LA NEBULEUSE DU CRABE - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - Epilogue - XI - Incendie .
LA NEBULEUSE DU CRABE
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
- EPILOGUE -
XI - Incendie
" On connaît la chute de cet homme ,
Mais sait-on combien il a lutté ?
William Styron - "Un Lit de Ténèbres " , VI .
" Le Monde est en feu !
Je ne veux pas que vous parliez de choses sans importance ! "
Thérèse D'Avila
21 - Brusquement , Clara se précipita sur lui , en apparence du moins , telle un reflet seulement de son double à la dimension végétale qui , depuis une distance inimaginable , se trouvait connectée à elle , reflété dans une glace , orbe de soie manifestant la toute puissance universelle de sa
conscience !
- Il est temps de partir , je t'emmène ! , lui dit-elle télépathiquement , l'absorbant en son corps d'une manière irrésistible afin de pouvoir d'un seul coup d'oeil , à l'issue d'une gigantesque mais très brève odyssée interstellaire spirituelle , présenter à son astronaute , sortant de son ventre spatial , mais relié à elle par une corde d'argent , la Lumière Originelle blanche et pure chantée par Mahler ! ( 32 )
22 - Depuis quelques temps , l'humanité se révélait victime d'une redoutable pandémie changeant l'homme en légume , le rendant complètement apathique et dénué de volonté , vulnérable au cancer , et prêt à obéir aveuglément à n'importe quel dictateur .
Grâce à l'action secrète d'agents comme Gurwan Morgan , ayant , sous couvert de sa notoriété , enquêté avec autant de soin que possible sur le mode opérationnel de l'ennemi , il fut possible , tout en travaillant à une antidote au sein de laboratoires mis à l'abri d'attaques du monde hostile et surveillés étroitement , de détruire leur tête de pont .
Malheureusement , le pianiste n'avait pas survécu à l'incendie du château de Kriebstein dont il ne restait presque plus rien que les pans de murailles noircies d'une ruine et sa fiancée , sous la forme d'une plante au ventre blanchâtre , fut également retrouvée plus tard dans un champ du voisinage à l'intérieur d'une cosse .
On avait compris , maintenant , ce que contenait la mallette : des variétés de graines venues de l'espace , capables de reproduire l'être humain , puis de le modifier en très peu de temps pour en faire un végétal .
Quant à Gwenn , frère de l'artiste , certains services prétendirent qu'il était mort depuis longtemps , mais que quelqu'un d'autre avait pris sa place .
Mystérieusement , lui aussi , le groupe des " Artichauts Sauvages " disparut sans laisser
de traces ...
FIN
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - Epilogue - XI - Incendie - Mars 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
32 - Le cordon d 'argent , nommé aussi , selon les occultistes , corde astrale , est un lien subtil qui rattacherait le corps physique à un corps invisible appelé " corps éthérique "
ou parfois " corps astral " , pareillement au cordon ombilical rattachant le fœtus au placenta .
Urlicht ( Lumière des Origines , 1893 ) , chant du recueil " Des Knaben Wunderhorn "
( Le Cor Enchanté de L'Enfant , 11 ) , par Gustav Mahler , utilisé dans le 4è mvt de la Symphonie n°2 ( Résurrection ) : voir " Auberive " ( Cycle de L'Etoile III ) , 11 - " Histoire d 'un Chef d 'Orchestre " - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - tous droits réservés .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - X - La Serre .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
X- La Serre
" La Sagesse est brillante . Ne se laisse-t-elle pas séduire par ceux qui l'aiment ? "
Sagesse de Salomon , 6 , 12 .
19 - Dans une sueur d'angoisse , le pianiste , tout à coup s'éveilla , percevant par l'imposte un vif rayon de lumière comme si son âme pensait y fuir , guettant une issue possible à cet horrible cauchemar !
Que lui était-il arrivé pour voir de plus en plus grossir en elle ce petit point de lumière blanche et bleue , l'oeil de son hôte ou celui de son frère Gwenn au centre d'une tentaculaire toile d'araignée liant sa maudite âme à la
leur , plongeant de façon vertigineuse au centre des premiers balbutiements de roche et matière brute de son moi naissant depuis ce magma insondable de l'explosion de millions de gouffres obscurs jusqu'aux subtiles ondes fluidiques d'une rutilante gemme stellaire éclaboussant d'incandescence le trésor caché du Temple de Salomon ? ( 30 )
N'avait-il pas ressenti cette impression bizarre de n'être , en fait , jamais sorti de ce piège , telle une vague menaçante surgissant de l'aube des galaxies , mais n'en finissant pas de mourir , impuissante , au rivage d'une lune argentée ?
Tout lui avait semblé si sombre , étrange comme le martèlement de la pluie sur les vitres de la serre , écho en lui d'un glas sépulcral , juste au-dessous de la chambre où , jadis , dans son rêve , dormait un Ange , chaque fois qu'il venait , à minuit , lui rendre visite , fantôme insatisfait du vent s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée ! Ou alors , n'était-ce plus , maintenant , qu'une chute interminable , à travers le ciel infini , vers cet horrible endroit ?
Rajeunissant de plus en plus afin de reprendre , certainement pour leur plaire , ou se dissimuler , sa première apparence , il s'était mis à gémir , gagné par la fièvre et le désespoir sous le regard de l'astre nocturne au-dehors , qui semblait le narguer de son sourire impassible au milieu d'un ciel soudainement redevenu
clair ...
Puis , se demandant ce qu'il faisait là couché dans une cosse de haricot géante , trempé de sueur , il perçut craintivement la voix sourde qui l'avait réveillé .
20 - Cherchant à engager un dialogue , celle-ci , sortant de la bouche de Félix Grün en personne , lui fit comprendre que sa visite était amicale , ainsi que celle de ses congénères .
- Vous voudriez déjà savoir par quel miracle nous nous retrouvons ici , en ce lieu isolé , n'est-ce pas , vous désireriez connaître " La Clé du Contretemps " ? , lui dit-il après un petit moment de gêne et d'ironie . Peut-être faisions-nous tous , à l'origine , partie d 'une terre idéale , en harmonie parfaite avec la nature profonde vers laquelle chacun de nous cheminait plus ou moins lentement toute sa vie ? , se contenta-t-il d'ajouter avec un sourire triste . La recherche , si vous voulez , d'un accord de quinte à votre portée , monsieur le musicien ... Mais comme une pause , n'est-ce pas , vaut quatre soupirs , j 'espère que ce long silence de notre part vous montrera aussi une attente en suspens guettant un faible signe d'espoir et d'indulgence concernant l'oubli général , sur cette planète , d 'améliorer les choses de la Nature ! Pardonnez-moi de faire un peu comme le saumon qui cherche la rivière pour y pondre ses oeufs , ajouta-t-il avec hardiesse , mais c 'est bien de ça , en fait , qu'il s'agit , de la raison pour laquelle vous vous êtes lamentablement échoué ici , de ce "trésor dans des vases d 'argile " dont parle votre Saint Paul , cachés dans cette valise que vous nous avait volée ! ( 31 )
Regardant à l'extérieur , Gurwan remarqua sur la route détrempée quelques traces de l'orage ayant agité sous son crâne cet ouragan dévastateur qui avait complètement bouleversé sa journée d'hier !
Il attendait plus d'aide , certainement , sinon plus d'explications ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - X - La Serre - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
30 - Selon certaines légendes , le Saint Graal aurait été sous la tutelle de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon , connu également sous le nom d’Ordre du Temple , ou simplement " Templiers " : voir " Le Passeur des Mondes " ( Cycle de L'Etoile I ) - XIII - Epilogue - 12 - Le Secret d'Eon de L'Etoile - L'Enfance d'Eon de l'Etoile 1 ( I , En Palestine ) - copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
31 - Saint Paul , 2 Corinthiens 4 , 7-10 .
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LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - IX - L'Inconnue des Etoiles .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
IX- L'Inconnue des Etoiles
" Est-ce que l'âme des violoncelles est emportée dans le cri d'une corde qui se brise ? "
Villiers de l'Isle-Adam - Contes Cruels - " Vera " .
Cette jeune fille " aux mains plus blanches que la neige d 'une nuit , plus rouges qu 'une digitale étaient ses joues , ses yeux plus gris que jacinthe ... "
La Courtise d'Etaine / Tochmarc Etain ( Mythologie Irlandaise )
18 - Il avait eu du mal à trouver le sommeil ce soir-là , faisant un drôle de songe , imaginant que le manoir n' était qu'une sorte d'iceberg posé sur les flots dont les
caves sanguinolentes , bâties de murs
cramoisis , débouchaient par un couloir secret sur une citadelle sous-marine aux tentacules innombrables ! Dans l'obscurité , il avait suivi , inquiet , les parois rouge sombre d'un long couloir tortueux très humide , finissant par se retrouver bientôt devant l'entrée majestueuse d'une extraordinaire salle aux parois bleutées , lieu indescriptible , nouveau monde immensément vide , et pourtant rempli d'une présence invisible , chaude , gigantesque hall de gare souterraine flottant sous la mer ou dans l'espace où l'on croyait renaître , sensation si douce , dans le ventre d'une " Mère " aux clartés apaisantes .
- Votre chute , reprit la promeneuse , fut celle d 'un Empire , et longtemps nous choisîmes l 'errance pour soigner vos blessures , fascinés par cet océan reliant toutes vies stellaires meurtries par l 'exil . Mais maintenant , ma patrie est ici , car je sais que rien ne reste lorsque j 'écoute le rire du printemps . Je suis cette Perséphone que le souverain des eaux grises fait revenir parfois d 'entre les morts : sans raison je pleure au milieu d 'une prairie fleurie de narcisses ! ( 29 )
Que lui répondre alors , dans ce parc enchanté où des poussières de rêve , feuilles légères et pétales de fleurs , faisaient trembler de désir l'onde cristalline d'un miroir
d'eau argenté ? Que lui répondre à la clarté mystique des étoiles , parmi les chuchotements et les rires d'invisibles fantômes dont la course fugitive , imprécise , venait frôler la silhouette immobile des grands arbres noirs pliés par la brise nocturne ramenant avec elle , des lointains horizons de la plaine , les flonflons du monde ?
Sa compagne frissonna malgré son foulard pourpre , quand il lui prit tendrement la main , pensant qu'elle lui racontait son
enfance . L'avait-il un jour croisée au hasard d'une de ses nuits sans sommeil , reine éphémère d'une cour de hasard que la vie s'amuse à rassembler puis dissoudre telle une gerbe d'écume , un essaim d'abeilles ?
Il y avait là deux gardes devant une porte en glaces de cristal bleuté transparent dont les multiples dorures lançaient des flammes écarlates ! Lorsqu'ils la reconnurent , ces hommes s'inclinèrent avec respect . Puis , les battants s'entrouvrirent , dévoilant un paysage inimaginable de grands miroirs incandescents prolongeant à l'infini la vision d'une serre aux colonnes de porphyre scintillant de mille feux !
Chacun de ses rayons parlait à son coeur , dans le silence d'un amour fait d'éternité . Vers le centre , on percevait une lueur plus vive d'où semblaient partir toutes les autres , divine présence délicatement enveloppée d'un voile de soie virginale , comme un nuage de chair diaphane , parfumé d'aurore , posé sur un jardin de fleurs de lys et de roses blanches , dominant un globe terrestre planté d'une petite croix rouge .
L'orbe de celui-ci figurait un serpent d'airain se mordant la queue . Il était irradié par une pierre vivante , écarlate , un rubis dont le sang coulait comme si le coeur de l'astre était transpercé d'un glaive de feu .
- Est-il vrai que toute l'histoire de l 'Humanité se trouve contenue dans une gemme flamboyante ? , lui demanda-t-il .
Alors , l'inconnue des étoiles , qui ressemblait comme une soeur à Clara , baissa humblement les yeux devant lui , brebis perdue rentrant au bercail , enfin réconfortée , comprise dans le secret de son âme .
Ses doigts , cerclés de six anneaux d'or , faisaient rayonner de leurs ondes sur son visage transfiguré par cette rivière d'aube naissante , ou de Lune opaline , autant de paroles muettes , bouleversantes , qui se gravaient en lui , source inextinguible de tant d'amour et de beauté !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - IX - L'Inconnue des Etoiles - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
29 - Perséphone , attirée par une fleur merveilleuse dans le royaume de la Nuit , perdit à jamais son insouciance et sa gaîté .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VIII - L'Orbe Blanche .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
VIII - L'Orbe Blanche
" Devant toi il a mis le feu et l'eau
Selon ton désir étends la main ... "
Siracide 15 ,16 .
15 - J 'ai posé ma main sur toi , mon cher ! , lui murmurait son ange gardien , fantôme de la revenante errant dans sa mémoire d'intellectuel rêveur lorsque ce soir , enfin , celle-ci lui apparut pendant qu'il s'efforçait de trouver du calme après une journée aussi chaotique . Prodige ! Il avait soudain ressenti sa fulgurante présence !
- Approche donc , mon ami ! Quelle sorte de voyage a été ta vie ? , demandait-elle à cette ombre inerte allongée sur sa couche , pensant , peut-être , au double visage de cette malheureux créature orpheline d'une autre ...
Avait-elle d'ailleurs , tapie dans l'inconscient de cette bête sauvage , vraiment quelque chose à voir avec lui ? Qu 'y a -t-il entre eux et nous ? , pensait-elle pendant que son âme torturée , cellule en forme de goutte d 'eau planant en silence au milieu des ténébreux nuages , la voyait flotter , petite boule de couleur se mêlant à la sienne , pâle éclat de turquoise bleu-vert scintillant sur sa rétine comme une aurore boréale illuminant le regard mourant de désespoir de ce prisonnier désenchanté de la Terre !
-Vois-tu , lui précisa-t-elle , chaque être est animé de deux forces complémentaires , paradoxalement interactives par le Sang de la Rose fragile de son âme céleste , rosée de vie coulant sur la tige douloureuse des épines de mort de sa Rédemption !
Par conséquent , cette fleur si précieuse et double , j 'en ai pris le bulbe , celui de l 'Orbe Blanche qui doit reparaître ici , illuminant le ciel d 'un éclat de mon sourire avant la dernière chute ...
L'autre , hélas , pour votre plus grand
malheur , vous a laissé sa griffe , son empreinte ténébreuse ! Mais un atlante , qu'il soit plante ou poisson , tente toujours de revenir à la source afin , s'il le peut , de guérir son double , mutant dégénéré par une alliance entre leurs deux êtres différents mais redevenus uns .
Dérision , cependant ! , songea-t-elle ensuite , abasourdie de lentement se découvrir dans les reflets d'une existence aussi désastreuse , qu'elle n'aurait , croyait-elle , pas eu le courage elle-même de choisir ! Elle se souvenait encore de cette nuit de Noël selon l'échelle des jours terrestres , quand elle s'était sentie entraînée malgré elle de l'autre côté d'un petit village par une force inconnue , vers les rives neigeuses de l'Orbe ... ( 26 )
Alors , la jeune femme avait eu à peine l'impression de voir un reflet de sa propre image dans celui d'une " pierre vivante , écarlate , montant du globe terrestre " ! Un rayon puissant tombait déjà sur sa tête , la tractant de son halo blanchâtre à l'intérieur d'une gigantesque nef spatiale aux parois obscures , mais brillant à l'extérieur de tous ses feux , glissant silencieuse au milieu de l'encre céleste , et qui , maintenant , faisait défiler à la même vitesse chacun des instants de ses multiples vies , l'emmenant à une allure vertigineuse jusqu'à une lointaine étoile , véritable Oeil de Dieu irradiant de sa Conscience immuable la totalité des vibrations de l'univers , matrice cosmique transmutant , par son eau spirituelle composée de myriades de gouttes de lumière , les formes les plus diverses d'énergie et de matière en milliers de vagues de poussière intergalactique d'âmes régénérées ! ( 27 )
16 - Donc , ce jour était arrivé , chante le
poète , un jour d'astre clair où "comme un oiseau sur la plus haute branche " , la princesse ressuscitée , puisque le temps n'existe pas , venait renaître ici transformée , à travers ses corridors , courte escale dans le ventre d'une nouvelle mère avant de repartir à l'aventure dans le dédale des apparences , ne laissant derrière elle qu'un souvenir inoubliable , ses yeux éblouissants , miroir de l'Indicible , et son radieux sourire , traces merveilleuses d'une fugitive étoile filante ! ( 28 )
17 - Il n'avait pas déjà pu , se dit-elle , comprendre la nature précieuse des gemmes cachées dans la mallette .
- Il ne savait rien encore de moi , sa nouvelle Clara , née seulement la veille !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VIII - L'Orbe Blanche - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
26 - "Le Trésor de Sainte-Gemme " , II , 5 - L 'Orbe Noir .
27 - " De Locis Mundorum " , III - Auberive 1 - Notes 8 et 9 .
" La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 8 - La Chute d 'Ishtar - Note 41 .
" Le Livre de Virginia " ( Cycle de l'Etoile VI ) , I , 6 - Avez-Vous les Clefs ? et I , 12 - Le Roi Perdu , XXIII - La Porte du Ciel .
28 - " Un Jour , un Jour ... " de Louis Aragon ( 1897 - 1982 ) , extrait du poème "Fable du Navigateur et du Poète " ( La Grotte ) dans "Le Fou d 'Elsa " ( 1963 ) - Tous droits réservés .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VII - Le Château de L'Orbe Noir .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
VII - Le Château de L'Orbe Noir
" Elle fait briller sur Dieu Sa lampe Radieuse comme un flambeau nuptial aux Portes de la Sagesse ! "
Saint Méthode , évêque d'Olympe
( + vers 312 ) : "Le Banquet des Dix Vierges " .
12 - Alors , tout à coup , d'une voix grave , comme surgie d'outre-tombe , l'hôte lui dit :
- Eh bien , monsieur le chevalier du Temps Perdu , vous avez peur parce qu'avec votre complice , vous vouliez nous voler nos larmes de cristal ou plutôt , comme vous dites , chez
vous , les perles de grand prix ?
- Que lui avez vous fait ? , rétorqua le pianiste , associant inconsciemment la disparition de la jeune fille à celle des joyaux cachés dans le phare , dont on l'avait informé dans le plus grand secret : l'Orbe Noir ! ( 21 )
- Tranquillisez-vous , mon cher , nous l'avons juste soignée , votre Clara , d 'une médecine bien plus en avance que la vôtre , puisque , selon vous , n'est-ce pas , " Tout n 'arrive que par la permission de Dieu " ? , avait-il ajouté d'un air ironique pour lui donner , peut-être , plus de coeur à vivre ensuite sa première nuit d'effroi , seul dans cette chambre nue où il devait se rendre , ornée seulement d'un bahut de chêne , d'un lit de fer et d'une paillasse , avec , sur les parois , d'antiques tentures médiévales contant la célèbre Quête du Graal !
- Vous la verrez demain ! ( 22 )
- Conduits notre hôte à la Tour d 'Artus ! Il fait nuit , c 'est l 'heure des " fontaines jaillissantes " ! ( 23 )
Peut-être qu'un doux chant nocturne , guidant votre âme , lui fera retrouver la flamme et l 'idéal de sa jeunesse ?
D 'un coup d'oeil , avant de partir sous escorte , il reconnut la même croix qu'il avait vue sur l'Île Vierge , mais en or cette fois-ci , ornée d'une rose , sur la table du vieux salon baroque au style fané , dont les parois pouvaient s'enorgueillir encore de boiseries vert d'eau , ainsi que de camaïeux bleuâtres tout défraîchis , représentant de vagues pastorales chinoises .
Puis , il fut amené en silence par le mystérieux garde masqué . Celui-ci , une fois franchie la lourde porte bardée de fers et de clous , l'entraîna dans un long corridor dont les murailles , poissant d'humidité , vantaient les qualités d'un candidat du parti écolo , membre aussi du célèbre groupe pop " Les Artichauts Sauvages " nommé Félix Grün , par des affichettes en couleur s'éclairant de dizaines de torches tenues comme autant de glaives par d'imposants chevaliers teutoniques stylisés dont chaque heaume était surmonté d'une tête de mort ! Montant les marches d'un pas lent , tous deux parvinrent à une petite cellule de moine qu'avait du jadis bien connaître d'autres rescapés du champ de bataille de l'existence dans la solitude extrême de ce véritable monastère .
Pour seule ouverture , il n'y avait qu' une étroite lucarne donnant sur la cour intérieure , permettant au nouvel occupant d'entrevoir l'enceinte crénelée de la courtine opposée surplombant , sans doute , l'étendue morne d'une lagune endormie .
Elle lui fit découvrir aussi , ce soir , sortant de l'une des pièces du rez-de-chaussée , un fin rayon de lumière illuminant le visage d'une très jeune femme à la longue chevelure posant une main délicate sur l'embrasure de la croisée ... Certes , Clara lui parut resplendissante , mais au fond de son beau regard limpide , il crut reconnaître également , dans un reflet de sa propre souffrance et de son désespoir ,
l'angoisse qui était la sienne !
" Avant que je m'en aille sans retour
Au pays des ténèbres et de l'ombre
épaisse ... " ( 24 )
13 - Vers minuit , la vieille demeure , que la vigne vierge dévorait par endroits de ses couleurs de lune rousse , paraissait dormir d'un sommeil paisible .
Surmontant sa frayeur , il se hasarda au-dehors , le long de la courtine , jusqu'à la tourelle flanquant la façade principale de son imposante majesté , la dominant même d'une toiture à six pans d'ardoise . Au terme d'une périlleuse escalade par les gouttières longeant la toiture , deux ou trois degrés de meulière , usés par les ans , l'amenèrent peu après jusqu'au seuil , dont il souleva sans peine le loquet de fer , mangé par la rouille .
Le seul obstacle , en fait , songea-t-il , c'était celui de sa propre inquiétude , sinon de son anxiété .
Saisi par le trac , il sortit quand même de la maison qui lui semblait maintenant déserte , remarquant , au rez-de-chaussée , dans la grand pièce vide , le manteau d'une antique cheminée Renaissance , parée de nombreuses croix cléchées , pommetées d'or et parsemées de fleurs .
" La salle à manger ... , se dit-il .
14 - Prépare-toi pour la rencontre , car une lampe sans lumière ne vaut rien ! , lui avait-elle confié , se souvint-il , peu avant son départ vers l'Île Vierge . Moi , j 'ai fini ma mission , je dois m'en aller !
Soudain , les fines arabesques d'une céleste mélodie parurent lui venir de l'extérieur du pavillon , desservi par une allée de platanes séculaires montant la garde à l'entrée du logis !
Tandis qu'il sortait avec appréhension , l'angélique voix de Clara , chaude et prenante , s'imposa peu à peu à lui , pénétrant mentalement son âme , la comblant d'allégresse . D'une oreille et d'un coeur attentifs , il ne put que se réjouir de l'entendre ainsi souffler comme une brise en son esprit venu du feuillage des
arbres , les vers de la fameuse chanson de Mahler :
" O Röschen rot !
Der Mensch liegt in grösster Not ! " ( 25 )
Guidé par ces mots
puis , poussant délicatement l'huis entr'ouvert , sur lequel figuraient quelques entrelacs fleuris , Gurvan aperçut plus loin sa fiancée assise sur un banc , qui l'attendait ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VII - Le Château de L'Orbe Noir - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
21 - LE TRESOR DE SAINTE-GEMME ( Cycle de L'Etoile XII ) , II - Roll - 11 - L'Orbe Noir - Copyright 2021 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
22 - " Mémoires d 'Outre -Tombe " ( 1809 - 1841 ) , III , 4 - Mon Donjon , de François-René de Chateaubriand ( 1768 - 1848 ) , écrivain breton né à Saint-Malo .
23 - "Ainsi Parlait Zarathoustra " ( Also Sprach Zarathustra , 1883 / 1885 ) , II , 9 - Le Chant Nocturne , de Friedrich Nietzsche ( 1844 - 1900 ) , philosophe prussien .
24 - JOB 10 , 21 / 22 .
25 - " Ô Petite rose rouge ! - Urlicht ( Lumière des Origines , 1893 ) , chant du recueil " Des Knaben Wunderhorn " ( Le Cor Enchanté de L'Enfant , 11 ) , par Gustav Mahler .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VI - Le Repaire du Loup .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
VI - Le Repaire du Loup
" Avant que je m'en aille sans retour
Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse ,
Où l'aurore même ressemble
A la nuit sombre ... "
JOB 10 , 21 / 22 .
11 - Comment pouvait-elle savoir tout ça ? , se demanda-t-il ensuite , essayant en vain de réagir .
- Voyons , restez calme , vous n 'avez guère le choix .
Puis , tandis qu'elle se trouvait assise à l'arrière , une arme à la main , leur Daimler 38 noire filait à grande vitesse par la route de Leipzig , conduite en silence par un mystérieux garde masqué jusqu'au carrefour de Chemnitz , non loin de Dresde où serpente la vallée de l'Elster , qui , ironisa-t-elle , fut " si chère " à l'un de ses peintres favoris , Caspar David Friedrich , se remémorant même ce jour de Noël
où , adolescente , elle avait , quelques années plus tôt , flané à la recherche d'un signe au hasard des rues d'Halbertstadt , pensant peut-être à cette légende du diable ayant lancé sa pierre en vain contre la cathédrale dans l'espoir de la détruire . ( 13 )
- Elster blanche , Elster noire ... Ne nous ressemble-t-elle pas , en vérité ? ( 14 )
Récemment , poursuivit-elle d'une voix plus enjouée encore , j 'ai passé toute une après-midi à grimper sur un versant du Brocken , ne m 'attendant pas , non plus , à y découvrir , au terme d 'une course aussi harassante , un crucifix vermeil surgissant au sommet comme un spectre de l 'incendie du Soleil triomphant ! ( 15 )
Quel défi , en vérité !
Comme réponse , il aurait voulu lui dire qu'avant de quitter l'Allemagne afin de poursuivre sa tournée , Il avait jeté dans la Spree une rose rouge en souvenir de sa fiancée .
Mais , au bout d'une petite route fédérale de campagne , leur apparut
soudain , cerné d'une grande forêt le protégeant , tel un écrin , du rempart de ses troncs serrés , l'ombre nocturne du château de Kriebstein , vaste ensemble circulaire de style gothique bâti sur une haute falaise rocheuse au-dessus de la vallée de la
Zschhopau , silhouette sinistre formée d'une vieille maison-tour d'aspect moyenâgeux flanquée , elle-même , d'une muraille et d'une porterie . ( 16 )
La voiture une fois garée , il remarqua sur le linteau de la grille en fer cadenassée une sorte de stèle figurant une sculpture de tête de chien-loup correspondant sans doute à l'inscription sur l'un des montants de la porte :
" Wolfsschanze " . ( 17 )
Alors , pressant sur la sonnette de l'hygiaphone qui se trouvait dessous , la visiteuse attendit une réponse avec autant d'indifférence que de placidité ! Un garde en tenue paramilitaire inspecta leurs laissez-passer de membres de l'Ordre du Crabe , à l'effigie de l'effrayante créature marine , puis un autre vint les chercher , chaussé de bottes , la tête couverte d'une cagoule et revêtu d'une combinaison de drap bleu foncé avec le même insigne cousu sur la poitrine , les accompagnant en silence dans la grande allée crissante , sous la voûte sépulcrale d'ormes tortueux et de chênes séculaires tandis qu'ils passaient près d'une " Fata Morgana " posée sur la vasque d'une fontaine de jardin ... ( 18 )
- J'ai craint que tu ne perdes ton chemin dans la nuit , ma fille , déclara d'un bel accent celui qui les avait reçus , la veille , dans les sous-sols de l'opéra , allumant maintenant son chandelier électrique posé sur le piano d'un salon Louis XVI dont les boiseries vert d'eau étaient recouvertes d'une tapisserie au petit point , toute défraîchie , censée représenter sans doute la fameuse fable " Le Rat et l'Huître " avec sa fameuse devise brodée au-dessus : " Tel est pris qui croyait prendre ! ", et décorées aussi d'autres précieux tableaux d'époque , de portraits et bois de cerfs . ( 19 )
Légèrement contusionné , le pianiste fut ensuite conduit dans une espèce de salle souterraine assez grande , toute suintante
d'humidité , qu'une galerie latérale éclairait d'une source lumineuse invisible .
Sur une immense porte surmontée d'une grille en fer , étaient gravés deux mots dans un triangle , figure mystérieuse à l'intérieur d'un cercle , autour de laquelle s'enroulait un serpent rouge : " ARKA ANATH " . ( 20 )
Un blindage métallique semblait rendre la pièce hermétiquement close . Il n'y avait que l'ouverture au-dessus , d'où jaillissaient des rayons si incandescents que nul regard n'aurait pu durablement s'y fixer , mais d'où l'on pouvait découvrir une scène presque incroyable !
Dans une salle illuminée d'une fantastique machinerie multicolore , des êtres
bizarres , vêtus de combinaisons
vertes , s'affairaient autour des corps de sa fiancée et d'un homme encore jeune ressemblant à son frère Gwenn . Celui-ci , portant , sur la
tête , un bandeau de cristal enchâssé dans un disque d'argent , se trouvait allongé près d'elle sur une plaque de verre , et l'un des
infirmiers , qui avait un casque de scaphandre , faisait tournoyer devant leurs yeux son petit cylindre en quartz .
- Vois-tu , ma chère Anna , déclara le chef , il faut bien qu'un jour où l 'autre , au moment venu , l 'enfant prodigue revienne au bercail !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - VI - Le Repaire du Loup - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
13 - Halbertstadt , ville du Harz : anecdote rapportée par Otto Rahn ( 1904 - 1939 ) dans son livre : " La Cour de Lucifer " ( Luzifers
Hofgesind , 1937 ) .
14 - Vallée de l'Elster , proche de Dresde , où Caspar David Friedrich ( 1774 - 1840 ) , célèbre peintre romantique , avait coutume de se promener pour y chercher l'inspiration .
15 - Spectre de Brocken : Phénomène optique particulier sur le Brocken ( Blocksberg ) , point culminant du Harz ( 1441 m ) où se réunissent les sorcières pendant la " Nuit de Walpurgis " .
16 - Château de Kriebstein , en Saxe ( Allemagne ) , sur un éperon de montagne dominant la rivière Zschopau .
17 - Le Repaire du Loup .
18 - " Fata Morgana " ( vers 1573 ) , statue de Jean Bologne ( 1529 - 1608 ) , sculpteur flamand - Fonte della Fata Morgana ( Province de Florence , Italie - XVIè siècle ) .
19 - " Le Rat et l'Huître " , avec la fameuse devise : " Tel est pris qui croyait prendre ! "
20 - L'Arche D'ANA : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , II , 5 - La Grotte et 7 - Arka Anath - copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - V - Fugue .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
V - Fugue
" Que peut-on savoir même des gens avec qui on vit chaque jour ? questionna-t-elle .
Ne sommes- nous pas tous des prisonniers ? "
Virginia Woolf - " Mrs Dalloway " ( 1925 )
11 - Et si , là-bas , vers l'ouest , sur la ligne océane , son âme fiévreuse avait tenté de dessiner l'amour en un large cercle , se mit-il à délirer tout en sueur , pensant encore ,
sans doute , aux paysages tourmentés de sa presqu'île bretonne , jusqu'où maintenant pourraient le conduire cette folie ?
Car , après ce " concertino " improvisé ponctué par une petite valse , il avait fini par se tenir une grande partie de la soirée près d'elle avec ce pressentiment que , son inquiétude ayant momentanément disparu dans la bonne humeur indicible de la musique de Bach , la belle n'en fisse tout autant bien avant les lumières de l'aube qui , soudain , surgirent du bout de l'horizon !
Que s 'était-il donc passé ? , se demanda-t-il , sa tête alourdie par une terrible migraine .
- Pardon , maître , mais si vous vouliez simplement retrouver plus vite le " Fugato " premier de l 'oeuvre ! , tenta-t-elle de lui expliquer un peu plus tard , fâchée que son attitude lui paraisse équivoque et leur fuite irréfléchie , chuchotant à son oreille , après un dernier canon , des explications quelque peu embarrassées .
Que puis-je vous dire de plus ? , ajouta cette sirène mystérieuse lorsque , au début du nouveau jour , ils se retrouvèrent en route vers la campagne .
Vous n 'entendez pas , cette immense voix mécanique hurlant sa plainte étrange alentour dans une langue inconnue ? J 'ignorais peut-être où était notre vraie patrie avant de me mettre au piano l 'autre soir , lui avait-elle confié , mais désormais , je crois que cela change ... Rappelez-vous donc cette romance !
" Il est un pays Bien au-delà des étoiles , Mon âme , Où la Rose ne pourra se faner ... "
( 12 )
- Je vous trouve bien énigmatique , ma
chère . Qu 'est-ce que vous allez vous
imaginer ? , lui répondit-il d'un oeil inquiet .
- Mon pauvre ami , savez-vous ce qui est réellement arrivé le mois dernier , quand vous êtes allé vous balader sur l 'Île Vierge à la recherche de votre frère et de votre fiancée ?
Il eut l'air complètement surpris .
Je n'osais pas encore vous le dire ! Mais s'ils n'ont pas totalement disparu , c'est que , moi-même , j 'ai pu négocier sain et sauf leur retour dans ce foutu château où j 'habite !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - V - Fugue - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
12 - " My Soul , There is a Country " , poème de Henry Vaughan ( 1622 - 1695 ) , poète métaphysique gallois , dans son recueil intitulé " Silex Scintillans " ( Silex Flamboyant , 1650 )
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - IV - Piège .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
IV - Piège
" Notre existence se passe à la périphérie de notre
être , nous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduisent en la crypte souterraine où Dieu réside ... "
Père Henri Caffarel ( 1903 - 1996 ) - Cahiers sur L'Oraison N°223 ( janvier / février 1989 ) .
8 - Que voulait dire cette convocation ? Le moment crucial était donc venu ? , se demanda-t-il quand ils pénétrèrent dans un vieille rue , vestige de l'ancienne RDA , puis , la porte cochère d'un immeuble une fois franchie , parvinrent à une arrière-cour servant de parc ou de cimetière pour de vieilles TRABANTS
601 , voitures de collection d'âge assez respectable , où gisait aussi , dans une sorte de remise attenante ou d'appentis rempli d'outils devenus parfois trop désuets pour servir encore , un bric-à-brac de bicyclettes plus ou moins rouillées . ( 10 )
C'est en appuyant sur un mécanisme soigneusement dissimulé dans l'un des véhicules , qu'un dispositif se mit en branle , déclenchant l'ouverture d'une antique plaque de ferraille , mangée par la rouille , toute recouverte de sable . Un trou béant fut alors découvert , laissant deviner quelques marches de vieille pierre usée par l'âge et les intempéries ! Passant par l'étroit corridor , la fille s'engagea sous
terre , munie d'une lampe électrique , descendant peu à peu avec son compagnon d'innombrables marches le long d'un couloir plein de poussière , mal éclairé . Puis , foulant avec précaution les dalles glissantes du sous-sol de l'Opéra , les marcheurs débouchèrent sur une salle dont la lumière dépendait seulement de quelques chandeliers fixés à la roche grâce à des tenons de fer .
Au centre , posée sur une grande table entourée d'officiants tous habillés de la même manière que leur chef , se trouvait une plaque dans un cadre en métal doré , indiquant en lettres gothiques les mots : Centre for Research on Anonymous Behaviours ( Centre de Recherche sur les Comportements Anonymes ) .
Des bureaucrates au veston gris , sortes de " zombies " dont le visage invisible était dissimulé par des lunettes noires , chacun d'eux portant un masque de la même couleur à cause du COVID , prétendaient-ils , s'inclinèrent respectueusement devant leur patron ! Celui-ci , spectre à l'oeil glacial marchant comme une ombre , prit alors la parole d'une voix monocorde , un brin de muguet du pauvre , ou Sceau de Salomon , fixé au coeur .
- Bonjour , ma chère , quelle joie de te retrouver ! , fanfaronna-t-il devant la demoiselle . Et vous , monsieur le Cavalier de la Dernière Heure , bienvenue à notre
petite fête ! , lui lança-t-il avec ironie à la cantonade , faisant peut-être allusion à une oeuvre inconnue de lui .
9 - La veille , un homme était , paraît-il , après le concert , passé à l'hôtel afin de lui remettre une invitation lui rappelant ce qui avait été prévu de longue date , et maintenant , la nuit retombait déjà comme un voile d'encre , au bout de ce jour d'angoisse et de fatigue ,
sur le " Staatstoper " de Charlottenbourg défiant la ville de sa façade majestueuse , vieille bâtisse austère , telle un navire fantôme échoué sur le rivage des siècles ! ( 11 )
Sans doute qu'un doux chant nocturne , captivant son âme au pays de la jeunesse , lui ferait retrouver quelque part sa flamme
perdue , se mit-il à réfléchir , obéissant docilement en silence au mystérieux guide qui , tout en plaisantant , lui parlait ? Celui-ci , une fois franchie la lourde porte de " L'Institut Musical " , entraîna son hôte dans un vaste salon d'apparat .
Puis , montant à pas lents les marches grandioses , tous deux parvinrent à une petite loge dominant la scène .
- Voyez-vous , mon cher , nous vous avons fourni un bon alibi , c'est d 'ailleurs le but que poursuit notre association , venir en aide à tous ceux qui ont quelque chose à cacher !
" Tout n 'arrive que par la permission de Dieu " , pensa-t-il en guise de réponse d'un air préoccupé , mais sans bien comprendre les vraies raisons de ce qui , aujourd'hui , lui tombait sur la tête .
Ce soir , l'antienne mélancolique de Bach , rayon de lumière illuminant le visage de la jeune femme à la longue chevelure posant une main délicate sur son violon , lui rappela sa fiancée qui lui revint soudain comme en songe ! A moins qu'il ne se soit agi plutôt de son fantôme , estima-t-il après coup , croyant reconnaître , au fond de ce beau
regard limpide , un reflet de sa propre souffrance et de son désespoir , et toute la détresse qui était la sienne face à ce qui , lui expliqua-on , plus tard , n'était qu'une habile manipulation d'une société secrète ennemie !
10 - Autant pour maintenir sa réputation grandissante que pour préserver sa naissante notoriété internationale , il fit mine de ne pas être au courant de ce qui se tramait . Bien sûr , avait-il été victime d'un complot international , sinon d'un cruel malentendu , et son amie s'était sans doute laissée berner par des espions venus de l'Est qui , à leur habitude , avaient abusé de sa bonté native .
Tout allait maintenant rentrer dans
l'ordre ! On ne toucherait plus à sa famille s'il obéissait , lui déclara-t-on d'un air apaisant .
" Demain , vous reprendrez la route de Paris qui doit sûrement vous attendre avec impatience ! "
Il suffisait qu'il remette la fameuse mallette , dont on ne croyait pas qu'il ait pu vraiment perdre la trace .
Alors , tout ceci , se dit-il à lui-même , n'était-ce qu'un piège ?
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - IV - Piège - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
10 -Trabant 601 , automobile fabriquée en RDA entre 1964 et 1990 .
11 - Staatsoper Unter den Linden ou Opéra National de Berlin ( 7 , bld Unter den Linden dans le quartier " Mitte " de Berlin ) , partie du Forum Fridericianum , fut construit entre 1741 et 1743 pour Fréderic le Grand selon les plans de Georg Wenzeslaus Von Knobelsdorff dans le style fridéricien rococo et reconstruitpar Richard Paulick de 1951 à 1955 après avoir été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - III - Alibi .
Monument à Richard Wagner à Berlin-Tiergarten , sculpture monumentale par le sculpteur Gustav Eberlein ( 1901 à 1903 ) .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
III - Alibi
" J 'ai dormi , j 'ai dormi ,
Je me suis réveillé d 'un rêve profond ... "
Nietzsche - " Ainsi parlait Zarathoustra " *
6 - Il s'était senti si seul dans cette chambre à se demander ce qu'il pouvait bien faire là , pensant encore aux dernières images d'une autre qui était décorée de fleurs fanées sur des tentures défraîchies , comme un vieux souvenir dont on cherche vainement la trace ou la raison lorsqu'enfui vers l'errance , navigant d'hôtel en hôtel après un rêve perdu , l'on croit encore au pouvoir de la jeunesse et de ses illusions ... Ce matin , lorsqu'il s'était tourné vers la fenêtre , à la fois ravi de cette nouvelle rencontre de la veille , pleine de promesses , mais encore mortifié , dans son âme , par de profondes blessures , la jeune fille inconnue de l'avion l'avait réveillé de sa petite voix , puis la vie était revenue peu à peu ,
avec , parmi les bruits et les rires du
couloir , ceux du zoo alentour , timidement ponctués de son chant d'oiseau ... Après un petit déjeuner copieux qu'il venait de prendre au " Schweizerhof " , l'hôtel en face du jardin zoologique où il avait ses habitudes , notre promeneur se mit en marche dans les allées ombragées du " Tiergarten " ... ( 8 )
La journée s'annonçait belle ,
ensoleillée . Il aimait tant cette ville ! Et comme les répétitions ne devaient reprendre que le lendemain , le pianiste s'était promis de tirer profit des charmes de la saison printanière , fort prisés , par ailleurs , des nombreux badauds qui , plus ou moins vêtus , déambulaient paresseusement dans le parc .
Quelques couples s'échangeaient de rapides baisers , tandis que de ravissantes filles-fleurs vous narguaient au passage de leur charme germanique , un " walk-man " collé aux
oreilles . Que pouvaient-elles s'imaginer , celles-là , se demanda-t-il , songeur , avisant une blonde walkyrie s'essayant avec peine à suivre sa compagne , gracieuse sylphide ?
Avaient-elles remarqué cette lueur complice dans son coup d'oeil furtif ?
Il longea peu après la rue du 17 Juin , que prolonge " Unter den Linden " , passé la frontière de jadis , la majestueuse Porte de Brandebourg , pensant que cette escapade en Allemagne venait à point calmer ses sentiments de culpabilité vis-à-vis de sa femme et de son frère , lorsqu'il la vit , soudain , devant la statue de Richard Wagner où ils s'étaient donnés rendez-vous .
- Ne pensez-vous pas , lui dit la demoiselle , que cet immuable lieu de pèlerinage puisse parfois paraître hanté par la crainte d 'un sombre avenir , comme s' il était devenu sacrilège , pour les fantômes d 'un passé englouti dans des eaux tumultueuses , d 'en franchir à nouveau la frontière invisible ?
- Mais n 'est-ce pas ce qu'il voulut peindre , après tout , la fin d 'une civilisation ? , lui répondit-il d'une voix plutôt grave , désabusée , comme surgie de l'au-delà d'un visage en ruine , reflet gris et boueux d'un fleuve à l'ivresse mythique dont les larmes mouillaient son beau regard livide et dévasté .
7 - Aujourd'hui , il lui était encore impossible de connaître le fin mot de toute l'affaire . L'ennui était qu'il n'avait jamais été capable de se rappeler l'heure exacte , précisément , de ce samedi de noce où il s'était rendu en voiture jusqu'à l'île afin de reconnaître les corps . L'avait-il fait ?
Le procès était en cours d'instruction , mais il n'avait pu fournir plus de renseignements que " vers la fin de l 'après-midi , peut-être " , concernant l'arrivée hypothétique d'un commando que tout l'auditoire imaginerait sans doute comme un fantasme .
D'ailleurs , la vie ne ressemble-t-elle pas elle-même à un miroir aux alouettes ? Toujours cette distanciation qui nous fait entrevoir seulement , comme dans un songe ou un théâtre d'ombres , la réalité . Des images défilent , mettant en lumière ces nombreux faux-semblants que cache toute vérité , mais aussi le chemin clair-obscur séparant le crime sadique de la pureté , l'amour idéal du sordide . Toujours l'âme humaine aux tragiques méprises , la rumeur impitoyable et destructrice , la calomnie , avait magistralement conclu le juge peu avant d'établir un non-lieu .
En longeant les murs de l'Opéra , bordés de tilleuls séculaires , qui offraient leurs frondaisons fleuries et parfumées comme un baume tentant d'apaiser la folie des hommes , c'était toute la passion du " Mage de sa jeunesse " , ou du " vieil Enchanteur " , qui lui revint en mémoire d'un seul coup ! ( 9 )
Ce fut comme un orage tumultueux brisant brutalement tous les ponts jetés sur les eaux noires de la Spree !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - III - Alibi - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
8 - Le " Grosser Tiergarten " ( Grand jardin des animaux ) , parc du centre de Berlin situé à l'ouest de la Porte de Brandebourg . Berlin Schweizerhof ( en face du zoo ) , Budapester Strasse 25, 10787 Berlin .
9 - Richard Wagner ( 1813 - 1883 ) : Le " Mage de ma jeunesse " , selon Georges Duhamel , dans " La Musique Consolatrice " ( 1944 ) .
" Le vieil Enchanteur " , selon Thomas Mann , dans " Richard Wagner et L'Anneau du Nibelung " , Conférence prononcée le 16 Novembre 1937 dans la Salle des Fêtes de Zürich ( " Noblesse de l'Esprit " , essais , par Thomas Mann , Albin Michel , 1960 ) .
LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - II - Fausse Note .
LA NEBULEUSE DU CRABE
- Seconde Partie -
LE PIANISTE
( Cycle de L'Etoile XXVIII )
II - Fausse Note
" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "
Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 .
3 - Le soir de cette journée particulière où une fois de plus , à la Philharmonie de Berlin , le maître avait majestueusement pris place au clavier , l'application de ses mains d'esthète au service d'un art consommé , toute une technique subtile alliée à une sensibilité d'écorché vif , avaient dessiné les méandres ténébreuses d'un coeur meurtri cherchant à captiver l'auditoire en magnifiant la réponse qu'il s'efforçait de lui donner !
D'abord , celle des ténèbres de la conscience , la sienne ou celle de Brahms , lorsque les notes magiques , transfigurées par tant de travail , se mettaient à briller plus encore , mouillées d'amertume au regard d'un impossible amour , l'artiste s'efforçant alors , malgré son chagrin profond , d'imaginer la maison dont lui avait parlé sa passagère disparue .
Puis , la ville toute entière , théâtre d'étranges réminiscences , parut s'offrir à son âme dévastée . Une pluie fine et persistante l'avaient envahie d'une grande tristesse , tandis que rues et perspectives , gagnées par sa mélancolie , donnaient au visiteur l'impression de percevoir alentour un champ de ruines laissé derrière elle par l'horrible guerre , évoquant si bien le chaos de sa propre vie .
Une fois de plus , il n'avait pu supporter de rester seul après l'enchantement de la fête .
L'extase indicible que l'oeuvre avait d'abord fait naître en lui , avait mué peu à peu son élan mystique en fièvre incendiaire .
Cédant à l'habitude , il avait préféré la marche , rentrant à pied de l'auditorium , " afin de réfléchir " , dit-il , énivré par la douceur printanière , et peut-être également par cette idée si particulière de l'excitation , qu'il nommait " frémissement de l'existence " .
Lorsqu'il se retrouvait " vidé " par son travail , elle lui servait souvent de prétexte à l'irruption de forces bien ténébreuses .
" Comment y résister , d'ailleurs ? " , demandait-il , chaque fois qu'il voulait rassurer sa bonne conscience des vertiges de la nuit .
" Nous ne sommes pas vrais tant que nous nous gardons " , chante le poète . ( 6 )
En tout cas , c'était devenu sa devise favorite .
Il s'était alors mis à boire de plus en
plus , éprouvant un insurmontable dégoût , lié sans doute à l'errance , à la solitude , qu'on étreint parfois comme une maîtresse de pacotille dans une chambre anonyme , et qu'on retrouve au hasard d'une rue sombre , dans un bar de fortune , pour assouvir une soif encore plus grande , celle de l'oubli ... Au coin d'une ruelle obscure du quartier chaud , le promeneur s'était réjoui de revoir ce bâtiment grotesque , constellé d'ampoules multicolores , qui faisait flamber d'immenses lettres de feu criardes , comme une invite à assouvir simplement la soif nocturne irrépressible d'un passant solitaire :
" Der Blaue Engel " , cabaret berlinois rempli de bière et de jolies filles ! ( 7 )
Vêtu d'un smoking impeccable , un petit être replet , dissimulant son regard vicieux derrière de grosses lunettes noires , s'efforçait de ne pas reconnaître ceux qui , souhaitant garder l'incognito , appréciaient la beauté sauvage des danseuses nues .
Mais ce soir-là , il sentit que la propre musique de son coeur voulait l'entraîner bien plus loin que ce lieu où se défoulait l'ivresse collective .
Il avait davantage besoin de l'intimité du
bitume , il le savait , de la dureté du caniveau , des odeurs fétides , rassurantes qui , selon lui , seraient , en fin de compte , son seul et dernier refuge .
Après quelques verres , titubant sous les lueurs pâles du clair de lune trempé d'une récente averse , il entreprit , tel un animal , de renifler la puanteur âcre des trottoirs .
Quelque " Lili Marlène " au maquillage racoleur s'avança vers le Maître , ornant une porte cochère de sa présence :
" Tu viens , chéri ? Komm zu mir ...
Ich bin Lola ! "
4 - Lorsqu'il reprit enfin sa route vers l'hôtel du " Tiergarten " , il lui parut que toute la noirceur du ciel , encombré de nuages menaçants , lui posait sans répit les mêmes questions lancinantes . Depuis des lustres , celles-ci minaient son équilibre et sa santé .
Pourquoi , se tortura-t-il avec angoisse , étant convaincu , cependant , de l'horreur de la réponse , ai-je tout fait pour briser le mariage de mon frère , en épousant sa femme que je n'aimais pas ? Comment ne pas mourir moi-même de leur mort que je n'avais pas voulue ?
La pièce était jouée , désormais , l'oratorio funeste d'une existence naufragée .
L'acteur principal , accablé par le poids d'un tel Destin , ne pourrait plus , très longtemps , paraître sur scène .
Les gouttes meurtrières , transperçant de coups de poignards son crâne dénudé , forcèrent le vaincu à s'écrouler sur le banc des coupables .
C'était sûr , il avouerait tout , bientôt , malgré l'eau ruisselante qui dégoulinait de son visage aux traits immobiles de mort-vivant .
Pleurant à chaudes larmes , le pauvre homme se sentait perdu . Impitoyable , le vent seul , de ses bourrasques assassines mouillées de tempête , aurait su le comprendre , et , cruellement , lui hurlait sa réponse ...
5 - Happé par ce cauchemar étrange que le battement saccadé d'un invisible métronome hantait d'une musique lointaine dont l'origine provenait sûrement de la fosse d'un immense orchestre , il s'était jeté tout habillé sur son lit , se sentant complètement anéanti par ce qu'il venait de vivre sans qu'il en soit vraiment sûr , tellement cela lui avait paru effrayant l'espace d'une seconde !
Perdu dans une sorte de vertige , il s'était interrogé sur ce qu'elle aurait espéré connaître de plus enthousiasmant que cette épouvantable vision de rocs de couleur sombre et de blocs d'encre d'un sort si cruel , sinistre vision perçue fugitivement par la fenêtre de son hôtel , où évoluaient deux anges noirs , pantins ridicules masqués d'écarlate paraissant le narguer dans sa monstrueuse solitude , son cadet Gwenn peut-être , et " leur " fiancée disparue , Clara , pauvres oiseaux de malheur dont les pattes sanguinolentes dégoulinaient sur un désert de badauds résignés , faisant planer leur ombre tragique sur les ineffaçables traces de la catastrophe inexpiable de sa vie ?!
Pourtant , qu'étaient-ils près du "célèbre " pianiste Gurvan Morgan ?
Il se demanda , sanglotant , s'il était vraiment possible de survivre au terme d'un tel parcours , comme si , après avoir tenté de sauter jadis dans le vide et de franchir ainsi d'un seul coup le seuil de cet au-delà du mal inespéré depuis le haut du cercle , on parvenait enfin , pour conclure , à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ... Celui de leur père , par exemple , ayant toute sa vie rêvé de l'indépendance bretonne ?
N'offrons-nous donc rien , se questionna-t-il ensuite , à la douleur des survivants qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?
Mais elle , qu'aurait-elle donc ressenti , sa " petite amie " de l'époque , alors qu'il ne lui avait jamais rien dit de la tristesse profonde et maladive de sa mère , victime des frasques paternelles ?
Quelques heures de sommeil plus tard , les yeux à demi ouverts , l'homme remuait encore tout cela sur son balcon , fasciné au petit matin par l'immensité du ciel dominant l'obscur panorama qui l'entourait , se rappelant celui de son enfance en Bretagne , et ce long chemin balayé par le vent qui l'avait amené nulle-
part , lorsqu'il était parti un jour pour en finir à travers champs vers la falaise abrupte !
Il se revit au moment où tout lui avait semblé si sombre , au bout de l'énorme gouffre de ténèbres trouant le sol mystérieux , comme l'évoquait aussi le martèlement de la pluie sur les tuiles , résonance en lui d'un glas sépulcral au plafond de la pièce où les fantômes insatisfaits de ses parents s'époumonaient en vain pour l'entraîner de leur côté !
D'ailleurs, n'était-ce pas le vertige de leur chute interminable , ensuite , qui l'avait conduit dans ce silence horrible à travers l'infini ?
Réfléchissant à ce qu'il faisait là , couché dans cette chambre , trempé de sueur , il écouta craintivement la sonnerie du téléphone qui l'avait réveillé !
Regardant par la fenêtre , il remarqua encore quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur que dans les rues désertes de la ville . Dans son délire , il avait presque tout oublié , sinon quelques bribes de la soirée d'hier , mais en voyant l'horizon mystérieux couronné de nuages toujours très menaçants , le voyageur chercha plus loin que le flot de verdure assoupi sillonnant au sein de la cité berlinoise comme serpentaient vaisseaux et veines parmi les lobes de son cerveau en feu : il frissonna de plus belle en revivant les affreuses turbulences qui l'avaient amené ici en catastrophe !
- La création , psalmodia-t-il dans sa tête , recherche impuissante passant trop souvent par une douleur atroce ... ou plutôt , l 'oeuvre accomplie , certitude stérile , devenue vaine ?
Il décrocha l'appareil ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - LA NEBULEUSE DU CRABE - Seconde Partie - LE PIANISTE ( Cycle de L'Etoile XXVIII ) - II - Fausse Note - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PIANISTE " , copyright 2024 .
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Notes :
6 - Stefan Zweig , " Sonnet " .
7 - " L'Ange Bleu " , affiche du film de Joseph Von Sternberg ( 1930 ) , avec Marlene Dietrich .
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