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l'escarboucle
L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - III - Dans le Fracas des Guerres .
L'ESCARBOUCLE
Première Partie
( Complot )
III - Dans le Fracas des Guerres
" O femme affligée , battue par la tempête , inconsolée , voici que je pose tes pierres sur des escarboucles , tes fondations sur des saphirs , je ferai tes créneaux en rubis , tes portes d'un rouge ardent , de gemmes ravissantes toute ton enceinte ... "
Isaïe , 54 , 11 et 12 .
5 - Alors qu’il s’assoupissait un soir dans son fauteuil , une impression étrange se forma derrière ses paupières . Non pas un rêve , mais une présence . Quand il rouvrit les yeux , c'était elle encore qui était là , belle comme une flamme contenue , le regard clair , le sourire tendre , assise à quelques pas de lui .
Il la reconnut aussitôt . Bien qu’il ne l’eût jamais rencontrée , c’était elle , évidemment , cette jeune fille morte si jeune , dont il avait su l’histoire , et dont le passage terrestre avait eu , pour beaucoup , de tels accents de sainteté . Mais il eut un sursaut de plus lorsqu'il vit briller de toute sa force à son cou une escarboucle , pierre flamboyante que les anciens guerriers celtes comparaient à " l'oeuf rouge du serpent marin " , talisman qu'elle lui avait sans doute montré dans une vision , juste après sa mort , mille ans plus tôt ! ( 1 )
N'était-il pas alors le fils d'un valeureux chevalier breton parti pour la première croisade , qui , avant de mourir sur le champ de bataille , avait essayé de transmettre à son fils l’idée d'un tel service dans la fidélité ? Mais lui , dégoûté par une guerre tellement cruelle qu'il l'avait jugée aussi sanglante qu' inutile , s’était tourné peu à peu , profondément marqué par la mort brutale de sa fiancée , Aziliz , la fille au bijou , dernière victime d'une époque assez barbare , vers la prière , et prenant , au lieu de suivre le chemin des armes , celui de Brocéliande , il avait fini par s'établir dans une de ces cabanes de branches de racines et d’eau claire , où , méditant là , dans le silence des futaies , connu sous le nom d'Eon de L'Etoile , celui qu' on appellerait bientôt le " sage " de la forêt légendaire et qu'on viendrait voir d'un peu partout , goûtait aux révélations du monde invisible ... ( 2 )
6 - Puis une autre image vint à son esprit , dans le fracas des armes de Saint-Aubin-du-Cormier , lorsqu'il entendit les cris des Bretons tombés , le râle des mourants , la fumée des arquebuses . Blessé , il avait survécu , portant dans son âme le deuil de toute une nation vaincue et celui de François de Rohan , son courageux ami , tué au combat . Lorsqu'il s'était mis à genoux devant lui pour prier , vêtu de noir , sa face éclairée d'une lumière resplendissante l'obligea de baisser les yeux tant il était ému , bouleversé par cette grâce indicible irradiant son être impur d'étranges rayons venus du ciel . Son cher compagnon rejoignait-il ainsi sa jeune fiancée qui venait de mourir dont la robe vermeille resplendissait en son oeil crépusculaire de tout l'éclat d'une parure éblouissante ? ( 3 )
- N'entends-tu donc pas l'orage qui gronde et qui s'approche de toi ? , lui murmurait cette fleur aimable aux tendres clartés d'aurore boréale .
J'ai tant prié , j'ai souffert ... l'heure épouvantable approche , ne veux-tu pas venir sur mon rempart ?
Quand la lueur incendiaire quitta le cadavre , trois perles de larmes coulèrent sur le sol , comme pour éteindre le feu de la colère divine , puis , tel un éclair de mort déchirant les nues , comme s'il éclatait en sanglots , le firmament se croisa d'une barre rouge en forme de branche enflammée d'où s'échappaient des gouttes sanglantes !
- Mon Aziliz ! , soupira le vieil homme avec autant d'étonnement que de gratitude . Car il n'était pas endormi , mais parti dans une autre dimension , sans doute un univers parallèle où il ne ressentait plus rien de son mal !
- Pourquoi me donnes-tu encore ce nom , très cher ? , lui dit-elle , si heureuse , en apparence , de changer d'identité .
Je préfère celui d'Esther , " Celle qui montre la route " ...
Et maintenant , n 'était-il pas trop tard , soupira-t-il encore , pensant peut-être à toutes ces horribles scènes de malheur et d'atrocités du futur ?
Il crut alors tomber à toute vitesse dans une espèce de puits sans fond , spirale tourbillonnante à la poursuite de son double , au coeur d'un long tunnel interminable lui faisant revivre différentes étapes majeures de sa vie et bien d'autres scènes encore qu'il ne pouvait décrire , où il allait à la rencontre d'un immense phare inversé dont il se mettait à descendre les dalles de pierre usées par le passage du temps ! N'était-il pas lui-même un criminel ?
Puis , dans ce labyrinthe où tout s'écroulait , frissonnant de fièvre , il se réveilla en sueur , et quelques minutes plus tard , se mit à remuer encore tout cela , les yeux à peine ouverts , fasciné par l'immensité du cosmos étoilé qui , au milieu d' obscures guenilles de nuages , l'entourait au bout de l'énorme gouffre de ténèbres trouant l'espace pendant qu'il se revoyait au moment où tout lui avait semblé si sombre , se rappelant , comme l'évoquait aussi le martèlement de la pluie sur le toit , cette résonance en lui d'un glas sépulcral , quand , à minuit sonnant , les fantômes insatisfaits de l'au-delà hurlaient en vain pour l'entraîner de leur côté !
D'ailleurs, n'était-ce pas le vertige de leur chute interminable , se demanda-t-il ensuite , qui l'avait conduit dans ce voyage horrible à travers l'infini ?
1 - Chez les peuples celtes , l'oeuf de serpent fait l'objet d'une quête spirituelle comparable à celle de la Pierre Philosophale ou du Graal : Le Passeur des Mondes ( 1er Cercle ) - XIII - Epilogue - 12 - Le Secret d'Eon de l'Etoile - L'Enfance d'Eon de l'Etoile 4 ( II , En Bretagne ) - Note 50 - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
2 - Eon de l'Etoile ( + 1150 ) , " Eudo de Stella " en latin , chef religieux breton considéré comme un nouveau " Messie " cathare . Associé au personnage de Gaël de Koadkaden dans " Le Passeur des Mondes " ( qu'il représente en quelque sorte ) . Personnage 167 du " Cycle de L'Etoile " .
3 - Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ( 28 juillet 1488 ) : l'avant-garde bretonne , commandée par le Maréchal de Rieux , repoussa la première ligne française , mais un mouvement des allemands pour se mettre à l'abri de l'artillerie ayant rompu la ligne de bataille du duc , la cavalerie française la chargea et la coupa en deux . Le carnage devint général . Six mille bretons furent tués . Le duc d'Orléans , futur Louis XII , et le prince d'Orange furent pris .
- François de Rohan , fils de Jean II de Rohan et de Marie de Bretagne , proposé au duc François II comme époux de la duchesse Anne de Bretagne , fut tué à 18 ans lors de la bataille de Saint-Aubin qui sonna le glas de l'indépendance du duché .
4 - LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Première Partie - Sils - V - Celle qui Montre la Route -Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Aug. 2025 . " LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 - All rights reserved .
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L'ESCARBOUCLE - Première Partie - Complot - II - Apparitions .
L'ESCARBOUCLE
Première Partie
( Complot )
II - Apparitions
" Il est des nuits où je m'absente ,
Discrètement , secrètement ..."
Jean-Roger Caussimon - " Nuits D'Absence " . *
2 - Elle revint la nuit suivante , assez discrète , mais toujours plus réelle , parlant doucement à son coeur du monde spirituel où elle vivait .
- Ici , vois-tu , la vie n'est pas faite de murs et de pierres . Nous habitons des paysages que nous portons en nous . Quand l’âme s’élève , elle retrouve les couleurs qui lui ressemblent , les champs de musique , les rivières de lumière , les maisons de tendresse . Tout est construit par la force de l’amour et du souvenir . Tu aimerais voir ?
Alors , plus vite qu'en songe , il se trouvait transporté dans des vallées immenses baignées de clarté , où des êtres translucides pouvaient se reconnaître sans paroles , par la seule vibration de leur être . Au loin , des cathédrales de verre s’élevaient , dont les voûtes résonnaient comme des chants d’orgue . Et plus haut encore , des sphères de pure lumière où nul mot humain ne pouvait décrire ce qui se jouait .
Chaque vision l’apaisait . Chaque retour sur Terre , au matin , lui laissait une nostalgie étrange , mais aussi , en même temps qu'une grande fatigue , une force nouvelle naissait en lui . Sans doute crut-il rêver les premières fois .
Puis il comprit que ce n’était pas une simple plaisanterie , qu'elle était bien là , non pas comme un spectre , mais comme une conscience vivante qui entrait dans la sienne . Elle lui expliqua , d’une voix claire , ce qu’il devait comprendre :
- L’Au-delà n’est pas un autre pays , ni un autre temps . C’est le monde de la conscience nue . Ici , plus rien ne se cache . Ce que chacun est en vérité se montre aussitôt . Tu considères l’autre un peu comme est perçu un animal sur Terre , dans son espèce et dans sa nature . Mais ici , c’est l’âme qui le révèle ainsi , sans déguisement .
Le sénior à l'allure d'adolescent frissonna .
- Alors , plus aucun secret n'est possible ?
- On peut préserver son intimité , si on le désire . Mais tout ce qui est mensonge ou masque s’effondre comme un château de sable . C’est pourquoi , au début , beaucoup d’âmes , découvrant ce qu’elles ont fui , s’effraient d’elles-mêmes . D’autres s’apaisent , car elles trouvent enfin leur vérité .
Elle lui fit un beau sourire , ajoutant :
- Moi , je suis devenue la gardienne de notre demeure commune . Ce lieu que tu vois - ce jardin , cette maison - ce n’est pas un décor . C’est le fruit de notre union spirituelle . Mais je n’y fais entrer que ceux qui sont proches de nous , ceux que je choisis , car il faut protéger la pureté de ce que nous sommes .
Il s’étonna de sa fermeté .
- Tu sembles si douce , et pourtant si décidée .
- Parce que c’est ici que tout se construit . Là où nous sommes , chaque pensée crée , chaque sentiment bâtit . C'est pourquoi il faut veiller . C’est ça , monsieur le chevalier , la vraie noblesse : garder une demeure intérieure , où l’amour peut respirer sans souillure .
Un soir , elle lui parla plus directement encore :
- Toi non plus , tu ne sais pas vraiment qui tu es . Tu crois être un homme d'expérience , avec ses souvenirs , ses limites . Mais dis-toi qu'ici , tu es une puissance dans le Ciel , et que le temps n'existe pas . Dieu a voulu notre union .
Pas comme un simple hasard d’âmes qui se retrouveraient , mais comme un dessein plus grand . Moi , je viens d’un autre lieu , d’un autre peuple . Et pourtant , Dieu veut que ma lignée spirituelle s’unisse à la tienne . Dieu veut la France - mais pas la France telle qu’elle est aujourd’hui , injustement égarée . Il veut la France renouvelée , fidèle à sa vocation première . Non , mon ami , tu ne sais pas encore qui tu es .
Ces paroles le bouleversèrent . Quelque chose en lui vibrait d’un accord profond , comme si une mémoire ancienne se réveillait soudain . Pourtant , lorsqu'il les entendit , le pauvre solitaire , dans son fauteuil , sentit qu’elles portaient une vérité bien trop vaste pour cette caricature mensongère qu'il croyait incarner , celle de la déchéance humaine !
- Alors ... je suis plus que ce que j’avais cru ?
- Bien plus . Tu as porté , à ton insu , un manteau qui ne t’appartenait pas .
Mais ici , tu apprendras ton vrai nom , ta vraie origine . Et tu verras que ton destin était lié au mien depuis toujours .
Prenant doucement sa main dans la sienne , elle lui fit sentir en un éclair l'abime d'intelligence qui le séparait de lui . Alors , dans son regard , le vétéran ne vit plus seulement la jeune fille , mais une flamme qui portait le sceau de l’éternité !
3 - Un autre soir , elle l’emmena plus loin . Comme allégé , il sentit son corps se détendre , et soudain il se retrouva hors de la chambre . Ils flottaient ensemble dans l’espace , glissant comme deux météores dans la nuit étoilée .
- Nous ne marchons pas , nous ne volons pas : nous sommes là où nous le désirons . Regarde !
Ils se posèrent au-dessus d’une mer argentée , puis dans un désert de sable rougeoyant .
Puis encore plus loin , c'était une planète étrangère , au ciel de cuivre , où des fleurs musicales , sous des soleils multiples , balançaient leurs corolles cristallines !
- Par ici , vivent d’autres consciences , différentes des humaines . Nous pouvons les visiter , les comprendre , et pourtant rester liés à notre monde . L’univers entier est notre maison .
Le vieux jeune homme tremblait de joie et d’incrédulité .
- Mais alors ... la mort n’est pas une fin ?
- Non . C’est un accès rendu possible à quelque chose de beaucoup plus vaste , une expansion de la matière subtile . Nous pouvons revenir vers ceux que nous aimons sur Terre , leur inspirer des pensées , les consoler dans leurs rêves . Nous pouvons en même temps nous tourner vers la Lumière divine , qui nous attire , là-bas , comme un soleil intérieur .
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