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Le Piège
Epilogue
XIV - L'Abîme
" Et lorsque tu regardes longtemps dans un abîme ,
l’abîme regarde aussi en toi "Friedrich Nietzsche - " Par Delà le Bien et le Mal / Prélude d'une Philosophie de L'Avenir "
( Jenseits von Gut und Böse - Vorspiel einer Philosophie der Zukunft , 1886 )
35 - Le monde ne sut jamais réellement ce qui s’était produit à Belle Harbor . Pendant plusieurs semaines , les médias diffusèrent en continu les mêmes images confuses d'hélicoptères militaires tournoyant au-dessus des plages de Rockaway , de barrages de police , d'ambulances qui déboulaient avec leurs sirènes stridentes dans les rues de la petite ville sous escorte de silhouettes en combinaison NBC disparaissant dans des nuages de fumée blanche ! ( 37 )
Les autorités parlèrent d’abord d’un accident industriel , puis d’une fuite chimique liée à une ancienne installation militaire . Enfin , certains experts commencèrent à évoquer un virus expérimental ou une mutation provoquée par une pollution inconnue . Sur les réseaux , les rumeurs de complot proliféraient , des témoins parlant d’hommes devenus anormalement puissants , tandis que d’autres prétendaient avoir vu des soldats désintégrés par une lumière bleutée . Quelques vidéos montrant des silhouettes aux mouvements inhumains furent même rapidement supprimées .
Très vite , pourtant , l’affaire disparut sous le flot des nouvelles mondiales . Belle Harbor devint un simple dossier classifié . Un évènement sans explication officielle .
Le Piège
" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... "
Annemarie Schwarzenbach - " Tod in Persien "
( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )
Première Partie
( Le Document Mystérieux )
VIII - Hôtel Wellington
" ... Tant de gens passent , chacun absorbé par ses propres problèmes , tant de visages qu'il est facile d'en manquer un ... "
Dialogue de " Lettre d'une Inconnue " ( Letter From an Unknown Woman ) *
18 - Je m’appelle Maël Tremen . J'étais venu à New York pour une raison simple , ou que je croyais telle : revoir Christie . C’était une idée fragile , je sais , presque absurde , mais elle s’était imposée à moi peu à peu , avec la même évidence que son rire autrefois , ce phénomène qui , parce qu'elle avait beaucoup d' humour , un caractère si vif et précis , vous prenait de court , ne surgissant jamais par hasard , car elle riait franchement , parfois jusqu’aux larmes , toujours plein d'entrain ! Pourtant , ce n'est pas elle qu'ici , j'avais trouvée , mais une certaine Katalin , fille à son image , d'une certaine manière , sans être elle , mais d'une ressemblance troublante , faite de mêmes gestes et silences , qui avait une tendance identique à retenir ses mots au bord des lèvres .
D'ailleurs , depuis mon arrivée à New-York , tout me semblait légèrement décalé , comme si j'étais entré dans une ville qui , elle aussi , sans en être tout à fait sûr , ne devait être qu'un mirage d'une autre réalité .
La voix , au téléphone , du même timbre que la sienne , avec cette façon de laisser entendre , de suggérer , de suspendre ses phrases juste avant l’essentiel , n’avait rien dit clairement .
Mais moi , j'avais foncé comme un fou au rendez-vous de Central Park , revoyant encore , à Paris , le visage de ma chère prof d'anglais venue , au temps des adieux , m'offrir ce petit carnet que je garderais comme un souvenir de notre rencontre , et , peut-être , avait-elle ajouté , la larme à l'oeil , une occasion de nous revoir un jour .
M'étais-je trompé ? Maintenant , deux hommes marchaient à distance régulière , ni pressés , ni réellement discrets , leurs silhouettes se détachant , menaçantes , des troncs d'arbres , l’un portant un manteau sombre , trop rigide , l’autre ayant cette manière très professionnelle de scruter sans bouger le visage .
Terrifié , j'accélérai .
- Vous devriez éviter de galoper , me lança discrètement ma voisine .
Alors , tandis qu'avec une fermeté inattendue , sa main se refermait sur mon bras , je sentis mon estomac se nouer . Nous quittâmes Central Park rapidement , sans courir d’abord , puis de plus en plus vite , comme si la ville elle-même se refermait derrière nous . Les rues se succédaient sans logique apparente . Katalin avançait sans hésiter , bifurquant brusquement , changeant de trottoir , puis ralentissant parfois sans raison visible . Je n’avais plus le temps de l'interroger .
19 - Le Wellington Hotel se dressait comme un point fixe dans un déplacement continu de la fièvre new-yorkaise . J’y étais descendu presque par hasard , sans savoir que ce lieu deviendrait , lui aussi , incertain . Nous y étions entrés sans échanger un seul mot . Le hall était calme , apparemment vide . Le réceptionniste leva à peine les yeux. . Dans l’ascenseur , elle observa , dans le miroir , le reflet des chiffres des étages .
- Vous étiez censé la retrouver ici ? , m'interrogea-t-elle .
- Oui .
- Et vous pensez qu’elle vous aurait attendu ?
- Christie ne fait jamais rien sans raison , vous la connaissez peut-être ? , lui demandais-je à mon tour .
Elle détourna légèrement le regard .
La porte de ma chambre , au 7è , était fermée. À première vue , rien d’anormal . Ce fut elle qui , cependant , posant la main sur la poignée , puis figée un instant , comme à l’écoute , remarqua un léger détail .
- Elle a été ouverte ! , me dit-elle en m'indiquant un décalage presque imperceptible dans l’alignement de la serrure .
Un silence étrange emplissait la pièce , comme si quelqu’un venait de la quitter . Je vis qu'une valise avait été légèrement déplacée , qu'une chemise était pliée autrement .
Katelin se dirigea rapidement vers la fenêtre , écartant légèrement le rideau .
- On ne reste pas ici ! , ordonna-t-elle .
- Où alors ? , lui demandais-je .
Elle hésita une seconde très brève .
- Chez moi !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VIII - Hôtel Wellington - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .
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* " Letter From an Unknown Woman " ( Lettre d'une Inconnue ) , film de Max Ophüls ( 1948 ) , avec Joan Fontaine , Louis Jourdan .
Le Piège
" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... "
Annemarie Schwarzenbach - " Tod in Persien "
( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )
Première Partie
( Le Document Mystérieux )
VI - L'Une ou L'Autre
( New-York , Automne 1978 / Décembre 1980 )
" John Ferris s'éveilla dans la chambre d'un hôtel de New-York .
Il avait le sentiment qu 'une chose déplaisante l 'attendait - Quoi ?
Il n 'en savait rien ... "
Carson Mc Cullers - " The Sojourner " ( Celui Qui Passe ) *
11 - Je n'avais jamais eu l'occasion , jusqu'à maintenant , de découvrir " pour de vrai " New-York et ses orgueilleux gratte-ciel . Sinon , comment expliquer en moi ce sentiment de toucher à mon tour , pour la première fois , la " Terre Promise " ? Quelqu'un d' " Experiment " était venu m'accueillir à l'aéroport Kennedy , un jeune blanc-bec aux allures de clergyman bon chic , bon genre - pantalon de velours côtelé , chemise écossaise à carreaux - membre , comme moi , de cette association d'échanges culturels chargée de placer des étudiants friqués d'Europe dans des familles américaines rigoureusement choisies . ( 25 )
" Bienvenue ! Welcome ! " , claironna-t-il d'un surprenant accent russe , avec un air ironique sous sa belle barbe blonde .
S'envoler dans les nuages , puis partir au-dessus de la mer majestueuse , n'était-ce pas quelque chose de magique où , d'un coup d'oeil , on pouvait saisir toute la beauté d'un paysage par le hublot de l'appareil , mais je me demandais pourtant , moi , l'insignifiant passager, si ce point perdu au loin , frêle esquif à la surface des eaux de la surface océane , avec sa coque infime semblant scotchée , immobile , contre l'immensité du ciel bleu , avait quelque chose à voir avec l'autre réalité , celle de l'avion dans lequel je me trouvais , comme une image inversée de ma petite aventure de " spectre monstrueux d'un univers détruit " , celui dont parle ce poète quand il décrit le triste refuge de l'homme déchu , île minuscule ou , peut-être , grain de sable au milieu de nulle-part d'où , " jeté comme une épave à l'océan du vide " , il ne peut encore imaginer , misérable créature y rampant , la traînée d'azur spirituel qui emportera son double là-haut , dans les nues , mystérieux point de suspension vers l'au-delà ? ( 26 )
Nul ne s'élance ainsi impunément vers le " Nouveau Monde " ! , me mis-je à réfléchir , et personne , sans conséquences , ne peut traverser cette " pièce d'étoffe grise aux mille plis légers " qu'ondule sans cesse , depuis les profondeurs de l'abîme , la prairie des vagues changeantes venant toujours , comme des âmes , tutoyer de leur jaillissement d'écume éphémère , le silence de l'éternité ! ( 27 )
Alors , " voir le monde dans un grain de sable , tenir l'infini dans le creux de la main ... " , méditais-je d'un air plutôt mélancolique , avant , bientôt , d'abandonner mon coursier des airs pour une espèce de paquebot-corvette , vieille Chevrolet se mettant à traverser triomphalement le gigantesque cimetière touchant la métropole new-yorkaise de ses milliers de tombeaux , barques immobiles brûlant , des ultimes feux du couchant , les hautes falaises des murailles d'immeubles déjà tout cramoisis sous la lune blanche ... L'inconnu me laissa au " Wellington " , près de Central Park .
( 28 )
Epuisé par le décalage horaire , je n'eus alors pas la force de ressortir , me contentant d'observer par la fenêtre à demi ouverte les ombres furtives du crépuscule .
Puis , m'écroulant sur le lit comme une masse , je m'agitais d'heure en heure , telle une marionnette ensorcelée par les bruits sauvages des diables de la nuit !
12 - " L'avez-vous vue ? " , aurais-je voulu , ensuite , leur demander , à tous ces passants de la 5ème avenue , deux ans plus tard , les yeux remplis d'espoir , mais brillants de fatigue à cause du " jetlag " , tout en arpentant les artères venteuses de la " Grosse Pomme " avec une détermination difficilement renouvelée , ayant renoncé à interroger les gens , comme à leur présenter une éventuelle vieille photo que , sans trop y croire , j'aurais tirée de ma poche en secouant la tête , semblant vaguement me souvenir de son visage , mais personne , me persuadais-je , ne saurait vraiment me dire où elle pouvait bien être ce jour-là .
Il y avait , en effet , deux automnes que , m'étant trouvé tellement désarmé après le départ soudain de " mon " autre américaine venue , aurait-on cru , pendant une semaine de ski , mettre le feu à mon coeur avant de l'abandonner avec tant de froideur le 4 juillet , jour de l'indépendance américaine , j'avais répondu à une petite annonce dans un journal anglophone de la capitale , pour un cours d'anglais . ( 29 )
Je me sentais très seul à l'époque , à Paris . La jeune " prof " m'avait parlé avec tant de gentillesse de son pays d'origine , la Hongrie , puis de sa ville natale au bord de l'Hudson River ! C'était si étrange lorsqu'elle m'avait décrit ses cours de mime et de danse à l'école parisienne , que j'étais tombé sous le charme de son sourire d'étudiante , un peu comme si elle m'avait tendu les bras ! Mais un jour , elle aussi , comme l'autre , avait disparu , s'étant brutalement envolée vers d'autres cieux , le temps , de raviver ma souffrance ... ( 30 )
- Alors , ça t'étonne de me voir ici , n'est-ce pas ? , me serais-je apprêté à lui dire plus tard , sans lui avouer que je me préoccupais plus de l'autre , Virginia , et qu'elle n'était qu'un leurre , en fait , en mes pensées , tournées en ce jour de quête vers l'amie de Villeneuve que j'aurais tellement désiré retrouver , mais perdue de vue depuis si longtemps , lui cachant l'autre nouvelle de ce 8 décembre , plongeant toute la ville dans un mélange de choc et de tristesse pour quelqu'un qui emportait avec lui une partie de la jeunesse et de la mélodie de l'époque ! Puis , sortant du choeur de la cathédrale Saint-Patrick où j'avais , à genoux devant une statue de Marie ornée d'un bouquet de roses rouges , longuement médité , je m'étais ensuite dirigé d'un pas rapide et souple vers l'Hudson en ce jour de froidure , et précisément là , je m'étais mis à longtemps réfléchir , contemplant le sombre miroir d'eaux tumultueuses du fleuve , image de l'amour et de mon propre Destin ! ( 31 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VI - L'Une ou L'Autre ( New-York , Automne 1978 / Décembre 1980 ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .
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Notes :
25 - " The Experiment in International Living " est une association proposant des séjours chez l'habitant .
26 - "Poèmes Barbares " - "Clair de Lune " , I ( 1862 ) , par Leconte de Lisle ( 1818 - 1894 ) .
27 - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 ) , par Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
28 - Auguries of Innocence : " To see the world in a grain of sand , hold infinity in the palm of your hand ... " , vers fameux de William Blake ( 1757 - 1827 ) , poète et peintre anglais , dans "The Pickering Manuscript " ( 1803 ) .
- Balade Au Pays des Ombres ( Cycle de L'Etoile IV ) 3 , " Histoire d'une Mystérieuse Inconnue " ( Journal de Yann Kervern , III ) - 3 - La Chambre du " Wellington " - copyright 2018 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
29 - The Big Apple ( en français : La Grosse Pomme ) , l'un des surnoms de la ville de New-York .
30 - Le Jongleur à L'Etoile ( 1 ) - Mein Diwar Va Hent - 9 - Christie - Décembre 1983 / Septembre 2008 / Avril 2020 ( Version Française ) - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - juin 2020 .
31 - Auberive ( Cycle de L'Etoile III ) , 5 - Villeneuve - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
Le Piège
" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... "
Annemarie Schwarzenbach - " Tod in Persien "
( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )
- PREFACE / DEDICACE -
Pour Gwenvael Andon
Balade Printanière
V - L'Homme à la Valise
" Pour un séjour aussi bref , voilà une bien grande
valise ... "
Julien Green ( 1900 -1998 ) - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 )
9 - Qui donc avait naguère évoqué ici la douceur de vivre ? ( 20 )
C'était plutôt le souvenir de violents orages que j'avais gardé , d'une mer écumante sous les imprécations du Mistral sauvage venu de l'ouest , avec ses senteurs capiteuses de tamaris et de cyprès , balayant avec force la poussière des rues comme les illusions clinquantes des nouveaux riches de la Côte . L'odeur âcre de la pluie , ensuite , qui tombe en déluge , ravinant la terre , et creusant ses rigoles toutes rouges jaillissant sur le bitume fondu .
Et puis la lumière crue , éblouissante , chauffant à nouveau le paysage , qui vous écrase de toute la puissance d'un soleil impérial !
Je me sentais " quelqu'un comme çà " , étouffant comme Le Clézio dans ma petite chambre anonyme d'une ville étrangère , y trouvant refuge aussi , malgré tout , dans la lecture toujours recommencée du livre de ma souffrance intérieure , mes fenêtres parfois grand ouvertes sur le large et sur une végétation quasi-luxuriante aux manifestations brutales , presqu'imprévisibles ! ( 21 )
Mais aussi , que d'après-midi solitaires , pendant les interminables vacances d'été , caché derrière la bienveillante pénombre tamisée des persiennes closes , tandis qu'une chaleur de plomb semblait défier toute vie à la surface et qu'allongé sur un tapis de poussière , je me mettais à lire les aventures de Wilfred Ingram , qui ressemblaient un peu aux miennes parce qu'il croyait qu'elles lui parlaient du profond silence bourdonnant à ses oreilles contre le mur de sa propre solitude !
" Mais on ne commande pas plus à ses émotions qu'on ne commande à l'amour ! , disait l'auteur .
Sans doute étais-je bouleversé , comme le héros , par la présence diffuse en moi de ces sentiments bizarres profondément dissimulés qui pourraient bien ressurgir à l'improviste un jour , comme une tempête plus imprévisible que toutes les forces de la nature qui m'entourait !
" Jamais les hommes n'agissent d'une façon tout à fait étrange que lorsqu'ils sont seuls ... " Mais le sont-ils vraiment ? Peut-on comprendre ce qui les enferme et déchiffrer des signes qu'ils ne sauront jamais vraiment reconnaître ? ( 22 )
10 - Ma valise à moi , je la porterais bien plus tard , mais elle contenait déjà , en germe , ces ingrédients particuliers , comme consignés dans l'oeuvre de Green , du " Grand Livre " de sa propre destinée , bien différente , certes , de celle de son vendeur de chemises , mais , curieusement , que faudrait-il comprendre de ce qu'on nomme improprement " réincarnation " , sinon cet ensemble en gestation , dessein d'une recette individuelle conçue par le Créateur à partir de mille détails , comme Sa signature , à travers le ciel , en forme d'une météore figurant le parcours particulier d'une âme soudain jetée dans l'existence ?
Je n'étais pas ce fauve avide de chair fraîche , et mes amours de lion sauvage demeuraient plutôt platoniques tant j'avais du mal à les exprimer dans ce monde où je ne me sentais pas à ma place et que je fuyais dans un dialogue familier avec ceux d'en haut , dans la littérature ou la musique .
Avais-je conscience , en lisant ce livre , pourtant , que tout se trouvait là , sous mes yeux , dans la fumée du train passant en bas de la résidence et qui , un jour futur , proche du crépuscule, allait transporter celle qui viendrait vers moi sans jamais me rencontrer ? Dans le bruit diffus des avions de l'aéroport qui allaient me conduire aussi vers New-York et vers les pays des coeurs solitaires du sud , si chers à Carson Mc Cullers et William Styron ? ( 23 )
Quant à Phoebé Knight , ne ressemblait-elle pas un peu à la jeune fille de Saint-Louis croisée dans une station de sport d'hiver des Alpes quelques années plus tard ? ( 24 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Le Piège - Préface / Dédicace - Balade Printanière - V - L'Homme à la Valise - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .
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Notes :
20 - " La Douceur De La Vie " , 1939 - Douster Ar Vuhez - A Gentle Way Of Life , Tome XVIII des " Hommes de Bonne Volonté " , suite romanesque publiée enre 1932 et 1946 par Jules Romains ( 1895 - 1972 ) écrivain , philosophe et dramaturge français .
21 - " Quelqu'un Comme Ca " ( Unan Bennak Evel-Se ) , Recueil de poésies " La Rose et le Dragon " , II , Copyright 2021 Dan Ar Wern / Omniscriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved .
22 - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) , roman de Julien Green ( 1900 - 1998 ) , de l'Académie Française .
23 - " The Heart Is a Lonely Hunter " ( 1940 ) roman de Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) publié en français sous le titre " Le Coeur est un Chasseur Solitaire " .
- William Styron ( 1925 - 2006 ) , auteur de " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , 1951 ) et du " Choix de Sophie " ( Sophie's Choice , 1979 ) .
24 - Personnage de " Chaque Homme dans sa Nuit " - Voir note 1