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Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - I - Mysterium Conjunctionis .

9 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #BREIZH-TERMINAL

Breizh-Terminal - 7 - Le Miroir des Origines - I - Mysterium Conjunctionis .
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Breizh-Terminal

 

 

 

 

VII - Le Miroir des Origines

 

 

 

 

I - Mysterium Conjunctionis

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

23 - La nuit était tombée sans éclat . Yowan Le Guern coupa le dernier module actif de son habitation . La paroi organique se referma légèrement , conservant la chaleur accumulée dans la journée . Autour de lui , la maison respirait l'économie , ajustant sans bruit ses paramètres . 

Dans un monde où chaque watt était compté , se dit-il , aucune source inconnue ne pouvait apparaître sans être détectée , tracée , expliquée . Même si , dans la pénombre , le sommeil vient vite , il savait pourtant ce qu'il avait vu  . L'obscurité , dans cette Bretagne du XXIIe siècle , n’était pas qu'un phénomène naturel . Comme l’énergie était comptée , rationnée , distribuée selon des cycles devenus trop stricts , les grandes structures logeant , ici et là , en dehors de fermes et hameaux solitaires , la population locale , avaient du réduire leur activité lumineuse au minimum . Même les flux aériens s’étaient raréfiés . Le silence , lui aussi , avait gagné du terrain .
Mais la veille , il avait déjà remarqué cette lumière . Pas le feu d'une étoile , car il connaissait trop bien le ciel d’hiver au-dessus des Monts d’Arrée , où il avait vécu auparavant , pour s’y tromper , mais une présence immobile , suspendue sur le phare de l'île , point sur un " i " , comme une braise retenue dans l’air noir . Elle n’avait ni clignoté , ni dérivé .

Elle était restée là , obstinée , presque consciente . Puis elle s’était éteinte . Il n’en avait parlé à personne . Dans ce pays , les choses étranges , de peur qu’elles ne prennent racine dans des mots , restent muettes . 

Cette nuit-là , cependant , son rêve qui , peu à peu , avait réussi à triompher de l'angoisse d'une difficile journée , le promenait au bord d’un étang tout lisse et fleuri , celui de son enfance , qu’il ne reconnut pas tout de suite , lorsque l’eau grise et sans vent , reflétant un firmament plus dense , chargé d’une clarté métallique , lui dévoila un curieux visage d'ombre , de l’autre côté de la rive , ni tout à fait proche , ni tout à fait lointain , comme si la distance elle-même hésitait à se fixer , celui d'une silhouette assez insolite portant des vêtements sans âge , aux lignes simples , presque trop simples , comme débarrassées du superflu des siècles .

 

- Tu me vois ? , lui demanda celle-ci . 

Sa voix n’était pas portée par l’air .

Elle semblait , avec une netteté troublante , naître directement de l’âme .

- Oui ... balbutia-t-il , sans s’étonner de répondre .

Un souffle passa , chargé d’une reconnaissance obscure , qui fit s'envoler quelques feuilles d'automne .

- Alors , dit la forme , cest bien toi . Javais peur que ta mémoire soit rompue .

- Quelle mémoire ?

L’autre eut un léger sourire , mais ses yeux restèrent graves .

- Celle qui nous rassemble . Celle qui fait que j'ai pu te retrouver .

L’eau ne bougea pas lorsqu'il fit un pas en avant .

- Je viens de loin dans lespace et le temps .

Dun monde où existe ton nom depuis l'aube .

Le rêveur sentit une inquiétude sourde monter en lui , comme un écho venu d’avant sa naissance .

- Pourquoi moi ?

- Parce que tu es mon point fragile .

Un souffle fit , à nouveau , se rider l'eau du lac . Et cette fois , l’image trembla .

- Si tu avais fait un autre choix , fit-elle , peut-être nexisterais-je pas ?

Marquant une pause , il mesura le poids de ses paroles .

- D'ailleurs , je ne parle pas seulement de moi .

Le rêveur aurait voulu lui poser mille questions , mais une seule put franchir ses lèvres :

- Qui êtes-vous ?

L’homme hésita . Puis , avec douceur :

- Tu es celui qui me rejoindras .

Dans le ciel marbré du songe , à cet instant , reparut une lumière plus proche , presque menaçante ! 

- Ils mont suivi , ajouta-t-il d'un ton qui , avec une opacité inquiétante , vibra dans le feuillage .

- Écoute-moi bien . Tu dois te souvenir de ceci , même en te réveillant :

il y a un lieu , près de la pierre levée , quon appelle ... Mais le voile se déchira !

 

24 - Sur Proxima Centauri b , on apprenait aux enfants des cités minérales de schiste noir battues par des vents rougeâtres chargés d'oxyde et de poussières ferrugineuses , bien avant même qu'ils ne maîtrisent leur propre langue , les noms anciens de leur terre d'origine . ( IX )

ArmorArgoatBrocéliande , autant de mots préservés pour eux comme des prières ou des reliques sonores , transmis avec une précision presque liturgique .

L'entité Eoghan faisait partie de ceux qui les écoutaient religieusement . Les autres , comme de dociles perroquets , ne faisaient qu'obéir , se contentant de les répéter comme on réciterait un rosaire sans âme . Mais lui cherchait quelque chose d'autre , comme une vérité cachée derrière le fil de mécaniques litanies , passant ses heures d'étude à revivre dans les archives immersives de la colonie , salles immenses pouvant artificiellement recréer des environnements virtuels , tous ces paysages disparus des vieilles légendes qu'on lui avait contées dans sa jeunesse à-propos de la Bretagne et de ses landes balayées par la pluie , de ses pierres dressées bordant une mer d’acier sous un ciel mouvant ...

Leur berceau ! Mais ce n’était pas tout . Depuis quelques cycles , dans les relevés généalogiques , persistait une anomalie , une discontinuité pouvant mener à une rupture nette , un point d’effacement dans la lignée , qui , rapidement , si elle n'était pas localisée , deviendrait impossible à corriger . Comme si , à une date précise du XXIIe siècle terrestre , quelque chose avait interrompu la continuité . Et avec elle , une partie de la mémoire .

- Ce nest pas une erreur , avait fini par admettre le Conseil .

La créature se porta volontaire , finissant par obtenir l’accès aux strates interdites . Là , elle découvrit ce que l’on ne montrait pas à tous : des fragments de conscience enregistrés , des tentatives anciennes de communication rétro-temporelle ...

25 - La traversée ne ressembla en rien à ce que les anciens récits décrivaient . Comme si le temps lui-même devenait une surface que l’on plie , il ressentit une sensation de vitesse , de compression . Puis il y eut la chute . Pas uniquement dans l’espace , mais dans la densité du réel . Quand il put enfin rouvrir les yeux , réveillé de sa biostase en cabine cryogénique , il était arrivé là , en Bretagne . Mais pas celle des archives de naguère . Car là où il attendait des lignes de crêtes nues ,  maintenant , s’élevaient des structures élancées , faites de verre sombre et de matériaux organiques , paraissant poussées du sol plutôt que d’y être construites , pour épouser les reliefs alentour au lieu de les dominer . Des flux lumineux parcouraient leurs flancs , comme des veines glissant entre elles , suspendus dans l’air , modules silencieux , ni tout à fait véhicules , ni tout à fait vivants , qui suivaient des trajectoires courbes tout en évitant instinctivement des oiseaux mécaniques dérivant plus haut . 

De l'autre côté , plus bas , le sol avait aussi changé . Les routes n’étaient plus que d'anciennes traces parfois absorbées par une végétation contrôlée . Des bandes de matière souple s'y déroulaient à intervalles réguliers , transportant des créatures humaines sans effort apparent , comme des tapis mouvants adaptatifs . 

Le Centaure sentit brusquement monter en lui une tension étrange . 

Le paysage s'était transformé , mais quelque chose persistait , qui avait été transféré non pas d’un point à un autre , mais reflété d’un état précis du réel à un autre , comme si deux versions du même monde , séparées par des années-lumière et des décennies , commençant à coïncider , mystérieuse conjonction , provoquaient une brèche dans le miroir de l'évolution . Personne , sinon Dieu , peut-être , n’avait jamais réussi à déterminer l'année d'un nouveau contact , pensa-t-il . Ce jour n'était-il pas enfin venu ? Une chose était , néanmoins , certaine : aînée de cette double origine , la Celtie de Proxima , beaucoup plus grande , entretenait avec sa petite soeur , sur la Terre , un lien très instable , intermittent ... mais vivant !

26 - Certains qu'une tentative d'approche , opérée , non par déplacement physique classique , mais par couplage de conscience à travers la structure miroir , avait été décidée , les premiers explorateurs , d'après les archives , relatant déjà , en des temps antédiluviens , leur expérience d'un tel voyage au travers d'une structure que les chercheurs nommèrent plus tard , faute de mieux , sans doute , onde spatio-temporelle . Cette fameuse machine , l'Arche du Centaure , se trouvait en dehors de la cité , dans une dépression naturelle où la roche affleurait comme une cicatrice . Elle ne ressemblait à rien de connu . Ni navire , ni structure fixe . Une forme ovoïde , parfaitement lisse , composée d’un matériau translucide qui semblait à la fois solide et liquide . Sa surface captait la lumière rouge de Proxima Centauri et la diffractait en motifs géométriques mouvants , comme si elle traduisait le spectre en langage . Une soucoupe , auraient dit les antiques récits terrestres d'astronautes , mais une soucoupe vivante .

- Ce nest pas un véhicule ordinaire , lui avait expliqué le superviseur . 

Le pilote , voulant l'apprivoiser , s’en été approché avec cette sorte de crainte respectueuse inspirée par la lecture des plus grands " psychospationautes " , comme on les appelait par ici . À mesure qu’il avançait , la surface cristalline avait réagi à sa présence , et des lignes de lumière , convergeant vers un point central , s'étaient formées sous ses pas . Lorsqu’il entra , il n’y eut ni porte ni seuil . Le cristal s’ouvrit comme une membrane . À l’intérieur , aucun siège , aucun dispositif apparent . Seulement une sphère creuse , parfaitement transparente , dans laquelle flottait une faible luminescence .

- Elle se déplace aussi dans lespace , poursuivit la voix de l'instructeur . La centauride synthétique Dana pourvoira à ton confort .

Alors , le voyageur ayant senti son corps perdre de sa densité , non pas en disparaissant , mais en cessant d’être un point fixe , les vents de Proxima devinrent des flux continus de zéphirs , les ombres se lissèrent de plus en plus comme de la ouate , et les sons s’étirèrent jusqu’à devenir des nappes indistinctes . Puis , la machine ,  immobile d'abord , commença de s'effacer en cessant d’être visible dans cette fréquence du réel , tandis que son passager , plongé dans un profond sommeil , eut la sensation d’être absorbé par l’extérieur , dans une autre couche du monde . Puis il n’y eut plus de Proxima !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

IX - Proxima Centauri b , en orbite autour de l'étoile " Proxima Centauri " , approximativement localisée à 4,2 années-lumière de la Terre dans la constellation du Centaure , est l'exoplanète la plus proche du système solaire connue à ce jour .

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