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MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI ) - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .

22 Février 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MIROIRS

MIROIRS ( Cycle de l'Etoile XXXVI )  - Epilogue - V - La Fin d'un Rêve .
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MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI )

( Suite de : Adagio Assai )

 

 

 

 

 

V - La Fin d'un Rêve

 

 

 

 

" L'amour est le seul rêve qui ne rêve pas  " .

Paul Fort ( 1872 - 1960 ) , Ballades Françaises , " Sur Les Jolis Ponts De Paris " .

 

 

 

  

 

 

12 - " Tout est mouvement , tout est danse ... " , avait-elle marmonné , avant son réveil , à l'infirmière qu'elle regardait à peine , semblait-il , à moitié ivre , doutant si ce qu'elle venait d'entendre et de vivre , ce qu'elle avait écouté d'un air étrange et si envoutant , pouvait être vrai , ayant sans doute cherché la vérité de son propre visage au miroir impénétrable des mensonges de sa vie ... Mais maintenant ? La vraie Heidi  ? Elle avait juste cherché à vouloir vivre à la place d'une autre , un peu comme un coquillage se laisse caresser par le feu clignotant d'une étoile sous-marine avant d'être englouti , contemplant le flamboiement rosâtre du crépuscule , frissonnant de désir , ayant laissé le faisceau lumineux , reflet d'un ange immortel , se jouer tendrement de son ombre , la mêlant à la sienne ... Illusions de l'amour ? ... L'éclairage d'une chambre blanche , traversée par le battement régulier d’un moniteur et l’odeur sèche des antiseptiques , la réveilla brutalement . C'était une grosse lampe d'hôpital , toute ronde , incrustée de six boules lumineuses qu'elle avait prises , dans son cauchemar , pour les lunes d'Auberive . mais elle ne se souvenait plus de rien . Des ombres floues , vêtues de blouses blanches , le dévisagèrent comme une bête curieuse . Dans son demi-sommeil , elle glana quelques bribes de phrases :
" ... La piqûre a dû lui faire beaucoup de bien ... Il lui faudra une douche froide ... "

Tout ceci , après tout , n'avait été qu'illusions . Dehors , le soleil brillait de toute la force d'un nouveau printemps ! Par la fenêtre de sa chambre , elle aperçut une petite fille jouant toute seule sur la pelouse . Chose étrange , elle crut se revoir lorsqu'elle était gosse , elle qui , par la suite , avait brillamment réussi son concours d'entrée au Conservatoire pour faire des études de piano ! 

En Bretagne , sous le nom de Lena Kermeur , elle était devenue professeure de piano indépendante donnant des cours à domicile , parfois chez ses élèves , parfois chez elle , activité en cohérence parfaite avec sa formation , mais aussi , avec sa volonté d'approcher le dénommé Roll Trevern ( alias Rolf Rieux ) dans le but de savoir où était cachés les codes de l'Etoile Rouge que celui-ci avait dérobés . Car la musique n’avait jamais été seulement , pour elle , qu'un refuge , mais un outil . Dans les années de la RDA , on lui avait enseigné cet instrument non pour la scène , mais pour la structure : lecture horizontale et verticale , mémoire polyphonique , dissociation des mains , domaines de compétences directement transférables au renseignement . La musique lui avait été apprise aux fins de recherches de microfilms dans les partitions du maître ! 

A travers la vitre , elle reconnut le ciel de Brest , bas et mouvant , qui s’écrasait contre la mer grisâtre avec sa lumière pâle , insistante , glissant sur les murs blancs de la chambre . Brest . Elle le sut sans qu’on le lui dise . Le port , la base , l’Île Longue tapie derrière ses silences militaires . Rien ne lui était étranger , rien , non plus , n’était tout à fait réel .

Puis , on lui dit qu’elle avait été retrouvée inconsciente , dérivant entre veille et fièvre . On parla de choc , d’épuisement , d’un délire post-traumatique . Elle acquiesça . C’était plus simple . Elle écouta ,  fit mine d'acquiescer , sachant que l'art consommé de l’ellipse fait partie du langage des médecins comme il est celui des états dont les mots officiels possèdent cette vertu de fermer les portes sans bruit .
Pourtant , tout au fond d'elle , quelque chose de vivant persistait , comme ces images d'une noce interrompue qui ressemblait à la musique fragile d'une symphonie inachevée où dormaient certains microfilms , promesse d’une arme dont l’activation pouvait signer la fin d’un monde déjà en train de disparaître .
Elle revit aussi le manoir de Kernoël et sa longue traversée vers l'île d'Arz immobile , cernée par les eaux . ( 14 )
 
13 - La porte s’ouvrit sans bruit .

Vous êtes réveillée ?

Elle n’eut pas besoin de tourner la tête .

- Oui , depuis longtemps , Rolf .

Un silence . Elle sentit qu’il hésitait . Ce n’était plus le prof timide ou le diplomate sûr de lui des salons feutrés , ni l’époux charmant du mariage trop parfait qu'elle avait cru vivre . C’était quelqu’un d’autre , un homme qui venait poursuivre son enquête.

- Je nétais pas certain que vous accepteriez de me voir .

Il s’approcha lentement . Son regard passa du moniteur à son visage , comme s’il cherchait des preuves , des fissures ...  Le silence se tendit alors , non de menace , mais d’attente , lorsqu'il s’assit près d'elle qui pensait qu’elle avait déjà vécu cet instant dans une autre vie , à travers d’autres femmes , Lola , Angela , des noms qu’il n’avait peut-être jamais prononcé , mais qu’elle connaissait pourtant .

Puis vinrent des mots qui avaient du mal à franchir ses lèvres , presque trop dépouillés , méfiants , pour lui présenter ses excuses , malgré  la peur qu'il avait pu ressentir de cette lumière qu’elle portait sur elle sans le savoir . 

- Urlicht , dit-il enfin , comme on ose enfin nommer une évidence trop longtemps tenue secrète .

Elle l’écoutait sans l’interrompre , attentive moins aux faits qu’à ce qu’ils révélaient , comme cette impossibilité d’aimer sans calcul lorsqu’on a passé sa vie à en faire . Avait-elle seulement rêvé à l'amour dans son regard , pendant cette fraction de seconde où il semblait céder la place aux intrigues ?

Il secoua la tête.

- Avoir cru que je pouvais vous séduire avait un risque .

Le battement de cœur , sur l’écran de contrôle , poursuivait son rythme indifférent .
- Je vous aime , Heidi . Et cest précisément pour cela que je me suis méfié .
- Les microfilms ? l'interrogea-t-elle en laissant échapper un souffle presque rieur parce qu'elle avait réussi à s'en souvenir

- Vous savez ce que jai compris ici ? poursuivit-elle avec l'assurance d'avoir enfin retrouvé un peu de mémoire .

- Dites-moi .

- Que même si javais fait activer cette arme , elle aurait éclaté dans un monde qui nexistait déjà plus . Le mur était tombé , les lignes avaient bougé . Nous aurions été les derniers à croire encore à lancien théâtre .

Il la regarda longuement.

- Alors , pourquoi cette arme , à Kernoël ?

- Parce que je voulais voir jusquoù vous iriez , lui répondit-elle en soutenant amèrement son regard .

- Vous avez vu ?

- Oui , grâce à cette lumière brillante dont vous parliez , l'Urlicht , qui parvient à éclairer toutes ces ombres de notre passé 

- Vous incarniez , mais sans leur fatalité , les femmes qu'avant javais aimées , lui avoua-t-il  pour finir en hochant tristement la tête . Angela était imprévisible , et Lola déjà perdue avant même que je la rencontreCétait insupportable Alors , peut-être pour ça que j'ai cherché en vous le défaut de ma cuirasse

14 Heidi réfléchissait .

Peut-être que son rêve n’était pas ce qui l’avait conduite ici ?
Elle se redressa légèrement .

- Je ne vous ai pas faite enlever pour vous faire taire , essaya-t-il de se justifier . Je voulais juste vous protéger .
- De moi ?
- De ce que nous serions devenus si vous aviez été jusquau bout !

- Rolf ... si le monde doit être pacifié , ce ne sera ni par loubli , ni par le renoncement . Vous avez choisi à ma place .

Elle ferma les yeux , réalisant que l'amour ,  désormais , ne pouvait plus être une simple conquête ni le prétexte d'une quelconque protection , qu'il fallait construire un nouveau monde en acceptant de ne pas en être le centre . 

Il se leva .

- Je ne suis pas venu vous reprendreni vous surveiller . Je suis venu vous dire que je vous aime encore . Même si cela ne mène nulle part .

- Vous savez ce qui est inattendu ? , le rassura-t-elle .

- Dites-moi .

- Cest que je vous crois .

Dans l'apparente immobilité du jour finissant , ce ne fut pas la fin d'un rêve , mais elle sentit naître en elle , avec cette petite clarté sans promesse du crépuscule sur la blancheur des murs , ce qui restait de son visage , sur le miroir de la chambre , vestige  d'un monde cherchant encore sa forme après l’effondrement d'anciennes certitudes .

- L'oeuvre demeure ouverte , soupira-t-elle . Ce n'est pas une fin !

 

FIN

 

                                             ___

 

 

DAN AR WERN - MIROIRS ( Cycle de L'Etoile XXXVI ) - Epilogue - La Fin d'un Rêve - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " MIROIRS " , copyright 2026 . 

 

                                             ___

Notes :

 

14 ADAGIO ASSAI ( Cycle de L'Etoile XXIII ) , II , 12 - Le Cygne Noir et 13 - Le Mystère de l'Île d'Arz ( Epilogue ) - Copyright 2023 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - Tous droits réservés .

 

 

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