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Dan Ar Wern Official Website

Perspectives - VI - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , 2 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .

27 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - VI - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , 2 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .
Perspectives 
V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " , 2 .
       ( Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient

 

 

 

La Demeure Enchantée

 

 

 

" Tout ce qui ne remonte pas en conscience revient sous forme de Destin  "

Carl-Gustav Jung " Aion " Aion : Beiträge zur Symbolik des Selbst , 1951 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : La Demeure Enchantée
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite du " Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de prolonger une intrigue : le roman creuse une dynamique spirituelle déjà amorcée , celle du passage entre les plans du réel . Toutefois , là où le premier ouvrage explorait essentiellement l’expérience du seuil , celui-ci en interroge les conséquences intérieures . L’aventure extérieure devient le théâtre d’un processus psychique profond que l’on peut mettre en lumière avec la pensée de Carl Gustav Jung .

4 - Double et Lumière
 

Roll , en tant que protagoniste , se confronte ici à une série d’expériences qui représentent la descente dans l’inconscient . L’apparition de la mystérieuse " dame en noir " , avec son accent slave et son parfum évoquant des souvenirs d’enfance , illustre ce que Jung appelle l’Anima , figure féminine intérieure , médiatrice entre le conscient et l’inconscient , qui attire le jeune homme vers la révélation .

Le cadre de la basilique Saint-Denis renforce ce symbolisme : la lumière sur le mausolée de Louis XVI et Marie-Antoinette peut être interprétée comme un halo de conscience éclairante , tandis que le cri infernal et le mélange du rêve et de la réalité traduisent la peur de l'ombre et la confrontation à des forces psychiques inconnues . Le papier signé " Belphégor " agit comme l'ombre projetée , un message venant du côté obscur de la psyché que le héros doit intégrer pour évoluer . L'éloignement de Pierre-Henry ( symbolique de celle de Louis XVI et de la Monarchie ) et les mécanismes mystérieux du mausolée , symbolisent la confrontation de son ami avec certains aspects cachés de son psychisme où le double disparu représente la part inconnue ou refoulée de l’individu . La découverte de la salle d’Horus et de la voix résonnant sous la voûte introduit le thème de l'archétype du mage ou du " Grand-Prêtre " , modèle de sagesse ancestrale et de puissance occulte précédant le christianisme , cette statue du dieu égyptien suggérant au jeune explorateur de progresser dans un processus d’individuation figuré par le symbolisme solaire initial confrontant la divinité intérieure aux forces obscures qui ont structuré , d'abord , l’univers primitif . Ainsi , la descente dans les galeries souterraines , comme la rencontre avec les mécanismes cachés de la basilique , traduisent le voyage initiatique vers l'inconscient profond , ces escaliers tortueux , grilles et cryptes , qui sont des métaphores de la descente dans un lieu où l’individu affronte ses peurs et ses désirs inconscients . La vision du halo de lumière sur le mausolée , en contraste avec la silhouette drapée de noir , témoignent de cette lutte entre l'ombre et la lumière , confrontation nécessaire à l’intégration de la psyché . L’expérience de Roll , drogué et désorienté , illustre aussi cette frontière floue entre rêve et réalité où le moi doit se réconcilier avec ses contenus inconscients . Le motif de la réincarnation du personnage de Morgane en sa doublure Anna Pavlovska , et la transformation de celle-ci en Lady Richmond pendant la séance de spiritisme , mettent en avant ce masque social que l’individu doit porter pour naviguer dans le monde réel , tout en dissimulant les aspects les plus profonds de sa psyché . La substitution , motif récurrent , révèle , ici , la difficulté de distinguer le " Soi " authentique des projections et illusions qui structurent notre identité véritable hantée par un double , celui-ci préfigurant , lors de confrontations ultérieures , la lutte avec ces forces de perdition qui vont accuser Roll d'avoir assassiné , sous le masque de Belphégor , le " Grand-Maître " survivant dans son " Immortelle " , Sophie !

Le personnage de Rhéa , dame d’atours d’Antinéa , relie encore celui-ci au mythe atlantéen , symbolisant la fluidité océanique ambivalente de la psyché féminine , à la fois traîtresse , mais aussi nourricière , mystérieuse et initiatrice , l’eau et l’Atlantide représentant l’inconscient profond , tandis que la princesse incarne un archétype de guide spirituel pour le héros .

 

5 - Chute et Rédemption

 

En tant que gardienne des Cristaux d’Équilibre , elle est , grâce à sa relation télépathique avec la créature de Baal et la Pierre vivante en forme de cœur , la figure féminine sage et intuitive capable de percevoir et de communiquer aussi bien avec l'invisible qu'avec ce noyau intérieur où se rejoignent toutes les polarités psychiques . Les " Mutants " d’Orion , conduits par Seth , représentent quant à eux les forces hostiles de l’inconscient projetées sur l’extérieur , menaçant l’harmonie et l’équilibre . La capture d’Horiosis et la trahison de Rhéa sont autant de manifestations des conflits non résolus qui mettent en péril la totalité psychique et le monde symbolique du continent fabuleux . Rhéa elle-même , préfigurant la destinée de Roll , illustre l'incapacité de l’homme reconnue trop tard lorsqu'il croit agir correctement , tandis que sa naïveté , sa faiblesse et son irresponsabilité conduisent à la destruction . La " Prophétie du Nord " , miracle attendu , symbolise cette force guidant vers la réconciliation et la réalisation de l’individu , même lorsque les repères ordinaires sont perdus . La fuite vers la patrie céleste et le voyage interstellaire représentent l’archétype d'une Assomption permettant de rejoindre un ordre supérieur de conscience . Enfin , la destruction finale de l’Île et la dispersion des Cristaux , de même que l’émergence du fragment du Saint Graal à travers les siècles , montrent la mort symbolique et la rédemption d'une civilisation perdue qui , métaphore d'un naufrage collectif , doit être réintégrée dans l'ordre céleste pour permettre à l’âme de renaître sur de nouvelles bases . Pour conclure , " La Demeure Enchantée " , au fil de ses cinq parties , nous offre un récit où archétypes et symboles s’entrelacent avec les mythes universels . Ce voyage dans l’Atlantide n’est pas seulement un récit d’aventures fantastiques , mais une allégorie de la psyché humaine , de ses crises , de ses trahisons comme de sa quête incessante vers l’unité intérieure et la transcendance .

 

 

 

FIN

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - VI - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " - Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient - 2 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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L'ESCARBOUCLE - Préface / Dédicace - La Pierre du Miracle .

26 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE

L'ESCARBOUCLE - Préface / Dédicace - La Pierre du Miracle .

 

L'ESCARBOUCLE

 

 

 

 

 

Préface / Dédicace

 

 

 

 

 

Pour Novalis

 

 

 

 

 

La Pierre du Miracle

 

 

 

" Il y a dans la Pierre un Signe énigmatique ,
 
 Gravé dans le profond de Son Sang flamboyant ... 
  Es ist dem Stein ein rätselhaftes Zeichen ,
  Tief eingegraben in Sein glühend Blut
... "

 

Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " - L'Escarboucle / der Karfunkel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les nazis , persuadés que certaines pierres tombées du ciel recelaient une énergie cosmique susceptible d'accélérer l'évolution de l'homme arien , s'intéressaient à une " Carbunculus Brittany " , escarboucle décrite par Novalis comme " l'Etoile Rouge du sang primordial ", et qu'on disait capable , grâce à un état de conscience modifié , d'ouvrir la " Porte des origines " ! La légende voulait qu’en avril 1945 , dans le chaos de la guerre , un convoi secret en provenance de Bretagne ait disparu avant d’atteindre la capitale du Reich ... L'ex-commissaire Morlaix qui , durant ses années de contre-espionnage , avait pu enquêter sur certaines organisations secrètes revendiquant le maudit héritage , se demandait maintenant si , en fait , il ne s'agissait pas de la même pierre appartenant à madame Elisabeth , la malheureuse soeur du roi Louis XVI , guillotinée en 1794 , et que celle-ci , au moment de l'heure fatale , avait confiée à une certaine Esther , carmélite de Compiègne échappée par miracle au massacre en venant se réfugier dans sa famille . De plus , ayant vécu son " apparition " pendant son sommeil , le policier commence à comprendre peu à peu que le phénomène a très bien pu avoir été ... fabriquée de toute pièce par une organisation tapie derrière toutes ces manipulations , le pseudonyme d'Esther , évoquant la pureté , le sacrifice , ayant ainsi servi de masque à une entreprise beaucoup plus profane , comme jadis , un collègue des services secrets le lui avait suggéré , parlant d’un cercle obscur opérant depuis Genève et Bruxelles , connu dans certains milieux sous l’acronyme E.S.T.H.E.R. Expérimentations Synaptiques et Transmissions Hypno-Électriques Rémanentes ?
Même , si , à l'époque , il avait cru à une mauvaise plaisanterie , aujourd’hui , ce souvenir prenait une teinte plutôt glaciale.

Alors , leur but ? , se demandait-il avec angoisse , tandis qu'une sueur froide glissait le long de sa nuque ...

 

                                                              ___

 

 

DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE - Préface / Dédicace - La Pierre du Miracle - Février 2026 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " L'ESCARBOUCLE " , copyright 2025 .

                     

                                                               ___

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Perspectives - V - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , 1 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .

24 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - V - Analyse critique de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , 1 : Aventure Romanesque et Dramaturgie de l'Inconscient .
 
Perspectives 
V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " , 1 .
       ( Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient

 

 

 

La Demeure Enchantée

 

 

 

" Tout ce qui ne remonte pas en conscience revient sous forme de Destin  "

Carl-Gustav Jung " Aion " Aion : Beiträge zur Symbolik des Selbst , 1951 )

 

 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : La Demeure Enchantée
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite du " Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de prolonger une intrigue : le roman creuse une dynamique spirituelle déjà amorcée , celle du passage entre les plans du réel . Toutefois , là où le premier ouvrage explorait essentiellement l’expérience du seuil , celui-ci en interroge les conséquences intérieures . L’aventure extérieure devient le théâtre d’un processus psychique profond que l’on peut mettre en lumière avec la pensée de Carl Gustav Jung .

 

1 / 2 - L'Ombre et l'Anima

Le récit s’ouvre en 1899 sur la traversée de Virginia Dagan vers la France . Héritière américaine d’une fortune bâtie sur le pétrole par un père d’origine galloise , elle incarne d’emblée la tension entre Nouveau Monde et mémoire archaïque . Son voyage en terre bretonne , vers le manoir d’Auberive , ne relève pas seulement d’un déplacement géographique : il constitue un mouvement de retour vers une source mythique . La figure paternelle , passionnée de légendes celtiques , a transmis à sa fille un imaginaire chargé de résonances arthuriennes .

La Bretagne n’est pas ici un décor , mais une matrice symbolique . Le passé familial , marqué par un incendie tragique et par l’apparition d’une énigmatique Morgane , installe une atmosphère où la mémoire se confond avec la légende .

Dès les premiers chapitres , la forêt de Brocéliande et les îles lointaines du rêve celtique apparaissent comme des lieux où réel et fantastique se superposent . C’est dans ces espaces que se déroulent les énigmes , les tempêtes et les disparitions qui ébranlent les certitudes de nos protagonistes .

L’histoire s’ouvre sur la venue du commissaire Le Louarn , chargé d’enquêter sur des phénomènes climatiques inexplicables qui ont , sans doute , entraîné la disparition de la ferme de Laou Kamm . Très vite , nous découvrons que , derrière ces événements , des forces dépassant la simple logique humaine , se cachent : la " Pierre " , les artefacts magiques des créatures venues d’ailleurs , qui incarnent un pouvoir si terrifiant et fascinant à la fois que cette symbolique évoque le chaos intérieur , ces forces inconscientes qui , si elles ne sont pas comprises , voire intégrées , menacent de bouleverser l’ordre établi .

En 1909 , dix ans plus tard , le récit se déplace vers Roll Dagorn , étudiant parisien hanté par un crime dont il se croit obscurément responsable . Le silence de la presse sur l’assassinat d’un vieux maître , jadis rencontré en forêt de Brocéliande , crée une fissure dans un réel où la vérité semble délibérément refoulée , attitude collective faisant écho à la sienne . Car il est en proie au cauchemar , traversant une crise de culpabilité personnelle excédant les faits . L’aventure policière , en effet , se double d’un drame intérieur . L’apparition d’un billet signé " Belphégor ", la remise d’un manuscrit médiéval évoquant la Première Croisade , suivie d'une convocation dans les jardins du Luxembourg , puis de la plongée dans les catacombes de Saint-Denis forment autant de scènes qui , sous leur dimension romanesque , figurent une descente dans les strates profondes de la psyché .

Dans une perspective jungienne , cette descente correspond à la confrontation avec l’Ombre . Celle-ci n’est pas seulement la culpabilité morale , mais l’ensemble des contenus refoulés que le moi refuse de reconnaître .

Roll ne sait pas s’il est coupable , mais il se sent impliqué . Cette dissociation signale que l’enjeu est moins juridique qu’archétypal . Le meurtre occulté agit comme le symptôme d’une vérité enfouie : ce que la conscience moderne , rationalisée et médiatique , ne peut intégrer , l’inconscient le dramatise sous forme de visions macabres , de hantises .

Parallèlement , comme une trinité à quatre , les figures féminines structurant le roman selon une logique symboliquement forte . Viviane , héritière de l'ancienne monarchie et des traditions secrètes , nous renvoie aux archétypes de la Grande Mère Primordiale et de la prêtresse antique, symbole de sagesse et de puissance régénératrice . Virginia et la femme masquée vêtue de noir , Morgane , et Sophie , qui devient progressivement l'Immortelle ayant fusionné avec l'âme de celui que Boris a fait assassiner , seule guide capable de maîtriser les forces de la Pierre : toutes participent d’une même constellation .

D'abord prisonnière et mystère vivant , Virginia , l’innocence confrontée à l’Ombre inconnue , paraît être , notamment , comme une figure d’Anima au sens jungien , c’est-à-dire une médiatrice entre la conscience masculine et l’inconscient . Lorsqu’elle joue du violon dans la chapelle Saint-Jean , la scène suspend le temps narratif . La musique , espace d’harmonie , ouvre une brèche dans le monde ordinaire . Mais cette harmonie se trouve brusquement troublée , intrusion du chaos dans l’ordre sacré , par un fracas de chevaux et de rires . L’Anima , surgissant et disparaissant , ne se laisse pas fixer , mais propose , au contraire , un dépassement de lui-même au héros , plutôt qu’une possession .

La forêt de Brocéliande , évoquée comme lieu de rencontre avec le Grand-Maître assassiné , constitue le centre symbolique du roman . Dans la légende arthurienne , elle est l’espace de l’épreuve et de l’errance . Dans une lecture psychanalytique , elle correspond à l’inconscient collectif , réservoir des archétypes et des mythes . Roll , en y pénétrant , ne traverse pas seulement un paysage , il entre dans une mémoire plus vaste que la sienne . Le manuscrit de Barthélémy de LÉtoile , relatant la Première Croisade , inscrit l’intrigue contemporaine dans une profondeur historique dépassant l’individu . Le passé , agissant comme une force autonome , n’y est jamais aboli .

Les jeunes héros cousins , figures du dieu JanusRoll et Yann , incarnent quant à eux la quête initiatique . Les tunnels secrets , les corridors cachés et les laboratoires souterrains sont autant de métaphores alchimiques de l’exploration de l’inconscient . Chaque épreuve , chaque mécanisme mystérieux les rapprochant d'un affrontement  périlleux avec le vampire androgyne Barthélémy / Sophie , révèle la nécessité de traverser ses peurs , d’affronter les forces obscures qui défient l’Esprit . Les doubles , sosies et figures réincarnées – Virginia et Sophie , Viviane et Morgane – témoignent des facettes multiples d'une seule identité confrontée au dragon qui la hante .

Le récit , avec ses tempêtes déchaînées , ses phénomènes surnaturels et ses artefacts magiques , illustre le conflit entre ordre et chaos , entre le monde extérieur et la psyché des personnages . Les aventures extraordinaires deviennent alors une allégorie de l’expérience humaine : la maîtrise de soi et la lutte contre ses démons intérieurs sont indispensables pour surmonter l’adversité .

C’est ici qu’intervient la figure du Graal . Annoncé comme mystère à révéler , celui-ci ne peut être réduit à une relique sacrée . Dans une perspective jungienne , le Graal symbolise le Soi , c’est-à-dire la totalité psychique vers laquelle tend le processus d’individuation . La Quête du Graal devient métaphore de l’unification intérieure . Le héros , confronté à l’Ombre et guidé par l’Anima , doit intégrer ces polarités négatives pour accéder à une forme de béatitude . Ainsi , la mission chevaleresque se transforme en itinéraire spirituel .

Enfin , le manoir d’Auberive donne , en partie , son titre au roman sous la forme de " La Demeure Enchantée " . Cette habitation peut être lue comme une représentation de la psyché elle-même . Les pièces lumineuses , les chapelles , mais aussi les zones obscures et les souterrains , figurent les différentes strates du moi . L’enchantement qui renvoie à l’état d’âme d’un sujet encore prisonnier de forces qu’il ne comprend pas , n’est pas seulement magique . Explorer le manoir , c’est entreprendre une archéologie intérieure .

Ainsi , le récit romanesque - traversée maritime , apparitions nocturnes , complot mystérieux , grimoire ancien , meurtre occulté - ne constitue pas une simple intrigue à suspense . Il met en scène un processus d’individuation jungienne où les personnages sont les porteurs d’archétypes . Virginia est la médiation lumineuse , Roll incarne l'homme en crise , le Grand-Maître , un sage sacrifié , le Graal , cette promesse d’un centre retrouvé .

" La Demeure Enchantée " apparaît alors comme une œuvre de transition reliant invisible et visible , histoire familiale et mémoire mythique , Amérique moderne ou traditionnelle et Bretagne légendaire .

En cela , elle prolonge " Le Passeur des Mondes " , tout en en approfondissant sa portée . Le passage entre les univers devient passage entre les instances de la psyché . L’aventure devient introspection . Le mythe devient langage de l’inconscient pendant que le roman propose une synthèse singulière , celle d’une aventure initiatique où fantastique et symbolique ne sont pas que des ornements esthétiques , mais deviennent les instruments d’une exploration de la totalité intérieure .

La demeure n’est enchantée que parce que l’âme humaine peut l'être ou le devenir elle-même , traversée , d'abord , de forces archaïques , puis appelée à leur transformation .

 

3 - Ordre et Chaos
 

" Les Mystères du Palais de Cristal " , cette troisième partie riche en intrigues et symboles , nous plonge dans un univers que le réel et l’imaginaire entrelacent comme un rêve éveillé , révélateur de dynamiques psychiques profondes . Pierre-Henry De Montfort , fils du marquis dont le destin tragique – probablement assassiné – plane en filigrane sur l’ensemble de l’œuvre , est au centre de ce récit . C'est lui qui entreprend de raconter , dans un cahier-souvenir , les aventures extraordinaires de son ami Roll Dagorn , figure archétypale d’un héroïque aventurier que Jung nous inviterait à voir en animus incarné , projection de l’énergie active et courageuse , qui confronte l’ombre et les forces mystérieuses du monde . 

Lors d’une soirée au somptueux " Crystal Palace " de Neuilly , le 13 juillet 1909 , organisée par sa demi-sœur Sophie de Brocéliande – nouvelle " Immortelle " et légitime épouse , en apparence , de Boris Dagan – se dévoile un réseau complexe de filiations et de trahisons . Boris Junior , surnommé Yowan , fruit d’une liaison adultérine entre Sophie et Roll , devient ainsi l’héritier d’une dynastie , mais son identité réelle demeure floue , oscillant entre innocence et malédiction d'un héritage .

Cette fête somptueuse , emplie de bals et crinolines , donnée en l'honneur de sa naissance , est également le théâtre de présences symboliques . Cléo de Mérode , égérie et danseuse , incarne la féminité idéalisée , tandis que le " Talisman de lÉtoile " – relique volée aux tsars de Russie et convoitée par Napoléon – représente l’archétype du pouvoir et du destin , pierre de fondation psychique autour de laquelle gravitent ambitions , trahisons et prophéties .

Le lendemain , 14 juillet , jour de fête nationale , Pierre-Henry , tandis qu'il se rend chez son ami Roll , se remémore l’histoire de celui-ci avec Virginia , amour impossible rencontré , par " hasard " dans les rues de Paris , rappelant l’éternelle quête du " Grand Meaulnes " . L’enlèvement mystérieux de la jeune fille , avec la succession d’événements imprévisibles qui introduisent le motif musical du déluge et de la tempête localisée , survient alors qu’elle s’apprêtait à donner , la veille au soir , un récital , pendant la réception grandiose de Neuilly : elle devient ainsi symbole de l’âme pure enlevée par les forces obscures , tandis que la présence de la fausse Morgane , portant la parure de Marie-Antoinette , inscrit l’événement dans une dimension mythique et historique .

Le texte nous montre ici l’importance des archétypes féminins Virginia , Cléo , Morgane – et de l’éveil du complexe maternel et du féminin sacré dans le récit , chacune de ces figures projetant sur Pierre-Henry et Roll des images de désir , de peur et de transcendance , typiques de l’exploration jungienne des psychés en formation . Puis , les deux élèves de Lakanal , sous l’impulsion de Roll , foncent vers la rue de Téhéran , chez Cléo , l'idole de Pierre-Henry qui , intimidé et fasciné , bascule dans un monde parallèle où l'interprète de " Phryné " , transformée en créature aux yeux de rapace , lui dévoile , en apparence , l’histoire secrète de sa famille , révélations dont on suppose , à moins que ce ne soit déjà fait , qu'elles vont changer la nature prétendument " naïve et bon enfant " de l'intéressé : survivance de Louis XVII , refuge au manoir d’Auberive , identité travestie sous le nom d'emprunt significatif de Charles de Montfort .

 

Nous nous trouvons , ici , face à un jeu de miroirs et de doubles , motif récurrent dans le roman et que Jung relierait au concept de " l'ombre et du soi " . La figure de Cléo – ou de l’entité qui prend le masque de Belphégor – incarne à la fois terreur et fascination , montrant l’attrait pour l’inconnu et l’effroi face à l’inconscient . Le portrait de Yann et Roll devant la " Mari-Morgane " agit comme un talisman mnésique , déclenchant visions et prophéties : le retour de l’enfant du Temple et la grande catastrophe annoncée lors de la réapparition du " collier " royal !

En conclusion , cette partie du roman illustre magistralement l’idée jungienne selon laquelle l’aventure extérieure reflète toujours une quête intérieure . Les événements extraordinaires qu'elle relate – objets mythiques , mystères familiaux comme enlèvements – sont autant de symboles de transformation psychique , de l’initiation , passage alchimique vers la construction d'une conscience élargie . Ainsi , " La Demeure Enchantée " ne se contente pas de développer une intrigue , elle construit un espace où le lecteur est invité à explorer , jeu éternel entre ombre et lumière , entre rêve et réalité , du sous-sol à la toiture de l'édifice , les différents archétypes pouvant structurer son inconscient . Ce roman nous montre , à travers ses mystères , que le fantastique est une porte ouverte sur l'invisible , une invitation donnée à l'explorateur curieux comme à l'artisan charpentier , de comprendre que chaque aventure extérieure est une métaphore de l’évolution intérieure , devenant ainsi un miroir pour chacun de nous , " cristal magique " où se reflètent , dans le combat contre nos peurs , nos propres rêves , nos ombres , nos potentialités .

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - V - Analyse Critique de " La Demeure Enchantée " - Aventure Romanesque et Dramaturgie de L'Inconscient - 1 - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

22 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

 

      

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

V - La Fin d'un Rêve

 

 

 

 

" L'amour est le seul rêve qui ne rêve pas  " .

Paul Fort ( 1872 - 1960 ) , Ballades Françaises , " Sur Les Jolis Ponts De Paris " .

 

 

 

  

 

 

12 - " Tout est mouvement , tout est danse ... " , avait-elle marmonné , avant son réveil , à l'infirmière qu'elle regardait à peine , semblait-il , à moitié ivre , doutant si ce qu'elle venait d'entendre et de vivre , ce qu'elle avait écouté d'un air étrange et si envoutant , pouvait être vrai , ayant sans doute cherché la vérité de son propre visage au miroir impénétrable des mensonges de sa vie ... Mais maintenant ? La vraie Heidi  ? Elle avait juste cherché à vouloir vivre à la place d'une autre , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu clignotant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti , contemplant le flamboiement rosâtre du crépuscule , frissonnant de désir , ayant laissé le faisceau lumineux , reflet d'un ange immortel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... Illusions de l'amour ? ... L'éclairage d'une chambre blanche , traversée par le battement régulier d’un moniteur et l’odeur sèche des antiseptiques , la réveilla brutalement . C'était une grosse lampe d'hôpital , toute ronde , incrustée de six boules lumineuses qu'elle avait prises , dans son cauchemar , pour les lunes d'Auberive . mais elle ne se souvenait plus de rien . Des ombres floues , vêtues de blouses blanches , le dévisagèrent comme une bête curieuse . Dans son demi-sommeil , elle glana quelques bribes de phrases :
" ... La piqûre a dû lui faire beaucoup de bien ... Il lui faudra une douche froide ... "

Tout ceci , après tout , n'avait été qu'illusions . Dehors , le soleil brillait de toute la force d'un nouveau printemps ! Par la fenêtre de sa chambre , elle aperçut une petite fille jouant toute seule sur la pelouse . Chose étrange , elle crut se revoir lorsqu'elle était gosse , elle qui , par la suite , avait brillamment réussi son concours d'entrée au Conservatoire pour faire des études de piano ! 

En Bretagne , sous le nom de Lena Kermeur , elle était devenue professeure de piano indépendante donnant des cours à domicile , parfois chez ses élèves , parfois chez elle , activité en cohérence parfaite avec sa formation , mais aussi , avec sa volonté d'approcher le dénommé Roll Trevern ( alias Rolf Rieux ) dans le but de savoir où était cachés les codes de l'Etoile Rouge que celui-ci avait dérobés . Car la musique n’avait jamais été seulement , pour elle , qu'un refuge , mais un outil . Dans les années de la RDA , on lui avait enseigné cet instrument non pour la scène , mais pour la structure : lecture horizontale et verticale , mémoire polyphonique , dissociation des mains , domaines de compétences directement transférables au renseignement . La musique lui avait été apprise aux fins de recherches de microfilms dans les partitions du maître ! 

A travers la vitre , elle reconnut le ciel de Brest , bas et mouvant , qui s’écrasait contre la mer grisâtre avec sa lumière pâle , insistante , glissant sur les murs blancs de la chambre . Brest . Elle le sut sans qu’on le lui dise . Le port , la base , l’Île Longue tapie derrière ses silences militaires . Rien ne lui était étranger , rien , non plus , n’était tout à fait réel .

Puis , on lui dit qu’elle avait été retrouvée inconsciente , dérivant entre veille et fièvre . On parla de choc , d’épuisement , d’un délire post-traumatique . Elle acquiesça . C’était plus simple . Elle écouta ,  fit mine d'acquiescer , sachant que l'art consommé de l’ellipse fait partie du langage des médecins comme il est celui des états dont les mots officiels possèdent cette vertu de fermer les portes sans bruit .
Pourtant , tout au fond d'elle , quelque chose de vivant persistait , comme ces images d'une noce interrompue qui ressemblait à la musique fragile d'une symphonie inachevée où dormaient certains microfilms , promesse d’une arme dont l’activation pouvait signer la fin d’un monde déjà en train de disparaître .
Elle revit aussi le manoir de Kernoël et sa longue traversée vers l'île d'Arz immobile , cernée par les eaux . ( 14 )
 
13 - La porte s’ouvrit sans bruit .

Vous êtes réveillée ?

Elle n’eut pas besoin de tourner la tête .

- Oui , depuis longtemps , Rolf .

Un silence . Elle sentit qu’il hésitait . Ce n’était plus le prof timide ou le diplomate sûr de lui des salons feutrés , ni l’époux charmant du mariage trop parfait qu'elle avait cru vivre . C’était quelqu’un d’autre , un homme qui venait poursuivre son enquête.

- Je nétais pas certain que vous accepteriez de me voir .

Il s’approcha lentement . Son regard passa du moniteur à son visage , comme s’il cherchait des preuves , des fissures ...  Le silence se tendit alors , non de menace , mais d’attente , lorsqu'il s’assit près d'elle qui pensait qu’elle avait déjà vécu cet instant dans une autre vie , à travers d’autres femmes , Lola , Angela , des noms qu’il n’avait peut-être jamais prononcé , mais qu’elle connaissait pourtant .

Puis vinrent des mots qui avaient du mal à franchir ses lèvres , presque trop dépouillés , méfiants , pour lui présenter ses excuses , malgré  la peur qu'il avait pu ressentir de cette lumière qu’elle portait sur elle sans le savoir . 

- Urlicht , dit-il enfin , comme on ose enfin nommer une évidence trop longtemps tenue secrète .

Elle l’écoutait sans l’interrompre , attentive moins aux faits qu’à ce qu’ils révélaient , comme cette impossibilité d’aimer sans calcul lorsqu’on a passé sa vie à en faire . Avait-elle seulement rêvé à l'amour dans son regard , pendant cette fraction de seconde où il semblait céder la place aux intrigues ?

Il secoua la tête.

- Avoir cru que je pouvais vous séduire avait un risque .

Le battement de cœur , sur l’écran de contrôle , poursuivait son rythme indifférent .
- Je vous aime , Heidi . Et cest précisément pour cela que je me suis méfié .
- Les microfilms ? l'interrogea-t-elle en laissant échapper un souffle presque rieur parce qu'elle avait réussi à s'en souvenir

- Vous savez ce que jai compris ici ? poursuivit-elle avec l'assurance d'avoir enfin retrouvé un peu de mémoire .

- Dites-moi .

- Que même si javais fait activer cette arme , elle aurait éclaté dans un monde qui nexistait déjà plus . Le mur était tombé , les lignes avaient bougé . Nous aurions été les derniers à croire encore à lancien théâtre .

Il la regarda longuement.

- Alors , pourquoi cette arme , à Kernoël ?

- Parce que je voulais voir jusquoù vous iriez , lui répondit-elle en soutenant amèrement son regard .

- Vous avez vu ?

- Oui , grâce à cette lumière brillante dont vous parliez , l'Urlicht , qui parvient à éclairer toutes ces ombres de notre passé 

- Vous incarniez , mais sans leur fatalité , les femmes qu'avant javais aimées , lui avoua-t-il  pour finir en hochant tristement la tête . Angela était imprévisible , et Lola déjà perdue avant même que je la rencontreCétait insupportable Alors , peut-être pour ça que j'ai cherché en vous le défaut de ma cuirasse

14 Heidi réfléchissait .

Peut-être que son rêve n’était pas ce qui l’avait conduite ici ?
Elle se redressa légèrement .

- Je ne vous ai pas faite enlever pour vous faire taire , essaya-t-il de se justifier . Je voulais juste vous protéger .
- De moi ?
- De ce que nous serions devenus si vous aviez été jusquau bout !

- Rolf ... si le monde doit être pacifié , ce ne sera ni par loubli , ni par le renoncement . Vous avez choisi à ma place .

Elle ferma les yeux , réalisant que l'amour ,  désormais , ne pouvait plus être une simple conquête ni le prétexte d'une quelconque protection , qu'il fallait construire un nouveau monde en acceptant de ne pas en être le centre . 

Il se leva .

- Je ne suis pas venu vous reprendreni vous surveiller . Je suis venu vous dire que je vous aime encore . Même si cela ne mène nulle part .

- Vous savez ce qui est inattendu ? , le rassura-t-elle .

- Dites-moi .

- Cest que je vous crois .

Dans l'apparente immobilité du jour finissant , ce ne fut pas la fin d'un rêve , mais elle sentit naître en elle , avec cette petite clarté sans promesse du crépuscule sur la blancheur des murs , ce qui restait de son visage , sur le miroir de la chambre , vestige  d'un monde cherchant encore sa forme après l’effondrement d'anciennes certitudes .

- L'oeuvre demeure ouverte , soupira-t-elle . Ce n'est pas une fin !

 

FIN

 

                                             ___

 

 

DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Epilogue - La Fin d'un Rêve - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

                                             ___

Notes :

 

14 ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , II , 12 - Le Cygne Noir et 13 - Le Mystère de l'Île d'Arz ( Epilogue ) - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés .

 

 

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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - IV - Mission d'Herena .

21 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - IV - Mission d'Herena .

 

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

IV - Mission d'Herena

 

 

 

 

Ce rêve de partage , de complétude d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage n'était donc qu'un reflet dans un miroir Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

  

 

 

8 - Ils tont choisie comme réceptacle , dit Aelyra sans détour , portant bien haut la coupe en or massif , habillée d'une longue robe de satin noir serrée , à la taille , et d'une écharpe aux couleurs de sang ! Parce que ton esprit pouvait survivre à linterface !

Heidi serra les poings . Rolf , Lola ... , se rappelait-elle .

- Oui , confirma la princesse , tu étais à la fois son ancienne épouse et sa maîtresse , deux consciences résiduelles partiellement conservées dans des matrices neuronales interdites .
Elle fixa la sirène avec une intensité presque douloureuse .

- Ils ont greffé en toi une portion du cerveau de l'une et les schémas mnésiques de lautre ,
un acte que même les "
Veilleurs " nauraient jamais osé accomplir .

- Je croyais que cétait pour survivre ... , lui rétorqua la captive , pour réparer ce quils avaient détruit .

- Cétait surtout pour tester une hypothèse , corrigea un conseiller . Que lURLICHT pouvait bien être morcelé , et que ses différents fragments pouvaient être aussi recomposés dans un être vivant . Mais la raison principale , sous le prétexte d'une mission de formation dans une unité française , était que vous retrouviez les codes permettant d'activer leur arme secrète redoutable , à partir de la partition d'un musicien germanique emportée par votre "ex " en fuite 

- Et , rajouta la souveraine , malgré la haine sourde que tu éprouvais pour celui qui t'avait laissé froidement mourir en temps qu'épouse , tu avais ressenti paradoxalement aussi dans ta chair un grand manque , celui d'une maîtresse pour son amant perdu !

Un lourd silence tomba .

- C'est à ce moment-là que nous avons compris , reprit la " Dame Blanche " , Aelyra ,  que léquilibre était rompu , et que la surface nétait plus capable de contenir seule ce quelle manipulait sans en connaître la nature exacte .

Elle posa solennellement la main sur sa poitrine .

- Les " Veilleursperçurent alors les dissonances de la planète . Lorsque leurs expériences  commencèrent , locéan s'était mis à changer de rythme , les courants furent troublés , le tocsin résonna sur les anciens sanctuaires de Kêr-Ys !

Un autre membre du Conseil , Akor , s’avança .

Vous êtes devenue un point de convergence , Herena , une interface entre ces fragments de lURLICHT , seuil dimensionnel , et la mémoire de l'humanité .

Celui-ci , dont la coupe en or , posée au centre de la salle , projetait un faisceau plus étroit , plus précis , frappa le front de Heidi . Elle sentit immédiatement une mise en ordre : les voix intérieures , les souvenirs greffés , les tensions , tout retrouva sa place !

- Ce que les puissances de l’Est ont voulu faire de notre force en la détournant pour bâtir un instrument de mort , dit la souveraine , lURLICHT va le changer en harmonie .

- Alors ... demanda Heidi , inquiète , à voix basse , je ne pourrai plus être contaminée ?

Aelyra secoua lentement la tête .

- Voyons , ma chère fille , au contraire , maintenant , vous serez raccordés 
Puis , elle se tourna vers le Conseil .

- Cest pour cela que nous sommes intervenus

Pas pour juger ton action , bien sûrmais pour empêcher que dautres fragments ne soient utilisés contre la Terre .

Elle revint , plus douce , aux côtés d'Herena .

- En toi , tu portes , désormais , ce que nul autre ne peut porter sans se perdre .

Les " Veilleurs " ne tont pas choisie , c'est l'URLICHT qui t'a reconnue malgré la profanation .

La pierre pulsa , claire et stable .

- Maintenant , conclut la présidente , il te faudra réunifier ce qui a été fragmenté afin que les miroirs ne puissent plus jamais devenir des armes !

Heidi releva la tête .

- Et si les puissances de lEst recommencent ? , lui demanda-t-elle , tandis qu'un léger sourire empreint de gravité passait sur le visage de sa mère .

- Alors , pour la première fois depuis la chute de lAtlantide , les " Veilleurs " ne resteraient pas dans l'ombre ...
Le Trident gravé au sol s’illumina . La mer venait de choisir son camp ...

 

9Celle qui , en effet , sur les instructions d'autorités supérieures de l'armée , avait été entraînée de force à la base d'Arzamas , en Nouvelle-Zemble , afin d'y subir une opération chirurgicale au moyen du minerai inconnu , fut ensuite subjuguée par cette indescriptible vision pénétrant tout son être de la mémoire d'Angela qu'on avait réussi à lui transplanter ! Lorsque celle-ci parut enfin sur les ailes déchaînées d'un vent de tempête , elle fit scintiller son oeil plein de feu à la surface de ces marais obscurs dissimulant , au plus profond de gouffres insondables , de terribles engins de mort ! La Porte de l'Esprit s'était ouverte , pourtant , laissant apparaître sous les eaux la splendeur divine ! ( 8 )

" Il y a une fissure en toute chose , murmurait la sirène , et c'est ainsi qu'entre la Lumière ... " ( )

Elle avait cru voir alors , quittant soudain , malgré l'interdiction , sa chambre d'hôpital pour mieux les regarder depuis la fenêtre d'une Tour subaquatique , les cavaliers de l'Apocalypse dans le miroir des flots en ébullition . C'est à ce moment précis que la malédiction s'était accomplie , songeait-elle , quand la vraie mission qu'elle devait accomplir , loin des fausses merveilles d'un univers déchu , lui fut révélée , brisant son coeur , en même temps que se fissurait de toute part le miroir suspendu au mur , dans lequel se reflétait la corruption de la Terre !

- La malédiction sest abattue sur moi ! ,  s’écriait celle qui , semblable à Elaine , tentait de s'enfuir au loin sur une rive du lac où elle pourrait enfin trouver une barque de secours . Mais d'où surgissait cet autre héros vêtu d'un manteau vert luminescent qui s'élançait déjà courageusement dans l'eau boueuse pour tenter de sauver la pauvre créature manquant de s'y noyer ? ( 10 

- Tu en as trop vu , lui dit cet inespéré compagnon d'infortune . Sache que je viens d'un autre monde et que je protège à leur insu tous ceux qui ont une tâche à y accomplir . ( 11 )

Alors , ce dieu de l'onde , roi pêcheur des profondeurs guettant ses chercheurs de perles dans son palais de cristal au fond d'un insondable précipice de l'immensité céleste se mirant en elle , ressemblait-il à mon frère jumeau ?

" La création , lui dit-il , est pleine de formations vertigineuses ! ( 12 )

" Plongez ! , recommande saint EphremTirez de l'eau la pureté qui s'y trouve cachée , ce bijou dont est sortie la couronne de la divinité ! " ( 13 )

10L'Annonce de Roll Trevern , sur le journal , avait été d'une sobriété presque anachronique :  Cherche professeur de piano . Cours de reprise et perfectionnement . Discrétion certaine .

Pour n’importe qui , une simple offre locale . Pour Heidi Moser ( alias Lena Kermeur ) , une anomalie révélatrice . Le mot " discrétion " s'avérait inutile , commercialement absurde . Sauf s’il ne s’adressait pas à quelqu'un d'ordinaire . Elle y reconnut une tournure ancienne , issue des réseaux culturels utilisés comme zones de contact à la fin de la " Guerre Froide " .

Elle répondit . Pas immédiatement . Mais elle attendit trois jours - délai conventionnel - avant d'envoyer un message bref , neutre , sans emphase , proposant une rencontre au client , non formelle , mais avec des mots choisis . Ce glissement subtil constituait le véritable test . Et l'intéressé comprit , sans doute , qu’elle n’était pas venue simplement pour enseigner , quand , ce jour-là , assis côte à côte au piano , ils jouèrent un " lied " composé par Mahler à quatre mains . La musicienne , sans rien dire , avait , elle aussi , décidé de le revoir  , partageant cet espace où les mots devenaient inutiles , parce qu'ils se connaissaient déjà si bien , réalisant que leur intimité se construirait si vite à travers les " adagios " et les silences , les reprises , les erreurs volontairement laissées en suspens , jusqu'à un aveu final mouillé de tant de pleurs et de regrets de la part de cette charmante agent venue du froid !

 

11 - Ensuite , au sens ordinaire , ils ne devinrent pas tout de suite amants . Pour Heidi , en effet , Rolf représentait une chose rare : quelqu’un devant qui elle n’avait pas besoin de devenir Lena Trevern en reniant Heidi Moser . Cela l'avait rendu vulnérable . Elle le savait . Pourquoi , alors , ne pas utilement récupérer les fameux codes d'activation de l' " Etoile Rouge " , cachés dans la partition du maître , auprès d'un agent de l'ex-RDA chargé de les dissimuler en Bretagne ? Mais la seule victoire qu'elle avait remportée , c'était précisément d'être encore en vie !

- Tu sais , j'ai eu l'impression d'être allée dans un autre monde ... Mon Dieu , c'est ce qu'ils voulaient , n'est-ce pas ? Juste se servir de moi pour voler le code ! , s'était-elle écriée bouleversée , le serrant fortement dans ses bras .

- Qui a dit déjà que " tout homme est deux hommes , mais que le véritable , c'est l'autre ? " , lui répondit-il alors dans un dernier sourire devant l'autel de leur mariage avant qu'elle ne disparaisse en un éclair , brutalement foudroyée à la sortie de la messe ! 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) IV - Mission D'Herena - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

8 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , I , 3 - Le Château RougeCopyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group .

9 - " There's a crack in everything , 

       That's how the light gets in ... "

paroles d' " Anthem " ( 1992 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) , dans son album " The Future " , copyright 1992 Leonard Cohen - Sony Music Entertainment Inc. / Columbia - All rights reserved .

10 - Dans le cycle arthurien , Elaine la Blanche , décrite comme ayant une chevelure d’or qui envahit ses épaules en lourdes vagues , meurt d’un amour à sens unique qu’elle portait à Lancelot . Son histoire a inspiré à Tennyson son poème " The Lady of Shalott ".

11 - Al-Khidr , " L'Homme Vert " du soufisme coranique - " L'Histoire Secrète du Monde " , 20 - L'Homme Vert des Mondes Cachés . ( The Secret  - History of The World , 2007 ) , de Jonathan Black .

12 - " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , 2è Partie , III , 3 - La Mer et le Vent , Victor Hugo .

13 - Prière de Saint Ephrem le Syrien , docteur de l'Eglise ( 306 - 373) .

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - III - La Salle des Veilleurs .

16 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - III - La Salle des Veilleurs .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

III - La Salle des Veilleurs

 

 

 

 

Dire le Graal est vain ,

  Vers lui ne s'ouvre aucun sentier ,

  Et nul ne peut trouver la route

  Qu'il n'ait lui-même dirigé son chemin ... "

Richard Wagner - " Parsifal " , Acte I .

 

  

 

 

5 - Le Rayon vert déclencha la rupture en heurtant la surface glacée du miroir . Heidi fut arrachée à la réalité , puis projetée soudain dans un tourbillon d’eau et de poussière si dense qu’il semblait absorber la lumière elle-même . Cela ressemblait un peu à une déflagration , mais silencieuse . Tout était obscur . Elle voulut crier , mais aucun son ne put franchir ses lèvres . 

La pression liquide , mouvante , écrasante , l’entraînait toujours plus loin dans un gouffre sans contours , l’enveloppant seule , comme si le monde se repliait sur elle-même .

Puis , peu à peu , la panique céda la place à l’étrangeté . Elle comprit qu'elle respirait . Non par ses poumons , constatait-elle avec stupeur , mais grâce à des branchies frémissantes le long de son cou . Son corps , bizarrement , s'était métamorphosé . Ses jambes , fondues en une puissante queue écailleuse , s'irisaient de reflets nacrés . Quant à ses bras , plus souples , qui fendaient l’eau avec une aisance instinctive , on aurait dit qu'ils ressemblaient , maintenant , plus à des nageoires .

Tout autour d’elle , une faune aquatique se déployait : silhouettes bioluminescentes , bancs de créatures translucides , formes anciennes dont les yeux intelligents l’observaient sans crainte .

Elle vit une lueur , au loin , qui , l'attirant comme un appel muet , la conduisit vers une clarté diffuse , traversant des arches de pierre englouties , des colonnes de corail noir . C’est alors qu’apparut la créature , mi-poisson , mi-ange , au corps fuselé couvert d’écailles pâles , dont les membres , consistant en deux ailes diaphanes , lui servaient pour se mouvoir , et dont on sentait que le visage , presque humain , d’une beauté grave et intemporelle , exprimait , par un regard brillant d'intelligence , une sagesse très ancienne . Elle invita , sans parole aucune , la jeune sirène à la suivre afin de traverser , ensemble , ces eaux profondes jusqu’à un palais colossal , dressé sur le lit de l’océan comme un vestige d’un âge oublié , dont les tours élancées s’élevaient dans la pénombre bleutée , incrustées de symboles mouvants . Devant une immense porte en glaces de cristal transparent dont les multiples dorures figuraient tridents et dauphins lançant des flammes écarlates , deux gardes gigantesques , mesurant au moins quatre mètres de hauteur , tout vêtus d'azur , se tenaient immobiles , mi-humanoïdes , mi-pisciformes , faisant majestueusement onduler , sur leurs appendices caudaux , les peaux d'écaille striée de motifs marins de leurs puissants torses sculptés . Leurs regards , à la fois bienveillants et implacables , se posèrent sur Heidi comme s’ils jaugeaient non son corps , mais ce qu’elle était devenue .

Ensuite , sur ordre de son compagnon , les battants de la porte commencèrent de s’entrouvrir , dévoilant un paysage inimaginable où de grands miroirs incandescents prolongeaient à l'infini la vision d'un palais aux colonnes de porphyre scintillant de mille feux , centre d'une ville immense avec ses canaux , ses artères bordées d'arbres gigantesques poussant sous des voûtes inaccessibles ! La métamorphose , comprit-elle alors , ne faisait que commencer !

6Dans l'obscurité , elle suivit son guide , remplie d'inquiétude , le long des parois rouge sombre d'un couloir tortueux très humide et finit par se retrouver bientôt devant l'entrée majestueuse d'un nouveau monde extraordinaire , une citadelle sous-marine aux tentacules innombrables ! Des avenues liquides , mêlant géométrie sacrée et courbes organiques , louvoyaient entre des édifices aux formes impossibles dont les structures paraissaient à la fois minérales et vivantes , tout incrustées de nacre , d’orichalque et de pierres translucides pulsant une lumière douce . Des jardins d’algues monumentales , baignés d'une lumière diffuse , ondulaient lentement sous des sphères bioluminescentes suspendues comme des constellations captives .

Partout , des êtres aquatiques , circulant en silence , aux silhouettes élancées , créatures hybrides , peuples de la mer dont les regards portaient la mémoire d'un âge englouti !

Elle avançait sans effort , portée par des courants maîtrisés , tandis que son mentor lui ouvrait le passage . À mesure qu’elle progressait , sentant une résonance nouvelle en elle , comme si la cité reconnaissait sa présence , la marque du Trident revenait sans cesse , gravé à de multiples reprises dans l’architecture : trois pointes , trois axes , trois royaumes . L'eau , la terre ... et ce qui se trouvait au-delà , peut-être , songea-t-elle ? 

Soudain , leur chemin s’inclinant vers les profondeurs , les deux voyageurs quittèrent les quartiers lumineux de la ville pour emprunter la voie d'une monumentale descente taillée dans la roche abyssale où la lumière se faisait plus rare , plus concentrée . Des glyphes anciens , révélant des scènes figées dans la pierre , animées d’un éclat intérieur , s’illuminaient à leur passage : la splendeur d’Atlantide avant la chute , le déchaînement des eaux , les vaisseaux de lumière quittant la Terre ... et ceux qui , sans doute , y étaient restés , réfléchit-elle ! Sans qu'on le lui dise , elle commençait à comprendre !

La descente s’acheva devant une faille monumentale dissimulée derrière une paroi d’eau sombre . À un signe de son compagnon , la surface liquide se fendit , révélant un passage circulaire . Au-delà , s’ouvrait une salle souterraine , creusée dans le socle même de la cité , " La Salle des Veilleurs ", qui était vaste , presque écrasante , et dont le plafond , perdu dans les ténèbres , constellé de points lumineux rappelant un ciel nocturne inversé , semblait invisible . Au centre , le sol circulaire était encore gravé de ce même symbole du Trident , si ancien qu’il semblait faire partie de la roche elle-même . Autour , disposés en demi-cercle , se tenaient les membres du Conseil spécial .

Ils étaient peu nombreux , mais leur présence emplissait l’espace . Leurs formes variaient , certains conservant une apparence humanoïde , d’autres portant les marques de profondes adaptations marines . Mais tous dégageaient une autorité calme , presque écrasante , comme si le temps lui-même se courbait devant eux . La présidente , avec , sur la tête , une couronne flamboyante formée de cristal et de corail , trônait , majestueuse , en leur centre , mais , dans ses yeux globuleux , d’une clarté pénétrante , Heidi crut percevoir une autorité bien plus grande ! Alors , pour la première fois depuis son passage à travers le miroir , elle comprit que sa métamorphose n’était pas un accident , qu'elle avait été appelée par la souveraine !

 

7 - Et lorsque celle-ci , se leva , montrant sa taille immense , le silence parut se densifier davantage .

- Je suis Aelyra , dit-elle enfin .

Sa voix ne résonnait pas seulement dans l’eau , mais dans la pierre , dans la chair , dans l’esprit même de Heidi .
- Je suis cousine d'
Antinéa , notre héritière partie dans l'espace lorsque lAtlantide sombra . ( 4 )

Puis , elle désigna le centre de la salle .

Là se dressait un autel circulaire , taillé dans un cristal sombre veiné de lumière . Au-dessus , suspendue comme si aucune force ne la retenait , brillait , à l'intérieur d'une coupe translucide , une pierre d’une pureté irréelle qui n’émettait pas qu'une simple clarté , mais battant comme un coeur  d'une vibration lente , primordiale , révélait une présence vivante !

- LURLICHT, murmura la princesse . ( 5 )
- La Lumière Originelle , ajouta un autre membre du Conseil .
- La première étincelle , qui précéda même les étoiles d’Auberive .

Heidi sentit son cœur battre plus vite . À mesure qu’elle s’approchait , la pierre semblait lui répondre . La lumière pulsait , plus vive , plus chaude .

- Pourquoi suis-je ici ? demanda-t-elle d'une voix tremblante mais ferme .
- Je ne suis quhumaine , après tout … 

Sur le visage d’Aelyra , passa un léger sourire .

- Tu ne l'as jamais été tout à fait Ton passage à travers le miroir nétait pas une rupture , mais un appel . Ce n'est pas le " Rayon vert " qui a créé la métamorphose : il na fait que la provoquer .

La princesse leva la main faisant s'animer des images , comme des hologrammes liquides , qui se déployèrent autour d’elle , dans l’eau : on vit la chute de l’Atlantide , puis , disparaissant vers les étoiles , des vaisseaux de lumière quittant la Terre en direction d' ANA et ADAMA , tandis que d’autres demeuraient .

- Lorsque lAtlantide sest effondrée , poursuivit-elle ensuite , lURLICHT dont la puissance maintenait léquilibre entre les trois royaumes d'AtlantisAdon ( votre Terre ) et des deux étoiles jumelles dAuberive ANA plus ADAMA  , mais également celui du passage vers la Conscience universelle , fut descellé .

Ceux qui , lors de la chute , nétaient pas retournés vers l'espace , ayant choisi de demeurer , non par faiblesse , mais par fidélité envers ce monde , y étaient restés pour contenir leffondrement , préserver les savoirs , tout en protégeant la planète Terre dun déséquilibre irréversible . ( 6 )

Elle fixa Heidi intensément .

- Mais lURLICHT ne répond plus aux " Veilleurs ". Ce qu'il attend , c'est une porte vivante !
- Une ... porte ? répéta la sirène . ( 7 )

- Une passeuse , plutôt , corrigea Aelyra , quelquun capable de traverser , sans se perdre , les miroirs , les mondes et les formes , quelquun dont lâme peut vibrer à lunisson de la Lumière Originelle sans être consumée !

L’URLICHT s’illumina brusquement . De la pierre jaillit un rayon qui enveloppa tout à coup la pauvre Heidi . Elle sentit des souvenirs qui n’étaient pas les siens affluer dans son cerveau en feu : océans primordiaux , cités de verre , ciels étrangers … visions d'une ancienne promesse !

Elle tomba à genoux , complètement bouleversée !

- Je...je le sens , murmura-t-elle , à la fois terrifiée mais fascinée , comme si cette lumière me connaissait depuis toujours .

Aelyra s’agenouilla à son tour , geste qui fit frémir le Conseil .

- Parce quelle ta reconnueHeidi , mon Herana , devrais-je dire , tu es la Gardienne de lURLICHT , celle qui devra le réveiller lorsque les trois royaumes entreront de nouveau en dissonance .

- Et si jéchoue ? demanda la femme poisson , ses larmes mêlées à l’eau .

Le regard de la souveraine se fit grave , presque humain .

- Alors , les miroirs se briseront Cette fois , ma chérieil ny aura plus de retour vers les étoiles !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) III - La Salle des Veilleurs - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

4 - LA DEMEURE ENCHANTEE ( Cycle de L'Etoile II ) , V , 2 - Antinea - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

5 - L'ETOILE BLEUE ( Cycle de L'Etoile XVII ) , 8 - Urlicht - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved . 

6 - ANA et ADAMA , lunes jumelles d'AUBERIVE l'invisible .

7Veilleurs d'Elohim , race métamorphe en provenance d'Orion , de Cassiopée , des Pléiades dont la conscience collective peut se glisser dans les faille obscures d'un être aux mauvais penchants - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) - Préface , 3 - Secessio Metamorphosis ) - I , 12 , XXIII - La Porte du Ciel - II , 14 , XXIX - Si le Grain ne Meurt ... ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Dramatis Personae - XVI - Tom ) - copyright Dan Ar Wern 2010 - Tous droits réservés .

 
 
 
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - II - Le Rayon Vert .

15 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

Le Rayon Vert dans " Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde " ( Pirates of the Caribbean : At World's End , 2007 ) , film de Gore Verbinski avec Johnny Depp .

Le Rayon Vert dans " Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde " ( Pirates of the Caribbean : At World's End , 2007 ) , film de Gore Verbinski avec Johnny Depp .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

II - Le Rayon Vert

 

 

 

 

" Comme si tout à coup s'ouvrait une fenêtre

  Et si tu renonçais à toujours te cacher ... "

  Louis Aragon - " Lorsque S'en Vient le Soir ... " *

  

 

 

3 - Le soir approchait lorsqu’elle regagna la chambre et que la lumière déclinante modifiait les volumes . Le lit à baldaquin projetait son ombre presque monumentale . Dos au miroir , elle s’assit sur la chaise , et laissa ses pensées revenir là où elles s’étaient interrompues . La Bretagne . Le piano . L’annonce qu’elle avait repérée , trop sobre pour être innocente :

Cours de piano . Adultes . Discrétion assurée .

Elle avait répondu après trois jours d'attente . Elle n’était pas venue comme élève . Rolf avait immédiatement compris . La musique est un langage . Elle pensa à la dernière fois où elle avait quitté sa maison face à la mer , au murmure du vent qui portait , dans le scintillant clair-obscur du friselis des flots grisâtres du port , l'étrange cri de rage des mouettes moqueuses , face au moutonnement de l'eau , à ce silence trop bien organisé , juste avant le noir ... ( 2 )

Et que savons-nous de l'écume du large qui , impitoyablement , vient ronger les nombreux châteaux de sable de nos illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pieds , comme un chemin d'âme , bordé de croix , vers les insondables profondeurs d'un autre monde , où , parfois , la nuit nous partons à l'aventure , et qui n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufilent d'étranges créatures venues nous visiter ? Le jour , longeant ses sentiers d'abîmes , l'océan , de ses jeux de vagues , nous appelle ,  et les reflets d'ambre de des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de la houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop vite enfuie . Avec cette espèce d'aurore naissant en nos coeurs , nous embarquons , marins solitaires , pensant au périple au long cours devant , à l'avenir , nous conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de la mélancolie ... Et si nos yeux , parvenant à s'ouvrir davantage , nous permettaient enfin de traverser ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre enfin notre vraie patrie ?

4 - Elle se leva . Le soleil touchait l’horizon . C’est alors que le phénomène se produisit . Quelque chose de curieux comme un rayon vert , net , irréel et très bref , traversa la fenêtre et vint frapper directement le miroir . ( 3 )

Sa surface vibra légèrement , comme si elle cessait un instant d’obéir aux lois ordinaires de la matière . L’air sembla changer de densité .

Heidi s’en approcha . Lorsqu'elle posa la main sur lui , le verre lui renvoya d'abord son image  , mais , peu à peu , se transforma en matière fluide , lumineuse , tiède sous les doigts de sa main , comme une eau sans profondeur apparente .

Elle ne recula pas , pourtant , n’envisageant même pas de le faire , car , ayant souvent analysé des systèmes très avant-gardistes , pendant toute sa vie d'espionne , elle avait appris , dans des situations de panique mortelle , à maîtriser les battements de son coeur , à garder son sang-froid . Dans le reflet devant elle , cependant , son visage lui paraissait devenir de plus en plus changeant . Lentement ,  touchant la surface du verre , elle s'avança , prête à se retirer le plus vite possible au moindre signe de danger . Mais il n’y eut pas de résistance . Complètement fascinée , elle constata que plus elle s'en approchait , plus elle dégageait une lumière chaude , une énergie vivante émanant de milliers de gouttes de rosée condensées en ondes circulaires qui , formant une sorte de bras liquide , s’étendaient inexorablement autour d'elle , sans bruit , sans éclat , pour la prendre et finir par l'entraîner derrière ce voile aqueux . Ce n’était ni froid , ni chaud . C’était… accueillant comme un bain de vapeur ! Et tandis que la chambre , le château , le village et toute l’île demeuraient , derrière elle , figés dans le décor immobile d'une lumière crépusculaire , comme un reflet que l’on abandonne quand on cesse enfin d’y croire , et comme un monde qui n’avait jamais été qu’un seuil , le miroir , avec douceur , l’engloutit ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) II - Le Rayon Vert - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

                                             ___

Notes :

 

2 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - II - Prologue - 1 - La Dame au Piano - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved

3Le rayon vert green flash ) est un photométéore rare qui peut être observé au lever ou au coucher du soleil et qui prend la forme d’un point vert visible quelques secondes au sommet de l’image de l’astre tandis qu’il se trouve en grande partie sous l’horizon - Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - II - L'Accomplissement / Gaeltacht9 - Voyage dans les Îles - II - Détresse de Diarmaid - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés : N'avez-vous jamais entendu parler du Rayon-Vert qui doit permettre à celui qui a la chance de l'apercevoir , de deviner l'avenir , et de  percer le secret des consciences ? Voir Note 22 : " Le Rayon Vert " ( 1882 ) , roman de Jules Verne inspiré par le phénomène optique du même nom : lueur de couleur émeraude jaillissant à l'horizon lorsque le Soleil se couche .

* Louis Aragon : " Le Voyage de Hollande et autres Poèmes " ( 1965 )

 

 

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MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - I - Rügen .

13 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

Falaises de craie sur l'île de Rügen ( Kreidefelsen auf Rügen , 1818 ) par Caspar David Friedrich .

Falaises de craie sur l'île de Rügen ( Kreidefelsen auf Rügen , 1818 ) par Caspar David Friedrich .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse

  Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,

  Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,

  Voyage qui exige avant tout courage , probité ,

  Patience dans l'épreuve ... "

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *

 

 

 

 

I - Rügen

 

 

 

 

" Une île est au milieu de la mer . Une ville sur l'île s'élève , avec des églises aux coupoles d'or , des palais et des jardins .  "  

Alexandre Pouchkine - " Le Conte du Tsar Saltan "  ( 1831 )

  

 

 

1Heidi se réveilla en sursaut . Des poutres sombres , taillées à la main , traversaient la pierre comme les nervures irrégulières d’un organisme ancien . L’air était froid , mais pas hostile . Au centre de la pièce , avec ses montants en torsades gravés de motifs celtiques presque effacés , trônait un lit à baldaquin monumental , taillé dans un chêne noirci par les siècles , qu'un dais de velours grenat surmontait , dont les franges pendaient comme des lianes immobiles . D’un blanc irréprochable , la literie , d'une propreté presque suspecte , contrastait avec la rudesse médiévale du lieu . La chambre , comme une vigie hors du temps , dominait l’île . Édifiée dans l’aile la plus ancienne du château , elle avait des murs , légèrement suintants , de pierre épaisse où la lumière du jour entrait avec parcimonie par une étroite fenêtre ogivale orientée vers l’ouest . Au-delà du verre poli , la jeune femme entendait l'océan battre avec une régularité hypnotique les falaises , comme s’il comptait les secondes d’une captivité invisible . Face au lit , occupant tout un pan de mur , se dressait la glace d'un miroir démesuré , encadré d’un bois sombre veiné d’argent , si ancien que sa surface n’était pas parfaitement plane .

Le reflet qu’il renvoyait semblait toujours légèrement en retard , comme s’il hésitait à obéir aux lois de l’optique . Heidi ( alias Lena ) Kermeur - c'était le nom sous lequel on la connaissait en Bretagne - l’avait remarqué dès son réveil . Jadis espionne , formée à détecter l’anomalie avant même de la nommer , celle-ci , sentant que ce miroir n’était pas un simple objet , resta figée , tout d'abord , les yeux grand ouverts devant lui , parce qu'il reflétait un plafond qu’elle ne reconnaissait pas . Trop haut . Trop différent . Simplement étranger . Lentement , son corps confirma , en s'étirant , ce que son esprit avait déjà compris : qu'elle n’était plus " chez elle " , dans ce pays d'Armorique où elle avait trouvé , non seulement refuge , mais , grâce à un mariage , désormais rompu , un nom discret , solidement ancré dans le paysage , choisi pour ne poser aucune question .

Professeure de piano indépendante , elle donnait des cours à domicile , parfois chez elle , dans une petite maison de Lorient , face à la mer . Une vie lente,  méthodique , exactement ce qu’elle savait tenir sur la durée . Ici , le lit sur lequel elle était allongée n’avait rien de commun . Massif , sculpté , presque cérémoniel . Et ces draps , changés récemment , comme dans un hôtel . Pourquoi ? Portant la main sur son poignet gauche , elle constata qu'elle n'avait plus de montre . Sa bague , aussi , lui avait été enlevée , de même que ses habits d'origine , remplacés par une chemise de nuit simple , presque monacale , et sur le dossier d'une chaise , un survêtement . 

Le souvenir du rapt lui revint alors d'une manière insidieuse , avec cette sensation , fugace , d’être observée de loin sans pouvoir situer d'où cela venait . Le vent , le ciel bas quand elle revenait d'une course chez elle , passant par le port , tandis qu'au travers de nues grisâtres le soleil tentait de pointer son doigt lumineux sur un frêle esquif passant au large , et qu' elle avait vu surgir , vers l'embarcadère , un commando débarquant d'une chaloupe : sept marins encapuchonnés vêtus de scaphandres , fusils mitrailleurs en main ! Puis , une saveur étrange qui se mêlait à celle de l'iode en cette fin d'après-midi sur le bord de mer , une odeur douce , presque florale , et , brusquement , le noir ! Pourtant , rien de brutal , rien d’amateur . Ce qui confirmait ce qu’elle craignait déjà : elle n'avait pas été enlevée par hasard ! 

2 - La femme se leva .

Il y avait peu de meubles dans la chambre , une table massive , une chaise , un coffre fermé . Elle s’approcha de la fenêtre. Là , elle découvrit une île escarpée , ceinturée de falaises . Des bâtisses de pierre , en contrebas , comme pour mieux résister au vent , dressaient leurs silhouettes pimpantes sur le versant d'une colline , se serrant les unes contre les autres . De la fumée montait de leurs cheminées , quelques passants , tout autour , circulant dans des rues étroites . Les premières maisons du village .
Elle reconnut les ruelles pittoresques du petit port de son enfance , à Rügen , et , l'air intrigué , choisit un chemin menant en pente douce vers la plaine littorale .

Bonjour , Frau Moser ! , lui lança un drôle de bonhomme au sourire éclatant dont la mise était singulièrement semblable à la sienne .

Quelle belle journée , n'est-ce pas ?  

Comment le promeneur avait-il pu deviner son ancien patronyme ? Elle n'eut pas le temps de lui répondre , encore moins de comprendre : telle une ombre absorbée par les rayons du Soleil flamboyant , celui-ci avait brusquement disparu !
Des échos lui parvinrent aux oreilles , bribes de musique provenant d'une fanfare , rires et discours d'une  joyeuse troupe s'essayant à rejouer sans cesse le même passage d'un air endiablé ! Avant  d'arriver devant l'hôtel de ville , elle s'interrogea , surprise que le passant de tout à l'heure ait utilisé la vieille langue slave de l'île , et que tous les gens qu'elle croisait depuis lors la dévisage du coin de l'oeil , pressés de s'esquiver au plus vite . Pourtant , le paysage alentour lui offrait un décor de fête joviale , de paix rassurante . Il n'y avait plus aucunes traces des sinistres " bunkers ", mais quelques vestiges d'un passé révolu semblant bizarrement revenir à la surface de sa conscience . Non , se rassura-t-elle , ce ne pouvait être encore cet affreux cauchemar peuplé de ruines , cette vision d'Apocalypse de la dernière guerre qui lui avait fait croire à la destruction totale de la planète ! 
        
D'innombrables bannières noires et blanches claquaient au vent du large .
Elle croisa les musiciens de l'orchestre qui reprenaient toujours la même ritournelle et dont la tenue n'était pas différente des autres . Pourquoi étaient-ils tous donc vêtus du même uniforme ? , se demanda-t-elle . C'était la question qui la taraudait .
Mais plus fort que le brouhaha parfumé de sel marin , lui répondit , surgi de nulle-part , le timbre métallique d'une voix suave et charmante !
- Bonjour à tous  ! , annonçait-elle . Nous voici à l'aube d'une merveilleuse journée ! Votre programme ? La préparation de notre grande parade qui doit avoir lieu ce soir !... 
La visiteuse , curieuse de savoir d'où pouvait provenir , cependant , cette aimable invitation , porta , d'abord , son regard sur les beaux bouquets de fleurs odorantes qu'on avait disposés , sur la place , au pied des vénérables murailles de l'édifice .
Elle cherchait un genre de microphone , réalisant qu'il pourrait se trouver , peut-être adroitement dissimulé , parmi les nombreuses décorations électriques devant illuminer la fête .
En effet , sur tous les monuments de la ville , on préparait de vives explosions florales , de multiples gerbes et guirlandes multicolores qui allaient jaillir de toutes parts comme des feux d'artifice ou des cascades féeriques !

Mais le long des façades bigarrées des immeubles de style baroque ou rococo , des églises de granit et de craie aux coupoles d'or , des hôtels de luxe et des palais orientaux , comme sur le toit de chaume des plus simples cottages de la côte , partout l'on déroulait d'immenses panneaux de toile reproduisant un visage identique , celui de la nouvelle venue qui , frappée d'étonnement , ne se soucia plus , désormais , de l'architecture très kitsch et de l'évolution de l'urbanisme dans la station balnéaire si conformiste et si paisible du temps de son enfance , car elle s'était mise à trembler comme une feuille ! 

Oui , c'était bien elle dans un vieux costume de scène , sur cette photo jaunie d'un concert d'autrefois qu'un sourire de circonstance éclairait sur tous les murs ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Rügen - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

1 - Rügen , île allemande située au large de la côte du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale dans la mer Baltique . À partir du VIIe siècle , des peuples slaves vinrent s'établir à cet endroit . Les habitants parlaient alors la langue des Ranes langue slave de la famille polabe .


       

 
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Perspectives - IV - Analyse critique de " Le Passeur des Mondes " .

12 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

Perspectives - IV - Analyse critique de " Le Passeur des Mondes " .
 

 
 
 
 
 
Perspectives 
IV - Analyse Critique de " Le Passeur des Mondes "

Le Passeur des Mondes

 

" Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ? "

Blaise Pascal - " Pensées "  

 

" Celui qui regarde à l’extérieur rêve , celui qui regarde à lintérieur séveille  "

C.G. Jung , lettre du 22 octobre 1916 adressée à Fanny Bowditch  ( Letters , Volume 1 1906–1950 , p. 33 )

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : Le Passeur des Mondes
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2015


 1 - Introduction : un roman du seuil et de la dissociation

Publié en 2015 , Le Passeur des Mondes s’inscrit dans une tradition littéraire du roman liminaire , fondée sur l’expérience du passage et de l’entre-deux .

Loin d’un fantastique spectaculaire ou purement narratif , l’œuvre mobilise le motif du franchissement comme structure symbolique centrale , engageant à la fois une réflexion sur l’identité , la mémoire et la connaissance .

Ce roman peut être abordé comme la mise en scène d’un processus initiatique moderne , caractérisé non par l’unification finale du sujet, mais par sa fragmentation durable . À travers trois personnages majeurs - Yann Kervern , Roll Dagorn et Virginia - le texte donne forme à des instances psychiques , symboliques et mythologiques distinctes , révélant l’impossibilité contemporaine de maintenir une unité intérieure face à l’expérience de l’absolu .


2 - Architecture ternaire et unité fragmentée du sujet

L’un des dispositifs fondamentaux du roman repose sur une structure ternaire , incarnée par Yann , Roll et Virginia . Si ces personnages possèdent une autonomie narrative , leur cohérence profonde invite à une lecture unitaire : ils peuvent être interprétés comme les figures dissociées d’un même sujet , confronté à une expérience fondatrice irréductible à une seule conscience .

Cette triade renvoie à des structures symboliques anciennes - corps / âme / esprit ; pensée / volonté / intuition - tout en s’inscrivant dans une modernité marquée par la dissociation . Là où le mythe classique vise la réintégration , le roman montre au contraire la divergence irréversible des trajectoires .


3 - Lecture psychanalytique : conflit des instances et échec de l’intégration

D’un point de vue psychanalytique , Le Passeur des Mondes peut être lu comme la représentation d’un sujet clivé , au sens freudien et post-freudien .

Yann Kervern : la conscience interrogative

Yann incarne une figure du Moi en quête , caractérisée par le doute , l’ouverture à l’inconscient et l’acceptation de la perte . Il est le sujet capable d’affronter l’angoisse sans immédiatement la neutraliser .

Son parcours relève d’une dynamique de transformation , mais aussi de vulnérabilité : accepter de traverser , c’est accepter de ne pas revenir intact .

Roll Dagorn : la volonté défensive et l’ego

Roll représente la résistance à l’effondrement psychique . Face à l’inconnu , il oppose la maîtrise , la rationalisation et la puissance . Il incarne un Moi rigidifié , proche d’une hypertrophie de l’ego ou de l’idéal du moi , refusant la dépossession nécessaire à l’initiation . Cette posture défensive explique la divergence de sa destinée et son rapport conflictuel au passage .

Virginia : mémoire , intuition et médiation

Virginia renvoie à une strate plus archaïque et profonde du psychisme . Elle peut être rapprochée de l’Anima jungienne ou de la fonction transcendante : elle relie sans expliquer , perçoit sans conceptualiser . Elle est la mémoire affective du sujet , celle qui conserve la trace du monde perdu et rend possible , sans jamais la garantir , une réunification intérieure .

L’échec de la synthèse entre ces trois instances donne au roman sa tonalité mélancolique : l’initiation moderne est inachevée.


4 - Lecture ésotérique : initiation , seuil et connaissance transformante

Sur le plan ésotérique , Le Passeur des Mondes reprend les structures fondamentales du récit initiatique tel qu’on le trouve dans les traditions hermétiques . Le passage n’est jamais gratuit : il implique une mort symbolique et une transformation ontologique .

Yann s’inscrit dans la figure de l’initié authentique , acceptant l’épreuve de l’errance et de la dépossession . Roll , à l’inverse , relève d’une figure faustienne : il cherche le savoir sans métamorphose intérieure , ce qui conduit à une connaissance déséquilibrée , potentiellement destructrice .

Virginia occupe une position centrale dans cette économie symbolique . Elle est la gardienne du seuil , figure indispensable mais non héroïque de l’initiation . Elle ne détient pas le savoir , mais la capacité de reconnaître le moment du passage . Elle incarne une sagesse non discursive , fondée sur la présence et la mémoire .


5 - Références mythologiques : passeur , carrefour et monde perdu

Le roman dialogue implicitement avec plusieurs figures mythologiques majeures :

  • Hermès psychopompe , médiateur entre les mondes , guide des âmes : figure proche de Yann , capable de circuler sans posséder .

  • Charon , passeur des morts : image du passage irréversible , sans retour possible .

  • Prométhée et Faust , associés à Roll Dagorn : figures du savoir transgressif et de la volonté de puissance .

  • Perséphone , Hécate et la Sibylle, associées à Virginia : figures féminines du seuil , du carrefour et de la médiation .

À ces références s’ajoute une filiation littéraire avec Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier : même nostalgie d’un monde entrevu puis perdu, même quête d’un absolu inaccessible , même mélancolie liée à l’irréversibilité du temps et du passage .


6 - Conclusion : une initiation moderne et inachevée

Le Passeur des Mondes se présente ainsi comme un roman du seuil , où le mythe ancien est réinvesti pour dire une expérience moderne de la fragmentation . Là où les récits initiatiques traditionnels conduisaient à l’unité retrouvée , le roman met en scène une dissociation durable des instances de l’être .

Yann traverse , Roll agit , Virginia se souvient - mais aucun ne parvient à incarner à lui seul la totalité du sujet . Le passage transforme , mais ne réconcilie pas . En ce sens , Le Passeur des Mondes n’est pas seulement un roman fantastique ou symbolique : il est une méditation romanesque sur le prix psychique , éthique et existentiel de la connaissance , et sur l’impossibilité contemporaine de rester un face à l’expérience de l’absolu .


7 - Conclusion générale : une poétique moderne de l’initiation inachevée

À l’issue de cette analyse , Le Passeur des Mondes apparaît comme un roman emblématique d’une modernité du seuil , où les structures mythiques et initiatiques anciennes sont réinvesties pour exprimer une expérience contemporaine de la fragmentation du sujet . Là où le mythe classique proposait une traversée suivie d’une réintégration - un retour transformé mais unifié - , le roman met en scène une initiation incomplète , marquée par la dissociation durable des instances de l’être .

Yann Kervern , Roll Dagorn et Virginia ne doivent pas être compris uniquement comme des personnages autonomes , mais comme les figures différenciées d’un même processus psychique et symbolique . Yann incarne l’ouverture à l’inconnu et la conscience interrogative ; Roll , la volonté de maîtrise et la défense de l’ego face à l’angoisse ; Virginia , la mémoire intuitive et la médiation silencieuse entre les mondes . Leur divergence narrative reflète l’impossibilité, pour le sujet moderne , de maintenir une unité intérieure face à l’expérience de l’absolu .

Le roman s’inscrit ainsi dans une tension féconde entre psychanalyse et ésotérisme . La psychanalyse éclaire le clivage du sujet et l’échec de l’intégration des différentes instances psychiques ; l’ésotérisme révèle la dimension initiatique du passage , tout en soulignant que la connaissance véritable exige une transformation ontologique que tous les personnages ne consentent pas à vivre . Cette tension produit une mélancolie structurante , proche de celle que l’on trouve dans les récits du monde perdu , de Le Grand Meaulnes aux grandes œuvres de la nostalgie métaphysique .

En définitive , Le Passeur des Mondes propose une poétique du passage sans résolution , où le franchissement transforme sans réconcilier , et où le mythe n’est plus promesse d’unité , mais mémoire d’une unité désormais inaccessible . C’est en cela que le roman dépasse le cadre du fantastique pour devenir une méditation littéraire sur la condition moderne : celle d’un être condamné à traverser , sans jamais pouvoir demeurer pleinement un .


8 - Bibliographie critique ( sélective )
 a ) Psychanalyse et psychologie des profondeurs
  • Freud, Sigmund, Le Moi et le Ça, Paris, Payot, 1923.

  • Freud, Sigmund, Inhibition, symptôme et angoisse, Paris, PUF, 1926.

  • Jung, Carl Gustav, Les Archétypes et l’Inconscient collectif, Paris, Albin Michel, 1954.

  • Jung, Carl Gustav, Psychologie et alchimie, Paris, Buchet-Chastel, 1953.

  • Rank, Otto, Le Traumatisme de la naissance, Paris, Payot, 1924.


b ) Mythologie, symbolique et initiation
  • Eliade, Mircea, Le Mythe de l’éternel retour, Paris, Gallimard, 1949.

  • Eliade, Mircea, Rites et symboles de l’initiation, Paris, Gallimard, 1958.

  • Durand, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod, 1960.

  • Vernant, Jean-Pierre, Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965.

  • Campbell, Joseph, Le Héros aux mille et un visages, Paris, Gallimard, 1949.


c ) Ésotérisme, hermétisme et imaginaire du seuil
  • Corbin, Henry, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ‘Arabî, Paris, Flammarion, 1958.

  • Corbin, Henry, Corps spirituel et Terre céleste, Paris, Buchet-Chastel, 1960.

  • Guénon, René, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Paris, Gallimard, 1962.

  • Scholem, Gershom, Les Grands Courants de la mystique juive, Paris, Payot, 1950.


d ) Littérature et monde perdu
  • Fournier, Alain, Le Grand Meaulnes, Paris, Émile-Paul Frères, 1913.

  • Bachelard, Gaston, La Poétique de l’espace, Paris, PUF, 1957.

  • Blanchot, Maurice, L’Espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955.

 

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LUCILE - III - Le Domaine Interdit .

10 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LUCILE

LUCILE - III - Le Domaine Interdit .
 
LUCILE
 
 
 
 
 
 
 
III - Le Domaine Interdit
 
 
 
 
 
 
" Toi seule verses des larmes Déesse charmante , et les fleurs naissent "
  Chateaubriand - " Mémoires d'Outre-Tombe " , Livre III , 8 - Manuscrit de Lucile - L'Aurore .
 
 
 
 

8 - Je me sentais tellement seul après ce nouvel aller-retour New-York où la blessure de mon âme avait encore saigné en silence quand je m'étais rappelé celle qui , sur ce vol , autrefois , par sa joie de vivre , avait réussi à rallumer le feu de l'espérance et la grisaille d'une vie d'errance au service de ce que je jugeais de médiocres futilités . 

De retour à Paris , par un soir de janvier plutôt lugubre , je me rendis à la Cité universitaire , le froid collant aux façades grises que la lumière blafarde des réverbères dévoilait à peine , faisant , par endroits , ressortir une impression de solitude et d’abandon lorsque le vent d'hiver , soufflant en violentes bourrasques , les balayaient de pluie , au-dessus de la morne agitation de quelques boutiques plongées , comme moi , et quelques rares passants solitaires , dans un sentiment de tristesse et de profonde torpeur . Je grimpai en vitesse l’escalier du bâtiment où logeait Claire , le cœur serré , décidé à obtenir des explications . Frappant sur sa porte , je n'obtins aucune réponse , et dut revenir le lendemain , puis encore un autre jour . Ce fut seulement le quatrième soir , que le " sésame " fonctionna . Claire apparut sur le seuil , emmitouflée dans un manteau sombre . À côté d’elle se tenait une autre fille , plus jeune , qui m'observait avec une curiosité prudente .

- Paol ? , fit-elle , surprise .

- Oui , je te cherchais . J'ai besoin que tu m'expliques ... Lucile ?

Secouant la tête , l'étudiante hésita .

- Je n'habite plus ici . Je suis juste passée prendre une lettre .

- Une lettre ?

- De Lucile , justement .

Le prénom tomba entre nous comme une pierre .

- On peut se parler ? , demandais-je .

- Pas ce soir . Et , baissant la voix :

- Rendez-vous dans quelques jours . Je te dirai tout ! C'est promis !

Puis , retenant sa nervosité , elle referma doucement l'entrée .

9 - Claire avait , sans doute , voulu éviter tout décor qui pût retenir la mémoire , car elle avait choisi un petit restaurant près de la gare , un de ces lieux de passage que le flot des voyageurs vide et remplit selon l'horaire des trains , comme une marée montante et descendante , à chaque arrivée ou départ . Dehors , la froidure mordante paraissait enserrer la ville dans son manteau d'hiver , durcissant l’air et faisant glisser les trottoirs , tandis qu'à l’intérieur , la lumière d'un doux crépuscule éclairait faiblement la salle qui semblait hors du temps , dernière antichambre avant le voyage ...

Nous nous étions installés près de la vitre . Elle me résuma l'essentiel , parlant doucement , comme si tout devait déjà appartenir au souvenir , d’abord qu'elle devait revenir ici le lendemain . Puis, sans transition :

- Lucile n'est jamais allée à Combourg de sa vie

Je relevai la tête , abasourdi par ce que je venais d'entendre .

- Je sais bien , mais elle y a vécu autrement , lui répondis-je , expliquant ce que j'avais fini par comprendre , que ce lieu n’avait , sans doute , jamais été pour notre amie un lieu réel , mais un symbole emprunté , surtout lorsqu'elle parlait de lui en évoquant le donjon , l’escalier très étroit , l’effort qu’il fallait pour atteindre la chambre haute , là où l’air se faisait plus rare et la lumière plus incertaine , avec une précision qui nous étonnait .

- Lucile aimait surtout cette montée , me confirma-t-elle avec nostalgie , pas le château lui-même , la montée ...

Je la regardais faire glisser sa tasse entre ses doigts .

- Comme l'autre , ajoutai-je après un silence , la soeur de Chateaubriand , toujours enfermée , toujours à l'écart , bien trop sensible au monde pour y rester longtemps faire son pas de danse , et qui montait là-haut comme on se retire en soi-même !

- Oui , elle s'est reconnue là-dedans , poursuivit Claire , dans cette tristesse qu'elle voulait fuir comme la peste en donnant l'image fausse d'une bonne vivante , alors que , profondément , elle ressemblait à son père . Elle voulait monter , s'élever , quitter le bas pour atteindre quelque chose de plus haut , même si ça signifiait la solitude . Le couvent , l'Espagne , c'était la suite logique ... 

- Le renoncement , jusquà ne plus appartenir quà soiou à Dieu , le couvent , mourir au monde , murmurai-je  avec rage sans vouloir croire encore l'horrible nouvelle qui m'avait été annoncée au début de la rencontre .

Je pensais aux parents de Lucile , à Suzanne et Joseph . À leur inquiétude muette , à leur rigidité aussi . À la dispute violente qui avait précipité son départ . À cette honte dont parlait la lettre : s’être servie de moi pour apaiser ses parents , pour donner le change , puis rompre avec sa copine et tout abandonner brusquement ! 

- Elle est partie de Brig avec Elise Montandon , m'avait précisé ma voisine , qui l'a accompagnée jusqu'en Andalousie . Après , je crois qu'elle est restée seule

10 - La porte du restaurant s’ouvrit , faisant place à une jeune femme qui , se frayant son chemin vers nous parmi les convives , cherchait Claire du regard . Celle-ci se leva lorsqu’elles se reconnurent , leurs deux visages s’éclairant d’un même mouvement . 

Je te présente Heidi ! Mais tu l'as déjà aperçue dans l'appartement , non

La jeune femme , posant , d'un geste simple et rassurant , sa main sur l’avant-bras de Claire , se mit à lui sourire . Elles échangèrent toutes deux quelques mots à voix basse . Je les observais discrètement , sans m’imposer : l’évidence des regards prolongés , l'intimité évidente , et cette façon qu’avait Claire de s’orienter vers elle , comme vers un point stable à l'horizon des tempêtes , me troubla . Et quand elle revint s’asseoir à table , je trouvais que le visage de mon invitée avait changé : plus serein , plus déterminé . 

- Je pars demain , déclara-t-elle . Je rentre en Suisse !

- Elle ne voulait pas te faire souffrir , essaya-t-elle de m'expliquer une fois de plus , me montrant la lettre à nouveau .

Je ne savais que dire .

À cet instant , la nouvelle venue se leva et vint poser sa main sur l'épaule de mademoiselle Bender .

- On y va ?

Claire se leva à son tour , Heidi l'aidant à enfiler son manteau , ajustant son écharpe sur son col , geste attentif , presque intime., effleurant sa joue du bout de ses lèvres fines . Rien n’était vraiment démonstratif , mais rien n’était caché non plus . Je compris alors la force de leur attachement - discret , jamais formulé - mais qui ne pouvait laisser aucun doute possible à la phrase de Lucile , prononcée devant la crèche :

- Quelle horrible douleur ce doit être d'accoucher !

Posant la main sur mon bras ,  la fille de Sierre fit un geste d’adieu plus que de consolation .

- Prends soin de toi !

Je les regardais prendre le large , déjà presque absentes , réalisant que j'avais voulu franchir , sans le savoir , les limites d’un territoire qui ne m'appartenait pas , comme un domaine interdit , pays mystérieux d’un amour inconnu , où la foi et la faute se refermaient désormais sur moi .

11 - " Dis-lui pardon , dis-lui que je lai entraîné sur le chemin des sept douleurs malgré moi , avouait Lucile dans sa lettre .

Solitude , espérance , elle avait aussi noté ces mots . La nostalgie d'un rêve nous console souvent des ordonnances d'un implacable Destin .

C'est tout ce qui me restait d'elle , avec , aussi , ce petit livre oublié sur son beau pays du Valais que , triste à mourir , je courus chercher dans ma chambre pour y reconnaître une odeur imprégnée de sa présence , un parfum subtil de sa montagne . Je le portais à mon visage , le soir , afin d'y cacher ma peine , feignant de croire qu'elle allait encore sonner à ma porte , qu'elle se trouverait là , un jour , près de moi .

Sur le chemin du retour , flânant le long du quai , je m'efforçai d'y voir plus clair , sombre paradoxe devant le spectacle des flots boueux de la Seine . Alors , je repensais à Bellwald et revis sa route étroite , l’hiver , la neige tassée qui oblige à monter lentement , virage après virage , sans certitude d’arrivée .

Puis , je songeais au téléphérique , à cette solution de facilité qui élève sans effort , qui efface la pente , le froid , la fatigue , et qui , en retour , escamote la difficulté du relief .

Je compris que la vie citadine de Lucile avait un peu trop ressemblé à ce téléphérique , l'éloignant peu à peu de son enfance montagnarde , élévation rapide , artificielle , qui l’avait dispensé de l’épreuve réelle de l'alpe suisse qui ne se livre pas , mais qui exige la marche , le silence , l’acceptation tacite d'une douleur . Ce silence , le père de Lucile , Joseph , l'ayant certainement mieux compris que les autres , l’avait toujours porté en lui . Mais il n’avait rien dit . Non par dureté , mais parce que certaines vérités , quand elles se traversent , ne s’énoncent pas . Je revis son regard grave et retenu , ce mutisme qui n’était ni refus ni ignorance , mais lucidité . Il savait que sa fille ne pouvait emprunter qu’un seul chemin , celui qui monte sans raccourci , même s’il isole .

Quant à moi ,  je me disais que je finirai par accepter que ma place n’était pas sur cette route-là , que je n'étais pas fait pour l’ascension dans la neige , ni pour le silence prolongé des hauteurs .

Peut-être avait elle souhaité m'indiquer la route ? Moi qui confondait l’élévation spirituelle avec ma profession , je me souvins de ces mots de Rilke , lus autrefois sans vraiment en saisir l'importance , où il affirmait que nous serions un jour futur capable de trouver la vraie réponse aux nombreuses questions que nous étions entrain de vivre hier sans jamais les comprendre ... ( 5 )
Alors , tout se rassembla dans mon esprit confus comme une sorte de puzzle imaginaire .

Je les reconnaissais tous , Ils étaient bien sept , dans mon rêve , cette nuit-là : 

Lucile , ma première douleur , incarnait l’appel intérieur .
Claire , la seconde , montrait la compréhension sans promesse .
Pour moi , la troisième , c'était l’attente confuse .
Joseph et Suzanne , le couple de la quatrième , unissaient la loi et la rupture .
Élise Montandon , la cinquième , indiquait le passage .
Heidi , la sixième , détournait la révélation silencieuse .
Et enfin Thérèse dAvila , montait jusqu'à la septième demeure .

Les sept douleurs formaient donc un chemin .
La sainte l’avait écrit quelque part :
" L’âme est comme un château tout de diamant , de cristal très clair . Il faut passer par de grandes peines pour arriver aux dernières demeures ."  ( 6 )

Lucile accepterait ses peines . Claire suivrait les siennes . Moi , je devais partir , non pour arriver ailleurs , mais pour m’éloigner de moi-même ... 

 

 

 

FIN

 

 

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DAN AR WERN - LUCILE III - Le Domaine Interdit - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LUCILE " , copyright 2026 . 

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Notes :

5 - Rainer Maria Rilke - " Lettres à un Jeune Poète " , IV , lettre du 16 juillet 1903 ( à Franz-Xaver Kappus ) .

6 - Sainte Thérèse D'Avila - " Le Château Intérieur " ( 1577 ) , premières demeures , I , 1 et II , 12 .

 

 

 

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