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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

22 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

 

      

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

V - La Fin d'un Rêve

 

 

 

 

" L'amour est le seul rêve qui ne rêve pas  " .

Paul Fort ( 1872 - 1960 ) , Ballades Françaises , " Sur Les Jolis Ponts De Paris " .

 

 

 

  

 

 

12 - " Tout est mouvement , tout est danse ... " , avait-elle marmonné , avant son réveil , à l'infirmière qu'elle regardait à peine , semblait-il , à moitié ivre , doutant si ce qu'elle venait d'entendre et de vivre , ce qu'elle avait écouté d'un air étrange et si envoutant , pouvait être vrai , ayant sans doute cherché la vérité de son propre visage au miroir impénétrable des mensonges de sa vie ... Mais maintenant ? La vraie Heidi  ? Elle avait juste cherché à vouloir vivre à la place d'une autre , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu clignotant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti , contemplant le flamboiement rosâtre du crépuscule , frissonnant de désir , ayant laissé le faisceau lumineux , reflet d'un ange immortel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... Illusions de l'amour ? ... L'éclairage d'une chambre blanche , traversée par le battement régulier d’un moniteur et l’odeur sèche des antiseptiques , la réveilla brutalement . C'était une grosse lampe d'hôpital , toute ronde , incrustée de six boules lumineuses qu'elle avait prises , dans son cauchemar , pour les lunes d'Auberive . mais elle ne se souvenait plus de rien . Des ombres floues , vêtues de blouses blanches , le dévisagèrent comme une bête curieuse . Dans son demi-sommeil , elle glana quelques bribes de phrases :
" ... La piqûre a dû lui faire beaucoup de bien ... Il lui faudra une douche froide ... "

Tout ceci , après tout , n'avait été qu'illusions . Dehors , le soleil brillait de toute la force d'un nouveau printemps ! Par la fenêtre de sa chambre , elle aperçut une petite fille jouant toute seule sur la pelouse . Chose étrange , elle crut se revoir lorsqu'elle était gosse , elle qui , par la suite , avait brillamment réussi son concours d'entrée au Conservatoire pour faire des études de piano ! 

En Bretagne , sous le nom de Lena Kermeur , elle était devenue professeure de piano indépendante donnant des cours à domicile , parfois chez ses élèves , parfois chez elle , activité en cohérence parfaite avec sa formation , mais aussi , avec sa volonté d'approcher le dénommé Roll Trevern ( alias Rolf Rieux ) dans le but de savoir où était cachés les codes de l'Etoile Rouge que celui-ci avait dérobés . Car la musique n’avait jamais été seulement , pour elle , qu'un refuge , mais un outil . Dans les années de la RDA , on lui avait enseigné cet instrument non pour la scène , mais pour la structure : lecture horizontale et verticale , mémoire polyphonique , dissociation des mains , domaines de compétences directement transférables au renseignement . La musique lui avait été apprise aux fins de recherches de microfilms dans les partitions du maître ! 

A travers la vitre , elle reconnut le ciel de Brest , bas et mouvant , qui s’écrasait contre la mer grisâtre avec sa lumière pâle , insistante , glissant sur les murs blancs de la chambre . Brest . Elle le sut sans qu’on le lui dise . Le port , la base , l’Île Longue tapie derrière ses silences militaires . Rien ne lui était étranger , rien , non plus , n’était tout à fait réel .

Puis , on lui dit qu’elle avait été retrouvée inconsciente , dérivant entre veille et fièvre . On parla de choc , d’épuisement , d’un délire post-traumatique . Elle acquiesça . C’était plus simple . Elle écouta ,  fit mine d'acquiescer , sachant que l'art consommé de l’ellipse fait partie du langage des médecins comme il est celui des états dont les mots officiels possèdent cette vertu de fermer les portes sans bruit .
Pourtant , tout au fond d'elle , quelque chose de vivant persistait , comme ces images d'une noce interrompue qui ressemblait à la musique fragile d'une symphonie inachevée où dormaient certains microfilms , promesse d’une arme dont l’activation pouvait signer la fin d’un monde déjà en train de disparaître .
Elle revit aussi le manoir de Kernoël et sa longue traversée vers l'île d'Arz immobile , cernée par les eaux . ( 14 )
 
13 - La porte s’ouvrit sans bruit .

Vous êtes réveillée ?

Elle n’eut pas besoin de tourner la tête .

- Oui , depuis longtemps , Rolf .

Un silence . Elle sentit qu’il hésitait . Ce n’était plus le prof timide ou le diplomate sûr de lui des salons feutrés , ni l’époux charmant du mariage trop parfait qu'elle avait cru vivre . C’était quelqu’un d’autre , un homme qui venait poursuivre son enquête.

- Je nétais pas certain que vous accepteriez de me voir .

Il s’approcha lentement . Son regard passa du moniteur à son visage , comme s’il cherchait des preuves , des fissures ...  Le silence se tendit alors , non de menace , mais d’attente , lorsqu'il s’assit près d'elle qui pensait qu’elle avait déjà vécu cet instant dans une autre vie , à travers d’autres femmes , Lola , Angela , des noms qu’il n’avait peut-être jamais prononcé , mais qu’elle connaissait pourtant .

Puis vinrent des mots qui avaient du mal à franchir ses lèvres , presque trop dépouillés , méfiants , pour lui présenter ses excuses , malgré  la peur qu'il avait pu ressentir de cette lumière qu’elle portait sur elle sans le savoir . 

- Urlicht , dit-il enfin , comme on ose enfin nommer une évidence trop longtemps tenue secrète .

Elle l’écoutait sans l’interrompre , attentive moins aux faits qu’à ce qu’ils révélaient , comme cette impossibilité d’aimer sans calcul lorsqu’on a passé sa vie à en faire . Avait-elle seulement rêvé à l'amour dans son regard , pendant cette fraction de seconde où il semblait céder la place aux intrigues ?

Il secoua la tête.

- Avoir cru que je pouvais vous séduire avait un risque .

Le battement de cœur , sur l’écran de contrôle , poursuivait son rythme indifférent .
- Je vous aime , Heidi . Et cest précisément pour cela que je me suis méfié .
- Les microfilms ? l'interrogea-t-elle en laissant échapper un souffle presque rieur parce qu'elle avait réussi à s'en souvenir

- Vous savez ce que jai compris ici ? poursuivit-elle avec l'assurance d'avoir enfin retrouvé un peu de mémoire .

- Dites-moi .

- Que même si javais fait activer cette arme , elle aurait éclaté dans un monde qui nexistait déjà plus . Le mur était tombé , les lignes avaient bougé . Nous aurions été les derniers à croire encore à lancien théâtre .

Il la regarda longuement.

- Alors , pourquoi cette arme , à Kernoël ?

- Parce que je voulais voir jusquoù vous iriez , lui répondit-elle en soutenant amèrement son regard .

- Vous avez vu ?

- Oui , grâce à cette lumière brillante dont vous parliez , l'Urlicht , qui parvient à éclairer toutes ces ombres de notre passé 

- Vous incarniez , mais sans leur fatalité , les femmes qu'avant javais aimées , lui avoua-t-il  pour finir en hochant tristement la tête . Angela était imprévisible , et Lola déjà perdue avant même que je la rencontreCétait insupportable Alors , peut-être pour ça que j'ai cherché en vous le défaut de ma cuirasse

14 Heidi réfléchissait .

Peut-être que son rêve n’était pas ce qui l’avait conduite ici ?
Elle se redressa légèrement .

- Je ne vous ai pas faite enlever pour vous faire taire , essaya-t-il de se justifier . Je voulais juste vous protéger .
- De moi ?
- De ce que nous serions devenus si vous aviez été jusquau bout !

- Rolf ... si le monde doit être pacifié , ce ne sera ni par loubli , ni par le renoncement . Vous avez choisi à ma place .

Elle ferma les yeux , réalisant que l'amour ,  désormais , ne pouvait plus être une simple conquête ni le prétexte d'une quelconque protection , qu'il fallait construire un nouveau monde en acceptant de ne pas en être le centre . 

Il se leva .

- Je ne suis pas venu vous reprendreni vous surveiller . Je suis venu vous dire que je vous aime encore . Même si cela ne mène nulle part .

- Vous savez ce qui est inattendu ? , le rassura-t-elle .

- Dites-moi .

- Cest que je vous crois .

Dans l'apparente immobilité du jour finissant , ce ne fut pas la fin d'un rêve , mais elle sentit naître en elle , avec cette petite clarté sans promesse du crépuscule sur la blancheur des murs , ce qui restait de son visage , sur le miroir de la chambre , vestige  d'un monde cherchant encore sa forme après l’effondrement d'anciennes certitudes .

- L'oeuvre demeure ouverte , soupira-t-elle . Ce n'est pas une fin !

 

FIN

 

                                             ___

 

 

DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Epilogue - La Fin d'un Rêve - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

                                             ___

Notes :

 

14 ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , II , 12 - Le Cygne Noir et 13 - Le Mystère de l'Île d'Arz ( Epilogue ) - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés .

 

 

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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - IV - Mission d'Herena .

21 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - IV - Mission d'Herena .

 

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

IV - Mission d'Herena

 

 

 

 

Ce rêve de partage , de complétude d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage n'était donc qu'un reflet dans un miroir Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

  

 

 

8 - Ils tont choisie comme réceptacle , dit Aelyra sans détour , portant bien haut la coupe en or massif , habillée d'une longue robe de satin noir serrée , à la taille , et d'une écharpe aux couleurs de sang ! Parce que ton esprit pouvait survivre à linterface !

Heidi serra les poings . Rolf , Lola ... , se rappelait-elle .

- Oui , confirma la princesse , tu étais à la fois son ancienne épouse et sa maîtresse , deux consciences résiduelles partiellement conservées dans des matrices neuronales interdites .
Elle fixa la sirène avec une intensité presque douloureuse .

- Ils ont greffé en toi une portion du cerveau de l'une et les schémas mnésiques de lautre ,
un acte que même les "
Veilleurs " nauraient jamais osé accomplir .

- Je croyais que cétait pour survivre ... , lui rétorqua la captive , pour réparer ce quils avaient détruit .

- Cétait surtout pour tester une hypothèse , corrigea un conseiller . Que lURLICHT pouvait bien être morcelé , et que ses différents fragments pouvaient être aussi recomposés dans un être vivant . Mais la raison principale , sous le prétexte d'une mission de formation dans une unité française , était que vous retrouviez les codes permettant d'activer leur arme secrète redoutable , à partir de la partition d'un musicien germanique emportée par votre "ex " en fuite 

- Et , rajouta la souveraine , malgré la haine sourde que tu éprouvais pour celui qui t'avait laissé froidement mourir en temps qu'épouse , tu avais ressenti paradoxalement aussi dans ta chair un grand manque , celui d'une maîtresse pour son amant perdu !

Un lourd silence tomba .

- C'est à ce moment-là que nous avons compris , reprit la " Dame Blanche " , Aelyra ,  que léquilibre était rompu , et que la surface nétait plus capable de contenir seule ce quelle manipulait sans en connaître la nature exacte .

Elle posa solennellement la main sur sa poitrine .

- Les " Veilleursperçurent alors les dissonances de la planète . Lorsque leurs expériences  commencèrent , locéan s'était mis à changer de rythme , les courants furent troublés , le tocsin résonna sur les anciens sanctuaires de Kêr-Ys !

Un autre membre du Conseil , Akor , s’avança .

Vous êtes devenue un point de convergence , Herena , une interface entre ces fragments de lURLICHT , seuil dimensionnel , et la mémoire de l'humanité .

Celui-ci , dont la coupe en or , posée au centre de la salle , projetait un faisceau plus étroit , plus précis , frappa le front de Heidi . Elle sentit immédiatement une mise en ordre : les voix intérieures , les souvenirs greffés , les tensions , tout retrouva sa place !

- Ce que les puissances de l’Est ont voulu faire de notre force en la détournant pour bâtir un instrument de mort , dit la souveraine , lURLICHT va le changer en harmonie .

- Alors ... demanda Heidi , inquiète , à voix basse , je ne pourrai plus être contaminée ?

Aelyra secoua lentement la tête .

- Voyons , ma chère fille , au contraire , maintenant , vous serez raccordés 
Puis , elle se tourna vers le Conseil .

- Cest pour cela que nous sommes intervenus

Pas pour juger ton action , bien sûrmais pour empêcher que dautres fragments ne soient utilisés contre la Terre .

Elle revint , plus douce , aux côtés d'Herena .

- En toi , tu portes , désormais , ce que nul autre ne peut porter sans se perdre .

Les " Veilleurs " ne tont pas choisie , c'est l'URLICHT qui t'a reconnue malgré la profanation .

La pierre pulsa , claire et stable .

- Maintenant , conclut la présidente , il te faudra réunifier ce qui a été fragmenté afin que les miroirs ne puissent plus jamais devenir des armes !

Heidi releva la tête .

- Et si les puissances de lEst recommencent ? , lui demanda-t-elle , tandis qu'un léger sourire empreint de gravité passait sur le visage de sa mère .

- Alors , pour la première fois depuis la chute de lAtlantide , les " Veilleurs " ne resteraient pas dans l'ombre ...
Le Trident gravé au sol s’illumina . La mer venait de choisir son camp ...

 

9Celle qui , en effet , sur les instructions d'autorités supérieures de l'armée , avait été entraînée de force à la base d'Arzamas , en Nouvelle-Zemble , afin d'y subir une opération chirurgicale au moyen du minerai inconnu , fut ensuite subjuguée par cette indescriptible vision pénétrant tout son être de la mémoire d'Angela qu'on avait réussi à lui transplanter ! Lorsque celle-ci parut enfin sur les ailes déchaînées d'un vent de tempête , elle fit scintiller son oeil plein de feu à la surface de ces marais obscurs dissimulant , au plus profond de gouffres insondables , de terribles engins de mort ! La Porte de l'Esprit s'était ouverte , pourtant , laissant apparaître sous les eaux la splendeur divine ! ( 8 )

" Il y a une fissure en toute chose , murmurait la sirène , et c'est ainsi qu'entre la Lumière ... " ( )

Elle avait cru voir alors , quittant soudain , malgré l'interdiction , sa chambre d'hôpital pour mieux les regarder depuis la fenêtre d'une Tour subaquatique , les cavaliers de l'Apocalypse dans le miroir des flots en ébullition . C'est à ce moment précis que la malédiction s'était accomplie , songeait-elle , quand la vraie mission qu'elle devait accomplir , loin des fausses merveilles d'un univers déchu , lui fut révélée , brisant son coeur , en même temps que se fissurait de toute part le miroir suspendu au mur , dans lequel se reflétait la corruption de la Terre !

- La malédiction sest abattue sur moi ! ,  s’écriait celle qui , semblable à Elaine , tentait de s'enfuir au loin sur une rive du lac où elle pourrait enfin trouver une barque de secours . Mais d'où surgissait cet autre héros vêtu d'un manteau vert luminescent qui s'élançait déjà courageusement dans l'eau boueuse pour tenter de sauver la pauvre créature manquant de s'y noyer ? ( 10 

- Tu en as trop vu , lui dit cet inespéré compagnon d'infortune . Sache que je viens d'un autre monde et que je protège à leur insu tous ceux qui ont une tâche à y accomplir . ( 11 )

Alors , ce dieu de l'onde , roi pêcheur des profondeurs guettant ses chercheurs de perles dans son palais de cristal au fond d'un insondable précipice de l'immensité céleste se mirant en elle , ressemblait-il à mon frère jumeau ?

" La création , lui dit-il , est pleine de formations vertigineuses ! ( 12 )

" Plongez ! , recommande saint EphremTirez de l'eau la pureté qui s'y trouve cachée , ce bijou dont est sortie la couronne de la divinité ! " ( 13 )

10L'Annonce de Roll Trevern , sur le journal , avait été d'une sobriété presque anachronique :  Cherche professeur de piano . Cours de reprise et perfectionnement . Discrétion certaine .

Pour n’importe qui , une simple offre locale . Pour Heidi Moser ( alias Lena Kermeur ) , une anomalie révélatrice . Le mot " discrétion " s'avérait inutile , commercialement absurde . Sauf s’il ne s’adressait pas à quelqu'un d'ordinaire . Elle y reconnut une tournure ancienne , issue des réseaux culturels utilisés comme zones de contact à la fin de la " Guerre Froide " .

Elle répondit . Pas immédiatement . Mais elle attendit trois jours - délai conventionnel - avant d'envoyer un message bref , neutre , sans emphase , proposant une rencontre au client , non formelle , mais avec des mots choisis . Ce glissement subtil constituait le véritable test . Et l'intéressé comprit , sans doute , qu’elle n’était pas venue simplement pour enseigner , quand , ce jour-là , assis côte à côte au piano , ils jouèrent un " lied " composé par Mahler à quatre mains . La musicienne , sans rien dire , avait , elle aussi , décidé de le revoir  , partageant cet espace où les mots devenaient inutiles , parce qu'ils se connaissaient déjà si bien , réalisant que leur intimité se construirait si vite à travers les " adagios " et les silences , les reprises , les erreurs volontairement laissées en suspens , jusqu'à un aveu final mouillé de tant de pleurs et de regrets de la part de cette charmante agent venue du froid !

 

11 - Ensuite , au sens ordinaire , ils ne devinrent pas tout de suite amants . Pour Heidi , en effet , Rolf représentait une chose rare : quelqu’un devant qui elle n’avait pas besoin de devenir Lena Trevern en reniant Heidi Moser . Cela l'avait rendu vulnérable . Elle le savait . Pourquoi , alors , ne pas utilement récupérer les fameux codes d'activation de l' " Etoile Rouge " , cachés dans la partition du maître , auprès d'un agent de l'ex-RDA chargé de les dissimuler en Bretagne ? Mais la seule victoire qu'elle avait remportée , c'était précisément d'être encore en vie !

- Tu sais , j'ai eu l'impression d'être allée dans un autre monde ... Mon Dieu , c'est ce qu'ils voulaient , n'est-ce pas ? Juste se servir de moi pour voler le code ! , s'était-elle écriée bouleversée , le serrant fortement dans ses bras .

- Qui a dit déjà que " tout homme est deux hommes , mais que le véritable , c'est l'autre ? " , lui répondit-il alors dans un dernier sourire devant l'autel de leur mariage avant qu'elle ne disparaisse en un éclair , brutalement foudroyée à la sortie de la messe ! 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) IV - Mission D'Herena - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

8 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , I , 3 - Le Château RougeCopyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group .

9 - " There's a crack in everything , 

       That's how the light gets in ... "

paroles d' " Anthem " ( 1992 ) , chanson de Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) , dans son album " The Future " , copyright 1992 Leonard Cohen - Sony Music Entertainment Inc. / Columbia - All rights reserved .

10 - Dans le cycle arthurien , Elaine la Blanche , décrite comme ayant une chevelure d’or qui envahit ses épaules en lourdes vagues , meurt d’un amour à sens unique qu’elle portait à Lancelot . Son histoire a inspiré à Tennyson son poème " The Lady of Shalott ".

11 - Al-Khidr , " L'Homme Vert " du soufisme coranique - " L'Histoire Secrète du Monde " , 20 - L'Homme Vert des Mondes Cachés . ( The Secret  - History of The World , 2007 ) , de Jonathan Black .

12 - " Les Travailleurs de la Mer " ( 1866 ) , 2è Partie , III , 3 - La Mer et le Vent , Victor Hugo .

13 - Prière de Saint Ephrem le Syrien , docteur de l'Eglise ( 306 - 373) .

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - III - La Salle des Veilleurs .

16 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - III - La Salle des Veilleurs .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

III - La Salle des Veilleurs

 

 

 

 

Dire le Graal est vain ,

  Vers lui ne s'ouvre aucun sentier ,

  Et nul ne peut trouver la route

  Qu'il n'ait lui-même dirigé son chemin ... "

Richard Wagner - " Parsifal " , Acte I .

 

  

 

 

5 - Le Rayon vert déclencha la rupture en heurtant la surface glacée du miroir . Heidi fut arrachée à la réalité , puis projetée soudain dans un tourbillon d’eau et de poussière si dense qu’il semblait absorber la lumière elle-même . Cela ressemblait un peu à une déflagration , mais silencieuse . Tout était obscur . Elle voulut crier , mais aucun son ne put franchir ses lèvres . 

La pression liquide , mouvante , écrasante , l’entraînait toujours plus loin dans un gouffre sans contours , l’enveloppant seule , comme si le monde se repliait sur elle-même .

Puis , peu à peu , la panique céda la place à l’étrangeté . Elle comprit qu'elle respirait . Non par ses poumons , constatait-elle avec stupeur , mais grâce à des branchies frémissantes le long de son cou . Son corps , bizarrement , s'était métamorphosé . Ses jambes , fondues en une puissante queue écailleuse , s'irisaient de reflets nacrés . Quant à ses bras , plus souples , qui fendaient l’eau avec une aisance instinctive , on aurait dit qu'ils ressemblaient , maintenant , plus à des nageoires .

Tout autour d’elle , une faune aquatique se déployait : silhouettes bioluminescentes , bancs de créatures translucides , formes anciennes dont les yeux intelligents l’observaient sans crainte .

Elle vit une lueur , au loin , qui , l'attirant comme un appel muet , la conduisit vers une clarté diffuse , traversant des arches de pierre englouties , des colonnes de corail noir . C’est alors qu’apparut la créature , mi-poisson , mi-ange , au corps fuselé couvert d’écailles pâles , dont les membres , consistant en deux ailes diaphanes , lui servaient pour se mouvoir , et dont on sentait que le visage , presque humain , d’une beauté grave et intemporelle , exprimait , par un regard brillant d'intelligence , une sagesse très ancienne . Elle invita , sans parole aucune , la jeune sirène à la suivre afin de traverser , ensemble , ces eaux profondes jusqu’à un palais colossal , dressé sur le lit de l’océan comme un vestige d’un âge oublié , dont les tours élancées s’élevaient dans la pénombre bleutée , incrustées de symboles mouvants . Devant une immense porte en glaces de cristal transparent dont les multiples dorures figuraient tridents et dauphins lançant des flammes écarlates , deux gardes gigantesques , mesurant au moins quatre mètres de hauteur , tout vêtus d'azur , se tenaient immobiles , mi-humanoïdes , mi-pisciformes , faisant majestueusement onduler , sur leurs appendices caudaux , les peaux d'écaille striée de motifs marins de leurs puissants torses sculptés . Leurs regards , à la fois bienveillants et implacables , se posèrent sur Heidi comme s’ils jaugeaient non son corps , mais ce qu’elle était devenue .

Ensuite , sur ordre de son compagnon , les battants de la porte commencèrent de s’entrouvrir , dévoilant un paysage inimaginable où de grands miroirs incandescents prolongeaient à l'infini la vision d'un palais aux colonnes de porphyre scintillant de mille feux , centre d'une ville immense avec ses canaux , ses artères bordées d'arbres gigantesques poussant sous des voûtes inaccessibles ! La métamorphose , comprit-elle alors , ne faisait que commencer !

6Dans l'obscurité , elle suivit son guide , remplie d'inquiétude , le long des parois rouge sombre d'un couloir tortueux très humide et finit par se retrouver bientôt devant l'entrée majestueuse d'un nouveau monde extraordinaire , une citadelle sous-marine aux tentacules innombrables ! Des avenues liquides , mêlant géométrie sacrée et courbes organiques , louvoyaient entre des édifices aux formes impossibles dont les structures paraissaient à la fois minérales et vivantes , tout incrustées de nacre , d’orichalque et de pierres translucides pulsant une lumière douce . Des jardins d’algues monumentales , baignés d'une lumière diffuse , ondulaient lentement sous des sphères bioluminescentes suspendues comme des constellations captives .

Partout , des êtres aquatiques , circulant en silence , aux silhouettes élancées , créatures hybrides , peuples de la mer dont les regards portaient la mémoire d'un âge englouti !

Elle avançait sans effort , portée par des courants maîtrisés , tandis que son mentor lui ouvrait le passage . À mesure qu’elle progressait , sentant une résonance nouvelle en elle , comme si la cité reconnaissait sa présence , la marque du Trident revenait sans cesse , gravé à de multiples reprises dans l’architecture : trois pointes , trois axes , trois royaumes . L'eau , la terre ... et ce qui se trouvait au-delà , peut-être , songea-t-elle ? 

Soudain , leur chemin s’inclinant vers les profondeurs , les deux voyageurs quittèrent les quartiers lumineux de la ville pour emprunter la voie d'une monumentale descente taillée dans la roche abyssale où la lumière se faisait plus rare , plus concentrée . Des glyphes anciens , révélant des scènes figées dans la pierre , animées d’un éclat intérieur , s’illuminaient à leur passage : la splendeur d’Atlantide avant la chute , le déchaînement des eaux , les vaisseaux de lumière quittant la Terre ... et ceux qui , sans doute , y étaient restés , réfléchit-elle ! Sans qu'on le lui dise , elle commençait à comprendre !

La descente s’acheva devant une faille monumentale dissimulée derrière une paroi d’eau sombre . À un signe de son compagnon , la surface liquide se fendit , révélant un passage circulaire . Au-delà , s’ouvrait une salle souterraine , creusée dans le socle même de la cité , " La Salle des Veilleurs ", qui était vaste , presque écrasante , et dont le plafond , perdu dans les ténèbres , constellé de points lumineux rappelant un ciel nocturne inversé , semblait invisible . Au centre , le sol circulaire était encore gravé de ce même symbole du Trident , si ancien qu’il semblait faire partie de la roche elle-même . Autour , disposés en demi-cercle , se tenaient les membres du Conseil spécial .

Ils étaient peu nombreux , mais leur présence emplissait l’espace . Leurs formes variaient , certains conservant une apparence humanoïde , d’autres portant les marques de profondes adaptations marines . Mais tous dégageaient une autorité calme , presque écrasante , comme si le temps lui-même se courbait devant eux . La présidente , avec , sur la tête , une couronne flamboyante formée de cristal et de corail , trônait , majestueuse , en leur centre , mais , dans ses yeux globuleux , d’une clarté pénétrante , Heidi crut percevoir une autorité bien plus grande ! Alors , pour la première fois depuis son passage à travers le miroir , elle comprit que sa métamorphose n’était pas un accident , qu'elle avait été appelée par la souveraine !

 

7 - Et lorsque celle-ci , se leva , montrant sa taille immense , le silence parut se densifier davantage .

- Je suis Aelyra , dit-elle enfin .

Sa voix ne résonnait pas seulement dans l’eau , mais dans la pierre , dans la chair , dans l’esprit même de Heidi .
- Je suis cousine d'
Antinéa , notre héritière partie dans l'espace lorsque lAtlantide sombra . ( 4 )

Puis , elle désigna le centre de la salle .

Là se dressait un autel circulaire , taillé dans un cristal sombre veiné de lumière . Au-dessus , suspendue comme si aucune force ne la retenait , brillait , à l'intérieur d'une coupe translucide , une pierre d’une pureté irréelle qui n’émettait pas qu'une simple clarté , mais battant comme un coeur  d'une vibration lente , primordiale , révélait une présence vivante !

- LURLICHT, murmura la princesse . ( 5 )
- La Lumière Originelle , ajouta un autre membre du Conseil .
- La première étincelle , qui précéda même les étoiles d’Auberive .

Heidi sentit son cœur battre plus vite . À mesure qu’elle s’approchait , la pierre semblait lui répondre . La lumière pulsait , plus vive , plus chaude .

- Pourquoi suis-je ici ? demanda-t-elle d'une voix tremblante mais ferme .
- Je ne suis quhumaine , après tout … 

Sur le visage d’Aelyra , passa un léger sourire .

- Tu ne l'as jamais été tout à fait Ton passage à travers le miroir nétait pas une rupture , mais un appel . Ce n'est pas le " Rayon vert " qui a créé la métamorphose : il na fait que la provoquer .

La princesse leva la main faisant s'animer des images , comme des hologrammes liquides , qui se déployèrent autour d’elle , dans l’eau : on vit la chute de l’Atlantide , puis , disparaissant vers les étoiles , des vaisseaux de lumière quittant la Terre en direction d' ANA et ADAMA , tandis que d’autres demeuraient .

- Lorsque lAtlantide sest effondrée , poursuivit-elle ensuite , lURLICHT dont la puissance maintenait léquilibre entre les trois royaumes d'AtlantisAdon ( votre Terre ) et des deux étoiles jumelles dAuberive ANA plus ADAMA  , mais également celui du passage vers la Conscience universelle , fut descellé .

Ceux qui , lors de la chute , nétaient pas retournés vers l'espace , ayant choisi de demeurer , non par faiblesse , mais par fidélité envers ce monde , y étaient restés pour contenir leffondrement , préserver les savoirs , tout en protégeant la planète Terre dun déséquilibre irréversible . ( 6 )

Elle fixa Heidi intensément .

- Mais lURLICHT ne répond plus aux " Veilleurs ". Ce qu'il attend , c'est une porte vivante !
- Une ... porte ? répéta la sirène . ( 7 )

- Une passeuse , plutôt , corrigea Aelyra , quelquun capable de traverser , sans se perdre , les miroirs , les mondes et les formes , quelquun dont lâme peut vibrer à lunisson de la Lumière Originelle sans être consumée !

L’URLICHT s’illumina brusquement . De la pierre jaillit un rayon qui enveloppa tout à coup la pauvre Heidi . Elle sentit des souvenirs qui n’étaient pas les siens affluer dans son cerveau en feu : océans primordiaux , cités de verre , ciels étrangers … visions d'une ancienne promesse !

Elle tomba à genoux , complètement bouleversée !

- Je...je le sens , murmura-t-elle , à la fois terrifiée mais fascinée , comme si cette lumière me connaissait depuis toujours .

Aelyra s’agenouilla à son tour , geste qui fit frémir le Conseil .

- Parce quelle ta reconnueHeidi , mon Herana , devrais-je dire , tu es la Gardienne de lURLICHT , celle qui devra le réveiller lorsque les trois royaumes entreront de nouveau en dissonance .

- Et si jéchoue ? demanda la femme poisson , ses larmes mêlées à l’eau .

Le regard de la souveraine se fit grave , presque humain .

- Alors , les miroirs se briseront Cette fois , ma chérieil ny aura plus de retour vers les étoiles !

 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) III - La Salle des Veilleurs - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

4 - LA DEMEURE ENCHANTEE ( Cycle de L'Etoile II ) , V , 2 - Antinea - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

5 - L'ETOILE BLEUE ( Cycle de L'Etoile XVII ) , 8 - Urlicht - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved . 

6 - ANA et ADAMA , lunes jumelles d'AUBERIVE l'invisible .

7Veilleurs d'Elohim , race métamorphe en provenance d'Orion , de Cassiopée , des Pléiades dont la conscience collective peut se glisser dans les faille obscures d'un être aux mauvais penchants - Le Livre de Virginia ( Cycle de L'Etoile VI ) - Préface , 3 - Secessio Metamorphosis ) - I , 12 , XXIII - La Porte du Ciel - II , 14 , XXIX - Si le Grain ne Meurt ... ) - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Dramatis Personae - XVI - Tom ) - copyright Dan Ar Wern 2010 - Tous droits réservés .

 
 
 
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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - II - Le Rayon Vert .

15 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

Le Rayon Vert dans " Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde " ( Pirates of the Caribbean : At World's End , 2007 ) , film de Gore Verbinski avec Johnny Depp .

Le Rayon Vert dans " Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde " ( Pirates of the Caribbean : At World's End , 2007 ) , film de Gore Verbinski avec Johnny Depp .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

 

II - Le Rayon Vert

 

 

 

 

" Comme si tout à coup s'ouvrait une fenêtre

  Et si tu renonçais à toujours te cacher ... "

  Louis Aragon - " Lorsque S'en Vient le Soir ... " *

  

 

 

3 - Le soir approchait lorsqu’elle regagna la chambre et que la lumière déclinante modifiait les volumes . Le lit à baldaquin projetait son ombre presque monumentale . Dos au miroir , elle s’assit sur la chaise , et laissa ses pensées revenir là où elles s’étaient interrompues . La Bretagne . Le piano . L’annonce qu’elle avait repérée , trop sobre pour être innocente :

Cours de piano . Adultes . Discrétion assurée .

Elle avait répondu après trois jours d'attente . Elle n’était pas venue comme élève . Rolf avait immédiatement compris . La musique est un langage . Elle pensa à la dernière fois où elle avait quitté sa maison face à la mer , au murmure du vent qui portait , dans le scintillant clair-obscur du friselis des flots grisâtres du port , l'étrange cri de rage des mouettes moqueuses , face au moutonnement de l'eau , à ce silence trop bien organisé , juste avant le noir ... ( 2 )

Et que savons-nous de l'écume du large qui , impitoyablement , vient ronger les nombreux châteaux de sable de nos illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pieds , comme un chemin d'âme , bordé de croix , vers les insondables profondeurs d'un autre monde , où , parfois , la nuit nous partons à l'aventure , et qui n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufilent d'étranges créatures venues nous visiter ? Le jour , longeant ses sentiers d'abîmes , l'océan , de ses jeux de vagues , nous appelle ,  et les reflets d'ambre de des flots majestueux nous ramènent , par la force du ressac et le mouvement de la houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop vite enfuie . Avec cette espèce d'aurore naissant en nos coeurs , nous embarquons , marins solitaires , pensant au périple au long cours devant , à l'avenir , nous conduire sur une côte lointaine , à l'autre bout mystérieux de la mélancolie ... Et si nos yeux , parvenant à s'ouvrir davantage , nous permettaient enfin de traverser ce gouffre énorme pour pouvoir , au-delà , rejoindre enfin notre vraie patrie ?

4 - Elle se leva . Le soleil touchait l’horizon . C’est alors que le phénomène se produisit . Quelque chose de curieux comme un rayon vert , net , irréel et très bref , traversa la fenêtre et vint frapper directement le miroir . ( 3 )

Sa surface vibra légèrement , comme si elle cessait un instant d’obéir aux lois ordinaires de la matière . L’air sembla changer de densité .

Heidi s’en approcha . Lorsqu'elle posa la main sur lui , le verre lui renvoya d'abord son image  , mais , peu à peu , se transforma en matière fluide , lumineuse , tiède sous les doigts de sa main , comme une eau sans profondeur apparente .

Elle ne recula pas , pourtant , n’envisageant même pas de le faire , car , ayant souvent analysé des systèmes très avant-gardistes , pendant toute sa vie d'espionne , elle avait appris , dans des situations de panique mortelle , à maîtriser les battements de son coeur , à garder son sang-froid . Dans le reflet devant elle , cependant , son visage lui paraissait devenir de plus en plus changeant . Lentement ,  touchant la surface du verre , elle s'avança , prête à se retirer le plus vite possible au moindre signe de danger . Mais il n’y eut pas de résistance . Complètement fascinée , elle constata que plus elle s'en approchait , plus elle dégageait une lumière chaude , une énergie vivante émanant de milliers de gouttes de rosée condensées en ondes circulaires qui , formant une sorte de bras liquide , s’étendaient inexorablement autour d'elle , sans bruit , sans éclat , pour la prendre et finir par l'entraîner derrière ce voile aqueux . Ce n’était ni froid , ni chaud . C’était… accueillant comme un bain de vapeur ! Et tandis que la chambre , le château , le village et toute l’île demeuraient , derrière elle , figés dans le décor immobile d'une lumière crépusculaire , comme un reflet que l’on abandonne quand on cesse enfin d’y croire , et comme un monde qui n’avait jamais été qu’un seuil , le miroir , avec douceur , l’engloutit ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) II - Le Rayon Vert - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

 

2 - ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) - II - Prologue - 1 - La Dame au Piano - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved

3Le rayon vert green flash ) est un photométéore rare qui peut être observé au lever ou au coucher du soleil et qui prend la forme d’un point vert visible quelques secondes au sommet de l’image de l’astre tandis qu’il se trouve en grande partie sous l’horizon - Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - II - L'Accomplissement / Gaeltacht9 - Voyage dans les Îles - II - Détresse de Diarmaid - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés : N'avez-vous jamais entendu parler du Rayon-Vert qui doit permettre à celui qui a la chance de l'apercevoir , de deviner l'avenir , et de  percer le secret des consciences ? Voir Note 22 : " Le Rayon Vert " ( 1882 ) , roman de Jules Verne inspiré par le phénomène optique du même nom : lueur de couleur émeraude jaillissant à l'horizon lorsque le Soleil se couche .

* Louis Aragon : " Le Voyage de Hollande et autres Poèmes " ( 1965 )

 

 

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MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - I - Rügen .

13 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

Falaises de craie sur l'île de Rügen ( Kreidefelsen auf Rügen , 1818 ) par Caspar David Friedrich .

Falaises de craie sur l'île de Rügen ( Kreidefelsen auf Rügen , 1818 ) par Caspar David Friedrich .

 

MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

" La traversée jusqu'à cette terre fabuleuse

  Où s'anéantissent nos plus belles espérances ,

  Où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres ,

  Voyage qui exige avant tout courage , probité ,

  Patience dans l'épreuve ... "

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , I , 1 . *

 

 

 

 

I - Rügen

 

 

 

 

" Une île est au milieu de la mer . Une ville sur l'île s'élève , avec des églises aux coupoles d'or , des palais et des jardins .  "  

Alexandre Pouchkine - " Le Conte du Tsar Saltan "  ( 1831 )

  

 

 

1Heidi se réveilla en sursaut . Des poutres sombres , taillées à la main , traversaient la pierre comme les nervures irrégulières d’un organisme ancien . L’air était froid , mais pas hostile . Au centre de la pièce , avec ses montants en torsades gravés de motifs celtiques presque effacés , trônait un lit à baldaquin monumental , taillé dans un chêne noirci par les siècles , qu'un dais de velours grenat surmontait , dont les franges pendaient comme des lianes immobiles . D’un blanc irréprochable , la literie , d'une propreté presque suspecte , contrastait avec la rudesse médiévale du lieu . La chambre , comme une vigie hors du temps , dominait l’île . Édifiée dans l’aile la plus ancienne du château , elle avait des murs , légèrement suintants , de pierre épaisse où la lumière du jour entrait avec parcimonie par une étroite fenêtre ogivale orientée vers l’ouest . Au-delà du verre poli , la jeune femme entendait l'océan battre avec une régularité hypnotique les falaises , comme s’il comptait les secondes d’une captivité invisible . Face au lit , occupant tout un pan de mur , se dressait la glace d'un miroir démesuré , encadré d’un bois sombre veiné d’argent , si ancien que sa surface n’était pas parfaitement plane .

Le reflet qu’il renvoyait semblait toujours légèrement en retard , comme s’il hésitait à obéir aux lois de l’optique . Heidi ( alias Lena ) Kermeur - c'était le nom sous lequel on la connaissait en Bretagne - l’avait remarqué dès son réveil . Jadis espionne , formée à détecter l’anomalie avant même de la nommer , celle-ci , sentant que ce miroir n’était pas un simple objet , resta figée , tout d'abord , les yeux grand ouverts devant lui , parce qu'il reflétait un plafond qu’elle ne reconnaissait pas . Trop haut . Trop différent . Simplement étranger . Lentement , son corps confirma , en s'étirant , ce que son esprit avait déjà compris : qu'elle n’était plus " chez elle " , dans ce pays d'Armorique où elle avait trouvé , non seulement refuge , mais , grâce à un mariage , désormais rompu , un nom discret , solidement ancré dans le paysage , choisi pour ne poser aucune question .

Professeure de piano indépendante , elle donnait des cours à domicile , parfois chez elle , dans une petite maison de Lorient , face à la mer . Une vie lente,  méthodique , exactement ce qu’elle savait tenir sur la durée . Ici , le lit sur lequel elle était allongée n’avait rien de commun . Massif , sculpté , presque cérémoniel . Et ces draps , changés récemment , comme dans un hôtel . Pourquoi ? Portant la main sur son poignet gauche , elle constata qu'elle n'avait plus de montre . Sa bague , aussi , lui avait été enlevée , de même que ses habits d'origine , remplacés par une chemise de nuit simple , presque monacale , et sur le dossier d'une chaise , un survêtement . 

Le souvenir du rapt lui revint alors d'une manière insidieuse , avec cette sensation , fugace , d’être observée de loin sans pouvoir situer d'où cela venait . Le vent , le ciel bas quand elle revenait d'une course chez elle , passant par le port , tandis qu'au travers de nues grisâtres le soleil tentait de pointer son doigt lumineux sur un frêle esquif passant au large , et qu' elle avait vu surgir , vers l'embarcadère , un commando débarquant d'une chaloupe : sept marins encapuchonnés vêtus de scaphandres , fusils mitrailleurs en main ! Puis , une saveur étrange qui se mêlait à celle de l'iode en cette fin d'après-midi sur le bord de mer , une odeur douce , presque florale , et , brusquement , le noir ! Pourtant , rien de brutal , rien d’amateur . Ce qui confirmait ce qu’elle craignait déjà : elle n'avait pas été enlevée par hasard ! 

2 - La femme se leva .

Il y avait peu de meubles dans la chambre , une table massive , une chaise , un coffre fermé . Elle s’approcha de la fenêtre. Là , elle découvrit une île escarpée , ceinturée de falaises . Des bâtisses de pierre , en contrebas , comme pour mieux résister au vent , dressaient leurs silhouettes pimpantes sur le versant d'une colline , se serrant les unes contre les autres . De la fumée montait de leurs cheminées , quelques passants , tout autour , circulant dans des rues étroites . Les premières maisons du village .
Elle reconnut les ruelles pittoresques du petit port de son enfance , à Rügen , et , l'air intrigué , choisit un chemin menant en pente douce vers la plaine littorale .

Bonjour , Frau Moser ! , lui lança un drôle de bonhomme au sourire éclatant dont la mise était singulièrement semblable à la sienne .

Quelle belle journée , n'est-ce pas ?  

Comment le promeneur avait-il pu deviner son ancien patronyme ? Elle n'eut pas le temps de lui répondre , encore moins de comprendre : telle une ombre absorbée par les rayons du Soleil flamboyant , celui-ci avait brusquement disparu !
Des échos lui parvinrent aux oreilles , bribes de musique provenant d'une fanfare , rires et discours d'une  joyeuse troupe s'essayant à rejouer sans cesse le même passage d'un air endiablé ! Avant  d'arriver devant l'hôtel de ville , elle s'interrogea , surprise que le passant de tout à l'heure ait utilisé la vieille langue slave de l'île , et que tous les gens qu'elle croisait depuis lors la dévisage du coin de l'oeil , pressés de s'esquiver au plus vite . Pourtant , le paysage alentour lui offrait un décor de fête joviale , de paix rassurante . Il n'y avait plus aucunes traces des sinistres " bunkers ", mais quelques vestiges d'un passé révolu semblant bizarrement revenir à la surface de sa conscience . Non , se rassura-t-elle , ce ne pouvait être encore cet affreux cauchemar peuplé de ruines , cette vision d'Apocalypse de la dernière guerre qui lui avait fait croire à la destruction totale de la planète ! 
        
D'innombrables bannières noires et blanches claquaient au vent du large .
Elle croisa les musiciens de l'orchestre qui reprenaient toujours la même ritournelle et dont la tenue n'était pas différente des autres . Pourquoi étaient-ils tous donc vêtus du même uniforme ? , se demanda-t-elle . C'était la question qui la taraudait .
Mais plus fort que le brouhaha parfumé de sel marin , lui répondit , surgi de nulle-part , le timbre métallique d'une voix suave et charmante !
- Bonjour à tous  ! , annonçait-elle . Nous voici à l'aube d'une merveilleuse journée ! Votre programme ? La préparation de notre grande parade qui doit avoir lieu ce soir !... 
La visiteuse , curieuse de savoir d'où pouvait provenir , cependant , cette aimable invitation , porta , d'abord , son regard sur les beaux bouquets de fleurs odorantes qu'on avait disposés , sur la place , au pied des vénérables murailles de l'édifice .
Elle cherchait un genre de microphone , réalisant qu'il pourrait se trouver , peut-être adroitement dissimulé , parmi les nombreuses décorations électriques devant illuminer la fête .
En effet , sur tous les monuments de la ville , on préparait de vives explosions florales , de multiples gerbes et guirlandes multicolores qui allaient jaillir de toutes parts comme des feux d'artifice ou des cascades féeriques !

Mais le long des façades bigarrées des immeubles de style baroque ou rococo , des églises de granit et de craie aux coupoles d'or , des hôtels de luxe et des palais orientaux , comme sur le toit de chaume des plus simples cottages de la côte , partout l'on déroulait d'immenses panneaux de toile reproduisant un visage identique , celui de la nouvelle venue qui , frappée d'étonnement , ne se soucia plus , désormais , de l'architecture très kitsch et de l'évolution de l'urbanisme dans la station balnéaire si conformiste et si paisible du temps de son enfance , car elle s'était mise à trembler comme une feuille ! 

Oui , c'était bien elle dans un vieux costume de scène , sur cette photo jaunie d'un concert d'autrefois qu'un sourire de circonstance éclairait sur tous les murs ! 

 

 

 

( A Suivre )

 

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DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Rügen - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

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Notes :

1 - Rügen , île allemande située au large de la côte du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale dans la mer Baltique . À partir du VIIe siècle , des peuples slaves vinrent s'établir à cet endroit . Les habitants parlaient alors la langue des Ranes langue slave de la famille polabe .


       

 
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