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Le Piège - Epilogue - XIV - L'Abîme .

14 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Chapelle Saint-Michel de Brasparts ( 𝑀𝑎𝑡ℎ𝑖𝑒𝑢 𝑅𝑖𝑣𝑟𝑖𝑛 , photo )

Chapelle Saint-Michel de Brasparts ( 𝑀𝑎𝑡ℎ𝑖𝑒𝑢 𝑅𝑖𝑣𝑟𝑖𝑛 , photo )

 

Le Piège
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIV - L'Abîme 

 

 

 

 

 

" Et lorsque tu regardes longtemps dans un abîme ,
  labîme regarde aussi en toi "
 

Friedrich Nietzsche - " Par Delà le Bien et le Mal / Prélude d'une Philosophie de L'Avenir "

( Jenseits von Gut und Böse - Vorspiel einer Philosophie der Zukunft , 1886

 

 

 

35 - Le monde ne sut jamais réellement ce qui s’était produit à Belle HarborPendant plusieurs semaines , les médias diffusèrent en continu les mêmes images confuses d'hélicoptères militaires tournoyant au-dessus des plages de Rockaway , de barrages de police , d'ambulances qui déboulaient avec leurs sirènes stridentes dans les rues de la petite ville sous escorte de silhouettes en combinaison NBC disparaissant dans des nuages de fumée blanche ! ( 37

Les autorités parlèrent d’abord d’un accident industriel , puis d’une fuite chimique liée à une ancienne installation militaire . Enfin , certains experts commencèrent à évoquer un virus expérimental ou une mutation provoquée par une pollution inconnue . Sur les réseaux , les rumeurs de complot proliféraient , des témoins parlant d’hommes devenus anormalement puissants , tandis que d’autres prétendaient avoir vu des soldats désintégrés par une lumière bleutée . Quelques vidéos montrant des silhouettes aux mouvements inhumains furent même rapidement supprimées .

Très vite , pourtant , l’affaire disparut sous le flot des nouvelles mondiales . Belle Harbor devint un simple dossier classifié . Un évènement sans explication officielle .

  •  

Dans les niveaux souterrains du Pentagone , cependant , le programme continuait . Les survivants contaminés lors de l’ouverture du " Miroir " avaient été transférés vers plusieurs laboratoires secrets . Certains mutants moururent rapidement , se révélant incapables de supporter les transformations biologiques provoquées par le contact avec les entités . Mais d’autres survécurent . Et ce furent précisément ceux-là qui inquiétèrent le plus les scientifiques . Leur métabolisme semblait évoluer à une vitesse impossible . Force accrue , résistance exceptionnelle , réflexes décuplés : certains des sujets développaient des capacités dépassant celles d’un être humain normal !

Toutefois , les effets secondaires , qui étaient effrayants , paraissaient insurmontables : crises paranoïaques , violences incontrôlables , progressives altérations de la personnalité . 

Chez quelques uns de ces spécimens , même , les pupilles , comme celles d’Aresh-Kaël , devenaient parfois de fines fentes verticales .

Le docteur Steinberg observait les derniers résultats dans le silence glacé dans son laboratoire souterrain . Scientifique brillant , responsable du programme depuis ses origines , le chercheur ne ressemblait plus à l’homme rationnel qu’il avait été autrefois . Depuis les évènements de Belle Harbor , ses mains tremblaient légèrement lorsqu’il relisait certains rapports . Car une vérité commençait à apparaître derrière les données biologiques . Les mutations n’étaient peut-être pas une simple contamination , mais une adaptation forcée , débouchant , peut-être , sur une colonisation lente .

- Peut-on encore les contrôler ? , lui demanda , ironique , une voix derrière lui .

Paul Steinberg se retourna lentement .

Quelqu'un venait d’entrer dans la salle . Officiellement , le directeur de l'Agence avait survécu à l’incident de " Jamaica Bay " sans séquelles véritables . D'ailleurs , les rapports médicaux officiels , transmis au gouvernement , semblaient plutôt rassurants . Mais Steinberg , lui , connaissait la vérité . Il avait vu les analyses confidentielles montrant qu'au moment de l’affrontement dans la crypte , le leader " Alien " avait trouvé refuge , avant la destruction du passage , dans l’organisme de Caldwell . Et depuis , de manière presque invisible , ou très discrètement , quelque chose avait changé en lui . Le fond de son regard , parfois , semblait se figer sur une note blanche durant plusieurs secondes , plusieurs agents , dans leur rapport , signalant , à cette occasion , chez lui des accès soudains d’agressivité froide suivis d’un calme inquiétant , pendant que sa température corporelle variait anormalement . Le plus troublant restait , en effet , ses yeux , dont la pupille , sous certaines lumières , paraissait se contracter en une mince fente noire . Comme si une autre présence observait le monde à travers lui .

- Oui ! , répondit finalement Steinberg avec prudence . Bien sûr , nous pouvons encore les contrôler .

Le directeur se força d'un sourire vide , inhumain .

- Tant mieux ! Donc , poursuivons le programme !

Lorsqu’il quitta la pièce , le professeur sentit un frisson lui parcourir l’échine . Car il venait de comprendre une chose essentielle : le véritable infiltré n’était plus en laboratoire . Il était déjà au sommet !

  •  

L’Est avait cru affaiblir son ennemi en provoquant indirectement l’ouverture du passage . Mais il avait comprit son erreur trop tard , l’Amérique au contraire , qui n’avait pas détruit la menace , désormais , cherchait à l’utiliser . Dans plusieurs installations secrètes , les travaux continuaient sous un nouveau nom de code : ARESOfficiellement , ce programme n’existait pas . Mais officieusement , certains responsables parlaient à mots couverts de soldats biologiquement augmentés , capables de survivre dans des conditions extrêmes ou de développer des aptitudes inédites . 

Maintenant , Steinberg avait acquis la conviction que , désormais , personne ne maîtrisait réellement ce qu’ils avaient ramené de l’autre côté .

  •  

À Cuba , sous la chaleur lourde de Santiago , Laszlo Istvan observait l’océan depuis une terrasse blanchie par le soleil . Après l’échec du programme , les autorités de Washington avaient discrètement négocié sa libération . Trop précieux pour être éliminé , trop dangereux pour rester à Budapest , le prix " Nobel " avait obtenu le droit de disparaître avec sa fille . Le vieux savant semblait épuisé . Pourtant , certains soirs d'automne , son regard retrouvait cette intensité étrange des hommes qui ont aperçu quelque chose dépassant l’entendement humain . Christie vivait désormais près de lui avec PedroIls tentaient tous trois de reconstruire une existence normale . Mais le passé ne disparaissait jamais complètement . Parfois , Christie s’interrompait brusquement au milieu d’une phrase , comme si elle percevait un son très lointain .
D'autres fois encore , son père croyait distinguer dans ses rêves l’immense architecture noire aperçue derrière le " Miroir " . 
Alors , dans ces ténèbres de cauchemar , il comprenait que le passage n’avait peut-être jamais été totalement refermé !

  •  

Maël , quant à lui , vivait isolé sur une île de la côte du Maine . Le gouvernement lui avait imposé le silence absolu : nouvelle identité , surveillance discrète , résidence éloignée : tout avait été organisé afin qu’il disparaisse des mémoires . Certaines nuits pourtant , le jeune homme se réveillait encore avec la sensation oppressante d’être observé . Comme si quelque chose , très loin , continuait à le chercher dans les profondeurs du ciel . Un matin d'octobre , il reçut une carte postale envoyée depuis Cuba .

Au recto : une plage éclatante de lumière ! 

Au verso :

Maël
 Nous essayons de recommencer une vie normale ici .
 
Pedro travaille au port.
 Mon père paraît plus apaisé qu’autrefois .
 Nous parlons rarement du passé .
 Mais certains jours , j’entends encore les voix derrière le passage .
 Peut-être ne nous quitteront-elles jamais "

 Christie et Pedro .

Maël relut lentement les dernières lignes . Puis , il remarqua un détail presque invisible . Sous la signature figurait un étrange symbole noir , un cercle traversé de trois lignes obliques . Le même signe que celui aperçu dans la crypte . Le signe d’Aresh-Kaël !

Venu de l’Atlantique , le vent du large fit frémir la carte entre ses doigts . Mais , quelque part , bien au-delà des immensités obscures du ciel , quelque chose semblait encore l'attendre !

 
36 - Quelques mois plus tard , Maël Tremen quitta définitivement les États-Unis . Comme Il avait refusé les propositions d'argent de même que la surveillance discrète que le gouvernement prétendait destinée à sa protection , celui-ci lui accorda , en fin de compte , la liberté de partir . Il voulait juste rentrer , retrouver sa Bretagne , expliqua-t-il , avec le vent des grèves , la pluie grise sur les monts , le silence ancien des pierres de sa jeunesse . Le voyage lui parut irréel . Comme si tout ce qu'il avait vécu appartenait déjà à une autre existence . Il lui arrivait pourtant , parfois , par une nuit de pleine Lune , de revoir encore le halo bleuté du " Miroir " , les silhouettes immenses des entités d'Orion , surtout le regard blanc du " Leader " fixé sur lui avec cette étrange pitié glaciale qu’une intelligence supérieure pourrait éprouver envers une espèce condamnée par ses propres instincts . Car il avait fini par comprendre une chose . Les créatures n’étaient peut-être pas venues pour conquérir l’humanité . Elles avaient simplement découvert une civilisation déjà prête à s’autodétruire .

Un soir de novembre , sous une pluie fine poussée par le vent d’ouest , il gravit le petit chemin menant à une antique chapelle perdue dans les Monts d’Arrée La vieille bâtisse de pierre semblait presque abandonnée au milieu des ajoncs et des landes sombres . À l’intérieur , seules quelques bougies vacillaient devant une Vierge noircie par le temps . Le pélerin s’assit lentement sur un banc . Le silence était profond , si différent , néanmoins , de celui des laboratoires , des bases militaires ou des salles de crise où des hommes d'expérience avaient joué avec des forces qu’ils ne comprenaient pas . Ici , il n’y avait ni puissance , ni stratégie , ni domination . Seulement cette obscurité paisible où l’homme peut se retrouver seul face à lui-même . Il se mit à réfléchir sur Andrew Caldwell , désormais peut-être devenu autre chose qu’un mutant , puis il pensa à Paul Steinberg poursuivant ses recherches malgré sa peur , aux gouvernements de l’Est et de l’Ouest prêts à sacrifier le monde entier pour quelques années de supériorité stratégique !

Et il comprit soudain ce qu’Aresh-Kaël avait probablement perçu dès le premier instant : L’humanité était déjà prisonnière ! Prisonnière de sa violence , de son orgueil ,
de sa volonté de puissance . Une phrase , entendue autrefois durant ses études , lui revint alors lentement à l’esprit : " Lhomme est né libre , et partout il est dans les fers . " ( 38 )

Les mots de Jean-Jacques Rousseau résonnaient étrangement dans la pénombre de la chapelle .

Libre , en partie ? Mais incapable d’échapper à lui-même . 

Le promeneur solitaire leva les yeux vers la faible lumière des cierges . Peut-être que le véritable piège n’avait jamais été le " Miroir ", ni même les créatures venues des profondeurs du cosmos . Le véritable piège était plus ancien , vivant dans le cœur des hommes depuis le commencement des civilisations , dans leur désir de dominer , leur peur , leur incapacité à renoncer à la guerre . Au-dehors , le vent faisait trembler les vitraux . Maël ferma les yeux .

Pour la première fois depuis Belle Harbor , il pria ...

 

 

 

FIN

                                  ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Epilogue XIV - L'Abîme - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

Notes :

37 - Tenue de protection en environnement à risque NBC ( Nucléaire , Bactériologique et Chimique ) .

38 -" Du Contrat Social " ( 1762 ) , par Jean-Jacques Rousseau ( 1712 - 1778 ) , écrivain , philosophe et musicien suisse .

 

 

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Le Piège - Seconde Partie - Invasion - XIII - Aresh-Kaël .

11 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Aresh-Kaël

Aresh-Kaël

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Invasion )

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Aresh-Kaël 

       

         

 

 

 

 

 

 " Je suis moi-même le piédestal

   Pour ce monstre que tu regardes  ... "
  

Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) - " Avalanche " ( traduction de Graeme Allwright )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 - Maël  , aussitôt , ressentit une sensation de vertige en croisant ce regard . 

Comme si cette créature avait la capacité d'observer simultanément toutes les pensées humaines présentes dans la pièce . L’être s’avança encore . Les autres entités demeurèrent immobiles derrière lui . Alors , directement dans les esprits , résonna sa voix !

- Je suis Aresh-Kaël ... Premier Veilleur dOrion .

Plusieurs soldats portèrent immédiatement les mains à leurs tempes , le son mental provoquant une douleur physique extrême !

Puis , le leader télépathe observa lentement les humains .

- Votre monde arrive à son terme ! , leur annonça-t-il d'un ton grave et solennel , tandis que des images d'apocalypse traversaient brutalement l’esprit de Maël : océans de feu , champignons nucléaires qui s’élevaient au-dessus des continents , villes noyées , famines provoquant des émeutes !

Mais , au bout d'un instant , plus pacifiques , d’autres visions remplacèrent les premières , dans lesquelles des cités gigantesques , baignées d’une lumière bleue , se profilaient au milieu d'un paysage enchanteur , des structures transparentes flottaient au-dessus d’eaux calmes , pendant que des foules silencieuses marchaient , se promenant à leur pied , parmi les jardins merveilleux et les fleurs qui , dans un ordre parfait , les embaumaient .

Sur Orion , dit Aresh-Kael , nous avons suppriméil y a des millénaires , le chaos . Celui-ci nexiste plus , ni les guerres , ni les frontières , d'ailleurs ... Plus de pauvreté , de maladie ...

Caldwell demeurait figé . Katalin , elle , semblait déjà connaître ce discours .

- Nous pouvons sauver votre espèce !

L’un des soldats , pris de panique , leva brusquement son arme automatique vers la créature .

- Reculez ! , cria-t-il , tandis que l'orateur tournait simplement la tête . Le mouvement fut instantané . Une intense lumière blanche traversa ses yeux effilés . Le soldat eut à peine le temps de hurler . Son corps entier se désintégra dans un éclair silencieux . 

Pas d'explosion , pas de feu , mais une dissolution totale de la chair , des os , de l’arme , le tout se fragmentant en grains de  poussière lumineuse qui disparurent aussitôt dans l’air !

Le silence qui suivit fut absolu . Les six autres militaires du commando reculèrent , terrorisés .

Le dirigeant de l'espace reprit alors calmement :

- Toute résistance est inutile .

Puis , il étendit lentement ses longs bras translucides .

- Nous vous offrons ce que votre civilisation a toujours été incapable de créer : la paix durable .

Sa voix devenait presque douce , hypnotique .

- Mais , en échange , vous devrez accepter les Lois dOrion , rajouta-t-il avec , pour la première fois , quelque chose ressemblant à un sourire traversant son visage translucide , expression superficielle qui ne contenait aucune chaleur , seulement une certitude glaciale !

- Nous réclamons juste votre totale soumission ! , conclut-il , faisant vibrer davantage le miroir derrière lui tel un lac d’huile plongé dans l'obscurité , pendant que d’autres silhouettes invasives comme la sienne , telles des ombres traversant la matière même du réel , continuaient d’en émerger une à une , s'en détachant  inlassablement ! 

31 - Pendant ce temps , dans les profondeurs blindées de la forteresse de " Castle William " , à plusieurs centaines de kilomètres de là , le professeur Steinberg observait les écrans de contrôle sans la moindre émotion apparente . Les transmissions de Belle-Harbor arrivaient maintenant par intermittence , images brouillées , parasites , parce que la pluie et le vent s'étaient jetés en rafales , déchaînant la tempête sur les toits des maisons basses du village . Au loin , la mer , écrasée sous un ciel de cendre , était barrée d'un rideau noir , presque métallique , et les rares lampadaires qui étaient encore en état , diffusaient une lumière jaunâtre se perdant dans la brume . 

Autour de la vieille église battue par les embruns , les véhicules militaires demeuraient immobiles , phares allumés dans la nuit sombre , humide , tandis qu’un silence irréel semblait avoir englouti la côte tout entière . Plus personne n’osait parler ! 

Le " Miroir " venait de se refermer . L’onde qui , auparavant , avait traversé la crypte durant quelques secondes , laissait derrière elle une odeur méthanière organique , rappelant à la fois l’ozone et la chair brûlée . Les soldats survivants du commando restaient figés , incapables de comprendre ce qu’ils venaient de vivre !

32 - Les créatures , menées par leur chef , sortaient craintivement du portail comme des silhouettes arrachées , contre leur volonté , à leur cocon . Aresh-Kaël avançait le premier . Son corps gigantesque paraissait composé d’une matière instable , semi-liquide , vibrante , et ses membres démesurés d’insecte oscillaient comme le mat d'un navire sur la  houle océane .

Son visage étroit ne possédant ni véritable bouche ni nez identifiable , seuls ses yeux effilés , mouillés d'écume et traversés de reflets argentés , demeuraient fixes , terriblement conscients . Pourtant , quelque chose avait changé . Le monstre vacilla tout à coup , frappé par une sorte de faiblesse nouvelle . Autour de lui , les autres manifestèrent les mêmes signes de déséquilibre . Leur enveloppe organique se craquela peu à peu sous l’effet de l’atmosphère terrestre . De fines particules grisâtres se détachaient de leurs membres , qui s’envolaient ensuite , comme des feuilles mortes , dans les bourrasques nocturnes . Levant lentement les yeux vers le ciel , Aresh-Kaël comprit enfin que la Terre lui était hostile !

33Paul retira lentement ses lunettes . Contrairement aux autres responsables du Pentagone, il avait prévu cette possibilité depuis le début . C’était précisément pour cette raison qu’il avait refusé de se rendre sur le terrain . Le scientifique échangea un regard rapide avec le général Harris , chef de l'état-major , à ses côtés . Le Pentagone avait vu juste . Les calculs s'avéraient exacts . Les êtres d’Orion , certes , possédaient une puissance psychique capable de pulvériser un homme , de traverser la matière ou de déformer certains champs énergétiques . Mais leur structure profonde demeurait instable hors du " Miroir " . Et surtout ... certains humains , d'une manière encore inexplicable , résistaient ! Maël en était la vivante preuve . Depuis plusieurs minutes , le " Veilleur " avait essayé en vain de pénétrer son esprit . Steinberg le comprenait maintenant aux légères contractions des membranes noires parcourant le visage du dirigeant extraterrestre . Or , le breton restait imperturbable , comme si quelque chose en lui demeurait inaccessible , opaque , une zone morte .

- Il ne peut pas latteindre , murmura le professeur .

Katalin , elle aussi , avait compris . Le projet secret des blocs ennemis prenait soudain , par cette avatar inattendu , un sens terrifiant . Ceux de l'Est avaient cru offrir un cadeau empoisonné aux Américains , leur permettant discrètement de " découvrir " ce " Miroir dOrion " qu'ils croyaient déjà connaître . Quant à elle , agent double depuis le début , elle avait participé à cette gigantesque manipulation géopolitique . Mais personne, là-bas comme à l’Ouest , n’avait réellement compris la nature du phénomène , sinon , Steinberg ou son collègue de Budapest , Laslo Istvan , le père de Christie . Les créatures n’étaient , sans doute , pas des dieux , mais elles pourraient un jour devenir des armes biologiques capables de remplacer les soldats humains , des guerriers absolus , des prédateurs psychiques ! Pourtant , juste au même instant , ces maîtres supposés de l’espace ignoraient qu’ils étaient eux-mêmes condamnés , leur passage sur Terre déclenchant une lente décomposition de leur structure quantique .

Le leader avança encore de quelques mètres . Des fragments de matière noire se détachaient parfois de ses bras avant de disparaître en poussière lumineuse . Une désagrégation presque invisible autour des contours des créatures .

Comme si leurs corps , feuilles mortes balayées par l'invisible , perdaient une cohésion secrète au contact de l’atmosphère terrestre ! 

Maël fixa de nouveau le " Miroir " .

C'est alors qu'il comprit brutalement . Les entités d’Orion ne voyageaient pas réellement dans l’univers . Le " Miroir " les fragmentait , les dispersait , leur faisait traverser les distances de l'infini sous forme particulaire avant de les recomposer ailleurs . 

Mais ici ... la recomposition prévue avait échoué inexorablement ! L'extra-terrestre sembla percevoir instinctivement le danger . Des témoins remarquèrent que , pour la première fois , la peur avait contracté ses yeux argentés . Caldwell observait la scène quelques mètres plus loin , se sentant incapable de bouger . Tandis qu’il voyait les créatures commencer à s’effriter sous ses yeux , coula , le long de sa nuque , une sueur glacée !

- Mon Dieu ! , murmura-t-il , alors que l’église entière tremblait lorsque les sirènes commencèrent d'hurler à l’extérieur , violentes , assourdissantes !

Toute la vallée était encerclée . Une arche de métal gigantesque avait été déployée autour de l’église , haute de plusieurs dizaines de mètres , formant une structure circulaire hérissée d’antennes et de générateurs électromagnétiques . Partout , des chars immobilisés pointaient leurs canons vers le bâtiment , dans le ciel , illuminé de projecteurs aveuglants , des avions tournaient au-dessus de " Jamaica Bay " , prêts à frapper ! Le piège venait de se refermer . Mais , cette fois , les prisonniers n’étaient pas les humains !

34 - Mais ici , qui avait réellement compris que , si le passage  avait permis leur manifestation physique , il n'avait pas assuré leur stabilité biologique ? Dans ce monde dense , lourd , saturé d’oxygène et de matière , leurs structures , très vite , allaient se désagréger . La Terre leur était hostile , bien sûr , mais qui avait anticipé leur réaction de bête sauvage , voisine de celle des grands fauves de notre planète ? Ils avaient besoin d’abris , d’enveloppes vivantes , comme des couvertures de survie ! Immédiatement !

Caldwell , qui s'était précipité sans réfléchir vers la grande porte pendant que les soldats survivants reprenaient position , lorsqu’elles s’ouvrit enfin , sous la pluie battante , assista , lui aussi , à ce spectacle irréel du déploiement d'une force militaire considérable qui , d'une manière ou d'une autre , pensait-il , allait effrayer les envahisseurs ! D'ailleurs , comme un dernier recours , le leader , en désespoir de cause , avait tourné la tête vers lui .

Et soudain , la chose se déploya . Le corps de l’entité se fragmenta en milliers de particules noires qui , avant de s’abattre brutalement sur le malheureux directeur , traversèrent l’air comme une nuée d’insectes microscopiques !

Le corps de l'agent se cambra violemment sous le choc , ses yeux se révulsèrent tandis qu’une substance sombre pénétrait sa bouche , ses oreilles , ses narines . Pendant quelques secondes , ses os paraissant vouloir se briser sous une pression intérieure monstrueuse , il se mit à hurler de douleur ! Puis tout redevint silencieux . L'homme agressé resta immobile au sol , comme paralysé , pendant que les soldats présents ,  terrifiés par ce spectacle horrible , échangeaient des regards épouvantés ! Pour finir , Andrew Caldwell releva la tête . Mais ce n’était plus tout à fait lui . Son visage demeurait identique , et pourtant , quelque chose d’indéfinissable avait disparu : l’humanité de son regard , même si certains en doutaient , dont les pupilles semblaient désormais plus profondes , presque opaques , comme si une intelligence étrangère observait le monde depuis l’intérieur de son corps !

C'était là , bien sûr , qu'Aresh-Kaël avait trouvé refuge ! Autour de l’église , les autres créatures voulurent imiter leur chef . Les entités mourantes , plutôt que de se désagréger dans les airs , fondirent sur les derniers membres du commando . Des cris retentirent dans la nuit .

Certains soldats tentèrent de fuir , mais il était déjà trop tard ! 

Le processus ne durant que quelques secondes , les hommes se redressaient , complètement transformés , leurs corps vidés puis réoccupés ! Leurs visages demeuraient humains , leurs voix aussi , mais leurs gestes possédaient désormais l'apparence d'une froideur mécanique presque parfaite . Une présence étrangère venait d’envahir leurs consciences , les refoulant dans les profondeurs de leur propre esprit !

Le capitaine Reese fixa son collègue de l'Agence avec horreur .

- Monsieur ?

Celui-ci tourna vers lui un regard vide . Puis un léger sourire apparut sur son visage . 

Un sourire qui n’avait plus rien d’humain !

 

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Seconde Partie - InvasionXIII - Aresh-Kaël - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

*Songs of Love and Hate " album , copyright 1971 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment - All rights reserved / " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " - Copyright 1973 Graeme Allwright / Mercury Records - All rights reserved .

 

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Le Piège - Seconde Partie - Invasion - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

10 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Seconde Partie - Invasion  - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Invasion )

 

 

 

 

 

 

 

XII - L'Attaque de Belle Harbor !

       

         

 

 

 

 

 

 " Car il est arrivé le grand jour de la colère ,

  Et qui donc peut tenir ? "

Apocalypse , 6 , 17 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28Pedro ... , fis-je lentement . Qu'est-ce qu'il savait au juste  ?

- Il en avait suffisamment appris pour comprendre la valeur du déclencheur , ajouta Steinberg .

- Et Katalin ?

Aucun des deux ne se précipita , cette fois , pour me répondre .

- Elle a vu le schéma , dit Caldwell , et je crois quelle est informée quil ne faut pas lactiver sans contrôle .

Je fronçai à nouveau les sourcils .

- Vous voulez dire , sans votre contrôle ?

Un très léger sourire passa sur le visage du directeur .

- Cest une façon de voir les choses .

Le professeur Steinberg , lui, ne souriait pas .

- Le problème , énonça-t-il avec lenteur , ce nest pas dentrer en contact .

Il me fixait avec une intensité nouvelle .

- Cest de savoir qui ... répondra , et comment ?

Et vous pensez que moi ...

- Nous vous avons observé , coupa Caldwell Vous êtes protégé vous nêtes pas compatible !

Je reculai d’un pas.

- Vous êtes en train de me dire que ... tout ça ...

Je désignai les deux hommes  , la pièce , la forteresse .

- ... était prévu ?

Les deux autres , qui échangèrent un regard complice , conclurent , presque à voix basse :

- Tout converge vers vous !

29 - Le vent hurlait au-dessus de Belle Harbor . Des vagues noires venaient se fracasser contre les digues tandis qu’une brume épaisse recouvrait les rues désertes du vieux quartier maritime . Les rares lumières encore allumées paraissaient flotter dans le brouillard comme des veilleuses funéraires . Le convoi s’arrêta sans bruit près de la petite église Saint-François-de-Sales . Caldwell descendit le premier . Derrière lui apparurent sept hommes d'un commando , vêtus d'uniformes neutres n'arborant aucun signe , munis d'armes automatiques , portant lunettes nocturnes et casques noirs . 

Maël ,  poignets entravés , deux militaires l’encadrant étroitement , marchait au centre de ce groupe . Katalin referma lentement la portière du dernier véhicule , puis leva les yeux vers le clocher sombre de l’église .

- Lentrée se trouve derrière le mur nord , dit-elle calmement .

Le  directeur l’observa en silence . Il avait toujours connu la vérité . Depuis le début , la fille ayant conservé le schéma cristalin près d’elle , ne l’avait , en fait , jamais caché . Le microfilm , qui avait servi de " leurre " vis-à-vis du prisonnier , constituant la clé même du dispositif enfoui sous Belle Harbor , avait été développé à l’insu de celui-ci dans la base secrète . Les techniciens avaient mis à jour ce qu’il contenait réellement : le plan d'une structure géométrique reliant le " Grand Miroir " de la forteresse à un second point de passage situé sous l’église . Il s'agissait bien d'une clé pour ouvrir une porte , ou peut-être pire encore !

Katalin écarta le lierre humide recouvrant une vieille plaque métallique . Elle introduisit une fine clé argentée dans un mécanisme invisible . Un grondement sourd ne tarda pas à résonner aussitôt sous leurs pieds . Puis une partie du mur , lentement , pivota , un souffle glacé montant des profondeurs . Les soldats , l'air soucieux , virent apparaître un passage étroit devant eux , totalement taillé dans une roche noire parcourue d’étranges veines bleutées .

- Formation serrée ! , ordonna leur chef . Les lampes s’allumèrent .

Sans attendre davantage , le groupe s’enfonça dans les profondeurs . Très vite , Maël sentit que quelque chose n’était pas normal . Autour de lui , comme si le tunnel était lui-même un organisme vivant , l’air vibrait bizarrement . Des symboles comparables à ceux du " schéma cristalin " se montraient parfois sur les parois humides : lignes brisées ressemblant à une écriture inconnue , spirales fractales , figures hexagonales ...

- Vous saviez tout cela , n'est ce pas ? murmura-t-il à Katalin .

Avant de répondre , elle continua d’avancer prudemment quelques secondes .

- Pas au début .

- Mais vous travaillez pour qui ?

Elle ralentit , souriant légèrement .

- Pour ceux qui croient pouvoir en tirer profit .

Cette phrase hypocrite , encore plus que l’humidité des lieux , glaça le jeune breton .

Pour finir , après plusieurs minutes de progression , le passage déboucha derrière la petite église . Ils pénétrèrent dans une ancienne crypte abandonnée . L’odeur de bois pourri , de pierre humide et d’encens froid stagnait encore dans la pièce . Un Christ de plâtre gisait au sol , décapité . Le directeur s’approcha immédiatement du mur du fond .

- Le " schéma " , vite ! , ordonna-t-il .

Alors , l'agent Varga sortit de sa veste la fameuse figure cristalline , document translucide soigneusement plié . Sous les lampes , les lignes géométriques parurent lentement se déplacer à l’intérieur même de la matière . Le technicien du groupe installa ensuite un petit projecteur optique . Le " schéma " fut placé contre le mur . Pendant quelques secondes , rien ne se produisit . Puis , Katalin fit légèrement pivoter le document . D'à peine quelques millimètres . Soudain , les lignes de cristal s’illuminèrent d’une phosphorescence bleutée . Un grondement traversa aussitôt toute la salle souterraine , tandis que la pierre du mur se fendait peu à peu en son centre . Et derrière elle , apparut une surface noire parfaitement lisse : ni verre , ni métal , une matière obscure et liquide absorbant la lumière elle-même , semblable au " Grand Miroir " de la forteresse ! Maël sentit immédiatement sa présence . Comme si la salle secrète de " Castle William " existait désormais juste derrière cette membrane mouvante . Le miroir vibra . Puis une faible lumière brilla dans ses profondeurs , tandis que des silhouettes de type humanoïde , monstrueusement étrangères , commençaient d'en émerger lentement Leurs corps semblaient composés de matière translucide et de fragments lumineux , certaines parties de leurs membres paraissant puis disparaissant comme si leur structure hésitait encore entre deux réalités .

Les soldats reculèrent instinctivement . L’un d’eux leva son arme .

- Bordel ! Quest-ce que cest que ça ?…

La première créature posa sa longue main tentaculaire contre la surface noire . La vitre se déforma comme de l’eau . Puis , l’être traversa la paroi dans un bruit humide et métallique , pendant que d’autres silhouettes le suivaient . Des dizaines , peut-être davantage , comme une armée attendant depuis des siècles qu’une porte s’ouvre enfin ! Mais l’entité de tête était différente , plus grande et plus stable , dépassant les deux mètres largement . 

Son corps mince était soutenu par des membres anormalement longs , presque démesurés , dont les articulations semblaient trop nombreuses .

Bien au-dessous des genoux , descendaient ses bras , qui se terminaient par les doigts interminables de ses longues mains filiformes ressemblant à du cristal vivant , comme sa peau translucide , parcourue de pulsations bleutées . Mais c’était surtout son visage allongé , étroit , presque noble dans sa froideur inhumaine , dont les pommettes très hautes donnaient une dureté minérale à ses traits , deux fines fentes verticales remplaçant les narines humaines , qui paralysait les regards . La minceur de sa bouche en paraissait incapable d’exprimer la moindre émotion . Quant à ses yeux effilés , mais sans aucune pupille visible , ils occupaient presque toute la largeur de sa face , immenses comme un ciel étoilé vivant faisant tourner , à l'intérieur , une lumière blanche constellée de minuscules points noirs !

 

 

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Seconde Partie - InvasionXII - L'Attaque de Belle

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - XI - Professeur Steinberg .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - XI - Professeur Steinberg .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

XI - Professeur Steinberg

       

         

 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

25 - Le silence qui suivit le départ de Caldwell sembla se dilater , comme si la pièce elle-même retenait son souffle . Puis quelque chose changea . La paroi de verre ondula , tandis que l’image qu’elle renvoyait , vibrant  imperceptiblement , non plus comme un simple reflet , mais comme une surface d'eau qui cède , se troubla , faisant apparaître une silhouette un peu floue , d'abord , puis de plus en plus nette , celle d'un homme âgé , droit malgré la fatigue visible dans ses traits , qui entra donc sans qu'aucune porte ne s’ouvre . Il y avait dans son regard l'expression d'une intelligence dure , ancienne , presque obstinée .

- Qui êtes-vous ? , lui demandai-je , de plus en plus déconcerté .
L’homme finit par se présenter .
- Je suis le professeur Steinberg .
Puis , avec une précision presque clinique , il me déclara :
- Je crois que vous êtiez en train d’écouter une version très incomplète de notre propre histoire . Christie , la fille de mon collaborateur Lazslo Istvan , prisonnier de l'est poursuivit-il avec une certaine lenteur , n'était pas qu'une correspondante chargée de récupérer le microfilm , fruit de notre travail , récupéré par un cubain , Pedro , à Budapest .
Je sentis brusquement monter en moi la tension .
- J'avais besoin d'un relais discret , mobile , suffisamment éloigné pour ne pas être immédiatement relié à mes travaux , continua-t-il pendant que nous prenions un petit déjeuner dans la salle commune .
Je fronçai les sourcils .
- Quels travaux ?
Dans le regard de l'homme de science , passa une brève lueur .
- Ceux qui , à Budapest ont été volés dans un premier temps .
Cette fois , Caldwell intervint :
- Katalin n'était pas prévue dans le processus initial .
Paul Steinberg tourna légèrement la tête.
- Non , mais elle a compris quelque chose que nous n’avions pas anticipé .
Je fixai les deux hommes .
- Quoi  ?
- Que ce microfilm n'était pas qu'un simple travail scientifique à protéger , répondit le chercheur , après un silence , me regardant droit dans les yeux .
- C'était un déclencheur !

 

26 - Personne ne parla pendant plusieurs secondes . Le mot était comme suspendu dans l’air .

- Ce que vous appelez " microfilm " n'est , cependant qu'un support , poursuivit Paul comme s’il cherchait , non pas ses mots , mais la limite à ne pas franchir . Il s’approcha de la paroi de verre. Celle-ci s’illuminant faiblement , comme si elle reconnaissait sa présence . 

Alors , bizarrement , des formes apparurent , géométriques , non pas des données instables , mais autre chose .

- Elles ont besoin d'un encodage , poursuivit-il . Mais pas au sens classique , dun schéma cristallin permettant de communiquer avec elles , ce document qu'on m'a volé , parce qu'on avait peur ! Ces entités , vivant dans un monde parallèle , peuvent en effet , par leur vision du futur , aussi bien ruiner les modèles capitalistes que communistes !

Je plissai les yeux .

Les formes se mirent à évoluer lentement , s’imbriquant les unes dans les autres selon une logique non linéaire .

- Initiée par nos travaux , rappela Steinberg , et perfectionnée par cet ancien collègue retenu à lEst .

Puis , lançant Un bref coup d'oeil vers Caldwell :

Un homme qui avait compris avant moi ce que nous étions en train de créer .

- Un protocole dinterface , intervint le directeur .

- Non , corrigea l'autre . Un seuil .

Le mot résonna différemment .

- Ce schéma , voyez-vous lorsqu'il est correctement interprété ne transmet pas qu'une information précise .

Et , se tournant vers moi :

- Il ouvre une possibilité infinie de communications .

Fasciné , je voulais en savoir plus :

- Avec quoi , lui demandai-je après un silence .

Paul hésita .

- Avec ces entités .

Le mot tomba sans emphase . Ce qui le rendit encore plus lourd .

- Des intelligences , précisa Caldwell , situées dans un cadre que nous ne pouvons pas décrire avec nos modèles physiques standards .

Je restais immobile , pétrifié comme une statue de sel !

- Un autre monde ?

- Pas exactement , répondit le savant . Disons qu'il s'agit plutôt d'une autre configuration de la réalité .

 

27 - La surface de verre pulsant légèrement , les formes , devenues presque organiques , changèrent .

- Ces entités , reprit Steinberg n'interagissent pas avec nous directement .

- Pas sans médiation , précisa Caldwell .

- Mais elles perçoivent aussi bien notre présent que les lignes du futur !

Soudain , je sentis mon souffle se bloquer !

- Vous êtes en train de me dire ... 

-  ... que ce dispositif permet d’accéder à des projections temporelles venant d’un système extérieur au nôtre , ajouta l'homme de la CIA .

- Et pas que des projections , coupa le physicien car elles peuvent constater des futurs possibles comme des états déjà réalisés dans leur propre référentiel .

Je secouai la tête .

- Et ça peut changer quoi ? , demandai-je naïvement .

Caldwell répondit sans détour :

- Tout , mon cher Imaginez un système économique , peu importe qu’il soit capitaliste ou communiste , reposant sur une hypothèse commune l'incertitude .

Il marqua une pause :

- Supprimez , maintenant , cette incertitude ...

Et vous supprimez le système  ! , termina Steinberg .

 

 

 

FIN DE LA 1ère PARTIE

( A Suivre )

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - X - La Forteresse .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Forteresse

       

         

 

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

22 - Avec un fracas métallique , l’hélicoptère , à la tombée de la nuit , s’était posé dans un cercle de couleur blanche , devant une sombre bâtisse médiévale balayée par les vents venus de l’océan qui , en contrebas , frappait la roche avec la régularité d'un mécanisme , comme si l’île elle-même respirait . Je n’avais pas parlé durant tout le trajet . Katalin non plus . La forteresse avait surgi de la côte brumeuse de Boston , masse néo-gothique improbable , hérissée de tourelles sombres et de baies étroites , posée là comme une monstruosité architecturale , prétexte à un camouflage parfait , celui , sans doute , d'une zone militaire secrète , hautement sécurisée . On nous avait conduits séparément . Bientôt , nous nous retrouvâmes dans le hall d'entrée où la surveillance était assurée par des gardes en treillis de combat , portant de manière uniforme des masques de verre fumé dissimulant leur visage . ( 36 )

On nous enferma ensuite chacun dans une cellule séparée , plutôt rudimentaire mais dotée d'un lit relativement confortable et d'un écran de télévision diffusant un discours d'accueil convenu . Le lendemain matin seulement , je fus introduit dans une pièce austère , presque clinique , dont les murs nus contrastaient violemment avec l’apparence extérieure du bâtiment . 

Derrière un bureau de verre , un homme se leva .

Directeur Andrew Caldwell .

Voix posée , accent neutre et regard sans profondeur apparente , on aurait dit un professionnel du mensonge .

Asseyez-vous , mon cher .

Il fit glisser un dossier épais sur la surface du bureau .

- Nous allons tenter de clarifier tout ce qui vous est arrivé , m'expliqua-t-il .

Puis , sans détour :

Christie , vous savez , n’a jamais eu de sœur ...

Je ne réagis pas immédiatement . Je m’étais attendu à une manipulation ... Mais pas à une négation si brutale de ce que j'avais cru vivre !

La femme que vous avez rencontrée ... faisait partie d’un dispositif adverse , un leurre sophistiqué destiné à récupérer le microfilm .

Il marqua une pause , m'observant comme on ausculte un vulgaire patient .

- Et vous avez failli tomber dans le piège .

Lentement , je relevai la tête .

- " Failli " ?   

Un très léger sourire passa sur le visage de Caldwell .

- Parce que quelquun a réagi plus vite que prévu .

Il ouvrit le dossier . Photos , rapports d'enquête , analyses biométriques furent étalés d'un seul coup sur la table . Puis , une image plus ancienne de Katalin

Ou plutôt , me confia-t-il , une autre version delle ... Kathleen Varga , origine incertaine formation multiple nom d’emprunt , chirurgie reconstructive avancée ...

Il fit pivoter le dossier vers moi .   

- Regardez bien cette superposition numérisée des deux figures Nous avons la certitude qu’elle a été modifiée pour ressembler à votre amie . Ce n’est pas une coïncidence . Il s'agit d'une reconstruction .

Je sentis une tension froide me parcourir la nuque .

- Pourquoi ?

Mon voisin se leva , arpentant la pièce avec nervosité .

- Pour mieux vous infiltrer vous approcher , vous manipuler !

Tandis que je serrais les mâchoires , plus lourd encore , s'en suivit un autre silence .

- Et le microfilm ?

Cette fois , le regard du directeur se fit plus incisif .

- C'est là que notre histoire devient intéressante.

Il hôcha la tête .

Nous pensons que Varga , comprenant le piège a pu cacher au dernier moment le microfilm dans la maison de Belle Harbor . Avant même que nos équipes n’interviennent .

- Vous en êtes sûr ? , dis-je , revoyant la scène et la détresse dans le regard de Katalin .

- Disons que nous avons de très fortes raisons de le croire .

Se rasseyant , il referma le dossier , le rangeant dans un tiroir .

- Mais cela signifie aussi autre chose . Elle vous a utilisé .

Le mot resta suspendu dans l'ambiance glaciale de la pièce .

Au loin , la mer continuait de frapper la plage . Inlassablement .

23 - Caldwell avait dû , momentanément , quitter l'endroit , me laissant seul avec un garde quelques secondes . J'eus assez de temps , néanmoins , pour me rendre compte que le cadre dans lequel nous nous trouvions ne correspondait pas tout à fait au récit qu’il venait de m'imposer . Tout était trop propre . On aurait dit un décor de théâtre . Il n'y avait pas de traces d’usure , aucun marquage opérationnel , ni aucun de ces détails anodins qui trahissent les lieux réellement utilisés : câbles apparents , micro-rayures déparant le mobilier , stylos ou crayons oubliés , lots d'étiquettes . Même le drapeau américain , dans un angle , semblait beaucoup trop récent Comme un accessoire . Un frisson me parcourut l’échine quand je remarquais autre chose . Les vitres paraissaient artificielles , comme des surfaces de projection !

Je me retournais brusquement . La voix du directeur se fit à nouveau entendre derrière moi .

- Alors ? , me demanda-t-il d'un ton soucieux montrant qu'il avait perçu mon inquiétude . Qu’est-ce qui vous dérange ?

Puis , paraissant capter encore plus mon malaise après avoir fait quelques pas vers moi :

- Je me demandais combien de temps cela vous prendrait !

Le ton avait changé . Moins administratif . Plus ... direct .

- Alors non , reprit-il . Vous nêtes pas dans une base de la CIA . Pas au sens où vous lentendez .

Je sentis mon rythme cardiaque soudain s’accélérer .

- Disons que nous représentons une structure parallèle ... Cest bien plus commode .

- Pour qui ?

- Pour tout le monde .

Cependant , jugeant qu'il avait dû sentir , au bout d'un bref instant , que sa mauvaise foi était vaine , je décidai de l'attaquer frontalement :

Katalin sait-elle où est effectivement le microfilm ?

Cette fois , Caldwell , après un très léger temps de latence , et malgré que je le fixais d'un oeil courroucé , ne me répondit pas immédiatement .

- Alors pourquoi tout ça ?

Il me fit un autre sourire hypocrite , mais différent , plus froid .

- Parce que savoir nest pas suffisant . Disons ... que nous ne sommes pas certains que ce soit un simple microfilm .

Il s’approcha lentement . Puis , presque à voix basse :

- Et nous ne sommes pas certains que Katalin soit capable dy accéder toute seule .

Je sentis alors bouger une pièce de cet incroyable puzzle !

- Moi ? , demandai-je , intrigué .

Caldwell hocha imperceptiblement la tête .

- Vous avez été choisi pour une raison , Maël . Ce nest pas par hasard .

24 - Le vent n’avait pas cessé . Toute la nuit , frappant les parois de la forteresse avec une régularité obstinée , j'avais perçu , à travers les murs épais , la sourde rumeur d'une marée invisible , d'un mélange de houle et de structures métalliques en tension . C'est ainsi que j'avais très peu dormi , mais comme une masse , au milieu d'un cauchemar dont je ne me souvenais plus . La cellule dans laquelle on m’avait placé ne ressemblait ni à une prison , ni à une chambre . Elle occupait un entre-deux dérangeant : trop nue pour être confortable , trop précise pour être improvisée : un lit fixé au sol , une table intégrée dans le mur , avec aucune aspérité , ni aucune vis apparente . Même la lumière semblait sans source identifiable , diffuse et faible , mais constante , sans variation . Pas d’interrupteur . Pas d’ombre nette . Je m'étais levé plusieurs fois . Mais toujours , j'avais ressenti la même impression . Touchant la paroi , froide mais pas totalement minérale , j'avais l'impression , sous mes doigts , d'un matériau souple, presque imperceptible . Comme si le mur absorbait le contact !
Ensuite , balayant la pièce du regard , je constatai qu'aucune caméra , aucun dispositif identifiable , n'étaient visibles . Pourtant , j'étais certain de ne pas être seul . 
Un instant , je fermai à nouveau les yeux , tentant de me souvenir : l’hélicoptère , la côte, la forteresse . Puis , tout ce que Caldwell m'avait suggéré , ou laissé entendre . 
Chaque version des faits semblait s’effriter dès que je m'efforçais de la fixer . Comme si le récit lui-même était instable . Le temps passa sans repère . Aucune fenêtre , aucune horloge . Seulement cette impression diffuse d’un cycle qui ne m'appartenait pas . Puis , sans avertissement , le directeur entra , faisant quelques pas dans la cellule , effleurant même la surface du mur du bout des doigts .

- Vous avez passé une bonne nuit mon cher Les conditions sont particulières , n'est-ce pasVous êtes dans une installation de confinement avancé , précisa-t-il . C’est tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment .

- " Pour le moment " ?

- Les informations sont délivrées par étapes .

Je m'approchai un peu plus de lui .

- Vous m'aviez parlé d’une base de la CIA ?

- Convenons qu'il s'agit plutôt d'un cadre opérationnel compatible avec ce type de structure .

J'observais attentivement son regard , le rythme de sa respiration , de ses gestes . Le ton restait calme et poli .

- Il y a des informations qui une fois comprises ne peuvent plus être ignorées , rajouta-t-il .

- Alors , dites-les clairement !

- Pas encore .

La réponse était nette , sans détour . 

- Vous nêtes pas encore prêt .

Soudain , le vent redoubla au-dehors , faisant vibrer la structure , ou donnant , peut-être , l’illusion qu’elle vibrait . Caldwell se détourna .

- On va bientôt venir vous chercher .

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxX - La Forteresse - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

36 Fort Independence ( Castle William ) , bastion en granit ayant servi de défense portuaire à Boston Massachusetts ( USA, situé sur Castle Island .

 

* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

 

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - IX - La Maison de Katalin .

3 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - La Maison de Katalin

       

         

 

 

 

 

" Dame Folie est impulsive ,

  Elle s'assied à la porte de sa maison ,

  Sur un trône , en haut de la Cité ... "

Proverbes , 9 , 13 .

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

20 - La demeure de Katalin était située dans une rue de Belle Harbor , à l'abri de Jamaica Bay , dans le Queens , à l’écart du tumulte . Auparavant , nous avions réussi à semer nos poursuivants , puis à prendre le ferry à Wall Street , jetée 11 , occasion , sur le pont du navire , d'un bref échange respiratoire au grand air à-propos des avions qui , non loin de là , décollaient de l'aéroport Kennedy . ( 34 )

- Ainsi , vous connaissez ma soeur
Rien ne distinguait sa maison des autres façades anonymes , sinon peut-être cette obscurité persistante aux fenêtres, comme si la lumière elle-même hésitait à y pénétrer .

- Bienvenue chez les István !

À l’intérieur , tout était dépouillé . Bien sûr , j'avais pensé tout de suite au fameux chercheur atomiste , László István ... Un bureau . Une lampe .
Sur une étagère , quelques livres de langue hongroise , aux tranches fatiguées , cotoyaient , sur le mur , une reproduction ancienne de la Basilique Saint-Étienne de Budapest Immédiatement , je l'avais remarquée , la comparant à la petite église que j'avais vue par la fenêtre près d'un terrain de basket .
- Saint-François de Sales , m'annonça-t-elle , pleine de révérence .
- Budapest ... C'est de là que sont venus vos parents ?
Katalin ne me répondit pas . Elle avait déjà allumé la lampe et tendait la main .
- Donnez-moi lobjet .
J'hésitais avant de lui remettre une nouvelle fois mon précieux bien , dont elle parvint à extraire , dans une chambre noire ,  une imperceptible pellicule qu'elle tint dans la paume comme un fragment de hasard , chose insignifiante à première vue . Pourtant , juste au moment où elle l'avait saisie au moyen d'une pincette , l’air sembla se contracter autour de nous .
- Ce que vous avez transporté , me dit-elle avec solennité , ce nest pas qu'un document . Cest une mémoireCe microfilm vient de beaucoup plus loin que vous ne pouvez limaginer . Beaucoup de gens sont prêts à tuer pour le récupérer !
Elle installa un petit lecteur sur la table , ajusta la bande avec une précision presque rituelle , enfin , fit défiler les premières images composées de signes , formules et fragments d’équations barrées , reprises , dissimulées sous des notations liturgiques . Puis apparurent des mots , des noms formant toute une liste . Je me penchais vers elle avec une certaine curiosité .
- Ce sont des scientifiques ?
- Certains , comme mon père , oui . Dautres ... non .
Par la suite , elle fit se dérouler le film encore plus lentement . Chaque nom semblait accompagné d’un symbole , d’un verset tronqué , d’une référence obscure . Mais rien n’était vraiment explicite , et pourtant tout donnait l’impression d’un ordre caché .
- Notre père appelait cela une " cartographie de la conscience " , murmura Katalin . Il pensait que certaines structures de la matière pouvaient conserver plus que de lénergie ... quelles pouvaient retenir une trace .
- Une trace de quoi ?
Elle tourna légèrement la tête vers moi .
- De notre passé lointain , sans doute .
Un silence assez dense s’installa lorsqu'apparut une nouvelle série de documents sur l’écran , des schémas de cristaux , traversés de lignes comme des réseaux nerveux . Puis , des annotations en latin , mêlées à des équations .
- Dans son laboratoire d'Arverne-by-the-Sea , la petite ville voisine , il travaillait , reprit-elle , à la frontière entre science et ce que dautres appelleraient ... lâme . Le pouvoir ne venait pas du cristal lui-même , mais de ce quil pouvait enregistrer . Comprendre cela , cétait comprendre comment influencer , conserverpeut-être même reproduire une présence humanoïde inexplicable à travers des schémas cristallins provenant d'une civilisation jusqu'ici inconnue , certains d'entre eux ne se contentant pas de stocker seulement linformation , mais réagissant à l’identité d'êtres qui , nous observant depuis l'aube de l'humanitéles activaient sous une forme d'onde télépathique ! ( 35 )
Je reculais , presque abasourdi par ce que je venais d'entendre !
- Cest impossible ! , m'écriais-je .
- Cest pour cela quils ont voulu le faire taire . Un jouril est retourné là-bas , faisant confiance à un ancien collègue . Mais il n'est jamais revenu ! Notre mère en est morte , et c'est le père Molnár , le curé de la paroisse , notre oncle , qui s'est occupé de nous ... Quant à Christie , je sais qu'elle avait essayé , par un ami cubain , de passer le rideau de fer sous une fausse identité ...
Elle désigna encore l’écran.
- Ce nest pas qu'une simple liste . Cest une hiérarchie . Chaque nom correspond à quelquun qui a approché la découverte . Certains lont protégée . Dautres , bien entendu , ont tenté de sen servir pour la revendre .
Un nom venait d’apparaître , souligné , différent des autres . Je sentis immédiatement que quelque chose basculait . Katalin , elle , ne bougeait plus.
- Vous le reconnaissez ? , demanda-t-elle .
Je m’approchais , constatant qu'il était accompagné d’une annotation manuscrite , plus récente que le reste . Un mot revenait : " Compagnon " .
Mon cœur s'accéléra .
- Cest ...
Je n’achevais pas . Le visage de Christie me revint avec une netteté brutale , de même que ses silences quand elle venait de parler de cet homme à demi-mot , jamais vraiment nommé , toujours relégué dans une zone floue .
- Dorigine cubaine , fit sa soeur doucement . Nest-ce pas ?
Je la fixais , l'oeil interrogatif , avec cette sensation d’avoir été déplacé comme une pièce sur un échiquier dont j'ignorais les règles , tandis que les indices qu’on m' avait laissés , ce carnet , ce dessin , cette adresse incomplète , n’étaient pas vraiment destinés à me guider , car ils étaient pour quelqu’un d’autre , quelqu’un que je remplaçais sans le savoir .
- Vous étiez au courant ?
- J'étais informé de son existence . Je croyais , d'ailleurs , que c'était lui que j'allais trouver au parc !

 

21 - Un bruit lointain , dans la rue , le vrombissement d'un hélicoptère , ensuite , comme un moteur qui ralentit . Katalin éteignit brusquement le lecteur . L’obscurité reprit possession de la pièce .

- Ils approchent ! , dit-elle simplement .
Je serrais les poings de rage .
- Alors , qu'est-ce qu'on fait
Le regard plus dur et déterminé que jamais , elle se rapprocha de moi .
- Maintenant , nous allons découvrir pourquoi votre présence ici nétait pas un hasard , pourquoi vous avez été choisi !
Elle se saisit de la pellicule , sur la table , afin d'aller vite la cacher . Dehors , claqua une portière . Puis le silence , un court silence chargé , presque vivant , comme si quelque chose , au-delà d’eux , les attendait .
Mais ils n'eurentt pas le temps de réagir lorsque deux malabars masqués , vêtus de combinaisons vert kaki , les interceptèrent vigoureusement pour les conduire " manu militari  " à l'intérieur de l'appareil qui , juste après , redécolla dans un bruit d'enfer !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxIX - La Maison de Katalin - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

34 Belle Harbor est un petit quartier résidentiel de New-York situé dans l'arrondissement du Queens au sud-ouest de Long Island , et dans la partie centrale de la péninsule de Rockaway qui sépare la baie de Jamaica de l'océan Atlantique .

35 - Arverne-sur-Mer est un quartier de New-York situé dans l'arrondissement du Queens , au sud-ouest de Long Island , situé sur la péninsule de Rockaway .

 
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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VIII - Hôtel Wellington .

1 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Hôtel Wellington

       

         

 

 

 

 

" ... Tant de gens passent , chacun absorbé par ses propres problèmes , tant de visages qu'il est facile d'en manquer un ... "

Dialogue de " Lettre d'une Inconnue " ( Letter From an Unknown Woman ) *

 

 

 

 

 

    

 

 

 

18 - Je m’appelle Maël Tremen . J'étais venu à New York pour une raison simple , ou que je croyais telle : revoir Christie . C’était une idée fragile , je sais , presque absurde , mais elle s’était imposée à moi peu à peu , avec la même évidence que son rire autrefois , ce phénomène qui , parce qu'elle avait beaucoup d' humour , un caractère si vif et précis , vous prenait de court , ne surgissant jamais par hasard , car elle riait franchement , parfois jusqu’aux larmes , toujours plein d'entrain ! Pourtant , ce n'est pas elle qu'ici , j'avais trouvée , mais une certaine Katalin , fille à son image , d'une certaine manière , sans être elle , mais d'une ressemblance troublante , faite de mêmes gestes et silences , qui avait une tendance identique à retenir ses mots au bord des lèvres .

D'ailleurs , depuis mon arrivée à New-York , tout me semblait légèrement décalé , comme si j'étais entré dans une ville qui , elle aussi , sans en être tout à fait sûr , ne devait être qu'un mirage d'une autre réalité .

La voix , au téléphone , du même timbre que la sienne , avec cette façon de laisser entendre , de suggérer , de suspendre ses phrases juste avant l’essentiel , n’avait rien dit clairement .

Mais moi , j'avais foncé comme un fou au rendez-vous de Central Park , revoyant encore , à Paris , le visage de ma chère prof d'anglais venue , au temps des adieux , m'offrir ce petit carnet que je garderais comme un souvenir de notre rencontre , et , peut-être , avait-elle ajouté , la larme à l'oeil , une occasion de nous revoir un jour .

M'étais-je trompé ? Maintenant , deux hommes marchaient à distance régulière , ni pressés , ni réellement discrets , leurs silhouettes se détachant , menaçantes , des troncs d'arbres , l’un portant un manteau sombre , trop rigide , l’autre ayant cette manière très professionnelle de scruter sans bouger le visage .

Terrifié , j'accélérai .

- Vous devriez éviter de galoper , me lança discrètement ma voisine .

Alors , tandis qu'avec une fermeté inattendue , sa main se refermait sur mon bras , je sentis mon estomac se nouer . Nous quittâmes Central Park rapidement , sans courir d’abord , puis de plus en plus vite , comme si la ville elle-même se refermait derrière nous . Les rues se succédaient sans logique apparente . Katalin avançait sans hésiter , bifurquant brusquement , changeant de trottoir , puis ralentissant parfois sans raison visible . Je n’avais plus le temps de l'interroger .

19 - Le Wellington Hotel se dressait comme un point fixe dans un déplacement continu de la fièvre new-yorkaise . J’y étais descendu presque par hasard , sans savoir que ce lieu deviendrait , lui aussi , incertain . Nous y étions entrés sans échanger un seul mot . Le hall était calme , apparemment vide . Le réceptionniste leva à peine les yeux. . Dans l’ascenseur , elle observa , dans le miroir , le reflet des chiffres des étages .

- Vous étiez censé la retrouver ici ? , m'interrogea-t-elle .

- Oui .

- Et vous pensez quelle vous aurait attendu ?

- Christie ne fait jamais rien sans raison , vous la connaissez peut-être ? , lui demandais-je à mon tour .

Elle détourna légèrement le regard .

La porte de ma chambre , au 7è , était fermée. À première vue , rien d’anormal . Ce fut elle qui , cependant , posant la main sur la poignée , puis  figée un instant , comme à l’écoute , remarqua un léger détail .

- Elle a été ouverte ! , me dit-elle en m'indiquant un décalage presque imperceptible dans l’alignement de la serrure .

Un silence étrange emplissait la pièce , comme si quelqu’un venait de la quitter . Je vis qu'une valise avait été légèrement déplacée , qu'une chemise était pliée autrement .

Katelin se dirigea rapidement vers la fenêtre , écartant légèrement le rideau .

- On ne reste pas ici ! , ordonna-t-elle .

- Où alors ? , lui demandais-je .

Elle hésita une seconde très brève .

- Chez moi !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVIII - Hôtel Wellington - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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* " Letter From an Unknown Woman  " ( Lettre d'une Inconnue ) , film de Max Ophüls ( 1948 ) , avec Joan Fontaine , Louis Jourdan

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VII - Christie .

30 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

VII - Christie

       

         

 

 

 

 

" Nous ne pleurerons pas ,

  Nous tirerons notre force 

  De ce qui subsiste ... "

William Wordsworth ( 1770 - 1850 )

" Suggestions de l'Immortalité

   A partir de Réminiscences

   de la Tendre Enfance " ( 1804 )

 

 

 

 

 

    

 

 

 

13 - Sans doute en est-il des rêves d'antan comme de ces feuilles mortes que le vent pousse sans jamais les détruire ?

Elles changent de place , mais demeurent . Je me souviens encore d’elle , mais peut-être avait-elle disparu trop vite , cette fille de mon passé ? Je ne saurais dire où , exactement . Dans ces déserts trop vastes d'Amérique , où les visages se perdent sans même avoir été regardés ? Comme si elle savait déjà qu’elle partirait un jour , avec cette manière de sourire qui désarme . Et moi , naïvement , je croyais encore que certaines rencontres pouvaient échapper aux lois du siècle . J'étais tombé amoureux d’elle avec la brutalité presque ridicule d'un chercheur d'or ! Un vertige , une évidence . Et puis elle s’était effacée comme une silhouette qui tourne au coin de la rue et ne revient jamais . D'ailleurs , comment l'oublier si je n'arrêtais pas de revenir sur les lieux de nos rencontres , du côyé de l'avenue George V , par exemple , en cette église épiscopalienne de la Sainte-Trinité ? ( 32 )

Etait-ce pour déplacer ma douleur , ou tenter de distraire ma souffrance , que , repérant une annonce de cours particulier d'anglais derrière une vitrine , je fis la connaissance de l'autre ? Elle aussi , par ironie du destin , me confia-t-elle ensuite , était venue à Paris depuis New-York pour étudier la danse , mais avec des origines hongroises qu’elle évoquait parfois avec une gravité inattendue .

Elle avait des gestes précis , presque retenus , comme si elle se sentait surveillée dans chacun de ses mouvements .

Contrairement à la première , elle ne se livrait pas , d'ailleurs , mais préférant se tenir à distance , elle finissait par éclater toujours d'un rire sonore . Je crois que c’est ce qui m’avait attiré , son sens de l'humour ! Christie ne ressemblait à personne . Elle me donnait l'étrange impression d’être toujours légèrement en avance sur ce qu’elle voulait dire . Comme si ce que j'entendais d’elle n’était qu’un écho . Elle pouvait rester silencieuse très longtemps , puis soudain parler avec une précision désarmante en reprenant une conversation interrompue bien avant la nôtre . Et puis , il y avait ces moments imprévisibles , crises de fou rire , brutales , incontrôlables , qui , parfois , la prenaient sans raison apparente après une intonation maladroite , un mot mal prononcé par son élève , parfois même un silence , un détail insignifiant . Je riais avec elle de bon coeur , alors , la larme à l'oeil , moi aussi , incapable de m’arrêter quand elle se pliait en deux , lui pressant la main , comme si quelque chose en elle cédant enfin , pouvait nous rapprocher davantage !

14 - Elle parlait parfois d’un homme , un compatriote , ajoutait-elle . Ce mot sonnait comme une frontière . Je n’ai jamais su s’il existait en vérité , ou s’il n’était qu’un écran protecteur dressé entre elle et moi , couverture commode pour détourner ma curiosité . Nos conversations restaient inachevées . Plusieurs jours de suite , elle disparaissait puis revenait comme si rien n’avait été interrompu . Et moi , je m’accrochais à ces fragments . Puis , elle est partie pour de bon , sans adieu véritable , sans un regard , ce regard que je n’ai compris que trop tard . Juste quelques mots , presque administratifs . J’aurais pu en rester là , comme avec l’autre . Mais non . Je n’ai compris qu’une fois sur place . Il y avait ces détails , des choses qu’elle avait laissées derrière elle , un carnet volontairement oublié , peut-être , avec , à l'intérieur , une phrase soulignée suivie d'une adresse incomplète . Et surtout , ce dessin maladroitement tracé d'une allée bordée d’arbres , d'un bassin , d'une arche de pierre à Central Park , où elle aimait se promener , me confiait-elle parfois , presque distraitement , du côté de la " Statue de l’Ange " , me décrivant les arbres , la lumière , le silence inattendu au milieu de la ville . ( 2 )

Je ne sais pas pourquoi ce lieu m’est revenu . Ni pourquoi , un jour , j’y suis allé .

15 - Alors , New-York m’est apparue comme une ville étrangère , presque hostile . Trop vaste pour contenir une réponse , trop bruyante pour laisser remonter la vérité . Pourtant , j’ai suivi les indices . Méthodiquement . Comme si je répondais à une injonction silencieuse . Mais les souvenirs ne reviennent pas dans l’ordre . Ils s’imposent peu à peu . L’endroit correspondait exactement au dessin .

Tout était là , à l’identique , ou du moins tel que je l’avais reconstruit dans ma mémoire . Le monument se dressait à l’écart , presque oublié , comme s'il n’appartenait plus vraiment à ce paysage , l'être céleste semblant penché en avant , dans un mouvement suspendu , entre chute et envol . J’y suis venu avec le carnet . Je ne savais pas pourquoi je l’avais gardé , ni pourquoi je l’avais apporté .  Il faisait si froid . Le vent passait avec un bruit sec entre les arbres . Peu de monde , à cette heure . Ou peut-être que je ne les regardais pas . Pourtant , c’était là que je devais l’attendre ! Mais ce n’était plus elle ! Une autre femme , immobile , avait pris maintenant sa place devant la fontaine , bien que rien dans son style vestimentaire ne le suggérât ouvertement . Lorsqu’elle s’approcha de moi , je remarquais tant son angoisse que sa nervosité ! 

- Vous ne devriez pas être ici !

Sa voix était grave et ferme , et pourtant , je ne lui avais pas répondu . J’attendais autre chose , peut-être , qu'une mise en garde , un petit mot d'accueil , une quelconque explication ? 

- Partez ! , avait-elle insisté . Vous êtes en danger !

Tout cela était censé me faire peur , malgré toute la peine que j'avais prise pour honorer ce rendez-vous que mon étudiante parisienne m'avait tacitement donné avec ce carnet remplis de notes , lui aussi négligemment oublié , de même que son ancien élève : 

- Si jamais tu viens là-bas , passe un coup de fil !  
Oui , j'aurais pu en sourire à cause de ce que je prenais pour une mise en scène , une nouvelle blague de cette prof aux plaisanteries facétieuses ! De loin , je me rappelle avoir demandé à cette femme si elle connaissait la danseuse ,  et si tout cela avait un sens . Elle avait hésité , me semble-t-il , une fraction de seconde .

- Il est déjà trop tard pour poser ces questions !

Le vent faisait , autour de nous , tomber les feuilles qui , avant de toucher le sol , tournaient lentement , comme si leur décor lui-même hésitait encore à vouloir continuer de jouer cette mascarade . C'est alors que , rempli soudain de peur , je me suis dit que j'étais peut-être tombé dans un piège !

16 - Ce rendez-vous n’en avait que l'apparence . On ne m’avait pas donné d’heure précise .  Uniquement ce dessin d'une silhouette d’ange , dans un carnet , grossièrement esquissée , au-dessus d’un socle , ailes ouvertes ... Je l’avais reconnu sans certitude . Une statue dans un parc , à l’entrée d’un pont . 

Lorsque je lui parlais de Paris , des cours de Christiemon interlocutrice me fixa longuement . Puis quelque chose changea dans son expression .

Non pas de la surprise , mais de l’inquiétude .

Elle avait détourné les yeux .

- Vous nauriez pas dû venir .

- Pourquoi ?

Elle hésita un moment .

- Parce qu'ils savent , maintenant .

- Quoi ? Qui ?

Elle esquissa un demi-sourire , sans joie.

- Vous posez bien trop de questions !

Le vent s’était levé davantage , faisant s'envoler une brume de fines gouttelettes de rosée .  

- Écoutez-moi . Partez !

- Et Christie ?

Elle avait brusquement reculé , cette fois .

- Ne prononcez pas ce nom , surtout pas ici !

Un instant , j’avais cru qu’elle allait ajouter quelque chose , une explication , même fragmentaire . Alors , je m'étais rapproché d'elle . 

- Ils se sont trompés , murmura-t-elle .

- Qui ça ?

Elle secoua la tête .

- Ça na plus dimportance mais ils voudront corriger leur erreur .

Cette phrase avait eu sur moi un étrange effet , comme si elle venait confirmer une intuition que je refusais encore de formuler .

- Vous êtes en train de me dire que , à cause dune erreur , je suis en danger ?

- Non , répondit-elle . À cause dune ressemblance .

Elle ajouta , plus bas :

- Et dans leur monde , ça suffit .

Je voulus en savoir plus , comprendre pourquoi Christie avait impliqué cet homme dont j’avais pris la place , et ce qu’il avait fait . 

Mais déjà , elle s'apprétait à partir .

- Écoutez-moi bienDonnez-le moi ! , dit-elle simplement .

Je lui tendis alors , comme convenu , le précieux cahier qu'elle n'ouvrit pas tout de suite , le prenant d'abord comme on vérifie une consistance , un poids . Puis , elle en tourna quelques pages , rapidement , ses doigts le feuilletant à un endroit précis .

- Je crois qu'on a eu raison de vous faire confiance , me dit-elle d'un air ironique .

- Où se trouve-t-elle ? , insistai-je encore .

17 - Elle avait relevé les yeux vers moi . Un instant , je cru reconnaître l'ombre du rire de Christie . Elle lui ressemblait sans lui ressembler . Même port de tête . Même manière de s’arrêter avant de parler . Mais quelque chose de plus dur dans le regard . Moins d’hésitation .

- Si elle a fait ça , cest quelle navait pas le choix , se contenta -t-elle de me répondre . Partez , maintenant ! Quittez la villeChangez de nom , si vous le pouvez . Mais , avant toute chose ...

Elle hésita .

- Nessayez plus de nous retrouver !

La phrase était presque identique à l' autre , celle que j'avais déjà oubliée .

C’est à ce moment-là que j’ai remarqué la présence de deux hommes . Trop loin pour entendre . Trop proches pour être indifférents . Ceux-ci ne regardaient pas directement vers nous .

Mais leur immobilité avait quelque chose de volontaire , témoignant physiquement d'une impatience , d'une attente .

Je fis un mouvement , pendant que la femme posait plus fermement la main sur le carnet .

- Ne vous retournez pas !

Je m"étais figé .

- Ils sont là , avais-je murmuré .

Oui .

Le vent avait traversé l’allée , soulevant les feuilles telles des âmes qui tournaient comme un nuage sombre dans l'eau du ciel , avant de retomber mouillées tout autour de la statue .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVII - Christie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

32 - Cathédrale américaine de Paris ( American Cathedral in Paris ) , également cathédrale de la Sainte-Trinité ( Cathedral of the Holy Trinity ) , 23 , avenue George-V - 75008 .

33 - Fontaine Bethesda , ornée de la " Statue de l'Ange " , se situe au centre de Bethesda Terrace à Central Park ( New-York ) . 

 
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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VI - L'Une ou L'Autre ( New-York , Automne 1978 / Octobre 1980 ) .

20 Octobre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Hôtel Wellington New-York

Hôtel Wellington New-York

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI - L'Une ou L'Autre

       ( New-York , Automne 1978 / Décembre 1980 )

         

 

 

 

 

" John Ferris s'éveilla dans la chambre d'un hôtel de New-York .

Il avait le sentiment qu 'une chose déplaisante l 'attendait - Quoi ?

Il n 'en savait rien ... " 

 

Carson Mc Cullers - " The Sojourner "  ( Celui Qui Passe ) *

 

 

 

 

    

 

 

 

11 - Je n'avais jamais eu l'occasion , jusqu'à maintenant , de découvrir " pour de vrai " New-York et ses orgueilleux gratte-ciel . Sinon , comment expliquer en moi ce sentiment de toucher à mon tour , pour la première fois , la " Terre Promise " ? Quelqu'un d' " Experiment " était venu m'accueillir à l'aéroport Kennedy , un jeune blanc-bec aux allures de clergyman bon chic , bon genre - pantalon de velours côtelé , chemise écossaise à carreaux - membre , comme moi , de cette association d'échanges culturels chargée de placer des étudiants friqués d'Europe dans des familles américaines rigoureusement choisies . ( 25 )

" Bienvenue ! Welcome ! " , claironna-t-il d'un surprenant accent russe , avec un air ironique sous sa belle barbe blonde . 

S'envoler dans les nuages , puis partir au-dessus de la mer majestueuse , n'était-ce pas quelque chose de magique où , d'un coup d'oeil , on pouvait saisir toute la beauté d'un paysage par le hublot de l'appareil , mais je me demandais pourtant , moi , l'insignifiant passager, si ce point perdu au loin , frêle esquif à la surface des eaux de la surface océane , avec sa coque infime semblant scotchée , immobile , contre l'immensité du ciel bleu , avait quelque chose à voir avec l'autre réalité , celle de l'avion dans lequel je me trouvais , comme une image inversée de ma petite aventure de " spectre monstrueux d'un univers détruit " , celui dont parle ce poète quand il décrit le triste refuge de l'homme déchu , île minuscule ou , peut-être , grain de sable au milieu de nulle-part d'où , jeté comme une épave à l'océan du vide " , il ne peut encore imaginer , misérable créature y rampant , la traînée d'azur spirituel qui emportera son double là-haut , dans les nues , mystérieux point de suspension vers l'au-delà ? ( 26 )

Nul ne s'élance ainsi impunément vers le " Nouveau Monde " ! , me mis-je à réfléchir , et personne , sans conséquences , ne peut traverser cette " pièce d'étoffe grise aux mille plis légers " qu'ondule sans cesse , depuis les profondeurs de l'abîme , la prairie des vagues changeantes venant toujours , comme des âmes , tutoyer de leur jaillissement d'écume éphémère , le silence de l'éternité ! ( 27 )

Alors , " voir le monde dans un grain de sable , tenir l'infini dans le creux de la main ... " , méditais-je d'un air plutôt mélancolique , avant , bientôt , d'abandonner mon coursier des airs pour une espèce de paquebot-corvette , vieille Chevrolet se mettant à traverser triomphalement le gigantesque cimetière touchant la métropole new-yorkaise de ses milliers de tombeaux , barques immobiles brûlant , des ultimes feux du couchant , les hautes falaises des murailles d'immeubles déjà tout cramoisis sous la lune blanche ... L'inconnu me laissa au " Wellington " , près de Central Park .

( 28 )  

Epuisé par le décalage horaire , je n'eus alors pas la force de ressortir , me contentant d'observer par la fenêtre à demi ouverte les ombres furtives du crépuscule .

Puis , m'écroulant sur le lit comme une masse , je m'agitais d'heure en heure , telle une marionnette ensorcelée par les bruits sauvages des diables de la nuit !

 12 -  " L'avez-vous vue ? " , aurais-je voulu , ensuite , leur demander , à tous ces passants de la 5ème avenue , deux ans plus tard , les yeux remplis d'espoir , mais brillants de fatigue à cause du " jetlag " , tout en arpentant les artères venteuses de la " Grosse Pomme " avec une détermination difficilement renouvelée , ayant renoncé à interroger les gens , comme à leur présenter une éventuelle vieille photo que , sans trop y croire , j'aurais tirée de ma poche en secouant la tête , semblant vaguement me souvenir de son visage , mais personne , me persuadais-je , ne saurait vraiment me dire où elle pouvait bien être ce jour-là . 

Il y avait , en effet , deux automnes que , m'étant trouvé tellement désarmé après le départ soudain de " mon " autre américaine venue , aurait-on cru , pendant une semaine de ski , mettre le feu à mon coeur avant de l'abandonner avec tant de froideur le 4 juillet , jour de l'indépendance américaine , j'avais répondu à une petite annonce dans un journal anglophone de la capitale , pour un cours d'anglais . ( 29 )

Je me sentais très seul à l'époque , à Paris . La jeune " prof " m'avait parlé avec tant de gentillesse de son pays d'origine , la Hongrie , puis de sa ville natale au bord de l'Hudson River ! C'était si étrange lorsqu'elle m'avait décrit ses cours de mime et de danse à l'école parisienne , que j'étais tombé sous le charme de son sourire d'étudiante , un peu comme si elle m'avait tendu les bras ! Mais un jour , elle aussi , comme l'autre , avait disparu , s'étant brutalement envolée vers d'autres cieux , le temps , de raviver ma souffrance ... ( 30 )

Alors , ça t'étonne de me voir ici , n'est-ce pas  ? , me serais-je apprêté à lui dire plus tard , sans lui avouer que je me préoccupais plus de l'autre , Virginia , et qu'elle n'était qu'un leurre , en fait , en mes pensées , tournées en ce jour de quête vers l'amie de Villeneuve que j'aurais tellement désiré retrouver , mais perdue de vue depuis si longtemps , lui cachant l'autre nouvelle de ce 8 décembre , plongeant toute la ville dans un mélange de choc et de tristesse pour quelqu'un qui emportait avec lui une partie de la jeunesse et de la mélodie de l'époque ! Puis , sortant du choeur de la cathédrale Saint-Patrick où j'avais , à genoux devant une statue de Marie ornée d'un bouquet de roses rouges , longuement médité , je m'étais ensuite dirigé d'un pas rapide et souple vers l'Hudson en ce jour de froidure , et précisément là , je m'étais mis à longtemps réfléchir , contemplant  le sombre miroir d'eaux tumultueuses du fleuve , image de l'amour et de mon propre Destin ! ( 31 )   

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVI - L'Une ou L'Autre ( New-York , Automne 1978 / Décembre 1980 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

25 - " The Experiment in International Living " est une association proposant des séjours chez l'habitant .

26 - "Poèmes Barbares " - "Clair de Lune " , I ( 1862 ) , par Leconte de Lisle ( 1818 - 1894 ) .

27 - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 ) , par Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

28 - Auguries of Innocence : " To see the world in a grain of sand , hold infinity in the palm of your hand ... " , vers fameux de William Blake ( 1757 - 1827 ) , poète et peintre anglais , dans "The Pickering Manuscript " ( 1803 ) .

     - Balade Au Pays des Ombres ( Cycle de L'Etoile IV ) 3 , " Histoire d'une Mystérieuse Inconnue " ( Journal de Yann Kervern , III ) - 3 - La Chambre du " Wellington " - copyright 2018 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

29 - The Big Apple ( en français : La Grosse Pomme ) , l'un des surnoms de la ville de New-York .

30 Le Jongleur à L'Etoile ( 1 ) - Mein Diwar Va Hent - 9 - Christie - Décembre 1983 / Septembre 2008 / Avril 2020 ( Version Française ) - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - juin 2020 .

31 - Auberive ( Cycle de L'Etoile III ) , 5 - Villeneuve - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

 

 

 

 

 

 

             

 

   

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Le Piège - Préface / Dédicace - Balade Printanière - V - L'Homme à la Valise .

15 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

L'Homme à la Valise - Sculpture de Bruno Catalano

L'Homme à la Valise - Sculpture de Bruno Catalano

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

PREFACE / DEDICACE - 

 

 

 

 

 

Pour Gwenvael Andon

 

 

 

 

 

 

 

Balade Printanière

 

 

 

 

 

 

 

V - L'Homme à la Valise

         

         

 

 

 

 

Pour un séjour aussi bref , voilà une bien grande

  valise ... "

Julien Green ( 1900 -1998 ) - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 )

 

 

 

    

 

 

 

9 - Qui donc avait naguère évoqué ici la douceur de vivre ? ( 20 )

     C'était plutôt le souvenir de violents orages que j'avais gardé , d'une mer écumante sous les imprécations du Mistral sauvage venu de l'ouest , avec ses senteurs capiteuses de tamaris et de cyprès , balayant avec force la poussière des rues comme les illusions clinquantes des nouveaux riches de la Côte . L'odeur âcre de la pluie , ensuite , qui tombe en déluge , ravinant la terre , et creusant ses rigoles toutes rouges jaillissant sur le bitume fondu .

Et puis la lumière crue , éblouissante , chauffant à nouveau le paysage , qui vous écrase de toute la puissance d'un soleil impérial ! 

Je me sentais " quelqu'un comme çà  " , étouffant comme Le Clézio dans ma petite chambre anonyme d'une ville étrangère , y trouvant refuge aussi , malgré tout , dans la lecture toujours recommencée du livre de ma souffrance intérieure , mes fenêtres parfois grand ouvertes sur le large et sur une végétation quasi-luxuriante aux manifestations brutales , presqu'imprévisibles ! ( 21 )

     Mais aussi , que d'après-midi solitaires , pendant les interminables vacances d'été , caché derrière la bienveillante pénombre tamisée des persiennes closes , tandis qu'une chaleur de plomb semblait défier toute vie à la surface et qu'allongé sur un tapis de poussière , je me mettais à lire les aventures de Wilfred Ingram , qui ressemblaient un peu aux miennes parce qu'il croyait qu'elles lui parlaient du profond silence bourdonnant à ses oreilles contre le mur de sa propre solitude !

" Mais on ne commande pas plus à ses émotions qu'on ne commande à l'amour ! , disait l'auteur .

    Sans doute étais-je bouleversé , comme le héros , par la présence diffuse en moi de ces sentiments bizarres profondément dissimulés qui pourraient bien ressurgir à l'improviste un jour , comme une tempête plus imprévisible que toutes les forces de la nature qui m'entourait !

" Jamais les hommes n'agissent d'une façon tout à fait étrange que lorsqu'ils sont seuls ... " Mais le sont-ils vraiment ? Peut-on comprendre ce qui les enferme et déchiffrer des signes qu'ils ne sauront jamais vraiment reconnaître ? ( 22 )

 

10 - Ma valise à moi , je la porterais bien plus tard , mais elle contenait déjà , en germe , ces ingrédients particuliers , comme consignés dans l'oeuvre de Green , du " Grand Livre " de sa propre destinée , bien différente , certes , de celle de son vendeur de chemises , mais , curieusement , que faudrait-il comprendre de ce qu'on nomme improprement " réincarnation " , sinon cet ensemble en gestation , dessein d'une recette individuelle conçue par le Créateur à partir de mille détails , comme Sa signature , à travers le ciel , en forme d'une météore figurant le parcours particulier d'une âme soudain jetée dans l'existence ?

Je n'étais pas ce fauve avide de chair fraîche , et mes amours de lion sauvage demeuraient plutôt platoniques tant j'avais du mal à les exprimer dans ce monde où je ne me sentais pas à ma place et que je fuyais dans un dialogue familier avec ceux d'en haut , dans la littérature ou la musique .

Avais-je conscience , en lisant ce livre , pourtant , que tout se trouvait là , sous mes yeux , dans la fumée du train passant en bas de la résidence et qui , un jour futur , proche du crépuscule, allait transporter celle qui viendrait vers moi sans jamais me rencontrer ? Dans le bruit diffus des avions de l'aéroport qui allaient me conduire aussi vers New-York et vers les pays des coeurs solitaires du sud , si chers à Carson Mc Cullers et William Styron ? ( 23 )

Quant à Phoebé Knight , ne ressemblait-elle pas un peu à la jeune fille de Saint-Louis croisée dans une station de sport d'hiver des Alpes quelques années plus tard ? ( 24 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Préface / Dédicace - Balade PrintanièreV - L'Homme à la Valise - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

 

20 - " La Douceur De La Vie " , 1939 - Douster Ar Vuhez - A Gentle Way Of Life  , Tome XVIII des " Hommes de Bonne Volonté " , suite romanesque publiée enre 1932 et 1946 par Jules Romains ( 1895 - 1972 ) écrivain , philosophe et dramaturge français . 

21 - " Quelqu'un Comme Ca  " ( Unan Bennak Evel-Se ) , Recueil de poésies " La Rose et le Dragon " , II , Copyright 2021 Dan Ar Wern / Omniscriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved  .

22 - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) , roman de Julien Green ( 1900 - 1998 ) , de l'Académie Française .

23 - " The Heart Is a Lonely Hunter " ( 1940 ) roman de Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) publié en français sous le titre " Le Coeur est un Chasseur Solitaire " .

     - William Styron ( 1925 - 2006 ) , auteur de " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , 1951 ) et du " Choix de Sophie " ( Sophie's Choice , 1979 ) .

24 - Personnage de " Chaque Homme dans sa Nuit " - Voir note 1

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