Cinq enfants de la grotte : outre Eliza ,

 

10 - Izold Jaouen Kerneis , médium un peu sorcière , amie d'Eliza .

11 - Goulven Kerneis , futur mari d'Izold .

12 - Erwan Morgat , futur militaire en Afrique (  force " barkhane " au Mali )

13 - Koulman Gerlink , futur commandant de bord .

 

La Dynastie des Kerjean

 

14 - Hyacinthe Kerjean , l'armateur du " Saint-Ronan " , navire marchand coulé en 1767 dans la grotte .

15 - Mathurin Kerjean , navigateur au long cours , découvreur d'une opale mystérieuse dans une île lointaine du Pacifique .

16 - Jakez Kerjean , trafiquants d'objets antiques dans les années 1960 .

                                                     

                                                      ___

 

17 - Tim Delaney ( Del ) O'Connor , ancien banquier , trafiquant d'objets d'art , tenancier d'un dancing-bar à Boston , chef du " Cercle des Gardiens " .

18 - Ronan Toussaint , sergent d'origine haïtienne , adjoint de Laura Tregidi .

19 - Yves Barazen , ancien adjudant-chef à la retraite qui s'était occupé de " l'affaire de la grotte de Morgat " en 1967 . 

                                                      ___ 

 

20 - Camille , amie d'Elise au cabaret de Boston .

21 - Madame Clark , chorégraphe du dancing .

22 - Tom , le videur du " Night-Swan " .

23 - Curé Jaouen , frère d'Izold .

24 - Colonel Huet , supérieur de Laura Tregidi , à Quimper .

25 - Nema , l'amie malienne d'Erwan , qui lui parle des secrets du pays Dogon .

 

 

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Personnages - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 
                                           
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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - III - Anna .

14 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Sophie Anderson ( 1823 - 1903 ) , Portrait d'une Jeune Fille .

Sophie Anderson ( 1823 - 1903 ) , Portrait d'une Jeune Fille .

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

III - Anna

 

 

 

 " Comme l'âme qui cherche éternellement une tombe

  Vers sa propre et particulière culpabilité ... " 

 

 

William Styron ( 1925 - 2006 ) - " Lie Down In Darkness "

( Un Lit de Ténèbres , 1951 ) , II . 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 - Jil avait passé la nuit sans dormir , hanté par cette révélation tardive d'un enfant , d'une vie entière qu’il n’avait ni reconnue ni même soupçonnée . À l’aube , une certitude s’imposait à lui : il ne pouvait se résoudre au silence . Il devait savoir pourquoi cette lettre , désormais repliée dans la poche intérieure de sa veste , et pesant contre sa poitrine comme une faute ancienne revenue demander des comptes , lui était parvenue .

S'agissait-il , d'ailleurs , de la même personne ? Il entreprit des démarches prudentes , presque honteuses , cherchant à vérifier s’il y avait eu , récemment , quelque drame dans les environs du lieu où elle avait vécu autrefois . Les réponses furent d’abord vagues , bien sûr , embarrassées . Par ici , on parlait peu , on détournait les regards . La Bretagne , il le savait , garde ses secrets comme la mer garde ses noyés .

Finalement , il décida de se rendre à la gendarmerie la plus proche . Le bâtiment , très austère cependant , semblait indifférent à son trouble . Il s'expliqua maladroitement sur les raisons de sa venue , évoquant d'abord les circonstances de la découverte de la lettre , qui était , pour lui , liée à une inquiétude ancienne , à un nom qu’il n’osait pas d’emblée prononcer . Les gendarmes échangèrent alors un regard rapide , presque imperceptible .

On lui apprit qu’il y avait bien eu , la veille , une chute jugée suspecte , que le corps venait juste d'être retrouvé , et que les circonstances du drame laissaient peu de place au hasard .

La personne disparue , qui résidait dans un lieu différent de celui de son souvenir , vivait avec une enfant décrite comme douce , effacée , sans histoire - une fille , lui précisa-t-on , qui ne correspondait peut-être en rien à la personne évoquée dans la bouteille .

À mesure que les questions se précisaient , le visiteur sentit le sol se dérober sous ses pieds .

La mise au jour du billet , sa présence récente dans la région , son lien ancien avec la victime , tout concourait à dessiner autour de lui une silhouette inquiétante . Qui était vraiment celui dont on avait quelque doute sur la véritable identité ?

L’écrivain en panne devenait , malgré lui , un possible protagoniste du drame !

Le ton changea peu à peu . On lui demanda de s’asseoir . On prit note de ses déplacements , de ses horaires , de ses relations passées . Lorsqu’on lui signifia qu’il pouvait être placé en garde à vue , il ne protesta même pas . Car il éprouvait une étrange lassitude , comme si cette mise à l’écart répondait à une logique implacable : il était entré trop tard dans une histoire qui ne lui appartenait plus , mais dont il devait désormais assumer toute la charge .

Derrière la vitre opaque de la salle d’interrogatoire , le jour déclinait lentement . L'écrivain pensa alors que , pour la première fois , ce n’était plus lui qui cherchait une histoire à écrire : c’était la réalité qui l’avait saisi , implacable , et qui exigeait maintenant de lui autre chose qu’un simple récit - peut-être une vérité oubliée , une expiation !

 
7 - La pauvre Anna se morfondait depuis près d’une heure dans la salle d’attente de la gendarmerie . La pièce , impersonnelle , sentait le café froid mêlé à une odeur de paperasse et d’humidité venant des manteaux d'uniforme . Elle avait cessé de pleurer . Le deuil s’était figé en elle , désormais , comme une masse compacte , douloureuse mais contenue . Elle ne venait pas pour accuser , ni même pour comprendre .
Elle venait parce qu’il fallait être là , parce que les formalités administratives l'exigeant , cela suffirait , sans doute , à masquer l'horreur d'un tel suicide , aussi terrible qu'inattendu ! C’est alors qu’elle  remarqua l’homme au regard perdu , aux mains nerveuses , qui était assis , légèrement penché en avant , pas très loin d’elle . Quelque chose , en lui , la troubla tout de suite , comme une ressemblance diffuse , et pourtant difficile si à caractériser : cette façon de plisser les yeux , la ligne du front , peut-être , sans parler de cette fatigue lourde qu’elle reconnaissait parfois dans son propre reflet .
Détournant le regard , gênée par cette intuition sans fondement , la jeune fille tressaillit , sans savoir pourquoi , lorsqu’un gendarme appela le prévenu par son nom — Jil Kern . Elle ne connaissait pas ce type . Et pourtant , comme une vibration ancienne , il produisit sur elle un effet si singulier qu'elle s'efforça , malgré tout , de reprendre contenance . Quelques minutes plus tard , presque malgré elle , profitant d'une porte mal fermée qui laissait filtrer des voix par l'interstice , Anna entendit des fragments d'une conversation décousue : ... lettre retrouvée ... chute suspecte ... relation ancienne ... Puis , pour finir , cette formule officielle , prononcée sans emphase , mais irrévocable : " Il est entendu que vous pourriez être impliqué dans cette affaire . " 

Cependant , l’homme qu’elle avait observé n’avait rien d’un coupable , paraissant au contraire écrasé , non par la peur , mais par une forme de reconnaissance douloureuse , comme si l’accusation portée contre lui venait confirmer quelque chose qu’il payait déjà .

Comprenant alors que cette catastrophe ne concernait pas seulement le récent naufrage d'une barque de pêcheurs , mais une intrigue aux racines plus anciennes , qui la touchait elle-même au plus intime , elle sentit son cœur se serrer . Sa pauvre mère avait esquivé , depuis toujours , les questions sur son père . Aucune photo , aucun nom , seulement des silences de façade . Or voilà qu’un homme surgissait , lié à une lettre d’adieu , à un passé que l’on croyait clos .

C'est alors que la bretonne , sans en mesurer encore toutes les conséquences , prit la décision de ne pas intervenir . 

Ayant un peu étudié le droit pénal à la fac , elle connaissait la valeur du temps , des preuves , des incohérences . L’enquête serait menée par elle avec méthode , en secret , sans fièvre apparente . Elle ne dirait rien . Non pour disculper cet homme - du moins pas encore - mais pour comprendre les circonstances de sa naissance , et savoir enfin quel visage donner à cette absence qui l’avait construite .

Quand elle quitta la gendarmerie , le ciel était bas , presque métallique . Elle se retourna une dernière fois vers le bâtiment . Derrière ces murs , pensa-t-elle , un écrivain peu connu était interrogé pour un crime imaginaire . Sans l’avoir voulu , elle venait d’entrer dans une histoire qui pourrait bouleverser la définition même de la vérité .

 
 
( A Suivre )
 
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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - III - Anna - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 
                                           
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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer .

13 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer .
 
 
Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

II - Bouteille à la Mer

 

 

 

 " Pourquoi reviens-tu par la mer ? "   

Orphée à Cégeste

  " Le Testament d'Orphée " , film de Jean Cocteau ( 1959 )

 

 

 

 

 

 

 

 

3 - Il était venu à Camaret comme on se retire , sans projet précis , juste avec ce vague espoir qu’un paysage rude et primordial saurait le libérer de ce que la vie avait trop longtemps noué en lui . Depuis des mois , les mots , naguère dociles , ne laissaient plus derrière eux que l'étendue stérile d'une marée basse où il errait , incrédule , à la recherche d’un signe , d'une phrase .

Et ce soir où il marchait le long de la falaise de Coecilian , pensant à l'ermitage de Saint-Pol-Roux pendant que la mer , en contrebas , dans une respiration lente et solennelle , se brisait contre les rochers de Pen-Hat , et que le vent d’ouest , fouettant les ajoncs , lui faisait l'aumône de quelques bribes de noms , de vers disjoints , de réminiscences d’une poésie qu’il croyait à jamais perdue , le soleil , lui , descendait vers l’horizon , triomphal , incendiant les eaux d’un cuivre sombre , lorsqu'il aperçut cette petite lueur insolite , brève , presque irréelle , insolente , au pied de la paroi , comme un appel muet venu du grand large . ( 6 )

Intrigué , il quitta le sentier , descendant prudemment vers la rive .
- Cest donc cela , murmura-t-il , écrire sans savoir la forme . A moins que ... Une bouteille enterrée sur la grève 
C'était un flacon qu'iI avait repéré , à demi enfoui , dans lequel se cachait une lettre dactylographiée , soigneusement roulée , jaunie par le sel , et signée , s'étonna-t-il , du même prénom qu’il n’avait plus osé prononcer depuis vingt ans , celui d'une jeune fille de la région qu'il avait aimée auparavant sans retour , et dont le refus brutal avait provoqué sa triste fuite vers les antipodes , vers cette nouvelle vie qu’il avait crue possible sans elle , à Bamako , puis à Paris .
La dégageant , surpris par son poids , par la résistance du sable humide , comme si la terre elle-même avait voulu retenir ce terrible secret de sa fausse mort , le promeneur déchiffra par la suite avec peine son douloureux message qui , dès les premiers termes , lui coupa le souffle : " Maintenant que notre enfant a grandi , je ne puis continuer à vivre auprès de celui qui a brisé ma vie en se comportant comme un être sans scrupule et sans coeur . Que celui qui trouvera ces paroles d'adieu prie pour mon âme ! "

Jil , aussitôt , sentit l’envahir une émotion sourde . Il repensait à la nuit dernière , à la femme voilée , au vieux manuscrit . Peut-être n’avait-elle pas voulu lui confier son histoire avant de lui en montrer l'origine ? Alors , l’océan ne serait plus pour lui un décor , désormais , mais une matrice , une mémoire antérieure aux faits qu'il tenterait de deviner à travers ses vagues . Certaines se briseraient trop tôt . Mais d’autres parviendraient à se fracasser sur la roche avec une précision presque douloureuse .

Aucune , en tout cas , ne devrait savoir , incapable de saisir la violence du choc , ce qu’elle deviendrait avant de mourir sur la pierre , se dit-il pendant qu'il  relisait plusieurs fois les lignes notant la symphonie funèbre de leur afflux ! Mais quel était donc cet enfant dont il n’avait jamais soupçonné l’existence ? Et cette prière finale , adressée à l’inconnu qu'il avait été , militaire sous un autre nom , qui lui revenait comme un reproche et une supplique mêlés , que signifiait-elle ?

Effaçant déjà ses pas sur l'arène , l'eau s'était mise à monter lentement , tandis que le ciel s’assombrissait . Cette flasque de verre , comprit-il , n’était pas qu'un message de détresse lancé au hasard , mais un legs , peut-être un jugement . Quelque chose , enfoui depuis des décennies , venait d’être exhumé avec elle . Et pour la première fois depuis longtemps , le poète sentit les mots lui revenir , non comme un refuge , mais comme une obligation .

4Les vagues , ni furieuses , ni calmes , n’avaient rien d’exceptionnel , pensa-t-il encore , chacune avançant , se retirant , recommençant . Pourtant , dans ce mouvement répété , il perçut ce qui lui avait toujours échappé . Ce n’était ni une image , ni une idée , encore moins le début d'une phrase quelconque . Peut-être une question de rythme , la mer n’inventant rien , se contentant de se reprendre par chaque mouvement de houle ou de s'effacer avec lenteur dans un interminable reflux . Rien n’était jamais définitif , aucune phase paraissant corriger la précédente sans jamais l’abolir , n’était vaine . Ensemble , chacune d'elles composait une forme mouvante , impossible à fixer , mais rigoureusement fidèle à elle-même .

En arrivant dans sa chambre , il s'était jeté tout habillé sur son lit , se sentant complètement anéanti par ce qu'il venait de vivre , tellement cela lui avait paru effrayant l'espace d'un instant , perdu dans une sorte de vertige face à l'épouvantable vision de ces blocs de rocaille sombre , paysage devenu tellement sinistre qu'il s'imagina fugitivement voir , dans son délire , depuis la fenêtre de son hôtel , un ange noir qui évoluait au-dessus des nuages , faisant planer son ombre tragique sur les ineffaçables traces de la catastrophe inexpiable de sa vie ! Et pendant ce sommeil cauchemardesque , d'autres silhouettes lui apparurent à nouveau , qui n’étaient plus floues , car il les reconnut sans pouvoir les nommer : un vieil homme au regard cruel , une femme portant une blessure invisible , une jeune fille semblant déjà se lamenter sur son triste sort . Tous le regardaient , non comme un étranger , mais comme quelqu’un qui avait trop longtemps tardé .

- Tu es revenu trop tôt , disait l’un , trop tard ! , murmurait une autre .

Il voulut leur répondre , expliquer qu’il était écrivain , qu’il cherchait une histoire , qu’il avait perdu ce qu’on lui avait montré . Mais ici , la parole semblait inutile , chaque pensée , avant même d’être formulée , étant déjà comprise .

Alors , la femme au visage voilé réapparut , qui se tenait au centre d’un cercle de pierres noires , comme des stèles anciennes . Cette fois-là , elle ne lui tendait pas le manuscrit , le tenant contre elle , comme on protège un enfant endormi .

- Tu as cru que ton livre était à écrire  ? , lui dit-elle .
Sa voix n’était ni douce , ni sévère . Elle était juste .
- Mais il était déjà écrit , mon garçonCe qui manquait , cétait toi !

5Quelques heures plus tard , les yeux à demi ouverts , le vacancier réfléchissait à ce qu'il faisait là , couché dans ce lit , trempé de sueur , écoutant craintivement la sonnerie qui l'avait réveillé , puis remuant encore tout cela sur son balcon , fasciné au petit matin par l'immensité du panorama obscur qui l'entourait , se rappelant celui de sa jeunesse , et ce long chemin balayé par le vent qui l'avait amené nulle-part , lorsqu'il avait fui , un matin , pour en finir , à travers champs , vers la falaise abrupte !   

 

( A Suivre )
 
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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - II - Bouteille à la Mer - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 
                                           
                                           
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Notes :
 
6Coecilian = ruines du manoir de Saint-Pol-Roux (  Camaret-sur-Merà l'extrême pointe ouest de la presqu'île de Crozon , Cornouaille bretonne ) .

   - Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français , qui , en 1903 , fit l'acquisition d'une maison de pêcheur surplombant l'océan , juste au-dessus de la plage de Pen-Hat , sur la route de la pointe de Pen-Hir . Il la transforma ensuite en manoir à huit tourelles dont la maison formait le centre , et la baptisa d'abord " Manoir du Boultous " . Mais , à la mort de son fils Cœcilian , tombé en 1914 près de Verdun , l'écrivain la renomma " Manoir de Cœcilian  " .

Voir note 19 , Postface " UNE ETOILE QUI TOMBE " - XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat - A Paraître - Tous droits réservés .

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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - I - Message .

10 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Coucher de soleil sur la plage de Pen-Hat

Coucher de soleil sur la plage de Pen-Hat

 
 
Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

I - Message

 

 

 

Comme en un clair miroir d'eau , une étoile , tout au fond de mon coeur , brille et se dévoile ... " *

Maria Valtorta

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - Le romancier , tout d'un coup , s'éveilla , ayant cru un moment , pendant son sommeil , enfin saisir la puissance de ce qu'il voulait écrire , tout un scénario défilant à grande vitesse devant ses yeux endormis , l'originalité d'un message qu'il voulait transmettre depuis l'autre monde , rempli de symboles et d'enseignements , de personnages tous plus réels que ceux de la vraie vie , mais à son réveil , il s'aperçut qu'il avait tout oublié de ce bref aperçu de la création qui lui échappait en même temps que persistait douloureusement en lui l'angoissant cauchemar de la feuille blanche . 

Ce moment suspendu où , entre rêve et réveil , avait effleuré soudain l’inspiration totale , presque divine , s'était ainsi brutalement effacé ! Comme si l’univers littéraire entier ne s'était dévoilé à lui l’espace d’une vision fugitive que pour lui faire voir , avec un ironique mépris , le spectacle désolant de son impuissance ! Et cette contradiction cruelle entre l'intensité d'une révélation nocturne et l’oubli total , au petit matin , de son contenu , le laissa complètement sonné devant les pages vierges de son carnet de travail apparaissant au loin dans le miroir de sa chambre , comme un rappel illusoire et douloureux de ce qui s'était dissipé , quelque chose d’immense en lui , caché dans les profondeurs de son inconscient , belle métaphore de ces fausses prétentions littéraires , pensa-t-il , et de cette peur de ne pas réussir à attraper ce qu'on veut dire dans le filet des mots , ressemblant un peu , pour l'auteur , à une chasse manquée à la baleine d'Herman Melville ou à l'iceberg immergé aux trois quarts qu'on n'a pas vu venir , faisant couler l'orgueilleux Titanic ! ( 4 )

Jil Kern avait passé les dernières semaines dans cet état d’errance , cherchant en vain l’étincelle qui lui permettrait de commencer son prochain roman . 
Des idées d'histoire , il en avait parfois . Mais chacune s’éteignait sitôt qu’il posait le doigt sur le clavier de son ordinateur , l'écran , devant lui devenant un gouffre , une menace , un mur invisible . Une nuit , épuisé par ses nombreuses tentatives infructueuses , l'esprit en quête de cette vérité qui , avec tant de force , cherchait à lui échapper , le pauvre écrivain finit par s’endormir . C’est alors que , dans la profondeur de son sommeil , un monde , pourtant bien réel , croyait-il , s’ouvrit à lui . Tout y était si net , si intense qu’il n’avait plus le moindre  doute : c’était bien là le récit qu’il cherchait à écrire .
Il y vit un curieux paysage , tout d'abord , comme une terre où le ciel semblait pulser une matière vivante , générant des protagonistes dont les visages lui semblaient à la fois très étranges puis familiers , des êtres qui lui paraissaient contenir des fragments de lui-même , lui parlant , chacun avec sa propre voix , de sa propre histoire , et les mots qu’ils prononçaient résonnant avec une signification si troublante , comme s’ils révélaient des vérités éternelles ! 
Mais au centre de ce rêve se trouvait une figure mystérieuse , une femme au visage voilé , qui tendait vers lui un ancien grimoire .
- Écris cela ! , lui Nema l'africaine dans un murmure qui , semblant venir des confins de son esprit , lui firent aussitôt saisir la beauté du livre ,  et sentir sous ses doigts la texture des pages comme le relief des mots inscrits . Les symboles y dansaient , changeant de forme , mais il en comprit intuitivement le message , un secret qu’il savait être la clé de son œuvre , la réponse enfin à cette maladive stérilité créatrice qui , depuis toujours , le hantait .
Puis , brutalement , tout se mit à vibrer , la scène s’effaçant peu à peu en une cascade de couleurs et de sons qui s’effilochèrent en charpie alors qu'il luttait désespérément pour en retenir les tableaux , les légendes , les figures merveilleuses .

Quand il s’éveilla , la chambre était plongée dans la pénombre , l’aube commençait à percer au loin . Jil se redressa , le crâne encore engourdi . Ses mains , qu'il tendit vers son carnet pour y consigner ce qu’il venait de vivre , se mirent à trembler d’excitation ! Mais , en fin de compte , jamais rien n'arrivait à venir . Les images s’étaient une fois de plus évaporées . Pourtant , la trace de ce monde , il la sentait sous ses paupières , telle une empreinte persistante , mais il ne pouvait pas en définir la substance . Les termes lui manquaient , comme un goût qu’on a sur la langue mais qu’on ne peut pas nommer . Plus il cherchait à s’en rappeler , plus il perdait , comme du sable glissant entre ses doigts , la moindre trace de ce désir inassouvi . Comme d'habitude , la crainte s’installa , cette lourdeur dans l'estomac qui s’accroissait à mesure qu’il réalisait qu’il ne retrouverait jamais ce qu’il avait entrevu . Il fixa encore l'ordinateur devant lui , demeuré vide malgré toutes ses heures de travail , et qui le défiait à nouveau de son air muet , comme pour lui rappeler son incapacité totale à capturer la splendeur du projet . Jour après jour , il revint à son bureau , hanté par ce souvenir flou d’une histoire qu’il savait unique , mais qui lui échappait à chaque instant . Il commençait à douter de lui-même , à se demander s’il avait vraiment vu quelque chose ou s’il n’avait été que le jouet d’une hallucination morbide .

Cependant , au fond de lui , le pauvre homme restait convaincu qu’un jour , il finirait par retrouver ce chemin perdu au Mali , cette brèche ouverte pendant la nuit vers l'univers mystérieux qu’il n’avait fait qu’effleurer pendant son enfance , dans le phare . C'est ainsi qu'il passa des mois  , coincé entre espoir et frustration , cherchant à faire naître enfin ce qui n’était plus en lui qu’une ombre .

 
2 - Il eut néanmoins , par la suite , la révélation que son roman prenait forme lorsqu'en se promenant sur la falaise , au bord de cette vertigineuse muraille de roche , quelque chose enfin céda , et qu'il vit se dessiner le mouvant tourbillon des vagues de mer , alors qu'il ne savait pas encore quelle forme l'océan , cette matrice liquide , voulait vraiment lui donner .
L'écrivain marchait depuis longtemps , sans but précis , laissant le vent désordonner ses pensées comme il froissait les herbes rases . La masse vert-de-gris , dans une lenteur solennelle , se déployait en contrebas , lumineuse , paraissant narguer le misérable spectateur de son empire invincible . Mais lui , comme on subit une présence trop vaste pour être vraiment comprise , ébloui par les fastes du soleil couchant , ne la regardait pas , fixant le sol , quand soudain , sur l'anse de Pen-Hat , un violent éclat de lumière embrasa son oeil . Il s’arrêta net !
 
 
 
 
( A Suivre )
 
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Notes :
 
4Moby-Dick ( Moby-Dick or The Whale , 1851 ) , roman de l'écrivain américain Herman Melville ( 1819 - 1891 ) 
   - Naufrage du Titanic , paquebot devant relier Southampton à New-York , dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 .
 
 
 

 

 

* " L'Evangile Tel Qu'il M'A Eté Révélé " ( Il Poema Dell ' Uomo-Dio ) , 10 volumes ( 1943 - 1951 ) - La Préparation , chapitre 16 , de Maria Valtorta ( 1897 - 1961 ) , mystique italienne .

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Une Etoile Qui Tombe - Préface / Dédicace - Châteaux de Sable .

27 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Préface / Dédicace - Châteaux de Sable .

 

 

 

 

Une Etoile Qui Tombe

 

 

 

 

 

 

 

Préface / Dédicace

 

 

 

 

Pour Saint-Pol-Roux

Pour Julien Gracq

 

 

 

 

 

 

 

Châteaux de Sable 

 

 

 

" Ici , j'ai découvert la vérité du monde ... "

Saint-Pol-Roux

 

 

"  De la falaise , je regarde triste ,

   Les flots qui nous séparent ,

   La crainte envahit mon âme ,

   Apaise-moi , heure nocturne ,

   Offre-moi le repos ... "

 

Clara Schumann - Sur la Grève ... *

 

 

    Qu'est-ce qui fait qu'un jour il ne reste plus que poussière du rêve que nous avions construit ? 

Nous ne savons rien de l'écume du large qui , impitoyablement , vient ronger les nombreux châteaux de sable de nos illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pas , comme un chemin d'âme , trace d'un chemin d'homme bordé de croix vers d'insondables profondeurs ... La nuit , dans cet autre monde , où , parfois , nous partons nous aventurer , se montrent d'étranges créatures venues nous visiter . Le jour , longeant ses sentiers d'abîmes , la mer nous appelle de ses jeux de vagues , de ses reflets d'ambre ou des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de la houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop vite enfuie . Avec cette espèce d'aurore naissant en nos coeurs , nous embarquons , marins solitaires , pensant au périple au long cours devant nous conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de la mélancolie .

" Croyez-vous au Paradis ? , demandait Xavier Grall . J'ai rêvé ma vie avant de l'accomplir ... " ( 1 )

     Et si nos yeux parvenaient à s'ouvrir davantage , forçant notre esprit à mieux concevoir l'immensité des lointains dans le scintillant clair-obscur des ondes , l'étrange cri de rage d'Eliza , face au moutonnement de l'eau , hurlerait secrètement en nos coeurs , tous ces mots d'une langue retrouvée , la sienne , nous permettant enfin de traverser avec elle ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre notre vraie patrie ?

La voyageuse , îlot déserté , avait-elle aperçu une silhouette imprécise au loin , sur l'océan , ressemblant à ce sombre archipel qu'une petite lueur d'un phare mystérieux dévoilait derrière le rocher du Lion , venant subitement éclairer son ciel impétueux ?

Quelqu'un l'avait-il poussée ? Elle " oscilla de toute sa masse , illuminant ce paysage de mort de son orageuse et candide royauté ... " ( 2 )

" L'embarras du cadavre vient de tout ce qu'il traîne après lui de redoutablement enchevêtré : il ressemble à ces flotteurs de liège auxquels sont accrochés des filets de pêche : y toucher , c'est tirer au jour , maille après maille , un grouillement à chavirer la barque ... " ( 3 )

 

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Notes :

1 - " L'Inconnu me Dévore " , 1984 , de Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) , poète , écrivain , penseur breton .

2 - " Au Château d'Argol " ( 1938 ) de Julien Gracq ( 1910 - 2007 ) , écrivain français natif d'Anjou , inspiré par la Bretagne .

3 - " La Presqu'île " ( 1970 ) , I , La Route , nouvelle de Julien Gracq

 

 

 

 

* " Am Strande " ,  Paroles de Wilhelm Gerhard ( 1780 - 1858 ) , musique de Clara Schumann

( 1819 - 1896 ) :

" Traurig schau ich von der Klippe

  Auf die Flut die uns getrennt ,

  Furcht ist meiner Seele ,

  Sei mir mild , nächt'ge Stunde ,

  Auf das Auge senke Ruh ... "

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Une Etoile Qui Tombe - Postface - XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat .

26 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Le Sphynx de Pen-Hat

Le Sphynx de Pen-Hat

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Postface

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat

 

 

 

 

 

" La Pierre a été enlevée ,

  L'humanité ressuscitée ! "

Novalis - " Hymnes à la Nuit  " , V .

 

  " Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons , les routes , les avenues , sont fugitives , hélas , comme les années ... "

Marcel Proust - " Du Côté de chez Swann , III - Noms de Pays : Le Nom "

 

                        

                   

1 - " Certaines pierres nous parlent d'une autre vie , certains lieux nous font tressaillir comme le visage d'un être disparu . La ruine qui se trouve au bout de la route de Pen-Hir , à Camaret , ressemblerait à quelque ancien fantôme , tant est grande la mélancolie qu'elle inspire au visiteur surpris . 

Ce devait être , se dit-il , jadis , une fière bâtisse aux allures princières , noble et distinguée , qui , par pudeur ou crainte , cache maintenant son âge de vieille dame flétrie derrière un voile de verdure et de landes odorantes . Plus aucune voix ne répond lorsqu'on l'approche , et les fenêtres sont grand ouvertes depuis des lustres , trous béants de cavités oculaires qui , face à l'océan grandiose , ne s'ouvriront plus jamais , dans l'éternité d'un soir , sur les rires et les drames du passé . Que sont devenus les massifs d'armérie et de bruyère , d'où s'échappait , craintifun vol de mouettes immaculées ?

La grande allée , où conduit-elle , avec sa courbe familièrequi n'abrite plus , maintenant , que les rêves d'un promeneur égaré ? Ne fait-elle que se perdre en ce mois noir , tout enchevêtré de ronces , jusqu'à la porte d'un monde inaccessible ? Et l'odeur des seringasLes colonnes rugueuses de la maison , tendant sans espoir leurs formes décharnées vers celles des nuesdans l'abandon d'un lieu redevenu sauvage , n'agiteront-elles plus que les ombres d'une époque révolueTout semble vide et mort

L'aubépine est en deuil , et les nuées d'enfants ne viendront plus , non plustelles des oiseauxtaquiner les bordures de troènes ; la longue chevelure d'une divine beauté ne frôlera plus , par défi , les grappes de cytises couronnées d'or , de chèvrefeuille ou de jasmin ; son regard de feu s'est endormi , à l'appui d'une lucarne , fantôme de lune dans les eaux du grand océan Pour combien de siècles Le manoir n'est plus qu'un spectre dont s'effacent peu à peu les ombres , mangées par la moisissure et le lierre , sur le fronton vacillant des souvenirs ... 

Dites-moi , qui se rappelle encore  ? Lorsque je marche le long de l'enceinte , passant nostalgique et solitaire , je laisse ma mémoire franchir la muraille d'un autrefois de cendres : les braises ne sont plus éteintes , mon oeil pétille à nouveau comme une bûche vigoureuse au coeur de l'âtre quand Il m'arrive d'entendre l'écho d'une musique de fête dans le vaste salon . Parfois , derrière l'ondulation des rideaux , flamboient , comme alors , les conversations de visiteurs illustres parlant avec passion de " leur " chère littérature sous des lustres étincelants !

2 - Revenu à mon bureau , une opale blanche y faisant face à une opale noire , comme jadis dans les mythes gallois le mouton clair et le mouton sombrelun menant vers la lumière , lautre vers l’ " Annwn " , l’ "Autre Monde , avec ses revenants qui viennent cogner à la porte des vivants , je pensais à Pen-Hat , à ses falaises qui se dressent comme les gradins dun théâtre où le destin aime jouer ses tragédies couleur sanguinece seuil et ce deuil prenant forme réelle dans le destin de Saint-Pol-Roux poète symboliste et néoplatonicien , qui , affirmant que le signe et la réalité ne faisaient quun , crut voir surgir , un jour de novembre , un monstre du grand large ! ( 19

Etait-ce lui-même en tant qu'incarnation du " Sphynx de Pen-Hat " faisant face au manoir , comme une préfiguration du désastre qui lattendait , lui annonçant la ruine de sa demeure et la perte de son cher fils Coecilian , ce héros , parmi tant d'autres , dune génération sacrifiée ? ( 20 )

Cest là quÉliza , étoile de l'opéra , avait fait sa dernière révérence , emportée par la chute après avoir trahi la lumière au profit de lombre , sa disparition semblant répondre à une autre , survenue tout près , dans cette maison battue par les vents de haute mer où le poète affirmait un jour avoirdécouvert la vérité du monde " ... 

Mais ce sanctuaire fut , lui aussi , anéanti , comme le furent les conscrits tombés au front de 14-18 , à limage des rêves du héros de La Montagne Magique ", Hans Castorp , ou de ceux du " Grand Meaulnes " . ( 21 )

Proches du Cap de la Mort des Anglais " , trois destins s'étaient ainsi superposés : celui de la danseuse , celui du poète , celui du fils sacrifié . Tous rappelaient que les pierres , les vents et les falaises gardent mémoire des étoiles qui chutent , et que la beauté , quand elle défie les ténèbres , néchappe jamais à son prix . ( 22 )

3 - Mais si le poète , lui , avait conçu un " fantastique épouvantail " de cette monstrueuse créature devinée à l'horizon de sa rêverie , peut-être Eliza fut-elle , au contraire , appelée par l'Ange quelle avait jadis entrevu dans une grotte de lumière , apparition silencieuse qui ne se donne quà celui qui accepte de voir sa chute , loin dêtre seulement déchéance , mais devenant ainsi offrandepassage pour que sa fille , Anna , retrouve un avenir enfin délivré , comme Divine , la fille du poète , qui porta seule ensuite lhéritage de son père et la mémoire de son

œuvre ?

Ainsi se répondent le poète et la danseuse par-delà le temps , leurs filles devenant les gardiennes de ce qui subsiste . Entre ange du ciel et de l'enfer , gemme noire ou blanche , il nest quun passage , dont la lumière , en disparaissant dans un ultime élan , continue d'inverser le sortilège en éclairant nos ténèbres , celui par lequel tombent les étoiles filantes ! "

Jill Kern

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Notes :

19 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , I  , 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . Dans la tradition galloise et bretonne ,  le noir et le blanc n’étaient pas d’abord des oppositions morales , mais les marques d’un rythme cosmique : le jour et la nuit , la marée montante et descendante , la vie et la mort . Le " Mabinogi " - l’un des plus anciens cycles mythologiques gallois - fait souvent surgir des animaux blancs ou noirs comme signes de passage . Dans certains récits, celui qui suit l’animal noir descend dans l’ombre , traverse l’épreuve , et doit attendre que l’animal blanc le ramène au jour . Le blanc ouvre vers le monde lumineux des vivants , le noir indique l’entrée dans l’ " Annwn " , l’ " Autre Monde " , qui n’est pas l’enfer chrétien , mais le lieu des morts , des dieux et de la vérité cachée . C'est ainsi que le mouton blanc reconduit vers la clarté du monde visible , tandis que le mouton noir nous entraîne vers le domaine secret de la divinité par un passage obligé pour qui veut comprendre que la lumière et l’ombre ne sont pas ennemies , mais les deux visages d’une même porte . Cette symbolique rejoint directement le couple des deux opales .

Tandis que la blanche éclaire et délivre , la noire attire vers l'abîme . Cependant , l’une ne va pas sans l’autre , car il n’est pas de clarté qui n’ait traversé la nuit .

   - " Le Kornoc " ( novembre 1905 ) , texte de Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français , qui , en 1903 , fit l'acquisition d'une maison de pêcheur surplombant l'océan , juste au-dessus de la plage de Pen-Hat , sur la route de la pointe de Pen-Hir . Il la transforma ensuite en manoir à huit tourelles dont la maison formait le centre , et la baptisa d'abord " Manoir du Boultous " .

Mais , à la mort de son fils Cœcilian , tombé en 1914 près de Verdun , l'écrivain la renomma " Manoir de Cœcilian  " .

Face à la mer , l'homme est plus près de Dieu ", disait-il .

 

20 - Voir note 13 du chapitre XII : " Le Dossier Kerbonn " .

 

21 - " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) , roman d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) .

     -  La Montagne Magique  ( Der Zauberberg ,1924 ) , roman de Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , Prix Nobel .

22 - " Cap de la Mort des Anglais " ( Maro ar saozon ) , plage qui évoque une désastreuse opération de débarquement lancée le 18 juin 1694 , lors de la bataille de Camaret , par une force anglo-néerlandaise d'environ 10 000 hommes , dont les pertes furent considérables , pour tenter de prendre et d'occuper la ville , qui était l'une des plus importantes bases navales françaises défendue par Vauban .

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Une Etoile Qui Tombe - Epilogue - XVII - Le Chant des Sirènes .

10 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

John William Waterhouse - A Mermaid ( Une Sirène , 1900 )

John William Waterhouse - A Mermaid ( Une Sirène , 1900 )

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVII - Le Chant des Sirènes

 

 

 

 

 

 

 

" Si tu frappais au cœur le prince avec ce couteau , lui dirent-elles , tu redeviendrais sirène et pourrais vivre avec nous ... "

Andersen - " La Petite Sirène " ( 1837 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

38 - N'ayez pas peur ! ,  disait la voix d' Eliza , dans la grotte enchantée , guidant en compagnie d'Izold , sa fille Anna , et leur psalmodiant l’ancien chant des sirènes qui , au crépuscule du dernier jour , trace le chemin depuis la terre . Ce fut par elle que le voile s'ouvrit pendant que des êtres de lumière , tout autour , apparurent sur la paroi entre chant et couleur , non pas comme des anges de convention , mais comme des formes vibratoires translucides , musicales , ne parlant pas , mais résonnant .

- Les émotions seffacent , le temps nexiste plus , je me sens plus connue que je ne l’avais jamais été , une présence bienveillante menveloppe , leur confia-t-elle , traduisant une sensation d’accueil profond , comme si elle retrouvait une origine oubliée dans cette impression d’être attendue , comprise sans mots , renforçant sa conviction que ce lieu représentait bien la source véritable de notre conscience .

- Ils ne viennent pas nous punir , mais nous rappeler seulement que lhomme a oublié son origine divine . Que l'Opale blanche est une pierre qui laisse à l'homme la liberté de choisir en fin de compte la route qu'il veut suivre . Mais que ceux qui l'utilisent à des fins vénales , pour s'enrichir , et c'est ce que , hélas , j'ai pu faire en l'associant à la lourdeur tragique de la Pierre Noire , vont connaître ici bas leur perte !

Ils comprirent que la grotte , point de faille temporelle , était utilisée par les entités qui avaient apporté ici la pierre à Eliza pour tester son caractère face aux aléas du destin .

Dans une lettre jamais transmise , datée seulement d'un jour avant sa mort , la danseuse avait noté :

" Je crois qu'on m'a retrouvée . Il parle d'un pacte que j’aurais brisé . Ils disent que je n'ai pas le droit de partir avec la Pierre . Je crois qu'ils me suivront jusqu’à la fin . "

Curieusement , le jour même de la chute d'Eliza , et juste à la même minute , OConnor était décédé , officiellement d’un infarctus , à Boston .

Alors ? Comment cette traversée sensorielle hors du commun , ce passage vers la lumière semblant tellement vibrer de sa respiration qu'elle le qualifiait de " poumon " vivant , lui avait-elle évoqué ensuite une mélodie si enveloppante qu'elle l'avait conduite en douceur , par une irrésistible attraction , vers ce lieu béni où l'on ne ressent plus ni peur , ni douleur , chambre cosmique aux couleurs irréelles , gouffres de conscience océane , lorsqu'on arrive , pour finir , à une autre forme d'existence ? Elle se revit sur la falaise : elle n’était pas seule .

Un autre était là , silhouette floue , témoin muet , qui la regardait , lui disant simplement :

" C'est à toi de choisir . "

Elle était tombée . Le pacte avait été rompu par sa liberté Ceux qui avaient voulu la contraindre avaient tous été défaits par son acte volontaire . Elle avait choisi cette chute , rompant la chaîne fatale de sa destinée , comme libération .

 

 

FIN 

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - EpilogueXVII - Le Chant des Sirènes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XVI - Suspects .

9 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XVI - Suspects .

 

Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Le Cercle des " Gardiens " )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVI - Suspects

 

 

 

 

 

 

 

" Chaque être a son double , chaque étoile son soleil noir ! "

Dan Ar Wern - " La Nuit de Cézembre " , II , 7 - La Pierre de l'Apocalypse .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

33 - Désabusée par des heures d’enquête sans piste claire , Laura , plutôt rationnelle que rigide , n’avait pas imaginé trouver une alliée dans la douce mais inébranlable Izold , qui l’avait accueillie avec la simplicité d’une évidence . Bien sûr , elle ne lui parla pas tout de suite . Elle la fit asseoir d'abord , puis lui offrit une infusion de bruyère . Enfin , comme si elle avait toujours connu la vérité sur cette incroyable affaire , elle s'était mise à la lui détailler .

Depuis la mort d’Éliza , elle s’était retirée du monde , expliquait-elle , ne recevant que de temps à autre la visite de sa fille , Yuna . Dans sa maison entre lande et mer , battue par les vents , la femme vivait comme une recluse , en lien avec les messages de l’invisible et les cycles lunaires . Certains la disaient druidesse , chamane ou illuminée . Mais ceux qui , de plus près , l’avaient approchée , savaient qu’elle portait en elle un savoir plus ancien que les livres , qu'elle connaissait l'origine de la Pierre , son pouvoir , et surtout les dangers de sa convoitise .

Elle savait aussi qui était vraiment l’enfant de la prophétie silencieuse , non pas un élu mythique , mais un être né à l’intersection de deux lignées , l’une humaine , et l’autre ... Elle avait tout vu dans ses visions . Mais elle avait attendu . Jusqu’à ce que l'adjudante vienne frapper à sa porte .

Elle lui avait parlé de la danse d'Eliza , des soirs où les corps , face à l'océan terrestre uni à celui de la Voie Lactée , se libéraient , formant un langage céleste et maritime , de la Pierre Blanche , confiée à Erwan ,  de la cache malienne , véritable sanctuaire des anciens alliés d’Afrique , de Gerlink , des manipulations multiples et morts programmées du " Cercle des Gardiens " dont le but n’était pas la connaissance , mais le pouvoir . Enfin , pour conclure , elle avait essayé de décrire la vraie nature de la gemme céleste , capable d’ouvrir un passage , non pas vers un paradis , mais vers le plan supérieur d'une réalité de lumière .

- Ils ne comprendront jamais , rajouta-t-elle pourtant . Ce nest pas un objet , cest un seuil . Et seuls ceux qui ont renoncé à toute possession peuvent le franchir !

 

34 - Il y a des histoires qui ne se transmettent qu'en silence , par des regards , des absences , des blessures qu’on ne nomme pas . Celle de Ronan Toussaint , par exemple .

Il avait grandi dans une maison de Port-au-Prince où l'on parlait encore des terres d’Haïti , volées par de riches familles venues de Bretagne , aux affranchis . Le nom de Kerjean , il l’avait entendu enfant , comme un fantôme colonial qui passait de génération en génération . Tous , dans sa famille , disait qu’ils avaient quitté Saint-Domingue après l’indépendance , emportant avec eux de l’or , des objets sacrés , dont une pierre lumineuse , blanche comme la lune , volée dans un sanctuaire vaudou de leur tribu .

Cela , il n’avait jamais pu l'oublier , s'enrôlant comme gendarme en France , non pas par vocation ,  mais pour tenter de remonter le fil , afin de retrouver " sa " pierre , et pour détruire ce que les Kerjean avaient oser bâtir sur les ruines de son peuple .

Un jour , il avait croisé Éliza , il l’avait surveillée , suivie . Il avait découvert ses liens avec Erwan Morgat , la disparition de la pierre , et surtout , les rumeurs sur leur enfant laissé à l'abandon . 

Ce soir-là , sur la falaise , il ne voulait pas la tuer .

Mais le coup était parti . Il avait tiré sur elle une première fois , pensant seulement l’effrayer , voire l’arrêter . Mais elle s'était effondrée dans la nuit , silhouette frêle dans la lumière du phare . Il avait cru l’avoir tuée . Il s’était enfui , le cœur glacé .

Quant au bébé , puisqu'elle était partie sans lui , il avait du grandir ignorant tout de sa vraie mère , élevé entre désolation de la lande et légendes marines , portant un autre nom , Guégan , celui d’un marin disparu en mer . Mais il savait qu’il venait d’une histoire fêlée . Puis , il s’était engagé jeune , comme s’il voulait réparer quelque chose , gravissant rapidement les échelons de la gendarmerie , sans comprendre pourquoi certaines affaires le hantaient plus que d’autres . Jusqu’à devenir capitaine . Son nom , désormais , résonnait dans tous les rapports du dossier nommé " Opale blanche ". Il enquêtait , cherchait la vérité . Sans savoir qu’il en était lui-même l’héritier .

Toussaint , lui , quand il lut le nom de Malo dans le dossier d'enquête , avait tout compris . De plus ,  lorsqu’il vit les yeux d’Éliza et ceux d’Erwan , il réalisa que le temps de la vengeance était passé , que la vérité ne se paierait pas par le sang , mais par l’éveil . C’est ce jour-là qu’il décida de tout avouer à Laure Trégidi .

 
35 - Si la danseuse était bien morte , son cadavre avait été , cependant , volé à la morgue .
Par qui ? , se demandait Malo Guégan  , qui ne voulait plus entendre parler de toute cette histoire . C'était l'adjudante qui , peu à peu , en enquêtant dans la grotte de Marie l'Evêque , avait réalisé , en trouvant une douille , que son adjoint Ronan Toussaint n'était pas neutre , mais au contraire , sans doute , l'assassin d'Eliza . Cette découverte ne devait être révélée qu'au dernier moment  , lui avait-elle rappelé , le faisant entrer dans la confidence alors qu' elle commençait à soupçonner l’homme qui travaillait à ses côtés , ce fils d'une ancienne famille d'esclaves de Haïti spoliée par les Kerjean , qui s'était enrôlé comme gendarme dans le but de venger sa famille et de retrouver la pierre volée , lui avait-elle expliqué , tirant sur Eliza , le fameux soir du drame , sans vouloir , peut-être , la tuer . Tout cela restait bien vague , puisqu'on n'avait retrouvé aucune trace de balle dans le corps de la victime . 

De son côté , le capitaine avait appris qu'Anna s'était rendu à " Kroazhent " la veille de la mort de sa mère pour la rencontrer . Les traces d'un deuxième individu ayant bien été retrouvées sur le sol . Alors , pouvait-il s'agir d'un meurtre lié à une dispute ? On avait entendu des cris ... Lors de son audition , Goulven Kerneis avait avoué avoir aimé la " star " déchue toute sa vie , mais pensant également qu'elle avait voulu vendre l'opale pour se venger de lui , il l'avait suivie ce soir-là , mais niait l'avoir poussée , parlant seulement , d'une manière étrange , de " voix de la pierre " !

Celle-là même gardée à l'abri des hommes , " parce qu'elle pleure quand elle sent la haine " , affirmait cette jeune marginale de Yuna , qui avait répété ce que sa mère Izold avait raconté un jour à son amie Anna .

- As-tu déjà eu limpression de ne pas vraiment vivre dans le présent ? Que ta vie nétait quun rêve à double face , qu'une perception déformée , et qu'un jour , grâce à l'opale blanche , tu te réveilleras de ton cauchemar ? , lui disait-elle .

Le capitaine confronta encore cette dernière . Sa maman voulait-elle récupérer son précieux trésor à tout prix pour sa carrière ? Mais une vidéo-surveillance du port montrait que quelqu’un d’autre , une silhouette mystérieuse , était venu après elle , chez Eliza ...

 

 

36 - Au matin du lundi de la deuxième semaine d'enquête après la disparition d’Élise , la mer délivra un corps qu'un chalutier de Camaret , rentrant de la zone des filets dérivants , signala à la vedette de la gendarmerie maritime , celui d'un homme ballotté par la houle , au visage cireux , flottant les yeux clos comme s’il dormait encore . Mais sous la chemise , le sel avait déjà tiré de longues taches grisâtres sur la peau .

Cette dépouille , on l’identifia vite : c’était Koulman Gerlink , l'enfant du pays devenu pilote , l’homme qui , la nuit du drame , avait eu une violente dispute avec Éliza sur le quai du port de Camaret , juste avant que celle-ci ne soit vue courant vers la falaise . Les témoins n’avaient entendu que des bribes de querelle , sur un ton sec , à-propos d'une " pierre ", et la colère rentrée de l'ancienne étoile de l'opéra Garnier .

L’autopsie révéla une blessure nette , un orifice d’entrée à la poitrine , et , logée près de la colonne vertébrale , une balle réglementaire de calibre 9 mm . Le marquage de la munition correspondait exactement à celles de l’arme de service de l’adjudant Ronan Toussaint .

Celui-ci , auditionné , avoua partiellement , racontant qu’après la chute d’Éliza , qu’il croyait morte , il avait suivi Gerlink et l'avait vu , plus tard , s’engouffrer dans la grotte , là où , il en était sûr , l’opale blanche avait été cachée .

L’avidité , comme la peur de voir disparaître à nouveau son bien , l’avaient poussé à le suivre , arme en main , dans l’obscurité moite et résonnante , à l’intérieur , où il l’avait rejoint près du renfoncement où ruisselait l’eau de mer . L'aviateur tenait déjà un pistolet , leur échange verbal avait tourné court . Ce fut une lutte brève et brutale . Un coup de feu était alors parti au moment où Toussaint tentait de lui arracher l’arme .

Gerlink avait vacillé , puis , blessé , avait tenté de regagner la sortie , mais la mer , à marée montante , avait envahi la grotte .

Le jeune  gendarme , pris de panique , l’avait laissé là , persuadé qu’il se noierait rapidement . La mer , comme pour effacer les traces du drame , avait emporté le corps et rejeté bien plus loin , passé deux nuits de dérive .

L’enquête révéla un engrenage simple et terrible : un commandant de bord compromis dans les affaires du " Cercle " , un gendarme rongé par l’obsession de récupérer l’opale , avec , entre eux, l’ombre d’Éliza , vivante ou morte , chacun l’ignorait encore alors , qui avait déclenché la tempête par sa curieuse disparition . Quant au corps de Gerlink , il fut rapatrié dans son village natal . Et Toussaint , placé en garde à vue , fut suspendu de ses fonctions .

Mais l’opale , ce mystérieux héritage , restait introuvable !

 

37 - 🔹 Ouest Armor – Édition du 14 novembre
Drame du Toulinguet : le corps du commandant de bord retrouvé , un gendarme mis en cause ! 

 

" LÉtoile qui Tombe " : la tragédie d’Éliza Kerjean secoue la presqu’île !

 

CAMARET-SUR-MER – Elle avait brillé sur les plus grandes scènes , de l’Opéra de Paris à New York . Éliza Kerjean , la fameuse danseuse étoile d’origine finistérienne , avait conquis le public par son talent , sa grâce et cette intensité mystérieuse qui faisait d’elle bien plus qu’une interprète : une légende vivante ! Aujourd’hui , son nom , malheureusement , se voit lié à un drame digne d’un roman noir .

Dans la nuit du 8 novembre , l’artiste , retirée depuis peu sur la presqu’île , aurait été aperçue en pleine dispute avec Koulman Gerlink , un copain d'enfance , commandant de bord bien connu du port breton . Quelques minutes plus tard , l'ex-danseuse trouvait une mort cruelle en chutant depuis la falaise du Toulinguet . Son corps n’a pas été retrouvé , mais tout laisse craindre le pire .

L’affaire a pris un tour encore plus sombre lorsque , il y a deux jours , le corps de l'aviateur a été découvert en mer avec une blessure par balle . L’arme en cause ? Celle du sergent Ronan Toussaint , gendarme quimpérois , qui reconnaît avoir poursuivi Gerlink jusque dans une grotte littorale juste après la chute d’Éliza . Selon lui , le commandant cherchait à s’emparer d’un mystérieux bijou connu sous le nom d’ " Opale blanche ", au cœur de vieilles rumeurs de trafics internationaux et de fortunes cachées .

Dans la grotte , une lutte aurait éclaté , coups et cris se mêlant au fracas des cormorans et des vagues . Le coup de feu , la marée montante ... puis le silence . Gerlink disparaît , vite emporté par l’océan .

L’ " Opale blanche ", objet de toutes les convoitises , reste introuvable . Avec elle , c'est la vérité sur la dernière nuit de celle que la presse avait surnommée " LÉtoile bretonne ".

Pour ses admirateurs , le voile de la tragédie tombe encore sur une destinée hors du commun : celle d’une étoile qui brillera toujours dans nos souvenirs ... parmi toutes les " stars " du firmament !

 

 

 

FIN DE LA SECONDE PARTIE

 

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DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Seconde Partie - Le Cercle des " Gardiens " - XVI - Suspects - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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