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Dan Ar Wern Official Website

LE GARDIEN DU MARAIS - VI - Base 22 .

18 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - VI - Base 22 .
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LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
VI - Base 22

 

 

 

'habite à la frontière , sur la ligne de passage , aux portes du désert ... 

  Ma ville sera bientôt vaincue ... " 

 
" Livre de Judith " ( Ancien Testament ) *
 

   

 

17 - Cheun , la gendarme et son adjoint , descendus par un tunnel jusqu'au " Yeun Elez ",  y virent d'étranges créatures qui parfois leur ressemblaient , parfois paraissaient des algues longilignes munies de gigantesques bras tentaculaires . Maela , elle même , s'était transformée . L'ancien étudiant commençait à entrevoir pourquoi les gens de la surface , mais surtout ceux qu'ils avaient côtoyés dans la capitale , agissaient de façon bizarre , certains se précipitant sans explication pour plonger leur tête dans une fontaine des Tuileries , d'autres réagissant avec passivité , comme des " légumes " !
Leur guide les conduisit ensuite vers la cité sous-marine où ils virent que  l'on fabriquait des " nouveaux " corps destinés à remplacer ceux de la surface . Le tunnel s’enfonçait en pente douce , avalant peu à peu la lumière blafarde de leurs lampes frontales . Comme si une mousse vivante s’y accrochait , les parois suintaient d’une lueur verte . La lieutenante avançait la première , suivie de Yves . Derrière eux , le grondement sourd des machines de la base s’effaçait dans le silence humide du souterrain .
Passé un long moment , le sol s’ouvrit sur une vaste caverne noyée de brumes . Les explorateurs se trouvaient au coeur du " Yeun Elez " , cette mer stagnante , couleur de mercure , qui respirait doucement . Des formes y glissaient à la surface , qui s’étiraient , se contorsionnaient , se scindaient , se reformaient dans un ballet muet , ni tout à fait humaines , ni tout à fait animales . Certaines semblaient faites de chair , d’autres d’algues phosphorescentes . 

Guégan fit un pas en arrière , crispé.
- Lieutenant ... cest quoi , ça ?

Elle ne répondit pas , mais ses yeux suivirent une silhouette qui s’était détachée du groupe .
C’était Laig .
Son corps , déjà frémissant depuis qu’ils avaient franchi la première barrière , vibrait maintenant d’une lumière intérieure . On voyait ses cheveux qui ondulaient doucement dans l’air comme des filaments vivants . Quant à sa peau , elle se couvrait d’un réseau de lignes dorées .

- Maela ! , cria Cheun . Quest-ce que tu fais ?

Mais celle-ci ne semblait plus l'entendre . Une des créatures l’effleura du bout de ses ventouses . la chair de la jeune femme , en un instant , se mêla à la sienne . Son cri se perdit dans un souffle de lumière !

Le sergent-chef , par peur , tenta de dégainer son arme pour se défendre , mais le métal se désagrégeant entre ses doigts , celle-ci fut brutalement réduite en poussière d'écume .
Il recula , terrifié :
- Ce nest pas possible ... ils désintègrent tout !

Venue de nulle part ,  peut-être de l’eau elle-même , une voix retentit , comme surgie d'outre-tombe !
- Non , nous ne détruisons pas . Nous transformons !

Puis , leur faisant signe , une silhouette androgyne , vêtue d’une tunique translucide , émergea du brouillard . Sa peau avait l’éclat des coquillages , les prunelles de ses yeux semblaient faites de sel et de nuit .
- Venez ! , leur suggéra-t-il mentalement . Vous êtes attendus .

Dotés , chacun , d'un appareil respiratoire futuriste , inconnu de la science terrestre , le petit groupe , sans oser parler , suivit ce guide extraordinaire qui , ensuite , les conduisit au travers d'un boyau submergé où des lumières dansaient comme des âmes perdues . Puis , brusquement , le tunnel s’élargit : devant eux s'étendait une cité entière , engloutie sous les eaux !

Des tours d’algues translucides montaient vers la surface comme des colonnes respirantes . Des ombres pisciformes , nageant tout autour , s’affairaient entre elles , façonnant dans des cocons de verre des formes humaines .
Cheun approcha l’un de ces berceaux de roche cristalline : à l’intérieur , un visage d’homme se dessinait lentement , parfait , paisible .
Le guide posa sa main sur la paroi , leur murmurant intérieurement :
- Nous remodelons les corps . Ceux de la surface sont impropres . Leurs âmes ne sauront plus où habiter .

Cheun sentit monter un vertige en lui .
- Alors ...  , la vérité , cest ça ? Les habitants de la capitale ... Tous ces moutons dénués de volonté ...
- Oui . Leur esprit a déjà quitté leur enveloppe . Ils attendent dêtre rappelés ici , dans leurs nouveaux corps .
- Et ceux qui refusent ?
- Ceux-là se dessècheront comme des feuilles dautomne .

Lena recula , glacée . Laig n’était déjà plus visible . Quant à Guégan , livide , il fixait l’eau noire qui bouillonnait doucement .
Le guide se tourna vers eux , un sourire de poisson carnassier sur les lèvres .
- Mais vous pouvez encore choisir !

18 - Ils refont les corps , pensèrent-ils , pour s'opposer à la création première et lutter contre Saint-Michel qui les avait d'abord contraint dans leur forme marine végétale .

Le " Yeun Elez " était devenu non seulement un lieu de mutation biologique , mais le théâtre d’une lutte cosmique : celle de la Contre-Création !

Ils furent forcés de suivre encore leur guide à travers la cité liquide où les dômes translucides vibraient comme des poumons qui exhalaient une vapeur bleutée . Partout , des créatures travaillaient avec lenteur dans un silence quasi-hypnotique , leurs gestes parfaits , d’une précision presque liturgique .

Sous leurs yeux , les cosses , livrant des êtres d’apparence humaine , s'ouvraient une à une , avec , à l'intérieur , des femmes , des hommes , des enfants dont les visages lisses , dépourvus de rides ou cicatrices , portaient des branchies . Leurs yeux , d’un gris d’opale , semblaient vides encore , attendant que quelque chose - ou quelqu’un - les anime .

Le guide s’arrêta au bord d’un bassin où flottait une immense forme végétale , entre algue et embryon .
- Voici le premier des nôtres , dit-il . Celui qui fut façonné avant la séparation des mondes .
Cheun eut un haut-le-cœur : la chose respirait à peine . Son être oscillait entre la consistance de la chair et celle de la feuille .

- Qui a fait cela ? demanda-t-il d’une voix sourde.
- LArchange .
- Saint Michel ?
- Oui . Celui qui tranche , celui qui nous a forcés à ramper dans les eaux sombres des marais plutôt que de marcher sous le soleil , en revêtant la forme des plantes souterraines . Pourtant , nous étions lancienne chair , le premier modèle avant la venue des Atlantes . Maintenant qu'ils sont partis très loin , certains d'entre nous les ayant suivis dans leur fuite , les autres croupirent ici-bas à respirer la sombre lumière des profondeurs , pas celle du ciel . ( 8 )

Vibrant d’une tristesse antédiluvienne , presque sacrée , la voix du guide poursuivit :
- Quand il nous a bannis , le monde marin fut scellé comme une prison . Mais les siècles passés ramenèrent les nôtres de l'espace . Et voici venu le temps de la réplique . Nous refaisons les corps pour nous libérer d'une forme imposée . Pour nous opposer à sa Loi !

Ils sentirent tous le frisson d'une onde glacée remonter le long de leurs nuques .
- Vous ... refaites les hommes ?
Non , répondit-il doucement . Nous allons reconstruire l’humanité comme avant . Celle de la surface va séteindre . Leurs esprits se dissolvent déjà dans des champs dondes négatives . Nous , nous leur offrirons un meilleur abri . Un corps affranchi du souffle divin , nourri par les seuls courants de la Terre-Mère .

Guégan , blême , murmura :
- Cest un blasphème ...

Le guide se tourna vers lui . Son regard , soudain , s’embrasa d’un fulgurant éclat d’or .
- Noncest une résurrection . Le Ciel avait créé pour dominer . Nous créons pour libérer . Saint Michel croit encore tenir léquilibre du monde ... mais celui-ci est rompu . Ceux de la surface l'ont déjà trahi depuis longtemps . Bientôt , nous règnerons !

Dans le bassin , la forme végétale s’étira , se déployant lentement . De ses bras translucides surgit une tête improbable qui , peu à peu , se forma , vaguement humaine , au milieu des nervures .
Cheun recula d’un pas , fasciné .
- Et Maela ? demanda-t-il dans un souffle.
- Elle fait partie de la nouvelle génération , lui répondit l'Alien , le premier lien , l'ambassadrice entre votre monde et le nôtre .

Un grondement monta des profondeurs , long , sourd , comme un appel venu du centre de la Terre . Les tours d’algues frémirent . Le maître leva la tête .
- Il approche , celui que vous appelez l’Archange . Nous devons hâter la refonte !

Il se tourna vers le groupe .
- Vous aussi porterez un nouveau corps . Le métal vous a déserté . Vos armes ne vous reconnaissent plus . Vous appartenez déjà à la matière vivante !

Ils ressentirent alors , malgré l'humidité ambiante , une chaleur étrange gagner leur peau , et comme si l’eau de la caverne battait dans leur propre sang , le battement d'une pulsation sous leurs veines . Tout autour d’eux , tel un poumon vivant , la cité respirait , chaque expiration semblant aspirer un peu plus de leur humanité . Le guide les mena jusqu’à une salle circulaire , creusée dans la roche laiteuse .
Au centre , un bassin miroitait faiblement . Sur ses parois ondulaient des marques anciennes , comme des lettres liquides qui s’effaçaient et se reformaient au gré des vagues .

Chacun sentit son esprit vaciller . Ces signes qu'ils n'avaient jamais vus , pourtant , leur semblaient familiers , comme si quelque chose en eux , très loin , les reconnaissait .

La créature posa sa main sur l’eau . Aussitôt , la surface se mit à frémir , des images apparurent , montrant une sorte de mythologie des premiers âges , lorsque des Anges révoltés d'origine satanique  furent métamorphosés en algues marines préhumaines ! Des cieux fendus , des formes ailées traversaient des colonnes de feu , puis la chute , une pluie de corps étincelants , projetés dans les abysses !
- Voici notre mémoire ! , leur lança fièrement le poisson-pilote qui se prétendait prophète , lui aussi , et se nommait Akor . Celle de la grande civilisation des Algues Vertes , ce que , trivialement , vos prêtres ont nommé " La Chute des Anges " . ( 9 )
Mais ils n’ont jamais dit ce qu’il advint de nous par la suite . 

Ils pouvaient fixer les images . Les corps tombés s’enfonçaient dans l’eau , leurs ailes brûlées se dissolvant, se transformant en membranes translucides , en filaments , en algues .
- Nous avons été changés . Non pas anéantis , mais réduits . Saint Michel , le " gardien de lordre " , a utilisé la Loi du Feu pour nous contraindre dans la Loi de l’Eau . Il a figé nos formes dans la lenteur , nous a privés de la verticalité .

Le sergent-chef balbutia :
- Des anges ? Vous étiez des anges ?
- Nous étions les premiers porteurs de la Lumière , avant quelle ne se divise entre ciel et terre . Nous avions refusé la séparation . Nous voulions demeurer unis à la matière , fusionner avec le souffle vivant de la Planète bleue . Mais lArchange nous accusant de profanation , précipita son armée pour nous abattre !

Ils écoutaient fascinés , glacés , l'être déchu qui poursuivit , d’une voix lente , presque incantatoire , son récit :
- Dans la mer première , nos ailes fines devinrent des ondes , nos voix se mêlant au chant des courants . Nous étions les veines du monde , oubliés de tous . Mais les Atlantes déchirèrent le pacte à leur tour , souillant la terre , brûlant les eaux , tuant la lumière . Alors , l'océan sest souvenu de nous .

Les images se firent plus sombres . Des corps humains se mêlaient à des tiges , des visages se dissolvaient dans le flux vert .
- Nous avons compris que la Création d'origine était fausse . Que lordre imposé nétait quun miroir inversé de la vraie lumière . Nous , les rejetés , non plus des Anges de feu , mais des êtres deau et de chair mêlées , non plus des âmes venues du ciel , mais des consciences nées du fond , des " Veilleurs " , nous avons commencé à refaire ce que Michel avait défait !

Léna se mit à balbutier , complètement terrifiée :
- Vous ... vous refaites le monde à lenvers !
- Non ! , lui rétorqua le guide . Nous le redressons !
Le ciel sest trompé de direction . Lâme nest pas faite pour sélever , mais pour descendre , pour sunir à la racine du vivant .

Cheun sentit un frisson le traverser . Dans le reflet du bassin , l'homme vit fugacement son propre visage se mêler à une forme végétale , des filaments verts courant sous sa peau , comme si la cité entière respirait à travers lui .
Akor s’inclina .
- Le temps des Algues revient . Nous étions les premiers Anges . Nous serons les derniers Dieux !

Le Maître les avait fait pénétrer dans cette vaste rotonde noyée d’une clarté verte où tombaient du plafond , comme des racines suspendues , quelques filaments de lumière . Au centre , le bassin pulsait lentement , semblable à un cœur liquide . Sur la surface ondulaient des signes mouvants , ni tout à fait des lettres , ni tout à fait des images , comme des traces vivantes , respirantes .

Chacun sentait son souffle se raccourcir .
Quelque chose , dans ce lieu , leur semblait à la fois familier , mais proscrit .

Le guide avait posé sa paume sur l’eau , faisant surgir ces visions terribles de cieux en flammes , ces colonnes d’or se brisant , puis cette pluie d’êtres ailés , flamboyants , précipités vers l’abîme , silhouettes imprécises désormais , plongées dans les profondeurs , perdant leurs ailes dans la tourmente , et leur éclat se dissolvant , leurs corps se couvrant d’une matière nouvelle : algues , fibres , tentacules , membranes ! Les flammes devenaient eau , l’esprit devenait sève !

- Nous étions les premiers modèles ! , fanfaronna-t-il encore à voix basse .

Mais nos ailes furent changées en ondes , répéta-t-il à nouveau , et nos voix devinrent le murmure des vagues ...

 

19Autour d’eux , les cocons s’ouvraient , libérant de nouveaux bébés à la peau translucide , aux yeux laiteux , respirant par leurs pores comme des poissons terrestres .
- Voici nos enfants
, se réjouit leur mentor .
Les " anciens modèlesrenaissent sous forme humaine . Ils reprendront la surface quand les corps de vos semblables auront cessé de les habiter .

La lieutenante Morvan voulut parler , mais un vertige la prit . Sa peau brûlait . Dans le reflet de l'eau , elle vit fugacement son visage se tordre , traversé de filaments verdâtres , comme si son sang se souvenait d’une autre forme .

- Non !  gémit-elle . Non ...
- Tu crois être fille de poussière , mais tu portes bien les traces du premier souffle , la mer te réclame ! , essaya de la rassurer le monstre des profondeurs .

 

20 - Mais un grondement descendit soudain des nues tandis que la couleur verte devint blanche , aveuglante , et qu'une vibration terrible secouait la caverne ! 

Akor , tremblant , recula , pendant qu'une voix grave , immense , résonna dans l’eau et dans leurs têtes :

- Ceux qui ont renié le Feu ne renaîtront pas . Vous n’êtes que des reflets , des formes perdues .
  La chair ne sauvera plus personne

Ils tombèrent à genoux , reconnaissant cette présence : c'était l’Archange du Jugement , Saint Michel !
Mais sa voix n’était plus celle des Églises .

C’était un tonnerre dans l’eau , un éclat du Ciel !

Alors , le déchu leva les bras , défiant la clameur :
- Tu as créé pour dominer , Michel ! Tu as figé l’esprit dans la hauteur ! Nous , nous referons le monde à l’endroit , un monde où la lumière germera dans la vase !

La mer gronda , furieuse .
Maela sentit qu'en elle , s’affrontaient deux forces , le feu céleste plongeant comme un cormoran dans l'eau de mer , et son corps , déchiré , oscillant entre matière et souffre spirituel , entre fidélité à la surface et corail des profondeurs .

Puis tout se tut.
Le bassin se referma sur sa lumière .
Seul subsistait , dans le silence , le souffle lent des tours d’algues , comme le battement d’un cœur endormi .

Le Guern comprit qu’ils venaient de voir le visage caché de la Genèse , et que nul retour en arrière ne serait plus possible .

 

21 - Quand il reprit conscience , il était couché sur le sol froid d’un couloir effondré .
Autour de lui , l’eau gouttait doucement des parois . L’écho du grondement s’était éteint , remplacé par un silence sans mémoire .

Léna , allongée à quelques mètres , se redressa péniblement .
Ses yeux fixaient le vide , comme si , en se souciant d'une absence , elle cherchait quelque chose d’indicible .
- Où ... où est Yves ? , finit-elle par s'inquiéter .

Cheun tourna la tête .
Le militaire avait disparu .
Seul son casque gisait dans une flaque , la visière brisée , couverte d’une fine couche d’algue .
Elle voulut crier , mais aucun son ne sortit de sa gorge . Un frisson la traversa : la dernière image qu’elle gardait de lui était trouble , un bras tendu vers cette lumière verte , puis plus rien .

Tous deux remontèrent avec peine , s'agrippant l'un à l'autre , titubants , par le tunnel à moitié effondré . L’air de la lande , froid et sec , leur sembla presque familier .
Le ciel était gris , lavé de pluie . Les monts d’Arrée s’étendaient , silencieux , comme si rien ne s’était passé .

 

 

( A Suivre )

                                                       ___                                                        

 

DAN AR WERN - LE GARDIEN DU MARAIS - VI - Base 22 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." LE GARDIEN DU MARAIS "- Copyright 2025 .

                                                       ___

Notes :

 

8 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , 5 , VII - Destruction de l'Atlantide - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

9 - HOLOPHERNE II ) - Le Siège de Menri 

( Cycle de L'Etoile XVI ) - Epilogue - Naissance - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved .

 

*Choeur de Chair " , Héroïnes , 5 par Véronique Levy , Artège , 2021 - Tous droits réservés .

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