Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website

le piege

Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VII - Christie .

30 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

Cathédrale épiscopalienne de la Saint-Trinité , avenue George V , à Paris .

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

VII - Christie

       

         

 

 

 

 

" Nous ne pleurerons pas ,

  Nous tirerons notre force 

  De ce qui subsiste ... "

William Wordsworth ( 1770 - 1850 )

" Suggestions de l'Immortalité

   A partir de Réminiscences

   de la Tendre Enfance " ( 1804 )

 

 

 

 

 

    

 

 

 

13 - Sans doute en est-il des rêves d'antan comme de ces feuilles mortes que le vent pousse et  qui changent de place ? Peut-être avait-elle disparu trop vite , cette fille de son passé , il ne savait dire où , exactement , dans ces déserts trop vastes d'Amérique , où les visages se perdent sans même avoir été regardés ? Comme si elle savait déjà qu’elle partirait un jour , avec cette manière de sourire qui désarme , et lui , naïvement , qui croyait encore que certaines rencontres pouvaient échapper aux lois du siècle , il en était tombé amoureux avec la brutalité presque ridicule d'un chercheur d'or ! Un vertige , une évidence ! Et puis elle s’était effacée comme une silhouette qui tourne au coin de la rue et ne revient jamais . D'ailleurs , comment l'oublier s'il n'arrêtait pas de revenir sur les lieux de rencontre , du côyé de l'avenue George V , par exemple , en cette église épiscopalienne de la Sainte-Trinité ? ( 32 )

Etait-ce pour déplacer sa douleur , ou tenter de distraire sa souffrance , que , repérant une annonce de cours particulier d'anglais derrière une vitrine , il avait fait la connaissance de l'autre ? Elle aussi , par ironie du destin , se confia-t-elle ensuite , était venue à Paris depuis New-York pour étudier la danse , mais avec des origines hongroises qu’elle évoquait parfois avec une gravité inattendue .

Elle avait des gestes précis , presque retenus , comme si elle se sentait surveillée dans chacun de ses mouvements .

Contrairement à la première , elle ne se livrait pas , d'ailleurs , mais préférant se tenir à distance , elle finissait par éclater toujours d'un rire sonore . Il crut crois que c’était ce qui l’avait attiré , son sens de l'humour ! Christie ne ressemblait à personne . Elle lui donna l'étrange impression d’être toujours légèrement en avance sur ce qu’elle voulait dire . Comme si ce qu'il entendait d’elle n’était qu’un écho . Elle pouvait rester silencieuse très longtemps , puis soudain parler avec une précision désarmante en reprenant une conversation interrompue bien avant . Puis , il y avait ces moments imprévisibles , crises de fou rire , brutales , incontrôlables , qui , parfois , la prenaient sans cause apparente après une intonation maladroite , un mot mal prononcé par son élève , parfois même un silence , un détail insignifiant . Lui riait avec elle de bon coeur , la larme à l'oeil , incapable de l’arrêter , lui pressant la main , comme si quelque chose en elle cédant enfin , pouvait les rapprocher davantage !

14 - Elle parlait parfois d’un homme , un compatriote , ajoutait-elle . Ce mot sonnait comme une frontière . Il n’avait jamais su s’il existait en vérité , ou s’il n’était qu’un écran protecteur dressé entre elle et lui , couverture commode pour détourner sa curiosité . leurs conversations restaient inachevées . Plusieurs jours de suite , elle disparaissait puis revenait comme si rien n’avait été interrompu . Et lui , il s’accrochait , malgré tout , bien qu'un jour , elle lui déclara qu'elle partait pour de bon , ce qu'elle fit sans adieu véritable , sans un regard , ce regard qu'il ne comprit que trop tard . Juste quelques mots , presque administratifs . Comme avec l’autre , il aurait pu en rester là . Mais non . Ce ne fut qu’une fois sur place qu'il se rendit compte . Il y avait ces détails , des choses qu’elle avait laissées derrière elle , un carnet volontairement oublié , peut-être , avec , à l'intérieur , une phrase soulignée suivie d'une adresse incomplète . Et surtout , ce dessin maladroitement tracé d'une allée bordée d’arbres , d'un bassin , d'une arche de pierre à Central Park , où elle aimait se promener , lui confiait-elle parfois , presque distraitement , du côté de la " Statue de l’Ange " , lui décrivant les arbres , la lumière , le silence inattendu au milieu de la ville . ( 2 )

Il ne savait pas pourquoi tout cela lui était soudain revenu . Ni pourquoi , un jour , il décida d'y aller .

15 - New-York , alors , lui apparut comme une ville étrangère , presque hostile . Trop vaste pour contenir une réponse , trop bruyante pour laisser remonter la vérité . Pourtant , suivant méthodiquement les indices , comme s'il répondait à une injonction silencieuse , les souvenirs lui revinrent , mais pas dans l’ordre . Ils s’imposèrent peu à peu , l’endroit correspondant exactement au dessin . Tout était là , à l’identique , ou du moins tel qu'il l’avait reconstruit dans sa mémoire . Le monument se dressait à l’écart , presque oublié , comme s'il n’appartenait plus vraiment à ce paysage , l'être céleste semblant penché en avant , dans un mouvement suspendu , entre chute et envol . Il y était venu avec le carnet , ne sachant pas pourquoi il l’avait gardé , ni pourquoi il l’avait apporté .  Il faisait si froid . Le vent passait avec un bruit sec entre les arbres .

Peu de monde , à cette heure . Ou peut-être qu'il ne les voyait pas . Pourtant , c’était là qu'il devait l’attendre ! Mais ce n’était plus elle ! Une autre femme , immobile , avait pris maintenant sa place devant la fontaine , bien que rien dans son style vestimentaire ne le suggérât ouvertement . Lorsqu’elle s’approcha de lui , il remarqua tant son angoisse que sa nervosité ! 

- Vous ne devriez pas être ici !

Sa voix était grave et ferme . Il ne lui avait pourtant pas répondu , attendant autre chose , peut-être , qu'une mise en garde , un petit mot d'accueil , une quelconque explication ? 

- Partez ! , avait-elle insisté . Vous êtes en danger !

Tout cela , sans doute , était censé lui faire peur , malgré toute la peine qu'il avait prise pour honorer ce rendez-vous que son étudiante parisienne lui avait tacitement donné avec ce carnet remplis de notes , lui aussi négligemment oublié , de même que son ancien élève : 

- Si jamais tu viens là-bas , passe un coup de fil !  
Oui , il aurait dû en sourire à cause de ce qu'il prenait certainement pour une mise en scène , une nouvelle blague de cette prof aux plaisanteries facétieuses ! De loin , il se rappela avoir demandé à cette femme si elle connaissait la danseuse ,  et si tout cela avait un sens . Elle avait hésité , lui sembla-t-il , une fraction de seconde .

- Il est déjà trop tard pour poser ces questions !

Le vent faisait , autour d'eux , tomber les feuilles qui , avant de toucher le sol , tourbillonnaient lentement , comme si leur décor lui-même hésitait encore à vouloir continuer de jouer cette mascarade . C'est alors que , rempli soudain de peur , il se dit que , peut-être , il était tombé dans une sorte de piège !

16 - Ce rendez-vous n’en avait que l'apparence . On ne lui avait pas donné d’heure précise .  Uniquement ce dessin d'une silhouette d’ange , ailes ouvertes ,  dans un carnet , grossièrement esquissée , au-dessus d’un socle ... Il l’avait reconnu sans certitude : une statue dans un parc , à l’entrée d’un pont . 

Lorsqu'il lui parla de Paris , des cours de Christie , son interlocutrice le fixa longuement . Puis quelque chose changea dans son expression .

Non pas de la surprise , mais de l’inquiétude .

Elle avait détourné les yeux .

- Vous nauriez pas dû venir .

- Pourquoi ?

Elle hésita un moment .

- Parce qu'ils savent , maintenant .

- Quoi ? Qui ?

Elle esquissa un demi-sourire , sans joie.

- Vous posez bien trop de questions !

Le vent s’était levé davantage , faisant s'envoler une brume de fines gouttelettes de rosée .  

- Écoutez-moi . Partez !

- Et Christie ?

Elle avait brusquement reculé , cette fois .

- Ne prononcez pas ce nom , surtout pas ici !

Un instant , le visiteur crut qu’elle allait ajouter quelque chose , une explication , même fragmentaire qui le fit se rapprocher d'elle . 

- Ils se sont trompés , murmura-t-elle .

- Qui ça ?

Elle secoua la tête .

- Ça na plus dimportance mais ils voudront corriger leur erreur .

Cette phrase avait eu sur lui un étrange effet , comme si elle venait confirmer une intuition qu'il refusait encore de formuler .

- Vous êtes en train de me dire que , à cause dune erreur , je suis en danger ?

- Non , répondit-elle . À cause dune ressemblance .

Elle ajouta , plus bas :

- Et dans leur monde , ça suffit .

Maël voulut en savoir plus et comprendre pourquoi Christie avait impliqué cet homme dont il avait pris la place , et ce qu’il avait fait . 

Mais déjà , elle s'apprétait à partir .

- Écoutez-moi bienDonnez-le moi ! , dit-elle simplement .

Comme convenu , il lui tendit alors le précieux cahier qu'elle n'ouvrit pas tout de suite , le prenant d'abord comme on vérifie une consistance , un poids . Puis , elle en tourna quelques pages , rapidement , ses doigts le feuilletant à un endroit précis .

- Je crois qu'on a eu raison de vous faire confiance , lui dit-elle d'un air ironique .

- Où se trouve-t-elle ? , insista-t-il encore .

17 - Elle avait relevé les yeux vers lui . Un instant , le voyageur crut reconnaître l'ombre du rire de Christie . Elle lui ressemblait sans lui ressembler . Même port de tête . Même manière de s’arrêter avant de parler . Mais quelque chose de plus dur dans le regard . Moins d’hésitation .

- Si elle a fait ça , cest quelle navait pas le choix , se contenta -t-elle de lui répondre . Partez , maintenant ! Quittez la villeChangez de nom , si vous le pouvez . Mais , avant toute chose ...

Elle hésita .

- Nessayez plus de nous retrouver !

La phrase était presque identique à l' autre , celle qu'il avait déjà oubliée .

C’est à ce moment-là qu'il remarqua la présence de deux hommes . Trop loin pour entendre . Trop proches pour être indifférents . Ceux-ci ne regardaient pas directement vers eux . Mais leur immobilité avait quelque chose de volontaire , témoignant physiquement d'une impatience , d'une attente . Il fit un mouvement , pendant que la femme posait plus fermement la main sur le carnet .

- Ne vous retournez pas !

Presque figé , il la supplia , dans un  murmure :

- Ils sont là ?

Oui .

Le vent avait traversé l’allée , soulevant les feuilles telles des âmes tournant comme un nuage sombre dans l'eau du ciel , avant de retomber mouillées tout autour de la statue .

 

 

FIN DE LA 1ère Partie

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVII - Christie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

Notes :

 

32 - Cathédrale américaine de Paris ( American Cathedral in Paris ) , également cathédrale de la Sainte-Trinité ( Cathedral of the Holy Trinity ) , 23 , avenue George-V - 75008 .

33 - Fontaine Bethesda , ornée de la " Statue de l'Ange " , se situe au centre de Bethesda Terrace à Central Park ( New-York ) . 

 
Lire la suite
Publicité

Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VI - L'Une ou L'Autre ( New-York , Automne 1978 / Octobre 1980 ) .

20 Octobre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Hôtel Wellington New-York

Hôtel Wellington New-York

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI - L'Une ou L'Autre

       ( New-York , Automne 1978 / Décembre 1980 )

         

 

 

 

 

" John Ferris s'éveilla dans la chambre d'un hôtel de New-York .

Il avait le sentiment qu 'une chose déplaisante l 'attendait - Quoi ?

Il n 'en savait rien ... " 

 

Carson Mc Cullers - " The Sojourner "  ( Celui Qui Passe ) *

 

 

 

 

    

 

 

 

11 - Il n'avait jamais eu l'occasion , jusqu'à maintenant , de découvrir " pour de vrai " New-York et ses orgueilleux gratte-ciel . Sinon , comment expliquer en lui ce sentiment de toucher à son tour , pour la première fois , la " Terre Promise " ? Quelqu'un d' " Experiment " était venu l'accueillir à l'aéroport Kennedy , un jeune blanc-bec aux allures de clergyman bon chic , bon genre - pantalon de velours côtelé , chemise écossaise à carreaux - membre , comme lui , de cette association d'échanges culturels chargée de placer des étudiants friqués d'Europe dans des familles américaines rigoureusement choisies . ( 25 )

" Bienvenue ! Welcome ! " , claironna-t-il d'un surprenant accent russe , avec un air ironique sous sa belle barbe blonde . 

S'envoler dans les nuages , puis partir au-dessus de la mer majestueuse , n'était-ce pas quelque chose de magique où , d'un coup d'oeil , on pouvait saisir toute la beauté d'un paysage par le hublot de l'appareil , mais il se demandait pourtant , lui , l'insignifiant passager , si ce point perdu au loin , frêle esquif à la surface des eaux de la surface océane , avec sa coque infime semblant scotchée , immobile , contre l'immensité du ciel bleu , avait quelque chose à voir avec l'autre réalité , celle de l'avion dans lequel il se trouvait , comme une image inversée de sa petite aventure de " spectre monstrueux d'un univers détruit " , celui dont parle ce poète quand il décrit le triste refuge de l'homme déchu , île minuscule ou , peut-être , grain de sable au milieu de nulle-part d'où , jeté comme une épave à l'océan du vide " , il ne peut encore imaginer , misérable créature y rampant , la traînée d'azur spirituel qui emportera son double là-haut , dans les nues , mystérieux point de suspension vers l'au-delà ? ( 26 )

Nul ne s'élance ainsi impunément vers le " Nouveau Monde " ! , se mit-il à réfléchir , et personne , sans conséquences , ne peut traverser cette " pièce d'étoffe grise aux mille plis légers " qu'ondule sans cesse , depuis les profondeurs de l'abîme , la prairie des vagues changeantes venant toujours , comme des âmes , tutoyer de leur jaillissement d'écume éphémère , le silence de l'éternité ! ( 27 )

Alors , " voir le monde dans un grain de sable , tenir l'infini dans le creux de la main ... " , se dit-il d'un air plutôt mélancolique , avant , bientôt , d'abandonner son coursier des airs pour une espèce de paquebot-corvette , vieille Chevrolet se mettant à traverser triomphalement le gigantesque cimetière touchant la métropole new-yorkaise de ses milliers de tombeaux , barques immobiles brûlant , des ultimes feux du couchant , les hautes falaises des murailles d'immeubles déjà tout cramoisis sous la lune blanche ... L'inconnu le laissa au " Wellington " , près de Central Park .

( 28 )  

Epuisé par le décalage horaire , il n'eut alors pas la force de ressortir , se contentant d'observer par la fenêtre à demi ouverte les ombres furtives du crépuscule .

Puis , après s'être écroulé sur le lit comme une masse , il s'agita d'heure en heure , telle une marionnette ensorcelée par les bruits sauvages des diables de la nuit !

 12 -  " L'avez-vous vue ? " , aurait-il voulu , ensuite , leur demander , à tous ces passants de la 5ème avenue , deux ans plus tard , les yeux remplis d'espoir , mais brillants de fatigue à cause du " jetlag " , tout en arpentant les artères venteuses de la " Grosse Pomme " avec une détermination difficilement renouvelée , ayant renoncé à interroger les gens , comme à leur présenter une éventuelle vieille photo que , sans trop y croire , il aurait sortie de sa poche en secouant la tête , semblant vaguement se souvenir de son visage , mais personne , se persuadait-il , ne saurait vraiment lui dire où elle pouvait bien être ce jour-là . 

Il y avait , en effet , deux automnes que , s'étant trouvé tellement désarmé après le départ soudain de " son " autre américaine venue , aurait-on cru , pendant une semaine de ski , mettre le feu à son coeur avant de l'abandonner avec tant de froideur le 4 juillet , jour de l'indépendance américaine , il avait répondu à une petite annonce dans un journal anglophone de la capitale , pour un cours d'anglais . ( 29 )

Car , à l'époque , il se sentait vraiment seul à Paris . La jeune " prof " lui avait parlé avec tant de gentillesse de son pays d'origine , la Hongrie , puis de sa ville natale au bord de l'Hudson River ! C'était si étrange lorsqu'elle lui avait décrit ses cours de mime et de danse à l'école parisienne , qu'il était tombé sous le charme de son sourire d'étudiante , un peu comme si elle lui avait tendu les bras ! Mais un jour , elle aussi , comme l'autre , avait disparu , s'étant brutalement envolée vers d'autres cieux , le temps , de raviver sa souffrance ... ( 30 )

Alors , ça t'étonne de me voir ici , n'est-ce pas  ? , se serait-il apprêté à lui dire plus tard , sans lui avouer qu'il se préoccupait plus de l'autre , Virginia , et qu'elle n'était qu'un leurre , en fait , en ses pensées , tournées en ce jour de quête vers l'amie de Villeneuve qu'il aurait tellement désiré retrouver , mais perdue de vue depuis si longtemps , lui cachant l'autre nouvelle de ce 8 décembre , plongeant toute la ville dans un mélange de choc et de tristesse pour quelqu'un qui emportait avec lui une partie de la jeunesse et de la mélodie de l'époque ! Puis , sortant du choeur de la cathédrale Saint-Patrick où il avait , à genoux devant une statue de Marie ornée d'un bouquet de roses rouges , longuement médité , il s'était ensuite dirigé d'un pas rapide et souple vers l'Hudson en ce jour de froidure , et précisément là , il s'était mis à longtemps réfléchir , contemplant  le sombre miroir d'eaux tumultueuses du fleuve , image de l'amour et de son propre Destin ! ( 31 )   

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVI - L'Une ou L'Autre ( New-York , Automne 1978 / Décembre 1980 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

Notes :

 

25 - " The Experiment in International Living " est une association proposant des séjours chez l'habitant .

26 - "Poèmes Barbares " - "Clair de Lune " , I ( 1862 ) , par Leconte de Lisle ( 1818 - 1894 ) .

27 - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 ) , par Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

28 - Auguries of Innocence : " To see the world in a grain of sand , hold infinity in the palm of your hand ... " , vers fameux de William Blake ( 1757 - 1827 ) , poète et peintre anglais , dans "The Pickering Manuscript " ( 1803 ) .

     - Balade Au Pays des Ombres ( Cycle de L'Etoile IV ) 3 , " Histoire d'une Mystérieuse Inconnue " ( Journal de Yann Kervern , III ) - 3 - La Chambre du " Wellington " - copyright 2018 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

29 - The Big Apple ( en français : La Grosse Pomme ) , l'un des surnoms de la ville de New-York .

30 Le Jongleur à L'Etoile ( 1 ) - Mein Diwar Va Hent - 9 - Christie - Décembre 1983 / Septembre 2008 / Avril 2020 ( Version Française ) - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - juin 2020 .

31 - Auberive ( Cycle de L'Etoile III ) , 5 - Villeneuve - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

 

 

 

 

 

 

             

 

   

Lire la suite

Le Piège - Prologue - Balade Printanière - V - L'Homme à la Valise .

15 Août 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

L'Homme à la Valise - Sculpture de Bruno Catalano

L'Homme à la Valise - Sculpture de Bruno Catalano

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

Prologue 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Balade Printanière

 

 

 

 

 

 

 

V - L'Homme à la Valise

         

         

Pour Gwenvael Andon

 

 

 

Pour un séjour aussi bref , voilà une bien grande

  valise ... "

Julien Green ( 1900 -1998 ) - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 )

 

 

 

    

 

 

 

9 - Qui donc avait naguère évoqué ici la douceur de vivre ? ( 20 )

     C'était plutôt le souvenir de violents orages dont il avait gardé le souvenir , d'une mer écumante sous les imprécations du Mistral sauvage venu de l'ouest , avec ses senteurs capiteuses de tamaris et de cyprès , balayant avec force la poussière des rues comme les illusions clinquantes des nouveaux riches de la Côte . L'odeur âcre de la pluie , ensuite , qui tombe en déluge , ravinant la terre , et creusant ses rigoles toutes rouges jaillissant sur le bitume fondu .

Et puis la lumière crue , éblouissante , chauffant à nouveau le paysage , qui vous écrase de toute la puissance d'un soleil impérial ! 

Il se sentait " quelqu'un comme çà  " , étouffant comme Le Clézio dans sa petite chambre anonyme d'une ville étrangère , y trouvant refuge aussi , malgré tout , dans la lecture toujours recommencée du livre de sa souffrance intérieure , ses fenêtres parfois grand ouvertes sur le large et sur une végétation quasi-luxuriante aux manifestations brutales , presqu'imprévisibles ! ( 21 )

     Mais aussi , que d'après-midi solitaires , pendant les interminables vacances d'été , caché derrière la bienveillante pénombre tamisée des persiennes closes , tandis qu'une chaleur de plomb semblait défier toute vie à la surface et qu'allongé sur un tapis de poussière , il se mettait à lire les aventures de Wilfred Ingram , qui ressemblaient un peu aux siennes parce qu'il croyait qu'elles lui parlaient du profond silence bourdonnant à ses oreilles contre le mur de sa propre solitude !

" Mais on ne commande pas plus à ses émotions qu'on ne commande à l'amour ! , disait l'auteur .

    Sans doute était-il bouleversé , comme le héros , par la présence diffuse en lui de ces sentiments bizarres profondément dissimulés qui pourraient bien ressurgir à l'improviste un jour , comme une tempête plus imprévisible que toutes les forces de la nature qui l'entourait !

" Jamais les hommes n'agissent d'une façon tout à fait étrange que lorsqu'ils sont seuls ... " Mais le sont-ils vraiment ? Peut-on comprendre ce qui les enferme et déchiffrer des signes qu'ils ne sauront jamais vraiment reconnaître ? ( 22 )

 

10 - Sa valise à lui , il la porterait bien plus tard , mais elle contenait déjà , en germe , ces ingrédients particuliers , comme consignés dans l'oeuvre de Green , du " Grand Livre " de sa propre destinée , bien différente , certes , de celle de son vendeur de chemises , mais , curieusement , que faudrait-il comprendre de ce qu'on nomme improprement " réincarnation " , sinon cet ensemble en gestation , dessein d'une recette individuelle conçue par le Créateur à partir de mille détails , comme Sa signature , à travers le ciel , en forme d'une météore figurant le parcours particulier d'une âme soudain jetée dans l'existence ?

Il n'était pas ce fauve avide de chair fraîche , et ses amours de lion sauvage demeuraient plutôt platoniques tant il avait du mal à les exprimer dans ce monde où il ne se sentait pas à sa place et qu'il fuyait dans un dialogue familier avec ceux d'en haut , dans la littérature ou la musique .

Avait-il seulement conscience , en lisant ce livre , que tout se trouvait là , sous ses yeux , dans la fumée du train passant en bas de la résidence et qui , un jour futur , proche du crépuscule, allait transporter celle qui viendrait vers lui sans jamais le rencontrer ? Dans le bruit diffus des avions de l'aéroport qui allaient le conduire aussi vers New-York et vers ces états des coeurs solitaires du sud , si chers à Carson Mc Cullers et William Styron ? ( 23 )

Quant à Phoebé Knight , ne ressemblait-elle pas un peu à la jeune fille de Saint-Louis croisée dans une station de sport d'hiver des Alpes quelques années plus tard ? ( 24 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

FIN DU PROLOGUE

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Balade PrintanièreV - L'Homme à la Valise - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

 

Notes :

 

20 - " La Douceur De La Vie " , 1939 - Douster Ar Vuhez - A Gentle Way Of Life  , Tome XVIII des " Hommes de Bonne Volonté " , suite romanesque publiée enre 1932 et 1946 par Jules Romains ( 1895 - 1972 ) écrivain , philosophe et dramaturge français . 

21 - " Quelqu'un Comme Ca  " ( Unan Bennak Evel-Se ) , Recueil de poésies " La Rose et le Dragon " , II , Copyright 2021 Dan Ar Wern / Omniscriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés / Pep gwir miret strizh / All rights reserved  .

22 - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) , roman de Julien Green ( 1900 - 1998 ) , de l'Académie Française .

23 - " The Heart Is a Lonely Hunter " ( 1940 ) roman de Carson Mc Cullers ( 1917 - 1967 ) publié en français sous le titre " Le Coeur est un Chasseur Solitaire " .

     - William Styron ( 1925 - 2006 ) , auteur de " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , 1951 ) et du " Choix de Sophie " ( Sophie's Choice , 1979 ) .

24 - Personnage de " Chaque Homme dans sa Nuit " - Voir note 1 .

Lire la suite

Le Piège - Prologue - Balade Printanière - IV - Une Clarté sous la Lune .

27 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Prologue - Balade Printanière - IV - Une Clarté sous la Lune .
Le Piège - Prologue - Balade Printanière - IV - Une Clarté sous la Lune .

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

Prologue 

 

 

 

 

 

 

 

Balade Printanière

 

 

Pour Gwenvael Andon

 

 

 

 

IV - Une Clarté sous la Lune

         

         

" Ce qui ne peut danser au bord des lèvres , s'en va hurler au fond de 'âme ... "

Christian Bobin ( 1951 -2022 )

 

" L'homme réclame sourdement les ailleurs pour répondre mieux à la question incessante : Qui suis-je  ? " 

Henri Queffélec ( 1910 - 1992 ) - " Promenades en Bretagne " ( 1969 ) . 

 

     5 - Il était une fois , dans les ruelles ensoleillées de Nice , un jeune Breton qui , ayant quitté sa terre natale depuis des lustres , ne pouvait que se sentir étranger dans cette ville qu'il jugeait superficielle de la Côte d'Azur . Les vagues de la Méditerranée , bien que magnifiques , n'étaient pas assez sombres pour lui faire oublier les embruns de l'Atlantique et les landes sauvages de sa Bretagne intérieure . Il ne croyait pas alors , comme dirait un chanteur plus tard , que la vie soit une simple succession de paragraphes conclue par un point , la voyant plutôt , lui , l'adolescent révolté , comme le " Titanic " percuté par un iceberg , ou , parfois , telle une vaguelette aux reflets grisâtres venant s'échouer sur le bord tranquille des rivages de sa mémoire , dans le Golfe du Morbihan . ( 7 ) 

Parce que c'était par cette couleur , à cinq ans , lors d'un court voyage à bord d'une petite barque bretonne dont il ne pouvait déjà plus déchiffrer les signes annonciateurs , n'en soupçonnant ni la distance , ni les promesses , n'en mesurant , non plus , les futurs périls , que son âme de jeune matelot fut profondément marqué , même si c'était à Guer ( Gwern-Porc'hoed ) , hôpital de Bellevue , par une fin d'après-midi d'octobre , qu'il était venu au monde , un mardi , vers 16h30 , dans un bâtiment de schiste marqué d'une croix rouge , en lisière du camp militaire de Coëtquidan ( Kamp Koetkidan ) ( 8 )

Les lieux comme le moment d'une naissance restent marqués d'une trace indélébile et particulière : " Il Automne " , chantait Barbara , évoquant sans doute plus le temps de la mi-novembre .

Il automne à pas craquants

Sous un ciel pourpre et doré ,

Sur les jardins dénudés ,

Se reflètent en transparence

Les brumes d 'automne rouillées ... " ( 9 )

         Figurez-vous , alors , les fabuleux paysages de la légendaire Brocéliande et les premiers brouillards charroyant , pour la revêtir , leurs lambeaux de grisaille cotonneuse à l'horizon , blancs linceuls s'accrochant comme un costume aux cimes des sapins fleuris de quelques boutons d'or ou genêts , la saison paraissant magnifique dans son cortège de feuilles mordorées que le soleil matinal enveloppait d'une faible lumière , tourbillons de cendres , poussières virevoltant au vent , vestiges d'une folle jeunesse enfuie aux yeux nostalgiques d'un gosse rêveur n'arrivant  jamais à les rattraper ... 

Mais soudain ... Lorsqu'il eût quitté l'étroit chemin départemental pour progressivement s'enfoncer dans le silence des grands arbres noirs , le gamin découvrit sur une verte prairie perdue dans les nimbes de l'aube , au milieu des vagues reflets d'une pièce d'eau lumineuse , immobile , cette longue bâtisse moirée de brume aux fenêtres toujours closes qu'une princesse toute blanche honorait parfois , la nuit , de sa présence , comme le lui avait raconté sa mère , il s'en souvenait maintenant , pour le dissuader de s'aventurer tout seul dans cette immense forêt !
        
Quel visage d'ombre s'approchait alors de lui , sous la tonnelle au souffle léger de verdure ? 
" Où est la Bien-Aimée ,
  Où est la Demoiselle
? ( 10 )

6 - Un jour, alors que , sur l'avenue de la Victoire , il flânait à la recherche de quelque chose pouvant apaiser sa nostalgie , il tomba par hasard sur un petit magasin de disques , vestige des temps anciens .

Poussé par un inexplicable pressentiment , le promeneur entra , puis , parcourant les rayons , fut attiré par une pochette ornée de motifs celtiques décorant l'album d'un chanteur du nom de Gwenvael Andon , peu connu , lui expliqua d'un air ironique le jeune vendeur à l'accent parisien , mais qui commençait , paraissait-il , à faire parler de lui là-bas ! Perplexe ,il acheta le disque sans dire un mot , rentrant chez lui avec une certaine impatience . ( 11 )

Mais dès que la première note eut résonné dans son petit appartement niçois , quelque chose d'étrange se produisit . Les mélodies anciennes , les paroles empreintes de légendes et de récits celtes réveillèrent sans doute en lui émotions et souvenirs d'un temps qu'il avait dû laisser dans l'inconnu , comme cet idiome qu'il s'était amusé , jadis , à inventer lorsqu'il tentait de fuir ,
le soir , l'angoisse particulière d'être confronté à tous ces garçons bizarres de l'école qui ne le comprenaient pas .

La voix du barde , au contraire , lui chantait les épopées d'un âge passé à reconstruire dans le futur , l'amour de la terre bretonne et l'esprit d'indépendance qui avait toujours animé son coeur comme celui des chevaliers de l'antique Duché d'Armorique , et chaque chanson prenait l'allure d'un voyage à travers la Bretagne , invitation pressante à redécouvrir sa langue et son héritage ancestral !

7 Ne dit-on pas , d'ailleurs , que l'âme est un paysage , qu'il serait vain de croire qu'elle pourrait être interchangeable , même si l'apparat d'une culture étrangère venait à la déguiser , que nous sommes sans doute façonnés par nos souvenirs , notre milieu , notre langue , mais que chaque vie est un engagement . 
Plus tard, grand voyageur , il n'avait jamais pu cesser de la poser à tous les horizons de la Terre , cette question que lui avait suggéré Henri Queffélec dans son livre , " Promenades en Bretagne " . ( 12 )

A cette époque , il croyait sincèrement , sans doute , trouver encore la solution de l'énigme . 

Ainsi va l'adolescence qui , tel Alexandre , s'élance , enthousiaste et naïve , à la conquête du monde ! ( 13 )

A-t-elle vraiment le souci de sa quête intérieure ?

Connais-toi toi-même , ordonne la sentence , et tu connaîtras l'univers et les Dieux ". ( 14 )

D'un tempérament plutôt mélancolique , renfermé , la timidité de sa nature , alors qu'il n'était qu'un simple élève de 4ème au Lycée du Parc Impérial de Nice , l'empêchait parfois de parler en public . Il devais avoir 13 ou 14 ans , gardant en lui le souvenir cuisant d'un questionnement douloureux sur un travail scolaire qu'il devait rendre à son professeur de français , bonne pâte au demeurant , mais qui s'était mis à arpenter la classe avec l'idée , peut-être , cruelle , de trouver une nouvelle victime . Et , par malheur , il avait pointé son doigt sur lui en attendant longuement qu'il prenne la parole pour lire son texte à la classe , ayant fini , lassé , par poser son auguste postérieur sur le bout de son pupitre , et , de son visage accablé , considérant maintenant sur le sien cette expression rougissante et pitoyable comme on regarde la souffrance d'une bête curieuse ! 

Quoi de plus angoissant que d'être paralysé par la crainte en vérité ? Quoi de plus dur aussi que de se sentir écrasé par l'impression d'une étrange solitude ?

Ce jour-là , témoin d'une blessure silencieuse , mais profonde , était resté gravé dans sa mémoire !

Il avait du baisser la tête , avec la sensation pénible de tous ces yeux , devant lui , scrutant sans pitié un point crucial d'interrogation : sa différence les troublait !

Peu à peu , il lui avait fallu , comme Gilliatt , combattre la pieuvre , celle de ses démons intérieurs , celle qui , monstrueuse , l'empêchait de voir , au-delà de ses propres abîmes , l'âme-fleur d'une Bretagne sylphide : 

Je veux rêver , perdre mon chemin ... ( 15 )

Maintenant qu'il avait pu remonter du gouffre , afin d'entrevoir , lui aussi , " une clarté sous la lune " , que lui importait le monde extérieur , en vérité , à moins qu'il ne l'entraîne vers le large ?

Être abandonné c'est être délivré  " , notait encore le Maître . ( 16 )

 Lorsqu'il marchait dans la montagne , il se sentait un peu chez lui , tel un " Voyageur Au-Dessus des Nuages " , près du sanctuaire de la Madone de Fenestre ou dans la Vallée des Merveilles ... ( 17 )

Longeant au Cap-Ferrat la Pointe Saint-Hospice , il lui arrivait de questionner l'éternel balancement des vagues venant échouer sur la grève leur vaisseau-fantôme de l'autre " grande Tombe " scintillant là-bas sous le soleil et la pluie , lointain rivage lui évoquant ses jeux d'ombre au pays mystérieux des légendes , celui de la Fontaine Enchantée ...

( 18 )

Non , ce n'était pas possible ! 
La République  " une et indivisible " dans laquelle chacun vivait si prosaïquement ne pouvait incarner sa Terre promise ! 
Il retrouvait plutôt celle-ci dans la lecture passionnée de " Quatre-Vingt Treize " , l'un des derniers chefs-d'oeuvre de Victor Hugo , ce grand visionnaire du génie celtique .

Elle prenait les traits d'un farouche résistant dans lequel il se reconnaissait , le marquis de Lantenac N'était-il pas un chouan , lui aussi , un sauvage , quand il rêvait devant les illustrations fort belles du dessinateur Diogène Maillart dans l'édition 1876 d'Eugène Hugues ?

De même , certains noms , de sonorité armoricaine , Tellmarch , Halmalo , trouvés dans le livre , l'inspiraient , résonnaient en lui .

A quinze ans , l'exilé se sentait l'âme du jeune François-René dans son donjon de Combourg , se rappelant encore ce bel été 1967 passé sous le regard bienveillant de la " Pendine " avant qu'au pied de cette montagne , enneigée parfois dès le 15 août , la station de Puy-Saint-Vincent ne devînt trop à la mode . C'était là , pourtant , qu'il avait dévoré d'un seul coup les " Mémoires d'Outre-Tombe "  ! ( 19 )

L'histoire d'Hervine Magon lui plaisait particulièrement , " qui riait de plaisir et pleurait de peur  " . ( I , 5 )

Elle lui parlait de sa propre enfance . En la lisant , il retrouvait le souvenir d'une petite fiancée bretonne , " Maloute ", jolie princesse blonde au bras de son preux chevalier qui arborait lui-même une magnifique barboteuse , non loin de l'antique forêt de BrocéliandeIl subsistait encore , d'ailleurs , de vieilles photos les représentant auprès de leurs montures , deux vélos d'enfants .

Grâce à elles , ressuscitaient aussi par miracle toutes les images de son passé : les folles aventures dans la lande lorsqu'il suivait les équipées de sa soeur Mariannig , véritable chef de bande et garçon manqué l'entraînant toujours de gré ou de force à l'y suivre , sans parler de sa nostalgie des noëls d'autrefois ...

L'Îlot Haut , Bellevue , il arrivait que ces noms résonnent dans sa tête : le Camp de Coëtquidan , son hôpital militaire peint d'une grande croix teintée de sang ( celui des Templiers ? ) qu'il avait toujours sous les yeux .

C'était un petit soldat de plomb sur une étagère , majestueux cavalier St-Cyrien coiffé de son shako , avec un casoar de plumes rouges-blanches , qui suffisait à faire briller dans sa nuit les couleurs magiques du lieu béni de son enfance ! 

8 - Inspiré par cette musique envoûtante , il était donc , cette année-là , revenu en Bretagne pour les vacances , désireux de renouer avec ses racines , rêvant de trouver un pays aussi libre et mystérieux que celui évoqué dans le disque , et d'y ressentir , surtout , cette connexion profonde avec lui , en visitant les lieux chantés par Gwenvael .
Cependant , à son arrivée , la réalité se révéla très décevante . La terre de sa prime jeunesse avait beaucoup changé , de même que les petites villes , devenues trop touristiques , les plages autrefois désertes paraissaient bondées , l'esprit d'indépendance semblant s'y être aussi dissipé dans le confort moderne . Il visita bien quelques sites historiques de cette forêt d'enchantement dont le nom dont on l'affublait lui paraissait maintenant aussi ridicule que celui de la sirène " pin-pon " des pompiers , faisant même une escale dans un bar où vraiment l'on n'avait aucune idée de l'existence d'un chanteur du cru , ignorant jusqu'à son son patronyme , et qui diffusait seulement les tubes franchouillards classiques des années soixante ! Quant aux falaises sauvages de l'Armor , il eut peine à y retrouver cette magie puissante que l'artiste avait , malgré tout , tenté d'insuffler par sa musique .

Malgré cette déception , quelque chose avait changé en lui . Il avait compris l'importance de son identité , que sa patrie véritable n'était pas seulement un lieu géographique , mais une partie de lui-même , un sentiment fortement ancré dans son cœur et que l'artiste avait su ranimer . Même si la réalité ne correspondait pas au rêve , l'esprit celte vivait en lui , vibrant à chaque note de musique , à chaque légende racontée .

De retour à Nice , il continua sa quête , mais avec une nouvelle perspective , celle de se battre pour défendre la conception qu'il avait adopté , par instinct , de l'histoire , qui n'était pas celle d'une république jacobine où l'on ne voulait voir qu'une seule tête . Il apprit à lutter pour la différence , un pied en Bretagne et l'autre dans les étoiles , cherchant une nouvelle manière de concilier en lui ces deux univers , devenant comme un ambassadeur de la culture bretonne sous le soleil de la Méditerranée , s'inscrivant aux cours par correspondance pour apprendre la langue de ses ancêtres ! C'est ainsi , pensait-il souvent , que les racines peuvent transcender les distances et les déceptions !

             


( A Suivre )

 

 

 

                                 ___

 

DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Balade PrintanièreIV - Une Clarté sous la Lune - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

Notes :

7 - Citation de Charlélie Couture , chanteur , peintre , photographe et romancier né à Nancy le 26 février 1956 .

   - Naufrage du " Titanic " dans l'Atlantique nord ( nuit du 14 au 15 avril 1912 ) .

   - Le golfe du Morbihan ( Mor Bihan Gwened ) est une mer intérieure d'une longueur est-ouest de 20kms parsemée de nombreuses îles et îlots . " Mor bihan " signifie " petite mer " en breton .

8 - Le camp militaire de Coëtquidan  ( Kamp Koetkidan ) , proche de la ville de Guer ( Gwern-Porc 'hoed ) , s'étend sur six communes bretonnes dans le nord-est du département du Morbihan .

- " Il Automne " , chanson de Barbara sur son album " live " à l'Olympia - Copyright 1978 Barbara / Philips - Tous droits réservés .  

10 - " Images d 'Alain-Fournier " ( 1938 ) , par Isabelle Rivière ( 1889 -1971 ) , soeur de l'écrivain .

11 - Ancien nom de l'avenue Jean Médecinprincipale avenue commerçante de Nice partant de la place Masséna , qui abrite d'immenses centres commerciaux et des boutiques de célèbres créateurs .

12 Promenades en Bretagne " ( 1969 ) , par Henri Queffélec .

13 - Alexandre le Grand (  fils de Philippe II , élève d'Aristote et roi de Macédoine à partir de , il devient l'un des plus grands conquérants de l'histoire en prenant possession de l'immense Empire perse et en s'avançant jusqu'aux rives de l'Indus .

14 - Phrase gravée sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes .

 

15 - " Bretagne  " , par Dan Ar Wern , in " Le Chemin Perdu " , 1992 - Tous droits

réservés - copyright 2017 Dan Ar Wern / OmniScriptum GMBH & Co - Editions " Muse " - Alle rechte vorbehalten .

 

16 - " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , Victor Hugo .                     

 

17 - " Le Voyageur au-dessus de la Mer de Nuages " ( Der Wanderer über dem Nebelmeer , 1818 ) , tableau de Caspar David Friedrich ( 1774 - 1840 ) , peintre romantique allemand .

 

18 - Mont Tombe ( ou Mont-Saint-Michel ) , îlot de Tombelaine .

 

19 - " Mémoires d'Outre-Tombe " ( 1809 - 1841 ) ,  Chateaubriand .            

Lire la suite
Publicité

Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - III - Traversée .

25 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - III - Traversée .

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Traversée

         

         

 

 

" Comme de longs échos qui de loin se confondent

  Dans une ténébreuse et profonde unité ,

  Vaste comme la nuit et comme la clarté ,

  Les parfums , les couleurs et les sons se répondent  ... "

Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal "

( 1861 )

Spleen et Idéal , IV - Correspondances .

 

 

 

    

 

 

 

    3 - Longue réflexion sur le sens d'une possible redéfinition de l'existence quand on s'est enfin débarrassé de sa première partie ayant échoué . 

A l'inverse de Rimbaud , par exemple , qui , avant de mourir , se serait demandé pourquoi il avait été la réincarnation passagère d'un poète quêteur du pays des Âmes l'obsédant particulièrement , d'où la difficulté , pour lui , de savoir ce qui , en fin de compte , avait été , dans sa vie , le plus important : mélanger les couleurs , chercher d'autres cieux ? Comme s'il lui était arrivé d'évoquer ses souvenirs d'enfance à l'intérieur de trois cercles , peut-être , en référence aux " Triades Celtiques " , prétexte à une introspection , le dernier traitant d'un long voyage dans l'espace où le héros endormi verrait , dans un songe , défiler ses souvenirs de la Terre , fragments plus ou moins significatifs d'une traversée . Ressentirait-il en lui cette envie d'en changer la donne afin de naître à nouveau ?

L'aventure , ce jour-là , serait essentiellement psychologique , intérieure , car l'âme qui demeure en nous , vivante , nous ouvre , grâce à l'Amour , toutes les portes du royaume de Dieu . Partir très loin , vers le plus profond de soi-même . Aimer , chercher dans son coeur l'illumination de l'Eternel !

 

    4 - " Ô Nuit ! Qu 'as-tu sous ton manteau qui monte en moi , invisible et puissant , et me pénètre l'âme ? " ( 4 )

       Il n'eut pas le temps de s'en rendre compte . En un éclair , pendant qu'un épouvantable orage déchirait le ciel , à une vitesse vertigineuse , la mort s'enfonçait dans la peau fragile de son corps ! 

Questionnant d'un air éperdu , l'eau grise de sa conscience , il observa le faisceau d'une lueur balayant d'ombre et de lumière sa blessure mortelle , tandis qu'au bout d'un long tunnel noir se perdait , au clair des lunes lointaines , l'évanescente trace de tous les bateaux du golfe , posés là comme des jouets ridicules sur la mer morbihannaise couleur d'acier , lisse comme du méthane , crépusculaire , et qu'au fond de son coeur ensanglanté , lui parlaient encore , fugitives , les dernières voix d'un univers disparu !  

       Qu'était-il arrivé ? N'était-ce pas là , face à la multiplicité des ondes , ce que l'on croit voir lorsqu'on regarde derrière soi sa vie passée ? L'unité de la pensée , alors que le sombre éclat de l'espace nocturne vous imprègne peu à peu et qu'il semble que ce qu'on oublie trop vite est irrémédiablement absorbé par l'imprévisible orchestration musicale d'une sourde mais envoûtante symphonie océane ? 

      Alors , toute sa vie se mit à défiler comme les scènes d'un mauvais film , aussi aléatoire et ridicule qu'une petite goutte d'eau perdue au sommet d'une immense " nouvelle vague " s'éclaire soudain , dans son effroyable déferlement , sur l'écran noir d'une salle vide !

      Et puis , dans cette obscurité , des zones d'ombre iodée , illustrant ses plus intimes frustrations , commencèrent à miroiter légèrement à la surface en gerbes d'écume frissonnantes tandis que , plus tard , des vents frénétiques , témoins d'une rage inhibée , abyssale , surgie des profondeurs de son inconscient , se déchaînèrent sur elles depuis l'horizon , faisant trembler , tout autour , les éléments d'un décor figé de carton pâte , et soudain , juste au-dessus de lui , " La tempête fit rage , striant les nues d'éclairs sauvages , puis secouant avec force les flancs du navire de ses trombes d'eaux ruisselantes , colossales , que les vents du large balançaient ensuite avec mépris contre les hublots de fer ! " ( 5 )  

Le rêveur qu'il était pourtant , qui , au début , pensait être  confortablement installé sur un fauteuil de cinéma , comprit que c'était le ciel tout entier qui voulait ,

bientôt , derrière la caméra , l'envoyer au-delà de son immense toile de projection dans l'espace , à la recherche du mystère de la Création . De plus en plus vite , il lui sembla traverser des rives oubliées , des visages même qu'il avait ignorés ou supposé appartenir à un passé lointain , tandis que d'autres plus actuels d'amours " impossibles " qu'il estimait à jamais perdus dans sa douleur au plus profond de son être où , jugé souvent trop naïf , il les dissimulait avec gêne sur sa ridicule " carte du tendre " , tentant chaque fois de survivre à leur cruelle indifférence par le souvenir d'une odeur parfumée ou d'un " flash " les révélant brutalement , l'accueillaient maintenant d'un sourire chaleureux , plein de regrets , d'infinie compréhension !

     Désormais , plus l'embarcation s'engageait loin du miroir des eaux de la Terre , sa conque de nacre lentement absorbée par les mélodies les plus subtiles des mondes célestes , plus s'opérait aussi la métamorphose du navigateur vers l'expression la plus ineffable de ses qualités essentielles , de son " moi " véritable , davantage visible depuis l'intérieur , comme si émergeait tout à coup de façon manifeste aux yeux de tous la partie immergée d'un iceberg longtemps dissimulé avec le plus grand soin .

    C'est ainsi qu'il put pressentir ou percevoir avant même d'arriver à destination , captivé , plus il progressait vers lui , par sa force indescriptible , cet Oeil énorme tout grand ouvert dans les ténèbres , qui le regardait dans l'ombre fixement ! ( 6 )

- C'est donc là que , maintenantje vais vivre , se dit-il avant de s'éveiller de ce voyage onirique ?

     

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Feuilles d'AutomneIII - Traversée - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

Notes :

 

4 - " Hymnes à la Nuit " ( Hymnen an die Nacht , 1800 ) , I , de Novalis ( 1772 -

1801 ) , philosophe et poète romantique allemand .

5 Le Livre de Virginia ( Cycle de l 'Etoile VI ) , III , 12 - Voyage dans le Passé - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

6 - Victor Hugo - " La Légende des Siècles " , première série ( 1859 ) , II - La Conscience .

Lire la suite

Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - II - Dernier Voyage .

23 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Alfred Guillou - Jeune Paysanne ( 1892 )

Alfred Guillou - Jeune Paysanne ( 1892 )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Dernier Voyage 

         

         

" Viens-tu d'un continent perdu

  Où tout chemin possède un coeur ,

  Viens-tu d'un monde légendaire ,

  As-tu découvert l'éternel

  Au paradis cybernétique ? " 

 

 

Maurice Cocagnac - " Rencontre d'un Drôle de Type " , chanson de Graeme Allwright dans son album " Des Inédits pour le Plaisir ... " - Texte de Maurice Cocagnac ( 1924 - 2006 ) - Copyright Graeme Allwright / Musikela France 2008 - Tous droits réservés .

 

 

Tel un navire qui parcourt l'onde agitée ... "

Sagesse de Salomon , V , 10 .  

 

 

    

 

 

 

    2 - Besoin de tout quitter , peut-être , son passé , sa famille , ses enfants disparus dans mille et une nuits de rêve qui vous font revoir ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , vers l'infini . Qu'en reste-t-il ? Ne sommes-nous pas nés pour mourir un jour ?

" ... Comme au tout début , vois-tu ? " , lui dit son Ange avant de repartir . Comme en 1788 ... Mais ici , rajouta-t-il d'un air triomphant , ta Bretagne a gardé son indépendance !

Un grand soleil couleur de feu avait soudain surgi tel un phare au beau milieu des étoiles du crépuscule , tandis que , pointé vers lui , défunt poursuivant son approche à grande vitesse vers l'immense noeud stellaire permettant aux âmes d'accéder à de multiples autres parcours multidimensionnels , passage obligatoire , se dressait une gigantesque Porte où ni le temps , ni l'espace n'existaient plus , la constellation de l'Oeil , comme on la nommait , ressemblant plus à un regard sans fond , miroir insondable d'un énorme globe oculaire où toutes les vies , petites gouttes lumineuses , venaient naître et revivre ensuite dans un incessant ballet d'âmes provenant de toutes les directions de l'univers !

Pareillement , sur le mur du vieil hôpital de Brocéliande où il avait vu le jour , une croix rouge était tracée , se rappela-t-il en voyant cette photo antédiluvienne qui , dans sa tête , faisait résonner la comptine que sa maman lui avait chantonnée jadis d'une voix plus douce que le monotone friselis des vagues berçant la mer apaisée du cosmos , de tout son amour et de sa tendresse de jeune paysanne bretonne , et qui évoquait , sans doute aussi , pour elle , cette époque si difficile de sa propre enfance !    

Maintenant , c'était un dernier voyage pour tous les rescapés qui , comme lui , passée la soixantaine , devaient quitter la scène en tirant à leur tour une ultime révérence à cette Terre minuscule où , pour quelques irréductibles héritiers d'un longue lignée destructrice affrontant la guerre et la famine , vivre n'était plus qu'un luxe permettant seulement de survivre ! Mais combien de conflits récurrents jamais résolus , de révolutions , leur faudrait-il encore ? , se demandait-il ...

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Feuilles d'AutomneII - Dernier Voyage - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

 

Lire la suite

Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - I - Naissance .

19 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Sidney Harold Meteyard ( 1868 – 1947 ) - Hope Comforting Love in Bondage / Espérance Réconfortant l'Amour dans la Servitude  ( 1901 )

Sidney Harold Meteyard ( 1868 – 1947 ) - Hope Comforting Love in Bondage / Espérance Réconfortant l'Amour dans la Servitude ( 1901 )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l 'auréole d 'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - Naissance

         

         

 

 

    

 

 

 

    1 - Ne sommes-nous pas nés pour mourir ? Sa vie , telle une autre , avait commencé au berceau d'un hôpital , dans une certaine innocence , au regard bienveillant d'une infirmière , puis , passé l'insouciance des jeux d'enfant , l'apprentissage enthousiaste de la jeunesse , il avait poursuivi son voyage sur ce chemin que ses parents lui avaient auparavant montré , comme eux l'avaient appris des leurs , dans un paysage dont il ne resterait , un jour , presque plus rien que quelques traces de cendres vite dispersées aux quatre vents de l'histoire , photos-souvenirs d'une vieille chanson disparue que sa chère maman lui chantonnait parfois d'une voix douce pour l'endormir , lui parlant de ce " petit Jésus qui allait à l'école en portant Sa croix sur ses deux épaules ... " ( 1 )  

          Mille et une nuits vous font ainsi revivre ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , vers l'infini . Qu'en reste-t-il ? Sinon le monotone friselis de vagues berçant le feuillage des grands arbres , comme un besoin de tout quitter , peut-être un jour , son passé , sa famille et ses enfants qui ont grandi ... Combien de guerres , de famines , de conflits récurrents jamais résolus , de révolutions , de plus ou moins tragiques destinées ? 

- Mon cher ami , lui dit en rêve un Chérubin n'entends-tu pas ce vent du soir chassant au-dessus du lac les nuagesNe vois-tu pas l 'errance de leur vie éphémère s 'achever douloureusement sur le toit du Temple des Abîmes , tandis qu 'un dernier rayon de l'étoile flamboyante se joue , triomphal , de la masse sombre du ténébreux sanctuaire par un éclat sur l 'eau de leurs guenilles ridicules , de leurs visages moqueurs , tout biscornus

" Les nuages , les merveilleux nuages ... " ? ( 2 )

          Bien plus tard , dans ce jardin de roses frémissant de la fraîcheur de l'enfance , il le reconnut qui hantait le parc d'un monastère !

          C'était là qu'en sortant de l'école , sous l'oeil attentif de sa grand-mère , il avait couru après cette nouvelle " madeleine " de Proust au goût si différent de la forêt légendaire de son tout jeune âge , autre pays de merveilles dominant , tout en-bas , la cité industrieuse d'hommes-fourmis , devenant ainsi l'enfant du Soleil qui doit s'en aller toujours plus loin , ne sachant pas très bien ce qu'il y avait en lui qui , toujours , le poussait en avant ! 

- Mais pourquoi vouloir partir ? , lui murmurait-il encore de sa voix céleste afin de le consoler , peut-être . Pour quitter ce qui te couvre de mon ombre ? Tu sais , chaque jour a une aube , un crépuscule ... Peut-être t 'aurait-il fallu apprendre à trouver d 'abord mon désert de solitude , cet écho d 'une rivière des larmes de ma nuit , ce chapelet de gouttelettes fines tombant du flanc de la colline sur cette vallée du bout du monde

- Mais ça me brûle comme feu de l'enfer ! " , se mit-il à gémir en grimpant plus haut , sur la dernière branche d'un tremble , jusqu' au bout de ses forces ! Le bonheur est-il là ? Dans la sespérance

Ici , au moins dans la naïveté de ses rêves , pensait-il, souriant au Messager , sa Bretagne avait ​​​​gardé son libre arbitre !

-Toi et moi , lui suggéra l'Ange , avec deux formes et deux visages mais une seule âmenous resterons unis par l'extase des mots , dans le silence ... ( 3 ) 

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Feuilles d'AutomneI - Naissance - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                  ___

 

Notes :

 

1 - Chanson populaire .

 

2Petits Poèmes en prose ou le Spleen de Paris " ( 1869 ) - I - L'Etranger , par Charles Baudelaire ( 1821 - 1867 ) , poète français .

 

3 - D'après " Toi et Moi " , oeuvre du poète mystique persan Djalâl ad-Rûmi ( 1207 - 1273 ) .

 

Lire la suite
<< < 1 2