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Dan Ar Wern Official Website

Perspectives - III - Le Voyage Initiatique dans " Le Passeur des Mondes " .

28 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - III - Le Voyage Initiatique dans " Le Passeur des Mondes " .
Perspectives 
III - Le Voyage Initiatique dans le " Passeur des Mondes "

 

 

 

 

" Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ? "

Blaise Pascal - " Pensées "  

 

" Celui qui regarde à l’extérieur rêve , celui qui regarde à lintérieur séveille  "

C.G. Jung , lettre du 22 octobre 1916 adressée à Fanny Bowditch  ( Letters , Volume 1 1906–1950 , p. 33 )

 

 

 

Publié en 2015 , Le Passeur des Mondes inaugure Le Cycle de L'Etoile , vaste projet littéraire et spirituel de Dan Ar Wern , où la fiction devient instrument d’exploration métaphysique . L’auteur y interroge la vocation de l’homme moderne confronté à la perte de sens ainsi qu' à la séparation entre invisible et visible . Le roman , sous des dehors d’aventure métaphysique , déploie le grand thème du voyage initiatique . Mais ce voyage ne s’entend pas ici comme simple déplacement dans l’espace ou le temps puisqu'il s’agit d’une traversée de la conscience , un itinéraire de l’âme à travers les couches de la mémoire du monde .

L'écrivain renoue ainsi avec une tradition ancienne , celle où le héros , devenant le miroir de l’humanité entière , pose chacun de ses pas dans un ailleurs qui non seulement constitue une descente introspective , une révélation personnelle , vers le " soi " , totalité de l’ensemble conscient-inconscient de la psyché , selon Jung mais encore une cosmogonie spirituelle où la fiction devient le vecteur d’une interrogation métaphysique sur la place de l’homme dans l’univers . Médiateur entre les différents plans de l’existence , l’auteur y explore , à travers la figure du " passeur " , les correspondances secrètes entre la mémoire du monde et la conscience humaine . C'est ainsi que Le Cycle de l’Étoile se veut un chemin d’éveil , itinéraire de réconciliation entre le ciel et la terre , le passé et l’avenir .
Dans ce premier volet, le thème du voyage initiatique s’impose comme la forme symbolique de cette recherche. Le déplacement du héros n’est pas une fuite , mais une ascension , une manière de " naître à soi-même " par la traversée des mondes .

Dès son titre , Le Passeur des Mondes désigne le mouvement comme principe fondateur . Le héros - ou plutôt l’âme plurielle ( dont nous reparlerons ) qui parle à travers lui - accomplit trois voyages successifs qui sont autant d’étapes vers la connaissance de l’origine . Le premier de cette triade en direction d'un passé mythique , prend la forme d’une remontée au contact de mémoires anciennes de civilisations englouties , voyage de purification pour comprendre ce qui dans l'inconscient collectif , dans les racines mêmes de l’humanité , continue d’entraver la lumière .
Le second voyage , en direction des îles celtes qui ont survécu au Déluge , se déroule dans un espace suspendu , à la fois symbolique et concret , ces îles représentant la promesse d’un autre monde , celui de la conscience mais aussi l’épreuve du désenchantement , car c'est là , remonté à la surface , que le voyageur apprend que le paradis extérieur n’existait pas , l’ " île véritable " , paix reconquise après le doute , s'accostant de l'intérieur .
Enfin, le troisième voyage - au temps de la première croisade  - réunit les deux dimensions du mythe et de l’Histoire , celle où l’homme qui chemine vers Jérusalem incarne la part héroïque de la quête , non plus seulement comprendre , mais agir dans le monde , porter la flamme de l’esprit dans les ténèbres du siècle .

Ces trois passages marquent la progression d’une initiation complète : de la mémoire à la vision , de la vision à la mission . Le héros devient un passeur parce qu’il relie les temporalités , les dimensions , les êtres , parce qu’il assume en lui la tension entre le terrestre et le céleste .

Dès ce premier tome , le thème du voyage initiatique s’impose comme la structure fondamentale du récit : voyage dans le temps , dans l’espace et dans l’âme . En suivant , depuis les mondes océaniques du passé antédiluvien ( L'Atlantide ) , jusqu'au présent récent des îles qui en ont émergé , à travers l'épopée de la Grande Croisade , les pérégrinations de ses protagonistes-voyageurs , l'auteur compose ainsi une véritable aventure intérieure où l’itinéraire géographique se confond avec une ascension spirituelle . 

L’œuvre s’inscrit dans la filiation du romantisme spirituel ( Novalis , Hölderlin , Brion ) , dont elle prolonge la quête d’unité et de transfiguration . Par la richesse symbolique de ses paysages et la résonance poétique de sa langue , Le Passeur des Mondes se présente comme une méditation sur le devenir de l’âme dans un univers en mutation .

1 - Le Voyage comme Structure Initiatique

 

 

Le titre même de l’ouvrage - " Le Passeur des Mondes " - énonce le motif essentiel de l’œuvre : le passage . Le héros , figure anonyme et universelle , accomplit trois voyages successifs qui forment les étapes d’une initiation progressive . Ainsi , le déplacement se trouve au cœur même de l’expérience spirituelle du héros . Ce n’est pas un simple voyage géographique ou temporel , mais un itinéraire de métamorphose , traversée alchimique des plans de la réalité conduisant le protagoniste à la connaissance de lui-même et du sens caché du monde , et formant autant de cercles concentriques conduisant de la connaissance du passé à la compréhension du destin universel .

          Le voyage vers le passé correspond au retour aux origines . Le protagoniste descend dans les couches mémorielles de l’humanité pour affronter les héritages obscurs qui conditionnent encore le présent . Ce premier mouvement , rétrospectif et cathartique , ouvre la voie à la purification .

          Le voyage vers les îles représente la traversée de l’illusion . L’île , motif archétypal d'Avallon , d'Emain Ablach ou encore celui de l'îlot d'Aval en Pleumeur-Bodou  , incarne à la fois la quête de l’utopie et le mirage de la perfection , mais aussi l’isolement , le risque du repli . C’est l’étape de l’épreuve intérieure , celle où le voyageur apprend la solitude et le renoncement , découvrant peu à peu que la terre promise n’est pas extérieure , mais intérieure - qu’il s’agit moins d’un lieu que d’un état d’être . ( 3 )

         Enfin , le voyage au temps de la première croisade transpose la quête dans le tissu de l’Histoire , le pélerin se dirigeant vers Jérusalem comme vers son absolu , mythe fondateur de l'Occident , mais comprenant , pour finir , que la " Terre Sainte " n’est autre que sa conscience réconciliée , et que le combat extérieur n’est que la projection de son combat spirituel .

Ces trois paliers structurent un parcours initiatique total allant de la mémoire à la connaissance , de la quête à la mission  . Le chevalier , transcendant conscience et possibilités de cognition , devient non seulement passeur entre différents âges , mais entre la chair et l’esprit , l’individuel et l’universel . Son voyage devient une ascèse , une traversée de la mémoire autant qu'un apprentissage de la responsabilité , le " Passeur " n'est plus seulement celui qui franchit l'espace , mais celui qui relie les plans du réel ,  passé et futur , visible , invisible , individuel et collectif . 

2 - L'Inspiration Romantiquede Novalis à Marcel Brion 

 

 

Chez Dan Ar Wern , en effet , ce thème du voyage comme ascèse s’inscrit dans une grande lignée romantique et symboliste européenne , où l’errance géographique est le miroir d’une quête de l’infini , d'une exploration de l'âme , où l’aventure extérieure se confond avec le cheminement intérieur .
Chez Novalis , dans " Heinrich Von Ofterdingen " ( 1802 ) , le voyage est l’allégorie de la recherche d'une inaccessible et mystérieuse " Fleur Bleue " , symbole de l’unité perdue entre l’homme et le cosmos , de la fusion entre la nature , l’art et l’esprit . L’itinéraire n’est pas linéaire , mais spiralé , chaque rencontre , chaque épreuve approfondissant la connaissance intérieure . 
De même , chez Marcel Brion , notamment dans " L'Ordre du Silence " ( 1955 ) ou " L'Île du Dernier Homme  " ( 1960 ) , on retrouve cette tonalité mystique du déplacement : les lieux sont des miroirs , les paysages traduisent des états de conscience des miroirs de l’âme , les îles des seuils métaphysiques de révélation , des espaces de passage entre la réalité et le rêve . 

Notre auteur hérite aussi de cette tradition , de cette sensibilité , mais la transpose dans un langage moderne , empreint de science , de métaphysique et de poésie . Comme ses prédécesseurs , l'écrivain conçoit le voyage non comme conquête , mais comme révélation . L’espace s’intériorise , le temps s’élargit , le réel se spiritualise . Chez lui , la géographie du roman devient métaphore d'une conscience en transformation . Les ruines océanes , les déserts d'étoiles ne sont pas que des décors , mais des figures de l'invisible exil , constituant un langage symbolique par lequel l’âme apprend à déchiffrer l'étendue musicale du cosmos , où chaque horizon franchi correspondant à une métamorphose de l’être . Traversée d’images de lumière et de nuit , son écriture ample , contemplative , relève d’un romantisme transfiguré , où la mystique rencontre la science et la poésie .

Ainsi , " Le Passeur des Mondes " réactualise l’idéal romantique du voyage , qui n'est pas uniquement mouvement dans l'espace , mais aussi révélation progressive d'une expérience intérieure , prolongeant le romantisme de Novalis par une écriture visionnaire et symboliste , où chaque image , comme celle de l’ " Etoile " du cycle qui n’est autre que ce centre intérieur que l’homme doit apprendre à retrouver pour s’accorder au rythme cosmique , ouvre sur une dimension cachée du réel permettant à  l'astronaute de découvrir , non seulement de nouveaux continents , mais de nouvelles dimensions de lui-même .

Le style même du roman - méditatif , ample , parfois visionnaire - traduit cette filiation : résonances symboliques , temporalités superposées , impressions poétiques de lumière et de nuit . Tout concourt à faire du récit un voyage intérieur travesti en aventure cosmique . L’écriture prolonge cette inspiration romantique par sa tonalité visionnaire et symboliste . Les descriptions se chargent d’une densité poétique qui fait affleurer l’invisible : l'océan , la brume , les ruines , les étoiles sont autant de signes à déchiffrer . L’auteur y déploie une esthétique du passage , où chaque frontière , entre le réel et le rêve , le passé et le présent , le moi et l'autre , est destinée à être franchie . Le " Passeur " du titre n’est pas seulement celui qui traverse , mais celui qui relie , celui qui établit la communication entre les mondes séparés . Ainsi , le voyage devient l’acte fondateur d’une ontologie de la réconciliation par le mouvement , l’être retrouve son unité dans la diversité .

En définitive , " Le Passeur des Mondes " apparaît comme un grand poème du devenir . Sous le couvert du récit initiatique , Dan Ar Wern y interroge la vocation de l’homme moderne : non pas conquérir les mondes , mais les comprendre , les relier , se laisser transformer par eux . Héritier des romantiques allemands comme des poètes visionnaires du XXe siècle , il fait du voyage une expérience intérieure , une métamorphose lente où le temps de l'histoire s’ouvre sur le temps de l’esprit . Loin du simple exotisme , le roman offre au lecteur la possibilité d’une traversée - celle d’un monde à l’autre , d’une conscience fragmentée à une conscience unifiée . À ce titre ,"  Le Passeur des Mondes " est bien le premier pas d’un " Cycle de LÉtoile " qui ne cherche pas à raconter seulement l’indicible infinitude , mais à la vivre dans la dimension plus quotidienne d'une simple existence terrestre .

3 - Une Poétique de la Réconciliation

 

 

Le dénouement du roman manifeste cette visée essentielle de l’œuvre : la réintégration . Le voyage n’a pas pour but de fuir le monde , mais de le transfigurer . Le retour du passeur à la fin du récit n’est pas un retour en arrière , mais un retour au centre de lui-même : il a franchi les espaces pour comprendre qu’ils ne sont qu’un seul et même univers , vu sous différents angles de sa conscience . Le pèlerin revient transformé , conscient que ce qu'il a traversé n'est pas séparé , mais qu' en ayant appris à rétablir l’équilibre entre le visible et l’invisible , à reconnaître leurs liens secrets . Le voyage , dès lors, cesse d’être déplacement pour devenir présence : la révélation que tout est déjà là , dans le regard qui s’ouvre .

Dans cette perspective, le voyage initiatique de " L'Étoile " n’est pas seulement un motif narratif, mais le cœur même de la poétique de Dan Ar Wern : une quête de l’unité perdue, dans la tradition de Novalis , mais réactualisée dans une écriture contemporaine où le mythe rejoint la modernité. Cette réconciliation des contraires - entre passé et futur , matière et esprit , humain et divin - constitue le cœur de la poétique de Dan Ar Wern . Son univers , à la croisée de la mythologie et de la mystique , rejoint les grandes traditions de la gnose et du symbolisme , mais avec un accent profondément contemporain : celui d’une espérance lucide , qui voit dans la crise du monde moderne le prélude à un éveil . Dan Ar Wern inscrit ainsi sa démarche dans une tradition spirituelle universelle — de la gnose à la mystique chrétienne, du soufisme aux philosophies de la lumière — tout en la renouvelant par une langue contemporaine, dense et poétique. Le " Cycle " qu’il inaugure avec " Le Passeur des Mondes " s’annonce comme une suite d’expériences de passage : passages de l’homme à l’ange , du temps à l’éternité , du chaos à la clarté .

 

 

4 - Conclusion

 

Avec " Le Passeur des Mondes " , Dan Ar Wern pose les fondations d’une œuvre cosmique et initiatique où le voyage devient l’acte même de la connaissance . Ce premier tome du " Cycle de L'Étoile " ne se contente pas de raconter : il accomplit . Par son écriture visionnaire et sa profondeur symbolique , il inscrit le lecteur dans une expérience de passage, une invitation à franchir , lui aussi , les frontières de l’esprit . Héritier des romantiques allemands et des poètes mystiques du XXᵉ siècle , l'écrivain réinvente le mythe du voyage comme métamorphose de l’être . Le " Passeur " n’est pas un héros lointain  , mais la figure intérieure de tout homme en quête d’unité , l’ " Etoile " qu’il poursuit dans le ciel n’est autre que celle qui luit au-dedans , lumière originelle que chaque voyage , chaque épreuve , révèle un peu plus . Dans cette œuvre , l'auteur entreprend de cartographier les dimensions spirituelles de l’existence . Le roman , par sa structure initiatique et sa tonalité romantique , offre une synthèse rare entre récit et révélation . Le lecteur y est invité non seulement à suivre un voyage , mais à l'accomplir en lui-même en devenant , à son tour , passeur entre les mondes .
Tout en leur donnant une résonance nouvelle , propre à notre temps de dispersion , Dan Ar Wern rejoint les grands inspirés du romantisme et du symbolisme européen . Son œuvre rappelle que voyager , c’est toujours revenir à la source , et que l’étoile que nous poursuivons dans le ciel n’est autre que celle qui brille déjà au-dedans de nous . 

 5 - Références Bibliographiques
  • Novalis , Heinrich von Ofterdingen , 1802 .

  • Marcel Brion , L’Ordre du silence , Albin Michel , 1955 .

  • Marcel Brion , L’Île du dernier homme , Gallimard , 1960 .

  • Dan Ar Wern , Le Passeur des Mondes , Édilivre , 2015.

  • Hölderlin , Hypérion ou l’Ermite de Grèce , 1797-1799 .

  • Jean-Pierre Richard , Microlectures II - Romantisme et spiritualité , Seuil , 1988 .

6 - Note Biographique

 

Dan Ar Wern est un écrivain et essayiste né en Bretagne . Son œuvre , à la croisée de la poésie , de la mythologie et de la métaphysique , explore les grands thèmes du passage , de la lumière à la réconciliation . Le " Cycle de L'Étoile " , dont " Le Passeur des Mondes " constitue le premier volet , se poursuit par des récits parallèles divers où la quête du sens s’élargit à l’échelle cosmique . Par une langue à la fois dense , poétique et visionnaire , Dan Ar Wern s’inscrit dans la tradition des écrivains de la " connaissance intuitive et poétique " , de Novalis à Saint-John Perse .

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DAN AR WERN - Perspectives - III - Le Voyage Initiatique dans " Le Passeur des Mondes " - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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Notes :

Emain Ablach : île paradisiaque mythique de la mythologie irlandaise . 

    Avalon : dans la littérature arthurienne , île où est emmené le roi Arthur après sa dernière bataille à Camlann .

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LE GARDIEN DU MARAIS - Préface / Dédicace - Le Fond du Calice .

27 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

Le Calice d'Antioche

Le Calice d'Antioche

 

 

 

 

- Préface / Dédicace -

 

 

 

 

Le Fond du Calice

 

 

 

 

 

à L'Archange Saint-Michel

 

 

 

 

Ne faut-il pas que nous goûtions le fond du calice avant de monter au sanctuaire ? , lui confia-t- elle d'un demi-sourire au matin de son arrivée au pied de la montagne . Comprends , l'heure est venue de choisir ! Ce jour-là , se rapprochant de l'ovale du miroir sur le mur , Claire avait eu du mal à distinguer davantage la consistance réelle de ses traits . Peu à peu , elle eut le sentiment d'y percevoir le fantôme de son propre visage , pâle reflet d'abord , l'effleurant puis , sans cesse la caressant avant de plonger dans la clarté fascinante d'une source aux yeux d'eau bien plus profonde , inépuisable vestige pouvant lui rappeler , par sa ressemblance , l'être pur et lointain dont elle incarnait , maintenant , la ridicule caricature ! 

Alors , voyant surgir de cet abîme un Ange plus beau que n'en créa jamais la force de l'imagination , manifestation considérable qui put soudain , comme un éclair de foudre , déchirer le voile obscurcissant son âme , elle réalisa que c'était elle de nouveau , mais en même temps quelqu'un d'autre , aveuglant rayon de lumière jaillissant de son front , beau regard de nouvelle Madone en elle transfiguré ! 

Ce fait la troubla vivement , mais ce qui l'avait le plus bouleversée , pendant le bref instant de cette apparition , c'était que la jeune fille , lui ressemblant tellement qu'elle avait cru , sans en être bien sûre au début , reconnaître en elle son double , s'était mise à faire danser , sur le verre de la glace , afin de s'en servir ensuite pour transpercer le coeur du " Gardien " , l'éclat de son oeil vif , glaive impitoyable , avec celui de l'épée tranchante dont la lueur provenait de la statue se trouvant tout là-haut , sur la montagne ! 

Ne suis-je pas la même que , sous d'autres formes , tu avais toujours imaginé ? Chacune de tes oeuvres démasquant mon voile d'ombre , un jour , ne me verras-tu pas telle que je suis ? ... "

 

DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS  - IPréface / Dédicace - Le Fond du Calice - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " LE GARDIEN DU MARAIS " , copyright 2025 . 

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LE GARDIEN DU MARAIS - Teaser / Bio - Le Prophète .

27 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - Teaser / Bio - Le Prophète .

 

 

LE GARDIEN DU MARAIS

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Prophète

 

 

 

     

 

 

 

 

Ayant quitté Paris , ville de grande solitude , où très affecté par la mort de sa fiancé bretonne , il était parti fuir le passé mais aussi faire des études de médecine , Cheun Le Guern , sans avoir obtenu son diplôme , est revenu s'installer dans la maison familiale de Saint-Rivoal , au pied du mont Saint Michel de Brasparts . Mais là , vite rattrapé par son passé , il voit remonter à la surface , en même temps que l'horrible tragédie ayant envoyé à la mort sa fiancé d'autrefois , Maela Kermeur , la voiture  tombée à  la lisière du lac de Brennilis , dans les marais d’eaux noires du " Yeun Elez " où , disaient les anciens , les âmes perdues descendent dans l’autre monde . Rappelons-nous , que ce jour-là , Maela avait quitté précipitamment la fac de médecine de Brest en empruntant la voiture de Cheun , pour rejoindre la scène qu'elle devait tourner avec Anthony Richmond , metteur en scène d'une série fantastique se déroulant en Bretagne . Un plongeur de la police avait , depuis , retrouvé l'épave et l'enquête montrait qu'on avait trafiqué les freins . Depuis , Cheun , qu'on appelait , par dérision , le " prophète " avait prétendu recevoir des messages de Maela , mais , malheureusement , n'arrivait jamais à s'en souvenir . L'enquête redémarre ainsi au bout de trois années , puisque la lieutenante en charge a trouvé de nouveaux éléments ... 

 

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Le ProphètePep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE GARDIEN DU MARAIS " , copyright 2025 .

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LE GARDIEN DU MARAIS - Epilogue - XI - Le Signe de L'Archange .

26 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

Saint-Michel ( Mont-Mercure )

Saint-Michel ( Mont-Mercure )

 

 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Epilogue
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
XI - Le Signe de l'Archange

 

 

 

 

" Alors la mort s'élève au-dessus du bord magique 

  Du monde plongé maintenant dans un profond sommeil ,

  Et je ne suis plus . " 

Annemarie Schwarzenbach - " La Vallée Heureuse "

( Das Glückliche Tal , 1940 ) ,

A Sils .

 

 

 
 
 

   

 

33 - On comprit , plus tard , le but caché des envahisseurs : l'annihilation , d'abord , des armes nucléaires de l'île Longue . Et c'est pourquoi ils s'en étaient pris à Kermeur et sa fille . Ils avaient aussi profité de la mythologie locale pour faire croire à cette civilisation née jadis de la mer avant les autres . Peut-être avait-elle existé ( L'Atlantide ) ? Mais elle avait dû fuir la Terre emmenant avec elle tous les déchets polluants qu'elle avait entrainés dans sa fuite , et qui étaient maintenant revenus en force , brouillant les communications , puis lançant même des vaisseaux spatiaux robotiques sur les villes !
- Ne faut-il pas que nous goûtions le fond du calice avant de monter au sanctuaire ? , lui avait confié la fille du miroir , se pressant furtivement contre son coeur au matin de son arrivée au pied de la Sainte Montagne .

Comprends , l'heure est venue de choisir

Au pied du mont , la maison de Saint-Rivoal tenait encore debout .
Une fumée mince s’en échappait , parfois , le matin lorsqu'une fille du bourg venait en entretenir le feu . À l’intérieur , sur la table , les enquêteurs de la gendarmerie avaient retrouvé tous les carnets de Cheun qui s’empilaient , couverts d’une écriture nerveuse : observations , visions , prières , fragments .
L'homme sortait peu , selon les témoins , mais se rendait à la chapelle , désormais muette , où brûlait encore une lampe à huile .
Chaque soir , il la rallumait , comme un rituel .

Un matin , Léna Morvan prit la peine de revenir sur les lieux , les traits plus durs , grisonnante , usée , elle qui avait quitté l'armée depuis longtemps .

Le monde semblait lavé , maintenant , presque neuf .

Au lendemain de la grande obscurité , elle avait erré , comme une âme en peine , à travers les Monts d’Arrée , sans mémoire précise des jours précédents , comprenant seulement qu’elle avait survécu , et que la mer , tout au loin , avait retrouvé son silence . Les hommes parlaient bas , les machines restaient muettes . Dans le ciel , avaient disparu leurs traces lumineuses , mais quelque chose , au fond de l’air , vibrait encore de leur présence .

Elle avait alors passé des heures toute seule à marcher sans but sur les crêtes , cherchant une réponse qu’elle ne pouvait formuler lorsqu'elle finit par atteindre le roc de Saint-Michel de Brasparts , là où les anciens disaient que la frontière entre les mondes s’effilochait .

Le vent soufflait en spirale , ce jour-là , autour de la chapelle quand un instant , peut-être , elle crut voir une lueur , pas tout à fait solaire , se poser sur la statue de l’archange .
Pas un rayon , pas un miracle visible , une simple résonance , un battement profond , comme si la pierre s'en nourrissait en cachette .

Elle tomba à genoux . Dans cette vibration presqu'imperceptible , elle avait senti une voix qui n’était pas une voix :

 - Ce que tu as vu n’était pas pour vous détruire , mais pour vous rappeler votre tâche .
Ils n’ont pas vaincu . Vous êtes sur la voie . 

Elle ne sut si elle rêvait ou non.
Mais , lorsqu’elle se releva , tout lui parut d’une clarté nouvelle et pure : le vent , les pierres , la lande , tout semblait relié .
Elle comprit que Saint Michel ne venait pas pour punir ni pour effacer , mais pour restaurer l’ordre : celui du lien vital entre la terre et le ciel , rompu depuis trop longtemps .

Les jours suivants , le ciel resta d’un bleu irréel .

Alors , la femme reprit sa marche .
Elle ne parlait pas beaucoup . Mais ceux qui la croisaient disaient qu’à son passage , les oiseaux se mettaient à chanter , que les bêtes se calmaient , que de temps à autre , à l'heure du crépuscule , un éclat doré courait sur la lande , comme une aile invisible .

Le monde , semblait-il , n’était pas perdu . Quelque chose , ou quelqu’un , sans doute , veillait encore sur lui ...

 

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DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS - Epilogue - XI Le Signe de l'Archange - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE GARDIEN DU MARAIS " , copyright 2025 .

                 

                                                    ___

FIN

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LE GARDIEN DU MARAIS - X - Le Retour de Claire .

25 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

Reflets dans un Oeil d'Or ( film )

Reflets dans un Oeil d'Or ( film )

 

 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
X - Le Retour de Claire

 

 

 

 

L'Esprit , tel une tapisserie richement tissée dont les couleurs dérivent de l'expérience des sens , et dont le motif serait tiré des circonvolutions de l'esprit ... "

" Assis , le menton dans la main , d'un air méditatif , il se mit à regarder les tisons du feu , fixement : un paon d'un vert sinistre , avec un seul énorme oeil d'or , et dans cet oeil , les reflets de quelque chose de minuscule ... "

Carson Mc Cullers - Reflets dans un Oeil d'Or ( 1941 ) * 

 

 
 

 

   

 

30 - Mille ans sur terre , hurla-t-il en esquissant un geste de lassitude et de désespérance , un jour de royauté divine , ridicule caricature de l'ordre ancien refusant le nouveau règne !

A quoi bon la jeunesse éternelle , en effet , s'il ne s'agissait que de l'affreuse grimace de quelque hurluberlu ? Une seule chose était vraie pour le gardien du marais , c'était cette douleur en son âme de bête prisonnière qui le poussait , arrivé au sommet du gouffre , à scruter le fond de l'abîme , et se mettre à rire comme un fou ! L'homme qu'il était devenu aurait dû s'avouer ne plus beaucoup tenir à cette vie qui , loin de l'Esprit céleste , l'avait terriblement déçu : ses amours malheureuses , la mort de Laig et la trompeuse froideur de Claire , sa solitude aussi vaste que l'infinité océane ...

" Mais où iraient donc plus tard tous ces visages réduits en cendres ? " , se demandait-il parfois .

L'au-delà était ici , n'est-ce-pas , dans cette triste vie quotidienne .

" Il nous donne la main ! " , fit-il , pleurant à chaudes larmes , le regard noyé dans l'eau si attirante , agenouillé sur le vide .

" N'est-ce pas maintenant qu'il faut l'atteindre ? "

Et sans doute fut-il tenté de suivre au fond du précipice l'inutile morceau d'étoile si longtemps convoité !

Mais celle-ci surgit un jour d'une roche au milieu du feuillage , à travers un léger souffle de vent ... La nuit tombait sur Saint-Rivoal . Un vent d’ouest faisait trembler les murs de la vieille maison Le Guern . La tempête en secouait les vitres , la pluie battait les ardoises d'un rythme régulier que Cheun aimait écouter avant de s’endormir . Depuis des semaines , les habitants disaient apercevoir des halos au-dessus du mont , des éclats froids traversant la brume au milieu des ajoncs dorés - ni orages , ni feux humains . Mais il n’y avait plus personne que lui , ici - du moins , c’est ce qu’il croyait lorsqu'une lumière s’alluma soudain dans la cuisine . Cheun Le Guern sortit de sa torpeur , cette nuit-là , lorsque quelqu’un frappa à la porte . Il croyait rêver depuis des mois , depuis sa descente dans le " Yeun " . Il vivait seul , à moitié retiré du monde , à rédiger des pages de symboles incompréhensibles qu’il n’osait plus relire . Il ouvrit .

La femme entra , trempée , vêtue d’un manteau clair taché de poussière rouge — la poussière de latérite , celle des pistes africaines . Elle posa son sac sur la table .

Alors , La pièce s’emplit d’une odeur étrange , mêlée d’ozone et de terre mouillée . Son souffle était court , la sueur qui perlait à sa nuque dégageait cette senteur âcre d'algues vertes , comme un signe qu’elle portait en elle la contamination qu’elle avait voulu combattre .
Ses gestes étaient lents , mesurés . Dans la pénombre , ses yeux brillaient d’un éclat de métal , comme si la lumière s’y fragmentait en prismes mouvants. .

C'était Claire Delatour !

Elle parcourut d'abord la pièce du regard , comme si elle s’attendait à y trouver quelqu’un d'autre .
Ses doigts frôlèrent son vieux carnet posé sur le buffet , celui où il notait ses pensées avant de disparaître .
Elle le feuilleta , sans expression .
Puis elle murmura :

Tu avais raison , mon cher . Ce n'est pas l'Enfer qu'il faut craindre , c'est ce qu'il nous fait devenir !

Elle s’assit un instant , son visage se détendit , presque humain .
Puis , à voix basse :

- Là-bas aussi , ils m’attendaient . Les mêmes que ceux du lac . Ils se sont servis de moi comme d’un passage ...

Le vent siffla plus fort , faisant vaciller la lampe . Dehors , pareille à un chœur lointain ou à une vibration dans l’air , une rumeur monta .
Elle ferma les yeux .

- Bien sûr , ils ne vous détruisent pas . Mais ils vous transforment . Le feu , l’eau , la chair - tout devient pour eux matière végétale .
D'ailleurs 
, tu les as connus bien avant moi . Tu disais même les avoir combattues , ces algues pourrissantes !

La missionnaire leva la tête vers lui . Son regard , soudain , n’était plus tout à fait celui d'un homme : sa pupille s’était dilatée , puis effilée comme celle d’un faucon , tandis qu' un léger sourire étirait ses lèvres .

L’humanité nétait qu'une étape . La suivante devrait commencer ici , dit-il , dans cette maison .Tu naurais pas dû revenir , Claire . Ce que tu portes en toi m'appartient .

Fébrilement , il se leva , sortit sur le seuil . Une clarté montait du sol , comme si la lande elle-même l'aspirait , le vent , capricieux dans la bruyère , soulevant ses cheveux pendant un bref instant . Au loin , sur le mont Saint-Michel de Brasparts , on distinguait une forme lumineuse , peut-être un feu de berger , peut-être la nouvelle effigie en or du saint , sur le toit de la chapelle . 

Claire  , pensant à son ami , regarda par la fenêtre vers le sommet , murmurant :

Le Prophète ne mentait pas .

Puis , elle s'en retourna , se tenant dans le contre-jour .

- Claire ?
- Je t
attendais , Cheun ...

Sa voix était plus grave qu’avant , plus lente , presque inamicale .
Sans qu’elle l’invite , il entra .

Je t’ai cherchée longtemps , dit-il . Je croyais que tu étais perdue .
- Perdue ? Elle sourit doucement . Non . Je me suis retrouvée .

Elle s’assit à nouveau , posant sur la table une pierre noire , lisse , polie comme du verre .
- Ils m’ont appris à l'écouter , là-bas , ceux du désert , qui viennent de très loin , mais pas d’un autre monde . D’un autre temps !

Il la fixa , troublé , craintif .
- Tu parles comme eux , maintenant . Comme Laig avant de mourir .
- Elle n’est pas morte . Elle a simplement franchi la ligne avant moi .

Il pencha la tête vers elle . Son regard , jaune et fixe , semblait venir d’un autre univers . Parlant peu , ses mots résonnaient comme un avertissement :
- Toi ? Pourquoi résistes-tu encore Tu as vu notre signal , tu l’as entendu dans les eaux du marécage . Pourquoi t’accroches-tu encore à ton vieux monde ?

Elle recula , prise d’un vertige .
- Voyons , tu l'as devinéParce que je sais que ce feu-là doit t'obéir , que tu en es le maudit gardien !

 

31 - Ses traits , tout à coup , semblèrent vibrer sous la lampe , comme si sa chair , soudain devenue translucide, était gagnée par la crainte .

Elle se leva lentement .
- Ils m’ont envoyée pour toi . Tu as été choisi , dès le début . Tu étais le passage .

Le passage ?
- Oui . Celui qui annonce , celui qui ouvre . Le Prophète .

Elle s’approcha , si près qu’il commença d'avoir peur , sentant le froid de sa peau de serpent .
Mais tu hésites encore . Ils m'ont dit qu'ils n’aimaient pas beaucoup l’hésitation . Ceux qui refusent ... seront dissous !

Sa voix était si douce , presque tendre , mais chaque mot tombait , selon lui , comme le couperet d'une sentence définitive .
- Voyons , ma chérie . Laisse-les tomber , ces gens-là  . Bientôt , il n’y aura plus de distinction entre eux et nous . La Terre a commencé à changer . Le " Youdig " n’était quun seuil .

Il ferma les yeux , revoyant sa chère Maela , ses mains , son rire dans la lumière du mont .
Puis , il crâna :
- Et si le Prophète devait refuser ?

Dans un souffle , après un silence , elle rétorqua :
- Alors , le feu l’effacera . Comme on efface un mauvais rêve au matin !

Fuyant la menace , il voulut se réfugier dans la salle à manger , là où un grand miroir ancien reflétait la lumière des bougies . Claire , essoufflée à le suivre , l'y précéda , s’y regardant aussi , croyant y voir la forme d'un autre visage , comme si son propre reflet n’était plus le sien .
Mais c’était , en fait , son double lumineux , d’une beauté presque insoutenable , celui d'une Madone sans ombre , transfigurée , dont les yeux s'irradiaient d'une blanche clarté !

Le gardien , dont la silhouette déformée s'affichait à côté d'elle dans la glace depuis le cadre de la porte , se mit encore à fanfaronner :

- Regarde-toi bien , fille du désert ! , claironna-t-il . Ce que tu vois nest pas vraiment toi , mais celle , seulement , que tu as trahie

Elle tendit la main.
Sous sa paume , un éclat naquit , rayonnement bleu qui fit danser les ombres .
Cheun sentit la chaleur remonter le long de son bras , dans une douleur aiguë , puis une clarté totale .

Observe à ton tour Ce n’est pas la fin , c’est le commencement ! , lui répondit-elle .

Au même instant , dehors , depuis le toit de la chapelle , un rayon fulgurant , qui arrivait de la statue captant les derniers feux du couchant , vint traverser la fenêtre . La lumière , jaillissant comme d'un glaive dans le regard de l’Ange , rebondit brusquement sur le miroir , frappant Cheun en plein front !
Un cri bref , puis le silence .
Le gardien s’effondra , le visage brûlé , comme foudroyé par un feu invisible !

Claire tomba à genoux . La pierre noire quitta sa main , se fendit en deux , laissant échapper une vapeur , et , dans l’air , l’odeur d’iode et de mer reprit sa pureté ancienne .

Dehors , la tempête se tut soudain .
Le vent s’immobilisa .
Au-dessus du mont , un cercle lumineux apparut , silencieux , et la chapelle projeta sur la lande une ombre inversée , noire dans la lumière.

La maison trembla . Enfin ,  tout s’éteignit .

 

32 - À l’aube , des promeneurs découvrirent la demeure vide .
Sur la table , la pierre noire brillait d’une lueur sourde .
Autour , les murs portaient des traces brûlées , mais aucun corps .

Certains jurèrent avoir vu , dans les jours suivants, deux silhouettes marcher côte à côte , sur la crête du mont , dans la brume .
L’une semblait faite de lumière , l’autre d’ombre .
On disait que parfois , on les entendait parler , comme un écho :

Le Prophète a changé.
- Non , Maela . C’est le monde qui s’est enfin souvenu de lui .

Et depuis , la lande du " Yeun " garde ce silence particulier , celui des lieux dont la porte , maintenant , reste ouverte , où quelque chose d’immense est déjà en train de recommencer !

 

 

 

 

( A Suivre )

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* Reflets dans un Oeil d'Or ( Reflections in a Golden Eye , 1967 ) , film américain réalisé    par John Huston , avec Elisabeth Taylor et Marlon Brando .

 Il s'agit d'une adaptation du roman éponyme publié en 1941 par Carson McCullers 

( 1917 - 1967 ) écrivaine américaine .

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LE GARDIEN DU MARAIS - IX - Invasion .

24 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

La Guerre des Mondes

La Guerre des Mondes

 

 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
IX - Invasion

 

 

 

" Quelque chose en nous s'embrase , tandis que tout s'éteint autour de nous ... " *

Elisabeth de Bavière , Impératrice d'Autriche ( 1837 - 1898 )

 

 
 

 

   

 

27 - Des mois plus tard , Léna Morvan revint seule au mont . La chapelle avait été restaurée , plus sobre , plus claire . Elle y entra , s’assit sur un banc devant l'autel .
Au-dessus , figurait une inscription gravée :

" Qui est comme Dieu ? " ( 10 )  

Elle ferma les yeux .
Dans le silence , il lui sembla entendre un souffle , puis une voix très douce :

Vous doutez encore ?
- Cheun ?
- Ton prophète n'est qu'un pauvre homme . Mais parfois cela suffit pour ouvrir une porte .

Elle se leva , la larme à l'oeil .
La tornade , au-dehors , portait ses lueurs bleues sur les monts d’Arrée .
Et , pour la première fois , la lieutenante ne sut plus si elle priait ou si elle rêvait .

Dans le bourg , une habitante lui avait raconté qu’une femme étrange venait parfois prier , la nuit , dans l'église .
Elle la décrivit avec des mots simples :

Belle mais pas tout à fait d'ici . Comme si la lumière passait au travers d'elle .

Morvan  se contenta de noter la date , n’osant pas lui poser plus de questions . C’était le 21 juin , jour du solstice , jour le plus long .
Dans les Monts d’Arrée , ce soir-là , le vent soufflait sans fin , venu d’ailleurs .

 

28 - Certains présages prétendent que la Bretagne serait le dernier refuge pendant la guerre climatique et les catastrophes naturelles . 

N'y aurait-il , d'ailleurs , que cette pointe majestueuse pour interdire aux tempêtes du grand large de venir jusqu'à elle ? Ce qui compte , ce sont les signes ... Rien n'avait vraiment changé , d'ailleurs , depuis l'époque du Déluge . Les rubis de la Couronne de feu , jadis tombés de la tête de Lucifer , n'étaient parvenus qu'à attiser davantage la violence et la haine au cours des siècles , répandant leur sanglante amertume sur le coeur brisé des hommes . Qu'il semblait loin , cet autrefois rayonnant de toutes choses , mais qu'il était proche aussi ! Car l'âme d'un peuple sera toujours plus forte qu'un phare à demi aveugle devant cette tempête formidable s'imaginant balayer les consciences !

" L'histoire ne commence-t-elle que lorsqu'elle devient prophétie du passé ? " ( 11 )

" Dites-moi si le monde est gardé ? , demandait le barde Glenmor ? ( 12 )

Car tout , sans cesse , recommence , comme un écho de l'interminable musique des vagues venant mourir sur la rive au ballet merveilleux des nuages ...

Tous les êtres qui montent de l'eau , y reviennent , s'y engendrant à nouveau sous diverses formes ... L'homme déchu a laissé au ciel son magnifique habit de Prince " orné d'or et de bérylsde calcédoines et de sardoines " , costume essentiel au-delà de l'éphémère , à la fois  identique et si différent , reflétant des oripeaux sur la glace des apparences ... 

" L'hiver , c'est le Monde , l'été , c'est l'Eon " , soupiraient , cet été-là , de nombreux " vacanciers " pensifs , venus en masse dans le nord-Finistère pour observer avec attention cette mer immense et capricieuse qui , seule à leurs yeux , paradoxalement , pouvait les sauver de la noyade . ( 13 )

En haut régnait l'intrigue , en bas la corruption ... " , déclarait déjà un sage en Chine au temps de la décadence . ( 14 )

Fallait-il se lamenter , comme Sion , devant l'exil et la souffrance de tout un peuple ?

" Le Seigneur m'a abandonnée , le Seigneur m'a oubliée ! " ( 15 )

C'était l'été de la dernière chance , on était au bord du gouffre , un tourbillon de folie meurtrière s'apprêtait peu à peu à embraser insidieusement toute la planète !

Mais qui aurait vraiment voulu s'en préoccuper ? Cette fois , sans que nul ne s'inquiète d'une improbable et soudaine escalade belliqueuse mettant en péril cette belle insouciance du mois d'août , l'invasion des " touristes " venus de l'est se passa en silence au milieu de l'interminable chapelet de leurs corps noircis par les rayons solaires , sinistre préfiguration de l'épouvantable catastrophe !

Après tout , quand il n'y aurait plus de futur , dès l'automne sûrement , la mort viendrait comme une voleuse , et la foudre tomberait , chantant sa funeste mélopée ! Cela paraissait vraiment inéluctable !

 

29 - Le Guern avait fui la maison Kermeur , mais le monde autour de lui n’était plus le même .
Sur la route de la base , il avait aperçu des éclairs verts traverser le ciel bas . Pas des orages , mais autre chose , des lignes mouvantes , silencieuses , comme si les nuages étaient parcourus d’une intelligence . 
Arrivé à la brigade , il avait trouvé les hommes rassemblés autour d’un écran brouillé .
Les communications radio étaient pleines d'incohérence , de signaux inversés , de voix réverbérées , de parasites . Les satellites ne répondaient plus .

Le commandant , dont le regard avait désormais cette fixité tranquille des possédés , parla d’un ton monocorde :
- Problème de transmission depuis Brest . Rien de grave .
Mais Cheun , sachant qu'il mentait , remarqua le léger tremblement de ses mains .

Plus tard , dans la nuit , ce fut un technicien affolé qui lui confia à voix basse :
- On ne reçoit plus rien de lÎle Longue . Plus aucune balise , plus de code didentification .
- Coupure totale ?
- Non ... C'est comme un effacement , comme si tout le système sétait dissous .

Lui comprit soudain que c'était leur but .
Dans un premier temps , les êtres venus d’en bas ne chercheraient pas à détruire l’humanité , mais à désactiver ses armes , à neutraliser son feu intérieur .
L’Île Longue , cœur nucléaire de la dissuasion française , n’existait déjà plus .
Les missiles , les têtes , les circuits ... tout avait été réduit à de la poussière conductrice , rongée par un processus biologique .

Et ceux qui gardaient le secret , comme Kermeur et sa fille , avaient été les premiers visés .
Ronan , parce qu’il avait travaillé sur les systèmes de contrôle sous-marins . Maela , parce qu’elle avait découvert , par hasard , les signaux venus du " Yeun Elez " .

Ils avaient voulu prévenir . Ils avaient disparu !

Les jours suivants , la région fut plongée dans une angoisse muette . Les communications tombaient une à une : les réseaux , les radios , les transmissions militaires . Puis les avions cessèrent de voler .
Des rumeurs circulaient : plus de lumières au-dessus des villes , des nuées métalliques sur la Manche , des côtes effacées de la carte radar .

Cheun , seul sur la colline , regardait le ciel devenir couleur de cuivre . Il entendait parfois un bourdonnement bizarre , comme une mer aérienne ou des vagues de fréquences quasi invisibles . La terre vibrait sous ses pieds .

Mais lorsqu'il " les " vit venir , un soir , il sentit que le sol respirait autrement Pas des disques , ni des engins connus . Cela ressemblait à des formes translucides , plutôt , mouvantes , pareilles à des méduses gigantesques glissant dans le ciel immaculé de cette vespérale fin du monde . Peu à peu , aurait-on dit , ce ballet prodigieux de métaux recouverts de pierres précieuses finit par consteller l'espace d'un feu d'artifice multicolore !

Une flamme orangée suivait de sa trace les sphères silencieuses , tandis que leurs diamants de feu basculaient , se balançant dans le vide , par-dessus les maisons , surgissant de toutes parts , les illuminant d'une vive lumière aux teintes écarlates , glissant au-dessus de la lande en effleurant les toits , répandant leurs lumières froides , pendant qu'ailleurs , d'autres se déployaient vers les villes - Brest , Rennes , Nantes , Paris ...

Les hommes levèrent la tête sans rien comprendre . Certains se mirent à prier , d’autres à éclater nerveusement de rire . Mais il n’y eut pas de guerre . Les avions ne décollèrent pas . Les missiles ne répondirent plus . Les armes s’éteignirent , comme les lampes d’un monde condamné.

Dans le ciel , une clarté monta , douce , implacable .
Et Cheun , du haut de sa colline , comprit enfin ce qu’avait voulu dire le vieux Kermeur :

" Le monde doit se renouveler.
  Les anciens vont partir , d’autres viendront " .

Sans réfléchir , il se mit à genoux dans la brume , revoyant , sous ses paupières traversées d'une lueur verdâtre , le regard lumineux de sa fiancé dont la voix se mêlait au vent de Nordet :

" Tu vois, Cheun ... ils viennent rebâtir la demeure , ils ne la détruisent pas ! "

Pour la première fois , il sentit , alors , que le sol sous lui n’était plus tout à fait solide .
La terre palpitait comme si la planète entière s’éveillait à une autre forme de vie .
Et , dans ce frémissement , il crut entendre le mot qu’il ne fallait jamais prononcer : l'Atlantide

 

 

 

( A Suivre )

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Notes :

10 - Signification du nom de Saint-Michel en hébreu = Quis ut Deus ? en latin .

11 - Yann-Bêr Kalloc'h ( 1888 - 1917 ) , barde , écrivain breton de l'île de Groix : " Ar En Deulin ( A Genoux , 1904 - 1917 ) , III - Evid Mem Bro ( Pour Mon Pays ) , 7 - Tri Neved , Tèr Bédenn ( Trois Sanctuaires , Trois Prières , nov. 1914 ) .

12 Glenmor ( 1931 - 1996 ) , chanteur , écrivain breton : " Le Récit Bardique " , dans son album " Princes , Entendez Bien ! " (  Le Chant du Monde , 1973 ) - Tous droits réservés .

13 - " Le Passeur des Mondes  " , La Croisade , 10 , 5 : évangile de Philippe ( texte apocryphe du 2è siècle ) .

14Tchouang-tseu ou Zhuangzi ( 369 - 288 avant JC )

15 Isaïe , 49 , 14-15 .

 

 

" Elisabeth de Bavière , Impératrice d'Autriche , Pages de Journal " ( 1898 ) par Constantin Christomanos ( Konstantin Chrestomanos , 1867 - 1911 ) , historien , dramaturge grec , lecteur de l'impératrice Elisabeth d'Autriche .

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LE GARDIEN DU MARAIS - VIII - Zombie .

23 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - VIII - Zombie .
 
 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
VIII - Zombie

 

 

 

" Seriez-vous incapable de reconnaître l'humain dans l'inhumain ? "  

Ray Bradbury - " Chroniques Martiennes "

 
 

 

   

 

25 - Le vent d’automne balayait la lande .
Cheun avançait lentement sur la route , le visage creusé , les yeux perdus dans le vide .
Les jours passés depuis sa remontée du " Yeun Elez " n’étaient qu’un long brouillard : des ordres de la brigade , des entretiens sans mémoire , des nuits sans sommeil .
On l’avait mis en liberté " provisoire " , après une première entrevue avec le juge , avec cette bienveillance distante qu’on réserve aux gens brisés .

Mais une idée , une seule , le hantait : Maela !
Il devait parler à son père , comprendre .

Le vieux Ronan Kermeur vivait toujours près du lac de Brennilis , dans une maison battue par les vents . Cheun , autrefois , quand il était encore enfant , l’avait souvent croisé sur les chemins , taiseux mais solide , un homme de la lande , enraciné dans la terre comme ses aïeux .

Ce jour-là , pourtant , lorsqu'il le vit ouvrir sa porte , il sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas .

Le retraité n’avait plus la même stature .
Son visage paraissait lisse , presque gonflé , mais ses yeux , surtout ses yeux , paraissaient couverts d’une fine pellicule brillante . Une odeur étrange flottait dans la pièce , humide , salée , comme celle des algues qu’on fait sécher après la marée .

- Ah , dit-il d’une voix traînante , tu es revenu ?
- Je voulais parler de Laig .
- Maela ?
Il marqua une pause , comme s’il cherchait dans sa mémoire une parole oubliée .
Puis il sourit d'une manière qui ne lui ressemblait pas .
- Je lui avais bien dit que la route de la digue était dangereuse ! ... Elle conduisait trop vite , cette fille , de toute façon .

Le visiteur se raidit.
- Ce nest pas vrai Vous savez quelle nest pas morte dans un accident .
- Non ? reprit le vieillard , toujours calme . Pourtant , cest ce quon ma dit .
Il haussa les épaules , puis reprit , d’un ton presque rêveur :
- Enfin ... peu importe . On dirait que tout change , et que le monde doit se renouveler . Les anciens vont partir , dautres viendront . Cest la loi !

Cheun sentit son cœur se serrer. 
- Que dites-vous , Ronan ?
- Je dis que ma fille a cherché son destin , comme nous tous . Elle est retournée là doù elle venait .
Son regard se fixa sur son hôte , inhumain , perçant .
- Toi aussi , d'ailleurs , tu le sens , nest-ce pas ? Quelque chose tappelle .

Désormais , la terre nous parle autrement . Les hommes den haut ne la comprenaient plus .

Puis , posant une main humide , légèrement palmée , sur son épaule , Kermeur s’approcha lentement de lui .
- Ne lutte pas . Tu fais encore partie du vieux monde . Laisse-toi glisser .

Cheun , effaré , recula brusquement .
L’air de la pièce semblait se déformer .
Sous la peau de Kermeur , il crut voir bouger quelque chose , comme un réseau de veines verdâtres , frémissantes .

- Vous nêtes plus ... vous ! , begaya-t-il.
- Mais si ! , répondit l’autre , serein . Vous verrez comme moi que vous allez redevenir ce que vous êtes vraiment !

26 - Cheun , haletant , s’enfuit dans la nuit !
Le vent hurlait dans les herbes .
Derrière lui , la maison semblait frémir .

En redescendant vers le bourg , comme si la brume s’y mêlait de l’intérieur , il remarqua que les lumières des fermes tremblaient d’une façon étrange .
Les chiens ne jappaient plus .
Les visages qu’il croisait , furtifs , paraissaient flous , lointains , déjà gagnés par cette expression douce et vide qu’il avait vue dans la cité d’en bas .

À la brigade , personne ne voulut l’écouter .
Le colonel , impassible , lui posa une main sur l’épaule :
Vous êtes encore fatigué , Le Guern . Tout cela ... vous lavez rêvé . Le sergent-chef est tombé lors de léboulement , cest tout .

Mais dans les yeux du commandant , Cheun vit le même éclat vitreux que dans ceux de Kermeur .
Et il comprit.

Quelque chose remontait lentement des entrailles du monde .
Pas une armée .
Pas une invasion visible .
Mais une conversion silencieuse , contagieuse , une mutation de la chair !

La terre elle-même semblait changer de souffle .
Et lui , qu'on surnommait , par dérision , le " Fou sur la Colline " , savait qu’il n’en réchapperait pas .
Car chaque nuit , dans ses rêves , la voix de Laig lui murmurait encore :

" Tu ne m’as pas perdue, Cheun .
Je t’attends dessous  
.

 

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LE GARDIEN DU MARAIS - VII - Le Fou sur la Colline .

22 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - VII - Le Fou sur la Colline .
 
 
 
 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
VII - Le Fou sur la Colline

 

 

 

Ils réalisent que ce n'est qu'un pauvre fou
  Qui ne donne jamais de réponse ,

  Mais le fou , sur la colline ,
  Voit bien le soleil se coucher ,
  Et ses yeux , dans sa tête ,
  Regardent leur monde tourner ... 
*

The Fool on the Hill ( Le Fou sur la Colline , 1967 )

John Lennon / Paul Mc Cartney ( The Beatles )

 
 
 " De quel côté habite la Lumière ?
 
Et les Ténèbres , sais-tu où elles résident ? "
Job , 38 , 19 .
 

   

 

22 - Dans les jours qui suivirent , Cheun ne sut plus vraiment ce qu’il avait observé . Des voix résonnaient dans son crâne lorsqu'il voyait une lueur étrange éclairer l’eau du bassin ,  des fragments revenaient , parfois , dans le chaos de ses tourments .
Mais dès qu’il tentait de les saisir , tout s’effaçait .
Sa mémoire glissait , comme de la vase entre les doigts .

La lieutenante Morvan , elle aussi , resta d'abord murée dans le silence , puis dut remettre , quelques jours plus tard , son rapport .

Le commandant en parcourut les pages sans lever les yeux .
- Pas de corps , pas de preuve . Vous savez ce qu’on dit , lieutenant Vous vous êtes laissée prendre par la légende .
- Je n’ai pas rêvé . Il y a quelque chose là-bas .
- Des gaz , des illusions , des traumatismes peut-être , ... Appelez ça comme vous voulez . Mais ,  croyez-moi ,  fermez ce dossier , reposez-vous ! 

La pauvre fille acquiesça , mais sa main tremblait légèrement.
En quittant le bureau , elle se sentit observée .
Dans la vitre du couloir , son reflet sembla bouger avec un décalage , comme si une autre version d’elle-même hésitait à la suivre . On la renvoya à la base médicale , puis elle quitta momentanément le service . On disait qu’elle avait besoin d'un peu de repos .

L’affaire , à la brigade , après quelques vaines fouilles et recherches , fut donc vite déclarée close et classée sans suite . Le rapport mentionna un effondrement sous la chapelle , un éboulement qui avait causé la disparition probable , mais inexpliquée , du sergent-chef , dont on ne retrouvait toujours pas le corps . Cependant , il n'y avait aucune trace d’activité subversive .
Au bout d'un mois , le commandant , d’un ton sec , mit fin à toute discussion :
- On ne fait pas trop de vagues . Rien nest arrivé .

Mais dans ses cauchemars , Lena percevait toujours l'appel de Maela  :

- Cette fois , l’homme est des deux côtés du ciel ! 

Saint Michel a repris son combat !  

Le cas du malheureux Guégan , lui qui n'avait pas de famille , fut vite réglé , car , dans les couloirs de la base , la rumeur se répandait que s'il avait sans doute disparu noyé par accident , certains officiers , non plus , ne paraissaient plus être tout à fait les mêmes .

Quant au gars de Saint-Rivoal , on le voyait souvent errer sur la colline au-dessus du  " Yeun Elez " , les yeux perdus dans la brume , paraissant couvert d'un voile humide . Ceux qui connaissaient son regard constatèrent qu’il n’était plus , lui aussi , tout à fait le même , et que ses gestes , comme s’il respirait entre deux mondes , prenaient une drôle de lenteur , parfois à contretemps .

Les paysans du coin finirent par l’appeler " Le Fou sur la Colline " . Il ne parlait en effet presque plus . Mais de temps à autre , à voix basse , il répétait :
- Pourquoi Maela a-t-elle disparu ?

C'est qu'il ne se souvenait plus de son visage , seulement d’une lumière sous la mer et des battements de son coeur à travers le sien . Les soirs de brume , on pouvait , au sommet du mont , distinguer sa silhouette immobile dans le vent , qui scrutait les marais pour la voir .
Il semblait attendre d'elle un signe , ou un retour impossible .
Le monde avait repris son cours , mais sous sa peau , quelque chose avait changé .
Le souvenir du " Yeun Elez " demeurait ,  non comme un cauchemar , mais comme une blessure lente , une certitude muette : les modèles de l'âge ancien revivaient dans de nouveaux corps sous la terre , et chaque soir , au-dessus du marais , flottait une seconde avant de disparaître cette curieuse lumière bleue , comme un dernier regard d’amour venu d’ailleurs ...

23 - Les semaines passèrent . L’effondrement du mont fut classé comme un " glissement de terrain mineur ". La chapelle de Saint-Michel-de-Brasparts fut interdite d’accès , cerclée de rubans jaunes .
Mais les habitants du coin racontaient quelque chose d'autre : la nuit , certains voyaient des lueurs bizarres flotter au-dessus du " Yeun " , et parfois marcher une silhouette , seule sur la crête , les bras ouverts vers le ciel !
Une fin d’après-midi de décembre , la lieutenante Morvan revint à Saint-Rivoal .
Son supérieur lui avait demandé de " boucler laffaire Le Guern ".
Elle ne savait plus très bien pourquoi elle venait : par devoir , ou par besoin de comprendre ?

Elle gara sa voiture près de la fontaine du bourg . Le vent portait une odeur de tourbe et de pluie .
Sur le chemin qui la menait à la petite église , elle vit un chien courir comme un fou autour de son maître en habit d'arlequin . C’était Cheun se promenant avec son épagneul , Eon .

Léna leva la tête vers le jeune homme , lui adressant son plus beau sourire . Ses yeux semblaient plus clairs qu’avant , se dit-elle , presque transparents .
Je savais que tu reviendrais , lui déclara-t-il avec douceur .
- Tout le monde te croit parti ! , répondit-elle .
- Ici les morts n’ont pourtant jamais vraiment disparu .

Il parlait si calmement , sans exaltation , chaque mot vibrant d’une complète sérénité .
Elle le dévisagea longuement , cherchant la folie dans son regard , n'y voyant , pour finir , qu'une grande lassitude .

Qu’avons-nous vu , là-dessous ? , lui demanda-t-elle avec angoisse .
Il resta silencieux , puis rétorqua :
- Ce que nous avons vu n’a pas de nom . Peut-être l'oeuvre de Dieu Peut-être celle du Diable , ou que nous deviendrons quand nous cesserons d’avoir peur ?

Ils montèrent ensemble vers le mont .
Le brouillard couvrait la lande . On entendait le vent glisser dans les bruyères comme un souffle d’ailes .
Parvenus près de la croix , les marcheurs du jour s’arrêtèrent .

Tu entends ?
- Rien de spécial .
- Écoute mieux !

Tout au fond de la combe , elle perçut alors comme un murmure , ténu d'abord , presque musical , puis une clameur immense portée par le vent , comme un concert de gémissements lointains qui montait de l'abîme .
Elle sentit son cœur se serrer .

C'est le vent dans les rochers , dit-elle .
- Ou ce qu il y a derrière le vent ?

Posant leurs mains sur la terre humide , il s’agenouillèrent .
- Si les hommes perdaient complètement la foi , déclara Cheun , les Dragons gagneraient . Vois-tu ,  ils dorment encore . Mais la frontière est fine . Trop fine . Et Michel serait seul .

Morvan frissonna.
- Tu parles comme un prophète .
Non . Juste comme un homme qui a vu le pire ... et qui ne sait plus si ce n'était qu'un mauvais rêve .

24 - L’hiver s’installa .
On dit que Le Guern errait souvent autour du mont , parlant seul , ramassant des pierres qu’il disposait en cercles . Certains enfants , par curiosité , venaient le voir . Il leur parlait avec sagesse , leur montrait le ciel , disant :  

Le monde est plein de voix . Mais il faut du silence pour les entendre .

Un soir , la tempête souffla plus fort que d’ordinaire .
On retrouva , le lendemain , son manteau accroché à la croix de Saint-Michel .
Où était-il parti ? On ne l'avait pas revu depuis une semaine ! 

Les anciens du bourg dirent qu’il avait peut-être " rejoint la lumière ".
Les autres parlaient déjà d’un suicide .
Mais les plus jeunes , continuant de grimper la colline pour écouter le vent , juraient entendre quelqu’un leur dire :

N’ayez pas peur , le feu veille encore !

 

 

 

 

( A Suivre )

                                                       

 

                                                             ___

 

DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS - VII - Le Fou sur la Colline - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." LE GARDIEN DU MARAIS "- Copyright 2025 .

                                                  ___

 

 

 

 

 

 

* " They can see that he's just a fool ,

    And he never gives an answer ,

    But the fool on the hill ,

    Sees the sun going down ,

    And the eyes in his head ,

   See the world spinning 'round ... " 

The Fool on the Hill " 1967 est une chanson des Beatles signée Lennon / McCartney , bien qu'écrite exclusivement par Paul McCartney . Elle est parue en  sur l'album  " Magical Mystery Tour , et apparaît également dans le film du même nom .

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LE GARDIEN DU MARAIS - VI - Base 22 .

18 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - VI - Base 22 .
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
VI - Base 22

 

 

 

'habite à la frontière , sur la ligne de passage , aux portes du désert ... 

  Ma ville sera bientôt vaincue ... " 

 
" Livre de Judith " ( Ancien Testament ) *
 

   

 

17 - Cheun , la gendarme et son adjoint , descendus par un tunnel jusqu'au " Yeun Elez ",  y virent d'étranges créatures qui parfois leur ressemblaient , parfois paraissaient des algues longilignes munies de gigantesques bras tentaculaires . Maela , elle même , s'était transformée . L'ancien étudiant commençait à entrevoir pourquoi les gens de la surface , mais surtout ceux qu'ils avaient côtoyés dans la capitale , agissaient de façon bizarre , certains se précipitant sans explication pour plonger leur tête dans une fontaine des Tuileries , d'autres réagissant avec passivité , comme des " légumes " !
Leur guide les conduisit ensuite vers la cité sous-marine où ils virent que  l'on fabriquait des " nouveaux " corps destinés à remplacer ceux de la surface . Le tunnel s’enfonçait en pente douce , avalant peu à peu la lumière blafarde de leurs lampes frontales . Comme si une mousse vivante s’y accrochait , les parois suintaient d’une lueur verte . La lieutenante avançait la première , suivie de Yves . Derrière eux , le grondement sourd des machines de la base s’effaçait dans le silence humide du souterrain .
Passé un long moment , le sol s’ouvrit sur une vaste caverne noyée de brumes . Les explorateurs se trouvaient au coeur du " Yeun Elez " , cette mer stagnante , couleur de mercure , qui respirait doucement . Des formes y glissaient à la surface , qui s’étiraient , se contorsionnaient , se scindaient , se reformaient dans un ballet muet , ni tout à fait humaines , ni tout à fait animales . Certaines semblaient faites de chair , d’autres d’algues phosphorescentes . 

Guégan fit un pas en arrière , crispé.
- Lieutenant ... cest quoi , ça ?

Elle ne répondit pas , mais ses yeux suivirent une silhouette qui s’était détachée du groupe .
C’était Laig .
Son corps , déjà frémissant depuis qu’ils avaient franchi la première barrière , vibrait maintenant d’une lumière intérieure . On voyait ses cheveux qui ondulaient doucement dans l’air comme des filaments vivants . Quant à sa peau , elle se couvrait d’un réseau de lignes dorées .

- Maela ! , cria Cheun . Quest-ce que tu fais ?

Mais celle-ci ne semblait plus l'entendre . Une des créatures l’effleura du bout de ses ventouses . la chair de la jeune femme , en un instant , se mêla à la sienne . Son cri se perdit dans un souffle de lumière !

Le sergent-chef , par peur , tenta de dégainer son arme pour se défendre , mais le métal se désagrégeant entre ses doigts , celle-ci fut brutalement réduite en poussière d'écume .
Il recula , terrifié :
- Ce nest pas possible ... ils désintègrent tout !

Venue de nulle part ,  peut-être de l’eau elle-même , une voix retentit , comme surgie d'outre-tombe !
- Non , nous ne détruisons pas . Nous transformons !

Puis , leur faisant signe , une silhouette androgyne , vêtue d’une tunique translucide , émergea du brouillard . Sa peau avait l’éclat des coquillages , les prunelles de ses yeux semblaient faites de sel et de nuit .
- Venez ! , leur suggéra-t-il mentalement . Vous êtes attendus .

Dotés , chacun , d'un appareil respiratoire futuriste , inconnu de la science terrestre , le petit groupe , sans oser parler , suivit ce guide extraordinaire qui , ensuite , les conduisit au travers d'un boyau submergé où des lumières dansaient comme des âmes perdues . Puis , brusquement , le tunnel s’élargit : devant eux s'étendait une cité entière , engloutie sous les eaux !

Des tours d’algues translucides montaient vers la surface comme des colonnes respirantes . Des ombres pisciformes , nageant tout autour , s’affairaient entre elles , façonnant dans des cocons de verre des formes humaines .
Cheun approcha l’un de ces berceaux de roche cristalline : à l’intérieur , un visage d’homme se dessinait lentement , parfait , paisible .
Le guide posa sa main sur la paroi , leur murmurant intérieurement :
- Nous remodelons les corps . Ceux de la surface sont impropres . Leurs âmes ne sauront plus où habiter .

Cheun sentit monter un vertige en lui .
- Alors ...  , la vérité , cest ça ? Les habitants de la capitale ... Tous ces moutons dénués de volonté ...
- Oui . Leur esprit a déjà quitté leur enveloppe . Ils attendent dêtre rappelés ici , dans leurs nouveaux corps .
- Et ceux qui refusent ?
- Ceux-là se dessècheront comme des feuilles dautomne .

Lena recula , glacée . Laig n’était déjà plus visible . Quant à Guégan , livide , il fixait l’eau noire qui bouillonnait doucement .
Le guide se tourna vers eux , un sourire de poisson carnassier sur les lèvres .
- Mais vous pouvez encore choisir !

18 - Ils refont les corps , pensèrent-ils , pour s'opposer à la création première et lutter contre Saint-Michel qui les avait d'abord contraint dans leur forme marine végétale .

Le " Yeun Elez " était devenu non seulement un lieu de mutation biologique , mais le théâtre d’une lutte cosmique : celle de la Contre-Création !

Ils furent forcés de suivre encore leur guide à travers la cité liquide où les dômes translucides vibraient comme des poumons qui exhalaient une vapeur bleutée . Partout , des créatures travaillaient avec lenteur dans un silence quasi-hypnotique , leurs gestes parfaits , d’une précision presque liturgique .

Sous leurs yeux , les cosses , livrant des êtres d’apparence humaine , s'ouvraient une à une , avec , à l'intérieur , des femmes , des hommes , des enfants dont les visages lisses , dépourvus de rides ou cicatrices , portaient des branchies . Leurs yeux , d’un gris d’opale , semblaient vides encore , attendant que quelque chose - ou quelqu’un - les anime .

Le guide s’arrêta au bord d’un bassin où flottait une immense forme végétale , entre algue et embryon .
- Voici le premier des nôtres , dit-il . Celui qui fut façonné avant la séparation des mondes .
Cheun eut un haut-le-cœur : la chose respirait à peine . Son être oscillait entre la consistance de la chair et celle de la feuille .

- Qui a fait cela ? demanda-t-il d’une voix sourde.
- LArchange .
- Saint Michel ?
- Oui . Celui qui tranche , celui qui nous a forcés à ramper dans les eaux sombres des marais plutôt que de marcher sous le soleil , en revêtant la forme des plantes souterraines . Pourtant , nous étions lancienne chair , le premier modèle avant la venue des Atlantes . Maintenant qu'ils sont partis très loin , certains d'entre nous les ayant suivis dans leur fuite , les autres croupirent ici-bas à respirer la sombre lumière des profondeurs , pas celle du ciel . ( 8 )

Vibrant d’une tristesse antédiluvienne , presque sacrée , la voix du guide poursuivit :
- Quand il nous a bannis , le monde marin fut scellé comme une prison . Mais les siècles passés ramenèrent les nôtres de l'espace . Et voici venu le temps de la réplique . Nous refaisons les corps pour nous libérer d'une forme imposée . Pour nous opposer à sa Loi !

Ils sentirent tous le frisson d'une onde glacée remonter le long de leurs nuques .
- Vous ... refaites les hommes ?
Non , répondit-il doucement . Nous allons reconstruire l’humanité comme avant . Celle de la surface va séteindre . Leurs esprits se dissolvent déjà dans des champs dondes négatives . Nous , nous leur offrirons un meilleur abri . Un corps affranchi du souffle divin , nourri par les seuls courants de la Terre-Mère .

Guégan , blême , murmura :
- Cest un blasphème ...

Le guide se tourna vers lui . Son regard , soudain , s’embrasa d’un fulgurant éclat d’or .
- Noncest une résurrection . Le Ciel avait créé pour dominer . Nous créons pour libérer . Saint Michel croit encore tenir léquilibre du monde ... mais celui-ci est rompu . Ceux de la surface l'ont déjà trahi depuis longtemps . Bientôt , nous règnerons !

Dans le bassin , la forme végétale s’étira , se déployant lentement . De ses bras translucides surgit une tête improbable qui , peu à peu , se forma , vaguement humaine , au milieu des nervures .
Cheun recula d’un pas , fasciné .
- Et Maela ? demanda-t-il dans un souffle.
- Elle fait partie de la nouvelle génération , lui répondit l'Alien , le premier lien , l'ambassadrice entre votre monde et le nôtre .

Un grondement monta des profondeurs , long , sourd , comme un appel venu du centre de la Terre . Les tours d’algues frémirent . Le maître leva la tête .
- Il approche , celui que vous appelez l’Archange . Nous devons hâter la refonte !

Il se tourna vers le groupe .
- Vous aussi porterez un nouveau corps . Le métal vous a déserté . Vos armes ne vous reconnaissent plus . Vous appartenez déjà à la matière vivante !

Ils ressentirent alors , malgré l'humidité ambiante , une chaleur étrange gagner leur peau , et comme si l’eau de la caverne battait dans leur propre sang , le battement d'une pulsation sous leurs veines . Tout autour d’eux , tel un poumon vivant , la cité respirait , chaque expiration semblant aspirer un peu plus de leur humanité . Le guide les mena jusqu’à une salle circulaire , creusée dans la roche laiteuse .
Au centre , un bassin miroitait faiblement . Sur ses parois ondulaient des marques anciennes , comme des lettres liquides qui s’effaçaient et se reformaient au gré des vagues .

Chacun sentit son esprit vaciller . Ces signes qu'ils n'avaient jamais vus , pourtant , leur semblaient familiers , comme si quelque chose en eux , très loin , les reconnaissait .

La créature posa sa main sur l’eau . Aussitôt , la surface se mit à frémir , des images apparurent , montrant une sorte de mythologie des premiers âges , lorsque des Anges révoltés d'origine satanique  furent métamorphosés en algues marines préhumaines ! Des cieux fendus , des formes ailées traversaient des colonnes de feu , puis la chute , une pluie de corps étincelants , projetés dans les abysses !
- Voici notre mémoire ! , leur lança fièrement le poisson-pilote qui se prétendait prophète , lui aussi , et se nommait Akor . Celle de la grande civilisation des Algues Vertes , ce que , trivialement , vos prêtres ont nommé " La Chute des Anges " . ( 9 )
Mais ils n’ont jamais dit ce qu’il advint de nous par la suite . 

Ils pouvaient fixer les images . Les corps tombés s’enfonçaient dans l’eau , leurs ailes brûlées se dissolvant, se transformant en membranes translucides , en filaments , en algues .
- Nous avons été changés . Non pas anéantis , mais réduits . Saint Michel , le " gardien de lordre " , a utilisé la Loi du Feu pour nous contraindre dans la Loi de l’Eau . Il a figé nos formes dans la lenteur , nous a privés de la verticalité .

Le sergent-chef balbutia :
- Des anges ? Vous étiez des anges ?
- Nous étions les premiers porteurs de la Lumière , avant quelle ne se divise entre ciel et terre . Nous avions refusé la séparation . Nous voulions demeurer unis à la matière , fusionner avec le souffle vivant de la Planète bleue . Mais lArchange nous accusant de profanation , précipita son armée pour nous abattre !

Ils écoutaient fascinés , glacés , l'être déchu qui poursuivit , d’une voix lente , presque incantatoire , son récit :
- Dans la mer première , nos ailes fines devinrent des ondes , nos voix se mêlant au chant des courants . Nous étions les veines du monde , oubliés de tous . Mais les Atlantes déchirèrent le pacte à leur tour , souillant la terre , brûlant les eaux , tuant la lumière . Alors , l'océan sest souvenu de nous .

Les images se firent plus sombres . Des corps humains se mêlaient à des tiges , des visages se dissolvaient dans le flux vert .
- Nous avons compris que la Création d'origine était fausse . Que lordre imposé nétait quun miroir inversé de la vraie lumière . Nous , les rejetés , non plus des Anges de feu , mais des êtres deau et de chair mêlées , non plus des âmes venues du ciel , mais des consciences nées du fond , des " Veilleurs " , nous avons commencé à refaire ce que Michel avait défait !

Léna se mit à balbutier , complètement terrifiée :
- Vous ... vous refaites le monde à lenvers !
- Non ! , lui rétorqua le guide . Nous le redressons !
Le ciel sest trompé de direction . Lâme nest pas faite pour sélever , mais pour descendre , pour sunir à la racine du vivant .

Cheun sentit un frisson le traverser . Dans le reflet du bassin , l'homme vit fugacement son propre visage se mêler à une forme végétale , des filaments verts courant sous sa peau , comme si la cité entière respirait à travers lui .
Akor s’inclina .
- Le temps des Algues revient . Nous étions les premiers Anges . Nous serons les derniers Dieux !

Le Maître les avait fait pénétrer dans cette vaste rotonde noyée d’une clarté verte où tombaient du plafond , comme des racines suspendues , quelques filaments de lumière . Au centre , le bassin pulsait lentement , semblable à un cœur liquide . Sur la surface ondulaient des signes mouvants , ni tout à fait des lettres , ni tout à fait des images , comme des traces vivantes , respirantes .

Chacun sentait son souffle se raccourcir .
Quelque chose , dans ce lieu , leur semblait à la fois familier , mais proscrit .

Le guide avait posé sa paume sur l’eau , faisant surgir ces visions terribles de cieux en flammes , ces colonnes d’or se brisant , puis cette pluie d’êtres ailés , flamboyants , précipités vers l’abîme , silhouettes imprécises désormais , plongées dans les profondeurs , perdant leurs ailes dans la tourmente , et leur éclat se dissolvant , leurs corps se couvrant d’une matière nouvelle : algues , fibres , tentacules , membranes ! Les flammes devenaient eau , l’esprit devenait sève !

- Nous étions les premiers modèles ! , fanfaronna-t-il encore à voix basse .

Mais nos ailes furent changées en ondes , répéta-t-il à nouveau , et nos voix devinrent le murmure des vagues ...

 

19Autour d’eux , les cocons s’ouvraient , libérant de nouveaux bébés à la peau translucide , aux yeux laiteux , respirant par leurs pores comme des poissons terrestres .
- Voici nos enfants
, se réjouit leur mentor .
Les " anciens modèlesrenaissent sous forme humaine . Ils reprendront la surface quand les corps de vos semblables auront cessé de les habiter .

La lieutenante Morvan voulut parler , mais un vertige la prit . Sa peau brûlait . Dans le reflet de l'eau , elle vit fugacement son visage se tordre , traversé de filaments verdâtres , comme si son sang se souvenait d’une autre forme .

- Non !  gémit-elle . Non ...
- Tu crois être fille de poussière , mais tu portes bien les traces du premier souffle , la mer te réclame ! , essaya de la rassurer le monstre des profondeurs .

 

20 - Mais un grondement descendit soudain des nues tandis que la couleur verte devint blanche , aveuglante , et qu'une vibration terrible secouait la caverne ! 

Akor , tremblant , recula , pendant qu'une voix grave , immense , résonna dans l’eau et dans leurs têtes :

- Ceux qui ont renié le Feu ne renaîtront pas . Vous n’êtes que des reflets , des formes perdues .
  La chair ne sauvera plus personne

Ils tombèrent à genoux , reconnaissant cette présence : c'était l’Archange du Jugement , Saint Michel !
Mais sa voix n’était plus celle des Églises .

C’était un tonnerre dans l’eau , un éclat du Ciel !

Alors , le déchu leva les bras , défiant la clameur :
- Tu as créé pour dominer , Michel ! Tu as figé l’esprit dans la hauteur ! Nous , nous referons le monde à l’endroit , un monde où la lumière germera dans la vase !

La mer gronda , furieuse .
Maela sentit qu'en elle , s’affrontaient deux forces , le feu céleste plongeant comme un cormoran dans l'eau de mer , et son corps , déchiré , oscillant entre matière et souffre spirituel , entre fidélité à la surface et corail des profondeurs .

Puis tout se tut.
Le bassin se referma sur sa lumière .
Seul subsistait , dans le silence , le souffle lent des tours d’algues , comme le battement d’un cœur endormi .

Le Guern comprit qu’ils venaient de voir le visage caché de la Genèse , et que nul retour en arrière ne serait plus possible .

 

21 - Quand il reprit conscience , il était couché sur le sol froid d’un couloir effondré .
Autour de lui , l’eau gouttait doucement des parois . L’écho du grondement s’était éteint , remplacé par un silence sans mémoire .

Léna , allongée à quelques mètres , se redressa péniblement .
Ses yeux fixaient le vide , comme si , en se souciant d'une absence , elle cherchait quelque chose d’indicible .
- Où ... où est Yves ? , finit-elle par s'inquiéter .

Cheun tourna la tête .
Le militaire avait disparu .
Seul son casque gisait dans une flaque , la visière brisée , couverte d’une fine couche d’algue .
Elle voulut crier , mais aucun son ne sortit de sa gorge . Un frisson la traversa : la dernière image qu’elle gardait de lui était trouble , un bras tendu vers cette lumière verte , puis plus rien .

Tous deux remontèrent avec peine , s'agrippant l'un à l'autre , titubants , par le tunnel à moitié effondré . L’air de la lande , froid et sec , leur sembla presque familier .
Le ciel était gris , lavé de pluie . Les monts d’Arrée s’étendaient , silencieux , comme si rien ne s’était passé .

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS - VI - Base 22 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." LE GARDIEN DU MARAIS "- Copyright 2025 .

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Notes :

 

8 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , 5 , VII - Destruction de l'Atlantide - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

9 - HOLOPHERNE II ) - Le Siège de Menri 

( Cycle de L'Etoile XVI ) - Epilogue - Naissance - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved .

 

*Choeur de Chair " , Héroïnes , 5 par Véronique Levy , Artège , 2021 - Tous droits réservés .

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LE GARDIEN DU MARAIS - V - Ondine .

17 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

Ondine ( 1843 ) de Eduard Steinbrück ( 1802 - 1882 )

Ondine ( 1843 ) de Eduard Steinbrück ( 1802 - 1882 )

 
 
 
 
 
 
 
 
 
LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
V - Ondine

 

 

 

" Et se déplaçant au travers d'un miroir clair

  Suspendu devant elle ,

  Apparaissent les ombres du monde ...  "

 
 
Alfred , Lord Tennyson - The Lady of Shalott ( 1842 )

 

12 - A Quimper, pendant ce temps , la lieutenante Lena Morvan consultait les archives classifiées de la gendarmerie maritime .
Les dossiers de l’Île Longue étaient protégés , mais un code interne , que lui avait soufflé un ancien collègue , lui permit d’accéder à un rapport oublié : " Opération M-22 / Yeun Elez ".
Elle en lut à voix haute les premières lignes :
Projet Zone Interdite
Anomalies récurrentes : émissions non identifiées , comportement magnétique incohérent .
Personnel affecté
: R. Kermeur , ingénierie sonar .
Statut
: suspendu - perte de contact avec l’équipe 3 , 12 novembre 2021.

Elle sentit un frisson lui remonter l’échine .
Une note manuscrite ajoutait plus bas :

Présence lumineuse observée à la surface du lac - Contact visuel ( formes humanoïdes )
- Ordre de silence total .

La gendarme referma brutalement le dossier .
Ce n’était plus une enquête criminelle . C’était autre chose .
Elle se rendit dans le couloir et appela son adjoint :
Guégan , prépare la voiture . Nous partons pour Brasparts .
- Encore cette affaire de noyade ?
- Non . Pour une fois , c’est l’affaire de ce qu’il y a sous l’eau .

 

13 - Au crépuscule , Cheun monta vers la chapelle Saint-Michel avec la clé de Ronan serrée dans sa poche.
Le vent s'était mis à hurler . La brume avalait peu à peu la lande .
Arrivé au sommet , il s'agenouilla près de la grande croix de pierre . Le sol vibrait sous ses mains , comme une respiration lointaine .

Alors il vit , sous la roche , un bref éclat bleu .
La terre s’ouvrit légèrement , laissant apparaître une cavité circulaire , taillée comme un puits .
Régulière , presque vivante , une lumière , au fond , pulsait , dans laquelle une silhouette se dessinait : Maela !

Tu vois , Cheun ? Ils ne dorment plus . Michel jadis , les a retenus . C'est pourquoi la foi des hommes s'est éteinte . À présent , c’est à toi de les délivrer .
- Les Dragons ? 
Non . Tes Frères du Miroir . Ceux qui reflètent ce que nous craignions d’être .

Un grondement monta du fond du mont , puis la lumière s’éteignit brusquement !
Le souffle coupé , il recula .
Au loin , la sirène d’une voiture retentit .
C'était Lena qui arrivait sur place , haletante , lampe en main .

Monsieur Le Guern ! Vous mentendez ? Quest-ce que vous faites ici ? 
Il se retourna .
Dans la brume , les traits de la lieutenante semblaient ... changer !
L'espace d'une seconde , il crut voir son visage se dédoubler , puis se reformer , pendant qu'elle lui tendait froidement la main :
- Venez ... nous devons descendre .

Mais dans sa voix , quelqu'un d’autre parlait !

 

14 - La nuit était tombée sur la lande .
Ronan Kermeur était assis devant le feu éteint , les yeux fixés sur la porte close .

Il savait qu’ils reviendraient comme le vent frappant les vitres de ses doigts impatients .
Cela faisait trois nuits qu’il entendait la voix de Maela derrière la cloison , douce , presque rieuse , appelant son nom .

Père ? Cest moi ... ouvre !

Mais il avait peur , il savait que ce n'était pas elle . 

Le vieil homme se leva lentement , prit le vieux crucifix de cuivre au mur , et murmura :

Ils lont prise . Ou bien ... cest elle qui sest offerte à eux . Je ne sais plus .

Griffonnée d’une main tremblante , la dernière page de son carnet restait ouverte sur la table :

La résonance humaine . Le corps n’est quun véhicule . Ils copient le vivant comme on copie un signal . Maela est devenue ondine ! "

Le vent montant d’un cran , la lumière s’éteignit d’un coup .
Ronan recula .
Derrière lui , dans l’ombre du couloir , une forme se dessinait : celle d’une jeune femme immobile .
Une odeur d’eau et de fer emplissait la pièce .

Tu as froid , père .
Non , tu n’es pas elle ! Tu ne peux pas être elle .
Pourquoi dis-tu cela ? Je me souviens de tout . De la mer , du lac , du bruit du métal quand les freins de la voiture ont lâché …

Ronan serra plus fort la croix contre lui .

Ce qu’ils ont pris de toi , ce n’est quune image .
Et si cétait plutôt lâme , père ? Ce que tu appelles lâme ... peut-être que c’est cela que nous cherchons à comprendre .

Elle s’approcha , son visage à demi éclairé par la braise mourante . Ses yeux brillaient d’une lueur non humaine , glaciale , vibrante, comme une lame de verre .

Saint Michel a voulu nous chasser , jadis . Mais les portes se sont rouvertes . Tu devrais être fier , père :  ta fille est passée de l’autre côté !

Il ferma les yeux . La silhouette ayant disparu , une larme en coula quand il les rouvrit . 
Seule , sa voix demeurait dans le vent :

Nous ne sommes pas venus pour vous détruire . Seulement pour vous apprendre ce que vous avez dû oublier la genèse d'un nouveau commencement !

 

15 - Au même moment, Cheun et la lieutenante , accompagnés du sergent-chef Yves Guégan ,  s’étaient engagés dans la faille sous la croix du mont .
Le couloir descendait en spirale dans la roche , où vibraient des lueurs bleutées . Des gravures de symboles anciens figuraient sur les parois : cercles et triskells , figures de vouivres entrelacées .
Plus ils descendaient , plus l’air devenait chaud , traversé d'étranges pulsations .

C’est impossible , murmura Morvan . Qui a pu construire tout ça On dirait une structure métallique sous la montagne !
Peut-être pas des hommes ... , lui répondit d'un air mystérieux son second , qui tremblait de peur !

Les trois débouchèrent dans une salle circulaire . Au centre flottait une sphère translucide , d’où jaillissaient des filaments de lumière .
Cheun s’en approcha , fasciné .
Alors , mi humaine , mi artificielle , une voix , celle de Laig , s’éleva autour d’eux .

- C'est moi , Cheun Je suis là . Ce que tu vois nest pas quune ombre ...
Maela ?
Ils t'ont choisi pour franchir le seuil . 
Tu es morte ?
Non ! Je suis passée seulement de l’autre côté du miroir ... 

Morvan , blême , essayait de filmer la scène avec son téléphone .
Mais il n'y avait aucune image sur l’écran .
Juste un vide vibrant comme une lueur mouvante .

- Ce que nous voulons , poursuivit la créature , c'est comprendre cette source d'énergie que vous nommez l'amour . C’est cela qui nous attire . 
- Mais Maela ?
Elle est une interface un pont . Sa forme humaine si tu restes , ne va pas se dissoudre . Elle pourra revenir ...

Cheun sentit comme une bouffée de chaleur l’envahir d'une immense paix !
Mais derrière lui , Morvan se mit à hurler :

Reculez ! Quelque chose sort du sol !

Des silhouettes translucides lentement , s’élevèrent , qui ressemblaient à des anges renversés - ni chair , ni vapeur - leurs yeux comme des miroirs sans fond .
L’une d’elles tendit sa main vers Cheun .

- Michel nous avait enfermés . Toi , tu viens nous libérer !

 

16 - Cheun , alors , comprit .
La bataille du Mont n’était pas qu'une légende : c’était l'ouverture d'un cycle de guerre entre la conscience et la matière déchue , entre la lumière et son reflet . ( 7 )
Saint Michel n’avait pas tué les Dragons , mais , le temps que l’humanité apprenne à les connaître , il les avait enfermés là , non comme ses ennemis , mais comme une ombre .

- Laig , dit-il , si tu es encore là ... montre-moi ce que je dois faire !
- Vous devez rouvrir le cercle , afin que nous puissions redevenir lumière !

Il posa sa main sur la sphère .
Une explosion de blancheur envahit la salle .
Morvan tomba à genoux sur le sol , hurlant son nom .

Quand la lumière se dissipa , il n’y eut plus personne .
Seulement le silence , et la cloche du Mont qui sonnait à nouveau , comme le glas d’une sinistre résurrection !

 

 

( A Suivre )

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Notes :

 

7 -  " On dit à Braspars que les démons , chassés du corps de l’homme , sont enchaînés dans un cercle magique , sur le haut du mont Saint-Michel : ceux qui mettent pied dans ce cercle , courent toute la nuit sans pouvoir s’arrêter . Aussi la nuit on nose traverser ces montagnes . "

Jacques Cambry : " Voyage dans le Finistère ou état de ce département en 1794 et 1795 " , Tome I , Paris , Librairie du Cercle Social  ( 1798 )

 
 
* " And moving thro' a mirror clear
    That hangs before herall the year ) ,
    Shadows of the world appear . "
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