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Dan Ar Wern Official Website

GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Seconde Partie - Invasion - VIII - Métamorphoses .

30 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Ninti

Ninti

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Seconde Partie

Invasion

 

 

VIII - Métamorphoses

 

 "  Le ciel aurait-il fait cet amas de merveilles 

   Pour la demeure dun serpent ? "

Molière - Psyché ( 1671 ) 

Acte III , scène 2 )

 

 

Comment fuirais-je le Pays 

  Qui enferme tout l'Univers ,

  Là où s'en va Tristan ,

  Veux-tu le suivre , Isolde ?

Richard Wagner - " Tristan und Isolde " ( 1857 )


 

22 - Il y avait une grande île au bout de l'univers , miroir des gouffres de l'insondable océan stellaire qui entouraient une Jérusalem céleste flottant en équilibre comme un diamant de feu sur un lac de lumière aux vagues d'argent sans cesse renouvelées . Constituant un genre de porte obligatoire ou sas alchimique , cette planète fantôme formée de six lunes orbitales , trois n'étant qu'un pâle reflet de sa jumelle gravitant autour d'un énorme soleil rouge , transmutait n'importe quelle matière primaire minérale , reptilienne ou terrestre en eau spirituelle ! Au terme d’une poursuite dont il ne savait plus si elle relevait de son propre fait ou d’un appel subliminal de la divinité transcendante , Enoch avait pu réussir à atteindre , avec son équipage , cette matrice cosmique située dans la constellation du Verseau ( NGC7293 , ou nébuleuse planétaire de l'Hélice surnommée l'Oeil de Dieu ) , la fabuleuse Auberive ! ( 33 )
Cet astre mimétique aux six globes jumeaux tournait lentement dans une clarté lactescente , comme si chacune de ses sphères satellites veillait sur un secret antérieur à la création . Ce n'était pourtant pas un monde comme les autres , mais une matrice , un ventre cosmique , un seuil qui , à
 l'instar d'une Solaris , était capable , si nécessaire , de se défendre en changeant d'apparence . On constatait par exemple ,  que la surface totalement désertique du sol où les nouveaux arrivants marchaient , possédait , sous un même soleil , son équivalent liquide sur l'autre , impossible à distinguer parmi les flots de lumière les rendant , au travers d'une atmosphère qui , toutes les deux , les fécondait , complètement invisibles ! Tout , ainsi , semblait conçu non pour durer , mais pour engendrer , comme Hélix , la spirale , enserrant le soleil d'or , qui accoucha du dieu Ptah , l'astre noir tenant la boule contenant ses oeufs de scarabée dans ses pattes arrières ! ( 34 )

C'était donc là , sur cette planète Adama d'Auberive , unie à son double Ana , que vivait le peuple de Dieu ...

23 - Lorsqu'il y parvint , ce matin-là , l'explorateur ne savait pas encore pourquoi , sensation étrange , un épais voile de brume , que le vent marin portait avec l’odeur des algues , l'avait décidé à la suivre seul sur une 'île , destination mystérieuse où un phare austère , perché sur une falaise , dominait le large de ses murailles blanchies par le sel et le temps . Qui l'avait poussé dans l'embarcation , comme si quelque chose ou quelqu'un l’attendaient là-bas ? Il croyait vivre un rêve , ne sachant plus très bien ce qui lui arrivait . Quelques images d'une course folle à travers les vieilles rues tortueuses d'un port , souvenirs trompeurs , pensa-t-il , qui l'avaient laissé dans un état de fatigue ,  d'intense prostration . Ce devait être ça , l'ivresse de l'espace , après tout , la relativité ... Etait-il tombé dans quelque trou noir , avait-il franchi la barrière de lumière où la vitesse n'existe plus , disaient certains , ni le temps ?

Folles théories , sans doute , mais qu' il s'était mis à craindre , délirant pendant son sommeil , grelottant de fièvre sous son scaphandre de synthèse ... Et les autres , qu'étaient-ils devenus ? Le vaisseau ?

La chaloupe dérivait maintenant vers le large d'un paysage indescriptible où il avait cru sentir un moment la chaleur d'une lumière blanche envahir son âme d'une paix , d'un silence inexprimables ... Mais c'était avant les lueurs équivoques de cette parole aux multiples couleurs grises , métalliques , plantant de toutes parts les lames acérées de ses milliers de vaguelettes contre la frêle embarcation ...

" Pourquoi me persécutes-tu ? ,  lui murmurait le lugubre océan tandis que le phare , grossissant à vue d'oeil au pied de sombres rocailles , tachait de sang sa surface menaçante !

Dès l’entrée , une jeune femme-sirène en habit blanc l’accueillit , qui ne lui était pas inconnue , dont le beau visage d'une incomparable clarté , avec des regards de mer profonde , encadré par un voile immaculé , s'éclairait d'un sourire si vif , éclatant de jeunesse !

Pendant qu'il lui expliquait sa simple curiosité à-propos de sa ressemblance avec la belle blonde l'ayant accueilli la veille , elle l’observa longuement , puis murmura :
- Moi , je suis
Moïna , sa soeur jumelle , mais je suis une brune aux yeux verts !
Guidée par il ne savait quelle intuition profonde , il la suivit ensuite sans rien dire jusqu’au jardin . Là , une créature se tenait debout , silhouette majestueusement blanche au milieu d'un buisson de roses , le regard perdu dans une lointaine rêverie toute illuminée d'une lumière intérieure , coiffée d'un chapeau fleuri pour s'abriter du soleil ou , peut-être , humblement cacher au jour son apparence qu'elle jugeait , sans doute , trop insignifiante et trop changée pour ses amoureux du temps jadis . Lorsqu'il tomba sur elle ,  vers la fin de l'après-midi , elle l'accueillit comme un enfant venu jouer ici , dans ce petit bosquet de lierre parsemé de lys et jasmins .

Puis , quand il en eut franchit le seuil , ressentant l’impression de retomber en lui-même , il se retrouva brusquement sur Argol . Mais ce n'était plus la planète méthanière , grisâtre et mutilée par les mines , qu'il avait connue jadis . Elle s’était transfigurée . Là où s’étendaient des carrières béantes , maintenant , s’ouvraient des parcs merveilleux traversés d’eaux musicales , qu'un habile jardinier , selon les préceptes d'une douce géométrie , avait sans doute ordonnés et dessinés . Des arbres inconnus mêlaient leurs feuilles et leurs fruits odorants dans une même floraison continue . Au centre , un temple s’élevait , non bâti mais comme exhalé de la terre elle-même , en parfaite harmonie avec le ciel . Et près de ce palais divin , dans un clos d'églantines , sorte de presbytère , elle l'attendait , Ninti-Anath , enfin immobile, enfin offerte au regard , son visage n’exprimant plus la distance impériale ni la fuite , mais une paix grave , bienveillante .

- Enoch , mon chéri ? murmura-t-elle .

Ces douces paroles firent naître en lui un écho lointain , celui des vacances d'été dans sa famille adoptive d'Havila … Cela faisait si longtemps qu'il n’avait entendu son prénom prononcé ainsi , par la copine d'un de ses amis d’enfance , insaisissable et rêveuse , avant qu'elle ne devienne altesse royale , et qui disparaissait souvent dans les champs de minerais pour observer les étoiles .
- Je savais que tu viendrais , lui dit la femelle , se tournant lentement vers lui , comme si leurs tendres retrouvailles , d'après elle , avaient été inscrites dans une trame invisible .

Il fut tellement surpris par cette rencontre imprévue qu'il aurait voulu , gagné par la gêne et l'humilité , s'enfuir aussitôt . Mais elle insista pour le retenir , lui expliquant qu’elle avait trouvé refuge ici après des années d'exil . Ensuite , ce qui le bouleversa le plus furent ses révélations , car elle avait , lui confia-t-elle , commencé à recevoir des messages de l’ " au-delà " , de son père l'empereur , mort pendant la grande hécatombe .

- Il me parle de semences du ciel , lui déclara-t-elle , de graines lumineuses , porteuses d’espoir et de transformation , qui ne viennent pas de lombre , pas du Malin , mais dune source pure dépassant notre compréhension .


Puis , elle lui montra un carnet qu’elle gardait précieusement sur elle , contenant , à l’intérieur , une carte du ciel et des prières qu’elle recevait chaque jour , convaincue que ces paroles n’étaient pas qu’un simple symbole , mais qu'elles étaient bien vivantes . Peu après , marchant à sa suite , Il la suivit à travers des plaines irisées , des étendues d'herbe verte où le sol semblait respirer sous ses pas . Ne se retournant pas , tantôt proche , tantôt déjà lointaine , sa silhouette paraissait guidée par une connaissance plus ancienne que la mémoire . Au bord d’un promontoire de cristal noir se dressait le sémaphore , unique architecture visible sur toute la planète , colonne de lumière figée , sentinelle entre les mondes . Tandis qu'à nouveau , ils s’en approchaient , Ninti posa la main sur la poitrine de son compagnon . Celui-ci crut reconnaître , dans ce geste , l’accomplissement de toute sa quête : la fin du mensonge , et la promesse d’un amour enfin rendu possible par la métamorphose du monde !

24Mais le rêve avait sa profondeur secrète . Car , sous le phare d’Auberive , loin de ce jardin mirifique , la vérité se disait d'une autre façon . Le corps d'Enoch était immergé dans un liquide amniotique , semblable aux eaux du commencement , tiède et lumineuse conception d'une mer intérieure . Autour de lui , des parois organiques , palpitantes comme un coeur cosmique écoutant son souffle . Il n’était pas seul . Auprès de lui , la fille d'Uruk était là , enlacée à lui , non plus  ophidienne , longue et brillante salamandre , mais humaine , leurs deux corps entrelacés dans une union antérieure à toute forme . C’était là que s’opérait l’œuvre véritable . Car celle qui était apparue dans le jardin , douce et aimante figure d'un rêve , pouvait-elle être encore celle qu’il croyait ? 
- Nous avons tous une part d'obscurité en nous , n'est-ce pas ? , lui dit-elle . Ne crains rien , je sais tout ce qui s'est passé , pendant cet horrible jour ...

Il resta perplexe pendant qu'elle lui parlait , avec une clarté qui le troublait profondément , de ses visions d'êtres venus des cieux , qu’elle voyait descendre ici comme une pluie de météores fulgurantes !

25 - N'était-ce pas cette horrible boule de souffre à l'éclat trompeur qui , au large d'Auberive , se nourrissait de l'énergie divine ?
Dans une grotte à l’abri des six lunes , comme un autel entouré de cierges ,
 la cruelle vipère Arakné quittait sa peau ancienne . Elle s’était métamorphosée , assumant une forme désirable , façonnée pour tromper le désir en orientant la genèse . Non pour détruire , mais pour détourner le couple ophidien qui s'était uni dans la matrice et devait être transmué en créatures humaines - chute ou élévation , nul ne pouvait encore le dire . Car le songe d’Enoch était le voile nécessaire à cette transformation , derrière le mythe que la chair devait traverser , pour changer de nature . Et tandis qu’il s’abandonnait à l’amour dans le jardin d’Argol transfiguré , il ignorait encore que toute naissance exige la trahison d'un rêve , et que toute métamorphose porte en elle aussi la possibilité d'un choix .

N’aie pas peur , lui dit le Serpent . Tu es entré dans le mystère .

Elle s’approcha plus près de lui . Sa beauté était simple , presque biblique , semblable à celle d’Ève avant la honte . Elle posa sa main sur un fruit suspendu à un arbre inconnu .

Tout ceci est donné , dit-elle . Mais il faut consentir à devenir autre .

Il voulut lui répondre , mais l’eau entrait déjà dans sa bouche sans l’étouffer .

- Qui es-tu ? , lui demanda-t-il enfin .
- Je suis celle qui rampe et qui se dresse . Mais avant les noms , j’étais déjà là .

Le corps ophidien se mit à changer . Les anneaux se détendaient , la colonne se redressait , la peau se fissurait comme une ancienne tunique . Des membres humains , dans une douleur silencieuse , poussaient lentement .

- Pourquoi cette métamorphose ? 
- Parce que le serpent ne peut engendrer l’homme sans le devenir lui-même .

Alors , le prince comprit - sans encore l'accepter - que l'humanisation serait la plus dangereuse des métamorphoses , que le paradis retrouvé n’était qu’un voile , nécessaire , peut-être , pour que la chair accepte de changer de nature .

Et tandis que, dans le jardin d’Argol transfiguré, il s’unissait à celle qu’il croyait aimer , le serpent prenait son apparence , la salamandre devenait un double de la femme , et l’homme , sans le savoir, consentait à une nouvelle Genèse - obscure , inversée , redoutable !

 
 
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Notes :
 

33 NGC 7293 ou nébuleuse de l'Hélice est une nébuleuse planétaire située dans la constellation du Verseau, à proximité du Poisson austral. Sa forte ressemblance avec un œil humain lui a valu le surnom de " L'Oeil de Dieu " . 

34 - " Les Alchimistes " , II , 1 - Jean Biès , 2000 .

 

 
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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Seconde Partie - Invasion - VII - Arakné .

29 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Titan

Titan

 

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Seconde Partie

Invasion

 

 

 

 

VII - Arakné

 

" ... La divine Echidna au coeur intrépide , moitié Nymphe aux yeux noirs et aux belles joues , moitié serpent énorme et terrible , marqué de taches diverses et se nourrissant de chairs sanglantes dans les entrailles de la Terre . "

Hesiode - " Théogonie "

 

" O folle Arachné , je te voyais déjà à moitié araignée , et triste , sur les débris de la toile que par malheur tu ouvris ! "

Dante - " Le Purgatoire " , chant XII .

 

                   

20 - Il y avait une grande île au bout du monde-miroir des gouffres de l'insondable immensité stellaire qui , tel un diamant de feu sur un lac de lumière aux vagues d'argent sans cesse renouvelées , flottait en équilibre , Auberive l'océane , tellement plus grande que la Terre , vibrant reflet d'une conscience éternelle , miroir de solitude inconsolable tourné vers l'espace et les mystères d'un amour infini où l'oeil enfantin d'une princesse virginale en son jardin fleuri s'était perdu au-delà d'un arbre gigantesque où nichaient les oiseaux du ciel ! ( 20 )

Là , demeurait , au bord de l'eau cristalline , un peuple d'ondes éthériques né du feuillage ou , peut-être , de la brume et du vent sur ses rives paisibles , ni mâle ni femelle , émanation de la pensée pure du Seigneur vivant dans la ramure qui , balayant de Son souffle blé en herbe et vignes , Se mirait dans l'infini bleuté d'un rêve reflétant Son amour caressant les verts pâturages ...

Proche d'un temple où chaque graine d'espérance , buisson d'aubépine ou brin de pollen effleurant un regard de biche était une offrande pour cette flamme qu'on venait y adorer sous la neige éternelle un immense arbre , source de vie , croissait en son centre sur une montagne pyramidale ...

( 21 )

D'ailleurs , n'était-ce pas là , sur l'alpage verdoyant du Val d'Or au milieu des roses , que Virginia , guettant la Licorne et croyant percevoir l'ineffable musique céleste , avait vu s'ouvrir le ciel en guenilles sanglantes pour la première fois ? ( 22 ) 

Mais songea-t-elle seulement , la pauvre enfant , lorsqu'elle venait Le prier au sanctuaire , à ce que disait l'Indicible parmi les roses de son rêve ineffable ? Et quand l'astre noir fit choir sur eux sa pluie d'étoiles destructrices , pouvaient-ils se comprendre encore ?

" Femme , qu'y-a-t-il entre Toi et Moi ? ( 23 )

C'est ainsi qu'à l'heure précise où , sur l'astre primordial , une énorme vague engloutissait les visiteurs d'Orion , Arakné , passé trois siècles d'absence du vaisseau émissaire , finit par comprendre que l' " Arka Anath " , bible d'Argol dont la substance  trafiquée provenait du livre de Virginia , codex original du fameux " Talisman de l'Etoile " , avait disparu de la petite niche où , près du signe gravé par elle sur la roche , il avait été discrètement dissimulé  !

Pourtant , celle qui , pour mener  son enquête , avait du se travestir en ouvrière-esclave d'ARKA , planète proche de Thuban , soleil noir de la constellation du Dragon , n'avait même , semblait-il , jamais étudié l'ancienne langue dans laquelle , selon certains théologiens érudits , de mystérieuses paroles , prononcées par elle , y avaient été inscrites :

" Le chemin vers Dieu confère seulement Ma Dignité ... "

Cette redécouverte illumina la conscience collective . Alors , ceux d'en-bas , mineurs immigrés , forgerons , croyant en son message d'espoir habilement relayé par une cinquième colonne , l'aidèrent à s'emparer du trône dans une guerre subversive , tandis que l'eau , jaillissant bientôt du lieu terrible où était caché leur fabuleux trésor comme d'une inextinguible plaie de glace fondue , se répandait sur eux , les noyant tous impitoyablement dans les entrailles de la terre de feu !

Le vieil empereur fut bientôt contraint de s'unir à cette jeune " Reine Noire " élue par le peuple martyr des profondeurs , mais tous les survivants qui purent s'embarquer , guidés par une lumière étrange , partirent à la recherche d'une autre Dame , déesse invisible , émissaire d'un Seigneur inconnu incarnant aussi la résistance !  ( 24 ) 

De l'aube à midi sur la mer d'Auberive , le chant des sirènes retentit mille fois de ces faits merveilleux !

21 - Or , inconscients du piège qui leur était tendu , les Ophidiens de la galaxie d'Orion , résolument , décidèrent d'envahir le paradis mystique d'Auberive pour y trouver cette " Pierre de Sagesse " décrite dans le livre légendaire découvert par Melki dans la grotte , capable seulement de les libérer de leur enveloppe reptilienne "de chair grisâtre et méthanière " !
Ninti-Anath , ancienne Eve , plus tard nommée Lilith ou Elisabeth , à la fois double obscur et minéral d'Arakné , mais aussi princesse héritière de l'Empire en tant que neuvième incarnation de la déesse Ana , partit donc rendre visite à sa lointaine cousine Virginia pour en savoir plus à-propos du livre qu'elle avait dérobé sans en connaître la nature .

Mais quelle devrait être cette route , jugée si périlleuse , menant de l'Alpha à l'Oméga , de l'Abîme à la Résurrection , " De Profundis ad Altum ! " , comme un futur poète le chanterait , se disait-elle en fuyant avec ses affidés ?  ( 25 )

Quand tout commença , il était sûr , pourtant , que le monde clos de la Sagesse , de la Pureté spirituelle devait se sentir bien isolé , voire enfermé sous sa voûte immaculée ,  lorsque Dieu , par amour envers Celle qu'il avait créée de toute éternité , Lui permit enfin de sortir de Lui-même dans une autre substance afin de répandre Sa Parole et de permettre l'ensemencement de la Lumière au Miroir de sa Justice , Oeil Divin dans les Ténèbres circonscrites par le Cercle ?

Mais n'ouvrait-Il pas ainsi trop vite la porte aux ruses de la Reine maléfique , celle qui allait , peut-être , embraser l'Arbre de Vie , trompant les rêves de la Toute-Pure allongée sur l'alpage verdoyant du Val d'Or au milieu des roses de l'Eden ?  ( 26 ) 

Cependant , savaient-ils , ces vaisseaux de cristal surgis des flammes de l'enfer ,  qu'un seul de ses désirs pouvait les faire basculer à nouveau dans leur monde par l'une de ses portes secrètes ?  Comprenaient-ils qu'une seule goutte de sève tombée du frêne à la ramure majestueuse , rosée de larmes mouillant les yeux diaphanes de la belle jeune fille , provoquerait la colère de son Dieu sur les flots déchaînés ? 

" De Profundis ad altum ! " , chanterait le poète Orphée pendant que , se nourrissant des meilleures plantes odorantes , la serpente maléfique déposerait au fond de la grotte enchantée ses graines mortelles , tirant du sous-sol d'Adama , or , souffre et mercure , chromate de potasse ou sulfate de cuivre dont avec malice elle se servirait pour atteindre le coeur vivant de la Pierre ... ( 27 )

L'Amour , n'était-ce pas d'abord comprendre l'Autre en comblant la distance qui va de l'Abîme des Ténèbres jusqu'à la Rédemption par le sacrifice du premier-né de l'Aurore sur la Croix , nouvel Arbre de Vie , l'ancien brûlant à moitié puisque Prométhée , à l'image d'Adam , s'était laissé séduire en arrachant le feu de la Pierre Vivante à ses branches ? 

C'est ainsi qu' insidieusement , l'Araigne avait dû tisser sa toile maléfique , l'étendant peu à peu à tout l'univers , troublant le monde et le coeur des êtres par son air aimable et ses fausses apparences ...  

" Mais comment le Bien pourrait-il aimer le Mal sans souffrir ? " ( 28 )

" Quelle bizarre couleur ! , se dit-elle , surgissant tout à coup de l'envers du cosmos , accédant ainsi , sous l'Oeil de Dieu , au coeur de notre nébuleuse ! 

Une horrible boule de souffre planait au large d'Adama ! ( 29 )

Bientôt , la seconde expédition des Titans , vieille race d'intelligence supérieure , se mit à y débarquer , cherchant sans doute , par un passage propice , à  poursuivre leur route vers d'autres dimensions de l'univers ... ( 30 )

Mais hélas , leur présence fit des dégâts ! Perturbé par les vibrations magnétiques du vaisseau orien , le précieux talisman caché sous le chêne légendaire commença de le brûler à moitié , faisant perdre à l'astre fluidique sa seule source de chaleur et de densité . ( 31 )

Les habitants , victimes du froid , se dédoublèrent , chacun d'entre eux perdant son âme sans tache et l'on entendit même le chef du village , un certain Prométheus , implorer comme Adam  qu'on lui rende son coeur de feu , tandis que , dans les lointains d'Auberive , un navire mystérieux suivi de deux cygnes blancs et d'un noir disparaissait au milieu des abîmes de mer ! ( 32 )

La jeune fille métamorphosée avait-elle été rappelée par son Père , inquiet d'une aussi brusque issue ? Et le sorcier parjure à ses côtés , parviendrait-il à s'enfuir avec elle en dérobant leur fatal secret aux envahisseurs ?

" Quel curieux voyage , quelle étrange aventure vous conduit ainsi en l'espace d'une seconde à la souffrance , à la mort ? , songeait la princesse découragée .

Quant au troisième , Enoch , s'envolant vers le Phare comme une ombre , qui était-il vraiment ? Qui l'avait connu ?

 

   

( A Suivre )
 
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Notes :
 

20 - Daniel , 4 , 9 .

21  - Arbre du Monde ou Yggdrasil reliant la Terre au Ciel dans la mythologie nordique , associé peut-être à l'Arbre de Vie et celui de la Connaissance du Bien et du Mal dans la Bible ( Genèse , II , 9 et 17 , III , 24 ) , mais aussi à l'Arbre de Jessé ( Isaïe , XI ,

1 ) = ARBOR MIRABILIS .

22 - " Le Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , II , 7 - La Jeune Fille et la Licorne - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

  " Le Livre de Virginia " ( Cycle de L'Etoile VI ) , I , 4 , 7 - L'Oeil - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

23 - Jean , 2 , 4 .

24 - " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , IV , 2 - La Reine Noire - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

25 - De Profundis ad Altum : " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , II , 4-VI par Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) .

26 - NGC 7293 ou nébuleuse planétaire de l'Hélice , surnommée " l'Oeil de Dieu " et située dans la constellation du Verseau .

27 - " Le Docteur Faustus " ( Doktor Faustus , III , 1943 / 1947 ) par Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , écrivain germanique , prix Nobel 1929 .

28 - " La Pesanteur et la Grâce " ( 1940 / 1942 ) , Simone Weil ( 1909 - 1943 ) , philosophe mystique française .

29 - " La Demeure Enchantée " , II , 7 - Arka Anath et II , 8 - La Chute d'Ishtar , note 41 .

30Titans : nom donné aux divinités géantes primordiales par la mythologie

grecque .

31 - Alatyr' , pierre sacrée ( bétyle ) des légendes slaves possédant des pouvoirs de magie et de guérison , située sur l'île Bouïane ( = Auberive / Tir na Nog ) sous l'Arbre du Monde = Talisman de l'Etoile .

32 - Figure héritée du " transmetteur du feu " , Prométhée est surtout connu pour avoir dérobé le feu sacré de l'Olympe pour en faire don aux humains ( Mythologie grecque ) .

     

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28 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Enoch

Enoch

 
 

 

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Première Partie

Le Voyage d'Enoch

 

 

 

 

VI - Un Curieux Voyage

 

 

 

 

"  Le Destin des Hommes , Dieu le tient caché ...  "

The dooms of men are in God's hidden place ... ) 

W.B Yeats - " La Rose " ( The Rose , 1893 ) .

 

  

" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 .

 

 

 

17 - C'est du Néant que tu es monté vers moi ? , lui répétait souvent Ninti en séchant ses larmes ... ( 12 )

Mais le mal , insidieusement , portait son voile maléfique , troublant le monde avec son air aimable et le coeur de tous les esclaves par ses fausses apparences ... La Salamandre l'avait transformée , nourrie des richesses minières d'Argol et de sa pomme empoisonnée de sorcière maléfique pour mieux donner aux vaincus l'illusion de son pouvoir destructeur : la Pierre de Baal , comme un reflet sans vie à la surface d'un lac morne où l'oeil de la créature au visage lunaire , taciturne , s'allumait aux couleurs de cette gemme incandescente , la Pierre luciférienne y brûlant sans cesse , impitoyable et sauvage , qui avait enflammé jadis le seul minerai végétal aux racines majestueuses baignées de ses quelques courants d'eaux saumâtres , pourrissantes , le Grand Arbre Sacré de Dédalus ! ( 13 )

Regard mortifère couleur de serpent , plus profond que les profondeurs d'une âme vide et froide au teint grisâtre née d'un gouffre sans fond sur une planète minérale , marmoréenne , aux confins d'un monde souterrain que la toile d'une étrange araignée nacrait de ses perles de rosée translucide ! ( 7 )

- Je ne suis qu'un fantôme de roche , un écho pétrifié d'une guerre éternelle . Et d'ailleurs , pourquoi passer en ce monde où sont closes les tombes , fermés les puits de mine ? , songeait-il , puisqu'il faisait partie lui aussi , maintenant , de la triste tribu d'obscurs dragons nés du magma fusionnel d'Alpha 8 , espèce redoutable du système Thuban dont la conscience collective arachnide , capable de fondre son énergie mimétique dans n'importe quel organisme ou environnement propice , n'avait rencontré jusque-là sur sa route aucun obstacle au bout d'interminables voyages dans de noirs tunnels intergalactiques ! ( 14 )

- Regardez-nous , les êtres supérieurs ! , se mettaient à grimacer parfois les ouvriers de la carrière , vous , les seigneurs d'en haut , les Alphans voleurs de trésors , nous sommes ces cadavres que vous avez remontés de l'Enfer pour , un jour , tous vous réduire en cendres !       

Lorsqu'il se réveilla , Enoch pensa au chemin parcouru par Melki , son grand-père ayant vécu toute sa vie à la mine , lui qui était de la race obscure , plutôt triste , taciturne et trapue des profondeurs , le peuple esclave du Tau d'Argol , comme on l'appelait .

Mais un jour , au fond d'une caverne , il avait découvert l'ineffable trésor d'une trace vivante gravée sur la roche parmi les cristaux fulgurants d'une montagne éloignée , puis il avait reconnu la griffe sanglant d'une créature d'orichalque et d'hématite lui permettant d'entrevoir aussi quelques secrets mystérieux venus d'outre-monde : Arakné

C'est là qu'un jour , son petit-fils avait conduit l'Empereur en rêve , lui faisant boire la Coupe d'Or enivrante où l'eau mercurielle du lac Hawa se mêlait au sang miraculeux de la Pierre ! Peut-être accepterait-il ainsi , une fois parvenu à ce pays de cocagne , à cet Eden paradisiaque ophidien de leurs anciennes légendes , NUA-TARA , de lui permettre enfin de courtiser sa fille , qu'il aimait en cachette depuis toujours 

C'est pourquoi , le temps n'étant qu'une ombre , il avait accepté ,  suivant le chemin d'une goutte d'eau traversant en flux de transformations incessantes l'étendue des siècles à venir , de partir à la recherche de son adorable princesse aux mille plis capricieux d'insouciance et " bel ange aux ailes froissées " ... ( 15 )

18 - L'espace d'un instant , complètement harassé par le bourdonnement d'une étrange machinerie dont l'origine lui semblait factice , et perdu dans une sorte de rêverie chimérique , le voyageur se demanda ce qu'il y avait de réel au-dessous des blocs de couleur sombre de cette océan stellaire inconnu parsemé d'îles aux montagnes de glace blanche où peut-être évoluait encore cette cruelle déesse noire de la mort , narguant , majestueuse , l'effroyable panique de toutes ses pauvres victimes , pantins ridicules dont , sans vergogne , elle tirait les ficelles , voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes dégoulinant sur un désert de ces moutons résignés , tremblant de peur , faisant planer son vol tragique sur les nombreux cadavres flottants et gelés de ses crimes inexpiables ! Qui étaient-elles , ces ombres sans vie , à côté d'elle ? N'offrons-nous donc rien , se questionna-t-il , à la douleur des autres qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?  

Et songeant à l'immensité de l'espace des yeux grands ouverts des disparus , l'homme se rappela ce long chemin qui ne mène nulle-part , balayé par des tempêtes d'ammoniac et de souffre , quand il se faufilait à travers des magmas de rocailles vers la falaise abrupte . Il se demanda en sanglotant s'il était vraiment possible de survivre au terme d'un tel parcours , comme si , en sortant dans l'espace à l'extérieur de la capsule , puis en sautant dans le vide , on franchissait aussi le seuil de cet au-delà inespéré du mal depuis le haut du cercle , parvenant , pour finir , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ...

C'est alors qu'il crut voir , parmi les dépouilles de toutes ces célébrités devenues vaines , le monstre ricanant au bout d'un énorme gouffre de ténèbres trouant le ciel piqué d'étoiles mortes !

Comme sa peau s'était mise à redevenir brillante , écailleuse , au fil d'étendues cosmiques bizarrement parcourues d'étranges lueurs verdâtres , plongeant dans l'abîme interstellaire , une roue immense détachée d'un gigantesque arc-en-ciel planait au-dessus du château de la " Mort Rouge " où , s'y étant retranchée d'un rictus méprisant , la créature avait su guider les passagers vers le royaume souterrain .

( 16 )

Que lui était-il arrivé , alors , pour voir de plus en plus grossir , ensuite , ce petit point de lumière blanche et bleue au centre d'une tentaculaire toile d'encre piquetée de points lumineux , liant son âme éternelle à de multiples autres telle qu'une pierre précieuse née du gouffre insondable de l'explosion de millions d'étoiles , vertigineuse plongée au centre de soi-même , rémanent effluve d'une conscience énergie depuis ses premiers balbutiements de roche et matière brute jusqu'aux subtiles ondes fluidiques d'un temple spirituel rutilant de ténébreuse incandescence ? 

Ma vie s'est écoulée dans la nuit , songea-t-il , ténèbres et chaos m'ont enseveli ...

En se sentant devenir aussi vieux d'esprit que son guide et gourou , Oris Arkor et , paradoxalement , rajeunir physiquement pour prendre enfin l'apparence de la première jeunesse , il se mit à gémir , gagné par la fièvre et le désespoir sous le regard tranquille de lunes impassibles qui paraissaient , au-dehors , le narguer d'un sourire ironique au milieu du ciel d'encre ...

Puis , se demandant ce qu'il faisait là , couché dans ce cocon , trempé de sueur , il écouta craintivement le bruit diffus de ceux qui l'avaient réveillé .

Croyant se lever en sursaut , il remarqua sur la coursive détrempée , quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur , mais il ne se rappelait plus de rien sinon de sa journée d'hier et du navire mystérieux couronné de nuages menaçants qu'il cherchait encore dans les lointains d'un songe assoupi " sillonnant comme les vaisseaux et les veines qui serpentaient parmi les souterrains de sa terre et les lobes du cerveau ... " ( 17 )

Tout lui semblait si sombre soudainement ! Mystérieux comme ce martèlement répété sur la carlingue , résonance en lui d'un glas sépulcral au-dessus de la cabine où il dormait , chaque fois que venaient lui rendre visite les carillons insatisfaits du vent s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée ! Alors , n'était-ce qu'une chute interminable , ensuite , horrible cauchemar , dans l'espace infini du silence ?

C'est ainsi que , pour la seconde fois , le commandant fut , en sursaut , brusquement ramené à la réalité par des voix résonnant à côté de lui !

C'étaient Ophnès et Jannès , les deux fidèles serviteurs qui venaient lui annoncer que l'Arche , portée par les eaux célestes du fleuve éternel , était en approche au terme d'une course interminable depuis Bételgeuse , et qu'on pouvait à présent reconnaître là-bas , depuis la cabine de pilotage , une grande tour à la surface de la planète , qui dressait sa lumière ardente au milieu des spectres d'un crépuscule multisolaire flamboyant ! ( 18 ) 

 

19 - On prétendait que l'astre désertique où ils étaient enfin parvenus possédait une soeur jumelle plus humide reflétée par un même soleil , mais qu'il était impossible de la distinguer parmi les flots de lumière la rendant invisible au travers d'une autre complètement liquide . 

En marchant une heure sur quelques milliers de grains de sable de son sol de poussière , l'homme-reptile au visage ferreux pensait à la désolation qu'il avait traversé depuis des siècles parmi ceux du ciel , abandonnant les siens sur une terre aussi douce que la rosée , celle où ils avaient eu le privilège de vivre loin de l'enfer de " Dédalus " . Quand les reverrait-il ?

Mille et une nuits de rêve dans une cabine cryogénique vous font revoir ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , vers l'infinité . Qu'en restait-il ? Ne sommes-nous pas nés pour mourir un jour ?

Comme ce grand soleil rouge qui avait soudain surgi tel un phare au beau milieu des étoiles , tandis que l'astronef , pointé vers lui , poursuivait son approche à grande vitesse vers l'immense gare intergalactique , noeud stellaire permettant aux navires d'accéder ensuite à de multiples autres parcours multidimensionnels !

Faisant figure de passage obligatoire , cette gigantesque Porte où ni le temps , ni l'espace n'existaient plus , la constellation de l'Oeil , comme on la nommait , ressemblait plus à un regard sans fond , miroir insondable d'un énorme globe oculaire où toutes les vies , petites gouttes lumineuses , venaient naître et revivre dans un incessant ballet d'âmes provenant de toutes les directions de l'univers !

Maintenant , la mer lui semblait brillante comme un miroir venu recouvrir tout-à-coup le sable du désert ... Masse étincelante entrechoquant de songes multiples les vagues d'acier de son âme , plaques de bronze à l'immense réverbération , déferlement d'arborescences métalliques ressemblant à la silhouette coupante et fugitive de fleurs de lave au sein d'un fleuve de gaz en fusion !

         C'est alors qu'il vit la fugitive grimper les marches du phare , entourée d'un choeur inflammable de vierges translucides , plus froides que des pics de glace . 

Au milieu de leurs cris d'horreur , il parvinrent , non sans peine , à rejoindre le belvédère , approchant de la petite porte où elle se tenait .

Je suis Moïna , la belle sans égale , avoua celle-là ... Et le bruit de mes pas légers plaît à l'oreille comme une musique céleste . Venez-vous chercher l'ombre de la Vérité , venez-vous , mes amis , chercher les clefs ? , leur suggéra mentalement l'ombre évanescente ressemblant à la princesse au seuil du bâtiment-fantôme . ( 19 )

On l'aurait prise pour un oiseau de mer échoué là comme l'albatros à l'aube d'un rêve inachevé ... 

Mais il eut peur trop tard de comprendre ... Un déluge d'eau l'emporta , lui et les autres , submergeant tout-à-coup l'étendue sauvage des dunes chauffées à blanc par la puissance solaire ...

- Ô , Roi du Monde , entends-tu le chant sacré des profondeurs ? Bonjour , Jean !

   

       

FIN DE LA 1ère PARTIE
 
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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - VI - Un Curieux Voyage - Pep gwir miret strizh -All rights reserved -Tous droits réservés - " GENESE " - Copyright 2025 Dan Ar Wern .
                                           
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Notes :
 
12 - " Que signifie , il est monté , sinon qu'il est descendu , aussi , dans les entrailles de la Terre ? "- Saint Paul , Epitre aux Ephésiens , IV , 9 .

13 - Pierre noire d'Emèse , bétyle sacré du dieu solaire syrien Elagabal ramené à Rome par l'empereur Antonin de la dynastie des Sévère , surnommé Héliogabale , et qui , en 222 , entraîna peut-être sa mort , sinon sa malédiction , puisqu'il fut assassiné par la garde prétorienne .

14 - Voir Chapitre III - Secessio ( Dissidence ) .

15 -" La Nuit " ( Océan , 1820 - 1851 ) de Victor Hugo -

16 - " Le Masque de la Mort Rouge " ( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) parue dans " Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " (1857 ) , traduction française de Charles Baudelaire .

17 -  " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

18 - Hophni ( Ophnès ) et Phineas , fils d'Eli aux moeurs corrompus ( 1 , Samuel , 2 , 12 ) - Jannès et Jambrès ( ou Mambrès ) , noms donnés aux magiciens de la cour de Pharaon qui s'opposèrent à Moïse ( Saint-Paul , Deuxième Epître à Timothée , 3 , 8 )

19 Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , I , 9 , III - Arbor Mirabilis - copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre  - Tous droits réservés - Voir note 9 , ci-dessus .

 

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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - V - Une Etrange Traversée .

24 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Nébuleuse de l'Hélice ( NGC 7293 )

Nébuleuse de l'Hélice ( NGC 7293 )

 

 

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Première Partie

Le Voyage d'Enoch

 

 

 

 

V - Une Etrange Traversée

 

 

 

 

" La vie passe , toi seule ne passes pas ... Tu es en dehors du monde , tu as ton soleil , qui mène ta ronde des planètes , tu as la paix des étoiles qui tracent dans le champ des espaces nocturnes leur sillon lumineux , charrues d'argent que mène l'invisible bouvier ... "

Romain Rolland - " Jean-Christophe "

( 1904 - 1912 ) - La Nouvelle Journée .

 

  

 

 

 

14 Quand le rideau se lève au bout d'une route désespérante , songea le commandant Ellilfaut-il avoir peur de l'infini ? Les étoiles mortes brillent encore longtemps . Toutes celles que nous voyons ne sont parfois plus qu'un souvenir qui voyage à travers l'immensité des distances ... Pensez-vous qu'elles aient encore besoin de nous transmettre leur héritageCependant , s'il y avait un peuple comme nous vivant au-delà du pays des fluides invisibles de gaz multicolores , mais dont la vie paraîtrait moins austère ? " , lui répondit mentalement la princesse . Ne raconte-t-on pas qu'en de lointaines régions de l'espace existent des formes de vie très différentes peut-être unies par un principe spirituel ? "

Mais la route lui parut soudain si longue , interminable , recroquevillée comme un foetus dans sa cabine spatiale cryogénisée , que les six lunes sombres d'Auberive faisant renaître en ses yeux chaque fois plus vite leurs orbes marquées d'un sinistre regard noir , s'y figèrent comme au plus profond du grand ciel de la nuit , l'entraînant sans cesse au sommeil le plus lourd , transformant les paroles glacées jaillissant de la bouche des autres membres de l'équipage en gouttes d'eau trouble , affadie , perlant en larmes de plomb sur son visage , en grains d'étoiles d'un immense pont de sable  ... Qu'as-tu fait de ta vie ? La question controversée martelait douloureusement son crâne , se reposant aussi à travers l'incommensurable chemin stellaire parcouru tel un formidable écho les ayant conduit  depuis l'espace minéral des Titans d'Orion jusqu'à cette matrice de la planète bleue où , un beau jour de l'aube terrestre , dans le désert de Mésopotamie , avait débarqué sa mère , Ishtar , la souveraine dissidente qui s'était opposée aux Dieux d'Ana , sa fille . 

Oui , c'était là , songeait-elle , que la prêtresse fugitive voulait cacher le " Talisman de l'Etoile " trouvé dans la grotte avec les " Pommes d'Or " , vivantes gemmes tant convoitées par les pauvres créatures de Dédalus ! Elle la vit s'écroulant sur les rives poussiéreuses de l'Euphrate ou du Tigre avec son diadème de cuivre , de cristal et d'argent dont les lueurs scintillaient sur sa tunique bleutée ... Elle savait qu'elle allait mourir , prosternée sur le sol brûlant , qu'elle était déjà très malade , elle le lui avait confié tout à l'heure avant de lui dire adieu ... Et ses mots semblaient résonner à l'infini dans son crâne en feu !

- Allo , le poste de pilotage , allo , commandant Marduk ! Je dois transmettre au Conseil le code secret localisant la Pierre ... Faites vite , faites vite , allez dans mon bureau , je vous en suppliefaites vite !

Il était déjà trop tard : son bandeau venait de s'enflammer , déclenchant une lueur vive qui , passant à travers son corps démesuré , finit par embraser puis consumer tout son être ! Il ne resta bientôt plus rien qu'un peu de cendres noires s'envolant comme un souffle , une chrysalide ou germe d'espoir , néanmoins , croissant sous un soleil rouge , prière invisible d'une voix qui crie sa douleur dans le terrible vent du désert ! ( 3 )

Mais c'était Arakné , la " Reine Noire " parcourant les cieux de ses mille fils d'or d'une tunique à la pourpre ensanglantée , qui  , la première , avait trouvé le Livre Sacré près de la Roche Flamboyante ... ( 4 )

Puis le vieux Melki Tsédek , chef des mineurs , s'était montré capable de reconnaître ce qui n'était , selon lui , qu'une trace de l'Araigne au plus profond des gouffres du Tau d'Argol , reflet d'un trésor bien plus grand que l'espoir déçu d'une lumière au bout d'un tunnel de fatalité , disait-il : car sa chair n'était qu'une caricature imparfaite , un reflet monstrueux de ce qui était " caché là-haut , par-delà les nuages " ! ( 5 )


15 - Qu 'y avait-il entre lui et moi ? , pensa-t-elle , revoyant celui qui ne cessait , chaque fois qu'il la croisait , de tenter secrètement de la séduire .

Approche donc , mon amie ! Quelle sorte de voyage a été ta vie ? , lui demandait cette ombre inerte en uniforme de commandant de la flotte , alors qu'elle se trouvait allongée sur sa couchette à l'arrière du vaisseau , pensant au double visage de ce malheureux homme qui avait dû espérer la charmer , dans l'oubli de sa condition de vaincu , alors qu'il ne faisait même pas partie des Alphans ? ...  

Avait-elle d'ailleurs quelque chose à voir avec la bête sauvage tapie dans l'inconscient de ce noble déchu de l'ancienne dynastie ? Lui et moi ... , se mit-elle à sourire avec un sarcasme ironique , l'âme torturée , silhouette planant en silence au milieu de ténébreux nuages de poussières d'étoiles , qui se voyait flotter , dépouille inutile ayant , disait-on , naguère , fait trembler le monde et qui , désormais , n'était plus qu'une petite boule sans couleur se mêlant aux autres , dans le cosmos , pâle éclat de turquoise bleu-vert scintillant sur une banquise d'aurore boréale illuminant le regard fanatique , pétillant d'ivresse ,  de ses quelques prétendants désenchantés du bagne d'Argol ! 

Dérision ! , songea-t-elle , abasourdie de lentement se découvrir dans les reflets d'une existence aussi désastreuse , qu'elle n'aurait , croyait-elle , pas eu le courage elle-même de choisir !

Cette nuit-là ... Elle s'en souvenait encore selon l'échelle des jours d'Orion , quand elle s'était sentie entraînée malgré elle , par une force inconnue , vers les rives de la vieille planète ophidienne , au-delà du Palais d'Havila ... Alors , la jeune femme avait eu à peine l'impression de voir un reflet de sa propre image dans celui d'une pierre vivante , écarlate , montant du globe argolide ! Un rayon puissant tombait déjà sur sa tête , la tractant de son halo blanchâtre à l'intérieur d'une gigantesque nef spatiale aux parois obscures , mais brillant à l'extérieur de tous ses feux , glissant silencieuse au milieu de l'encre céleste , et qui , maintenant , faisant défiler à la même vitesse chacun des instants de ses multiples vies , l'emmenait à une allure vertigineuse jusqu'à une lointaine étoile , véritable " Oeil de Dieu " irradiant de sa Conscience immuable la totalité des vibrations de l'univers , matrice cosmique transmutant , par son eau spirituelle composée de myriades de gouttes de lumière , les formes les plus diverses d'énergie et de matière en milliers de vagues de poussière intergalactique d'âmes régénérées ! ( 6  )

Donc , ce jour était arrivé où la princesse ressuscitée , puisque le temps n'existait plus , venait renaître ici transformée , à travers ses corridors , courte escale dans le ventre d'une nouvelle mère avant de repartir à l'aventure dans le dédale des apparences , ne laissant derrière elle qu'un souvenir inoubliable , ses yeux éblouissants , miroir de l'Indicible , et son radieux sourire , traces merveilleuses d'une fugitive étoile filante ! 

Une fois passé le premier choc hyperbolique du départ , Ninti s'était vue elle-même entamer une longue chute vertigineuse dans une sorte de labyrinthe multicolore , loin des yeux gris de sa gouvernante Siduri , qui l'avait accompagnée , et du regard plus lointain de sa terrible mère , étrangement mêlés , qui s'estompèrent peu à peu . Et plus elle avait l'impression de tomber dans un gouffre , plus il lui semblait s'en éloigner aussi à grande vitesse vers ces étoiles par milliers formant les galaxies ...
Combien de temps cela dura , une seconde ou plus d'un siècle ?

Lorsqu'elle se réveilla , on aurait dit que plus rien ne subsistait de ses premières angoisses , de l'horreur et du désespoir qu'elle avait vus lentement rapetisser , telles poussières infimes chassées du coin de l'oeil par quelque gracieuse ballerine aux allures de Diva ...
Désormais , face au vide immense et silencieux de l'espace , elle se sentait tout à fait seule .
Pourquoi avait-elle eu l'idée de sortir ? Avait-elle rêvé ?
Elle entendit son coeur battre lourdement dans sa poitrine , et le bruit de sa respiration que l'oxygène oppressait . Marchant avec peine sur la carlingue du vaisseau , reliée à lui par le simple filin d'acier d'un scaphandre , elle fut éblouie soudain par un éclair fulgurant ! 
Des tonalités graves , chacune projetant sa nuance particulière , naquirent de l'insondable foisonnement des luminescences cosmiques , faisant surgir tout à coup de ce magma une émouvante liturgie , comme celle d'
Honegger , offrant à la nuit profonde son mystère aux sombres harmonies . ( 7 )
Voilà , se dit-elle dans la ferveur , fascinée par cette puissance invisible à la splendeur de Sa Création , voilà comment , peut-être , l'Alpha et l'Oméga viennent au rendez-vous de l'Eternel  ? " 

Mais aux confins de cette étrange offertoire , six petites boules bleues lui apparurent soudain , faisant cercle autour d'un astre rouge , plusieurs satellites qu'on voyait graviter autour d'un énorme soleil aux couleurs changeantes , dont l'aura sinistre formait un hologramme ! 
Elle en compta six , identiques par paires , plus ou moins proches , plus ou moins lumineux , chacun traînant le reflet noir , la face cachée de l'autre ... Mais parfois croyait-elle seulement surprendre le sourire désenchanté d'une Lune adombrant le rêve de sa jumelle ... 
Alors , le navire s'arrêta , comme parvenu au bout du chemin , puis  brusquement , fut aspiré dans un long tunnel où , dans la tête des voyageurs , défilèrent à une cadence inimaginable les images les plus noires de leur vie  !

Ceux-ci , écrasés par la vitesse , mais aussi par l'angoisse , eurent l'intuition que plus rien ne pourrait stopper leur véhicule , tandis que le froid , glaçant leurs corps telle une vieille complainte aux échos lancinants , leur dévorait les entrailles :
 

" What shall we use to fill the empty spaces
  Where waves of hunger roar
? " ( 8 )

 

Et pour toute réponse à ces rumeurs éloignées , mystérieuses , le silence le plus total se fit , venant troubler davantage leurs âmes dévastées ... Ce qu'ils découvrirent au réveil les stupéfia : c'était la fin de l'aventure , se dirent-ils tous avec épouvante , ils allaient sans doute exploser ! Cependant , l'étrange planète s'était mise à grossir de plus en plus dans le champ des consciences de l'équipage , entourée de plusieurs spectres flamboyants .
Comment l'astronef , au terme de son fantastique voyage , avait-il réussi à s'immobiliser devant elle ? L'engin finit par se poser sur un petit étang , la soucoupe , alors , finissant par s'échouer au fond d'un lac avec ses quelques passagers réveillés de leur coffre d'hibernation , plus les quatre robots de l'équipage technique ! L'air semblait respirable ,  et vite , l'on abandonna les scaphandres plus on avançait au coeur de ce monde semblant irréel , comme surgi d'un passé multiforme !

Une voix douce , apaisante , se mit à murmurer quelque chose à l'oreille de la princesse tandis que l'astre nocturne approchait de plus en plus , embrasé d'une lueur incendiaire à son horizon , comme celle d'un phare au milieu d'un océan d'incertitudes . C'était sa mère essayant de la réconforter , de comprendre à la fois cette haine farouche et la profonde admiration qu'elle vouait à son père ...
Maintenant défilaient des paysages de solitude , hautes montagnes révélant l'abandon de leur beauté secrète , cités quasi-obscures de ce monde triste et fascinant , vides étendues sauvages ...
La lumière d'une émeraude se diaprant des teintes bleutées du cristal dans le lointain , son angoisse disparut aussi , laissant place à l'Amour , l'Intelligence .
Elle allait enfin revivre dans un climat de quiétude et de joie , sur un nouvel Eden réconciliant l'Homme avec son Dieu . 
Berceau d'une "Résurrection " , peut-être ? Car
Ninti-Anath était née , comme Moïse , entre deux eaux . Mi-ophidienne et mi-poisson , métamorphe de nature dragonne , elle n'était pas faite pour l'univers figé de NUA-TARA .

Et c'est en discernant la fumée lointaine d'un navire échoué à l'horizon bleu-rouge des hauts-fonds qu'elle se remémora soudain son incroyable origine ! Elle était étrangement seule , immobile , étendue maintenant sur l'herbe verte balayée par le vent mordant , son regard voilé se perdait comme lui dans les profondeurs obscures d'une  étrange destinée ...

Se souvenant alors de ce périple qu'elle avait cru n'être qu'un mauvais rêve , elle tenta en vain de rassembler ses esprits . Car elle avait peur , elle tremblait de tous ses membres ! 
Le temps passa ...

16Avant de s'enfoncer dans un gigantesque tourbillon , les dernières terres disparurent définitivement sous des flots de lumière ! 

Debout , face à l'immensité de la mer , elle avait perçu , au-delà d'immenses lames , des diamants de feu portés par la houle . Comment s'imaginer , au milieu du crépuscule , dans l'éclat des rayons de lune , cette brutale transfiguration de la nature ? Il n'y avait plus eu que cette ruisselante splendeur d'un ciel nocturne constellé d'étoiles qui tombaient depuis le firmament comme une manne céleste et se propageaient tout autour , venant se mêler à celle d'innombrables perles d'écume , gerbes translucides dont le tournoiement éclaboussait , là-bas , les flancs de cette Arche spectrale au tranchant de sa proue ... A moins que ce ne fût un phare mystérieux , planté là comme un arbre au milieu des flots , qui paraissait la dévisager d'un oeil jaune ironique , doutant , en vérité , qu'elle soit assez forte pour découvrir un jour son fantasmagorique secret ...  

Sortant soudain de son rêve , elle ne sut plus très bien ce qui lui arrivait . Quelques images d'une course folle qui l'avait laissée dans un état de fatigue , d'intense prostration . Ce devait être ça , l'ivresse de l'espace , après tout , la relativité ... Etait-elle tombée dans quelque trou noir , avait-elle franchi la barrière de lumière où la vitesse n'existe plus ni le temps , comme l'affirmaient certains au retour d'un monde inconnu ? Folles théories , sans doute , mais qu'elle s'était mise à craindre , délirant pendant son sommeil , grelottant de fièvre sous son scaphandre de synthèse ... Et les autres , qu'étaient-ils devenus ? Le vaisseau spatial ? Maintenant , marchant vers le large d'un paysage indescriptible où elle avait cru sentir un moment la chaleur d'une lumière blanche envahir son âme d'une paix , d'un inexprimable silence , la silhouette du phare , grossissant à vue d'oeil au pied de noires falaises , tachait de sang la surface océane aux multiples couleurs grises , métalliques , plantant de toutes parts contre lui ses lames acérées de milliers de vaguelettes !

" Pourquoi me persécutes-tu ? ,  paraissait lui murmurer ce dernier , tandis qu'au fond de son coeur , sous l'océan , lui parlaient , fugitives , les dernières voix d'une ville engloutie ...

Mystérieusement rejointe ensuite par la troupe de ses gens , Ninti parvint , malgré sa blessure , à gagner le haut du sémaphore où elle fut secourue par une mystérieuse créature qui était comme son double .

- Je suis Fiona la bien-aimée , lui dit celle-ci , la vierge souriante ... Me voici dans toute ma beauté , comme cette lune que tu vois au bord des nuages rayonnants de l'Orient ... Venez-vous chercher un signe , venez-vous avec des clefs ? , leur suggéra mentalement l'ombre évanescente ressemblant à la princesse au seuil du bâtiment-fantôme . ( 9 )

On l'aurait prise pour un oiseau de mer échoué là comme l'albatros à l'aube d'un rêve inachevé ... 

Ô , n'es-tu point lasse des ardents détours , toi , le leurre des séraphins déchus ? , voulut-elle encore dire à l'héritière impériale asservie pour la plus grande gloire de Dieu . ( 10 )

Celle-ci eut peur trop tard de comprendre ... Un déluge d'eau l'emporta , elle et les autres , submergeant tout-à-coup l'étendue sauvage des dunes chauffées à blanc par la puissance solaire ...

- Ô , Reine du Monde , entends-tu le chant sacré des profondeurs ? Bonjour , Anna !

( 11 )

 
 
 
 
( A Suivre )
 
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Notes :
 
3 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , II , 8 - La Chute d'Ishtar - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

4 - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) , I , 8 ( 15 - Arakné ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

5 - Le Livre de Virginia  , I , 11 ( 21 - La Coupe d'Or ) et II , 13 ( 26 - Tanis ) .

6 -  De Locis Mundorum , III - Auberive 1 - Notes 8 et 9 .

7 - Symphonies n° 2 ( 1941 ) et 3 , dite "Liturgique " ( 1946 ) , d'Arthur Honegger

( 1892 - 1955 ) .

8 - Chanson : "Empty Spaces " ( What Shall We Do Now ? ) de Roger Waters , interprétée par Pink Floyd : " Que nous faudra-t-il faire pour remplir les espaces vides rugissant de leurs vagues de faim ? "
Album  : " The Wall " ( 1979 ) , Copyright Pink Floyd Music LTD. 

Film d'Alan Parker ( 1982 ) , basé sur l'album . Tous droits réservés / All rights reserved .

9 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , I , 9 , III - Arbor Mirabilis - copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre  - Tous droits réservés .

10 - " Portrait de l'Artiste en Jeune Homme " ( DedalusA Portrait of the Artist as a Young Man , 1916 ) , V , de James Joyce ( 1882 - 1941 ) : ce poème aurait été l'oeuvre de son frère Stanislaus .

11 - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI )  , II , 13 - La Mort D'Horiosis , 27 .

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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - IV - L'Oeuf de Cristal .

23 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Arakné

Arakné

 

 

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Première Partie

Le Voyage d'Enoch

 

 

 

 

IV - L'Oeuf de Cristal

 

 

 

 

" Car le vrai futur est la métamorphose de tout le passé vécu ... "

François Cheng - " Cinq Méditations sur la Mort " , 4 .

 

 

  

 

 

 

10 Melki-Tsédek n'avait pas crié . Lorsque le robot l'avait frappé , ce fut avec la froideur exacte d’un instrument programmé pour obéir , et le vieil homme s’était effondré comme une colonne trop longtemps fissurée . Son sang de vipère , mêlé à la poussière rouge de la mine , scintilla un instant dans un mélange obscur où se reflétaient les " Pommes d'Or " , désormais livrées à la convoitise de Ninti-Anath .

Celle-ci , ne détournant pas le regard , savait bien que ce meurtre avait été nourri d'une partie de sa substance , ophidienne , héritée des lignées obscures . Même s'il n’était pas de sa main propre , il avait été accompli sur son ordre . Elle en savourait la victoire , l’appropriation , le pouvoir ancien enfin arraché aux gardiens déchus . Mais une autre part , plus profonde , plus ancienne encore de sa personne , demeurait silencieuse et douloureuse .

C’est alors que l’appel se manifesta.

Non pas une voix , mais une impulsion semblable au reflux d’une marée intérieure , comme une intime traction , quelque chose , dans les profondeurs de sa mémoire corporelle , qui s’éveillait . Peu à peu , elle se souvint de la roche marquée autrefois , de cette empreinte première , tracée par une entité antérieure à toute royauté , à toute guerre . Une marque de passage , non de domination . Cette trace avait été recouverte , profanée , écrasée sous le sceau d’Arakné , la " Reine Noire " des Alphans , dont le symbole avait figé le monde dans une toile de fer et de peur .

Mais la marque originelle n’avait jamais disparu !

La princesse impériale ressentit profondément alors ce qu’elle avait toujours refusé de reconnaître : elle était une métisse à moitié ophidienne , seulement , par le sang , certes liée aux ruses de la terre , aux spirales du pouvoir , aux venins de la connaissance interdite , mais aussi à moitié océane , héritière des courants et des fluides , fille des abysses , des mouvantes profondeurs d'une conscience où tout passe et circule , où rien ne se possède .

Ce n’était pas l’ophidienne qui l’appelait au départ.
C’était l’autre , la partie poissonne , la part d’eau vive et de sirène , celle qui se souvenait que toute forme est transitoire , que toute domination fausse n'est qu'un naufrage différé . Elle comprit que rester serait se pétrifier , devenir à son tour une figure de pierre , une idole noire semblable à Arakné .

Alors , décidée , elle partit , laissant derrière elle un cadavre , malgré tout , le corps du vieux forgeron , la mine profanée , et même , pour un temps , la jouissance amère des fruits du vrai paradis . Chaque pas l’éloignait de ce qu’elle croyait être sa destinée , et la rapprochait de ce qu’elle était réellement : un être de métamorphose , appelé non à régner , mais à traverser .

Dans son sillage invisible , quelque chose se fissurait déjà dans l’ordre de l'Araignée .
Car là où l’eau recommence à couler , les toiles finissent toujours par se dissoudre .

Elle attendait devant son navire oeuf-de-cristal .
Sa peau oscillait déjà entre écaille et nacre .

- Vous devez maintenant partir , lui dit le robot.

- Tu las tué ?

- Oui , maîtresse ! Comme convenu !
Elle ne cilla pas .

- Parle-moi de l'Empereur , mon père ?
- Il ne sait rien encore .

Elle posa la main sur la coque translucide .

- Où memmènes-tu ?
- Vers la planète 
qui a laissé naître lombre ...

Elle entra dans le vaisseau spatial , déclarant une fois de plus , avant la fermeture :

- Il faut qu'ils croient que je nai pas fui , que j'ai été enlevée par des pirates . 

L'astronef s’arracha du hangar pour disparaître à une vitesse hyperionique dans l'espace !

 
11 - Comme nous l'avons vu , le prince Enoch était l'héritier du Tau , une province de la planète Argol avant sa conquête par les Alphans d'Havila . Longtemps , le Grand-Sage Oris Arkor avait essayé de maintenir les traditions ancestrales de son peuple en s'opposant à la religion que les vainqueurs voulurent imposer à leurs esclaves , l'univers diabolique de NUA-TARA incarné par Arakné . Or , pour les Argolides , l'autre monde ne promettait ni l’immortalité figée , ni la survie éternelle , mais l’accord fragile entre la chair , la pierre et la Lumière . Ensuite , lorsque les conquérants , cruellement , s’emparèrent de leur nouvelle proie , ils voulurent imposer par la force du prosélytisme , leur mythologie falsifiée , ne détruisant pas seulement un royaume parmi dix autres , mais professant , conçue pour les vainqueurs , la vision d'un Eden présenté aux vaincus comme une consolation . Ce paradis-là portait un nom : NUA-TARA , qui n'était pas une promesse de salut , mais une doctrine de soumission , promettant aux captifs asservis l'assurance d'une survie après la mort , une continuité sans douleur , une existence prolongée sous forme d’éons méthaniers , bien sûr à condition d’accepter la disparition de la dignité , de la mémoire et du libre passage par le Feu . Derrière cette promesse Arakné se tenait comme une incarnation de l’ordre infernal , reine noire d’un univers clos .
Celle-ci allait , d'ailleurs , vite réagir quand elle comprit que les mineurs , dans l'ancienne grotte marine de Dédalus , au cœur du schiste , avaient réussi à mettre à jour ce qu'elle avait cru à jamais scellé , découvrant ainsi son emprise sur le message pur trouvé jadis par elle à cet endroit . L’inscription " ARKA ANATH " , gravée dans la roche avant la conquête , annonçait une loi plus ancienne que celle de " NUA-TARA " , celle d’un Paradis fondé non sur l’enfermement , mais sur la liberté . En retrouvant cette ancienne trace , les mineurs révélèrent involontairement la corruption du message originel qui apparaissait maintenant pour ce qu’il était , l’inversion , la falsification , la capture d’une promesse destinée à les affranchir !

Beaucoup ne savaient pas lire , certes , mais ils surent instinctivement , par une sorte d'effluve céleste miraculeuse déclenchée par leur découverte , où se trouvait la vérité , comprenant alors que la loi nouvelle imposée n’était qu’un piège cosmique !

 

12 - Pendant ce temps , l’Empereur Uruk regardait les nombreux écrans du Poste Central de Contrôle témoignant de la panique générale . 

- Ma pauvre fille ... , murmurait-il , complètement anéanti .

Puis , se tournant vers Enoch :

- Elle a disparu !
- Je la retrouverai moi-même ! Vous pouvez compter sur moi , sire ! , lui rétorqua le chef de la flotte . Même si je dois aller à l'autre bout de la galaxie !

L’Empereur hocha lentement la tête.
Il ne pouvait ni lui avouer son désir , ni sa peur , ni sa défiance vis-à-vis de ses congénères .

- Tu es le seul en qui jai confiance , lui répondit-il simplement . ParsCherche-la où qu'elle soit Ramène-la moi !

Il détourna le regard.

- Et ... protège lEmpire !

Enoch s’inclina.
Par contre , il n’entendit pas ce que l’Empereur n’osa pas lui révéler , que son maître avait décidé de l'éloigner en fait à la recherche de la pierre mystérieuse , parce qu'il convoitait secrètement l'épouse de son officier ! 

13 - Dans les galeries , les mineurs comprirent que quelque chose avait changé .
La Pierre avait été touchée . Une héritière avait fui . Un ancien était mort .

La " Dissidence " n’avait pas encore de nom . Mais elle avait déjà un prix .

Quelque part , sur la route reliant Argol à une mystérieuse et lointaine inconnue , un œuf de cristal portait l’avenir d’un univers que NUA-TARA ne pouvait plus effacer !

 
 
 
( A Suivre )
 
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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - III - Secessio ( Dissidence ) .

20 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Ishtar

Ishtar

 

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Première Partie

Le Voyage d'Enoch

 

 

 

 

III - Secessio Dissidence )

 

 

 

 

 

" Et celui qui était descendu est le même qui est monté

  au-dessus de tous les cieux pour remplir l'univers ... "

St Paul aux Ephésiens , 4 , 10 .

 

  

 

 

 

7 - Ils avaient creusé depuis des cycles sans nombre , persuadés que ce puits n’avait rien d’autre à offrir que la poussière noire d’Argol . Puis , au fond d’une galerie marine anciennement effondrée , l’un d’eux heurta soudain quelque chose d'autre que le schiste .

- Ce nest pas du roc , murmura Itti .

La paroi avait changé de texture . Sous les particules de cendre , la roche semblait vivante , parcourue d’un éclat sombre , presque charnel . En grattant davantage , ils avaient découvert des formes gravées toujours plus nettes , paraissant avoir été entaillées par une entité à une époque encore plus lointaine .

- Des lettres … souffla un autre .
- Non , répondit le premier . Des traces ...

Deux mots apparurent , qu'ils n'arrivaient plus à comprendre , ceux de la formule magique des anciens textes religieux d'Argol , mis à l'index par le nouveau pouvoir :

" ARKA ANATH "

Autour , incrustées dans la rocaille d'anthracite , reposaient des sphères dorées , lumineuses dans l’obscurité , intactes , ressemblant à des pommes d'or dans leur écrin sertissant trois bijoux composés d'orichalque et d'hématite , chaque gemme ayant la forme d'un coeur de rubis devenant chair vivante si l'on prononçait les fameuses formules , dans l'antique langue d'avant la conquête étrangère !  Mais quand pourraient-ils découvrir à nouveau leurs surprenantes propriétés , modifiant par leur seule présence tout composant mortel et périssable , assurant l'invulnérabilité des armes et métaux , l'immortalité des êtres , permettant d'entrevoir aussi les mystères de l'avenir et du passé ? 

Car aucun d’eux n’osa les toucher .

- On dirait une étoile mangée par la pierre , dit quelqu'un .
- Ou une porte , lui répondit
Eridu .

À cet instant précis , chacun ressentit la même chose : leur vie entière , réduite à la mine , à la survie , à la peur , leur apparut brusquement comme une erreur ! 

La rumeur gagna bientôt la ville tentaculaire .
On parla d’une carte du ciel , d’un antique paradis , d’un signe laissé bien avant la conquête des
Alphans d’Havila . Les prêtres descendirent à leur tour , criant au miracle , évoquant la " Dame de Feu " des légendes , réapparue dans les rêves d’une novice .

Mais à des niveaux plus profonds , d'autres regards les observaient .

Le robot-directeur , chargé de la stabilité dynastique industrielle , croisa les données interdites :
l’inscription gravée sur la roche avant la conquête alphane , témoignait d’une loi prohibée , puisque la mort , définie par le Codex Impérial , ne pouvait être qu'un voyage sans retour au coeur de l'Etoile ALPHA 8 , protectrice de l'équilibre général , ainsi qu'une dissolution dans le Feu pour tout être à  la chair grisâtre méthanière devant poursuivre sa vie sous forme d'éon dans l'univers parallèle concentrationnaire de NUA-TARA ! 

8 - Ce soir-là , Melki Tsédek travaillait seul , ayant su par l'oncle d'Enoch , le Grand-Prêtre Oris Arkor que les Havilans , de sinistre mémoire , s'étaient servis jadis de leur " Pierre de Baal " pour vaincre et neutraliser le peuple d'Argol .

- Tu viens tard ! , lança-t-il à un robot policier sans se retourner .

Maître des Forges votre activité nest plus autorisée ", lui déclara sèchement celui-ci d'une voix métallique assez grave , autoritaire . Votre cycle de production est terminé !

Il tenta de lui répondre : - 'essaie seulement de localiser la trace .

La machine s’approcha plus près de lui : " Toute transmission est une variable dangereuse instable .
Il y eut un silence .

- Regarde ! , essaya d'argumenter MelkiTu sais ce quils ont découvert ?
- Je sais ce qui doit rester caché .

Le vieil ovipare ne le regardait toujours pas . Mais il avait compris que son dard vénéneux ne  servirait à rien contre cet amas de métal insensible .
Depuis la découverte , il savait que cela finirait ainsi .

- Tu mens ! , finit-il par lui répondre calmement dans une dernière bravade . Les cycles ne se terminent jamais . L'espoir , toujours , peut renaître !

Un bref silence . Puis le robot s’approcha davantage , tandis que ses capteurs d'analyse continuaient de calculer , de vérifier sans cesse . Mais la décision , semblait-il , avait été prise depuis longtemps .

- Transmission confirmée ! , s'écria-t-il soudain , l'énergie débordant de son crâne en milliers de brindilles de feu électroniques .

Le robot , presque avec respect , se mit à incliner légèrement la tête .

- À qui ? , tenta de lui demander sa victime .

- À ceux ou celles qui doivent partir !

Un rayon jaillit sans éclat de son bras . Précis . Définitif .
Melki Tsédek s’était effondré contre l’enclume . Le choc fit vibrer la forge .

Au même instant , plusieurs niveaux de galeries plus haut , le commandant de la flotte se redressait en sursaut .

- Grand-père ... ?

Un râle venait de traverser la grotte . Un son impossible à expliquer , mais que le sang du petit-fils , tout de suite , reconnut . Dans son dernier souffle , le patriarche avait murmuré un nom : celui de la princesse Ninti ( NeuvièmeAnath ( Ana ) !

9 - Cette ancienne Eve nommée Lilith , avait-elle été enlevée ou bien voulait-elle , aimantée par l'oeil amoureux de sa cousine sur l'astre-miroir des eaux spirituelles d'Auberive , lui rendre simplement visite , préfigurant ce qui fut , à l'inverse , relaté plus tard dans la Bible ?

Car tout ce qui est en haut ressemble à ce qui est en bas " , nous dit Hermès Trismégiste . ( 1 )

C'est ainsi que devait s'amorcer peu à peu une remontée vers la source matricielle après la Chute ancestrale ayant , à la suite de Lucifer , porteur de la Flamme Divine , précipité dans l'Abîme de feu sa verte émeraude avec les Anges déchus ...

Mais ce morceau de chair vivante était devenu la " Pierre de Baal " , un diamant noir d'une étoile encore à naître et reflet sanglant d'une créature maléfique , Arakné . Celle-ci s'était contentée d'à peine effleurer la trace vivante gravée sur la roche par Virginia qui contemplait , ravie , depuis la divine planète Adama d'Auberive , l'infini du Cosmos , en désirant y chercher un seul petit signe d'amour !

Le chemin vers Dieu confère seulement ma dignité " , affirmerait cette funeste araignée , double obscur et minéral , saturnien , kafkaien , de la princesse ophidienne sur les parois de la grotte , laissant un réseau infini de ses fils lumineux bientôt se tisser en vagues de lumière ondoyant au travers de toutes les espaces intergalactiques jusqu'au pied de la Tour de Garde magdaléenne où - à l'instar de celle de Vortigern avec ses deux dragons aveugles roux et blanc - , sous un monde végétal souterrain , se formerait un couple fécondant le règne animal futur du royaume d'Atlandide , espoir déçu d'un renouveau pour la Divinité ! ( 2

Ainsi , lorsque les mineurs découvrirent la trace ineffable au fond de la grotte , celle-ci leur révéla brusquement la cruauté de leur existence , de même que la probabilité d'un paradis autre que l'enfer de NUA-TARA promis par la mythologie des maîtres Alphans !

Nul d'entre eux ne savait lire , mais leur histoire s'était répandue telle une traînée de poudre dans la ville tentaculaire .

- Il y a une étoile sur la roche , une carte du ciel ! , affirmèrent encore ces imprudents découvreurs de clartés souterraines .

Les prêtres s'étaient même déplacés , criant au miracle , tous parlant d'une " Dame de Feu " apparue dans les rêves d'une religieuse . 

C'est ainsi que naquit la " Dissidence " au coeur des plus téméraires , ceux qui crurent un jour à un monde meilleur . 

 
 
 
( A Suivre )
 
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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - III - Secessio ( Dissidence ) - Pep gwir miret strizh -All rights reserved -Tous droits réservés - " GENESE " - Copyright 2025 Dan Ar Wern .
                                           
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Notes :
 
1 - Hermès Trismégiste , personnage mythique de l'Antiquité gréco-égyptienne , auquel a été attribué un ensemble de textes appelés Hermetica , dont les plus connus sont la Table d'émeraude et le Corpus Hermeticum , recueil de traités mystico-philosophiques .
 
2Vortigern , roi de l’île de Bretagne du Ve siècle apr. J.-C. 
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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - II - La Princesse d'Havila .

16 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

Ninti-Anath

Ninti-Anath

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Première Partie

Le Voyage d'Enoch

 

 

 

 

II - La Princesse d'Havila

 

 

 

" ... Car , à y regarder de plus près , c'était purement et simplement une charmante et superbe jeune fille qui s'avançait vers lui en planant à travers les airs , puis en le regardant , pleine d'une ineffable nostalgie , de ces yeux d'azur sombre , tels qu'ils vivaient au fond de son âme ...  "  

E.T.A Hoffmann - " Le Vase d'Or " ( Der Goldne Topf , 1814 )

  

 

 

 

4 - On aurait pu croire qu'Havila , le satellite artificiel d'Argol , avait été conçu comme un contrepoint radical à Dédalus : même univers , même pouvoir , mais transfiguré par l’artifice , le luxe et la séparation ontologique entre la caste dirigeante et le monde minier . De fait , ce n'était même pas une planète , mais une oeuvre , venue de l'extérieur dans un but bien précis : mettre la main sur un mystérieux trésor qui , selon les calculs des prophètes Alphans , devait se trouver au coeur de leur nouvelle conquête . Car c'était là , en effet , que , loin des sombres méandres de la planète minière , les seigneurs lézards d'en-haut vivaient en des palais fastueux près d'un lac de mercure et d'acide sulfurique agrémenté de jardins fluorescents de fleurs corrosives .

L’air y était filtré , parfumé , réglé au souffle près . Les températures ne variaient jamais . Les sols , faits d’alliages nacrés , réfléchissaient une douce lumière , sans ombre franche , comme si la nuit même en avait été bannie . Rien n’y rappelait la pierre brute ni la poussière de Dédalus . Havila n’extrayait rien , mais elle recevait , triait , redistribuait . 

Les Palais Impériaux , bâtis loins du centre de commandement , s’élevaient au centre de l'immense astéroïde , qui , de loin , paraissait une sorte de sphère claire, veineuse de lumière, suspendue comme un clip étincelant dans le noir de la constellation d’Orion , petite boule ronde y décrivant une orbite parfaite , calculée pour demeurer à distance exacte du monde qu’elle dominait , mais , de près , révélant sa nature véritable , montrait  que sa matière propre , celle d'un assemblage de strates concentriques , de dômes translucides et de plates-formes gravitationnelles , devait obéir davantage au calcul qu’aux lois naturelles .

Autour des majestueuses demeures que la famille impériale et sa cour occupaient , s’étendaient de magnifiques jardins minutieusement élaborés , composés d'architectures organo-minérales , mêlant marbres synthétiques , métaux vivants et cristaux programmés , s’épanouissant en arcs et terrasses , jardins somptueux et galeries mi-ouvertes qu'on aurait cru parfois , dans l'alternance de l'éclairage solaire , comme suspendues dans le vertige nocturne du vide intersidéral . Des cours intérieures abritaient des bassins d’eau claire importée d’Argol , si pure qu’elle semblait irréelle à quiconque avait connu les nappes acides de Dédalus .

Tout était entièrement artificiel , mais d’une perfection presque obscène , avec des arbres croissant sans racines , dont le feuillage irisé , maintenu par des champs de gravité douce , était entouré de fleurs inconnues dont le génome avait été patiemment recomposé , s’ouvrant et se refermant selon des cycles esthétiques plutôt que biologiques , paraissant sourire à de drôles d'oiseaux synthétiques traversant régulièrement l’air en silence , avec leur plumage de lumière au-dessus d'elles , programmés pour ne jamais troubler la méditation des nobles reptiles .

5 - Pourtant , même les œuvres les plus achevées portent , quelque part , la faille par laquelle finit toujours par entrer le réel .

Mais c’est dans ces lieux prestigieux qu’Enoch arriva , ce matin-là , tout fier de son uniforme de commandant de la flotte . Il était décoré , certes , craint sur tous les champs stellaires , car , à la tête de la flotte impériale , il avait réussi à soumettre au nom d'Uruk , le prestigieux empereur d’Argol et de ses dépendances , des systèmes stellaires entiers , raison pour laquelle son nom était connu un peu partout , respecté , parfois murmuré avec une forme d’admiration prudente .

Mais il n’était pas des leurs . Le Titan , créature mi-humanoïde , mi-serpent ,  n’appartenait ni aux grandes familles , ni aux lignées royales vipérines gravitant autour du trône comme des ventres affamés . L'origine de son sang , bien que noble , venait de la race vaincue de Dédalus , et sa grandeur était acquise , non héritée . Cela suffisait à le rendre indigne . 

Dans les états-majors , les regards se détournaient souvent de lui avec une courtoisie glacée . Les voix sifflantes pouvaient s'adoucir en sa présence , mais les conversations confidentielles , devant celui qu'on saluait , cependant , comme un instrument nécessaire à la collaboration , jamais comme un égal , s’éteignaient rapidement .

Quant à Ninti-Anath , la magnifique dragonne blanche à la chevelure de goémon , fille unique de l’Empereur , elle était déjà promise mille fois sans l’être encore . Les maisons les plus riches d’Argol , comme les dynasties royales des mondes satellites , les clans anciens dont les archives remontaient aux premières conquêtes , tous convoitaient son union . La princesse reptilienne au corps recouvert de petites écailles douces nacrées de perles , n'incarnait pas qu'une femelle capable aussi de se mouvoir en dehors du liquide , avec des jambes qui se formaient et se déformaient en queue de poisson , mais un enjeu cosmique : l’avenir du pouvoir , la continuité d’un ordre immuable . Et pourtant , dans les jardins suspendus , lorsque Enoch , parfois , croisait son regard scintillant de feu mercuriel dans l'écrin de cristal où , dans l'acide fluorhydrique , s'agitaient ses mains en forme de coquille , elle se mettait à hurler , mais son âme semblait brièvement se fissurer . 

Sous les arbres sans racines, parmi les bassins d’eau artificielle , deux bêtes se reconnaissaient en silence , l’un forgé par la pierre et la guerre , l’autre élevée dans la lumière et l’attente . Entre eux s’étendait un abîme plus vaste que l’espace : celui des castes , des lois , et des dieux que l’Empire s’était choisis . Parfaite et close sur elle-même à l'image de sa reine Ishtar et de sa dauphine , Havila brillait comme un beau diamant dans l'éternité !

6 - La communication se fit sans image . Sur l’écran de transmission , seule la voix de Melki Tsédek surgit , ralentie d'abord par les filtres de sécurité , chargée de la rumeur sourde des profondeurs . Le commandant reconnut aussitôt ce timbre minéral , altéré par des années de poussière et de codes .

- Tu mentends , Enoch ?

- Je tentends , grand-père .

Un silence suivit . On percevait , derrière le chef des mineurs , le souffle continu des galeries , comme une respiration trop vaste pour être humaine .

- Aujourdhui , nous avons dépassé le seuil autorisé .

Son petit-fils , étonné , tendit l'oreille davantage .

- Quel seuil ?

- Celui que les cartes ne montrent pas . Celui que les robots nous interdisent sans jamais lavoir nommé .

La voix marqua une pause , comme si les mots eux-mêmes pesaient . Puis , le vieillard , prudemment , communiqua par l'intermédiaire de son transpondeur télépathique .

- Au fond de la mine , là où cesse dêtre la roche , nous avons trouvé autre chose .

- Une nouvelle veine ?

- Non .

Melki inspira lentement .

- Une présence vivante ! 

Le silence se fit encore plus dense . L'officier sentit monter en lui une crispation familière , celle qui précédait les décisions irréversibles qu'il prenait sur les champs de bataille stellaires .

- Explique-moi .

- Ce nest ni du gaz , ni du métal . Ce nest pas une machine , et pourtant les capteurs se sont tus à son approche , empêchant les robots davancer . Même , ils ont reculé !

Une sorte d'imperceptible grésillement fit trémuler la ligne mentale .

- Et les nôtres ?

- Les vipères inniki ont senti la pierre trembler . Certains reptiles se sont mis à parler dune chaleur ancienne . Dautres dun froid absolu . Moi , jai reconnu autre chose .

- Quoi donc ?

Melki hésita . Puis , d’une voix plus basse :

- Un appel du passé , comme disaient nos légendes , quand nous étions les seigneurs d'Argol ...

Le légionnaire ferma les yeux un instant . Autour de lui , Havila manifestait orgueilleusement sa perfection artificielle , indifférente aux profondeurs de Dédalus .

- Tu sais ce que cela implique , dit-il enfin . LEmpire ne tolère ni linconnu , ni les séditions !

- Je le sais , lui répondit le vieux serpent . Cest pour cela que je tai appelé . Pas le relais central . Pas les programmeurs dHavila .

Un nouveau silence . Puis un cri terrible !

- Cette chose était là avant nous , bien avant les mines du Tau d'Argolavant lEmpereur ! , hurla un sifflement collectif .

La voix de Melki s'était tue à jamais .

- Ce ne sont pas les palais dHavila qui le ressusciteront , s'il se réveilleVous n'êtes que des traîtres !

La transmission s’interrompit .

Enoch , demeurant immobile et songeur dans la lumière artificielle des jardins impériaux , le regard perdu entre l’obscurité primitive , le trou noir de la mine et l'immensité du vide d’Orion , comprit qu'une ligne venait d’être effacée , qu'un nouveau chapitre allait enfin commencer !

 

 
 
 
( A Suivre )
 
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GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - I - Dédalus .

15 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #GENESE

 GENESE ( Cycle de L'Etoile XXXV ) - Première Partie - Le Voyage d'Enoch - I - Dédalus .

 

GENESE

( Cycle de L'Etoile XXXV )

 

 

Première Partie

Le Voyage d'Enoch

 

 

 

 

I - Dédalus

 

 

 

 

" Aujourdhui , son nom étrange , pour la première fois , lui semblait une prophétie ... Il croyait entendre , à lévocation de lartisan fabuleux , comme un bruit de vagues confuses , voir une forme ailée volant sur les flots , qui sélevait lentement en lair , symbole de lartiste forgeant à nouveau , avec linerte matière terrestre , un être neuf , impalpable , impérissable , en plein essordans son atelier . "  

James Joyce - Dédalus ou Portrait de l'Artiste en Jeune Homme ( A Portrait of the Artist as a Young Man , 1916 ) 

  

 

 

 

1 - L'univers tel que nous le percevons d'ici-bas ressemble à une immense roue , tel un gigantesque hologramme d'astres composés de multiples circuits d'anneaux et de neurones dont l'embryon minéral d'origine préfigurait , peut-être , de lointaines frontières : ceux qui vivent là-bas , sur l'autre bord de la toile d'araignée , pauvres créatures primitives contemplant la lumière d'une étoile , pourraient y découvrir ainsi les mystères vertigineux de leur propre passé , de leur avenir même si l'on considère l'aspect cyclique de l'évolution ... Certes , mais comprendraient-ils comment l'Esprit , pénétrant la matière la plus dense , a su jadis orienter l'énergie de formes parmi les plus diverses depuis la nuit des temps ?

Nés de la pierre au fond de gouffres obscurs grouillant d'insectes et de larves , puis nourrissant leur conscience arachnoïde , serpentaire de magmas et de roches , ces êtres dominèrent peu à peu leur planète avant de coloniser la galaxie ...

Alors , peut-on concevoir l'essor considérable d'une civilisation mécanique fonctionnelle uniquement fascinée par l'eau et le végétal , mais cherchant à se pourvoir de minerai pour tenter de survivre ? C'est ainsi qu'Alpha 8 évolua dans le système de Thuban jusqu'au jour où son sol appauvri ne fut plus en mesure de satisfaire ses créatures .

Peuplé d'une race voisine , Orion devint plus tard l'objet de leur conquête et de leur convoitise : ils finirent par y envoyer leurs vaisseaux , massacrant sans pitié tous ceux qui s'opposeraient à leur règne ! C'est ainsi que les Alphans conquirent la planète Havila , chassant son peuple et ses anciens dirigeants , les Inniki , sur Argol dont elle était le satellite artificiel .

Mais que de secrets encore gardaient les sanctuaires du Dragon !

2 - Car ici , où tout n'était que ruse et peur , à " Dédalus " , labyrinthe aux rues abyssales de béton gris , citadelle minière massive de style gothique aux dimensions cyclopéennes parée de sinistres oriflammes rouges de mercure barrés de noir illustrant partout la figure d'un soi-disant Guide providentiel de jadis dont les ombres d'esclaves bâtissaient à ses pieds des statues de roche métallique sombre à leur monstrueuse divinité serpentine , vivait un peuple , les Inniki , dont la présence semblait ramper jusque dans la pierre elle-même ! C'étaient des esclaves , des êtres redevenus primaux , proches des gaz et de la pierre , des mineurs qui obéissaient à des robots dirigés par une caste vivant sur une planète-satellite , Havila , dans la constellation d'Orion , là où des relais-programmeurs comme Melki , chef des mineurs , descendaient chaque jour en exploration , lui dont le petit-fils , Enoch , le dragon rouge , héritier des anciens rois vaincus , travaillant maintenant pour l'Empereur Uruk , et bien que marié , était secrètement tombé amoureux de la princesse héritière Ninti-Anath .

" En bas " , comme on disait , les quartiers d’habitation s’enfonçaient dans les flancs de la mégapole comme des nids creusés par une espèce ancienne vivant dans le gaz et la pierre , sous des voûtes basses de cassitérite et de minerai de tungstène suintant de vapeur minérale , aux parois veinées de métaux encore plus sombres qui exhalaient une chaleur lourde mêlée d’effluves sulfureuses . Nul bois , nul tissu dans ces tanières , mais la roche , seulement , percée de conduits respiratoires qu'une pâle lumière , filtrée par des grilles d’aération , teintait de couleurs verdâtres .

Les mineurs dormaient à même le sol poli , enveloppés de manteaux de scories , leurs corps portant les marques de générations d’adaptation : peau durcie , regards lents , gestes économes de parlant peu , car , en ces lieux , la parole coûtait plus que l’effort . Des robots-contremaîtres glissaient à heures fixes , parmi eux ,  dans les couloirs , silhouettes d’acier articulé dont la voix , neutre et régulière , se répercutaient contre la pierre , et pulsant , pour se faire comprendre , un rouge froid par les cellules optiques de leurs yeux artificiels :

- Cycle imminent d’exploration . Préparez-vous !

Nul n'aurait osé discuter . Les ordres venaient de plus haut , de Havila , la planète-satellite suspendue dans la constellation d’Orion , qui était invisible à l’œil nu mais très présente , aussi bien dans chaque machine , chaque algorithme , chaque souffle régulé , que dans l'esprit conditionné de chaque ouvrier de la carrière .

3Melki ouvrant la marche , se leva le premier . Lui qui était un relais-programmeur et le chef des mineurs , portait sur son front ridé la marque de connexion , qui était une cicatrice circulaire , vestige de nombreux implants par lesquels ,  plus ou moins directement , il recevait des robots qu'il connaissait comme on connaît des bêtes dangereuses , leurs directives codées . 

- Mettez-vous en formation ! , dit-il simplement .

Les créatures ophidiennes , mâles et femelles , commencèrent à se rassembler , prenant chacun leurs outils d’extraction , lourds prolongements de leurs bras . Melki passa parmi eux , vérifiant d’un regard la cohésion du groupe . Vestige des anciens temps du royaume Inniki , le vieil homme avait pu négocier la survie de sa famille , mais , bien que tolérés par le nouveau régime , lui et son petit-fils  , Enoch , sous-officier de la flotte impériale , savaient bien qu'ils ne pourraient jamais prétendre un jour vraiment approcher Ninti-Anath , la fille d'Ishtar et d'Uruk , l'héritière tant convoitée des plus riches familles nobles et royales d'Havila .

Le prince Enoch devait se montrer prudent , car s'il n'était plus mineur , il devait néanmoins rester en contact avec Argol , sa patrie d'origine , et celle de son peuple .

- Tu descends aujourdhui avec nous ? , lui demanda Melki sans se bercer d'illusions .

- Non , grand-père . Les navettes dHavila arrivent . LEmpereur Uruk exige un rapport direct .

Melki hocha lentement la tête .

- Servir lEmpereur ... cest servir autrement la pierre , n'est-ce pas ?

Pour toute réponse , le jeune Titan , qui mesurait plus de deux mètres , lui indiqua de la tête le satellite artificiel des envahisseurs d'Orion , monde lisse , lumineux , réservé à la caste dirigeante , qu'il essaya de deviner au-delà des sombres parois de Dédalus , vers le ciel noir où il orbitait . Là-haut , l’air était plus pur , les sols clairs , les corps préservés de la poussière , là-haut demeurait , dans un merveilleux palais , celle qu'il n'avait aperçue qu'une seule fois , lors d’une audience protocolaire , silhouette immobile drapée de lumière au regard trop vaste pour ce monde clos , celle qui ne lui avait adressé la parole que d'une seule phrase anodine , mais cette voix avait fissuré quelque chose en lui , comme un premier coup porté à une roche inconnue .

- Noublie pas doù tu viens , lui dit encore Melki plus doucement . La pierre reconnaît toujours les siens .

Le garçon sourit à peine .

- Peut-être . Mais je crois quelle peut aussi nous apprendre à regarder le ciel .

Au signal des robots , les mineurs s’enfoncèrent dans les galeries , avalés par les entrailles de Dédalus . Melki les suivit , silhouette massive se dissolvant dans la pénombre .

Enoch resté seul un instant , leva une fois de plus les yeux vers Orion : quelque part venait , pensa-t-il , entre la pierre et les étoiles , de s’ouvrir son destin ...

 
 
 
 
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LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE ( Nouvelles ) - III - Mystères de la Beauté .

11 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE

Jeune Bretonne en Bord de Mer , par Louis Muraton .

Jeune Bretonne en Bord de Mer , par Louis Muraton .

 

LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE

 

 

 

 

 

III - Mystères de la Beauté

 

 

 

 

" Sans crainte , il se sentit désormais proche de cette ultime merveille qui n'est plus une illusion ni un rêve , mais la vérité , obscure , éternelle ... "  

Stefan Zweig - " Les Prodiges de la Vie " ( Die Wunder des Lebens , 1904 )

  

 

1 - Ce jour-là , le regard perdu vers le lointain , marchant sur la plage déserte , il sentit qu'une sorte de frisson lui parcourut l'échine , comme s'il avait eu l'étrange sensation que quelque chose allait changer sa vie , que le destin lui réserverait une rencontre qui allait la bouleverser !

 Le vent soufflait fort , ce matin-là , sur la côte , rythmant de sa mélodie envoûtante , la danse des vagues , faisant s'agiter les hautes herbes des dunes dominant la falaise . Le ciel était couvert , comme s'il se préparait à jeter des trombes d'eau sur ce bout de terre sauvage , mystérieuse où , autour de son phare , sentinelle de pierre surveillant les masses noires de l'océan , paraissaient assoupies quelques toits de chaume et d'ardoise d'un petit village breton de pêcheurs , blottis les uns contre les autres pour mieux se défendre contre les éléments , derrière les bras protecteurs de ses hautes parois de sable et de calcaire . Mais en voyant l'horizon mystérieux couronné de nuages toujours très menaçants , le promeneur frissonna de plus belle , croyant revivre en lui les affreuses turbulences qui l'avaient amené ici en catastrophe ! 

Car c'était là qu'une partie de sa famille vivait , dans ce lieu isolé du reste du monde où il n'avait pas remis les pieds depuis longtemps , mais qui , sans doute , avait plus ou moins consciemment formé son caractère d'homme à l'esprit libre , au regard perçant comme celui d'un de ces oiseaux de mer hurlant au-dessus des flots tumultueux !

  - La création , marmonnait-il dans sa tête , recherche impuissante passant trop souvent par une douleur atroce ... ou plutôt , 'oeuvre accomplie , certitude stérile , devenue vaine ?

N'avait-il pas , d'ailleurs , depuis sa plus tendre enfance , été fasciné par la beauté grandiose de cette immensité , n'avait-il pas passé , hélas trop souvent éloigné de ses rives , de longues heures d'exil à essayer de retrouver partout , même à l'autre bout de la terre , le chant des mouettes intrépides qui l'avaient toujours fait rêver d'aventures lointaines , d'insondables secrets ? Tout à coup , plissant les yeux pour mieux voir , il distingua une forme humaine au loin , comme une silhouette vêtue d'un ciré jaune qui , à travers la brume épaisse enveloppant le paysage , agitait désespérément les bras dans sa direction . Sans réfléchir , il se mit à trotter un peu plus vite alors vers cette personne , malgré l'embrun fouettant son visage et la lourdeur de ses bottes , pensant qu'il devrait , peut-être , aider un inconnu en détresse !

2 - Il observait le large comme on regarde une mère , avec ce mélange de confiance et d'interrogation , d'espoir qu’elle ne lui parle en confidente , perdu dans ses rêveries , contemplant l'immensité , songeant ou ne pensant à rien , les mains jointes , cachées dans les poches de son " kabig " , Soulevant quelques grains de poussière sur la plage où le vent soufflait , léger d'abord , puis plus vif , remuant ainsi , quelque part , cette chose ancienne , comme un ressac d’enfance au loin , là-bas , mais pourtant tout proche , dans sa mémoire , dans sa poitrine serrée . ( 1 )

Pour toute réponse , les oiseaux criaient . C’est cela qui l’avait pris d’abord , ces hurlements aigus , trop semblables , peut-être , à ceux qu'il entendait jadis , grimpé sur des rochers de granit battus par l’écume , là où , après la tempête , il pouvait ramasser des coquillages , là où il sentait l’iode pénétrer jusqu’à ses os .

Aujourd'hui , l’air plus doux , plus rond , n’avait pas cette morsure salée , il caressait plus qu’il ne brûlait la peau , et pourtant , les mouettes ne changeaient pas , fidèles à elles-mêmes , comme à la mer qui les porte d’un pays à l’autre sans leur demander d’où elles viennent .

Sans doute ne comprendrait-il jamais pourquoi les vagues meurent au rivage , rongeant impitoyablement les quelques châteaux de sable des maigres illusions de ces nostalgiques pisciformes découvrant peu à peu , enseveli sous leurs songes , comme un ancien chemin d'âme bordé de croix vers d'insondables profondeurs ? 

Mais cet autre monde , évoqué par Debussy , où la nuit , parfois , certains s'aventurent , n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufilent d'étranges créatures venues rendre une petite visite de voisinage au mystérieux pays des hommes  ? ( 2 )

Certes , les regrets sont toujours tardifs , pensa-t-il . Mais fouiller dans le passé ne sert très souvent qu'à faire s'agiter des chimères ... Qu'y avait-il donc au fond de lui pour qu'il se sente aussi mal ? Sans doute était-il temps , jugea-t-il , d'oser lui parler , d'aller , sans défaillir , dévoiler quelque chose de son âme souffrante à l'ombre passagère , là-bas , pour satisfaire , tout en prétextant son aide , en même temps que son ego d'artiste reconnu , sa légitime curiosité .

3 - Il était revenu en Bretagne sans l’avoir voulu , rappelé par un deuil . Sa sœur l’avait appelé au téléphone : " Maman ne passera pas la semaine " .
Il avait repris la route , laissé la capitale , ses vernissages , de même que son atelier de Montmartre , comme une bête traquée devant soudain quitter sa tanière . À l’hôpital de Carhaix , rongé d'inquiétude , il avait veillé deux jours et deux nuits . Puis tout s’était éteint : la respiration , le fil du moniteur , et même la lumière blafarde du couloir lui avait paru mourir . Le soir des obsèques , brisé par la douleur , incapable de rester dans la maison vide , il avait couru où le ciel de l'Ankoù , teintant les vagues d’un rose étrange , semblait annoncer une nouvelle naissance , et comme si tout l’horizon , s’enveloppant d’un ruban vaporeux , l'amenait vers cette grève de Sainte-Marguerite d’où , il y avait vingt ans , le cœur incendié d’un amour refusé , il avait fui . ( 3 )

Encore ensommeillé de fatigue , il avait gagné l’eau qui refluait , quand il la vit portant un caban bleu marine et une écharpe rose flottant dans le vent , qui se retournait à peine vers lui , à son passage , mais ce fut suffisant : la même silhouette , le même port de tête , la même agilité insolente que celle de la jeune femme qu'il avait peinte jadis , et qu’il n’avait jamais cessé d’aimer !

L'ayant aperçue un seul instant comme découpée dans l'or du soleil couchant , chargé d’embruns et de cette odeur d’enfance qui rouvre toutes les cicatrices , Goulwen crut halluciner devant le retour impossible de Klervi

Un teint livide farda brusquement son visage , un grand poids d'angoisse lui nouait maintenant l'estomac , surtout lorsque la jeune fille le croisa en le regardant à peine , avec une indifférence parfaite ... mais ce simple regard gomma d'un seul coup d'oeil vingt ans d’oubli forcé ! La ressemblance était impossible , insoutenable , presque . Alors , tenta-t-il de l'approcher , de la chercher avec lenteur dans l'obscurité . Mais quel problème , se dit-il , avec tous ces gens qui ne comprendront jamais rien de ce "Mystère de la Beauté " dont parle Saint Augustin , que , parfois , lui-même éprouvait avec une telle intensité que chez lui surgissait en même temps le besoin de n'être plus rien , sinon de se dissoudre dans le Néant ! ()

Celle qu'il avait connue autrefois , qui le poursuivait jusqu'au plus profond de sa trouble personnalité , était-ce vraiment la même ? Ressemblait-elle encore à son obsession maladive ? Il sentit vaciller sous lui ses deux jambes , tandis que la jeune inconnue , avec juste un léger éclat dans le regard , glissé d'un oeil indifférent comme celui que Klervi lui avait lancé la première fois , passait près de lui sans vraiment le voir !

Goulwen murmura , malgré lui :
- Klervi ...?

Alors , l'autre s’interrompit , semblant quelque peu surprise en entendant ce nom .
- Vous mavez parlé ?

Sa voix , douce mais assurée , fit trembler quelque chose en lui .
- Pardonnez-moi ... javais cru reconnaître quelquun , fit-elle , hochant la tête , polie mais  distante . Ce doit être une erreur . Bonne soirée !

Puis , abandonnant sur place le malheureux marcheur éconduit dont le coeur cognait comme celui d'un adolescent , la jeune femme avait repris sa marche en s’éloignant dans le crépuscule à si grande vitesse qu'il n'eut même pas le temps de lui expliquer sa méprise .

4 - Le lendemain , cependant , lors d'une balade au village , il la revit .
Elle sortait de la boulangerie , un filet de lumière dans les cheveux . La commerçante la présenta naturellement :
- Goulwen , vous ne connaissez pas Lotta Kernéis ?

Le sac en papier manqua de lui tomber des mains . La fille sourit légèrement , comme si elle avait attendu ce moment .
- Pardonnez-moi je ne vous avais pas reconnu , hier . Pourtant , je me rappelle que ma mère mavait souvent parlé de vous .

- De moi ?
Sa voix était à peine audible .

Ils se reparlèrent plus loin , sur le bord de mer . 
Comme une mémoire en poussière , le vent soulevait le sable par petites rafales .

- Vous êtes peintre ? , lui demanda-t-elle . 
Il baissa la tête .
Elle hésitait un peu , puis continua :

- C'est bien vous qui avez peint ce tableaunest-ce pas , " Le Ruban Rose " ?

Il lui sourit tristement .

- C'était moi , oui , " le jeune boutonneux têtu , le rabat-joie qui ne comprenait que le silence " , comme elle disait .

La ressemblance était si forte que chaque mot qu’elle prononçait réveillait en lui un écho douloureux .

Que c'est étrange de vous voir ici ! , se décida-t-il à lui dire au bout d'un instant de gène ... Mais , sortant péniblement de sa torpeur , la jolie fille avait sans doute le dessein caché , en bredouillant un discours de circonstance , de calmer un peu son émotion . 

Sa petite voix claire et charmante rallumait en lui , au-delà du chagrin , le souvenir enflammé de cette soirée où , jadis , il avait rencontré Klervi Morvan pour la première fois , lors d'un fest-noz , faisant défiler dans sa mémoire , à toute vitesse , un cortège d'images merveilleuses près d'elle , sur la piste ou accoudés au bar à siroter ensemble un chouchen en racontant leur vie !

Dansez-vous toujours ? , lui demanda Lotta pour essayer de rompre la glace d'un ton qui , sans espérer de réponse immédiate , se voulait apaisant . Puis , marquant une pause , elle ajouta , pleine de gravité :
- Elle est morte il y a trois ans , vous savez , d'un cancer . Personne ne vous l'a dit ?

Goulwen secoua la tête , comme si le monde , semblant se replier brutalement sur lui-même , lui tombait dessus d'un seul coup ! 

- Jai peint son visage toute ma vie , lui murmura-t-il ensuite en sanglotant . Je croyais ... quelle serait encore là .

La bretonne , gênée , baissant les yeux , ramassa un galet , le fit sauter dans les vaguelettes , geste enfantin , léger , mélange de simplicité et de lumière intérieure qui fit jaillir en lui , comme une flamme , l’envie irrépressible de renaître pour la peindre .

Aux couleurs d’une innocence offerte à la vie , il voyait déjà ce nouveau portrait , non pas comme la réplique de l'autre visage , mais comme la révélation d’un profond mystère . Il ignorait encore tout d’elle , certes , ne connaissant pas son histoire . Mais dans l’ombre encore indistincte de son esprit montait une évidence : la Beauté n’était pas qu'un concept esthétique, un souvenir douloureux d'une femme perdue . La Beauté vivait là , devant lui , dans cette présence imprévue d'une jeune âme contemplant la mer avec une confiance d’enfant . Déjà , au fond de lui , naissait ce frémissement qu’il n’avait plus connu depuis des années , celui du créateur qui pressent qu’un être , un seul , peut suffire à refonder l'espoir .

5 - Ce fut un ancien de leur bande , Yves Kervoal , qui acheva de tout faire basculer lorsqu'il croisa , par hasard , celui qu'il n'avait pas revu depuis longtemps , devant la ferme isolée des Morvan , la famille de Klervi où celle-ci avait vécu après le départ du peintre , et qui , aujourd'hui était déserte . 

- Tu veux savoir la vérité , Goulwen ?
La vérité ?
Oui . Ça sest passé au fest-noz du Quinquis . Tu ten souviens ? Rappelle-toiPaol Kermarec nous avait tous , après le bal , ramenés dans la vieille automobile anglaise de son père ! ( 5 )

Bien sûr qu'il n'avait rien oublié de cette folle aventure , de la musique serrée , de l’odeur du cidre , du corps sensuel de Klervi qui , riant trop fort , s'accrochait ivre , fragile comme une désespérée , à son bras , dans la voiture , à l'arrière . Même , il se rappelait encore l’avoir , tant bien que mal , raccompagnée ensuite à pied chez elle dans la nuit . 

- C'est ce soir-là , en effet , précisa Yves , que vous aviez décidé de faire un petit détour par la plage , tous les deux , " pour prendre l'air " . Elle m'a avoué plus tard qu'elle ne se sentait pas très bien , qu'elle ne savait plus ce qu’elle faisait Je suis devenu son confident , par la suite , quand elle s'est mise à déprimer ... Nous étions jeunes . Cétait une faute , peut-êtrem'a-t-elle expliqué , mais pas un péché .
- Je suis parti le lendemain , je croyais que je ne l'intéressais pas , lui répondit l'artiste .
- Parce quelle avait honte , et parce que le jeune Kernéis , un gars tranquille , riche propriétaire , la voulait pour femme . Elle pensait que tu ne pourrais rien lui offrir ...

Goulwen ferma les yeux , la mine défaite .
L'autre ajouta :

- Ne lui en veux pas . Elle na jamais voulu prétendre que son enfant n’était pas de Kernéis . Elle na jamais avoué non plus que Lotta était de toi . Mais je lai entendue , un soir , me dire : " Elle a les yeux que Goulwen a peints .”
La jeune fille , qui approchait , leur fit signe .
- Alors , je crois que tu as le droit de savoir . Elle n'est pas morte d'un cancer . Elle s'est suicidée ...

Sur la plage , au crépuscule , on vit Lotta rejoindre Goulwen .
Le ruban rose flottait encore , délicat , parmi les nuages noirs , comme un signal de reconnaissance au-dessus du vaste océan .

 

 
 

 

 

 

FIN

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DAN AR WERN - LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE ( Nouvelles ) - III - Mystères de la Beauté - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE " , copyright 2025 . 

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Notes :

 

1 - Kabigveste à capuchon créée à l'origine par les goémoniers du Pays Pagan , dans le nord du Finistère .

2 - " La Mer " ( 1903 / 1905 ) , poème symphonique de Claude Debussy ( 1862 -

1918 ) , compositeur français . 

3 - Ankoùpersonnification spectrale ( sous la forme d'un squelette ) de la communauté des morts . ( Mythologie bretonne ) .

   - Dunes de Sainte-MargueriteTevenn Santez-Marc'harid ) à Landeda ( Penn-ar-Bed ) .

- " Quand l 'Amour grandit en toi , la Beauté fait de même . Car l 'Amour est la Beauté de 'Âme ... "

" Les Confessions "  ( 397 - 401 ) de Saint Augustin ( 354 - 430 ) , philosophe et théologien chrétien .

5 - Prairie du Quinquis ( Kenkiz ) , à Kemper ( Finistère / Penn-ar-Bed ) . 

 
 
 
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LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE ( Nouvelles ) - II - Création .

4 Décembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE

Femme au Cheval ( vers 1925 ) de Marie Laurencin .

Femme au Cheval ( vers 1925 ) de Marie Laurencin .

 

LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE

 

 

 

 

 

II - Création

 

 

 

 

" Qu'est devenu mon coeur ,

  Abîme déserté ? "

Emile Nelligan - " Le Vaisseau d'Or ( 1899

 

 

Prologue - N'est-ce pas , pour ses lecteurs , le rôle d'un écrivain que de fonder une seconde patrie  " ermitage suspendu , véritable Eden des passions en liberté " ? , se demandait Julien Gracq . ( 1 ) 

Pendant qu'allongée près de sa toile à l'ombre d'un arbre , une jeune artiste , dont le regard se portait vers le firmament , lui répondait par sa peinture , cherchant son propre reflet dans ce vaste miroir qui , par-delà l'espace et le temps , lui jouait le jeu du perpétuel retour ... 

" C'était l'été ... Elle s'étendait , cachée avec son amant dans les roseaux , tous deux coulaient leurs rires dans l'étang , l'âme remplie de pensées d'amour éternel , de baisers , de désespoir ... " ( 2 ) 

Que se passa-t-il alors , quand , au-delà de son iris de cristal translucide et clair , elle se mit à longuement contempler , tremblante d'émotion , l'abîme de insondable , se disant  , sans doute , que l'être humain , mortel , n'était qu'un pauvre exilé ,  comme l'avoue Katherine Mansfield vivant au Prieuré de Fontainebleau , et qui , s'apitoyant sur ses derniers jours de solitude , écrivait : " nous sommes des naufragés sur une île déserte " ? ( 3 )

" Chaque coeur viendra , mais comme un réfugié ... " , lui chantait encore une envoûtante sirène , à moins que ce ne fût une ondine , tandis qu'en écho , cette autre phrase , venait mourir sur son rivage de vagues mélancoliques , ressemblant aux flots de la mer " toujours recommencée " : " L'Amour divin a traversé l'infinité de l'espace et du temps pour aller de Dieu à nous . Mais comment peut-il refaire le trajet en sens inverse quand il part d'une créature finie ? " ( 4 )

Se pourrait-il alors que notre interminable Chute ait fait tomber Dieu de Son piédestal , que notre acédie , ou lassitude spirituelle , corresponde , en écho du nôtre , à son crépuscule , avalanche de soleils et trous noirs , formes de dépressions gigantesques , faces cachées de Lunes sanglantes , comme un symbole de Sa Crucifixion ?

" Ta douleur ici ne vaut rien , ce n'est que l'ombre de ma blessure ... " , se mit à tristement  psalmodier à nouveau l'aquarelliste . ( 5 )

" Il y a tant d'horizons divers , dit Sainte-Thérèse à sa soeurtant de nuances variées à l'infini que la palette elle-même du Peintre Céleste pourra seule , après la nuit de cette vie , me fournir les couleurs capables de représenter les merveilles qu'Il découvre à l'oeil de mon âme ... " ( 6 )

1 - Elle s’appelait Maëlys Le Guernic , et , depuis quelques années , le monde de l’art , Paris en tête , malgré l'ostracisme subi par les " ploucs " de l'ouest , murmurait son nom breton comme une signature de lande et de vent salé , avec ce mélange d’admiration et ce trouble que suscitent les élus du mystère . On la comparait parfois à Marie Laurencin , pour cet usage du pastel qui semblait caresser la toile et ses figures féminines vaporeuses . Pourtant , guidée par cette présence mystérieuse  d’une autre réalité , la jeune prodige , artiste visionnaire travaillant dans un rapport quasi mystique avec la création , s'inspirait ailleurs . De Plus loin . De Plus haut . 

Sur sa petite table de bois très clair , telle une baguette enchantée , reposait sa palette étrange , presque mythique , où les couleurs ne se juxtaposaient pas mais dialoguaient d’une manière détournée , du rose cendré pour la douleur blessée du monde dont elle savait capter les souterraines vibrations , passant ensuite par l'ocre solaire granuleux et profond cueilli dans les déserts d'Afrique où , naguère , elle avait réussi à peindre un peu de sa jeunesse , expliquait-elle au profane , jusqu'à l'opalescence qu'elle appelait le blanc de ses subtiles révélations d'alchimiste !

Mais , par-dessus tout , sa véritable intimité n'existait qu'avec l'incandescence lumineuse d'un violet qu'elle jugeait presque impossible à atteindre , car hérité , disait-elle encore , de cette âme-soeur lointaine qui devait vivre dans l'autre partie du cosmos !

Enfant solitaire des Monts d’Arrée , elle avait toujours perçu les choses tout autour avec une intensité presque douloureuse , que ce soit les nuages du ciel comme des visages fugitifs , la mer comme un univers maternel s'exprimant par le cri sauvage des mouettes dans le silence trompeur du " kalm-chok " ou par le souffle implacable des tempêtes . ( 7 )
Cette hypersensibilité , souvent incomprise , l’avait poussée très tôt vers la peinture , seul lieu où elle pensait pouvoir traduire sans honte ce qu’elle ressentait trop fortement à l'intérieur . Par contre , elle ne supportait pas le brouhaha mondain , mais elle se rendait quand il le fallait aux expositions , comme , dans une pièce mal éclairée , on laisse , un peu absente , flotter son oeil extérieur , antenne ouverte sur des réalités plus rassurantes , que l'artiste , de peur d’être prise pour une mystique exaltée , parlant peu de cette présence interne que tant d’autres ne percevaient pas , faisait semblant de voir . Pourtant , depuis l’enfance , vivait auprès d'elle une voix obscure , comme une intuition secrète , forme d’inspiration qui n’était pas vraiment humaine . 
En surface , elle paraissait douce , presque fragile , toujours vêtue de teintes pâles ou légèrement délavées .
Mais cette douceur cachait une force implacable , une détermination folle à suivre sa vision , quel qu’en soit le coût , lui faisant accepter
la solitude , la fatigue , l’instabilité des nuits d'hôtel ou l’incompréhension du public , parce qu’elle savait que sa peinture devait toucher l’invisible .

2 - Ce soir-là , veille de Noël , aussi immobile , devant son autel , qu’une prêtresse dans la chambre blanche d’un chalet d'altitude , elle contemplait , quelque part sur une montagne entre deux continents , la voûte céleste par la baie vitrée . La Voie Lactée respirait . Les nébuleuses paraissaient elles-mêmes vouloir se rapprocher , comme si , en retour , l’univers , curieusement , venait l’observer . Car elle était sur la route d'un long voyage d’inspiration vers la grande expo française qui devait soit consacrer son nom , soit l’engloutir . Couchée sur sa chaise longue de bambou , elle se sentait toute légère . Il lui semblait être une feuille . La vie s’en venait pareille à une bourrasque . Elle se sentait saisie , secouée , forcée de fuir . Oh ! mon Dieu , en serait-il ainsi toujours ? N’y avait-il aucun moyen d’en réchapper ?

Mais la présence invisible la guidait . Venue de cet " autre monde " où les formes ne sont pas encore incarnées , d’où , jurait-elle , descendaient aussi ses visions , la femme sentit soudain la pulsation battre plus fort dans son coeur , lui faisant saisir ses pinceaux .

Sur la toile blanche , une lumière , tout d’abord , comme un frémissement . Puis une forme . Et soudain  , la révélation d'un animal fabuleux débouchant soudain de l'immensité , lui faisant ressentir , dans son ventre , ce qui était déjà bien avancé , au moment de la moisson , l'été dernier , l'occasion , pour elle , de se rappeler brusquement l'auteur imprévu de cette création fortuite . L'enfant n'avait-il pas en fait été conçue à des milliards d'années-lumière par un être invisible qui serait sa jumelle céleste utilisant une substance différente pour peindre , au-delà de l'espace et du temps ?

Le ciel étoilé déployait son infini bleu noir , constellé de braises froides . Le silence de l'espace avait quelque chose d’un souffle retenu , comme celui des profondeurs océanes . Devant elle , sur la toile , une Licorne surgissait , blanche, irréelle , comme si elle venait d’ouvrir une brèche dans la nuit pour franchir les ultimes frontières de l’existence .

" J'essaie encore de peindre mon âme des couleurs de sa lumineuse présence , lui avoua-t-elle , résigné à lui écrire , devant le caractère inéluctable de son Destin .

Les doigts déjà tachés de pourpre et de bleu-vert , la respiration courte , elle sentit à nouveau  remuer ce qui était annoncé , mais qu'elle redoutait plus ou moins depuis des jours .  

3Le sol était blanc de neige , presque irréel , en ce matin de janvier . Son atelier du Marais , tout imprégné du parfum des toiles et de térébenthine , était silencieux .
Maëlys , venant de rentrer de voyage depuis deux jours , l'esprit saturé de l'ambiance de Noël , écouta la voix de son ami Elouan Kerros au téléphone , qui résonnait encore , pleine de contrariété , à son oreille , celui-ci paraissant consterné d'apprendre la nouvelle par la lettre qu'elle lui avait envoyée depuis la station suisse et que son médecin venait de confirmer à la future maman qui , pendant la consultation , sentit une fatigue inhabituelle , une douceur dans son ventre , une sensation bizarre , comme une chaleur ne lui appartenant pas . 

La lumière hivernale , aujourd'hui , se reflétait avec une netteté toute crue dans le grand miroir ovale vers lequel , près de la fenêtre , elle se dirigea , ne sachant pas exactement ce qu’elle cherchait . Quelque chose dans son reflet , c'était sûr , avait changé . Une lueur douce brillait sur sa peau diaphane . Son regard semblait plus profond , ses traits plus apaisés ...
- Comment est-ce possible ? , soupira-t-elle , passant doucement la main sur son abdomen un peu tendu . Nous avions pris nos précautions ...
Le silence lui répondit  , vibrant , comme s’il respirait avec elle . Puis , comme une présence dans la profondeur argentée du miroir , elle entendit ces quelque mots :

- Tu n'es pas seule !

- Quest-ce qui marrive ? , se demanda-t-elle , frissonnante , appuyant un doigt contre le verre pour s'assurer qu'il n'y avait personne à l'intérieur , tandis qu'un pâle rayon d’hiver pénétrait sous la loggia . Elle ajusta , autour du tableau , les dernières lampes quand on frappa les mêmes trois coups légers qu'au théâtre , presque trop doux , trop musicaux pour être anodins .

La porte qu'elle ouvrit , fit apparaitre un homme assez grand , mince , au sourire timide , au regard calme et presque trop clair , une écharpe sombre enroulée autour du cou , un étui de violoncelle en bandoulière .
Le concertiste rentrait d’une tournée en Scandinavie . 

4 - Qu'est-ce que l'Amour ? , se demandait souvent Elouan dissimulant avec peine le douloureux secret de son âme , quand il se mettait à suivre une ombre rêveuse et téméraire portant un masque dans ces ténèbres du crépuscule où il errait vers l'autre incognito , finissant par la rejoindre dans son rêve un peu plus tard quand il ne la cherchait plus , là où celle qu'il avait souhaité depuis longtemps connaître , mais dont il prenait peur , chaque jour , de découvrir l'identité , devenait , en quelque sorte , son double dans les lointains brumeux d'un miroir d'eau où il pouvait alors contempler la magnifique jeune fille vêtue d'une robe toute blanche : 

- Eh bien , mon cher ? , lui disait la belle provoquant le rire de ses compagnes qui telles des tourterelles prenaient leur envol ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles ? 

Mais déjà , une autre voix l'appelait au seuil majestueux du Temple : - Entrez donc , il faut soigner vos blessures , vous avez bien trop souffert ! 
Chaque être a son double , se disait Maëlys pour se consoler , comme l'éclat d'un faux sourire dissimulant la part d'ombre . 

Et malgré son chagrin , la créatrice tentait d'imaginer qu'elles avaient été " deux  " , pourtant , sur la Terre , un moment réunies par la Providence , mais , comme la foudre d'un éclair jamais ne remplace la vraie lumière du Paradis , qu'elles ne pourraient sans doute plus , désormais , devenir " un seul être " , afin de communier à cette indicible patrie de leur idéal ...

5 - Ensuite , elle se souvint du Musée d'Arts de Nantes qui avait organisé , pour elle , une " exhibition " , comme ils disaient pour faire plus à la mode .

Ce soir-là , elle avait dîné au restaurant " La Cigale " , un établissement célèbre pour son décor somptueux et son ambiance " Art nouveau " . Puis , vers vingt-deux heures trente , elle s'était rendue au piano-bar voisin , " Le Melocotton " où elle avait ses habitudes , lieu intimiste et feutré , jazzy , où régnait une atmosphère unique , propice à la rêverie et à la réflexion . ( 8 )
Là , elle s'était montrée plutôt captivée par le jeu de Clara , l'américaine , lorsque les doigts effilées de celle-ci dansaient sur les touches du piano avec une grâce presque surnaturelle , créant des mélodies qui la transportaient dans ses mondes oniriques . Plus elle était fasciné par la virtuosité de l'artiste , mais aussi par son expression spirituelle , par la manière dont elle semblait communier avec la musique à chaque performance , et plus elle avait bu , plus elle sentait qu'elle révélait un fragment de son âme , et cela la touchait profondément .
Cependant , tout en écoutant la musique , elle ne pouvait s'empêcher de penser aussi à l'autre personne dont elle venait de faire la rencontre , une serveuse aux cambrures félines dont le charme magnétique et le sourire radieux l'avait troublée bien plus que de raison !
C'est ainsi qu'elle s'était soudain retrouvée tiraillée entre deux attractions , l'une davantage spirituelle et l'autre plutôt physique , et tandis que l'une faisait naître en elle des sentiments intensément poétiques , lui inspirant déjà des pages entières de prose délicate et émotive , l'autre éveillait en elle des désirs plus terrestres , plus immédiats , lui rappelant l'éphémère beauté de la jeunesse et de l'incarnation !

Mais le soir d'après , comme elle avait hardiment décidé de retourner plus tôt que prévu à la brasserie afin de croiser le beau regard de celle que ses collègues nommaient Virginia , elle fut déçue d'apprendre que , celle-ci ne travaillant pas ce jour-là , l'impulsion soudaine qui l'avait poussée à l'inviter à prendre un café après son service , n'avait servi à rien . Toutefois , le violoncelliste du " Kerros Quartet " , l'orchestre de Jazz , d'un petit accent mélodieusement exotique et d'un sourire charmeur , lui avait déclaré qu'il appréciait beaucoup son style " néo-nymphiste " , et que son taxi tardant à venir chercher le groupe en voiture depuis la banlieue , ils restèrent au bar plus longtemps que d'habitude après le concert , le musicien proposant un verre à la peintre qui , souriante , s'approcha bientôt de lui et , l'alcool aidant , tous deux commencèrent à discuter .

Qu'êtes-vous venus faire parmi nous ? , finit-il par lui déclarer dans la rue où ils étaient entrain de marcher en titubant , bras dessus , bras dessous , que sommes-nous venus faire ici-bas , dans ce monde misérable , parmi tous ces gens qui ne comprendront jamais rien au mystère de la Beauté dont parlent Baudelaire ou Nerval ?

Parlant de n'importe quoi et de rien , des mystères de la vie , de la musique ou de la Bretagne , ils se mirent peu à peu à délirer sur le sens improbable d'une existence aussi difficile à comprendre que le voile clair-obscur d'un destin brutalement déchiré , comme un navire par le récif , qui se mettrait à ressurgir là , en lambeaux , parmi les vagues . 

- Sans doute était-il temps que je m'accroche au dernier débris d'un pitoyable navire qui coule ? Et qui peut savoir si tous ses souvenirs dont nous prenons conscience vivant encore avec force dans l'intimité de nos coeurs , ne peuvent servir de prétexte à cacher notre effroi devant un avenir dont nous avons plus peur encore , nous demandant si ce qu'il y a en lui , mais aussi tout autour , aura jamais une quelconque signification ? 

Découvrant avec surprise le charme séducteur de cette femme qu'il trouvait si originale par la profondeur mystique de sa pensée , sans doute pleine de rêves d'harmonie et d'élévation mais qui , à côté de son jeu primitif et de ses tâtonnements esthétiques , lui paraissait incomparable , il ressentit tout à coup pour elle une si invincible attirance , qu'il en fut surpris , néanmoins , comme de sa brutale réaction lorsque , pour finir , il se jeta soudain sur sa bouche avec tellement de maladresse !

- J'aurais préféré mambo à lambeaux , monsieur le faiseur de notes ! Merci , en tout cas , de me comparer vulgairement à un débris ! , répliqua-t-elle d'une voix grave ironique en lui jetant avec rage et plaisir , à son tour , un fougueux baiser sur les lèvres ! ( 9 )

 6 - D'abord , quelques images , timidement , s'étaient mélangées dans sa conscience troublée . Un visage ...

Elle avait rouvert les yeux , n'ayant aucun souvenir , en vérité , de ce qui avait pu se passer . C'était tout rose , autour d'elle . Une chambre d'hôtel ? 
Comme elle s'était sentie lourde , faible à la fois , frissonnante de fièvre ...

Des coups de marteau lui heurtaient la tête !

Et puis soudain , les faits lui revinrent , les miroirs lui renvoyant son image multipliée à l’infini , comme si , déjà , elle pouvait se perdre , parmi d’autres versions d'elle-même , dans une autre vie possible du passé .
La chambre était modeste mais propre , avec ce charme un peu désuet des résidences d’autrefois : rideaux couleur miel , couvre-lit fané , ventilateur au plafond tournant lentement comme un vieux tourne-disque . 
Un silence s’installa , doux et vertigineux . Refermant un instant les yeux , tous ses souvenirs se mêlèrent dans une même clarté .

Mais ce que, jusque là , elle avait cru être une vie brillante , n’avait été , en fait , qu’une longue attente d’elle dans cet hôtel de passage , un peu décati , vibrant d'une étrange mélancolie , et qui , par une étrange porte , au-delà d'une vieille armoire en orme blond , la conduisait ailleurs ... Là, dans un jardin que nul vent ne traverse jamais, vivait une autre jeune fille , Virginia . Les fruits y demeuraient éternellement mûrs , les sources chantaient sans jamais faiblir , et la lumière semblait flotter comme une brume dorée , sans origine ni déclin . L’éternité y avait la douceur d’un matin perpétuel , mais c’était une douceur qui , peu à peu , avait commencé à peser sur le cœur de la servante . Car le bonheur éternel , quand il se referme sur lui-même , devient une solitude plus vaste encore que l’espace . C'est pourquoi , la pauvre solitaire fit ce qu’aucune créature de l’Eden n’avait jamais osé : elle lança un message d’amour . Non pas un simple appel , mais une onde profonde , née de son désir d’être enfin rejointe , reconnue , aimée .

Elle le confia à la lumière elle-même , comme on dépose un secret dans une rivière , certaine qu’il trouverait sa voie .

C'est ainsi que le message se mit à vibrer , à s’élever , à se détacher du jardin immuable , brisant un instant la perfection du silence . 

De cette manière , espérait-elle , dans un monde encore inachevé , quelqu’un entendrait peut-être cette note ardente au-delà de sa terre promise , quelqu’un pour qui l’amour serait un commencement plutôt qu'une éternelle répétition . Le message , alors , comme si les parois mêmes de l’univers s’étaient entrouvertes pour laisser passer un souffle du paradis , toucha la jeune peintre sous la voûte étoilée . Mais son onde céleste , faisant s'agiter , dans le ventre de celle-ci , la venue d'un messager d'ombre et de lumière , en même temps , parvint au-delà du cercle interdit de l'Abîme , cette ligne de feu où l’invisible pur veille sur son propre mystère depuis l'aube des temps . Nulle créature n’aurait dû pouvoir la traverser . Pourtant , le message d’amour , parce qu’il était né d’une solitude infinie au cœur même du bonheur éternel , portait en lui une force que rien n’avait prévue , entraînant , en conséquence , avec la visite d'explorateurs de l'espace , la venue accidentelle de la matière dans l'indicible ... Dans cette fêlure entre les mondes , comme si l’univers , brusquement , respirait à contre-rythme , des filaments d’énergie se condensèrent , faisant  venir les premiers voyageurs , des explorateurs de l’espace , arrivés de si lointaines constellations qu’elles ne rayonnaient plus que par mémoire . Le message de Virginia , vibratoire , pur , avait été pour eux comme un appel d’air , un signal d’accueil dans ce désert immatériel que même les civilisations stellaires les plus anciennes n’avaient jamais osé sonder . Comme on franchit un songe , puisqu' ils n’avaient jamais approché un royaume sans matière , un royaume où l’existence n’était qu’essence , iIs traversèrent donc la faille , fascinés . Pourtant , cette onde ne leur était pas destinée . ( 10 )

7 - Ils ne savaient pas encore que l’histoire de la jeune peintre et celle de Virginia allaient bientôt se rejoindre , par-delà les mondes , comme deux rives d’un même mystère à résoudre .

Dans les profondeurs les plus insondables de la frontière la plus éloignée , l’Abîme du Mal n’était pas qu'un gouffre spirituel : c’était le monde de la matière brute , massive ,  opaque , indocile , où la lumière elle-même semblait peiner à se frayer un chemin . Là régnaient les forces les plus lourdes , les atomes primaires , les minéraux inachevés , comme si la création , à cet endroit précis , n’avait jamais réussi à devenir autre chose qu'une pesanteur insoluble . Et c’est dans cet empire d’inertie que vivait Arakné  , issue d'une planète méthanière aux océans de gaz liquéfié , où les êtres ne vivaient ni par la chaleur ni par la lumière , mais par l’obscur frémissement de pressions internes , pour conquérir même tout ce qu'ils ne pouvaient pressentir à cause de leur état primitif ...
La " Reine Noire " qu'ils vénéraient par crainte ,  avançait non par intelligence , mais par instinct , non par vision , mais , comme un animal primordial attiré par une source inconnue , avec un besoin brut d’étendre son existence dans tout ce qui respirait , vibrait ou résistait . Persuadée qu’au-delà de l’Abîme se trouvait un royaume à conquérir , alors qu’elle s’approchait d’un mystère qu’aucune créature de son espèce n’aurait jamais dû atteindre , elle fut instinctivement attirée par l’onde de Virginia qui , ayant provoqué une faille fissurant la matière dans ses fondations , lui laissa le passage ainsi qu'une promesse de conquête ! La Licorne n’était pas seulement une figure créée par Virginia dans la pureté d'un matériau invisible , et façonné par sa pensée vivante , c'était , ici-bas , la matrice du tableau de Maëlys , car à cet instant même , sur terre , l’enfant d’ombre et de lumière , annoncé par la créature fantastique , tressaillait déjà dans le ventre de la peintre . ( 11 )

Ce n’était pas une vision qu’elle avait inventée , mais une silhouette blanche comme le lys , aux courbes majestueuses tracées dans l’éther grâce à des lignes de forces , tout un canevas cosmique devant franchir des milliards d’années-lumière pour atteindre enfin la planète bleue , cette petite île où l’émissaire serait chargé d'annoncer un choc à venir , le retour de l’innocence après la reconquête .

Dans le ventre de Maëlys , un jour , l'enfant messager d’un monde en train de naître , agent d’un nouveau changement cosmique , réagit violemment lorsque la corne spiralée de la Licorne , renfermant la mémoire des naissances , de même que les forces les plus anciennes des eaux primordiales , blancheur intacte de ce qui n’avait jamais été souillé , fut enfin peinte : comme si cette présence connaissait déjà , en lui , l’autre face du mythe , cette ombre que l'animal projetait comme celle qu'une flamme pure jette malgré elle , conséquence de sa nature transcendante capable de révéler toutes les failles , les peurs , les secrets que chacun portait encore en soi partout où elle passait , purifiant , mais aussi condamnant ce qui ne pouvait être transformé , car , si la clarté absolue n'épargne rien , ce qu’elle touche doit être digne de vivre ou disparaître !

" Un abîme de silence nous sépare lun de lautre ,
 
Je me tiens dun côté de labîme et vous de lautre " , écrivait encore Katherine Mansfield 
. ( 12 )

C'était la phrase inscrite au-dessus du hall de l'exposition du Grand Palais qui devait connaître un grand succès grâce à la nouvelle oeuvre inspirée de la créatrice bretonne !

8 - L'enfant à venir , avant même d’être né , semblait déjà répondre au cri de Virginia , comme un écho incarné de l’amour lancé hors de l’Eden . Dans le silence du cosmos , les voyageurs stellaires s’arrêtèrent , percevant eux aussi l’éclosion de cette présence .
Ils ne savaient pas encore que l’histoire de la jeune peintre et celle de Virginia allaient bientôt se rejoindre , par-delà les mondes , comme deux rives d’un même mystère .

Car l’Apocalypse n’était pas que la fin d'un monde : elle était aussi l’inversion d’un cycle .
La Terre retournait à son premier état , comme si elle cherchait à effacer des millénaires de matière pour redevenir ce qu’elle avait été avant le premier souffle de lumière . Dans l’Eden , Virginia vit son jardin se fragmenter en éclats de pure énergie . Elle comprit alors que la Licorne - apparition ambigüe , inquiétante , née du Chaos primitif - avait annoncé plus qu’un changement : elle avait annoncé la fracture . Et dans le ventre de Maëlys , le messager d’ombre et de lumière s’éveilla pleinement -non plus comme un enfant , mais comme le premier être du monde à venir , un monde où l’eau et le ciel se rejoindraient enfin . N'est-ce pas dans le désert que Dieu fait jaillir l'eau vive , dans la sécheresse qu'il se montre , même si lui-même est abondance ?

 

 

 

FIN

                                                         ___

 

DAN AR WERN - LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE ( Nouvelles ) - II - Création - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE RUBAN ROSE DU CREPUSCULE " , copyright 2025 . 

                                                         ___

Notes :

1 - " En Lisant , en Ecrivant " ( 1980 ) , 2 - Stendhal - Balzac - Flaubert -Zola , recueil de Julien Gracq ( 1910 - 2007 ) , écrivain français .

2 - " La Fascination de l'Etang " ( The Fascination of the Pool , 1929 ) , nouvelle de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) , femme de lettres britannique .

3 - " Fragments d'un Enseignement Inconnu " ( 1947 ) , 18 , de Piotr Ouspenski

( 1878 - 1947 ) , philosophe ésotériste russe .

4 - " Anthem " , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " The Future " , copyright 1992 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment Inc.- " Columbia " - All rights reserved .

" Every heart will comme ,

  But like a refugee ... " 

   - " La mer, la mer , toujours recommencée ! " ( " Le Cimetière Marin " , poème de Paul Valery )

   - " L'Attente de Dieu " ( 1942 ) - Exposés : L'Amour de Dieu et le Malheur , Simone Weil ( 1909 - 1943 ) , philosophe , écrivaine française .

5 - " Avalanche " ( 1971 ) , chanson de Leonard Cohen dans son album " Songs of Love and Hate " , copyright 1971 Leonard Cohen / Sony Music Entertainment Inc. - " Columbia " - All rights reserved - Traduction française de Graeme Allwright dans son album " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " ( 1973 ) , copyright Graeme Allwright / Phonogram - Mercury / Pathé-Marconi - Tous droits réservés .

6 - Lettre de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face , datée du 13 septembre 1896 , à Soeur Marie du Sacré-Coeur . 

7 - Kalm-chok = calme plat ( breton ) .

- " La Cigale " et  " Le Melocotton " , deux établissements nantais proches de la place Graslin .

9 - Mambo = style de danse populaire inventé dans les années 1930 par le musicien et compositeur cubain Arsenio Rodriguez ( 1911 - 1970 ) .

10 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , II , 7 - La Jeune Fille et la Licorne - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

11 Le Livre de Virginia  ( Cycle de L'Etoile VI ) , I , 8 - Première Touche ( 15 , 16 ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

12 - L'Abîme ( The Gulf , 1916 ) , poème de Katherine Mansfield ( 1888 - 1923 ) .

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