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l'escarboucle

L'ESCARBOUCLE - Epilogue - X - La Croisée des Chemins .

3 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Epilogue - X - La Croisée des Chemins .

 

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Croisée des Chemins

 

 

 

La pluie tombe sur l'homme de l'an passé ,   Il y a une guimbarde sur la table ,   Un crayon dans sa main ... "

Leonard Cohen / Graeme Allwright

" L'Homme de l'An Passé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 - Revenu dans son corps terrestre au soir du 26 octobre , près de lampe qu'il n'éteignait jamais tout à fait , l’homme , sentant sa main trembler , posa enfin son stylo . Il se si sentait seul , et le silence lui pesait à tel point , comme si , ayant fait un mauvais rêve , il avait maintenant tout oublié . Lui , qui venait de partir à la retraite , n'avait plus cette fraîcheur juvénile . Contemplant le spectacle des bûches qui se mouraient avec lenteur au coeur de l'âtre , cette soirée-là d'automne lui avait , comme tant d'autres , paru bien terne .

Sur la falaise battue par les vents , la nuit avait repris ses droits . La faille s’était refermée comme si elle n’avait jamais existé . Le sol de l'île invisible n’était plus qu’une dalle lisse, couverte d’embruns . Mais soudain , la mer s’illumina . Pas d’éclairs , pas de lune : une lueur bleutée montait des profondeurs , vaste , mouvante , comme si un cœur battait sous l’océan . Les vagues se teintèrent d’un éclat d’opale , oscillant du bleu sombre au rouge incandescent .

Sur la côte , un vieux marin du village voisin , attiré par l’étrange clarté , s’arrêta au bord du rivage . Ses yeux fatigués se remplirent de larmes .

C’est le feu des Veilleurs , murmura-t-il . Quelqu'un a franchi la Porte ...

Puis , dans le ressac , une pierre jaillit , charriée par l’écume , petite escarboucle polie par les flots , qui scintillait faiblement , comme un éclat tombé d’un astre . Le marin la ramassa avec précaution , la serra contre son cœur et la porta à la chapelle , au pied d’une Vierge de granit .

La rumeur se répandit : certains parlaient d’un signe céleste , d’autres d’un simple phénomène de marée . Mais ceux qui savaient comprirent au fond d'eux-mêmes qu’un être nouveau venait de naître , et que la pierre lui serait confiée pour un temps . Lui aussi se rendit compte qu'au-delà des craquements du bois dans la cheminée , quelque chose avait changé . Il était redevenu , sans savoir pourquoi , ce gamin guettant l'aube et le souffle du vent dans les volets de la maison familiale qui , depuis si longtemps , respirait la vieille cire et les livres anciens .

Dans les profondeurs nocturnes , le chant des " Veilleurs " traversa la mer , montant dans le ciel comme le faisceau d'un phare lointain , qui se gravait dans le silence des étoiles .

Pourtant , l'homme n'avait cessé d’attendre , mais la solitude était devenue sa seule et patiente compagne . Et lorsqu’une présence douce , presque palpable , se posa soudain derrière son fauteuil , il tourna la tête . Elle était là , qui lui souriait , celle qui était morte à vingt ans depuis bien longtemps , dont les yeux portaient une maturité que seul l’autre monde donne . Elle n’avait pas vieilli . Mais aujourd'hui , elle prenait un autre visage !

Tu me reconnais ? , lui suggéra-t-elle doucement pendant qu'un courant chaud traversait tout son être . Ce n’était pas une hallucination , car il percevait sa lumière intérieure autant que son parfum de jeunesse et ses pensées . Leur ressemblance le troubla lorsque le sourire enjôleur de la jeune femme , qu'elle adressait à son reflet d'homme , lui apparut de façon sensible dans un miroir de conscience pure au-delà du temps .

- Sais-tu vraiment qui je suis , reprit-elle avec un léger reproche tendre . Tu crois n'avoir qu’une vie derrière toi . Mais regarde ... Il ne répondit pas , mais il sentit que des mains très douces caressaient son front déjà ridé , pendant que , derrière la glace , un voile se déchirait , faisant affluer le flot de ses souvenirs d'hier . 

Elle lui dictait :

" Lau-delà est conscience pure . Ce que tu as cru perdu se retrouve
Les demeures de lâme sont faites de lumière et damour .
Chaque vie terrestre est une pierre posée pour un temple invisible .
Rien nest oublié : les lieux , les visages , les gestes de foi deviennent éternels .
Mais ici , tout est vérité nue . Seul lamour ouvre les portes . "

Lorsqu’il releva la tête , elle était toujours là .

Il comprit alors que son existence terrestre n’était qu’une chambre de passage , tandis que leur demeure véritable , au-delà du temps , les attendait déjà , que la lumière éternelle était comme un soleil où les âmes viennent se régénérer , cathédrale mystique où chacun trouve l'énergie d'amour utile et nécessaire à la vie de son âme , celle-ci voyageant dans le temps comme dans l'espace au coeur de milliers de galaxies composant la symphonie du chef d'orchestre suprême , chaque monde ayant plus ou moins suivi , avec des partitions différentes , mais d'essence divine , le même chemin que l'on peut découvrir ici ou là , avec patience , en fonction de son degré d'évolution . Tout autour de lui , sa vie s'était mise à défiler comme un fleuve en crue traversé de silhouettes fugitives .

Mais surtout , ce train , témoin de son balancement , qui l'avait traversée  comme une flèche silencieuse , où il l'avait aperçue , l’espace d’un instant , jeune femme dont le visage s’était effacé d'abord , puis brouillé , parasité par une autre présence , lui fit réaliser que cette existence n'avait été , en fait , qu'hésitation maladroite et manque d'assurance entre l'attrait d'une ombre séduisante et la vérité , que ses enquêtes même , ses errances comme ses amours manqués , n’avaient été que des excuses pour un choix toujours trivial de survie .

Je choisis la Porte Étroite , s'écroula-t-il en pleurs pour finir , déchirant sa feuille blanche sur sa table de travail . Car c’est là que bat la lumière !

Alors Ister , ombre et double maléfique dont le sourire paraissait un éclat de verre , et les yeux cruels des gouffres noirs , poussa un horrible hurlement . Pendant que son visage se brisait comme un masque de cendre , elle tombait dans la faille , elle qui avait semé la confusion dans ses visions pour provoquer sa mort . Car il fallait bien cette épreuve , cette déchirure , pour qu'enfin la vérité éclate !

Puis il tourna son visage vers celle qu’il avait croisée sans pouvoir jamais l’approcher , la pure Esther , qui lui ouvrit les bras tendrement , la clarté de son amour faisant jaillir derrière elle une mer infinie .

Jean fit le pas . La fêlure en lui refermée ouvrit un nouvel espace où brillait l’Escarboucle sur le cœur vivant de sa bien-aimée  " Lux Perennis " !

 

25 - Tout à coup , l’espace entier vibra . Les galaxies , par milliers , semblèrent se répondre .
Il entendit un chœur immense où chaque planète , chaque étoile , chaque souffle avait sa note particulière .
C’était une musique sans début ni fin , comme un océan d’harmonies .

Ceci est la symphonie suprême , lui dit-elle d’une voix émue . Chaque monde joue sa part . Certains suivent la mélodie avec pureté , d’autres se dissonent , mais même les fautes servent la beauté finale . Rien n’est perdu dans cette partition !

Tendant l'oreille , il crut distinguer , au cœur de la symphonie , un motif familier : le cri d’un enfant , le rire d’une mère , le chant d’un mendiant sur une route bretonne . Sa propre vie résonnait dans la musique infinie .

La jeune femme posa une main sur son épaule .
- Plus loin , je ne peux t'accompagner . 

C'est alors qu'il perçut au loin l'éclat d'une présence le regardant déjà , plus pure que toutes les lumières , d'une blancheur contenant toutes les couleurs .
Devant elle , il sentit ses genoux fléchir , son âme prête à se dissoudre dans l’amour .

Mais elle le retint doucement.
- Pas encore . La terre a besoin que certains se souviennent de l'offrande musicale . Tu dois y retourner pour écrire , témoigner . Ton heure viendra , mais pour l’instant , ton rôle est de chanter ici bas ce que tu as entendu là-haut .

D’un souffle , il se retrouva dans sa chambre , le stylo à la main , vibrant encore de l’immensité céleste , prêt à écrire ...

 

                                          ___

 

 

DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Epilogue - X - La Croisée des Chemins - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " L'ESCARBOUCLE " , copyright 2025 .

                 

                                                    ___

FIN

 

 

* " Last Year's Man " ( 1971 ) , chanson de Léonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " Songs of Love and Hate " ( 1971 ) , copyright Leonard Cohen / Stranger Music Inc. and Sony Music Entertainment - All rights reserved , traduite et interprétée par Graeme Allwright en français dans son album " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " , copyright 1973 Mercury / Pathé-Marconi - Tous droits réservés .

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L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - IX - Le Royaume sous la Mer .

3 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

The-Mermaid ( 1910 ) Howard Pyle

The-Mermaid ( 1910 ) Howard Pyle

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Troisième Partie

( Lux Perennis )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - Le Royaume sous la Mer

 

 

 

" Le monde extérieur est un monde d'ombres : il jette son ombre sur le royaume de lumière ... " 

Novalis  - " Pollens " , 16 ( Blüthenstaub , 1798 ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 - D'ailleurs , plus le phare diffusait sur lui sa splendeur étincelante , plus l’homme âgé s'était vu rajeunir . Et quand il avait enfin pu relever la tête , il l'avait bien vue , tout à côté de lui , cette jeune femme au sourire clair , celle qui avait quitté la terre à vingt ans , mais qui se tenait maintenant près de lui comme si elle n’avait plus jamais cessé d’exister , lui faisant comprendre aussitôt que sa présence n’était pas une hallucination , mais , puisqu'elle l’invitait à la suivre , cette chaleur douce qui émanait d'elle comme d'une flamme invisible !

- Viens . Je vais te montrer comment nous vivons de l'autre côté .

Il n’eut pas le temps de lui répondre , et , déjà , son regard se brouillait lorsqu'ils se trouvèrent devant une maison qui n’était pas bâtie seulement de lumière condensée , mais brillait d'un éclat semblable à celui d'un miroir opalescent comme du cristal ! 

- Voici notre demeure , lui murmura-t-elle . Chacun de nous , dans le monde spirituel , façonne l'espace qui correspond à son âme . Nous ne construisons pas avec nos mains , mais avec la vérité de ce que nous avons aimé , désiré , prié . Ce lieu est un reflet de ta fidélité et de la mienne .

Il reconnut les formes familières d'un jardin comparable à celui de son enfance , d'une fontaine qui lui rappela la place de son village où des livres flottaient d’eux-mêmes , tout autour d'étagères d'onde musicale transparente , avec le flamboiement du ciel qui mêlait le sourire de sa teinte argentée aux visages ruisselants d'ange et de nymphe des délicates statues d'albâtre , irradiant leurs multiples jeux d'eau .

Tout ce qui est vrai demeure vois-tu . Ce que nous avons aimé avec pureté nous attend ici  transfiguré .

Elle ajouta avec un sourire :
- Mais personne ne peut entrer sans mon accord . Ce lieu est sacré , comme une chapelle intérieure . Et c'est moi qui en garde l'entrée , car tu n'as pas encore conscience de ta force .

 

22 - Ayant franchi la porte étroite , l’eau l’avait enveloppé sans qu’il s’y noie . C’était une mer différente , une substance limpide , plus claire que l’air , traversée de lueurs comme d’innombrables vitraux vivants . Devant lui s’étendait une cité engloutie . Ses dômes de nacre s’élevaient dans un silence majestueux , reliés par des arches de corail qui vibraient comme des cordes d’instruments . Les rues ressemblaient à des fleuves de lumière où chaque pierre semblait respirer .

Tout autour , se tenaient les vestiges d'un monde disparu : colonnes de marbre brisées couvertes de runes marines , menhirs dressés comme à Brocéliande , mais baignés d’une clarté lunaire , portiques d’orichalque , forgés par des mains oubliées , vibrants encore de chants perdus .

Les habitants du lieu , silhouettes d’écume et de perle , s’étaient avancés vers lui en procession . Leurs voix n’étaient pas des mots , mais une forme de cet air à plusieurs voix composé d'ondulations sonores qui , traversant le cœur plus que l’oreille , tissait une toile immense où chaque âme venue ici y devenait une note , un accord unique de la symphonie éternelle .

Au centre de la cité se dressait un dôme plus vaste que tous les autres . Là , pulsait la " Lux Perennis " , une escarboucle gigantesque , plus vaste qu’une cathédrale , irradiant une lumière bleutée ,  rougeoyante , comme un cœur cosmique . Chaque battement de sa lueur envoyait des ondes jusque dans les galaxies , reliant le Royaume englouti à la création entière .

Esther conduisit Jean vers ce sanctuaire.

Voici le Royaume des âmes , dit-elle . Toutes les routes finissent ici , mais tous n’y entrent pas . Ceux qui ont choisi la voie étroite , ceux qui ont affronté leurs ténèbres , rejoignent cette lumière pour l’éternité . Les autres errent dans les ombres que tu as vues , prisonniers de l’illusion d'Ister .

Jean sentit alors que ses combats , ses douleurs , ses échecs même , n’avaient pas été vains : ils étaient les marches de l’escalier secret qui menait jusque au sommet du sémaphore .

Un cortège d’âmes s’approcha , certaines familières , d’autres inconnues mais pleines de tendresse . Toutes l’accueillaient . Il n’était plus seul . Il faisait désormais partie de la " Confrérie des Veilleurs ", ces gardiens de la flamme éternelle au cœur de l’océan sacré .

Et tandis que l’Escarboucle battait sa pulsation cosmique , il entra dans la paix du Royaume sous la Mer , où le temps n’existe plus et où chaque être retrouve enfin son vrai visage .

 

23 - Ils avançaient dans le jardin . Les fleurs s’ouvraient en silence devant eux , mais chacune émettait une couleur et un parfum qui vibraient jusque dans son âme .

- Ici , dit-elle , nul ne peut se cacher . Tout est visible , comme les animaux dont parlait Steiner : leur être intérieur vit au dehors , offert . Les masques tombent . Seule la vérité subsiste . ( 21 )

Il vit soudain défiler des visages connus .

Certains étaient rayonnants , d’autres ternis . Ce n’était pas un jugement , mais une évidence : chacun , sans fard ni mensonge , était vu tel qu’il était réellement .

- Pourtant , reprit-elle , ici , l’intimité demeure . Chacun garde sa chambre secrète ,  là où il accueille qui il veut . L’amour est la clé des portes .

Elle le prit par la main . Le miroir se liquéfia et ils traversèrent ensemble son éclat .
Il se retrouva , stupéfait , flottant bien au-dessus de la terre . Les continents luisaient comme des formes vivantes . Le temps d'un soupir , ils furent à Notre-Dame de Paris dont les pierres chantaient une liturgie muette . Puis , d’un souffle , ils se retrouvèrent sur une planète lointaine , au ciel vert pâle , peuplée de fleurs gigantesques .

- Vois-tu , ici , l’espace n’existe plus . Nous pouvons être en plusieurs lieux à la fois . Nous visitons les planètes comme des voyageurs du silence . Nous accompagnons les vivants , nous inspirons leurs prières , nous portons leurs fardeaux . Mais tout cela ne se fait pas par volonté , cela jaillit de notre union à Dieu . 

Elle s’approcha de lui , son regard , soudain devenu plus grave , refléta dans la glace immense et translucide , à l'intérieur d'un château oublié au milieu de la lande , une enfant de Bretagne qui priait dans une chapelle dont le calvaire était battu par la pluie ... 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - IX - Le Royaume sous la Mer - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

                                                  ___

Notes :

 

21 - " La Mort , Métamorphose de la Vie " ( Der Tod als Lebenswandlung , 1918 ) conférence de Rudolf Steiner ( 1861 - 1925 ) , théosophe , occultiste autrichien .

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L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - VIII - La Porte Etroite .

1 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - VIII - La Porte Etroite .
 
L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Troisième Partie

( Lux Perennis )

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII - La Porte Etroite

 

 

 

" La route est longue , pour aller au bout du monde ... " 

J.M.G LE Clézio - " Alma " ( 2017 )

 

" Toute vie est , bien entendu , un processus de démolition ... "

Francis Scott Fitzgerald - La Fêlure ( The Crack Up , 1936 )

 

 

 

 

 

 

 

19 - Jean sentit à peine la morsure de la balle qui lui avait traversé l’épaule . Une chaleur fulgurante l’envahit soudain , suivie d’un froid brutal . Ses jambes cédèrent . La faille s’ouvrit sous lui comme une gueule noire et , dans un souffle de roche et d’écume , il y fut précipité ! Alors , tout se brouilla pour lui . Le grondement de la mer devint une mélodie étrange , profonde , presque liturgique . Autour de lui , des éclats d’images jaillissaient , comme des vitraux brisés , dans le miroir des eaux sombres de Brocéliande où l’odeur des ajoncs brûlés par le vent caressait la silhouette d’un chêne qu’il avait caressé tout enfant . Puis , ce fut Nice et la lumière crue de la Promenade , les soirs d’orage sur la baie , quand il rêvait dans sa petite chambre proche de la voie ferrée où , à travers les vitres qui vibraient comme une cage de résonance , dans la lecture toujours recommencée du livre de sa souffrance intérieure , le bruit métallique des roues d'un train lui avait soufflé qu'une voyageuse l'attendait là-bas , dans l'autre monde . ( 19 )

Mais , comme une photographie saturée de parasites , la beauté de son visage était longtemps restée voilée derrière la bienveillante pénombre tamisée des persiennes , par ces après-midi solitaires d'interminables vacances d'été où une chaleur de plomb paraissant défier toute vie à la surface , elle se tenait devant lui , immobile dans l’éclat de sa clarté subaquatique , belle et grave en son regard , qui avait traversé le temps , lui parlant de son message incompris .  C'était bien elle , pensait-il , cette femme de la première apparition !

Il fallait passer cette épreuve , lui dit-elle d’une voix qui se confondait avec le roulis du train mêlé de la houle des abysses de l'océan . C’était le seul chemin , crois-moi . Aujourd’hui , nous nous rejoignons au Royaume sous les Flots  .

Parlait-elle de ces violents orages qui , sous les imprécations du Mistral sauvage venu de l'ouest , avec ses senteurs capiteuses de tamaris et de cyprès , balayaient avec force la poussière des rues comme les illusions clinquantes des nouveaux riches ? De l'odeur âcre de la pluie , ensuite , qui tombait en déluge , ravinant la terre , et creusant ses rigoles toutes rouges jaillissant sur le bitume fondu ? 

Et de cette lumière crue , éblouissante , chauffant à nouveau le paysage , qui , sous la mer écumante , vous écrasait de toute la puissance d'un soleil impérial ?

Maintenant , la porte étroite s'était refermée derrière lui , le vacarme s’effaçant tandis qu'il glissait , non plus dans un gouffre de roche , mais dans un sanctuaire d’écume et de lumière , vaste nef bleutée . Autour de lui , s’allumaient des gemmes phosphorescentes qui , semblables à des escarboucles , pulsaient comme autant de cœurs vivants ! Le projectile avait , certes , touché son épaule , mais même s'il n’avait senti qu’une piqûre quand le gouffre s’était ouvert sous lui , tandis qu’il chutait , tout s’était accéléré , des scènes de sa vie avaient défilé à une vitesse vertigineuse , des visages , des enquêtes , des rires , des colères , d'innombrables mains serrées , comme si chaque instant , même oublié , cherchait à s’inscrire une dernière fois dans son cerveau ! Et partout , cette impression d’avoir poursuivi une vérité plus grande que lui . 

Il ne s’attendait à rien , ce jour-là , lorsqu'il était monté dans ce bus anonyme et gris du cœur de la ville où il avait senti , à peine assis , pourtant , cette chose étrange glisser en lui , dans ce décor sans grâce du véhicule , depuis les fenêtres grand ouvertes sur le large et sur une nature quasi-luxuriante aux manifestations brutales , presqu'imprévisibles , la vision d'un monde oublié , celui de son enfance .

Le siège usé , la lumière pâle ainsi que les passagers muets , tout lui était devenu familier . Pas dans le détail , mais dans l’âme .

Comme si ce moment du flux temporel appartenait à une autre vie , dans une version plus ancienne où , dans une forme plus subtile de " déjà-vu existentiel " , il avait traversé ce carrefour de bitume et de hasard , non pas une simple impression d’avoir vécu là cette scène précise , mais la sensation profonde que tout un morceau de cet univers lui appartenait d’une manière mystérieuse , comme si il y était retourné plutôt que venu , méditation sur les strates , les identités multiples d'une existence qu’on porte en soi , éternelle fêlure , avec cette capacité intime qu’ont certains endroits , même les plus lointains , les plus banals , de nous révéler des fragments enfouis de nous-mêmes . 

Vivons-nous plusieurs fois en une seule , sans quitter notre corps d'aujourd'hui ? Suffit-il d’un changement de latitude , d’un paysage qui nous regarderait autrement , pour que notre mémoire profonde se réactive ?

Alors , le passé se courbe , le futur s’efface , et le présent devient plus vaste , traversé d’échos et de présences invisibles , comme si le chêne sacré de nos ancêtres projetait ses branches bien au-delà du sol natal , jusqu’aux confins de ce monde . La mémoire familiale devient alors non seulement enracinée , mais aussi transplantée , migrante , universelle . Il y a des lieux qui nous réveillent , des lieux étrangers qui nous reconnaissent comme une pluie tiède sur la peau . Ils ne disent rien d’emblée , ils nous murmurent l’odeur d’un figuier , la moiteur pâle d’une fin d’après-midi , la chaleur insupportable d’une plage d'Afrique sous les pieds nus d’un enfant .

Le tunnel ,  promesse de paix qui vous réchauffe de sa clarté blanche , dense et vivante , et dont les parois vibrent comme si elles étaient faites de musique et de souvenance , est un battement de coeur ,  lumière dans les yeux de la fille du train qui vous raconte , avec le son de sa voix , l'histoire de votre propre vie : 

Tu as marché si longtemps parmi les ombres , mon cher , lui dira-t-elle doucement . Mais il fallait tout cela pour que nous soyons réunis . Viens . 

Puis , le regard s’ouvrira sous l'eau , découvrant l’autre rive . Il entrera dans une immensité claire où l’on respire comme dans l’air qui , n’étant plus un élément hostile , deviendra un temple où les vagues , formant des voûtes mouvantes , des coupoles translucides , brilleront d'escarboucles comme autant d'étoiles prisonnières dans des jardins de corail qui s’étendront en spirales de sel , irradiant de tellement de couleurs que l’œil humain n’en a sans doute jamais connues ! La cité de cristal et de nacre , grandiose cathédrale traversée de fleuves lumineux , s'élèvera au centre , parmi d'autres bâtisses ressemblant à des orgues gigantesques , prêtes à faire tressaillir leurs tubulures veinées d'héliotrope et de prase ! ( 20 )

Des êtres s’y mouvront , silhouettes fluides , mi-humaines , mi-marines , dont la peau vibrera dans l'eau , luisante comme des perles d'écume , ou comme un chant de sirène entrant directement dans l’âme .

20 - Il sentit que ce royaume n’était pas une illusion mais la matrice même de la vie terrestre . Ici , reposaient les vestiges des civilisations englouties , les secrets de l’Atlantide et des druides , le feu originel de l’Escarboucle .

La jeune femme du train l’accompagna jusqu’au Dôme central , où pulsait une gemme gigantesque , cœur battant de la mer . C’était la " Lux Perennis ", la lumière éternelle , source de toute âme .

C’est ici que nous demeurerons désormais , lui murmura-t-elle avec tendresse . Ici se rejoignent ceux qui ont traversé l’épreuve . Rien n’a été perdu de ta vie , de tes combats , de tes échecs !

Ta fidélité y a trouvé sa place . Tu es revenu à la maison .

Alors , Jean comprit que la mort n’était pas une simple fin , mais un passage , et qu’il était désormais , parmi les veilleurs de ce royaume sous-marin , gardien d'un trésor pour l’éternité ! 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Troisième Partie - Lux Perennis - VIII - La Porte Etroite - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

                                                  ___

Notes :

 

19 - CHEMINS D'ÂME MEMENTO ( Souvenirs d'un Voyageur sur la Terre ) - IV - Nice ( 5 , 6 ) -Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - mai 2023 - Tous droits réservés . 

20 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , III , 12 , II - Dans le Palais de Cristal - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 
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L'ESCARBOUCLE - Deuxième Partie - L'Affrontement - VII - Franz Keller .

28 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Le Roi Arthur , de Charles Ernest Butler ( 1903 )

Le Roi Arthur , de Charles Ernest Butler ( 1903 )

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Affrontement )

 

 

 

 

 

 

 

 

VII - Franz Keller

 

 

 

" Le soleil du monde s'est couché , qui brillait sur les peuples , le soleil du droit , l'asile de la paix . "

Lettre de Manfred 1er de Sicile à Conrad IV à-propos de la mort de leur père , Frédéric II

 

 

 

 

 

 

 

16 - Il essaya de se souvenir alors des récits épars de son enfance lorsqu'on évoquait parfois près de lui , à la veillée , son aïeule , née Morlaix de Kermadec , d'une famille de petite noblesse bretonne qui , disait son père , avait servi à la cour de la duchesse Anne .

Il savait aussi qu'un de ses ancêtres du côté maternel , Étienne Le Goff , officier de la Garde du Roi , avait été exécuté en 1794 à Nantes pour avoir tenté de sauver une religieuse venue de Compiègne .
Et surtout , qu'un mystérieux codicille avait été découvert dans les papiers de son père , un parchemin scellé portant un lys effacé , avec la devise latine " Lux perennis " ( lumière éternelle ) . 

À l’époque , il n’y avait vu qu’une curiosité d’archives . 

Mais aujourd’hui , ces bribes formaient une trame : sa lignée avait , à différents moments , frôlé le cercle intime de cette pauvre sœur de Louis XVI , Madame Élisabeth , qui aurait ainsi , en désespoir de cause , en confiant l’escarboucle capétienne à une carmélite chargée de la sauver des horribles griffes de sanglants Révolutionnaires , voulu préserver l'âme du trône et de la Monarchie . Plus il y pensait , plus le puzzle s’illuminait . Son arrière-grand-père archiviste au couvent des Carmélites de Nantes n’avait pas seulement inventorié des manuscrits : peut-être avait-il été aussi dépositaire d'un fragment de la carte menant à la pierre ? Le codex ne serait alors qu’un message destiné à transmettre l’existence du joyau sans jamais en révéler l’emplacement exact . 

Et s’il avait rêvé d’Esther , ce n’était sans doute pas uniquement à cause des manipulations psychiques d’un laboratoire : les ondes minérales , comme si le rubis reconnaissait le sang de ceux qui l’avaient jadis protégé , pouvaient avoir activé en lui une mémoire latente , un appel génétique . Il sentit comme une brûlure au creux de sa poitrine , un mélange de fascination , de colère .
Oui , sa famille avait bien possédé ce trésor , ou du moins , peut-être , la connaissance de sa cache . A présent , c’était à lui , vieil enquêteur désabusé , de choisir : laisser ces héritiers de l’ombre déterrer la gemme , ou , s'il voulait reprendre sa garde avant qu’elle ne rallume les ténèbres du Reich infernal , renouer avec le destin silencieux des siens !

Tombant de fatigue sur le duvet moelleux de son lit , Jean ne put que songer à ce légendaire empereur germanique s'endormant , comme Arthur dans son île , au fond d'une grotte thuringienne et qui , selon Novalis , aurait dû offrir au monde , pour le guérir , sa souffrance gravée sur le coeur d'un grenat pétri de sa chair et de son sang . ( 16 )

N'était-ce point la marque d'un énigmatique passé ?

Et puis n'avait-il pas , en fouillant les fiches d'Interpol , découvert que sa propre famille aurait gardé la pierre depuis le Moyen Âge , avant que des membres pro-nazis de la collaboration ne tentent de l’emporter en Allemagne en 1944 ?
Le carnet d’un ancien résistant parlait même d'un transfert avorté à la fin de la guerre et d'une cachette mystérieuse dans un château du Morvan ..., lieu de convergence énergétique . ( 17 )

Il se rappela également que le fragment caché dans la pierre funéraire mentionnait un " crépuscule " sur une petite île servant de repère qui , à marée haute , n'était qu'un rocher mais que les flux d'équinoxe découvraient brièvement , que la " lumière éternelle " pouvait ne pas être  seulement un rayon de soleil , mais une lueur intérieure , une intime vibration que seul un cœur pur pouvait percevoir à chaque solstice d’été , le soleil couchant s'y glissant , formant un couloir lumineux qui , prolongé , venait frapper l’entrée d'une grotte . Et c'est ce rayon qui , semblait-il , méritait le nom de " Lux perennis " ! Il se mit presqu'à rire de faire semblant de croire à ce qu'il appelait souvent des " racontars de bonne femme " !

Pourtant , réfléchit-il , dans la tradition bretonne , c'était aussi ce " Roi perdu " qui était l’héritier caché du duché , endormi avec son peuple comme la Belle au Bois Dormant . Ne disait-on pas que seule une lumière éternelle ( Lux perennis ) venue de l'espace réveillerait la Bretagne à l’heure du grand retour ? Mais ce mythe trouvait également son écho troublant dans la légende germanique du " Kyffhäuser " , en Thuringe , où l'on racontait que l’empereur Frédéric Barberousse dormait sous la montagne et se lèverait un jour pour sauver l'Empire . Il comprit alors la logique glaciale des conspirateurs : parmi les descendants de cette lignée , il devait être comme Frédéric II , surnommé " Stupor Mundi " , un précurseur de l'empereur endormi , le dernier vivant possédant à la fois la mémoire policière capable de décrypter efficacement un réseau , mais aussi tous ces fragments d’archives familiales . Peut-être que leurs rêves induits n’étaient qu’un moyen de fouiller son inconscient pour extraire ce qu’il ignorait savoir ? , se demanda-t-il avant de sombrer dans une certaine mélancolie . ( 18 )

17 - La nuit était lourde , gorgée d’embruns . La marée d’équinoxe gonflait l’océan comme une bête impatiente . Il arriva essoufflé au crépuscule . Jean Morlaix scrutait la houle depuis la plate-forme rocheuse qui dominait l’îlot . Celui-ci , " Enez ar Roc'h " était à peine mentionné sur les cartes . Pouvait-il s'agir de la fameuse " Île Neuve " ?
Derrière lui , quelques membres du groupe " Kalon Vreizh " , parmi les plus sûrs , se tenaient en silence . Ils portaient des parkas sombres de combat , mais autour du cou , chacun avait noué un mince cordon de laine verte , signe de leur serment de gardiens . 

Le soleil déclinait . Chaque minute comptait . La paroi était humide . Il fallait la descendre en rappel improvisé avec de vieux bouts de cordages trouvés dans la casemate .

En contrebas , l’écume s’engouffrait dans la faille . L'entrée , presqu'invisible , n’apparaissant que lorsque le soleil du crépuscule éclairait une fissure verticale , minuscule , comme une bouche d’ombre , nichée derrière un amas de goémons . Le dernier rayon rougeoyant s'engouffra dans l'interstice , et frappant la dalle au moment où ils parvenaient au seuil , dévoila un relief gravé d'un symbole rosicrucien , croisement de deux cercles , qui indiquait l’emplacement du reliquaire , signe discret laissé par l’ancêtre alchimiste . À l’intérieur , l’acoustique amplifiait le ressac ; chaque vague résonnait comme une note d’orgue , rappelant la " musique des sphères " chère à Saint-Pol-Roux , dont la demeure était toute proche , ainsi qu'à Novalis , le poète romantique .

Sous leurs pieds , dans une crypte naturelle creusée par les vagues , reposait donc le précieux trésor , scellé depuis des siècles dans une dalle d’ardoise . Chaque seconde comptait : dans moins de vingt minutes , la mer remonterait , noyant l’accès . Jean s’écorcha aux arêtes de granit , mais continua . Dans son sac , la clé codée du grimoire cognait contre ses côtes comme un rappel du temps qui file !

Au loin , la mer s’illuminait par intermittence sous la lune voilée .
Il reconnut soudain le clignotement régulier de lampes de plongée .
Ils viennent ! " , leur lança-t-il dans un souffle .

18 - Des bulles éclatèrent dans la passe étroite .
Un premier plongeur surgit , puis un deuxième , leurs combinaisons noires luisant comme la peau d’un phoque .
En quelques secondes , ce fut une escouade entière qui jaillit de l’eau , huit hommes casqués , tous équipés d’armes à feu sous-marines .
Sur leur poitrine , une marque : un cercle blanc traversé d’un éclair runique . L
es hommes d’Ister étaient là , cagoulés .

Leur chef , un certain Franz Keller , ôta son masque .

- Commissaire ... nous vous suivons depuis Nantes !

Deux silhouettes émergèrent alors de la brume salée , armées de pistolets équipés de silencieux , leurs lampes frontales braquées sur lui .

La  Lux Perennis " nous appartient . Remettez la clé !

Le commissaire recula , dos au vide , mais un coup de vent détourna le faisceau lumineux des assaillants , tandis qu'un vif éclat de soleil , traversant l’entre-deux des rochers , frappa la paroi derrière lui .
Dans la seconde d’aveuglement qui suivit , il se jeta dans la fissure étroite , roulant dans l’eau glacée .

- Vous cherchez la lumière éternelle , commissaire ? Sachez quelle appartient désormais à Ister ...

Ses yeux d’acier reflétaient la pâle clarté de la lune .

Remettez nous la pierre ! Elle appartient à l’Europe véritable , lança-t-il d’une voix grave qui portait au-dessus du fracas des vagues . Mais , la gorge serrée , Jean lui répondit qu'elle n'appartenait qu'à la mer et venait du ciel . 
Vous ne trouverez ici que ce que votre cœur mérite !

Keller esquissa un sourire glacé , faisant signe à ses hommes qui se mirent en formation , marchant pas à pas sur la roche glissante .

Derrière , Maëlys , la doyenne du groupe " Kalon Vreizh " , entonna une complainte bretonne qui roulait comme le ressac :

" Kalon Vreizh , digor da sklerijen ..."
Cœur de Bretagne , ouvre-toi à la lumière ...)

Les autres reprirent en chœur .
Le vent sembla se lever avec leur voix , la houle redoubla .
Sous leurs pieds , la dalle du reliquaire vibra , émettant un son grave , presque un battement de cœur .

Les hommes-grenouilles d’Ister , surpris par la résonance qui leur frappait la poitrine comme un tambour invisible , se montrèrent embarrassés .

- Mais avancez ! , leur ordonna Keller .

Alors que les néo-nazis progressaient avec peine , une lueur rouge sombre se mit à filtrer des interstices de la dalle .
Une brume chaude s’éleva , comme si la roche respirait .
Jean sentit la vibration remonter le long de ses jambes , pénétrant sa cage thoracique .
Les mots " Lux perennis " jaillirent de ses lèvres presque malgré lui .

La pierre lui avait répondu .
Une pulsation de lumière écarlate éclatait soudain , plus vive qu’un éclair !
L’océan sembla retenir son souffle . Les lampes des plongeurs vacillèrent , plusieurs hommes reculèrent , comme aveuglés ! 
Le chef tenta de lever son arme , mais une secousse parcourant soudain la roche , l’eau jaillit d'entre les failles , l’enveloppant d’un nuage de vapeur .
Le métal de son pistolet , qu'Il lâcha en hurlant , lui brûla les mains !

Le regard fixé sur lui , l'ex-policier fit un pas en avant .

Le Ciel ne sert qu'un maître , lui dit-il calmement . L'océan reconnaît seulement la lumière qui ne cherche pas à le posséder .

Puis , un grondement sourd monta des profondeurs , faisant surgir une lame plus haute que les autres , qui se dressa derrière le commando .
En un instant , elle les submergea , les projetant vers la passe d’où ils venaient .
Les lampes disparurent dans un tourbillon d’écume !

À l’intérieur , un couloir s’enfonçait . Les rayons du couchant , filtrant par la brèche , se réfléchirent sur les parois ruisselantes , mettant le feu à la dalle circulaire incrustée d’opales et de quartz , disposées en rosace .
Au centre , le petit médaillon d’argent portait la gravure : " Lux Perennis "

En approchant la clé codée du grimoire , le commissaire déclencha un mécanisme ancien :
la rosace s’illumina d’une lueur bleutée , semblable à une aurore boréale miniature .
Le bijou – un cristal vermeil incandescent – apparut dans sa niche secrète , irradiant une chaleur incroyablement douce ! Puis , on entendit le sifflement d'une balle à travers la grotte , un cri jaillit soudain de la gorge de Maelys quand elle vit une petite tache rouge sang sur le vêtement militaire de son cher ami qui tomba comme un bloc dans la faille !

Ensuite , lorsque celle-ci se referma , seul le silence resta , rythmé par le battement sourd de l’Escarboucle et le clapotis des vagues ...

 

 

 

FIN DE LA 2ème PARTIE

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Deuxième Partie - L'AffrontementVII - Franz Keller - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

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Notes :

 

16 - Novalis ( 1772 - 1801 ) :  " Heinrich Von Ofterdingen " ( 1802 , posth. ) III , "L'Escarboucle " ( Der Karfunkel ) .

17 - LENACycle de l'Etoile XI ) , I , 6 - Le Clos-Du-Loup - Copyright Dan Ar Wern / Edilivre - janvier 2021 - Tous droits réservés .

18 -

Vieilles légendes germaniques

Frédéric 1er Barberousse ( 1122 - 1190 ) et Frédéric II Hohenstaufen ( 1194 - 1250 ) - Monument-Souvenir de Bruno Schmitz ( 1858 - 1916 ) en l'honneur du héros légendaire endormi dans une caverne des montagnes du Kyffhaüser ( Thuringe ) .

 

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L'ESCARBOUCLE - Deuxième Partie - L'Affrontement - VI - Novalis .

25 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Novalis / Nova Insula ( Tarmo Juhola - Game )
Novalis / Nova Insula ( Tarmo Juhola - Game )

Novalis / Nova Insula ( Tarmo Juhola - Game )

 

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Deuxième Partie

( L'Affrontement )

 

 

 

 

 

 

 

 

VI - Novalis

 

 

 

" Le monde extérieur est l'univers des ombres , qui projette ses ombres dans le royaume de la lumière . " 

Novalis - Henri D'Ofterdingen ( posth.1802 )

 

 

 

 

 

 

14 - L’ancien policier , le front penché sur le texte du parchemin , demeura , tandis qu’une nouvelle sueur froide lui gagnait la nuque , immobile et figé .
Les lettres du pseudonyme - E S T H E R - semblaient se détacher , vibrer presque , comme pour révéler un autre visage .
Et soudain , longtemps refoulée , une idée terrible , remonta des profondeurs de sa mémoire de flic : Ister ... Hitler ... 10 )

Le fleuve Ister , c'était ce Danube sacré des Romantiques allemands que Novalis avait chanté comme la voie des mystères de la mythologie nordique , et , dans certains cercles d’ésotérisme , l'on murmurait que le nom cachait sans doute l’anagramme de celui qui , un siècle plus tard , devait entraîner l’Europe dans la nuit . La permutation d’une seule petite lettre avait suffi au glissement d’un rêve mystique vers une horrible réalité de cendres !

Durant ses années au contre-espionnage , le commissaire avait étudié les archives de l’Ahnenerbe , la société occulte du Reich , fascinée qu'elle était par les " pierres tombées du ciel " et persuadée que certaines gemmes recelaient une énergie cosmique capable d’accélérer l’évolution humaine .
Des rapports déclassifiés , d'ailleurs , mentionnaient une " Carbunculus Brittany ", escarboucle décrite dans les textes du poète de Weissenfels comme " l’Étoile rouge du sang primordial " , et qu'on disait capable , grâce à un état de conscience où matière et esprit fusionnent , d’ouvrir la " Porte des Origines " ! ( 11 )

La légende voulait qu’en avril 1945 , dans le chaos de la guerre , un convoi secret en provenance de Bretagne ait disparu avant d’atteindre la capitale du Reich qui n’aurait ainsi jamais mis la main sur la pierre . Depuis , certains survivants de l’idéologie nazie , dissimulés derrière le paravent d' organisations philanthropiques ou de sociétés de recherches psychiques , n’auraient jamais cessé de la traquer .

Le commissaire sentit monter en lui une nausée sourde .
S’ils retrouvaient l’escarboucle , ces héritiers de l’ombre pourraient amplifier leurs expériences de contrôle mental en utilisant ses propriétés de résonance magnétique pour induire des états de transe collective . 

C'est ce que lui avait suggéré Klervi Le Guern , parascientifique et physicienne gemmologue , recrutée plus tard par le groupe , lui révélant , lors d’une conférence à Rennes , qu’un ordre occulte ," Die Letzte Flamme " , vouait un culte à une " pierre de feu " que le Troisième Reich aurait recherchée , croyant qu’elle conférait l’ascendant sur les " forces telluriques " . Peut-être l'avaient-ils déjà utilisée contre lui ? , se mit-il à réfléchir soudain . Dans ce cas , la cachette familiale avait probablement été éventée , il y avait sans doute un traître parmi eux ? ( 12 )  
Le vieux flic serra le poing .
Ce n’était donc plus seulement une chasse au trésor .
C’était devenu une guerre souterraine personnelle , 
et lui , dernier détenteur d’indices transmis par sa lignée familiale , se retrouvait à la croisée des chemins . Celui éclairé par l'ancienne lueur d'une carmélite qui avait essayé de le prévenir en songe , ou la nuit glacée d’un ordre qui , sous un nouveau nom , rêvait de restaurer le règne maudit ! Mais il n'avait qu'une seule certitude :
il devait agir vite avant que ne se referme le piège , s’il voulait empêcher que l’escarboucle ne tombe entre de mauvaises mains !

15 - Dans la cathédrale de Nantes , le commissaire , en feuilletant le grimoire tout en observant le mausolée , avait découvert que les mots " Lux Perennis "  y étaient écrits d'une encre légèrement phosphorescente , et que , sous une lumière rasante , certaines lettres du texte révélaient de minuscules points dorés , presque invisibles à l’œil nu , formant un schéma semblable à un solstice solaire qui , en les alignant , apparaissait à un instant précis du jour où un rayon de lumière , traversant le vitrail de la Vierge aux Lys , frappait au crépuscule non pas la tête de lion comme prévu , mais une petite rose gravée sur la pierre . En suivant l’ombre projetée , on obtenait un angle qu’il fallait reporter sur une carte de la vieille cité ducale qui était aussi à l'intérieur de l'enveloppe , petite lueur qui , si on la prolongeait pointait jusqu'à un îlot se trouvant en aval de l'ancienne île Feydeau , aujourd’hui disparu , qui , au XVIIIe siècle , quasi effacé , portait le nom d' Ile Neuve ou Îlette Neuve . ( 13 )

" Là où la lumière meurt , létoile se lève ! , précisait le texte .
  Cherche linstant où le jour devient nuit ,
  Lîle révélera ton cœur ... "

C'est alors qu'en un éclair il revit les vacances familiales chez les cousins de Morgat et la balade en mer dans la barque de " Tadig-kozh " vers les " Tas de Pois " , murmurant à part lui : " Bon sang ! Novalis ... lîle neuve ( Nova Insula ) ... Comment n'y avais-je pas pensé avant ? " ( 14 )

Mais à cet instant même , il ressentit peser une forte pression mentale , comme si on essayait de lire en lui ses pensées les plus intimes . Pour instinctivement brouiller le signal , il s'efforça de penser alors , tout en glissant la carte avant de sortir , dans la doublure de sa veste , à des choses très banales , comme cette vieille chanson bretonne que lui avait enseignée sa chère grand-mère : 

" Ne vo klevet met trouzig hon treid war an traezh , ha kri ar skreved , hag an enez 'vo deomp , marteze ...   " ( 15

Mais un détail l’obsédait : si le mot Novalis lui-même était un piège , une fausse piste semée dans mon inconscient ? , s'interrogeait-il avec angoisse .

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Deuxième Partie - L'AffrontementVI - Novalis - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

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Notes :

 

10 - Ishtar - Hister - Hitler - La Nuit de Cézembre ( Cycle de L'Etoile 5 ) - II , 2 , IV - Labyrinthe - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - Note 23 .

11 - " Ahnenerbe " , institut de recherche nazi créé par Himmler ( 1935 ) dont le siège était à Wevelsburg . Il était chargé d'étudier le patrimoine de la race Indo-européenne nordique et de prouver la superiorité raciale des Aryens - La Nuit de Cézembre ( Cycle de L'Etoile 5 ) - II , 1 , V - L'Empereur Sauvage - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - Note 27 .

12 - Die letzte Flamme = La dernière Flamme .

13 - Lux Perennis = Lumière Eternelle

14 - Tadig-kozh = papy

     - A l'extrémité de la pointe de Pen-Hir ( Beg Penn Hir ) , dans la presqu'île de Crozon ( Cornouaille ) , se trouvent les " Tas de Pois " ( Ar Bernioù Piz / An Daouioù ) .

     - Île Neuve = Novalis ( Nouveau champ , terre vierge ) - Novus = nouveau , Insula = île .

 

15 " Stok Ouzh an Enez, poème de Youenn Gwernig ( 1925 - 2006 ) , chanteur , poète breton( L'on n'entendra que le bruit sourd de nos pas sur le sable , et le cri des mouettes , et l'île sera nôtre , peut-être ... ) - " An Toull en Nor " , Janvier 1964 - pep gwir miret strizh - Tous droits réservés .

 

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L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - V - Esther .

20 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Esther ( 1869 ) , par Jean-François Portaels

Esther ( 1869 ) , par Jean-François Portaels

 
L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Première Partie

( Complot )

 

 

 

 

 

 

 

 

V - Esther

 

Quel est donc le secret que tu me veux apprendre ?  " 

 Jean Racine - Esther ( 1689 ) , Acte II , Scène I .

 

 

 

 

 

12 - Après s'être remis de cette journée d'émotions , longtemps encore , secoué par la découverte du pli cacheté , il resta jusqu'à l'aube assis dans son fauteuil de cuir , les mains posées sur l'accoudoir , le regard perdu vers la fenêtre où les premières lueurs d'un jour nouveau glissaient lentement sur le fleuve , se demandant qui était vraiment la personne qui lui avait envoyé ce recommandé , posé sur le guéridon du couloir , et qui semblait l'observer à son tour , comme un témoin muet des secrets enfouis dans son coeur . Etait-ce un piège ? Et dans quel but ? Quel était son lien de parenté avec cette soi-disant " Esther " ? Avait-elle un rapport quelconque avec celle qui lui était apparue ? Et comment l'autre avait-elle fait pour savoir ? Autant de questions aussi mystérieuses que le parchemin lui-même ... Et qui d'autre pouvait bien être au courant ? , marmonnait-il en observant sur la Loire , un vol de courlis cendrés croisant une envolée de cygnes blancs . Depuis des années , l'homme avait pris soin d'effacer toute trace compromettante de son passé . Même ses proches ne connaissaient rien de certains épisodes particulièrement confidentiels de sa jeunesse . Pourtant , quelqu'un d'inconnu avait retrouvé son nom , son adresse , et avait osé invoquer ce nom d'Esther .

Il se leva , fit quelques pas dans la pièce . Le parquet craqua , lui rappelant sa vieille maison natale où l'histoire , encore une fois , refusait , comme lui , de mourir . 

Un piège ? L’idée s’imposait . Dans sa carrière , il avait vu bien des ruses : de fausses invitations , des rendez-vous qui se terminaient dans l’ombre .

Mais qui , aujourd’hui , chercherait encore à l’atteindre ? Il n’avait plus de pouvoir , plus d’influence . Officiellement , ce n’était plus qu’un vieil homme vivant au bord de l’Erdre . Et pourtant ...

La lettre parlait d’un document " porteur de mémoire " . Et surtout de cette carmélite d'abord miraculée , ensuite suppliciée , dont il croyait avoir rêvé l’apparition la veille , silhouette immaculée au fond du couloir .
Le hasard existe-t-il quand les fantômes du passé se succèdent avec une telle précision ?

Reprenant le pli , il le tourna entre ses doigts .

D'où pouvait-il provenir , se demanda-t-il , avec son odeur bizarre exhalant un parfum grisant qui aurait traversé les siècles ? Celui de madame Elisabeth

À l’intérieur , un second feuillet , jauni , portait une écriture ancienne , plutôt fine , presque tremblée . Quelques mots seulement :

" Ce que Carrier n’a pas brûlé dort encore sous la pierre . Esther t’attend .
Suis la trace des noyés ."

Le nom du sinistre proconsul , bourreau de tant d'innocents , fit à nouveau naître en lui un frisson qui lui parcourut l'échine !

Il se souvint brusquement d’une anecdote familiale à-propos de son trisaïeul qui avait été archiviste au couvent des Carmélites , peu avant que les Révolutionnaires ne le transforment en prison , le vieil homme ayant murmuré un soir , presque pour lui-même , qu’un manuscrit " miraculeusement sauvé " dormait quelque part sous les pavés du quai de la Fosse .

Le coeur battant , Fred Morlaix se rassit . Quelqu'un connaissait donc cette histoire , mieux encore , cette personne , pensait-il , voulait l'intimider . Mais pourquoi maintenant ? Comme une procession d'âmes inquiètes , la lumière chaude , lorsqu'il alluma la lampe de bureau , fit danser devant lui les ombres des bibelots . Dehors , le passage d'une automobile  , ralentissant devant sa maison , se fit entendre . Il se sentait déjà épié , surveillé . Mais elle repartit soudain sans presque faire de bruit ...

Le téléphone sonna un seul coup , suivi d'une tonalité , puis plus rien : silence au bout du fil . Une minute plus tard , cela recommença . Il saisit vite le combiné tandis qu'une voix de femme à l'autre bout , lointaine , lui chuchota d'un souffle à peine avant que la ligne , brutalement , ne se coupe :

- Ne craignez pas . Je suis Esther ...

Il resta figé , le coeur battant . le complot venait de s'épaissir . Un message ? Au fond de lui , une intuition fulgurante lui disait que s'il voulait comprendre , il lui faudrait bientôt retourner là où tout avait commencé sans qu'il s'en rende vraiment compte , au pays perdu de sa mère et des îles perdues de son enfance !

13Il sentit le sol se dérober sous ses pieds lorsque l’idée prit enfin corps définitivement dans son esprit . Esther n’était peut-être pas une personne .

Ou pas seulement . Depuis quelques mois , des rumeurs étranges , figurant dans certains bulletins confidentiels , parlaient d'un groupe de chercheurs , mêlant neurologues et informaticiens , qui avaient travaillé au développement d'une technologie capable d’induire des rêves dirigés à distance . Un procédé à la frontière de l’hypnose , de l’électromagnétisme et de l’intelligence artificielle . L'article faisait état de signaux imperceptibles , diffusés par les ondes de téléphonie ou de fibre , permettant d’imprimer dans l’inconscient des images , des sons , des sensations ... comme des songes d’emprunt .
Lui qui avait cru à une vision mystique commençait à comprendre que ses " apparitions " pouvaient avoir été ... fabriquées ! 
Quant au pseudonyme d'Esther , emprunté à la carmélite martyre de Nantes , qui évoquait la pureté , le sacrifice , il pouvait également bien servir de masque à une entreprise beaucoup plus profane , peut-être une organisation tapie derrière toutes ces manipulations , comme jadis , un collègue des services secrets le lui avait suggéré , parlant d’un cercle obscur opérant depuis Genève et Bruxelles , connu dans certains milieux sous l’acronyme E.S.T.H.E.R. :
Expérimentations Synaptiques et Transmissions Hypno-Électriques Rémanentes .
Il avait d'abord cru à une plaisanterie . Mais aujourd’hui, le souvenir prenait une teinte glaciale.

Leur but ? , se demanda-t-il une fois de plus alors qu'une sueur froide glissait le long de sa nuque .

Sa propre famille avait eu des liens avec la ville de Compiègne . Il l'apprit par la suite . Son grand-oncle , officier de la Marine , y avait servi en tant qu'agent du secret royal avant 1792 . Et lui-même conservait dans ses papiers un vieux plan des souterrains de la forêt compiégnoise , hérité de cet ancêtre qui lui avait aussi transmis le virus de la police clandestine .

Voilà donc pourquoi " Esther " s’intéressait à lui .
Son inconscient , stimulé par des rêves artificiels , n'était que la clé d’un itinéraire oublié .
Le mystérieux parchemin de Nantes n’était qu’une étape , une invitation déguisée à rouvrir la route qui menait , par fragments de mémoire , jusqu’à la cache où sommeillait depuis deux siècles  l’escarboucle de Madame Elisabeth , héritage de
l'ancienne duchesse de Bretagne et de la dynastie qui avait fondé la France ! 

Dehors, le vent fit vibrer les vitres davantage .
Il se leva , soudain lucide , se remémorant ce que lui avait dit son grand-père : avant que la famille royale ne soit conduite au Temple , Madame Élisabeth avait confié la pierre à une religieuse de Compiègne en route pour Nantes , celle-ci la dissimulant dans un petit reliquaire . Mais les Conventionnels , qui , par quelque traîtrise , en avaient été informés , cherchaient à s'approprier par tout moyen ce joyau capable , selon la tradition légendaire , de faire basculer les empires !

 

 

 

FIN DE LA 1ère PARTIE

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Première Partie - ComplotV - Esther - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés . " L'ESCARBOUCLE " - Copyright 2025 .                                               

 

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L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - IV - Le Parchemin du Mausolée .

20 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Gisant du duc François II

Gisant du duc François II

 
L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Première Partie

( Complot )

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - Le Parchemin du Mausolée

 

" Qu'importe , si Dieu me donne la force . " 
 

 Blanche , Dialogue des Carmélites , deuxième tableau .

Georges Bernanos ( 1949 )

 

 

 

 

7 - Le lendemain , la pluie fine du matin avait laissé sur la haie de buis de petites perles de lumière , lorsque la silhouette familière de Blanche , la factrice , apparut au portail , lui apportant une lettre recommandée au cachet rouge , curieusement signée " Esther ", du même prénom que la personne qu'il avait vue en songe la nuit dernière , et qui lui disait de se rendre dans un lieu mystérieux , peut-être une église , où , derrière une statue , il devrait chercher un manuscrit relatant le massacre des populations de l'ouest pendant la révolution , laissé par une jeune professe carmélite de Compiègne originaire de Nantes qui avait , par cette mission , miraculeusement échappé à la guillotine , en étant chargée de le cacher comme témoignage pour les temps futurs .

Le nom de l’expéditrice avait fait battre son cœur plus fort . Ne l'avait-il pas murmuré toute la nuit , lors d’un songe trop vif pour n’être qu’un rêve , celui de la femme inconnue – et pourtant si proche – qu’il avait vue se pencher sur lui , comme un reflet de son âme !
Il ouvrit l’enveloppe avec lenteur.
L’écriture , fine et ferme , vibrait d’une urgence silencieuse :

 " Va , demain dès l’aube , dans le Temple dont le clocher veille sur la rivière .
Derrière le tombeau de François 
, tu trouveras le livre
. "

Un frisson parcourut ses épaules . Comment pouvait-elle savoir ?

Était-ce un piège , une coïncidence ? Ou bien la preuve que son rêve n’avait pas été une simple invention de l'esprit , mais un appel ? En tout cas , les mots semblaient respirer sur la feuille , comme s’ils avaient été écrits bien au-delà du temps . Levant les yeux vers la fenêtre , il entendit au dehors le vent de mer faisant danser des tourbillons de pluie sur le vieux clocher qu’il apercevait au loin .

Le mystérieux grimoire , espérait-il , serait encore là , témoignage du calvaire de tout un peuple , et manifeste du groupe " Kalon Vreizh " dont il faisait secrètement  partie , lui qui l'avait caché tout seul en cet endroit , voulant continuer à entretenir , par ce document que son père lui avait transmis , la flamme vivante du souvenir des morts de la Révolution .

Souvent , il se dirigeait depuis les rues obscures de la vieille ville vers la façade lumineuse du navire-cathédrale , se plaisant à y voir surgir , à l'intérieur , dans le clair-obscur de sa nef immense , comme figée dans l'éternité , où elle s'élevait , fumée d'encens , telle une prière au-dessus du gisant de marbre du dernier duc de Bretagne et de son épouse , veillé par quatre vertus de pierre , immuables gardiennes , la lumière céleste du vitrail de la Vierge-aux-Lys venant , au centre du choeur , l'éclairer , drapant de sa nappe de blancheur bleu nuit , presque lunaire , le calme souverain du couple endormi dans le silence des siècles . ( 5 )

Le contenu du livre , il s'en souvenait , racontait le calvaire des seize carmélites , mais aussi le fait que la soeur de Louis XVI , Madame Elisabeth , les avait visité peu avant , car elle connaissait mère Henriette de Jésus , maîtresse des novices , mais aussi le sinistre présage dont elle avait entendu parler lorsque à l'âge de dix ans , peu après les festivités du mariage de son frère , en 1770 , la jeune princesse avait été choquée d'entendre d'elle un récit des sinistres mouvements de foule qui avaient entraîné la mort cruelle de nombreux badauds parisiens ! ( 6 )

Dans l'odeur de cire éteinte et de pierres mouillées , chacun de ses pas , dont l'écho discret semblait répondre au battement de son cœur ému , résonnait sous les voûtes.

Il s’agenouilla près du mausolée .
Derrière le socle , ses doigts rencontrèrent une aspérité , puis la couverture râpeuse d’un petit volume emmailloté dans une étoffe de lin jauni .
Comme s’il avait absorbé la trace des temps révolus , le paquet recouvert d'étoffe exhalait une vieille odeur d'armoire , de velours terni , de moisissure . Le visiteur en défit les liens .
Dès la première ouverture , il se rappela qu'une pellicule d’or s'était levée dans la lumière vacillante des bougies . Les lettres du prologue , tracées à la plume d’oie , dansaient aujourd'hui devant lui sur le papier couleur ivoire . À mesure qu’il commençait à le relire , le murmure de la cathédrale changeait de tonalité : les craquements du bois , le soupir du vent , tout semblait se mêler à la voix invisible de la carmélite . Une fois encore , sous la lueur vacillante et crépusculaire des ogives du transept , il le déchiffra rapidement , puisqu'il en possédait , à son domicile , un double dactylographié .

8 - Les premières phrases du recueil , tracées à la plume d'oie , tremblaient encore sous ses yeux :
Que le Seigneur accueille ma pauvre vie comme une ultime offrande Que ce livre soit gardé , non comme une accusation , mais comme une lampe pour les temps futurs .
Nous étions seize , pauvres filles consacrées au silence , quand les vents de la Révolution se levèrent contre l’Épouse du Christ . De Compiègne à Paris , la hache attendait . Mais avant que l’orage ne nous disperse , il nous fut donné de recevoir une visite qui marqua nos âmes d’un sceau indélébile . 
C’était peu avant l’année terrible , au début du règne de la Terreur . Madame Élisabeth de France , sœur bien-aimée de Sa Majesté Louis XVI , se présenta à notre grille . Son regard doux portait déjà l’ombre du sacrifice . Elle nous parla comme une amie d’enfance – et elle l’était : jadis , lors des noces de son frère à Versailles , notre Henriette , notre bienfaitrice , avait pu faire sa connaissance jouant avec celle qui n’était alors qu'une petite fille insouciante . Puis , la noble princesse parla des feux d’artifice de 1770 , des lampions et des cris de joie qui , soudain , devinrent clameurs de mort quand la foule s’écrasa dans la nuit lors du " grand étouffement de la place Louis XV " , cette 
bousculade ayant entrainé la chute de nombreux spectateurs dans les fossés , tandis que dautres furent impitoyablement écrasés sur des blocs de pierre ! " ( 7

Avant même de tomber , la plupart périrent étouffés , précisait encore le texte , affirmant que ce désastre avait ravivé plus tard , chez la soeur du Roi , une plaie sanglante , un pressentiment des malheurs à venir ! 

" Elle nous exhorta à la constance , à la fidélité malgré les persécutions qui déjà s’annonçaient , poursuivait la religieuse . Et lorsqu’elle nous confia qu’elle-même n’échapperait sans doute pas elle-même au destin de son frère , ses mains , fines et blanches , tremblèrent . Mais elle avait la certitude que l’innocence devait passer par le martyre pour que la France soit purifiée . Peu de temps après , d'ailleurs , nous fûmes arrêtées . Car on nous reprochait nos vœux , notre silence , notre simple loyauté . On nous mena toutes vers Paris pour nous conduire à la Conciergerie , puis à la guillotine . Une à une , nous montâmes l’échafaud en chantant le Salve Regina " , et l’air de la rue , ce soir-là , vibrait comme une cloche d’espérance . Moi , qui fus chargée de ce message par un mystérieux concours de circonstances , j’échappai par miracle à la hache grâce à un enchaînement de retards et d’ordres contradictoires " ( )

La poussière s'était soulevée au fil des pages , l’impression que la voix d’Esther – ou de la carmélite – , plus que la première fois , traversait le temps pour lui parler directement , comme si ce témoignage avait attendu précisément cette heure afin de retrouver sa pleine valeur .

" J’ai caché ces pages , terminait-elle , afin que les générations futures sachent que le sang versé ne fut pas celui de rebelles mais d’âmes pacifiques , données en offrande pour la paix du royaume . 

Qu'elles soient gardées , non comme une accusation , mais comme une lampe pour éclairer les temps à venir ... Souvenez-vous de Madame Élisabeth , de son sourire calme , de sa main qui bénit la France au moment de mourir . Souvenez-vous que la joie de l’enfance peut devenir la semence du martyre ! "

9 - Les mots vibraient dans l’air froid , comme s’ils étaient prononcés à l’instant même par une présence proche . Il revoyait , derrière le voile du temps , la silhouette douce et grave de Madame Élisabeth , franchissant la grille du couvent , portant déjà dans ses yeux le reflet du martyre de ses soeurs , les carmélites de Compiègne montant l’échafaud , chantant un cantique s’élevant dans la nuit de Paris .
Les noces de 1774 , le tumulte de la foule écrasée sous les feux d’artifice , la Révolution ... , tout se superposait comme un palimpseste vivant !

Chaque syllabe , à travers la cathédrale , semblait respirer plus fort comme une larme venue d’un autre âge , goutte de cire glissant sur la pierre .
Il sentit le froid du marbre sous sa paume , mais aussi une chaleur mystérieuse , comme si le tombeau lui-même se souvenait .

Quand il releva la tête, le silence était absolu.
Seule la lueur des cierges éclairait le visage endormi du duc et de Marguerite .
Il eut l’impression que leurs paupières pouvaient s’ouvrir d’un instant à l’autre , qu’ils savaient déjà ce qu’il venait de lire .

L'opuscule tremblait légèrement entre ses mains.
Plus qu’un témoignage , il sentit que c’était un appel , un pont jeté entre un présent fugace et des âmes sacrifiées dont l'effroyable secret , qu'il avait cru sous bonne garde , se trouvait enfoui ici à jamais .

Il referma doucement l’ouvrage , le cœur serré , pensant l'emporter dans son sac , puis , l'enfermant dans une cheminée de la crypte où se trouvait un coffre codé , à l'abri des regards .
La cloche du beffroi sonna une heure indécise au loin . Quand il rentra chez lui , il comprit que , désormais , sa propre vie entrait dans l’histoire de ce martyre , et que le message d’Esther n’était qu'un commencement .

10 - La cathédrale semblait soudain plus vaste , plus vide , maintenant qu'il était parti loin d'elle , dans sa chambre . Mais il entendait toujours le souffle du vent glissant comme un murmure entre les piliers , soulevant en une danse lente les flammes des cierges .
Dans ce silence chargé d’échos , flottait un parfum inattendu , une senteur de cire chaude mêlée à de la fleur d’oranger , si subtile qu’il crut d’abord l’imaginer . 
Puis , au-delà du monument funéraire , la lumière changea .
Un rayon de lune , venu d’on ne sait quel interstice , s’était allongé sur le dallage .
Dans ce halo , une silhouette s'était dessinée - d’abord sous la forme d'une ombre , ensuite , plus douce et précise .

Une jeune femme , vêtue d’un habit de carmélite , se tenait là , les mains croisées sur la poitrine .
Son visage , encadré par le voile blanc , semblait irradié d’une clarté intérieure .
Les yeux , d’un bleu profond , le regardaient sans le juger , comme s’ils connaissaient déjà chacun de ses doutes .

Voulant lui parler , pas un son ne put franchir ses lèvres . Quant à elle , inclinant la tête vers le parchemin posé sur la pierre , elle souriait légèrement , comme la Vierge aux Lys , paraissant l'inviter à cacher autre part son précieux trésor . Et dans ce geste muet , plein de douceur , il avait compris ce qu'il devrait faire . Un frémissement , semblable à un soupir d’orgue , avait parcouru la nef avant qu'il ne s'en aille . Il crut alors percevoir clairement le son de sa voix :

" Souviens-toi ! " , lui disait-elle . 

Peu après ,  le rayon se dissipa , la silhouette , se fondant dans la nuit du transept , il ne resta plus que le battement sourd de son cœur et l’odeur indicible de son parfum .

 

11 - Le livre s’ouvrait maintenant sur ses dernières feuilles , plus sombres , tachées d’une encre qui semblait mêlée de larmes . L'homme , allongé sur son lit , le relisait avec attention :

 Avant le sang des nôtres , vint l’eau du fleuve , instrument d’un supplice nouveau .
On parlait d’
" immersions républicaines " ,  mais c’étaient des noyades criminelles , des mariages de mort !
Le sinistre Carrier , commissaire comme lui , mais représentant politique de la Convention logeant à l'hôtel de la Villestreux ,  donnait l'ordre de ces exécutions qu’il appelait plaisamment déportations verticales " .
Des chaloupes partaient la nuit 
, pleines d’hommes , de femmes , d’enfants , les mains liées derrière le dos que l'on jetait dans la Loire , lestés de cailloux , tandis que les soldats riaient dans la brume et qu'à chaque aube nouvelle Nantes puait la vase et le sang mêlés 
! " 

Les mots vibraient sous ses doigts d'une manière si intense qu' il croyait entendre le clapotis du fleuve , tout près de son domicile , et , pendant qu' une odeur d’eau froide et de corde mouillée semblait monter soudain de la Loire , les cris étouffés , le rire ivre des bourreaux !

Puis venait la dernière confession de sa lointaine cousine , peut-être , tracée d’une écriture plus nerveuse :

" Moi , dernière de mes sœurs , j’ai caché ce livre dans la maison de Dieu , afin qu’il témoigne .
J’ai vu mes compagnes monter une à une l’échelle du martyre
, j’ai entendu le chant des noyées sur la Loire 
!
Ma grâce fut de survivre le temps de sceller ces pages . Mais je sais que ma fuite ne sera que de courte durée .
Déjà , on me cherche . Demain , je me livrerai .
Que mon corps suive celui des innocents ; que mon âme soit portée par le courant des bienheureux .
Je m’en vais au-devant du dernier sacrifice .
Que le Seigneur 
, qui m’a prêté ses mots , m'accueille comme une ultime offrande 
"

Ses paroles , comme si en tremblant , elles écrivaient la mort déjà présente derrière son épaule , parurent se dissoudre dans la lumière vacillante .
Il sentit l'eau glacée de sa tombe contre son front .
Dans son esprit , se superposaient la nef silencieuse et le visage de la jeune femme inconnue qui , après avoir confié son récit au sanctuaire , acceptait maintenant de disparaître , elle aussi , dans les eaux noires de la Loire charriant ses noyés .

Brusquement , les vitres de la maison grincèrent sous l'action d'une bourrasque !
Le silence qui suivit pesa comme l'éternité .
Il comprit que ce n’était pas seulement une page d’histoire parmi tant d'autres , mais un flambeau pour celui qui oserait , un jour , dire la vérité sur les massacres de Nantes .

La mémoire des noyades , le courage de la carmélite et son sacrifice vivraient désormais en lui , irrévocablement .

Dehors , la Loire roulait son flot noir et tranquille sous la lune impassible .
Chaque vague semblait murmurer l’écho des noyées , ramenant au rivage la promesse silencieuse d’une justice que ni l’eau ni le temps ne pourraient effacer .

 

 

( A Suivre )

 

                                                              ___

 

DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Première Partie - ComplotIV - Le Parchemin du Mausolée - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

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Notes :

 

5 - Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes qui abrite le gisant du duc François II (  Frañsez II , 1435 - 1488et de son épouse , la duchesse Marguerite de Foix Marc'harid Foix , 1449 - 1486 ) .

6 -  Madame Elisabeth ( 1764 - 1794 ) , soeur du roi Louis XVI , morte guillotinée le 10 mai .

   -  Sainte Mère Henriette de Jésus ( 1745 - 1794 ) , née Marie-Françoise-Gabrielle de Croissy , maîtresse des novices , l'une des seize carmélites guillotinées .

7Le " grand étouffement de la place Louis XV " est un évènement dramatique au cours duquel plusieurs centaines de personnes périrent étouffées ou écrasées dans la soirée du  dans un mouvement de foule sur la place Louis-XV de même qu'à l’entrée de la rue Royale lors de festivités données en l'honneur du mariage du dauphin de France avec l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche .

8Les carmélites de Compiègne sont seize religieuses carmélites condamnées à mort et guillotinées le 29 messidor an II ( ) par le Tribunal révolutionnaire au motif de " fanatisme et de sédition " , qui ont été canonisées le 18 décembre 2024 par le pape François .

9 - Les " Noyades de Nantes " , crimes de la Terreur ayant eu lieu entre novembre 1793 et février 1794 à Nantes . Pendant cette brève période , des milliers de personnes , suspectes aux yeux de la République ( prisonniers politiques , de guerre , de droit commun , gens d'Église et leurs familles ) , furent noyées dans la Loire sur ordre de Jean-Baptiste Carrier ( 1756 - 1794 ) . Ces victimes périrent ainsi dans ce que Carrier appelait le " Torrent révolutionnaire " ou la  " baignoire nationale ".

  - L'Hôtel de La Villestreux ou Villetreux ) est un hôtel particulier de style néo-classique bâti au milieu du XVIIIe siècle , situé sur la place de la Petite-Hollande , à l'extrémité ouest de l'île Feydeau , dans le centre-ville de Nantes .

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L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - III - Dans le Fracas des Guerres .

17 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Bataille de Saint-Aubin

Bataille de Saint-Aubin

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Première Partie

( Complot )

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Dans le Fracas des Guerres

 

" O femme affligée , battue par la tempête , inconsolée , voici que je pose tes pierres sur des escarboucles , tes fondations sur des saphirs , je ferai tes créneaux en rubis , tes portes d'un rouge ardent , de gemmes ravissantes toute ton enceinte ... " 
 

 Isaïe , 54 , 11 et 12 .

 

 

 

 

5 - Alors qu’il s’assoupissait un soir dans son fauteuil , une impression étrange se forma derrière ses paupières . Non pas un rêve , mais une  présence . Quand il rouvrit les yeux , c'était elle encore qui était là , belle comme une flamme contenue , le regard clair , le sourire tendre , assise à quelques pas de lui .

Il la reconnut aussitôt . Bien qu’il ne l’eût jamais rencontrée , c’était elle , évidemment ,  cette jeune fille morte si jeune , dont il avait  su l’histoire , et dont le passage terrestre avait eu , pour beaucoup , de tels accents de sainteté . Mais il eut un sursaut de plus lorsqu'il vit briller de toute sa force à son cou une escarboucle , pierre flamboyante que les anciens guerriers celtes comparaient à " l'oeuf rouge du serpent marin " , talisman qu'elle lui avait sans doute montré dans une vision , juste après sa mort ,  mille ans plus tôt ! ( 1

N'était-il pas alors le fils d'un valeureux chevalier breton parti pour la première croisade , qui , avant de mourir sur le champ de bataille , avait essayé de transmettre à son fils l’idée d'un tel service dans la fidélité ? Mais lui , dégoûté par une guerre tellement cruelle qu'il l'avait jugée aussi sanglante qu' inutile , s’était tourné peu à peu , profondément marqué par la mort brutale de sa fiancée , Aziliz , la fille au bijou , dernière victime d'une époque assez barbare , vers la prière , et prenant , au lieu de suivre le chemin des armes , celui de Brocéliande , il avait fini par s'établir dans une de ces cabanes de branches de racines et d’eau claire , où , méditant là , dans le silence des futaies , connu sous le nom d'Eon de L'Etoile , celui qu' on appellerait bientôt le " sage " de la forêt légendaire et qu'on viendrait voir d'un peu partout , goûtait aux révélations du monde invisible ... ( 2 ) 

6 - Puis une autre image vint à son esprit , dans le fracas des armes de Saint-Aubin-du-Cormier , lorsqu'il entendit les cris des Bretons tombés , le râle des mourants , la fumée des arquebuses . Blessé , il avait survécu , portant dans son âme le deuil de toute une nation vaincue et celui de François de Rohan , son courageux ami , tué au combat . Lorsqu'il s'était mis à genoux devant lui pour prier , vêtu de noir , sa face éclairée d'une lumière resplendissante l'obligea de baisser les yeux tant il était ému , bouleversé par cette grâce indicible irradiant son être impur d'étranges rayons venus du ciel . Son cher compagnon rejoignait-il ainsi sa jeune fiancée qui venait de mourir dont la robe vermeille resplendissait en son oeil crépusculaire de tout l'éclat d'une parure éblouissante ? ( 3 )

N'entends-tu donc pas l'orage qui gronde et qui s'approche de toi ? , lui murmurait cette fleur aimable aux tendres clartés d'aurore boréale .

J'ai tant prié , j'ai souffert ... l'heure épouvantable approche , ne veux-tu pas venir sur mon rempart ?

Quand la lueur incendiaire quitta le cadavre , trois perles de larmes coulèrent sur le sol , comme pour éteindre le feu de la colère divine , puis , tel un éclair de mort déchirant les nues , comme s'il éclatait en sanglots , le firmament se croisa d'une barre rouge en forme de branche enflammée d'où s'échappaient des gouttes sanglantes !

- Mon Aziliz ! , soupira le vieil homme avec autant d'étonnement que de gratitude . Car il n'était pas endormi , mais parti dans une autre dimension , sans doute un univers parallèle où il ne ressentait plus rien de son mal ! 

- Pourquoi me donnes-tu encore ce nom , très cher ? , lui dit-elle , si heureuse , en apparence , de changer d'identité .

Je préfère celui d'Esther , " Celle qui montre la route " ... 

Et maintenant , tait-il pas trop tard , soupira-t-il encore , pensant peut-être à toutes ces horribles scènes de malheur et d'atrocités du futur ?

Il crut alors tomber à toute vitesse dans une espèce de puits sans fond , spirale tourbillonnante à la poursuite de son double , au coeur d'un long tunnel interminable lui faisant revivre différentes étapes majeures de sa vie et bien d'autres scènes encore qu'il ne pouvait décrire , où il allait à la rencontre d'un immense phare inversé dont il se mettait à descendre les dalles de pierre usées par le temps ! N'était-il pas lui-même un criminel ?  

Puis , dans ce labyrinthe où tout s'écroulait , frissonnant de fièvre , il se réveilla en sueur , et quelques minutes plus tard , se mit à remuer encore tout cela , les yeux à peine ouverts , fasciné par l'immensité du cosmos étoilé qui , au milieu d' obscures guenilles de nuages , l'entourait au bout de l'énorme gouffre de ténèbres trouant l'espace pendant qu'il se revoyait au moment où tout lui avait semblé si sombre , se rappelant , comme l'évoquait aussi le martèlement de la pluie sur le toit , cette résonance en lui d'un glas sépulcral , quand , à minuit sonnant , les fantômes insatisfaits de l'au-delà hurlaient en vain pour l'entraîner de leur côté !

D'ailleurs, n'était-ce pas le vertige de leur chute interminable , se demanda-t-il ensuite , qui l'avait conduit dans ce voyage horrible à travers l'infini ?

 

 

        

( A Suivre )

 

                                                              ___

 

DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Première Partie - ComplotIII - Dans le Fracas des Guerres - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

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Notes :

1 - Chez les peuples celtes , l'oeuf de serpent fait l'objet d'une quête spirituelle comparable à celle de la Pierre Philosophale ou du Graal : Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - XIII - Epilogue - 12 - Le Secret d'Eon de l'Etoile - L'Enfance d'Eon de l'Etoile 4 ( II , En Bretagne ) - Note 50 - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

2Eon de l'Etoile ( + 1150 ) , du latin Eudo de Stella , était un chef religieux breton considéré comme un nouveau " Messie " cathare . Associé au personnage de Gaël de Koadkaden dans " Le Passeur des Mondes " ( qu'il représente en quelque sorte ) . Personnage 167 du " Cycle de L'Etoile " .

3 - Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ( 28 juillet 1488 ) : l'avant-garde bretonne , commandée par le Maréchal de Rieux , repoussa la première ligne française , mais un mouvement des allemands pour se mettre à l'abri de l'artillerie ayant rompu la ligne de bataille du duc , la cavalerie française la chargea et la coupa . Le carnage , , devint général . Six mille bretons furent tués . Le duc d'Orléans , futur Louis XII , et le prince d'Orange furent pris .

   - François de Rohan , fils de Jean II de Rohan et de Marie de Bretagne , proposé au duc François II comme époux de la duchesse Anne de Bretagne , fut tué à 18 ans lors de la bataille de Saint-Aubin qui sonna le glas de l'indépendance du duché .

4LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - SilsV - Celle qui Montre la Route -Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Aug. 2025 .LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 - All rights reserved .

 

 

 

 

 

 

 

 

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L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - II - Apparitions .

16 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

Reflet - David Peterson

Reflet - David Peterson

 

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

Première Partie

( Complot )

 

 

 

 

II - Apparitions

 

" Il est des nuits où je m'absente ,

  Discrètement , secrètement ..."

Jean-Roger Caussimon - " Nuits D'Absence . *

 

 

 

2 - Elle revint la nuit suivante , assez discrète , mais toujours plus réelle , parlant doucement à son coeur du monde spirituel où elle vivait .

Ici , vois-tu , la vie n'est pas faite de murs et de pierres . Nous habitons des paysages que nous portons en nous . Quand l’âme s’élève , elle retrouve les couleurs qui lui ressemblent , les champs de musique , les rivières de lumière , les maisons de tendresse . Tout est construit par la force de l’amour et du souvenir . Tu aimerais voir ?

Alors , plus vite qu'en songe , il se trouvait transporté dans des vallées immenses baignées de clarté , où des êtres translucides pouvaient se reconnaître sans paroles , par la seule vibration de leur être . Au loin , des cathédrales de verre s’élevaient , dont les voûtes résonnaient comme des chants d’orgue . Et plus haut encore , des sphères de pure lumière où nul mot humain ne pouvait décrire ce qui se jouait .

Chaque vision l’apaisait . Chaque retour sur Terre , au matin , lui laissait une nostalgie étrange , mais aussi , en même temps qu'une grande fatigue , une force nouvelle naissait en lui . Sans doute crut-il rêver les premières fois .

Puis il comprit que ce n’était pas une simple plaisanterie , qu'elle était bien là , non pas comme un spectre , mais comme une conscience vivante qui entrait dans la sienne . Elle lui expliqua , d’une voix claire , ce qu’il devait comprendre :

- L’Au-delà n’est pas un autre pays , ni un autre temps . C’est le monde de la conscience nue . Ici , plus rien ne se cache . Ce que chacun est en vérité se montre aussitôt . Tu considères l’autre un peu comme est perçu un animal sur Terre , dans son espèce et dans sa nature . Mais ici , c’est l’âme qui le révèle ainsi , sans déguisement .

Le sénior à l'allure d'adolescent frissonna .
- Alors , plus aucun secret n'est possible ?
- On peut préserver son intimité , si on le désire . Mais tout ce qui est mensonge ou masque s’effondre comme un château de sable . C’est pourquoi , au début , beaucoup d’âmes , découvrant ce qu’elles ont fui , s’effraient d’elles-mêmes . D’autres s’apaisent car elles trouvent enfin leur vérité .

Elle lui fit un beau sourire , ajoutant :
- Moi , je suis devenue la gardienne de notre demeure commune . Ce lieu que tu vois - ce jardin , cette maison - ce n’est pas un décor . C’est le fruit de notre union spirituelle . Mais je n’y fais entrer que ceux qui sont proches de nous , ceux que je choisis , car il faut protéger la pureté de ce que nous sommes .

Il s’étonna de sa fermeté .
Tu sembles si douce , et pourtant si décidée .
Parce que c’est ici que tout se construit . Là où nous sommes , chaque pensée crée , chaque sentiment bâtit . C'est pourquoi il faut veiller . C’est ça , monsieur le chevalier , la vraie noblesse : garder une demeure intérieure , où l’amour peut respirer sans souillure .

Un soir , elle lui parla plus directement encore :

Toi non plus , tu ne sais pas vraiment qui tu es . Tu crois être un homme d'expérience , avec ses souvenirs , ses limites . Mais dis-toi qu'ici , tu es une puissance dans le Ciel , et que le temps n'existe pas . Dieu a voulu notre union .

Pas comme un simple hasard d’âmes qui se retrouveraient , mais comme un dessein plus grand . Moi , je viens d’un autre lieu , d’un autre peuple . Et pourtant , Dieu veut que ma lignée spirituelle s’unisse à la tienne . Dieu veut la France - mais pas la France telle qu’elle est aujourd’hui , injustement égarée . Il veut la France renouvelée , fidèle à sa vocation première . Non , mon ami , tu ne sais pas encore qui tu es .

Ces paroles le bouleversèrent . Quelque chose en lui vibrait d’un accord profond , comme si une mémoire ancienne se réveillait soudain . Pourtant , lorsqu'il les entendit , le pauvre solitaire , dans son fauteuil , sentit qu’elles portaient une vérité bien trop vaste pour cette caricature mensongère qu'il croyait incarner , celle de la déchéance humaine !

Alors ... je suis plus que ce que j’avais cru ?
- Bien plus . Tu as porté , à ton insu , un manteau qui ne t’appartenait pas .

Mais ici , tu apprendras ton vrai nom , ta vraie origine . Et tu verras que ton destin était lié au mien depuis toujours .

Prenant doucement sa main dans la sienne , elle lui fit sentir en un éclair l'abime d'intelligence qui le séparait de lui . Alors , dans son regard , le vétéran ne vit plus seulement la jeune fille , mais une flamme qui portait le sceau de l’éternité !

3 - Un autre soir , elle l’emmena plus loin . Comme allégé , il sentit son corps se détendre , et soudain il se retrouva hors de la chambre . Ils flottaient ensemble dans l’espace , glissant comme deux météores dans la nuit étoilée .

Nous ne marchons pas , nous ne volons pas : nous sommes là où nous le désirons . Regarde !

Ils se posèrent au-dessus d’une mer argentée , puis dans un désert de sable rougeoyant .

Puis encore plus loin , c'était une planète étrangère , au ciel de cuivre , où des fleurs musicales , sous des soleils multiples , balançaient leurs corolles cristallines !

- Par ici , vivent d’autres consciences , différentes des humaines . Nous pouvons les visiter , les comprendre , et pourtant rester liés à notre monde . L’univers entier est notre maison .

Le vieux jeune homme tremblait de joie et d’incrédulité .

Mais alors ... la mort n’est pas une fin ?
- Non . C’est une expansion de la matière subtile , un accès à quelque chose de beaucoup plus vaste . Nous pouvons revenir vers ceux que nous aimons sur Terre , leur inspirer des pensées , les consoler dans leurs rêves . Nous pouvons en même temps nous tourner vers la Lumière divine , qui nous attire , là-bas , comme un soleil intérieur .

4 - Lui qui avait inconsciemment défendu l'idée officielle de Bretagne républicaine , découvrait maintenant que cette union nouvelle avec une vieille famille de la noblesse , était un signe , peut-être d'une vie antérieure proche des martyrs de Versailles , des Chouans , d'un renouveau de la vraie France dans ses racines les plus profondes , qu'elle n’était pas en opposition systématique avec son enracinement , mais qu’elle s’élevait plus haute , à travers l’union de terroirs , de lignées , de mémoires sacrificielles . Dans ses apparitions , la jeune fille noble devint signe d'unité : Chouans et cathares - toutes ces identités de souffrance - convergeaient vers une demeure idéale à restaurer , transfigurée en sa mémoire .
Elle parlait souvent de ce lieu spirituel qu’elle protégeait . Mais une nuit , son regard devint plus grave .

- Dans ta famille , on a défendu la Bretagne , n’est-ce pas ? Certains , même , se sont battus pour sa langue , sa culture . Toi aussi , tu as souffert malgré toi de la voir écrasée !

Il hocha la tête , surpris qu’elle dise avec tant de justesse quelque chose qu'il avait toujours plus ou moins laissé de côté . 

- Oui ... Malgré ma réserve obligatoire , j’ai toujours pensé que la France nous trahissait . Que nous étions condamnés à disparaître !

Elle s’approcha et posa sa main légère sur son front de cire .

- Écoute bien : de même que la vraie France n’est ni cet État qui détruit , ni la République oublieuse , la Bretagne , sa mère spirituelle , est une idée vivante qui , dans le Ciel , ne s’oppose pas à elle , mais la porte , l’unissant pour finir aux autres provinces ,  comme un cœur qui rassemble tous les membres d'un corps mutilé .

Il sentit un frisson parcourir son être. Elle reprit :

Moi , je viens d’une vieille lignée gasconne . Tu sais ce que cela signifie ? La Bretagne et la Gascogne se rejoignent ici , dans cette maison spirituelle que nous partageons . Ce n’est pas un hasard : Dieu veut montrer que l’union n’est pas la soumission , mais la réconciliation des racines profondes .

Toi et moi , nous portons ce signe

Il murmura, bouleversé :
- Alors ... leur lutte n’était pas vaine ?
- Non . Mais elle n’était qu’un début . Ce qu'ils ont défendu , c’était un fragment de vérité . Maintenant , tu dois voir le tout . La France véritable deviendra une cathédrale de provinces , dans lesquelles chaque pierre aura sa noblesse. Votre âme a appartenu aux Chouans , aux martyrs de Compiègne comme à tous ces vaincus qui ont offert leur vie dans les forêts et les marais . Vous portez encore leur mémoire . Mais comprends que tout cela ne doit pas rester douleur : c’est une semence pour un renouveau 

Le pauvre homme sentait les larmes monter à ses yeux . Tout ce qu’il avait vécu en cachette , ses colères face aux infidélités , prenaient un sens qu’il n’avait jamais osé imaginer .

Alors … ce renouveau , il viendra ? 
- Oui . Pas comme une revanche , mais comme un printemps ! La France renaîtra de ses racines les plus profondes . Pas dans les palais du pouvoir , mais dans les âmes de tous ceux qui ont gardé le souvenir . Toi , tu en es un témoin . Moi , je suis la gardienne qui veille à ce que cette mémoire reste toujours pure .

Elle l’embrassa sur le front .                                                                   
- Non , mon cher ,  tu ne sais pas encore qui tu es . Mais tu le découvriras en franchissant le seuil . Alors , tu sauras que ta Bretagne et ma Gascogne , avec leurs différences brilleront comme un seul diadème au front d’un Royaume que Dieu veut juste et transfiguré 

La jeune femme le regarda , ses paroles résonnant comme un jugement suivi d'une promesse :

Tu comprends , maintenant ? Chacun porte son sacrifice . Les miens sont tombés dans le Sud , les tiens dans l’Ouest , d’autres à Lyon Paris , Versailles ... Tous forment un seul corps , brisé , mais que Dieu veut relever .

Bouleversé , il baissa la tête .                                               
- Alors ma vie n’était qu’une partie de cette mémoire ?
- Oui . Tu as été leur témoin silencieux . Maintenant , tu seras leur relais . Le monde de la conscience est le monde de la vérité nue : tu ne peux plus te cacher . Tu es appelé à porter cette croix .

Puis , posant sa main sur son cœur :
- Moi
, je suis la gardienne de ce Temple où nos deux coeurs unis se rejoindront .Tous ensemble , nous allons préparer la Renaissance !

 

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DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - II - Apparitions - Pep gwir miret strizh - All rights reserved -Tous droits réservés ." L'ESCARBOUCLE "- Copyright 2025 .

 

 

* Poème de Jean-Roger Caussimon

  Musique de Léo Ferré sur son album " Les Loubards " ( 1985 ) copyright Léo Ferré 1985 / RCA  - Tous droits réservés .

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L'ESCARBOUCLE - Prologue - I - Une Etrange Visite .

13 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Prologue - I - Une Etrange Visite .
 
L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

I - Une Etrange Visite

 

 

La pluie tombe sur l'homme de l'an passé ,   Une heure s'est écoulée ,   Sa main n'a pas bougé ... "

Leonard Cohen / Graeme Allwright

" L'Homme de l'An Passé

 

 

 

1 - Il était seul , ce soir-là du 26 octobre , près de la lampe qu’il n’éteignait jamais tout à fait . Le silence lui pesait , lorsqu’une présence douce , presque palpable , se posa derrière son fauteuil . Il tourna la tête . Elle était là , qui lui souriait , celle qui était morte à vingt ans depuis bien longtemps , dont les yeux portaient une maturité que seul l’autre monde donne . Elle n’avait pas vieilli .

Tu me reconnais ? , lui suggéra-t-elle doucement pendant qu'un courant chaud traversait tout son être . Ce n’était pas une hallucination , car il percevait sa lumière intérieure autant que son parfum de jeunesse et ses pensées . Leur ressemblance le troubla lorsque le sourire enjôleur de la jeune femme , qu'elle adressait à son reflet d'homme , lui apparut de façon sensible dans un miroir de conscience pure au-delà du temps .

- Sais-tu vraiment qui je suis ?, reprit-elle avec un léger reproche tendre . Tu crois n'avoir qu’une seule vie derrière toi . Mais regarde ... Il ne répondit pas , mais il sentit que des mains très douces caressaient son front déjà ridé , pendant que , derrière la glace , un voile se déchirait , faisant affluer le flot des souvenirs d'hier . Lui , qui venait de partir à la retraite , n'avait plus cette fraîcheur juvénile . Contemplant le spectacle des bûches rougeoyantes qui , dans un dernier sursaut , se mouraient avec lenteur au coeur de l'âtre , cette soirée-là d'automne lui avait , comme tant d'autres , paru d'abord bien terne . Mais quelque chose en lui , au-delà des craquements du bois dans la cheminée , avait soudain changé . Il était redevenu soudain comme elle , un gamin guettant l'aube et le souffle du vent dans les volets de cette vieille maison qui , depuis si longtemps , respirait la cire et les livres anciens . L'homme n'avait pourtant cessé d’y attendre des visites : mais ses quelques amis d'infortune avaient disparu , et ses enfants vivant loin , la solitude était redevenue sa seule et patiente compagne .

Aujourd'hui , elle prenait un autre visage !

Ce n’était pas qu'un simple souvenir , se persuada-t-il ensuite : c’était elle , âme lumineuse disparue trop tôt , qui lui souriait avec cette douceur qu'il aimait tant d’éternelle jeunesse . Elle aurait aujourd’hui son âge , celui qu'il n'aurait jamais voulu atteindre , car il se sentait jeune comme un adolescent , mais elle lui apparaissait telle qu’il l'avait connue par les livres , par son destin brisé à vingt ans .

Au fil des nuits , discrète et vive comme une flamme , elle revint , lui racontant le monde d’où elle venait , ce royaume spirituel où l’amour , la musique et la mémoire des êtres formaient des paysages d’une beauté insaisissable . Elle ne l’appelait pas , elle ne le pressait pas , mais elle l’accompagnait doucement vers la compréhension de la vie après la vie . Peu à peu , il ne craignit plus sa propre fin , car il sentait qu’elle le guidait , comme une sœur , une amante , une sainte , à travers le seuil ...  

 

 

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* " Last Year's Man " ( 1971 ) , chanson de Léonard Cohen ( 1934 - 2016 ) dans son album " Songs of Love and Hate " ( 1971 ) , copyright Leonard Cohen / Stranger Music Inc. and Sony Music Entertainment - All rights reserved , traduite et interprétée par Graeme Allwright en français dans son album " Graeme Allwright Chante Leonard Cohen " , copyright 1973 Mercury / Pathé-Marconi - Tous droits réservés .

 

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