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Dan Ar Wern Official Website

Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - III - Traversée .

15 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Ker Is , acrylique de Marc Mosnier

Ker Is , acrylique de Marc Mosnier

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

III - Traversée

 

 

" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse

  Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,

  Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,

  Voyage qui exige avant tout courage , probité ,

  Patience dans l'épreuve ... "

  

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *

 

 

 

 

 

 

30La mer , ce soir-là , autour de l’île Tristan , demeurait lisse , n’ayant cependant plus la même respiration , presque irréelle , comme si , suspendue , elle avait cessé , dans un silence trop vaste pour être naturel , d’appartenir au monde connu . Même les quelques goélands qui restaient en l'air s’étaient tus , dessinant dans le ciel des cercles vides , des trajectoires interrompues . Le vaisseau apparut sans vague , sans remous , presque sans déplacement perceptible .

Il était arrivé là , simplement , masse aux contours fluides , parcourue de veines lumineuses d’un bleu sombre , comme si une énergie intérieure y circulait . Sa surface , qui ne réfléchissait rien , paraissait absorber le paysage autour d’elle . Le Guern , gardien du phare , fut le premier à percevoir cette petite lueur depuis la salle des lanternes , croyant à un quelconque reflet lumineux sur l’horizon . Mais la lumière persistante , immobile tout d’abord , ne clignotait pas , ne vacillait pas , grandissant peu à peu , et semblant franchir l'épaisseur du réel , depuis une autre dimension . Lorsqu’il toucha la rive , aucun choc ne se produisit . La matière du rivage sembla l’accueillir , se déformant légèrement , comme une mémoire qui reconnaîtrait ce qu’elle n’avait pourtant jamais vu . Alors , l’île fut parcourue d'un souffle et les derniers habitants de la zone , qui n’étaient plus très nombreux , regroupés depuis des jours dans une attente sans nom , sortirent lentement de leurs demeures . Quelques dizaines tout au plus . Des visages marqués , creusés par les nouvelles inquiétantes venues de l'est . Paris , la capitale , détruite  , selon le communiqué laconique de la radio , qui avait d'abord parlé d’effondrement de l'armée , avant d'évoquer ensuite cette nuit qui avait brusquement avalé , une à une , les lumières de la ville ainsi que toute la richesse de sa prestigieuse architecture ! Aucun détail précis , pourtant , seulement des fragments de voix , des témoignages incohérents , des transmissions interrompues . Tout convergeait . Maintenant , d'après une rumeur insistante d'attaque imminente sur la Bretagne , ce serait , bientôt , le tour de l’île Longue , évidemment , base nucléaire stratégique devenue cible !

31 - Une ouverture s'était dessinée dans la coque , non pas comme une porte , mais comme une absence progressive de matière . Une forme humaine en avait émérgé . 

Lorsqu’elle posa le pied sur le sol de l’île , le silence se fit plus dense encore . Elle avançait lentement , vêtue d’une tenue aux reflets irisés , pareille à la surface du vaisseau . Ses traits semblaient à la fois jeunes et anciens , comme s’ils avaient traversé plusieurs âges sans jamais s’y fixer . L'îlien qui devait l'accueillir sentit alors quelque chose se fissurer en lui . Ce n’était pas une émotion ordinaire .

Ni admiration , ni désir au sens commun . C’était une reconnaissance brutale , presque douloureuse , comme si une partie de lui-même , oubliée depuis toujours , venait soudain d’être réveillée . Il tenta de détourner le regard . Mais c'était impossible !

Izold s’arrêta un instant , balayant l’assemblée de ses yeux clairs . Lorsqu’elle croisa ceux de Yowan , le temps sembla se contracter une seconde , peut-être moins , mais elle contenait une densité insoutenable . Puis elle reprit sa marche , entourée de ses lieutenants , dont la taille dépassait la normale , et dont la physionomie différait étrangement de celle des terriens de l'endroit .

- Vous devez embarquer ! , dit-elle avec autorité .

Sa voix ne portait pas , et pourtant chacun l’entendit distinctement , comme si elle s’adressait à lui seul . Personne , d'ailleurs , n'aurait osé lui poser de questions . Docilement , ils avancèrent , un à un , vers l’ouverture du vaisseau . Alors , complètement résignés , mais avec une lenteur propre à ces instants de doute et d'angoisse où la conscience n’a pas encore bien décidé si elle doit croire ou fuir , ils montèrent tous à bord . La commandante et son équipage , à l’intérieur , les rassembla dans une vaste salle circulaire où une lumière bleutée , organique , émanant des parois qui respiraient comme une peau vivante , enveloppait les corps , calmant les esprits . Le sol y était lisse , presque liquide . Au centre , une légère dépression formait une sorte de bassin sec , dans lequel se reflétait une lumière mouvante , comme une mer miniature en perpétuelle transforma- tion . Les réfugiés s’y regroupèrent avec résignation .

Lorsqu’elle entra dans la salle , un frisson parcourut l’assemblée , puis le silence devint total .

- Vous avez quitté un monde qui seffondre ! , leur déclara-t-elle avec une certaine solennité , dressant le tableau desespéré des derniers évènements . 

Certains baissèrent les yeux . D’autres fermèrent les paupières , comme pour contenir une douleur devenue trop vaste . Un murmure parcourut le groupe . Non pas de protestation, mais d’acceptation difficile . Quand elle leva légèrement la main , la surface du bassin central s’anima . Des formes émergèrent , d’abord indistinctes , puis progressivement reconnaissables , dessinant une cité qui s’élevait au-dessus des flots , mais aussi en dessous , comme si elle avait existé sur plusieurs plans simultanément .

- La ville d’Ys doit renaître aux derniers temps !  , s'écria l'officière tournant lentement sur elle-même , son regard croisant celui de chacun , tandis qu'un souffle collectif traversait la salle , bouleversée par ce nom chargé de légendes et d’ombres , qui semblait résonner en eux avec quelque chose de plus profond qu'ils n'arrivaient pas à définir . ( XI )

Le voyage se fit sans mouvement , en apparence . Le bâtiment glissait hors du visible à une vitesse inimaginable , puis s’immergea dans des profondeurs que nul regard humain n’aurait pu soutenir . Là , au cœur d’un océan devenu opaque , apparut une structure immense , un astronef dissimulé parmi les ruines d’une Atlantide oubliée !

Pourtant, les passagers ne se rendirent compte de rien , laissant leur esprit transformer le réel sans aucune rupture dans leur nouvel habitat s’intégrant à l’ensemble , silencieusement , comme une cellule retrouvant son organisme .

Seul Yowan perçut une dissonance , une fissure , avec , au centre de cette faille : Izold !

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

XIUne légende dit que quand Paris sera engloutie , ressurgira la ville d'Ys : Pa vo beuzet Paris , ec'h adsavo Ker-Is ( Par-Is signifiant en breton " pareille à Ys " ).

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - II - L'Île Tristan .

12 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Île Tristan

Île Tristan

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

II - L'Île Tristan

 

 

" Rien de plus fin que la sardine agonisante , qui frétille et qui meurt avec de petits cris , comme si le canot était plein de souris "  

 

Jean Richepin - La Mer , Les Gas , XI , " Les Sardinières " ( 1894 ) *

 

 

 

 

 

 

27 - Yowan Le Guern , tout d'abord , ne vit rien . Dans ce monde contraint , personne ne parlait  facilement de ce qui échappait aux systèmes de contrôle . Sa maison , mi-enterrée , mi-vivante , au pied du phare , ajustait lentement sa température en économisant chaque unité d’énergie . Au loin , les structures organiques réduisaient leur activité nocturne . Le ciel redevint noir , mais pas tout à fait vide . Il parut s’allonger comme le veilleur qui , se rendormant presque aussitôt , se mit à rêver sans transition , se retrouvant debout , tout à coup , face à la surface sombre d'un miroir . Mais ce n'était pas une glace ordinaire .

La matière en était instable , comme une eau figée en attente de mouvement , celle d'une marée grise où , peut-être , de ce lac où il avait failli se noyer , tout petit , parmi les feuilles de la forêt qui lui criaient dessus , bousculées par le vent d'automne ! Puis une forme , lentement , comme une goutte les reflétant , sembla se détacher d'elles tandis qu'apparut , peu à peu , l'ombre d'un visage qui , instinctivement , le fit s'agiter . Car ce qu’il voyait n’était pas humain !

28 - L’île Tristan , vivotant en silence au large de Douarnenez , comme détachée du reste du monde , ressemblait plus à une épave ayant , par chance , échappé à l’effacement général qu'à un refuge providentiel pour mouettes et goélands . Les marées ayant changé , les courants aussi , l’océan , devenu instable depuis l’effondrement énergétique du siècle précédent , respirait maintenant d’une manière inconnue . Certains disaient qu’il se souvenait quand même de sa grandeur passée , que la Terre , ailleurs , s’était comme vidée d'elle-même , les réseaux énergétiques s’étant tus les uns après les autres , non dans un fracas , mais dans une extinction progressive , irréversible . On avait parlé de crise , de rupture , d’effondrement ! Le gardien vivait là depuis quelques années , nommé par le gouvernement pour surveiller la zone . Il n’avait pas fui le continent , mais , au contraire , il s’en était retiré , nuance essentielle . De l'autre côté , en effet , là-bas , rongées par la pénurie , les migrations , les conflits pour les dernières sources d’énergie , villes et campagnes , peu à peu , s’étaient éteintes les unes après les autres . La capitale , même , n’était plus qu’un nom chargé de cendres et de récits contradictoires . Mais ici , sur Tristan , le temps semblait retenu . Chaque matin , l'ilien parcourait des sentiers battus par le vent , se mettant à observer les pierres levées , les racines anciennes , les fragments d’un passé que personne ne savait plus vraiment dater , croyant , ou faisant semblant de croire , que son havre n’était pas seulement une curiosité géographique , mais un vestige de la cité d’Ys On racontait partout que la ville engloutie n’avait jamais disparu . Qu’elle attendait . Que ses portes s’ouvriraient de nouveau lorsque la folie des hommes aurait oublié la lumière . Mais le monde , il s'en rendait compte , chaque semaine , en prenant sa petite barque pour aller visiter les quelques survivants d'en face , avait préféré , comme toujours , ne rien voir . Le vent , cette nuit-là , était brusquement tombé . Le militaire ne dormit pas bien . Depuis quelque temps déjà , son temps de sommeil était assez troublé par des rêves d'un genre prémonitoire au sens habituel , des images trop nettes , trop cohérentes pour être le fruit d'un simple hasard . Néanmoins , tandis qu'il s'efforçait de fermer les yeux pour vaincre sa terrible lassitude , il crut l'apercevoir , petite vibration , tout d'abord , puis , dans l'obscurité , lumière infime , suspendue à une profondeur infinie . Elle n’était pas une étoile comme les autres , certes , pensa-t-il , toute la galaxie semblant inondée , plutôt , par cette lueur fulgurante qui ne brillait pas au dedans d'elle , mais venait de très loin derrière . Yowan sentit sa présence pulsante qui le transperçait . ( X )

- Tu me regardes enfin ! , lui dit une voix sans nom .

Le dormeur voulut répondre , mais sentit bientôt qu'il n’avait plus de corps , transformé en nuage incandescent , pendant que l'incendie du ciel grandissait sans cesse en lui avant , tout à coup , d'éclater en un violent orage !

29 - Le lendemain , dès l'aube , un vaisseau de mer apparut  , non pas comme un objet , mais comme une déformation de la réalité elle-même , avec une architecture de clarté pure , traversée de lignes mouvantes , comme si la matière y obéissait à d’autres lois .

- Commandante Izold Le Marec !

Le nom s’imposa à lui sans qu’il l’ait jamais entendu . 

Elle se tenait au seuil du navire , devant l'éclairage éblouissant de l'entrée . Il se frotta les yeux , sa forme lui semblait instable , traversée d’éclats paraissant appartenir à une autre physique .

Nous venons vous chercher ! , lui dit-elle .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

X - L'île Tristan ( Ar Fort ou Enez Tristan en breton ) , petite île de Bretagne située dans la baie de Douarnenez , face au Port-Rhu 

 

* Le poète , écrivain et auteur de théâtre , Jean Richepin ( 1849 -1926 ) a marqué l'histoire de Douarnenez . Le boulevard qui longe la mer ( du port de pêche au Port-Rhu ) porte son nom . En 1911 , alors devenu académicien , il achète l'île Tristan , à 50m en face , pour en faire une résidence de villégiature . Elle appartenait alors à un patron de sardinerie . L'île est restée aux mains des descendants de Jean Richepin jusqu'à la fin des années 1980 . C'est à eux que l'on doit notamment le jardin exotique qui s'y trouve . Aujourd'hui , l'île est propriété du Conservatoire du littoral . ( Télégramme )

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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - I - Mysterium Conjunctionis .

9 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - I - Mysterium Conjunctionis .
 

 

Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

I - Mysterium Conjunctionis

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

23 - La nuit était tombée sans éclat . Yowan Le Guern coupa le dernier module actif de son habitation . La paroi organique se referma légèrement , conservant la chaleur accumulée dans la journée . Autour de lui , la maison respirait l'économie , ajustant sans bruit ses paramètres . 

Dans un monde où chaque watt était compté , se dit-il , aucune source inconnue ne pouvait apparaître sans être détectée , tracée , expliquée . Même si , dans la pénombre , le sommeil vient vite , il savait pourtant ce qu'il avait vu  . L'obscurité , dans cette Bretagne du XXIIe siècle , n’était pas qu'un phénomène naturel . Comme l’énergie était comptée , rationnée , distribuée selon des cycles devenus trop stricts , les grandes structures logeant , ici et là , en dehors de fermes et hameaux solitaires , la population locale , avaient du réduire leur activité lumineuse au minimum . Même les flux aériens s’étaient raréfiés . Le silence , lui aussi , avait gagné du terrain .
Mais la veille , il avait déjà remarqué cette lumière . Pas le feu d'une étoile , car il connaissait trop bien le ciel d’hiver au-dessus des Monts d’Arrée , où il avait vécu auparavant , pour s’y tromper , mais une présence immobile , suspendue sur le phare de l'île , point sur un " i " , comme une braise retenue dans l’air noir . Elle n’avait ni clignoté , ni dérivé .

Elle était restée là , obstinée , presque consciente . Puis elle s’était éteinte . Il n’en avait parlé à personne . Dans ce pays , les choses étranges , de peur qu’elles ne prennent racine dans des mots , restent muettes . 

Cette nuit-là , cependant , son rêve qui , peu à peu , avait réussi à triompher de l'angoisse d'une difficile journée , le promenait au bord d’un étang tout lisse et fleuri , celui de son enfance , qu’il ne reconnut pas tout de suite , lorsque l’eau grise et sans vent , reflétant un firmament plus dense , chargé d’une clarté métallique , lui dévoila un curieux visage d'ombre , de l’autre côté de la rive , ni tout à fait proche , ni tout à fait lointain , comme si la distance elle-même hésitait à se fixer , celui d'une silhouette assez insolite portant des vêtements sans âge , aux lignes simples , presque trop simples , comme débarrassées du superflu des siècles .

 

- Tu me vois ? , lui demanda celle-ci . 

Sa voix n’était pas portée par l’air .

Elle semblait , avec une netteté troublante , naître directement de l’âme .

- Oui ... balbutia-t-il , sans s’étonner de répondre .

Un souffle passa , chargé d’une reconnaissance obscure , qui fit s'envoler quelques feuilles d'automne .

- Alors , dit la forme , cest bien toi . Javais peur que ta mémoire soit rompue .

- Quelle mémoire ?

L’autre eut un léger sourire , mais ses yeux restèrent graves .

- Celle qui nous rassemble . Celle qui fait que j'ai pu te retrouver .

L’eau ne bougea pas lorsqu'il fit un pas en avant .

- Je viens de loin dans lespace et le temps .

Dun monde où existe ton nom depuis l'aube .

Le rêveur sentit une inquiétude sourde monter en lui , comme un écho venu d’avant sa naissance .

- Pourquoi moi ?

- Parce que tu es mon point fragile .

Un souffle fit , à nouveau , se rider l'eau du lac . Et cette fois , l’image trembla .

- Si tu avais fait un autre choix , fit-elle , peut-être nexisterais-je pas ?

Marquant une pause , il mesura le poids de ses paroles .

- D'ailleurs , je ne parle pas seulement de moi .

Le rêveur aurait voulu lui poser mille questions , mais une seule put franchir ses lèvres :

- Qui êtes-vous ?

L’homme hésita . Puis , avec douceur :

- Tu es celui qui me rejoindras .

Dans le ciel marbré du songe , à cet instant , reparut une lumière plus proche , presque menaçante ! 

- Ils mont suivi , ajouta-t-il d'un ton qui , avec une opacité inquiétante , vibra dans le feuillage .

- Écoute-moi bien . Tu dois te souvenir de ceci , même en te réveillant :

il y a un lieu , près de la pierre levée , quon appelle ... Mais le voile se déchira !

 

24 - Sur Proxima Centauri b , on apprenait aux enfants des cités minérales de schiste noir battues par des vents rougeâtres chargés d'oxyde et de poussières ferrugineuses , bien avant même qu'ils ne maîtrisent leur propre langue , les noms anciens de leur terre d'origine . ( IX )

ArmorArgoatBrocéliande , autant de mots préservés pour eux comme des prières ou des reliques sonores , transmis avec une précision presque liturgique .

L'entité Eoghan faisait partie de ceux qui les écoutaient religieusement . Les autres , comme de dociles perroquets , ne faisaient qu'obéir , se contentant de les répéter comme on réciterait un rosaire sans âme . Mais lui cherchait quelque chose d'autre , comme une vérité cachée derrière le fil de mécaniques litanies , passant ses heures d'étude à revivre dans les archives immersives de la colonie , salles immenses pouvant artificiellement recréer des environnements virtuels , tous ces paysages disparus des vieilles légendes qu'on lui avait contées dans sa jeunesse à-propos de la Bretagne et de ses landes balayées par la pluie , de ses pierres dressées bordant une mer d’acier sous un ciel mouvant ...

Leur berceau ! Mais ce n’était pas tout . Depuis quelques cycles , dans les relevés généalogiques , persistait une anomalie , une discontinuité pouvant mener à une rupture nette , un point d’effacement dans la lignée , qui , rapidement , si elle n'était pas localisée , deviendrait impossible à corriger . Comme si , à une date précise du XXIIe siècle terrestre , quelque chose avait interrompu la continuité . Et avec elle , une partie de la mémoire .

- Ce nest pas une erreur , avait fini par admettre le Conseil .

La créature se porta volontaire , finissant par obtenir l’accès aux strates interdites . Là , elle découvrit ce que l’on ne montrait pas à tous : des fragments de conscience enregistrés , des tentatives anciennes de communication rétro-temporelle ...

25 - La traversée ne ressembla en rien à ce que les anciens récits décrivaient . Comme si le temps lui-même devenait une surface que l’on plie , il ressentit une sensation de vitesse , de compression . Puis il y eut la chute . Pas uniquement dans l’espace , mais dans la densité du réel . Quand il put enfin rouvrir les yeux , réveillé de sa biostase en cabine cryogénique , il était arrivé là , en Bretagne . Mais pas celle des archives de naguère . Car là où il attendait des lignes de crêtes nues ,  maintenant , s’élevaient des structures élancées , faites de verre sombre et de matériaux organiques , paraissant poussées du sol plutôt que d’y être construites , pour épouser les reliefs alentour au lieu de les dominer . Des flux lumineux parcouraient leurs flancs , comme des veines glissant entre elles , suspendus dans l’air , modules silencieux , ni tout à fait véhicules , ni tout à fait vivants , qui suivaient des trajectoires courbes tout en évitant instinctivement des oiseaux mécaniques dérivant plus haut . 

De l'autre côté , plus bas , le sol avait aussi changé . Les routes n’étaient plus que d'anciennes traces parfois absorbées par une végétation contrôlée . Des bandes de matière souple s'y déroulaient à intervalles réguliers , transportant des créatures humaines sans effort apparent , comme des tapis mouvants adaptatifs . 

Le Centaure sentit brusquement monter en lui une tension étrange . 

Le paysage s'était transformé , mais quelque chose persistait , qui avait été transféré non pas d’un point à un autre , mais reflété d’un état précis du réel à un autre , comme si deux versions du même monde , séparées par des années-lumière et des décennies , commençant à coïncider , mystérieuse conjonction , provoquaient une brèche dans le miroir de l'évolution . Personne , sinon Dieu , peut-être , n’avait jamais réussi à déterminer l'année d'un nouveau contact , pensa-t-il . Ce jour n'était-il pas enfin venu ? Une chose était , néanmoins , certaine : aînée de cette double origine , la Celtie de Proxima , beaucoup plus grande , entretenait avec sa petite soeur , sur la Terre , un lien très instable , intermittent ... mais vivant !

26 - Certains qu'une tentative d'approche , opérée , non par déplacement physique classique , mais par couplage de conscience à travers la structure miroir , avait été décidée , les premiers explorateurs , d'après les archives , relatant déjà , en des temps antédiluviens , leur expérience d'un tel voyage au travers d'une structure que les chercheurs nommèrent plus tard , faute de mieux , sans doute , onde spatio-temporelle . Cette fameuse machine , l'Arche du Centaure , se trouvait en dehors de la cité , dans une dépression naturelle où la roche affleurait comme une cicatrice . Elle ne ressemblait à rien de connu . Ni navire , ni structure fixe . Une forme ovoïde , parfaitement lisse , composée d’un matériau translucide qui semblait à la fois solide et liquide . Sa surface captait la lumière rouge de Proxima Centauri et la diffractait en motifs géométriques mouvants , comme si elle traduisait le spectre en langage . Une soucoupe , auraient dit les antiques récits terrestres d'astronautes , mais une soucoupe vivante .

- Ce nest pas un véhicule ordinaire , lui avait expliqué le superviseur . 

Le pilote , voulant l'apprivoiser , s’en été approché avec cette sorte de crainte respectueuse inspirée par la lecture des plus grands " psychospationautes " , comme on les appelait par ici . À mesure qu’il avançait , la surface cristalline avait réagi à sa présence , et des lignes de lumière , convergeant vers un point central , s'étaient formées sous ses pas . Lorsqu’il entra , il n’y eut ni porte ni seuil . Le cristal s’ouvrit comme une membrane . À l’intérieur , aucun siège , aucun dispositif apparent . Seulement une sphère creuse , parfaitement transparente , dans laquelle flottait une faible luminescence .

- Elle se déplace aussi dans lespace , poursuivit la voix de l'instructeur . La centauride synthétique Dana pourvoira à ton confort .

Alors , le voyageur ayant senti son corps perdre de sa densité , non pas en disparaissant , mais en cessant d’être un point fixe , les vents de Proxima devinrent des flux continus de zéphirs , les ombres se lissèrent de plus en plus comme de la ouate , et les sons s’étirèrent jusqu’à devenir des nappes indistinctes . Puis , la machine ,  immobile d'abord , commença de s'effacer en cessant d’être visible dans cette fréquence du réel , tandis que son passager , plongé dans un profond sommeil , eut la sensation d’être absorbé par l’extérieur , dans une autre couche du monde . Puis il n’y eut plus de Proxima !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

IX - Proxima Centauri b , en orbite autour de l'étoile " Proxima Centauri " , approximativement localisée à 4,2 années-lumière de la Terre dans la constellation du Centaure , est l'exoplanète la plus proche du système solaire connue à ce jour .

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LA VIE EST BELLE - Epilogue - XI - Deux Eclairs dans la Nuit !

2 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

LA VIE EST BELLE - Epilogue - XI - Deux Eclairs dans la Nuit !

 

LA VIE EST BELLE !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Epilogue

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
XI - Deux Eclairs dans la Nuit !

 

 

 

 

" Elle m'écoute , maintenant , comme si elle avait reconnu qui je suis ...

  C'est comme si nous avions compris qui nous sommes ,

  L' un et l 'autre ... " 

Alain-Fournier - " Lettres au Petit B. " *

 

 

 

 
 
 

   

 

29 - Plus tard que le crépuscule , incapable de rester enfermé , Julian s’éloigna de la maison sans bruit . La forêt l’avait accueilli comme elle l’avait toujours fait , sans surprise , comme si elle reconnaissait familièrement chacun de ses pas . Longtemps , sans vraiment choisir sa direction , guidé par une intuition plus que par la mémoire des chemins de son enfance , il marcha . L’air était frais , chargé d’une humidité douce . Peu à peu , buissons et broussailles , laissant apparaître la surface sombre de l’étang du Pas du Houx , s’écartèrent . L’eau était immobile . Aucune ride , aucun souffle . Un miroir nocturne où le ciel semblait s’être dissous . Le promeneur s’arrêta au bord . Puis , lentement , plus nette , plus immédiate que dans la maison , revint cette sensation d'une présence diffuse tout autour de lui , comme si quelque chose à la lisière de l'ombre , de l’autre côté du visible , entre les troncs noueux , cherchait à se manifester . Perplexe , il ne vit rien , plissant les yeux tout d'abord , ne percevant qu'une très légère vibration , comme un souffle de vent dans le feuillage des chênes , deux formes paraissant se détacher d'eux , créatures élancées , d’une grâce irréelle , s’avançant vers lui dans l'obscurité . Mais leur déplacement paraissait fluide , presque glissé , comme si elles n’étaient soumises ni au poids , ni à la résistance de l’air . Elles semblaient se faufiler entre les frondaisons plus qu’elles ne les contournaient . Leur peau , oscillant entre le bleu et l’argenté , paraissait parcourue de reflets irisés , leurs yeux , d'une immense profondeur , semblaient sonder non pas le corps , mais l’âme elle-même . L’une d’elles , qui s’inclina légèrement , fit résonner silencieusement sa voix , douce mais indéniablement puissante , dans l’esprit du jeune breton . Celui-ci , complètement tétanisé , ne bougeait pas devant l'avancée de leurs silhouettes élancées qui , d’une finesse irréelle , se précisaient ,  portant des contours humains , leurs têtes , légèrement disproportionnées , se terminant par des formes douces mais étrangères . Leurs yeux , surtout , longs , effilés , lumineux , captaient la moindre lueur pour la transformer en éclat . Deux éclairs dans la nuit !

Julian sentit son souffle se suspendre . Il les reconnaissait , non par leurs traits qui n’étaient plus tout à fait humains , mais par une certitude intérieure , immédiate , irréfutable : Clara et Fanny ! Ou ce qu’elles étaient devenues . Mais elles ne s’arrêtèrent pas là . Leur présence semblait faite de passages , de traversées .

L’une tourna légèrement la tête , et dans ce mouvement , Julian crut percevoir une forme de regard posé sur lui , non pas curieux , ni même affectif , mais conscient , reconnaissant . Puis , sans rupture , elles reprirent leur trajectoire . Leur mouvement s’accéléra . Elles se fondirent dans la profondeur des bosquets comme deux traits de lumière , deux lignes vives disparaissant entre les arbres , non pas éteintes , mais absorbées !

30 - Le silence revint aussitôt . Le marcheur demeura immobile , son regard fixé sur l’endroit où elles avaient disparu . Il n’éprouvait ni peur , ni doute , simplement une évidence nouvelle, presque calme . Ce qu’il avait entrevu ne relevait pas d’une apparition . C’était une autre forme de réalité . L’eau de l’étang reflétait à nouveau le ciel , intacte . Mais Julian savait désormais que ce reflet n’était qu’une surface , une apparence , et qu’au-delà , quelque chose d'invisible , de vivant , circulait encore !

Peut-être , se dit-il , ne suis-je qu'un reflet d'une autre histoire parallèle aux contours imprécis ? 

Qui peut dire le faux et le réel ? , songea-t-il encore , avant de reprendre sa voiture pour Brest .

( 16 )

Il resta encore un long moment au bord de l’eau , comme retenu par ce qu’il venait de voir , ou de traverser . La surface , redevenue parfaitement lisse , ne portait plus aucune trace du passage des deux formes . Rien ne subsistait , sinon cette impression persistante que le réel venait de se déplacer d’un cran . Sans doute pensa-t-il encore que la question n’était pas de savoir ce qui avait eu lieu , mais où il se situait ? Cette idée troublante s’imposa à lui de plus en plus : et s’il n’avait été lui-même qu’une illusion dans cette histoire dont il ne percevait plus que les interférences , les surgissements , les échos ? 
Néanmoins , cette idée , ne produisant ni refus , ni vertige , ne l’inquiéta pas , car elle apportait , au contraire , une forme d’apaisement , comme si l’incertitude elle-même devenait un espace habitable . Il finit par détourner les yeux du petit lac . La forêt , derrière lui , avait retrouvé son opacité tranquille . Rien ne bougeait plus . Reprenant le chemin inverse , il atteignit vite sa voiture , garée à l’écart du sentier . Cependant , futaies et taillis ne cherchèrent pas à se montrer davantage lorsqu'avant d’ouvrir la portière , il jeta un dernier regard vers les arbres , non pour s'assurer du retour à la normale , mais comme on salue un lieu dont on sait qu’on n’a pas fini d’épuiser tous les secrets !

Le chemin du retour s’ouvrit devant lui , presque banal , routinier . Les phares découpaient leur habituel ruban de lumière dans l'encre nocturne , ramenant peu à peu le monde à des proportions connues . Pourtant , quelque chose avait changé . Non pas autour de lui . Mais en lui .

Au loin , derrière les lignes sombres de Brocéliande , ce qui avait été entrevu ne disparaitrait pas tout à fait . Cela , comme d'habitude , s'était retiré comme une autre version du réel , toujours présente , mais désormais , telle une mer au reflux , consciente d’être fouillée .

C'est ainsi qu'un fol espoir de trouver ce " Nouveau Monde " se mit à germer dans son âme . Mais ne s'agissait-il pas plutôt , pour lui , de redécouvrir à la lumière d'anciennes légendes que l'obscurantisme avait , croyaient-ils , trop longtemps clouées au pilori d'une liberté religieuse mise au tombeau , un fabuleux trésor , pour le moins spirituel , de flammes renaissantes ?

Joachim de Flore avait évoqué déjà , pensa le philosophe , cet âge d'or où l'Esprit régnerait " comme l'éclat du jour à la lueur de l'aube ou des étoiles " , pareil au " feu de l'été " qui renaît sans cesse des cendres de l'âtre et des promesses du printemps ! 

( 17 )

 

FIN

 
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Epilogue XI - Deux Eclairs dans la Nuit ! - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
16 - Dancing Shoes " , une chanson de Dan Fogelberg ( 1951 - 2007 ) dans son album " Nether Lands " ( 1977 ) , copyright 1977 Dan Fogelberg CBS Inc. / Full Moon - Epic Records and Hickory Grove Music ( ASCAP ) - All rights reserved - Voir AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , V - Villeneuve - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
 
17" Expositio in Apocalypsim " ( 1196 - 1199 ) de Joachim de Fiore ( vers 1130/1135 - 1202 ) , théologien catholique , moine cistercien .
 
* " Lettres au petit B. " ( René Bichet , 1887-1912 , poète français ) - Posth. 1930 , d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) .
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LA VIE EST BELLE - Seconde Partie - Résurgence - X - Le Retour de Merlin .

2 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

L'Enchantement de Merlin ( The Beguiling of Merlin , 1874 ) par Edward Burne-Jones .

L'Enchantement de Merlin ( The Beguiling of Merlin , 1874 ) par Edward Burne-Jones .

 

LA VIE EST BELLE !

 

 

 

 

Seconde Partie

Résurgence

 

 

 

 

 

 

X - Le Retour de Merlin

 

 

 

Sache que je viens d'une autre sphère et que je protège à leur insu ceux qui ont une tâche à accomplir . "

 Al-Khidr , " L'Homme Vert " du soufisme coranique *  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26 - Lorsque le récit s’interrompit , la lumière avait changé . Le jour , étirant les ombres autour de la maison , déclinait lentement . Jean Lavigne observa son fils un instant , comme s’il évaluait ce qui , en lui , pouvait basculer . L’essentiel n’avait pas encore été dit . Désormais , Julian ne pourrait plus repartir , comme il était venu , ignorant que Clara n'avait pas été qu'une simple résistante . Elle dirigeait un réseau dont la véritable fonction , méconnue du public , échappait aux classifications ordinaires . Leur tâche n’était pas stratégique au sens classique : ils veillaient sur un héritage , quelque chose que les légendes locales racontaient sous des formes plus symboliques dans les livres d'enfants : Viviane et la prison mystérieuse de Merlin L'Enchanteur , enfouie dans la forêt ...

Le bijoutier n’insista pas sur le caractère mythique de ces récits , les présentant comme des traductions imparfaites d’une réalité plus profonde , celle du " Grand Œuvre " préfigurant le chemin de développement de l'âme humaine au sein des mondes de matière , œuvre alchimique inséparable de la propre transmutation de l'être . La lutte étant aussi philosophique , les " nazis " , comprit-il par la suite , avaient entrevu une part de cette vérité , mais en l’interprétant de manière radicalement erronée . Dans certains cercles ésotériques du régime , on cherchait à s’approprier ce pouvoir supposé . Le diamant - c'est ainsi qu'ils avaient nommé le " Cristal de Vie " - était perçu comme un instrument capable de produire un homme affranchi du temps , une forme de surhumanité . Ils poursuivaient une illusion ! Le lieu , qu’ils représentaient comme une prison , n’en était pas une au sens strict , mais un espace de transformation , clôture apparente permettant en réalité un passage , une régénération , cellule qui libère peu à peu l'esprit d'un moine par la parole du Père , lui redonnant vie pour l'éternité ! ( 14 )

27 - Tante Janig avait fini par dénoncer Clara . Son geste ne relevait pas seulement d’une stratégie ou d’un calcul , mais portait en lui une tension plus intime , jalousie ancienne , mêlée à un désir de réparation pour sa protégée de soeur , Mona , elle-même engagée dans une relation qu’elle ne maîtrisait plus , car ayant été , d’une certaine manière , trahie par son fiancé , Yann Le Guern  , celui que Julian avait appelé son père  , et qui n’était donc pas étranger à tout ça . Celui-ci aurait certainement préféré , afin de ne ne pas rentrer dans les détails de cette trouble histoire sentimentale , évoquer seulement son implication progressive et sa proximité avec le groupe , rendue possible par son métier , par son attirance pour les pierres , la matière subtile , et ce qui , parfois , trompe les apparences . À mesure que le récit progressait , Julian cessa d'en chercher la cohérence rationnelle , mais  percevant autre chose , une continuité souterraine , un fil qui , sans passer par l’explication , reliait les éléments , lui fit considérer peu à peu sa propre naissance comme un point de convergence essentiel ! Etonné , il remarqua que son père l’abordait avec une prudence extrême , ne parlant ni de miracle , ni de circonstances particulières liées à une quelconque passion , mais laissant entendre qu'elle ne relevait pas entièrement de l’ordre habituel des choses .

28 - Lorsque Jean se tut , la lumière avait basculé . La forêt , derrière les vitres , n’était plus qu’une présence compacte , presque vivante . Le silence qui s’installa n’était pas vide . Il semblait au contraire chargé d’une densité nouvelle . Julian se leva et s’approcha de la fenêtre . 

Quelque chose , au-dehors , l’appelait . Non pas un bruit , ni une image , mais la sensation d'une reconnaissance , comme si une part de lui-même appartenait déjà à ce lieu , indépendamment de toute mémoire consciente . Clara ! Le nom s’imposait sans effort . Mais il ne désignait plus seulement , pour lui , la femme du passé . Il devenait une présence , une continuité . Viviane , peut-être ? Ou tout ce que ce nom tentait de recouvrir , une ange gardienne ? Il sentit que ce qui lui avait été transmis n’était pas qu'une histoire familiale . Une origine lointaine , peut-être , incompréhensible sur Terre ? Il réalisa qu'une part de lui relevait de la lignée humaine , avec ses fractures , ses choix , ses trahisons . Mais qu'une autre semblait liée à ce qu'abritait la forêt , non comme un secret , mais comme une force en attente . La vie légendaire de Merlin lui revint alors , dépouillée de son habit de conte , enfermée , mais vivante , retenue , mais active , à l'intérieur d'une prison qui n’en était pas une , mais un seuil de transformation ! Tout convergeait !

Jean Lavigne l’observait en silence . Il comprenait que ce qu’il avait tenté de contenir venait de lui échapper . Car ce qui se produisait désormais ne dépendait plus de lui . Son fils parla peu , mais l’essentiel était là :

- Ce nest pas terminé , il revient .

Son père , le sachant déjà , ne demanda pas de qui il parlait .

Dehors , comme une onde imperceptible , un vent léger parcourut la forêt . Brocéliande ne paraissait plus immobile . Quelque chose , enfoui depuis longtemps , parut répondre à un appel ancien . Julian ferma les yeux . Ce qu’il percevait n’était plus extérieur . C’était une part de lui-même . Cette nuit-là , rien ne fut apparemment visible , rien ne fut spectaculaire . Et pourtant ,  par ce qui avait été gardé , transmis , dissimulé sous les formes de la légende et du secret , cessant d’être seulement un héritage , un seuil avait été franchi . Cela redevenait une présence . Et dans la profondeur silencieuse de la futaie , une certitude s’imposait , sans bruit , sans preuve , mais irréversible : Merlin n’avait pas disparu ! Il attendait qu'à travers Julian , désormais , tout recommence ! ( 15 )

 
 
 
( A Suivre )
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Seconde Partie - Résurgence X - Le Retour de Merlin - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
14 - Le Grand Œuvre ( Magnum Opus ) préfigure le chemin de développement de l'âme humaine au sein des mondes de matière , l'œuvre alchimique étant inséparable de la propre transmutation de l'opérant , selon les principes de la " Table
d'Emeraude, car ce que l'on modifie à l'extérieur modifie l'intérieur et ce qui change le " microcosme " modifie aussi le " macrocosme " ( de même , inversement ) .
 
15Merlin l'Enchanteur ( Merzhin ) , personnage légendaire , prophète magicien doué de métamorphose , druide divin commandant les éléments naturels de même que les animaux dans la littérature celtique 

 

 

* " L'Histoire Secrète du Monde " , 20 - L'Homme Vert des Mondes Cachés . ( The Secret  - History of The World , 2007 ) , de Jonathan Black .

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LA VIE EST BELLE - Seconde Partie - Résurgence - IX - Jeux de Guerre .

1 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Anthony Frederick Augustus Sandys - Vivien / Viviane - 1863

Anthony Frederick Augustus Sandys - Vivien / Viviane - 1863

 
LA VIE EST BELLE !

 

 

 

 

Seconde Partie

Résurgence

 

 

 

 

 

 

IX - Jeux de Guerre

 

 

 

" En passant près de toi , je t ai vuetu étais à l âge des amours . ai étendu sur toi le pan de mon habit et couvert ta nudité ... Je t ai fait un serment et suis entré en alliance avec toi , Oracle du Seigneuralors tu fus à moi . "

Ézéchiel , 16 , 8 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23 - La lumière pâle et diffuse du jour s’était installée sur Brest avec cette douceur de l'air des étés bretons qui ne tranche jamais tout à fait entre ciel et mer . Vivant là dans une sorte de retrait volontaire , comme si la ville portuaire , ouverte sur l’horizon , lui offrait une échappée sans pour autant formuler de réponses , Julian avait tenté d’oublier le silence inexplicable de son ami détective disparu des radars depuis les événements du Palais-Royal , et celui , plus troublant encore , de cette jeune femme dont l’absence continuait de le hanter . La lettre arriva un matin, glissée parmi des papiers sans importance . L’enveloppe ivoire attira pourtant immédiatement son attention , car l’écriture à la main , bien que légèrement altérée , lui parut familière , sans qu'il comprenne vraiment pourquoi . 

Il resta longtemps sans l’ouvrir . Le nom qu'on y avait tracé à la plume au dos , ne lui disait pas grand chose , sinon qu'il avait réveillé ce mystère qu’il avait tenté , tout d'abord , de tenir à distance . Lorsqu’il finit par rompre le sceau , ce ne fut pas tant par curiosité que par une forme de nécessité de découvrir enfin sa vérité ! Le contenu en était bref , sans détour , et l'étonna profondément , car c'était son père , ou l’homme qui l’avait été , disparu depuis une éternité , qui prétendait maintenant se nommer Jean Lavigne ! Il se trouvait en Bretagne , écrivait-il , près de la maison familiale , et demandait à le voir , évoquant des " affaires graves " concernant leur famille , et surtout liées à la disparition de sa mère . Julian ne chercha pas à analyser davantage . Il savait déjà qu’il irait au rendez-vous !

24 - Le trajet vers Brocéliande ne fut qu’une succession de paysages défilant à grande vitesse dans sa tête , sans être vraiment perçus . À mesure qu’il approchait de Paimpont , s’imposait à lui , de plus en plus , une sensation diffuse et profonde à la fois : celle d’entrer dans un espace-temps ne suivant plus les mêmes règles .
Tout autour , la forêt légendaire l’accueillait dans un silence dense , presque traditionnel . Comme figée dans une mémoire familiale que rien n’avait vraiment altérée , la maison  " Le Guern " était là , fidèle à elle-même , à la sortie du bourg de Gaël .  Mais ce n’était pas là que le professeur se rendait . Un peu à l’écart , presque toute dissimulée derrière une ligne d’arbres anciens , nichait une seconde bâtisse témoignant d’une présence plus récente , plus discrète . C'était le cabanon de son père dans lequel celui-ci , qui n’avait pas changé autant qu'il l’aurait cru , il s'en rendit compte , l'attendait de pied ferme . Pourtant , lorsqu'il en franchit le seuil , il n’y eut ni élan , ni retrouvailles .  Celui qui se tenait dans la pièce n’était pas , non plus , tout à fait l'homme qu’il avait connu jadis . Plus mince , le visage fermé , avec des yeux qui ne trompaient pas .

Julian le fixa d'un air de mépris .

- Pourquoi ce nom ? Pourquoi disparaître ?

Le bijoutier croisa les mains .

- Parce que Yann Le Guern a du mourir , tu le sais , depuis longtemps !

Ce qu’il entreprit d'ajouter ensuite n’avait rien d’une confession . Le vieillard , c'était clair , ne souhaitait pas lui livrer brutalement la vérité , mais venait lui parler tout en maintenant la distance , et sans effusion , dans une sobriété presque froide , dictée moins par le temps écoulé que par ce qui les séparait désormais  , livrant une version plus arrangée , maîtrisée d'elle , où chaque élément serait placé avec précaution , parlant d’abord de la guerre , mais pas de celle que l’histoire veut retenir , évoquant plutôt des réseaux invisibles , des structures parallèles qui n’agissaient pas seulement pour résister , mais pour préserver . Car il y avait une mission beaucoup plus ancienne que le conflit lui-même au cœur de certains de ces cercles !

C’est dans ce contexte qu’apparut le nom de Clara Michel , alias " Viviane " , son nom de code . Celle-ci n’était pas qu'une simple résistante , précisa-t-il . Mais elle dirigeait un réseau dont le véritable rôle échappait aux classifications ordinaires . Leur tâche n’était pas stratégique au sens classique : ils veillaient sur un héritage . Quelque chose que les légendes locales présentaient sous des formes symboliques , l'histoire de Viviane et de Merlin , par exemple , dans sa prison mystérieuse enfouie dans la forêt ... ( 13 )

25 - Leur rencontre s'était faite dans une sobriété presque étrangère . Le bijoutier n’était pas revenu au pays pour y retrouver son passé , mais pour accomplir une mission . Julian devait en savoir suffisamment pour comprendre le rôle qu’il aurait à jouer . Depuis des années , mu par la peur et plein de zèle , Jean Lavigne avait fidèlement servi l’Ordre qui l’avait intégré comme un exécutant fiable , méthodique et capable d’agir sans poser trop de questions inutiles . Non par conviction initiale , mais par une suite de choix contraints .

Les instructions lui avaient paru fort claires ! Pourtant , certaines missions ne vous laissent pas intact . Il le savait . Celle-ci impliquant malheureusement son fils , en faisait partie !

La fin d’après-midi étendait sur Brocéliande une lumière dorée , presque immobile , comme si la forêt elle-même retenait son souffle . Assis près de la fenêtre entrouverte , le professeur percevait confusément que ce qu’il entendait depuis une heure , en face de lui , n’était pas seulement un récit , mais une reconstruction soigneuse du réel . Son interlocuteur parlait avec mesure . Trop de mesure , peut-être . Chaque mot semblait pesé , filtré , comme s’il avançait sur une ligne étroite entre vérité et dissimulation .

La guerre secrète dont il lui fallait , tout d’abord , tracer le contexte , expliquait-il . Non pas celle des manuels d'école , mais celle des marges , des réseaux parallèles , des alliances plus ou moins incertaines , des identités mouvantes . Mona et Janig n’étaient pas seulement deux sœurs liées par le sang . Elles avaient été prises parce qu'elles étaient jumelles , très tôt , dans une mécanique les dépassant . L’une avait choisi . L’autre avait été choisie ! Dans la confusion des années sombres , les rôles s’étaient brouillés .

L’identité avait cessé d’être une donnée fixe pour devenir un instrument . Lorsque la mort était survenue , brutale , inattendue , la décision de la masquer n’avait pas été un simple réflexe de survie, mais l’exécution d’un protocole . Quelqu’un devait continuer . Ce fut Mona ! Mais celle-ci , qui , ne s’étant pas contentée de survivre sous un autre nom , fut sauvée d'un camp d'extermination , dut ensuite , par simple reconnaissance , être intégrée à quelque chose de plus vaste , une structure plus ancienne qui , en se tenant toujours à la lisière du visible , avait traversé régimes et conflits  . 

C’est là que Jean Lavigne ou Merlin , pseudonymes résistants de son mari Yann Le Guern , joailler de formation , qui avait été approché pour ses compétences , fut contacté à la fin de la guerre sans comprendre immédiatement ce qui lui arrivait . Certaines pierres , lui avait-on dit , n’étant pas de simples objets , portaient en elles des propriétés que la science officielle n’avait jamais su , ou voulu , reconnaître . 

Ce qu’il avait d’abord pris pour une excentricité s’était révélé être une réalité plus troublante . Et au centre de cette réalité , il y avait elle , sa femme , prisonnière d'un chantage venu de l'Est !
 

( A Suivre )
 
 
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Notes :
 
13 - Viviane , surnommée la Dame du Lac , personnage mythique des légendes arthuriennes qui séduisit Merlin pour l'enfermer dans une prison de cristal afin de surprendre ses secrets .
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