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le piege

LE PIEGE - Teaser / BIO .

29 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain in Central Park , NYC - IS712-053 .

Bethesda Fountain in Central Park , NYC - IS712-053 .

 

LE PIEGE

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

Depuis longtemps , le sentiment d'exil de Maël Tremen , vivant loin de la source véritable de ses racines , lui fait ressentir une amère nostalgie . Mais un jour , il rencontre Christie , une étudiante américaine lui rappelant un ancien amour . Lorsqu'elle disparait à son tour , oubliant exprès , peut-être , une mystérieuse mallette , le breton s'envole pour New-York à sa recherche , car derrière le visage de cette femme et les faux-semblants de sa troublante existence , une énigme plus douloureuse encore se cache : son père , savant retenu prisonnier derrière le Rideau de fer , a  découvert ce que nul n'aurait pu imaginer . Parti pour New-York , le jeune homme apprend qu'il est menacé parce qu'on le prend pour quelqu'un d'autre . C'est le début d'une terrible aventure dans laquelle Christie laisse la place à Katalin , qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau . Est-elle sa soeur , où un agent de l'est chargé de récupérer le document ? Qui sont les deux hommes qui les poursuivent ? CIA ou KGB ? Le dénouement de l'affaire est surprenant ! Certains secrets ne concernent pas seulement ceux qui les découvrent . S'ils peuvent changer le destin du monde , encore faut-il savoir qui agit derrière leur source véritable pour comprendre qu'ils ne devraient jamais être réveillés !

Résumé : Depuis longtemps , le sentiment d'exil de Maël Tremen , vivant loin de la source véritable de ses racines , lui fait ressentir une amère nostalgie . Mais un jour , il rencontre Christie , une étudiante américaine lui rappelant un ancien amour . Lorsqu'elle disparait à son tour , oubliant exprès , peut-être , une mystérieuse mallette , le breton s'envole pour New-York à sa recherche , car derrière son visage , une énigme plus douloureuse encore se cache : son père , prisonnier derrière le Rideau de fer , a  découvert ce que nul n'aurait pu imaginer . Parti pour New-York , le jeune homme apprend qu'il est menacé parce qu'on le prend pour quelqu'un d'autre . C'est le début d'une aventure dans laquelle Christie laisse la place à Katalin , qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau . Est-elle sa soeur , où un agent de l'est chargé de récupérer le document ? Qui sont les deux hommes qui les poursuivent ? CIA ou KGB ? Le dénouement de l'affaire est surprenant ! Certains secrets ne concernent pas seulement ceux qui les découvrent . S'ils peuvent changer le monde , encore faut-il savoir qui agit derrière leur source véritable pour comprendre qu'ils ne devraient jamais être réveillés !

 

 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - LE PIEGE Teaser ( 4ème Couv.) - Bio Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIEGE " , copyright 2024 .

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LE PIEGE - VIII - Table des Matières .

29 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Terrace in Central Park - NYC .

Bethesda Terrace in Central Park - NYC .

LE PIEGE 

 

                 - VIII -

    Table des Matières

 

I -  Préface / Dédicace      

       La Source

II - Prologue : Feuilles d'Automne

 - Naissance 2 - Dernier Voyage - 3 - Traversée . 

III - Prologue : Balade Printanière

4 - Une Clarté sous la Lune - 5 - L'Homme à la Valise .

IV Première Partie : Le Document Mystérieux

6 - L'Une ou L'Autre - 7 - Christie .

Deuxième Partie : L'Histoire de Maël Tremen

8 - Hôtel Wellington - 9 - La Maison de Katalin - 10 - Forteresse - 11 - Professeur Steinberg .

VI Troisième Partie : Invasion

12 - L'Attaque de Belle Harbor ! - 13 - Aresh-Kaël .

VII - Epilogue

14 - L'Abîme . 

VIII - Table des Matières

 

DAN AR WERN - LE PIEGE - VIII - Table des Matières - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " LE PIEGE  " , copyright 2024 . 

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Le Piège - Préface / Dédicace - La Source .

25 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Préface / Dédicace - La Source .

 

 

LE PIEGE

 

 

 

 

 

 

 

I - PREFACE / DEDICACE

 

 

 

 

À tous ces visages qui , un jour , cessèrent de nous appartenir pour devenir les portes d'un mystère , à toutes ces patries que nous avons vainement cherchées ...

 

Pour Howard Phillips Lovecraft 

 

 

 

 

 

 

 

La Source 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

     Il est des exils qui ne figurent sur aucune carte , il y a des souvenirs dont on croit s'être délivré parce que les années passent , mais qui demeurent pourtant là , dans quelque repli de la mémoire , pareils à ces silhouettes ravissantes que l'on aperçoit un instant derrière la vitre d'un train sans jamais parvenir à les oublier . Depuis longtemps , même s'il avait compris que l'on n'abandonne jamais la terre où l'on est né , il avait quitté la Bretagne . On peut parcourir les villes , même apprendre d'autres paysages , peut-être faire semblant de s'habituer à d'autres ciels ... Quelque chose demeure pourtant en arrière de nous , comme une parole obstinée que le bruit du monde ne parvient pas à faire taire tout à fait . Vivant à Nice , alors , les vagues de la Méditerranée , devant lui , étendait leur éclat rutilant comme des caresses de lumière au milieu des palmiers . Tout semblait devoir le convaincre qu'il avait trouvé là une nouvelle patrie . Mais , certains soirs , lorsque le vent descendait des collines , la mer devenait sombre . Il songeait aux landes et grèves d'Armorique , à sa forêt natale et aux vieilles légendes qui avaient bercé son enfance , à sa mère qui , peut-être , ne l'avait pas voulu , à son père enfui . Il se sentait exilé , non d'un pays , mais d'une part plus secrète de lui-même : celle qui continuait à chercher , au-delà des apparences et des distances , la vérité d'une patrie perdue . C'est à cette époque de malheur qu'il avait découvert la voix de Gwenvael Andon , celui que la presse musicale comparaît à une " source ", barde d'un temps qui ne voulait pas mourir , chantre d'une Bretagne ancienne et pourtant toujours présente , surgissant comme un rêve de la mémoire enfouie des pierres immémoriales drapées de brumes .

Dans ses chants pleins de poésie , Maël entendait moins , d'ailleurs , la nostalgie d'un passé disparu que l'appel de quelque chose d'inachevé . Comme si derrière frontières et générations , mais aussi au-delà de l'histoire officielle , subsistait une autre réalité que tous avaient oubliée . Il ne savait pas encore où ce timbre de prophète allait le conduire . Car les détours de l'existence commencent parfois par ce qui ressemble à un hasard . Parfois , pour que tout recommence , il suffit d'un nom , d'une photographie , d'une ombre au coin d'une rue , reconnue au hasard d'un voyage , et qui en évoque une autre . Comment donc avait-elle pu disparaître de sa vie sans véritable adieu , d'un simple coup d'aile au bout de l'horizon , cette jeune danseuse américaine dont il s'était follement épris , telle d'une étoile filante , ne laissant qu'une lumière étrange derrière elle , au-dessus de l'immensité océane , et qui continuait si longtemps d'éclairer sa nuit comme les feux d'un avion scintillant dans l'obscurité ... Il avait cru pouvoir l'oublier , tentant de le faire avec cette obstination dérisoire que l'on met parfois à fuir ce qui nous poursuit . C'est ainsi qu'il rencontra Christie , jeune danseuse , elle aussi , née à New York et poursuivant à Paris des études dont il n'avait pas très bien compris la nature , avec des racines hongroises , dont elle lui parlait de temps à autre , ajoutant encore à son mystère , ce qui l'attirait de plus en plus , lui qui , officiellement , avait choisi de suivre ses cours d'anglais pour améliorer sa connaissance de la langue , mais qui , peut-être , cherchait surtout quelqu'un qui pût enfin gommer une absence trop douloureuse par une amitié nouvelle , un visage différent .

L'étudiante , cependant , semblait toujours vouloir maintenir une distance invisible entre eux , mentionnant , à chaque fois qu'il désirait la séduire , l'existence d'un compatriote resté de l'autre côté de l'Atlantique . Était-ce un homme qu'elle aimait réellement comme son fiancé ou bien un personnage commode destiné à le tenir éloigné d'elle ? Il ne le sut jamais .

Puis elle partit à son tour , comme si l'histoire devait éternellement se répéter , le laissant à nouveau seul avec son désespoir et des questions auxquelles personne ne pouvait , certainement , répondre , mais la promesse de lui ramener un jour , le plus tôt possible , un porte-document qu'elle avait oublié , appartenant à son père , lui offrit un joli prétexte , afin d'adoucir un peu son chagrin , de vite s'embarquer pour New-York et de croire encore à son amitié .

Ce fut là , au coeur de " La Grosse Pomme " , que les choses commencèrent à se gâter pour ce ver de terre amoureux d'une étoile - ou peut-être était-ce là , au contraire , que tout avait commencé depuis le premier jour ? Il ne se douta de rien , le pauvre , ne sachant que , pour retrouver la trace d' une amie perdue , il faudrait d'abord consentir à s'égarer . Ni que certaines sources , lorsqu'on croit enfin les avoir découvertes , ne font que vous entraîner plus profondément dans l'abîme . Il ne se doutait pas encore qu'il était déjà tombé dans un piège !

 

DAN AR WERNLE PIEGE  - Préface / Dédicace - La Source - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " LE PIEGE " , Copyright 2024 .

 

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Le Piège - Epilogue - XIV - L'Abîme .

14 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Chapelle Saint-Michel de Brasparts ( 𝑀𝑎𝑡ℎ𝑖𝑒𝑢 𝑅𝑖𝑣𝑟𝑖𝑛 , photo )

Chapelle Saint-Michel de Brasparts ( 𝑀𝑎𝑡ℎ𝑖𝑒𝑢 𝑅𝑖𝑣𝑟𝑖𝑛 , photo )

 

Le Piège
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIV - L'Abîme 

 

 

 

 

 

" Et lorsque tu regardes longtemps dans un abîme ,
  labîme regarde aussi en toi "
 

Friedrich Nietzsche - " Par Delà le Bien et le Mal / Prélude d'une Philosophie de L'Avenir "

( Jenseits von Gut und Böse - Vorspiel einer Philosophie der Zukunft , 1886

 

 

 

35 - Le monde ne sut jamais réellement ce qui s’était produit à Belle HarborPendant plusieurs semaines , les médias diffusèrent en continu les mêmes images confuses d'hélicoptères militaires tournoyant au-dessus des plages de Rockaway , de barrages de police , d'ambulances qui déboulaient avec leurs sirènes stridentes dans les rues de la petite ville sous escorte de silhouettes en combinaison NBC disparaissant dans des nuages de fumée blanche ! ( 37

Les autorités parlèrent d’abord d’un accident industriel , puis d’une fuite chimique liée à une ancienne installation militaire . Enfin , certains experts commencèrent à évoquer un virus expérimental ou une mutation provoquée par une pollution inconnue . Sur les réseaux , les rumeurs de complot proliféraient , des témoins parlant d’hommes devenus anormalement puissants , tandis que d’autres prétendaient avoir vu des soldats désintégrés par une lumière bleutée . Quelques vidéos montrant des silhouettes aux mouvements inhumains furent même rapidement supprimées .

Très vite , pourtant , l’affaire disparut sous le flot des nouvelles mondiales . Belle Harbor devint un simple dossier classifié . Un évènement sans explication officielle .

  •  

Dans les niveaux souterrains du Pentagone , cependant , le programme continuait . Les survivants contaminés lors de l’ouverture du " Miroir " avaient été transférés vers plusieurs laboratoires secrets . Certains mutants moururent rapidement , se révélant incapables de supporter les transformations biologiques provoquées par le contact avec les entités . Mais d’autres survécurent . Et ce furent précisément ceux-là qui inquiétèrent le plus les scientifiques . Leur métabolisme semblait évoluer à une vitesse impossible . Force accrue , résistance exceptionnelle , réflexes décuplés : certains des sujets développaient des capacités dépassant celles d’un être humain normal !

Toutefois , les effets secondaires , qui étaient effrayants , paraissaient insurmontables : crises paranoïaques , violences incontrôlables , progressives altérations de la personnalité . 

Chez quelques uns de ces spécimens , même , les pupilles , comme celles d’Aresh-Kaël , devenaient parfois de fines fentes verticales .

Le docteur Steinberg observait les derniers résultats dans le silence glacé dans son laboratoire souterrain . Scientifique brillant , responsable du programme depuis ses origines , le chercheur ne ressemblait plus à l’homme rationnel qu’il avait été autrefois . Depuis les évènements de Belle Harbor , ses mains tremblaient légèrement lorsqu’il relisait certains rapports . Car une vérité commençait à apparaître derrière les données biologiques . Les mutations n’étaient peut-être pas une simple contamination , mais une adaptation forcée , débouchant , peut-être , sur une colonisation lente .

- Peut-on encore les contrôler ? , lui demanda , ironique , une voix derrière lui .

Paul Steinberg se retourna lentement .

Quelqu'un venait d’entrer dans la salle . Officiellement , le directeur de l'Agence avait survécu à l’incident de " Jamaica Bay " sans séquelles véritables . D'ailleurs , les rapports médicaux officiels , transmis au gouvernement , semblaient plutôt rassurants . Mais Steinberg , lui , connaissait la vérité . Il avait vu les analyses confidentielles montrant qu'au moment de l’affrontement dans la crypte , le leader " Alien " avait trouvé refuge , avant la destruction du passage , dans l’organisme de Caldwell . Et depuis , de manière presque invisible , ou très discrètement , quelque chose avait changé en lui . Le fond de son regard , parfois , semblait se figer sur une note blanche durant plusieurs secondes , plusieurs agents , dans leur rapport , signalant , à cette occasion , chez lui des accès soudains d’agressivité froide suivis d’un calme inquiétant , pendant que sa température corporelle variait anormalement . Le plus troublant restait , en effet , ses yeux , dont la pupille , sous certaines lumières , paraissait se contracter en une mince fente noire . Comme si une autre présence observait le monde à travers lui .

- Oui ! , répondit finalement Steinberg avec prudence . Bien sûr , nous pouvons encore les contrôler .

Le directeur se força d'un sourire vide , inhumain .

- Tant mieux ! Donc , poursuivons le programme !

Lorsqu’il quitta la pièce , le professeur sentit un frisson lui parcourir l’échine . Car il venait de comprendre une chose essentielle : le véritable infiltré n’était plus en laboratoire . Il était déjà au sommet !

  •  

L’Est avait cru affaiblir son ennemi en provoquant indirectement l’ouverture du passage . Mais il avait comprit son erreur trop tard , l’Amérique au contraire , qui n’avait pas détruit la menace , désormais , cherchait à l’utiliser . Dans plusieurs installations secrètes , les travaux continuaient sous un nouveau nom de code : ARESOfficiellement , ce programme n’existait pas . Mais officieusement , certains responsables parlaient à mots couverts de soldats biologiquement augmentés , capables de survivre dans des conditions extrêmes ou de développer des aptitudes inédites . 

Maintenant , Steinberg avait acquis la conviction que , désormais , personne ne maîtrisait réellement ce qu’ils avaient ramené de l’autre côté .

  •  

À Cuba , sous la chaleur lourde de Santiago , Laszlo Istvan observait l’océan depuis une terrasse blanchie par le soleil . Après l’échec du programme , les autorités de Washington avaient discrètement négocié sa libération . Trop précieux pour être éliminé , trop dangereux pour rester à Budapest , le prix " Nobel " avait obtenu le droit de disparaître avec sa fille . Le vieux savant semblait épuisé . Pourtant , certains soirs d'automne , son regard retrouvait cette intensité étrange des hommes qui ont aperçu quelque chose dépassant l’entendement humain . Christie vivait désormais près de lui avec PedroIls tentaient tous trois de reconstruire une existence normale . Mais le passé ne disparaissait jamais complètement . Parfois , Christie s’interrompait brusquement au milieu d’une phrase , comme si elle percevait un son très lointain .
D'autres fois encore , son père croyait distinguer dans ses rêves l’immense architecture noire aperçue derrière le " Miroir " . 
Alors , dans ces ténèbres de cauchemar , il comprenait que le passage n’avait peut-être jamais été totalement refermé !

  •  

Maël , quant à lui , vivait isolé sur une île de la côte du Maine . Le gouvernement lui avait imposé le silence absolu : nouvelle identité , surveillance discrète , résidence éloignée : tout avait été organisé afin qu’il disparaisse des mémoires . Certaines nuits pourtant , le jeune homme se réveillait encore avec la sensation oppressante d’être observé . Comme si quelque chose , très loin , continuait à le chercher dans les profondeurs du ciel . Un matin d'octobre , il reçut une carte postale envoyée depuis Cuba .

Au recto : une plage éclatante de lumière ! 

Au verso :

Maël
 Nous essayons de recommencer une vie normale ici .
 
Pedro travaille au port.
 Mon père paraît plus apaisé qu’autrefois .
 Nous parlons rarement du passé .
 Mais certains jours , j’entends encore les voix derrière le passage .
 Peut-être ne nous quitteront-elles jamais "

 Christie et Pedro .

Maël relut lentement les dernières lignes . Puis , il remarqua un détail presque invisible . Sous la signature figurait un étrange symbole noir , un cercle traversé de trois lignes obliques . Le même signe que celui aperçu dans la crypte . Le signe d’Aresh-Kaël !

Venu de l’Atlantique , le vent du large fit frémir la carte entre ses doigts . Mais , quelque part , bien au-delà des immensités obscures du ciel , quelque chose semblait encore l'attendre !

 

36 - Quelques mois plus tard , Maël Tremen quitta définitivement les États-Unis . Comme Il avait refusé les propositions d'argent de même que la surveillance discrète que le gouvernement prétendait destinée à sa protection , celui-ci lui accorda , en fin de compte , la liberté de partir . Il voulait juste rentrer , retrouver sa Bretagne , expliqua-t-il , avec le vent des grèves , la pluie grise sur les monts , le silence ancien des pierres de sa jeunesse . Le voyage lui parut irréel . Comme si tout ce qu'il avait vécu appartenait déjà à une autre existence . Il lui arrivait pourtant , parfois , par une nuit de pleine Lune , de revoir encore le halo bleuté du " Miroir " , les silhouettes immenses des entités d'Orion , surtout le regard blanc du " Leader " fixé sur lui avec cette étrange pitié glaciale qu’une intelligence supérieure pourrait éprouver envers une espèce condamnée par ses propres instincts . Car il avait fini par comprendre une chose . Les créatures n’étaient peut-être pas venues pour conquérir l’humanité . Elles avaient simplement découvert une civilisation déjà prête à s’autodétruire . 

Ayant franchi le miroir du cosmos comme une promesse de salut , la source sacrée de leur être s'échoua dans l'estuaire humain , engloutie par une mer immuable de corruption .

Sous une pluie fine poussée par le vent d’ouest , un soir de novembre , il gravit le petit chemin menant à une antique chapelle perdue dans les Monts d’Arrée . La vieille bâtisse de pierre semblait presque abandonnée au milieu des ajoncs et des landes sombres . À l’intérieur , seules quelques bougies vacillaient devant une Vierge noircie par le temps . Le pélerin s’assit lentement sur un banc . Le silence était profond , si différent , néanmoins , de celui des laboratoires , des bases militaires ou des salles de crise où des hommes d'expérience avaient joué avec des forces qu’ils ne comprenaient pas . Ici , il n’y avait ni puissance , ni stratégie , ni domination . Seulement cette obscurité paisible où l’homme peut se retrouver seul face à lui-même . Il se mit à réfléchir sur Andrew Caldwell , désormais peut-être devenu autre chose qu’un mutant , puis il pensa à Paul Steinberg poursuivant ses recherches malgré sa peur , aux gouvernements de l’Est et de l’Ouest prêts à sacrifier le monde entier pour quelques années de supériorité stratégique !

Et il comprit soudain ce qu’Aresh-Kaël avait probablement perçu dès le premier instant : L’humanité était déjà prisonnière ! Prisonnière de sa violence , de son orgueil ,
de sa volonté de puissance . Une phrase , entendue autrefois durant ses études , lui revint alors lentement à l’esprit : " Lhomme est né libre , et partout il est dans les fers . " ( 38 )

Les mots de Jean-Jacques Rousseau résonnaient étrangement dans la pénombre de la chapelle .

Libre , en partie ? Mais incapable d’échapper à lui-même . 

Le promeneur solitaire leva les yeux vers la faible lumière des cierges . Peut-être que le véritable piège n’avait jamais été le " Miroir ", ni même les créatures venues des profondeurs du cosmos . Le véritable piège était plus ancien , vivant dans le cœur des hommes depuis le commencement des civilisations , dans leur désir de dominer , leur peur , leur incapacité à renoncer à la guerre . Au-dehors , le vent faisait trembler les vitraux . Maël ferma les yeux .

Pour la première fois depuis Belle Harbor , il pria ...

 

 

 

FIN

                                  ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Epilogue XIV - L'Abîme - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

Notes :

37 - Tenue de protection en environnement à risque NBC ( Nucléaire , Bactériologique et Chimique ) .

38 -" Du Contrat Social " ( 1762 ) , par Jean-Jacques Rousseau ( 1712 - 1778 ) , écrivain , philosophe et musicien suisse .

 

 

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Le Piège - Troisième Partie - Invasion - XIII - Aresh-Kaël .

11 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Aresh-Kaël

Aresh-Kaël

Le Piège

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième Partie

( Invasion )

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

XIII - Aresh-Kaël 

       

         

 

 

 

 

 

 " Je suis moi-même le piédestal

   Pour ce monstre que tu regardes  ... "
  

Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) - " Avalanche " ( traduction de Graeme Allwright )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 - Maël  , aussitôt , ressentit une sensation de vertige en croisant ce regard . 

Comme si cette créature , qui ressemblait à Christie et Katalin , avait la capacité d'observer simultanément toutes les pensées humaines présentes dans la pièce . L’être s’avança encore . Les autres entités demeurèrent immobiles derrière lui . Alors , directement dans les esprits , résonna sa voix !

- Je suis Aresh-Kaël ... Premier Veilleur dOrion .

Plusieurs soldats portèrent immédiatement les mains à leurs tempes , le son mental provoquant une douleur physique extrême !

Puis , le leader télépathe observa lentement les humains .

- Votre monde arrive à son terme ! , leur annonça-t-il d'un ton grave et solennel , tandis que des images d'apocalypse traversaient brutalement l’esprit de Maël : océans de feu , champignons nucléaires qui s’élevaient au-dessus des continents , villes noyées , famines provoquant des émeutes !

Mais , au bout d'un instant , plus pacifiques , d’autres visions remplacèrent les premières , dans lesquelles des cités gigantesques , baignées d’une lumière bleue , se profilaient au milieu d'un paysage enchanteur , des structures transparentes flottaient au-dessus d’eaux calmes , pendant que des foules silencieuses marchaient , se promenant à leur pied , parmi les jardins merveilleux et les fleurs qui , dans un ordre parfait , les embaumaient .

Sur Orion , dit Aresh-Kael , nous avons suppriméil y a des millénaires , le chaos . Celui-ci nexiste plus , ni les guerres , ni les frontières , d'ailleurs ... Plus de pauvreté , de maladie ...

Caldwell demeurait figé . Katalin , elle , semblait déjà connaître ce discours .

- Nous pouvons sauver votre espèce !

L’un des soldats , pris de panique , leva brusquement son arme automatique vers la créature .

- Reculez ! , cria-t-il , tandis que l'orateur tournait simplement la tête . Le mouvement fut instantané . Une intense lumière blanche traversa ses yeux effilés . Le soldat eut à peine le temps de hurler . Son corps entier se désintégra dans un éclair silencieux . 

Pas d'explosion , pas de feu , mais une dissolution totale de la chair , des os , de l’arme , le tout se fragmentant en grains de  poussière lumineuse qui disparurent aussitôt dans l’air !

Le silence qui suivit fut absolu . Les six autres militaires du commando reculèrent , terrorisés .

Le dirigeant de l'espace reprit alors calmement :

- Toute résistance est inutile .

Puis , il étendit lentement ses longs bras translucides .

- Nous vous offrons ce que votre civilisation a toujours été incapable de créer : la paix durable .

Sa voix devenait presque douce , hypnotique .

- Mais , en échange , vous devrez accepter les Lois dOrion , rajouta-t-il avec , pour la première fois , quelque chose ressemblant à un sourire traversant son visage translucide , expression superficielle qui ne contenait aucune chaleur , seulement une certitude glaciale !

- Nous réclamons juste votre totale soumission ! , conclut-il , faisant vibrer davantage le miroir derrière lui tel un lac d’huile plongé dans l'obscurité , pendant que d’autres silhouettes invasives comme la sienne , telles des ombres traversant la matière même du réel , continuaient d’en émerger une à une , s'en détachant  inlassablement ! 

31 - Pendant ce temps , dans les profondeurs blindées de la forteresse de " Castle William " , à plusieurs centaines de kilomètres de là , le professeur Steinberg observait les écrans de contrôle sans la moindre émotion apparente . Les transmissions de Belle-Harbor arrivaient maintenant par intermittence , images brouillées , parasites , parce que la pluie et le vent s'étaient jetés en rafales , déchaînant la tempête sur les toits des maisons basses du village . Au loin , la mer , écrasée sous un ciel de cendre , était barrée d'un rideau noir , presque métallique , et les rares lampadaires qui étaient encore en état , diffusaient une lumière jaunâtre se perdant dans la brume . 

Autour de la vieille église battue par les embruns , les véhicules militaires demeuraient immobiles , phares allumés dans la nuit sombre , humide , tandis qu’un silence irréel semblait avoir englouti la côte tout entière . Plus personne n’osait parler ! 

Le " Miroir " venait de se refermer . L’onde qui , auparavant , avait traversé la crypte durant quelques secondes , laissait derrière elle une odeur méthanière organique , rappelant à la fois l’ozone et la chair brûlée . Les soldats survivants du commando restaient figés , incapables de comprendre ce qu’ils venaient de vivre !

32 - Les créatures , menées par leur chef , sortaient craintivement du portail comme des silhouettes arrachées , contre leur volonté , à leur cocon . Aresh-Kaël avançait le premier . Son corps gigantesque paraissait composé d’une matière instable , semi-liquide , vibrante , et ses membres démesurés d’insecte oscillaient comme le mat d'un navire sur la  houle océane .

Son visage étroit ne possédant ni véritable bouche ni nez identifiable , seuls ses yeux effilés , mouillés d'écume et traversés de reflets argentés , demeuraient fixes , terriblement conscients . Pourtant , quelque chose avait changé . Le monstre vacilla tout à coup , frappé par une sorte de faiblesse nouvelle . Autour de lui , les autres manifestèrent les mêmes signes de déséquilibre . Leur enveloppe organique se craquela peu à peu sous l’effet de l’atmosphère terrestre . De fines particules grisâtres se détachaient de leurs membres , qui s’envolaient ensuite , comme des feuilles mortes , dans les bourrasques nocturnes . Levant lentement les yeux vers le ciel , Aresh-Kaël comprit enfin que la Terre lui était hostile !

33Paul retira lentement ses lunettes . Contrairement aux autres responsables du Pentagone, il avait prévu cette possibilité depuis le début . C’était précisément pour cette raison qu’il avait refusé de se rendre sur le terrain . Le scientifique échangea un regard rapide avec le général Harris , chef de l'état-major , à ses côtés . Le Pentagone avait vu juste . Les calculs s'avéraient exacts . Les êtres d’Orion , certes , possédaient une puissance psychique capable de pulvériser un homme , de traverser la matière ou de déformer certains champs énergétiques . Mais leur structure profonde demeurait instable hors du " Miroir " . Et surtout ... certains humains , d'une manière encore inexplicable , résistaient ! Maël en était la vivante preuve . Depuis plusieurs minutes , le " Veilleur " avait essayé en vain de pénétrer son esprit . Steinberg le comprenait maintenant aux légères contractions des membranes noires parcourant le visage du dirigeant extraterrestre . Or , le breton restait imperturbable , comme si quelque chose en lui demeurait inaccessible , opaque , une zone morte .

- Il ne peut pas latteindre , murmura le professeur .

Katalin , elle aussi , avait compris . Le projet secret des blocs ennemis prenait soudain , par cette avatar inattendu , un sens terrifiant . Ceux de l'Est avaient cru offrir un cadeau empoisonné aux Américains , leur permettant discrètement de " découvrir " ce " Miroir dOrion " qu'ils croyaient déjà connaître . Quant à elle , agent double depuis le début , elle avait participé à cette gigantesque manipulation géopolitique . Mais personne, là-bas comme à l’Ouest , n’avait réellement compris la nature du phénomène , sinon , Steinberg ou son collègue de Budapest , Laslo Istvan , le père de Christie . Les créatures n’étaient , sans doute , pas des dieux , mais elles pourraient un jour devenir des armes biologiques capables de remplacer les soldats humains , des guerriers absolus , des prédateurs psychiques ! Pourtant , juste au même instant , ces maîtres supposés de l’espace ignoraient qu’ils étaient eux-mêmes condamnés , leur passage sur Terre déclenchant une lente décomposition de leur structure quantique .

Le leader avança encore de quelques mètres . Des fragments de matière noire se détachaient parfois de ses bras avant de disparaître en poussière lumineuse . Une désagrégation presque invisible autour des contours des créatures .

Comme si leurs corps , feuilles mortes balayées par l'invisible , perdaient une cohésion secrète au contact de l’atmosphère terrestre ! 

Maël fixa de nouveau le " Miroir " .

C'est alors qu'il comprit brutalement . Les entités d’Orion ne voyageaient pas réellement dans l’univers . Le " Miroir " les fragmentait , les dispersait , leur faisait traverser les distances de l'infini sous forme particulaire avant de les recomposer ailleurs . 

Mais ici ... la recomposition prévue avait échoué inexorablement ! L'extra-terrestre sembla percevoir instinctivement le danger . Des témoins remarquèrent que , pour la première fois , la peur avait contracté ses yeux argentés . Caldwell observait la scène quelques mètres plus loin , se sentant incapable de bouger . Tandis qu’il voyait les créatures commencer à s’effriter sous ses yeux , coula , le long de sa nuque , une sueur glacée !

- Mon Dieu ! , murmura-t-il , alors que l’église entière tremblait lorsque les sirènes commencèrent d'hurler à l’extérieur , violentes , assourdissantes !

Toute la vallée était encerclée . Une arche de métal gigantesque avait été déployée autour de l’église , haute de plusieurs dizaines de mètres , formant une structure circulaire hérissée d’antennes et de générateurs électromagnétiques . Partout , des chars immobilisés pointaient leurs canons vers le bâtiment , dans le ciel , illuminé de projecteurs aveuglants , des avions tournaient au-dessus de " Jamaica Bay " , prêts à frapper ! Le piège venait de se refermer . Mais , cette fois , les prisonniers n’étaient pas les humains !

34 - Mais ici , qui avait réellement compris que , si le passage  avait permis leur manifestation physique , il n'avait pas assuré leur stabilité biologique ? Dans ce monde dense , lourd , saturé d’oxygène et de matière , leurs structures , très vite , allaient se désagréger . La Terre leur était hostile , bien sûr , mais qui avait anticipé leur réaction de bête sauvage , voisine de celle des grands fauves de notre planète ? Ils avaient besoin d’abris , d’enveloppes vivantes , comme des couvertures de survie ! Immédiatement !

Caldwell , qui s'était précipité sans réfléchir vers la grande porte pendant que les soldats survivants reprenaient position , lorsqu’elles s’ouvrit enfin , sous la pluie battante , assista , lui aussi , à ce spectacle irréel du déploiement d'une force militaire considérable qui , d'une manière ou d'une autre , pensait-il , allait effrayer les envahisseurs ! D'ailleurs , comme un dernier recours , le leader , en désespoir de cause , avait tourné la tête vers lui .

Et soudain , la chose se déploya . Le corps de l’entité se fragmenta en milliers de particules noires qui , avant de s’abattre brutalement sur le malheureux directeur , traversèrent l’air comme une nuée d’insectes microscopiques !

Le corps de l'agent se cambra violemment sous le choc , ses yeux se révulsèrent tandis qu’une substance sombre pénétrait sa bouche , ses oreilles , ses narines . Pendant quelques secondes , ses os paraissant vouloir se briser sous une pression intérieure monstrueuse , il se mit à hurler de douleur ! Puis tout redevint silencieux . L'homme agressé resta immobile au sol , comme paralysé , pendant que les soldats présents ,  terrifiés par ce spectacle horrible , échangeaient des regards épouvantés ! Pour finir , Andrew Caldwell releva la tête . Mais ce n’était plus tout à fait lui . Son visage demeurait identique , et pourtant , quelque chose d’indéfinissable avait disparu : l’humanité de son regard , même si certains en doutaient , dont les pupilles semblaient désormais plus profondes , presque opaques , comme si une intelligence étrangère observait le monde depuis l’intérieur de son corps !

C'était là , bien sûr , qu'Aresh-Kaël avait trouvé refuge ! Autour de l’église , les autres créatures voulurent imiter leur chef . Les entités mourantes , plutôt que de se désagréger dans les airs , fondirent sur les derniers membres du commando . Des cris retentirent dans la nuit .

Certains soldats tentèrent de fuir , mais il était déjà trop tard ! 

Le processus ne durant que quelques secondes , les hommes se redressaient , complètement transformés , leurs corps vidés puis réoccupés ! Leurs visages demeuraient humains , leurs voix aussi , mais leurs gestes possédaient désormais l'apparence d'une froideur mécanique presque parfaite . Une présence étrangère venait d’envahir leurs consciences , les refoulant dans les profondeurs de leur propre esprit !

Le capitaine Reese fixa son collègue de l'Agence avec horreur .

- Monsieur ?

Celui-ci tourna vers lui un regard vide . Puis un léger sourire apparut sur son visage . 

Un sourire qui n’avait plus rien d’humain !

 

 

FIN DE LA 3ème PARTIE

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Troisième Partie - InvasionXIII - Aresh-Kaël - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

*Songs of Love and Hate " album , copyright 1971 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment - All rights reserved / " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " - Copyright 1973 Graeme Allwright / Mercury Records - All rights reserved .

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Le Piège - Troisième Partie - Invasion - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

10 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Troisième Partie - Invasion  - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième Partie

( Invasion )

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

 

 

XII - L'Attaque de Belle Harbor !

       

         

 

 

 

 

 

 " Car il est arrivé le grand jour de la colère ,

  Et qui donc peut tenir ? "

Apocalypse , 6 , 17 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28Pedro ... , fis-je lentement . Qu'est-ce qu'il savait au juste  ?

- Il en avait suffisamment appris pour comprendre la valeur du déclencheur , ajouta Steinberg .

- Et Katalin ?

Aucun des deux ne se précipita , cette fois , pour me répondre .

- Elle a vu le schéma , dit Caldwell , et je crois quelle est informée quil ne faut pas lactiver sans contrôle .

Je fronçai à nouveau les sourcils .

- Vous voulez dire , sans votre contrôle ?

Un très léger sourire passa sur le visage du directeur .

- Cest une façon de voir les choses .

Le professeur Steinberg , lui, ne souriait pas .

- Le problème , énonça-t-il avec lenteur , ce nest pas dentrer en contact .

Il me fixait avec une intensité nouvelle .

- Cest de savoir qui ... répondra , et comment ?

Et vous pensez que moi ...

- Nous vous avons observé , coupa Caldwell Vous êtes protégé vous nêtes pas compatible !

Je reculai d’un pas.

- Vous êtes en train de me dire que ... tout ça ...

Je désignai les deux hommes  , la pièce , la forteresse .

- ... était prévu ?

Les deux autres , qui échangèrent un regard complice , conclurent , presque à voix basse :

- Tout converge vers vous !

29 - Le vent hurlait au-dessus de Belle Harbor . Des vagues noires venaient se fracasser contre les digues tandis qu’une brume épaisse recouvrait les rues désertes du vieux quartier maritime . Les rares lumières encore allumées paraissaient flotter dans le brouillard comme des veilleuses funéraires . Le convoi s’arrêta sans bruit près de la petite église Saint-François-de-Sales . Caldwell descendit le premier . Derrière lui apparurent sept hommes d'un commando , vêtus d'uniformes neutres n'arborant aucun signe , munis d'armes automatiques , portant lunettes nocturnes et casques noirs . 

Maël ,  poignets entravés , deux militaires l’encadrant étroitement , marchait au centre de ce groupe . Katalin referma lentement la portière du dernier véhicule , puis leva les yeux vers le clocher sombre de l’église .

- Lentrée se trouve derrière le mur nord , dit-elle calmement .

Le  directeur l’observa en silence . Il avait toujours connu la vérité . Depuis le début , la fille ayant conservé le schéma cristallin près d’elle , ne l’avait , en fait , jamais caché . Le microfilm , qui avait servi de " leurre " vis-à-vis du prisonnier , constituant la clé même du dispositif enfoui sous Belle Harbor , avait été développé à l’insu de celui-ci dans la base secrète . Les techniciens avaient mis à jour ce qu’il contenait réellement : le plan d'une structure géométrique reliant le " Grand Miroir " de la forteresse à un second point de passage situé sous l’église . Il s'agissait bien d'une clé pour ouvrir une porte , ou peut-être pire encore !

Katalin écarta le lierre humide recouvrant une vieille plaque métallique . Elle introduisit une fine clé argentée dans un mécanisme invisible . Un grondement sourd ne tarda pas à résonner aussitôt sous leurs pieds . Puis une partie du mur , lentement , pivota , un souffle glacé montant des profondeurs . Les soldats , l'air soucieux , virent apparaître un passage étroit devant eux , totalement taillé dans une roche noire parcourue d’étranges veines bleutées .

- Formation serrée ! , ordonna leur chef . Les lampes s’allumèrent .

Sans attendre davantage , le groupe s’enfonça dans les profondeurs . Très vite , Maël sentit que quelque chose n’était pas normal . Autour de lui , comme si le tunnel était lui-même un organisme vivant , l’air vibrait bizarrement . Des symboles comparables à ceux du " schéma cristalin " se montraient parfois sur les parois humides : lignes brisées ressemblant à une écriture inconnue , spirales fractales , figures hexagonales ...

- Vous saviez tout cela , n'est ce pas ? murmura-t-il à Katalin .

Avant de répondre , elle continua d’avancer prudemment quelques secondes .

- Pas au début .

- Mais vous travaillez pour qui ?

Elle ralentit , souriant légèrement .

- Pour ceux qui croient pouvoir en tirer profit .

Cette phrase hypocrite , encore plus que l’humidité des lieux , glaça le jeune breton .

Pour finir , après plusieurs minutes de progression , le passage déboucha derrière la petite église . Ils pénétrèrent dans une ancienne crypte abandonnée . L’odeur de bois pourri , de pierre humide et d’encens froid stagnait encore dans la pièce . Un Christ de plâtre gisait au sol , décapité . Le directeur s’approcha immédiatement du mur du fond .

- Le " schéma " , vite ! , ordonna-t-il .

Alors , l'agent Varga sortit de sa veste la fameuse figure cristalline , document translucide soigneusement plié . Sous les lampes , les lignes géométriques parurent lentement se déplacer à l’intérieur même de la matière . Le technicien du groupe installa ensuite un petit projecteur optique . Le " schéma " fut placé contre le mur . Pendant quelques secondes , rien ne se produisit . Puis , Katalin fit légèrement pivoter le document . D'à peine quelques millimètres . Soudain , les lignes de cristal s’illuminèrent d’une phosphorescence bleutée . Un grondement traversa aussitôt toute la salle souterraine , tandis que la pierre du mur se fendait peu à peu en son centre . Et derrière elle , apparut une surface noire parfaitement lisse : ni verre , ni métal , une matière obscure et liquide absorbant la lumière elle-même , semblable au " Grand Miroir " de la forteresse ! Maël sentit immédiatement sa présence . Comme si la salle secrète de " Castle William " existait désormais juste derrière cette membrane mouvante . Le miroir vibra . Puis une faible lumière brilla dans ses profondeurs , tandis que des silhouettes de type humanoïde , monstrueusement étrangères , commençaient d'en émerger lentement Leurs corps semblaient composés de matière translucide et de fragments lumineux , certaines parties de leurs membres paraissant puis disparaissant comme si leur structure hésitait encore entre deux réalités .

Les soldats reculèrent instinctivement . L’un d’eux leva son arme .

- Bordel ! Quest-ce que cest que ça ?…

La première créature posa sa longue main tentaculaire contre la surface noire . La vitre se déforma comme de l’eau . Puis , l’être traversa la paroi dans un bruit humide et métallique , pendant que d’autres silhouettes le suivaient . Des dizaines , peut-être davantage , comme une armée attendant depuis des siècles qu’une porte s’ouvre enfin ! Mais l’entité de tête était différente , plus grande et plus stable , dépassant les deux mètres largement . 

Son corps mince était soutenu par des membres anormalement longs , presque démesurés , dont les articulations semblaient trop nombreuses .

Bien au-dessous des genoux , descendaient ses bras , qui se terminaient par les doigts interminables de ses longues mains filiformes ressemblant à du cristal vivant , comme sa peau translucide , parcourue de pulsations bleutées . Mais c’était surtout son visage allongé , étroit , presque noble dans sa froideur inhumaine , dont les pommettes très hautes donnaient une dureté minérale à ses traits , deux fines fentes verticales remplaçant les narines humaines , qui paralysait les regards . La minceur de sa bouche en paraissait incapable d’exprimer la moindre émotion . Quant à ses yeux effilés , mais sans aucune pupille visible , ils occupaient presque toute la largeur de sa face , immenses comme un ciel étoilé vivant faisant tourner , à l'intérieur , une lumière blanche constellée de minuscules points noirs !

 

 

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Troisième Partie - InvasionXII - L'Attaque de Belle

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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - XI - Professeur Steinberg .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - XI - Professeur Steinberg .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

XI - Professeur Steinberg

       

         

 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

25 - Le silence qui suivit le départ de Caldwell sembla se dilater , comme si la pièce elle-même retenait son souffle . Puis quelque chose changea . La paroi de verre ondula , tandis que l’image qu’elle renvoyait , vibrant  imperceptiblement , non plus comme un simple reflet , mais comme une surface d'eau qui cède , se troubla , faisant apparaître une silhouette un peu floue , d'abord , puis de plus en plus nette , celle d'un homme âgé , droit malgré la fatigue visible dans ses traits , qui entra donc sans qu'aucune porte ne s’ouvre . Il y avait dans son regard l'expression d'une intelligence dure , ancienne , presque obstinée .

- Qui êtes-vous ? , lui demandai-je , de plus en plus déconcerté .
L’homme finit par se présenter .
- Je suis le professeur Steinberg .
Puis , avec une précision presque clinique , il me déclara :
- Je crois que vous êtiez en train d’écouter une version très incomplète de notre propre histoire . Christie , la fille de mon collaborateur Lazslo Istvan , prisonnier de l'est poursuivit-il avec une certaine lenteur , n'était pas qu'une correspondante chargée de récupérer le microfilm , fruit de notre travail , récupéré par un cubain , Pedro , à Budapest .
Je sentis brusquement monter en moi la tension .
- J'avais besoin d'un relais discret , mobile , suffisamment éloigné pour ne pas être immédiatement relié à mes travaux , continua-t-il pendant que nous prenions un petit déjeuner dans la salle commune .
Je fronçai les sourcils .
- Quels travaux ?
Dans le regard de l'homme de science , passa une brève lueur .
- Ceux qui , à Budapest ont été volés dans un premier temps .
Cette fois , Caldwell intervint :
- Katalin n'était pas prévue dans le processus initial .
Paul Steinberg tourna légèrement la tête.
- Non , mais elle a compris quelque chose que nous n’avions pas anticipé .
Je fixai les deux hommes .
- Quoi  ?
- Que ce microfilm n'était pas qu'un simple travail scientifique à protéger , répondit le chercheur , après un silence , me regardant droit dans les yeux .
- C'était un déclencheur !

 

26 - Personne ne parla pendant plusieurs secondes . Le mot était comme suspendu dans l’air .

- Ce que vous appelez " microfilm " n'est , cependant qu'un support , poursuivit Paul comme s’il cherchait , non pas ses mots , mais la limite à ne pas franchir . Il s’approcha de la paroi de verre. Celle-ci s’illuminant faiblement , comme si elle reconnaissait sa présence . 

Alors , bizarrement , des formes apparurent , géométriques , non pas des données instables , mais autre chose .

- Elles ont besoin d'un encodage , poursuivit-il . Mais pas au sens classique , dun schéma cristallin permettant de communiquer avec elles , ce document qu'on m'a volé , parce qu'on avait peur ! Ces entités , vivant dans un monde parallèle , peuvent en effet , par leur vision du futur , aussi bien ruiner les modèles capitalistes que communistes !

Je plissai les yeux .

Les formes se mirent à évoluer lentement , s’imbriquant les unes dans les autres selon une logique non linéaire .

- Initiée par nos travaux , rappela Steinberg , et perfectionnée par cet ancien collègue retenu à lEst .

Puis , lançant Un bref coup d'oeil vers Caldwell :

Un homme qui avait compris avant moi ce que nous étions en train de créer .

- Un protocole dinterface , intervint le directeur .

- Non , corrigea l'autre . Un seuil .

Le mot résonna différemment .

- Ce schéma , voyez-vous lorsqu'il est correctement interprété ne transmet pas qu'une information précise .

Et , se tournant vers moi :

- Il ouvre une possibilité infinie de communications .

Fasciné , je voulais en savoir plus :

- Avec quoi , lui demandai-je après un silence .

Paul hésita .

- Avec ces entités .

Le mot tomba sans emphase . Ce qui le rendit encore plus lourd .

- Des intelligences , précisa Caldwell , situées dans un cadre que nous ne pouvons pas décrire avec nos modèles physiques standards .

Je restais immobile , pétrifié comme une statue de sel !

- Un autre monde ?

- Pas exactement , répondit le savant . Disons qu'il s'agit plutôt d'une autre configuration de la réalité .

 

27 - La surface de verre pulsant légèrement , les formes , devenues presque organiques , changèrent .

- Ces entités , reprit Steinberg n'interagissent pas avec nous directement .

- Pas sans médiation , précisa Caldwell .

- Mais elles perçoivent aussi bien notre présent que les lignes du futur !

Soudain , je sentis mon souffle se bloquer !

- Vous êtes en train de me dire ... 

-  ... que ce dispositif permet d’accéder à des projections temporelles venant d’un système extérieur au nôtre , ajouta l'homme de la CIA .

- Et pas que des projections , coupa le physicien car elles peuvent constater des futurs possibles comme des états déjà réalisés dans leur propre référentiel .

Je secouai la tête .

- Et ça peut changer quoi ? , demandai-je naïvement .

Caldwell répondit sans détour :

- Tout , mon cher Imaginez un système économique , peu importe qu’il soit capitaliste ou communiste , reposant sur une hypothèse commune l'incertitude .

Il marqua une pause :

- Supprimez , maintenant , cette incertitude ...

Et vous supprimez le système  ! , termina Steinberg .

 

 

 

FIN DE LA 2ème PARTIE

( A Suivre )

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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - X - La Forteresse .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Forteresse

       

         

 

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

22 - Avec un fracas métallique , l’hélicoptère , à la tombée de la nuit , s’était posé dans un cercle de couleur blanche , devant une sombre bâtisse médiévale balayée par les vents venus de l’océan qui , en contrebas , frappait la roche avec la régularité d'un mécanisme , comme si l’île elle-même respirait . Je n’avais pas parlé durant tout le trajet . Katalin non plus . La forteresse avait surgi de la côte brumeuse de Boston , masse néo-gothique improbable , hérissée de tourelles sombres et de baies étroites , posée là comme une monstruosité architecturale , prétexte à un camouflage parfait , celui , sans doute , d'une zone militaire secrète , hautement sécurisée . On nous avait conduits séparément . Bientôt , nous nous retrouvâmes dans le hall d'entrée où la surveillance était assurée par des gardes en treillis de combat , portant de manière uniforme des masques de verre fumé dissimulant leur visage . ( 36 )

On nous enferma ensuite chacun dans une cellule séparée , plutôt rudimentaire mais dotée d'un lit relativement confortable et d'un écran de télévision diffusant un discours d'accueil convenu . Le lendemain matin seulement , je fus introduit dans une pièce austère , presque clinique , dont les murs nus contrastaient violemment avec l’apparence extérieure du bâtiment . 

Derrière un bureau de verre , un homme se leva .

Directeur Andrew Caldwell .

Voix posée , accent neutre et regard sans profondeur apparente , on aurait dit un professionnel du mensonge .

Asseyez-vous , mon cher .

Il fit glisser un dossier épais sur la surface du bureau .

- Nous allons tenter de clarifier tout ce qui vous est arrivé , m'expliqua-t-il .

Puis , sans détour :

Christie , vous savez , n’a jamais eu de sœur ...

Je ne réagis pas immédiatement . Je m’étais attendu à une manipulation ... Mais pas à une négation si brutale de ce que j'avais cru vivre !

La femme que vous avez rencontrée ... faisait partie d’un dispositif adverse , un leurre sophistiqué destiné à récupérer le microfilm .

Il marqua une pause , m'observant comme on ausculte un vulgaire patient .

- Et vous avez failli tomber dans le piège .

Lentement , je relevai la tête .

- " Failli " ?   

Un très léger sourire passa sur le visage de Caldwell .

- Parce que quelquun a réagi plus vite que prévu .

Il ouvrit le dossier . Photos , rapports d'enquête , analyses biométriques furent étalés d'un seul coup sur la table . Puis , une image plus ancienne de Katalin

Ou plutôt , me confia-t-il , une autre version delle ... Kathleen Varga , origine incertaine formation multiple nom d’emprunt , chirurgie reconstructive avancée ...

Il fit pivoter le dossier vers moi .   

- Regardez bien cette superposition numérisée des deux figures Nous avons la certitude qu’elle a été modifiée pour ressembler à votre amie . Ce n’est pas une coïncidence . Il s'agit d'une reconstruction .

Je sentis une tension froide me parcourir la nuque .

- Pourquoi ?

Mon voisin se leva , arpentant la pièce avec nervosité .

- Pour mieux vous infiltrer vous approcher , vous manipuler !

Tandis que je serrais les mâchoires , plus lourd encore , s'en suivit un autre silence .

- Et le microfilm ?

Cette fois , le regard du directeur se fit plus incisif .

- C'est là que notre histoire devient intéressante.

Il hôcha la tête .

Nous pensons que Varga , comprenant le piège a pu cacher au dernier moment le microfilm dans la maison de Belle Harbor . Avant même que nos équipes n’interviennent .

- Vous en êtes sûr ? , dis-je , revoyant la scène et la détresse dans le regard de Katalin .

- Disons que nous avons de très fortes raisons de le croire .

Se rasseyant , il referma le dossier , le rangeant dans un tiroir .

- Mais cela signifie aussi autre chose . Elle vous a utilisé .

Le mot resta suspendu dans l'ambiance glaciale de la pièce .

Au loin , la mer continuait de frapper la plage . Inlassablement .

23 - Caldwell avait dû , momentanément , quitter l'endroit , me laissant seul avec un garde quelques secondes . J'eus assez de temps , néanmoins , pour me rendre compte que le cadre dans lequel nous nous trouvions ne correspondait pas tout à fait au récit qu’il venait de m'imposer . Tout était trop propre . On aurait dit un décor de théâtre . Il n'y avait pas de traces d’usure , aucun marquage opérationnel , ni aucun de ces détails anodins qui trahissent les lieux réellement utilisés : câbles apparents , micro-rayures déparant le mobilier , stylos ou crayons oubliés , lots d'étiquettes . Même le drapeau américain , dans un angle , semblait beaucoup trop récent Comme un accessoire . Un frisson me parcourut l’échine quand je remarquais autre chose . Les vitres paraissaient artificielles , comme des surfaces de projection !

Je me retournais brusquement . La voix du directeur se fit à nouveau entendre derrière moi .

- Alors ? , me demanda-t-il d'un ton soucieux montrant qu'il avait perçu mon inquiétude . Qu’est-ce qui vous dérange ?

Puis , paraissant capter encore plus mon malaise après avoir fait quelques pas vers moi :

- Je me demandais combien de temps cela vous prendrait !

Le ton avait changé . Moins administratif . Plus ... direct .

- Alors non , reprit-il . Vous nêtes pas dans une base de la CIA . Pas au sens où vous lentendez .

Je sentis mon rythme cardiaque soudain s’accélérer .

- Disons que nous représentons une structure parallèle ... Cest bien plus commode .

- Pour qui ?

- Pour tout le monde .

Cependant , jugeant qu'il avait dû sentir , au bout d'un bref instant , que sa mauvaise foi était vaine , je décidai de l'attaquer frontalement :

Katalin sait-elle où est effectivement le microfilm ?

Cette fois , Caldwell , après un très léger temps de latence , et malgré que je le fixais d'un oeil courroucé , ne me répondit pas immédiatement .

- Alors pourquoi tout ça ?

Il me fit un autre sourire hypocrite , mais différent , plus froid .

- Parce que savoir nest pas suffisant . Disons ... que nous ne sommes pas certains que ce soit un simple microfilm .

Il s’approcha lentement . Puis , presque à voix basse :

- Et nous ne sommes pas certains que Katalin soit capable dy accéder toute seule .

Je sentis alors bouger une pièce de cet incroyable puzzle !

- Moi ? , demandai-je , intrigué .

Caldwell hocha imperceptiblement la tête .

- Vous avez été choisi pour une raison , Maël . Ce nest pas par hasard .

24 - Le vent n’avait pas cessé . Toute la nuit , frappant les parois de la forteresse avec une régularité obstinée , j'avais perçu , à travers les murs épais , la sourde rumeur d'une marée invisible , d'un mélange de houle et de structures métalliques en tension . C'est ainsi que j'avais très peu dormi , mais comme une masse , au milieu d'un cauchemar dont je ne me souvenais plus . La cellule dans laquelle on m’avait placé ne ressemblait ni à une prison , ni à une chambre . Elle occupait un entre-deux dérangeant : trop nue pour être confortable , trop précise pour être improvisée : un lit fixé au sol , une table intégrée dans le mur , avec aucune aspérité , ni aucune vis apparente . Même la lumière semblait sans source identifiable , diffuse et faible , mais constante , sans variation . Pas d’interrupteur . Pas d’ombre nette . Je m'étais levé plusieurs fois . Mais toujours , j'avais ressenti la même impression . Touchant la paroi , froide mais pas totalement minérale , j'avais l'impression , sous mes doigts , d'un matériau souple, presque imperceptible . Comme si le mur absorbait le contact !
Ensuite , balayant la pièce du regard , je constatai qu'aucune caméra , aucun dispositif identifiable , n'étaient visibles . Pourtant , j'étais certain de ne pas être seul . 
Un instant , je fermai à nouveau les yeux , tentant de me souvenir : l’hélicoptère , la côte, la forteresse . Puis , tout ce que Caldwell m'avait suggéré , ou laissé entendre . 
Chaque version des faits semblait s’effriter dès que je m'efforçais de la fixer . Comme si le récit lui-même était instable . Le temps passa sans repère . Aucune fenêtre , aucune horloge . Seulement cette impression diffuse d’un cycle qui ne m'appartenait pas . Puis , sans avertissement , le directeur entra , faisant quelques pas dans la cellule , effleurant même la surface du mur du bout des doigts .

- Vous avez passé une bonne nuit mon cher Les conditions sont particulières , n'est-ce pasVous êtes dans une installation de confinement avancé , précisa-t-il . C’est tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment .

- " Pour le moment " ?

- Les informations sont délivrées par étapes .

Je m'approchai un peu plus de lui .

- Vous m'aviez parlé d’une base de la CIA ?

- Convenons qu'il s'agit plutôt d'un cadre opérationnel compatible avec ce type de structure .

J'observais attentivement son regard , le rythme de sa respiration , de ses gestes . Le ton restait calme et poli .

- Il y a des informations qui une fois comprises ne peuvent plus être ignorées , rajouta-t-il .

- Alors , dites-les clairement !

- Pas encore .

La réponse était nette , sans détour . 

- Vous nêtes pas encore prêt .

Soudain , le vent redoubla au-dehors , faisant vibrer la structure , ou donnant , peut-être , l’illusion qu’elle vibrait . Caldwell se détourna .

- On va bientôt venir vous chercher .

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen X - La Forteresse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

36 Fort Independence ( Castle William ) , bastion en granit ayant servi de défense portuaire à Boston Massachusetts ( USA, situé sur Castle Island .

 

* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

 

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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - IX - La Maison de Katalin .

3 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - La Maison de Katalin

       

         

 

 

 

 

" Dame Folie est impulsive ,

  Elle s'assied à la porte de sa maison ,

  Sur un trône , en haut de la Cité ... "

Proverbes , 9 , 13 .

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

20 - La demeure de Katalin était située dans une rue de Belle Harbor , à l'abri de Jamaica Bay , dans le Queens , à l’écart du tumulte . Auparavant , nous avions réussi à semer nos poursuivants , puis à prendre le ferry à Wall Street , jetée 11 , occasion , sur le pont du navire , d'un bref échange respiratoire au grand air à-propos des avions qui , non loin de là , décollaient de l'aéroport Kennedy . ( 34 )

- Ainsi , vous connaissez ma soeur
Rien ne distinguait sa maison des autres façades anonymes , sinon peut-être cette obscurité persistante aux fenêtres, comme si la lumière elle-même hésitait à y pénétrer .

- Bienvenue chez les István !

À l’intérieur , tout était dépouillé . Bien sûr , j'avais pensé tout de suite au fameux chercheur atomiste , László István ... Un bureau . Une lampe .
Sur une étagère , quelques livres de langue hongroise , aux tranches fatiguées , cotoyaient , sur le mur , une reproduction ancienne de la Basilique Saint-Étienne de Budapest Immédiatement , je l'avais remarquée , la comparant à la petite église que j'avais vue par la fenêtre près d'un terrain de basket .
- Saint-François de Sales , m'annonça-t-elle , pleine de révérence .
- Budapest ... C'est de là que sont venus vos parents ?
Katalin ne me répondit pas . Elle avait déjà allumé la lampe et tendait la main .
- Donnez-moi lobjet .
J'hésitais avant de lui remettre une nouvelle fois mon précieux bien , dont elle parvint à extraire , dans une chambre noire ,  une imperceptible pellicule qu'elle tint dans la paume comme un fragment de hasard , chose insignifiante à première vue . Pourtant , juste au moment où elle l'avait saisie au moyen d'une pincette , l’air sembla se contracter autour de nous .
- Ce que vous avez transporté , me dit-elle avec solennité , ce nest pas qu'un document . Cest une mémoireCe microfilm vient de beaucoup plus loin que vous ne pouvez limaginer . Beaucoup de gens sont prêts à tuer pour le récupérer !
Elle installa un petit lecteur sur la table , ajusta la bande avec une précision presque rituelle , enfin , fit défiler les premières images composées de signes , formules et fragments d’équations barrées , reprises , dissimulées sous des notations liturgiques . Puis apparurent des mots , des noms formant toute une liste . Je me penchais vers elle avec une certaine curiosité .
- Ce sont des scientifiques ?
- Certains , comme mon père , oui . Dautres ... non .
Par la suite , elle fit se dérouler le film encore plus lentement . Chaque nom semblait accompagné d’un symbole , d’un verset tronqué , d’une référence obscure . Mais rien n’était vraiment explicite , et pourtant tout donnait l’impression d’un ordre caché .
- Notre père appelait cela une " cartographie de la conscience " , murmura Katalin . Il pensait que certaines structures de la matière pouvaient conserver plus que de lénergie ... quelles pouvaient retenir une trace .
- Une trace de quoi ?
Elle tourna légèrement la tête vers moi .
- De notre passé lointain , sans doute .
Un silence assez dense s’installa lorsqu'apparut une nouvelle série de documents sur l’écran , des schémas de cristaux , traversés de lignes comme des réseaux nerveux . Puis , des annotations en latin , mêlées à des équations .
- Dans son laboratoire d'Arverne-by-the-Sea , la petite ville voisine , il travaillait , reprit-elle , à la frontière entre science et ce que dautres appelleraient ... lâme . Le pouvoir ne venait pas du cristal lui-même , mais de ce quil pouvait enregistrer . Comprendre cela , cétait comprendre comment influencer , conserverpeut-être même reproduire une présence humanoïde inexplicable à travers des schémas cristallins provenant d'une civilisation jusqu'ici inconnue , certains d'entre eux ne se contentant pas de stocker seulement linformation , mais réagissant à l’identité d'êtres qui , nous observant depuis l'aube de l'humanitéles activaient sous une forme d'onde télépathique ! ( 35 )
Je reculais , presque abasourdi par ce que je venais d'entendre !
- Cest impossible ! , m'écriais-je .
- Cest pour cela quils ont voulu le faire taire . Un jouril est retourné là-bas , faisant confiance à un ancien collègue . Mais il n'est jamais revenu ! Notre mère en est morte , et c'est le père Molnár , le curé de la paroisse , notre oncle , qui s'est occupé de nous ... Quant à Christie , je sais qu'elle avait essayé , par un ami cubain , de passer le rideau de fer sous une fausse identité ...
Elle désigna encore l’écran.
- Ce nest pas qu'une simple liste . Cest une hiérarchie . Chaque nom correspond à quelquun qui a approché la découverte . Certains lont protégée . Dautres , bien entendu , ont tenté de sen servir pour la revendre .
Un nom venait d’apparaître , souligné , différent des autres . Je sentis immédiatement que quelque chose basculait . Katalin , elle , ne bougeait plus.
- Vous le reconnaissez ? , demanda-t-elle .
Je m’approchais , constatant qu'il était accompagné d’une annotation manuscrite , plus récente que le reste . Un mot revenait : " Compagnon " .
Mon cœur s'accéléra .
- Cest ...
Je n’achevais pas . Le visage de Christie me revint avec une netteté brutale , de même que ses silences quand elle venait de parler de cet homme à demi-mot , jamais vraiment nommé , toujours relégué dans une zone floue .
- Dorigine cubaine , fit sa soeur doucement . Nest-ce pas ?
Je la fixais , l'oeil interrogatif , avec cette sensation d’avoir été déplacé comme une pièce sur un échiquier dont j'ignorais les règles , tandis que les indices qu’on m' avait laissés , ce carnet , ce dessin , cette adresse incomplète , n’étaient pas vraiment destinés à me guider , car ils étaient pour quelqu’un d’autre , quelqu’un que je remplaçais sans le savoir .
- Vous étiez au courant ?
- J'étais informé de son existence . Je croyais , d'ailleurs , que c'était lui que j'allais trouver au parc !

 

21 - Un bruit lointain , dans la rue , le vrombissement d'un hélicoptère , ensuite , comme un moteur qui ralentit . Katalin éteignit brusquement le lecteur . L’obscurité reprit possession de la pièce .

- Ils approchent ! , dit-elle simplement .
Je serrais les poings de rage .
- Alors , qu'est-ce qu'on fait
Le regard plus dur et déterminé que jamais , elle se rapprocha de moi .
- Maintenant , nous allons découvrir pourquoi votre présence ici nétait pas un hasard , pourquoi vous avez été choisi !
Elle se saisit de la pellicule , sur la table , afin d'aller vite la cacher . Dehors , claqua une portière . Puis le silence , un court silence chargé , presque vivant , comme si quelque chose , au-delà d’eux , les attendait .
Mais ils n'eurentt pas le temps de réagir lorsque deux malabars masqués , vêtus de combinaisons vert kaki , les interceptèrent vigoureusement pour les conduire " manu militari  " à l'intérieur de l'appareil qui , juste après , redécolla dans un bruit d'enfer !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël TremenIX - La Maison de Katalin - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

34 Belle Harbor est un petit quartier résidentiel de New-York situé dans l'arrondissement du Queens au sud-ouest de Long Island , et dans la partie centrale de la péninsule de Rockaway qui sépare la baie de Jamaica de l'océan Atlantique .

35 - Arverne-sur-Mer est un quartier de New-York situé dans l'arrondissement du Queens , au sud-ouest de Long Island , situé sur la péninsule de Rockaway .

 
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Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël Tremen - VIII - Hôtel Wellington .

1 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Histoire de Maël Tremen )

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Hôtel Wellington

       

         

 

 

 

 

" ... Tant de gens passent , chacun absorbé par ses propres problèmes , tant de visages qu'il est facile d'en manquer un ... "

Dialogue de " Lettre d'une Inconnue " ( Letter From an Unknown Woman ) *

 

 

 

 

 

    

 

 

 

18 - Je m’appelle Maël Tremen . J'étais venu à New York pour une raison simple , ou que je croyais telle : revoir Christie . C’était une idée fragile , je sais , presque absurde , mais elle s’était imposée à moi peu à peu , avec la même évidence que son rire autrefois , ce phénomène qui , parce qu'elle avait beaucoup d' humour , un caractère si vif et précis , vous prenait de court , ne surgissant jamais par hasard , car elle riait franchement , parfois jusqu’aux larmes , toujours plein d'entrain ! Pourtant , ce n'est pas elle qu'ici , j'avais trouvée , mais une certaine Katalin , fille à son image , d'une certaine manière , sans être elle , mais d'une ressemblance troublante , faite de mêmes gestes et silences , qui avait une tendance identique à retenir ses mots au bord des lèvres .

D'ailleurs , depuis mon arrivée à New-York , tout me semblait légèrement décalé , comme si j'étais entré dans une ville qui , elle aussi , sans en être tout à fait sûr , ne devait être qu'un mirage d'une autre réalité .

La voix , au téléphone , du même timbre que la sienne , avec cette façon de laisser entendre , de suggérer , de suspendre ses phrases juste avant l’essentiel , n’avait rien dit clairement .

Mais moi , j'avais foncé comme un fou au rendez-vous de Central Park , revoyant encore , à Paris , le visage de ma chère prof d'anglais venue , au temps des adieux , m'offrir ce petit carnet que je garderais comme un souvenir de notre rencontre , et , peut-être , avait-elle ajouté , la larme à l'oeil , une occasion de nous revoir un jour .

M'étais-je trompé ? Maintenant , deux hommes marchaient à distance régulière , ni pressés , ni réellement discrets , leurs silhouettes se détachant , menaçantes , des troncs d'arbres , l’un portant un manteau sombre , trop rigide , l’autre ayant cette manière très professionnelle de scruter sans bouger le visage .

Terrifié , j'accélérai .

- Vous devriez éviter de galoper , me lança discrètement ma voisine .

Alors , tandis qu'avec une fermeté inattendue , sa main se refermait sur mon bras , je sentis mon estomac se nouer . Nous quittâmes Central Park rapidement , sans courir d’abord , puis de plus en plus vite , comme si la ville elle-même se refermait derrière nous . Les rues se succédaient sans logique apparente . Katalin avançait sans hésiter , bifurquant brusquement , changeant de trottoir , puis ralentissant parfois sans raison visible . Je n’avais plus le temps de l'interroger .

19 - Le Wellington Hotel se dressait comme un point fixe dans un déplacement continu de la fièvre new-yorkaise . J’y étais descendu presque par hasard , sans savoir que ce lieu deviendrait , lui aussi , incertain . Nous y étions entrés sans échanger un seul mot . Le hall était calme , apparemment vide . Le réceptionniste leva à peine les yeux. . Dans l’ascenseur , elle observa , dans le miroir , le reflet des chiffres des étages .

- Vous étiez censé la retrouver ici ? , m'interrogea-t-elle .

- Oui .

- Et vous pensez quelle vous aurait attendu ?

- Christie ne fait jamais rien sans raison , vous la connaissez peut-être ? , lui demandais-je à mon tour .

Elle détourna légèrement le regard .

La porte de ma chambre , au 7è , était fermée. À première vue , rien d’anormal . Ce fut elle qui , cependant , posant la main sur la poignée , puis  figée un instant , comme à l’écoute , remarqua un léger détail .

- Elle a été ouverte ! , me dit-elle en m'indiquant un décalage presque imperceptible dans l’alignement de la serrure .

Un silence étrange emplissait la pièce , comme si quelqu’un venait de la quitter . Je vis qu'une valise avait été légèrement déplacée , qu'une chemise était pliée autrement .

Katelin se dirigea rapidement vers la fenêtre , écartant légèrement le rideau .

- On ne reste pas ici ! , ordonna-t-elle .

- Où alors ? , lui demandais-je .

Elle hésita une seconde très brève .

- Chez moi !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Deuxième Partie - L'Histoire de Maël TremenVIII - Hôtel Wellington - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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* " Letter From an Unknown Woman  " ( Lettre d'une Inconnue ) , film de Max Ophüls ( 1948 ) , avec Joan Fontaine , Louis Jourdan

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