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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations .

30 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations .

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

III - Transformations

 

 

 

" On aurait dit un couple de tourterelles , deux jeunes colombes , qui allaient prendre leur envol , après avoir frôlé de leurs ailes graciles , juste un moment , ce lugubre royaume des ombres ... "    

Dan Ar Wern - " Histoire d'un Chef d'Orchestre " , X ( Auberive 11 ) .

 

 

5 - Revenu blessé de la guerre , il resta longtemps traumatisé par la mort de son camarade , dont il prit un jour conscience en passant sur un petit pont menant à une île , sur le lac , dont l'eau noire frémissait à peine , comme si elle retenait son souffle , lui faisant réaliser soudain que la forêt de Brocéliande n'était plus celle dont lui avait jadis parlé sa mère , Mona , l’écrin des contes de son enfance , collection de belles histoires plus ou moins vraies , mais un seuil , un lieu d’éveil , chargé d’une mémoire plus vieille que la sienne , la " Porte " véritable menant au " Grand Tout " de l'univers , qu'une biche , immobile sur la rive , et le fixant de son regard doré où brillait une invitation muette , venait providentiellement de lui montrer , paraissant le guider ensuite avec lenteur et majesté , par un sentier que seuls les cœurs brisés peuvent découvrir à travers les brumes et les mousses , jusqu’à la Chapelle Saint-Jean , tapie entre les chênes comme une relique oubliée . Ayant senti sa présence, douce et sauvage , il la suivit , sans peur . Il aurait voulu disparaître avec elle sous les frondaisons cathédrales , puis , là , au centre de la petite nef , s'absorber comme un nouveau-né dans le clair-obscur de cette crypte de pierre végétale , quand il fut brusquement frappé par une vision aiguë : les visages de ses copains tombés , ceux qu’il n’avait pas pu enterrer , se superposaient aux reflets des nuages dans les vitraux multicolores . Leurs voix muettes flottaient autour de lui , surtout celle de Jakez , et il comprit que son retour n’était pas une fin , mais un passage devant le tribunal de Dieu . Là , dans le silence vibrant du crépuscule , sentant comme une épée vengeresse descendre sur lui , il s’agenouilla sur la pierre froide et promit , triste chevalier des temps modernes , de chercher désormais non pas l’oubli de son crime , mais de se racheter !

C'est alors que , rebroussant chemin par la forêt vers le village , il décida d'entamer des études pour devenir par la suite professeur . Il s’inscrivit à la faculté de théologie de Rennes , puis s'enthousiasmant pour la philosophie , se mit à dévorer saint Jean de la Croix , Thérèse D'Avila , Plotin , de même qu'Aristote , ou les dialogues de Platon . Chaque texte résonnait en lui comme un écho d'outre-monde , son cœur meurtri trouvant une lente guérison dans ces voix anciennes . ( 13 )

6 - C’est dans cette lumière qu’il retrouva Grida , changée par les deuils , veuve , elle aussi , dont le regard avait perdu l’insouciance des jeunes années , mais qui s’était chargé d’une profondeur toute neuve . Elle lui parla du piano qu'elle étudiait comme d’une prière , jouant pour lui les " Kindertotenlieder " de Mahler , puis " La cathédrale Engloutie " de Debussy . ( 14 )

- La musique , lui dit-elle , touche ce que les mots ne savent dire .

Incapable de lui répondre , Yann , en l'écoutant , pleurait sans honte .
Ils se revoyaient souvent le soir , après les cours , marchant bras dessus , bras dessous , dans les jardins du Thabor , échangeant leurs lectures , leurs souvenirs . Quand il parlait d'un jeune prêtre connu pendant la guerre , Teilhard de Chardin , qui avait écrit " La Vie Cosmique " , puis , en 1919 , " Puissance spirituelle de la Matière " elle lui faisait écouter Scriabine , Satie ou la " Barcarolle " pour piano de Magdeleine Boucherit-Le Faure . Mais le silence entre eux était aussi nourrissant que leurs paroles . Par une belle journée d’automne , alors que les feuilles rousses jonchaient les pavés , le jeune homme prit la main de Grida sur le banc où ils s’étaient assis cent fois . ( 15 )

- Ce que jai vu dans la forêt , ce que la guerre ma arraché , je ne peux le dire à personne . Mais toi , tu le comprends . Elle répondit seulement :

- Je tattendais depuis toujours !

Les deux tourtereaux se marièrent au printemps dans leur petite chapelle bretonne , entourés d’amis discrets et de musiciens . La mariée joua un nocturne de Fauré en guise de bénédiction , tandis que son époux lut un passage du Prologue de Saint Jean . ( 16 )

Quelques années plus tard , un bruit léger naquit dans leur maison de pierre , à l’orée de Brocéliande . Ils appelèrent leur fille Lena , en mémoire de la lumière née au fond des ténèbres . Dès ses premières années , celle-ci montra une sensibilité musicale troublante . À trois ans déjà , elle imitait des mélodies sur le vieux piano de sa mère . À cinq ans , mademoiselle composait des phrases harmoniques d’une étrange maturité .

Son père la regardait jouer avec émerveillement , comme si l’univers lui faisait un clin d’œil à travers les doigts fins de sa fille . Grida disait parfois en souriant :

- Elle ne joue pas du piano , elle parle aux étoiles !

Brocéliande , autour d’eux , gardait le secret ...

 

( A Suivre )

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

                                     ___

Notes :

13 - Saint  Jean de la Croix (  prêtre carme mystique espagnol - Sainte Thérèse D'Avila (   , religieuse carmélite espagnole - Plotin ( 205 - 270 ) philosophe gréco-romain représentant principal du courant philosophique appelé " néoplatonisme " , source d'inspiration importante pour la pensée chrétienne alors en pleine formation , notamment pour Saint Augustin d'Hippone , et qui influença de manière profonde la philosophie occidentale ( auteur des " Ennéades " ) - Aristote ( 384 - 322 av. JC , philosophe grec dont la pensée , associée au développement des universités, qui débute au XIIe siècle , marque profondément la scolastique et , par l'intermédiaire de l'œuvre de Thomas D'Aquin , le christianisme catholique - Platon  ( env . 427 - 347 av. JC ) , généralement considéré comme l'un des premiers philosophes grecs , sinon comme l'inventeur de la philosophie ( auteur des " Dialogues " ) .

14 Kindertotenlieder ( Chants sur la mort des enfants ) , cycle de cinq lieder pour voix et orchestre composé par Gustav Mahler de 1901 à 1904 sur des textes de Friedrich Rückert ( 1788 - 1866 

     - " La Cathédrale engloutie "  ( 1910 ) , prélude pour piano de Claude Debussy basé sur la légende bretonne de la ville d'Ys .

15 - Pierre Teilhard De Chardin ( 1881 - 1955 ) , prêtre jésuite français , chercheur , paléontologue , philosophe et théologien qui , en 1916 , écrivit son premier essai , intitulé " La Vie Cosmique " , puis , en 1919 , " Puissance spirituelle de la Matière , deux textes qui annonçaient son œuvre plus tardive .

     - Alexandre Scriabine ( 1871 -1915 ) pianiste poète et compositeur russe .

     - Erik Satie (  compositeur et pianiste français .

     Magdeleine Boucherit Le Faure (  , pianiste et compositrice bretonne née à Morlaix , compositrice , en 1908 , de " Barcarolle " .

16Gabriel Fauré ( 1845 - , pianiste organiste et compositeur français Les " Nocturnes " sont un ensemble de treize pièces pour piano composées tout au long de la vie du compositeur .

     - Les dix-huit premiers versets de l'Évangile selon Jean sont traditionnellement appelés le " Prologue " , bien que ce mot ne se trouve pas dans le texte . Celui-ci , écrit en grec , de même que l'ensemble du Nouveau Testament , constitue une sorte de méditation sur la personne de Jésus-Christ , depuis la création du monde jusqu'à son incarnation . Le texte anime toute la mystique chrétienne et nourrit encore aujourd'hui la prière de beaucoup .

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre .

25 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Le Départ des Poilus , août 1914 - Albert Herter ( 1871 - 1950 )

Le Départ des Poilus , août 1914 - Albert Herter ( 1871 - 1950 )

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Amour et la Guerre

 

 

 

" Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est

  vivant ? "   

Luc , 24 , 5

 

 

 

 

 

3 - Donc , ce matin-là de l'aurore cruelle d'un nouveau siècle de feu , obéissant à une indicible force , il avait eu envie , malgré sa blessure , de profiter du grand air et de goûter à l'ivresse que procure cette sensation de faire partie , comme autrefois , de la nature végétale , sensible au chant des oiseaux qui voletaient sur les fleurs d'ajoncs , puis , voulant échapper à la triste ambiance de son état , de suivre encore leurs traces dans le clair-obscur des prairies détrempées , désireux de les revoir enfin sur le lac , dans la naissance inoubliable d'un nouveau jour , ainsi que d'autres images qu'il croyait à jamais disparues , renaissant en lui d'une façon si vivante , comme une rosée de nacre translucide gouttant d'un brin d'herbe , ou pareille à cette couleur plus ou moins sombre d'un arbre vigoureux sur la lande ! Quel bonheur c'était , en effet , pour lui , caressé par une brise légère , de courir à l'appel de la source perdue dont la claire chanson , vivante au coeur des hêtres , faisait danser les colombes , de contempler l'image inversée du château dans les ondes grises du lac , alors que la biche immaculée aux bois de cerf vient craintivement s'y désaltérer , suivie de son faon , de voir enfin ce dont lui avait parfois conté sa mère dans ses récits , la métamorphose de cygnes majestueux en jeunes princesses qui pouvaient vous conduire , à tire d'aile , à leur palais resplendissant de pierres précieuses , retenu par quatre chaînes d'or , tout là-haut , bien au-dessus du reflet mouvant des nuages dans l'eau verdâtre ... Mais , pour l'enfant de jadis , n'était-ce vraiment qu'un rêve ? Et si tout autour , le vent des grands chênes faisait à nouveau s'agiter l'espoir ? 

          Marchant d'un pas résolu , tandis qu'une à une , s'éloignaient les dernières masures du village , il avait d'abord vu rejaillir avec force de ce magma de schiste grisâtre , les premiers éclats d'une aube rougeoyante à l'horizon lointain , puis , le long d'un obscur vallon , s'était engagé sur un chemin qui menait à un calvaire proche de la chapelle Saint-Jean , planté sur une roche toujours fleurie en abondance : " Le Rocher Flamboyant " ! Nul , en vérité , ne passera ici sans tressaillir ! Et quiconque s'agenouillera devant sa petite croix de grès , ne pourra rester insensible à l'appel du Crucifié , figuré par une statuette lumineuse de pierre blanche qui vous remue le coeur . La tête du martyr s'incline légèrement sur la gauche , et la pâleur du corps , maculé de sang , contraste avec un coeur tout rouge en relief , d'où jaillissent des rayons étincelants ! ( 1

          Plus loin que cette longue allée verte sous le feuillage touffu , il suivit alors des yeux le vol d'une blanche tourterelle dans les buissons d'aubépine , et , sous la voûte impénétrable des pins majestueux , dans un bruissement d'ailes , jaillit une lueur diaprée flottant comme une ombre sur des tapis de mousse fleurie parsemés d'aiguilles brunes , fleur bleutée , myosotis dont le calice fragile , doucement , se balance , et pour qui la fixe un peu trop du regard ,  suspend sa course , plus l'on s'enfonce dans l'épaisse verdure alentour , plus ses teintes changeantes vous hypnotisent ... Curieux voyage vers celle qui , souvent , revêt , dans sa corolle , toutes les couleurs du ciel , et chaque fois qu'elle vous montre une parure différente , s'exhale en parfum de louange , en perles diaprées sur sa robe scintillante !
          Qui donc pouvait bien être cette nouvelle Madone ? , se demanda-t-il , se sentant presque défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle qui avait su , l'espace d'une seconde magique , chasser en ses yeux les ombres démesurées du soleil couchant , pour , avec tant de grâce , faire gracieusement briller devant lui sa vêture céleste ? Pour lui , qui n'oublierai jamais cette petite phrase qu'elle avait ensuite envoyée à son cerveau , en s'asseyant sous un aulne dont les feuilles prenaient  la forme d’un cœur .

Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( )

          Il avait cru revoir Janed , son premier amour , celle qui avait suscité ses premiers émois d'adolescent silencieux et timide , qu'il avait retrouvée ensuite au soir d'une longue veillée bretonne , sur un chemin qui s'enfonçait sous les ombrages d' " An Ode Wenn  " , et qui , ensuite , s'était blottie tout contre lui pendant la soirée , petite fée semblant boire ses paroles d'une oreille attentive et l'observant de ses yeux malicieux et tendres , Janed , charmante soeur de la mariée qu'il avait cru reconnaître ainsi comme s'ils étaient nés l'un pour l'autre , frémissant de peur , soudain , pour cette nouvelle compagne silencieuse et fidèle depuis si longtemps désirée et qui , enfin venue , le comprendrait pour toujours ! Se rappelait-elle encore cette profonde attirance qu'il avait ressentie pour elle , aussi , sur les bancs du collège de Landéda ?

          Mais , quelques mois plus tard , ce fut son rival , celui qui devait mourir au front , qui avait triomphé quand elle lui avait jeté au visage , un peu éméchée au retour d'une folle ronde en ribambelle , riant à la cantonade avant d'offrir à l'heureux élu l'un de ses plus chauds baisers :

 - Yann , je te présente Jakezmon petit ami !    ( 3 )  

Ce même jour où la nef d'émeraude cristalline avait silencieusement fendu les cieux d'une vague profonde que le vent fit déferler en tempête à travers les arbres , lui marchait , l'esprit troublé , hanté par la silhouette de la jeune fille rencontrée des années plus tôt sous les guirlandes d'un mariage d'été , dans la cour fleurie d'un manoir breton . Lumineux amour , sincère , et pourtant voué à s'effacer puisqu'elle en avait choisi un autre , l'ami et le rival , tombé héroïquement , quelques années plus tard , sur le champ de bataille de à Dixmude , tandis que la guerre dévastait les âmes !
Tout en s'approchant de la chapelle aux murs lézardés , le promeneur sentit soudain le frémissement d'une présence . Une lumière opaline emplit le sous-bois , l'air vibra d'une manière étrange lorsqu' ANA apparut , créature diaphane , presque éthérée dans sa combinaison translucide , avec ses yeux sans pupilles , qui , telle une caméra , semblaient capter en lui l'essence même de ses pensées , mais dont la voix , ne parlant pas avec des mots , résonnait en lui comme un chant intérieur , mêlant son âme à celle de Janed , en un instant suspendu .
Elle les voyait tous deux : lui , jeune , impulsif , d'abord , puis devenant sage après des années de guerre , elle , insouciante et grave , par la suite , austère , quand elle avait revêtu un jour , par désespoir , peut-être , le voile des épouses du Christ .

- Amour tissé d'ombre et de lumière ! , lui souffla-t-elle . Destin croisé , suspendu aux fils d'une antique bataille . Elle t'aime encore , tu la chéris . Pourtant , son chemin la porte ailleurs ... vers cet autre serment , plus ancien que vos promesses .
- Pourquoi faut-il perdre ceux que l'on choit ? , se permit-il enfin de lui répondre , complètement bouleversé . Pourquoi les chemins humains sont-ils tissés de tant de séparations et douleurs , pourquoi la vie s'emploie-t-elle toujours du côté de la tristesse

L'écho résonna dans son cœur : M'aimes-tu ? Aimes-tu ? Qu'y-a-t-il au-delà du gué ? Pas de perte , mais transmutation ! Votre amour , loin de s'éteindre , nourrira d'autres âmes , d'autres mondes . Janed aussi portera sa trace en elle . Dans ses prières , ton nom vivra . ( 4 )
Un jour , vos deux esprits se reconnaîtront , bien au-delà du temps terrestre !
Il sentit alors une vision lui traverser l'esprit , celle d'une vieille femme priant dans une petite église , le regard perdu vers l'autel d'une présence invisible ; et lui , retrouvant sa mémoire d'étoiles , plus tard , bien plus tard , quand son âme franchirait la dernière porte !
Dans la clarté du sous-bois , le voile ondula une dernière fois dans le feuillage d'un orme .
Avant de disparaître , elle lui dit encore :

- Veille donc , mon ami Eliav ! Ceux qui aiment véritablement ne meurent jamais !
Puis la lumière s'effaça , comme une étoile filante absorbée par l'ombre des branches de feuillus et résineux .
Debout , seul devant la chapelle Saint-Jean , l'enseigne de vaisseau serra contre lui sa douleur , mais aussi cette paix nouvelle que l’être venu d’ailleurs lui avait donnée .
Il sut alors que son amour pour Janed n'était pas vain , qu' il était , en secret , devenu une autre pierre vivante dans l'édifice éternel !

4 - À Brest , en 1901 , Yann Kervern , petit-fils d’un vieux loup de mer et seul enfant d’une conteuse de Paimpont , jeune homme au regard volontaire , aux mains déjà tannées par le sel de l’océan , souvenir d'un récent voyage dans les pays de la mer celtique , entamait sa seconde au lycée de la rue du Château . ( 5 )

Dans les couloirs gris du lycée , il s'était lié d’amitié avec un adolescent rêveur comme lui , Henri-Alban Fournier , que l’on connaîtrait bientôt sous le pseudonyme littéraire d'Alain-Fournier , venu du Berry , qui poursuivait au lycée de Brest ses études dans le but d'entrer à l'École Navale . ( 6 )

Cependant , bien que la rugosité du tempérament de l'apprenti marin s'avérât quelquefois comparable aux roches de Brocéliande , leurs univers littéraires , nourris des mêmes rêves d'une enfance merveilleuse au milieu d'une nature presque idéalisée , paraissaient si proches qu'à la fin de l’année , Yann proposa à son ami d'intégrer l’école navale et de s’embarquer sur l' " Intrépide " , le navire-école des Bordaches , pour voguer avec lui vers l’Atlantique , et peut-être plus loin . ( 7 )

Mais le futur célèbre auteur déclina poliment . Son destin n’était sûrement pas dans le roulis des vagues , pensait-il , mais dans les brumes d’un immortel chef-d'oeuvre en germe .

Le morbihannais , qui , avec tristesse , avait déjà vu s'éloigner son cousin , partit seul , sentant son cœur un peu plus lourd , mais déterminé à suivre les traces de son grand-père . Cette nouvelle vie à bord le forma , le trempa . Il devint quartier-maître , gagnant l’estime de ses officiers . Peu à peu , la vie suivit la houle des années , ports lointains , lettres jamais envoyées , souvenirs de ce camarade qui , de temps à autre , évoquait la difficile écriture de son roman . Lorsqu’il apprit enfin la parution de celui-ci , en 1913 , l'aspirant le lut en silence , dans une cabine du cuirassé " Condorcet " , croyant y reconnaître un peu de lui-même . ( 8 )
 

Puis vint août 1914 , la mobilisation , la foudre !

Il fut affecté aux fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h , envoyé vers le front nord avec Jakez Rhûn , son frère d’armes breton . Là , dans la boue de Dixmude , le souffle de la mer ne suffit plus à masquer l’odeur de la poudre et du sang . L’uniforme bleu s’usa vite , le feu de l’artillerie allemande martelant les digues et les cœurs . Ce fut une résistance héroïque , sans doute , presque insensée ! ( 9 )
Le 10 novembre de cette année tragique , lors d’une contre-offensive , il tenta de sauver Jakez , le mari de Janed , frappé à la jambe par un éclat d’obus , quand lui aussi avait été laissé entre deux flaques d’eau et de sang , le drapeau dans la main , jurant à son capitaine qu’il ne mourrait pas là . Il tint parole . Rapatrié à Rennes , puis en convalescence à Paimpont , le rescapé revint sur ses terres de Brocéliande , estropié mais vivant . Il n’avait que vingt-sept ans , mais déjà tout le poids d’un siècle dans les yeux ! Le louveteau des mers , qui , chaque jour , arpentait les sentiers de la forêt , devint homme de mémoire , gardien d’un secret , veilleur de légendes . Chaque pas douloureux mais déterminé qu'il y faisait , comme un pèlerin du souvenir , l'amenait , le soir , à jeter , au fond de la fontaine de Barenton , des galets gravés de signes mystérieux .

Car sa conscience le torturait .

Lui , qui , médaillé de guerre , passait pour un brave , avait , en réalité , à se reprocher la décision qu'il avait prise d'envoyer en première ligne le fiancé de Janed et de simuler sa propre blessure en maquillant les faits .

Dans le village , on disait qu’il parlait à ses morts , peut-être aux anciens dieux . Plus tard , dans un journal froissé , il apprit qu'Alain-Fournier , son cher copain d'école , avait , corps et âme , juste deux mois auparavant , péri dans l’Argonne . Durant de longues années , le solitaire pleura en silence , une larme pour ses amis , d'autres pour l'amour impossible d'une jeunesse perdue !

Il ignorait encore que ce même 10 septembre 1914 , Roll Dagorn , le cousin rebelle et chevaleresque de ses aventures d'adolescent , l'avait abandonné une dernière fois , tombant lui aussi , terrible coïncidence , au " Bois des Chevaliers " . ( 10 )

Celui-ci , remarqué pour son courage , était parti avec la fougue des anciens preux , chef d'une unité commandée en second par ce même jeune lieutenant de réserve à la voix douce et au regard lointain qu'il avait jadis connu à l'école préparatoire !
Ce n’est que bien plus tard , un soir de 1922 , que Yann , en classant au grenier de vieux papiers jaunis , correspondances et carnets retrouvés , découvrit parmi eux une lettre jamais envoyée , coincée dans un exemplaire froissé du " Grand Meaulnes " , ce livre qu’il n’avait jamais pu relire depuis la guerre ! ( 11 )

C'était Grida Lenn , l'institutrice déménagée à Quistinic , un ancien " flirt ", veuve elle aussi , qui l’avait écrite , mais trop tard : " Jai appris que ton ancien camarade avait disparu dans les bois de Saint-Remy , ce même jour , disait-elle . Ce que tu ignores peut-être , cest que Roll était son adjoint .
Leurs deux noms , côte à côte , ont été retrouvés griffonnés par un brancardier sur une liste .
Ils sont tombés ensemble , à ce qu'il paraît , dans le même coin . Comme c'est étrange ! Peut-être sétaient-ils déjà croisés ? Peut-être ont-ils parlé de toi ? "

Il lut et relut ces lignes jusqu’à ce que les lettres dansent devant ses yeux . Ce jour-là , il comprit que le destin , bizarrement , s'était mis à tisser une nouvelle trame secrète , où l’amitié , le sang d'ébène comme celui de la guerre se mêlaient d’un seul fil . Retournant à l’orée du Val sans Retour , il y planta un petit mât de chêne taillé à la main sculpté de leurs deux noms .
Depuis ce jour , les enfants du hameau racontent qu’au lever du brouillard , le combattant boiteux vient parler aux arbres , comme s’il retrouvait en eux ses compagnons de toujours ! ( 12 )

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

1 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) - Première Partie - Le Trésor de Brocéliande - 3 - Brocéliande - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

2 Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .

3LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Deuxième Partie - Janed Kerneis VIII - Soeur Gabrielle - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

4Jean 21 ,15-17 .

5 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Deuxième Partie - L'Accomplissement ( Gaeltacht ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

6En 1901 , Henri-Alban Fournier , le futur " Alain-Fournier " ( 1886 - 1914 ) , qui songe alors à devenir marin , poursuit ses études de seconde au lycée de Brest dans le but d'entrer à l'École Navale .

7L’Intrépide , navire de ligne de deuxième rang à propulsion mixte ( voile et vapeur ) , en service dans la marine française de 1864 à 1913 , devenu en 1890 le navire-école de l'École Navale , et renommé Borda , troisième du nom .

     Bordaches , surnom des officiers sortant de l'École Navale .

8Le Condorcet , cuirassé de la classe Danton , en service actif dans la Marine française de 1911 à 1942 .

9 La brigade de fusiliers marins de l'amiral Pierre-Alexis Ronarc'h ( 1865 - et ses 6 500 Bretons âgés d'à peine 17 ans participèrent jusqu'à la fin du mois d'octobre 1914 à la défense héroïque de Dixmude . La moitié de la jeune troupe périt dans les combats .

10 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Troisième Partie - La Croisade , XI - Messire de Brocéliande , 24 - Le Bois des Chevaliers - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

11 - " Le Grand Meaulnes ", roman d'Alain-Fournier publié en 1913 chez Émile-Paul Frères. Il avait été auparavant publié en feuilleton dans la NRF de juillet à 

12 - Grida Lenn : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - " Dramatis Personae ", XIX - Yann Kervern I .

 

 

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Prologue - I - La Dame du Lac .

24 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Ana

Ana

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - La Dame du Lac

 

 

 

" Tout est ombre et jeu  ,

  Sauf le cri de l'âme 

  Séparée de Dieu ... "

 

Zoé Oldenbourg - " Les Brûlés "

 

 

 

 

1 - Une nuit de décembre 1914 , tandis que les étoiles tremblaient comme des chandelles de cire au bord d'un ciel infini , un magnifique vaisseau glissa sans bruit à travers l’atmosphère . Sa coque miroitait d’un éclat bleuté , translucide comme le cristal des dieux , laissant dans son sillage une traînée de silence vibrant d'un grand mystère . Il ne venait pas d’un autre monde , sans doute , mais plutôt , d’un plan parallèle d’existence , là où la pensée du Seigneur se chante en lumière , où des formes sont nées de la musique de Sa volonté pure . À son bord voyageaient des êtres célestes , d’essence presque immatérielle , que les hommes du commun n’auraient pu voir sans devenir fous de beauté , tant ils étaient nés d’une harmonie première , d’un accord sensible entre les sphères , mais pourtant ... Jadis , une partie de leurs anciens frères , autrefois égaux dans la lumière , avaient choisi une voie plus dense , plus lourde . Ils s’étaient rebellés contre le rythme divin , leur rébellion ayant forgé une réalité plus matérielle , une planète dure , épaisse , où la pensée du Créateur s’était figée comme un roc . Ce monde-là , c’était la Terre !

Le vaisseau céleste , quasi invisible , mû non par des moteurs mais par l’élan d’une volonté cosmique , plongea tout droit dans les eaux grises d’un petit lac de Bretagne se refermant sur lui sans bruit , comme si rien n’avait été . Mais au matin ...

Ses occupants , qui en sortaient comme des fluides spirituels , descendirent , voulant visiter l'étrange pays de la forêt ! Celui-ci s’éveilla sous une brume d’argent . Les troncs noueux de ses chênes paraissaient écouter . Les mousses luisaient d’un vert neuf . Dans les clairières , le silence chantait comme un écho du passé .

Alors , les " Visiteurs " , qui étaient quatre , se mirent en marche , ondulant dans la lumière . Là où ils passaient , les corbeaux se taisaient , les cailloux frémissaient . Leur démarche était faite de contemplation lorsqu'ils parlaient sans voix , par télépathie , touchant , sans mains , les rêves enfouis des druides , les serments tus sous les dolmens , déchiffrant , à chacun de leurs pas , les mémoires du sentier de schiste frémissant !
Le peuple des hommes ne les vit pas . Mais les arbres , eux , reconnurent leurs traces .
Le Val sans Retour , ce repli du monde ancien , frissonna d’un secret oublié . Car les créatures célestes n’étaient pas venues pour punir ni conquérir , mais pour prendre contact avec le " Veilleur " qui , depuis les temps anciens , guettait l’heure de leur retour , lorsque les enfants du monde dense , ceux qui avaient oublié leur origine divine , commenceraient à se souvenir . Alors , peut-être , Brocéliande parlerait-elle à nouveau ?


 

2 - Il vivait en bordure de l'antique forêt , dans une vieille maison à demi ensevelie sous le lierre et , d'après eux , s’appelait Eliav , sculpteur aux temps anciens , comme l’avaient été ses aïeux qui , toujours , prétendirent que c’était une mystérieuse pierre vivante qui les appelaient dans leurs rêves . Depuis quelques jours , personne n'aurait su dire pourquoi , l'on sentait que l’air avait changé , que le vent avait un goût d’enfance oubliée , que les ombres des chênes semblaient s’attarder plus longtemps au dormant des fenêtres . Jusqu'à ce matin bizarre où il avait cru ressentir , sur la rive de l'étang , l'espace d'une seconde , une étrange vibration ! Pas un bruit , non . Plutôt ... comme une présence . Quelque chose de vaste , de doux , qui palpitait comme un chant inaudible tout autour de lui ! Il leva les yeux tandis que , sur la berge opposée , entre deux bouleaux tordus par les siècles , telle une lueur soudaine parmi le feuillage , une silhouette lui apparut , qui se matérialisa brusquement devant lui , qui l'observait !

C’était une femme , ou peut-être autre chose . Sa forme semblait flotter légèrement au-dessus du sol , et sa robe , diaphane comme les brumes de l'aube , s’écoulait autour d’elle comme de l’eau qui ne mouille pas . Son visage était pâle , serein , d’une beauté trop pure pour appartenir à ce monde . Et ses yeux , ses yeux qui contenaient l’éclat des nébuleuses !
De l"autre côté , même si ses lèvres fines parurent ne pas bouger , le promeneur perçut sa voix mélodieuse :

- Tu te souviens de moi ? , fit-elle semblant de lui demander .


Dans un éclair , tout lui revint des visions d’un autre univers , d’un autre temps , d’un serment fait sous un ciel sans nuit , d’un amour qui n’avait jamais eu de fin , seulement l’obscurité ...
Elle s’appelait Ana , fille d’Avalon , planète lumineuse , princesse de l’espace, gardienne des archives d’outre-temps , venue veiller ici-bas les âmes perdues dans la matière . Mais jadis , avant la chute , Eliav , comme elle , n’étaient qu’un , deux notes d’une même mélodie divine !
Lui , cependant , qui avait choisi la densité , avait , jusqu’à aujourd’hui , tout oublié . Pourtant , d'un soupir à travers le silence , elle lui tendit la main , la forêt tout entière semblant retenir son souffle , car cette rencontre réveillait en elle d’anciens pouvoirs , lorsque la force de son amour guidait les amants sur le chemin secret de la fontaine et des mystères enfouis ...

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Prologue - I - La Dame du Lac - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature - IV - Balade au Phare ( Virginia Woolf ) .

17 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #MEMENTO - Impressions d'Enfance et Littérature

Coucher de soleil sur le phare de l'île Vierge © GLAZ Pictures

Coucher de soleil sur le phare de l'île Vierge © GLAZ Pictures

 

MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature

 

 

 

 

 

IV - Balade au Phare ( Virginia Woolf )

        

 

 

" Ce rêve de partage , de complétude , d'une réponse trouvée dans la solitude de la plage , n'était donc qu'un reflet dans un miroir ? Le miroir s'était brisé ... " 

Virginia Woolf - " Vers le Phare " , II , 6 - Le Temps Passe . *

 

 

 

 

 

  8 -  La pluie avait tambouriné toute la nuit dans ma tête et sur le toit . 

Le lendemain , la maison , pâle fantôme dans la grisaille , me sembla aussi vide qu'un navire abandonné .

        Ma solitude sans doute était grande , mais l'Amour est parfois plus qu'un songe , n'est-ce pas , quand il ressemble à la Mort ! 

        Le troisième jour , ne voulant voir personne , je partis vers la plage à l'occasion d'une éclaircie , me contentant d'un chien pour seul compagnon de tristesse ,

et , suivant la côte avec lui , du bruit de ses pattes mouillées dans les gerbes d'écume . 

En face , il y avait l'Île Vierge , et déjà , je l'imaginais tout au bout de la terre ferme , face au vent du large , frêle esquif battu par les vagues noires couronnées de mousse , telle une petite goutte frémissante au coeur de l'océan ! 

       Là-bas , le phare mystérieux , planté comme un arbre au milieu des flots , me ressemblait , paraissant me dévisager d'un oeil jaune ironique , doutant , sans doute , que je sois tout de même assez fort pour découvrir son secret . Coeur à marée basse , comme lui , je m'étais revu pourtant , le long de sa grève immensément déserte , galoper tel un rêve du temps de ma jeunesse ... Mais maintenant ?

" Tout est mouvement , tout est danse ... " , m'avait-elle expliqué la veille , me regardant avec peine , à moitié ivre de la soirée d'hier , doutant si ce que je venais d'entendre et de vivre , ce que j'avais écouté d'une oreille inattentive auprès d'elle , pouvait être

vrai , ayant sans doute cherché la sincérité de son langage au miroir impénétrable des mensonges de ma propre  vie ... 

       Un besoin soudain de vomir s'était emparé de moi , si irrépressible que je prétextais un malaise , bondissant hors de la salle du restaurant pour me réfugier dans ma chambre , me demandant ce que je faisais là , dans ce pays de fête aux gens trop insensibles pour comprendre qu'après quatre siècles , le loup rouge ou l'hirondelle ne reviendraient probablement jamais chez eux , sinon dans le pays de leur coeur , en cachette , comme une amour défunte , ombre jetée sur la lande ... 

" Un Alarc'h , un alarc'h tramor ! , chantaient-ils naïvement .  ( 22 

       Mais moi , qui n'était pas comme eux , qu'est-ce qui me séparait de l'oiseau palpitant , cygne ou aigle noir s'élançant du sémaphore , désespéré de trouver enfin la chaude lumière d'une âme bretonne au couchant d'outre-monde ?

 

 

( A Suivre )

                                                   

 

 

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DAN AR WERN - MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature - IV - Balade au Phare ( Virginia Woolf- Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . "  MEMENTO / Impressions d'Enfance et Littérature " , copyright 2024 .

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Notes :

 

22 - " Barzaz Breiz " , I , 31 - Le Cygne ou le Retour de Jean le Conquérant :

" Un cygne , un cygne d'outre-mer ... " La Bretagne acclame le retour de son libérateur , le duc Jean IV ( 1339 - 1399 ) .

 

* " To the Lighthouse " ( Vers le Phare , 1927 ) , roman de Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Teaser / Bio - .

15 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Teaser / Bio - .

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

Teaser / Bio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le héros de cette histoire expose à dessein son existence d'écrivain raté qui doit vendre , en guise de couverture , des chemises dans un grand magasin parisien pour survivre , face à une autre beaucoup plus secrète , celle d'agent dont la fille , Martina , arrive un jour chez lui pour lui dire qu'il doit s'envoler avec elle pour l'Allemagne afin de secourir son amour de jeunesse , ex membre de la Stasi , qui est en grand danger ! La police , qui , à son arrivée à Berlin , lui déclare avoir mis la main sur un pendentif caché dans le bagage de sa progéniture , celle-ci , voyageant incognito , ayant pu s'échapper , lui parle aussitôt d'un dénommé Wilhelm Grüber , organisateur d'un trafic entre l'Afrique du Sud et l'ex-RDA  ( armes contre pierres précieuses ) , qui serait apparenté à un ancien dirigeant complice d'un certain Nemo , milliardaire pilotant toute l'affaire à son compte pour couvrir d'autres activités bien plus étranges , voire criminelles !

 

DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...

 

 

 

 

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR Teaser ( 4ème Couv.) - Bio -Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE JASPE DU CERCLE D'OR  " , copyright 2025 .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - IX - Table des Matières .

14 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - IX - Table des Matières .

 

 

 

 

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - Table des Matières

 

 

 

 

 

 

     1 ) Préface / Dédicace 

          Jaspe Rouge

     

     

     ) Prologue 

          Marina Stern

   I - La Fugitive - II - L'Ange - III - Damnation 

     

 

     3 ) Première Partie

        Hallucinations

 

IV - Création - V - Souvenirs - VI - Fugue - VII - L'Aube du Jour ...  

VIII - Soleil Levant .      

     

     

     4 ) Deuxième Partie

           Le Romancier ( " Nouvel Espoir " , Scénario d'Anton )

 

IX - Laura - X - Clarissa Kempf .

 

       5Troisième Partie

         L'Enquête

 

XI - Une Curieuse Visite - XII - Révélations - XIII - Détresse

XIV - Complot - XV - La Passagère - XVI - L'Ange Noir

XVII - La Tombe - XVIII - Guet-Apens - XIX - Confession

XX - L'Héritage de " Klara " - XXI - Le Trésor de la Roche Flamboyante

     

     6 ) Quatrième Partie

        Les Mystères de l'Athos

 

XXII - Vacances - XXIII - Libération - XXIV - Le Chemin de l'Île

XXV - Ulysse - XXVI - Ikaria - XXVII - Le Message des Profondeurs

 

 

      7 ) Epilogue

 

XXVIII - Frère Anton

 

      8 ) Postface 

           Faux-Semblants

     

     9 ) Table des Matières

 

 

 

 

      

 

 

 

 

 DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - IX - Table des Matières - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2025 . 

 

 

 

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LE VOL DES OIES SAUVAGES - Préface / Dédicace - Le Trèfle et le Lys .

10 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

Le Roi Arthur ( 1903 ) par Charles-Ernest Butler .

Le Roi Arthur ( 1903 ) par Charles-Ernest Butler .

 

 

LE VOL DES OIES SAUVAGES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - PREFACE / DEDICACE

           

 

 

 

 

 

     

 

 

       Le Trèfle et le Lys

 

 

 

" Croître ou bâtir voilà le choix auquel , en dernière analyse reviennent , le " chemin du salut " et le " chemin de la perdition " , ou le chemin du perfectionnement sans fin et celui qui aboutit à une impasse . "

Valentin Tomberg - " Méditations sur les 22 Arcanes Majeurs du Tarot " ( Posth , 1984 ) - XVI - La Maison-Dieu .

 

 

 

Monstrant Regibus astra viam ... "

Les astres montrent la route aux rois )

Devise de l'Ordre de l'Etoile

 

 

 

pour le chevalier Joseph De Limoëlan ( 1768 - 1826 ) , abbé de Clorivière ,

pour mon père

 

 

 

 

                 

 

 

 

 

       1" Le jour est à nous , mes enfants  ... "

          Tels furent les derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim où plus de 7000 soldats trouvèrent la mort . Celle-ci opposa , en effet , les Jacobites aux Orangistes (  forces de Guillaume III ) , le 22 juillet 1691 .

( 1 )

Venant après la bataille de la Boyne en 1690 , celle d'Aughrim un an plus tard , suivie de la chute de Limerick fin 1691, l’Irlande fut perdue pour le catholique Jacques II qui , à l'issue du traité de Limerick ( 13 octobre 1691 ) , entérinant sa défaite , se réfugia en France , bientôt suivi des troupes fidèles aux Stuart qui , ayant combattu pour sa cause , l'accompagnèrent dans son exil . Ce " Vol des Oies Sauvages " désigna par la suite tous les mercenaires de la verte Erin , réfugiés jacobites favorablement accueillis par le roi Louis XIV , qui s’engagèrent dans les armées continentales , formant en France , la fameuse brigade irlandaise , plus de 10.000 soldats que commandait le général Patrick Sarsfield , surnommés " Les Oies Sauvages " ( Wild Geese ) , ayant quitté leur pays pour venir en France avec le vaincu . ( 2 )

      2 - Mais on dit aussi que le roi donné par Dieu à la France , Louis XIV , prénommé par conséquent " Dieudonné " , a entraîné la chute de la monarchie quand il refusa de faire apposer au drapeau de son royaume le Sacré-Coeur , malgré les " visions " de soeur Marguerite-Marie le 17 juin 1689 . ( 3 ) 

          C'est ainsi que la dynastie capétienne , d'ascendance davidique selon certaines légendes , put connaître le même sort fatal que le royaume de Juda , et que la chute de la Bretagne en 1488 ( Bataille de Saint-Aubin du Cormier ) préfigura de trois siècles l'affaire de Vizille ( 1788 ) et la Révolution , montrant que le royaume de la Très Sainte Vierge Marie était lié à celui de la Duchesse Anne portant le même prénom que sa mère . ( 4 )

          Cependant , si certains historiens prétendent que le " Roi Perdu " a pu s'évader par l'une des treize portes du Temple , sa légende veut qu'un beau jour il revienne du pays des Arvernes pour enfin libérer , comme Vercingétorix ou Arthur , sa patrie bien-aimée ! Car si , dans le domaine astronomique , nous voyons la Grande Ourse montrer le nord , la constellation du Cygne , quant à elle , s'élance en forme de croix d'est en ouest . 

          Il en est de même pour les trois étoiles de la " Ceinture d'Orion " ( Delta , Êta , Zêta Orionis ) qui se lèvent à l'est et voyagent vers l'ouest jusqu'au point précis de leur rencontre avec Arcturus resplendissant au-dessus de la " Crêche " dans la constellation du " Bouvier " ( bien sûr , il s'agit de notre roi Arthur , ce " Roi Perdu " qui devrait revenir aux derniers jours de la fin des temps ) ! ( 5 )

3 Ramènera-t-il avec lui le Graal ?

" Ne sommes-nous pas tous en quête de ce sentier perdu qui mène à un domaine si mystérieux ? " s'interroge Alain-Fournier le 4 avril 1910 avant de reconnaître : " C'est le Pays Sans Nom , mais également celui de tout le monde ... " , songeant peut-être à cette fameuse Arcadie dont une jeune reine fut transformée en ourse par Héra , furieuse d'avoir été cocufiée par Zeus ! ( 6 )

     Arcas , fruit de cet adultère , devint peu après sa mort la constellation de " La Petite Ourse ", tandis que maman Callisto , tuée d'une flèche par Artémis , fut nommée " Grande Ourse " avec ses 7 étoiles par la grâce de son amant Jupiter ... ( 7 )

     Mais allons plus loin . Nous ne pouvons en effet que constater la place privilégiée de cet animal associé à un autre ( le Cygne ) sur les armes d'un personnage historique important de cette même région du Berry , le duc Jean , fils du roi de France créateur de " 'Ordre de l'Etoile " . ( 8 )

     Ce sont aussi , pour qui sait lire , ces fameux  " Rois Mages " mentionnés dans l'évangile de Matthieu , adorateurs de l'enfant Jésus né à Bethléem , symboles vivants des entités primordiales de la Sainte Trinité , venus nous annoncer , par la même occasion , la guerre et le " Massacre des Innocents " ? ( 9 )

     Reviendront-ils quelque jour afin d'éveiller la Belle Endormie ( la Bretagne ) au terme d'une si longue attente ?

" Je vous en conjure , n'éveillez pas , ne réveillez pas mon Amour

  avant l'heure de son bon plaisir ... " ( 10 )

     Qui sait ? S'envolant ainsi au-dessus du lac sombre de nos âmes doubles , remplies de souillure , le Cygne blanc partant à la recherche d'un idéal inaccessible , annonciateur de Celui qui reviendra un jour nous sauver :

" Un cygne , un cygne d'outre-mer ,

  Au sommet de la vieille tour

  Du château d'Armor ! " ( 11 )

 

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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES  - IPréface / Dédicace : Le Trèfle et le Lys - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved . " LE VOL DES OIES SAUVAGES  " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

1 - Charles Chalmont de Saint-Ruht 16501691) , officier français de cavalerie servant dans les armées de Louis XIV , commandant l'armée irlandaise de Jacques II , fut tué à la bataille d'Aughrim , défaite qui conduisit à l'effondrement de la cause jacobite .

2 Patrick Sarsfield , comte de Lucan ( vers 1655 - 1693 ) , officier de l'armée irlandaise tué à Landen en 1693 alors qu'il servait dans l' armée royale française ,  aujourd'hui surtout connu comme héros militaire et patriote irlandais .

3 - Marguerite-Marie Alacoque ( Sainte Marguerite-Marie , 1647 - 1690 ) , religieuse de l'Ordre de la Visitation , mystique inspiratrice du culte du Sacré-Coeur de Jésus

4 - Le déclin de Juda est à la fois une conséquence de sa situation entre deux empires

( L'Egypte et Babylone ) qui se livrent la guerre, mais aussi des erreurs politiques des rois et de l'élite judéenne .

   - La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ( 28 juillet 1488 ) provoquant la perte de l'indépendance bretonne , et l'appel du château de Vizille ( 21 juillet 1788 ) donnant le signal symbolique de la Révolution Française , portaient la même date à trois siècles d'écart .

" Le Trésor du Graal " ( 2004 ) - I , 11- Jean de Berry , par Jean-Pierre Alfred .

     " Le Livre de la Tradition " ( 1972 ) , chapitre 2 - La Ruine des Temples , par Jean-Michel Angebert .

Mythe du Roi Perdu :

     " Histoire et Légende du Grand Monarque " ( 1975 ) par Eric Muraise .

     " Le Roi Caché " ( 1990 ) par Yves-Marie Bercé .

     " Les Mystiques du Soleil " ( 1971 ) par Jean-Michel Angebert .

     " Allemagne , une Histoire Cachée " ( 2012 ) par Jacques Sourmail .

Vieilles légendes germaniques

Frédéric 1er Barberousse ( 1122 - 1190 ) et Frédéric II Hohenstaufen ( 1194 - 1250 ) - Monument-Souvenir de Bruno Schmitz ( 1858 - 1916 ) en l'honneur du héros légendaire endormi dans une caverne des montagnes du Kyffhaüser ( Thuringe ) .

" La Nuit de Cézembre " , II , 6 - Assomption ( Note 43 ) par Dan Ar Wern , copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

6 - " Correspondance Jacques Rivière Alain-Fournier " , Tome II ( 1907 - 1914 ) - Lettre du 4 avril 1910 .

7 - " Mythology : Timeless Tales of God and Heroes " ( 1942 ) par Edith Hamilton ( 1867 - 1963 ) , historienne américaine d'origine allemande , spécialiste de la mythologie grecque .

8 - " Ordre de l'Etoile " , ordre de chevalerie fondé le 16 novembre 1351 par Jean II le Bon ( 1319 - 1364 ) , roi de France .

9 - " Le Roi du Monde " ( 1927 ) de René Guénon ( 1886 - 1951 ) , philosophe , théologien français .

   - Matthieu , II , 16 - 18 - Le Massacre des Innocents .

10 - Le Cantique des Cantiques , VIII , 4 .

11 - " Barzaz-Breiz " ( 1839 ) I , 31 - Le Cygne ( An Alarc'h ) , recueil de chants populaires bretons par Théodore Hersart de la Villemarqué ( Kervarker , 1815 - 1895 ) , philologue et poète breton .

Le château d'Armor , ici symbolisé par le château de Quéhillac .

 

 

 

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LE VOL DES OIES SAUVAGES - Epilogue - X - L'Héritage Oublié .

9 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

LE VOL DES OIES SAUVAGES - Epilogue - X - L'Héritage Oublié .

 

 

LE VOL DES OIES SAUVAGES  

       

" Le jour est à nous , mes enfants  ... "

Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim . 

 

 

 

 

- EPILOGUE -

 

 

 

 

X - L'Héritage Oublié

 

 

" Vous aviez ouvert ce sillon au couchant du vieux monde , ce sillon sur la mer : l'histoire ne commence-t-elle que lorsqu'elle devient prophétie du passé ? " 

Yann- Bêr Kalloc'h ( 1888 - 1917 ) , barde , écrivain breton de l'île de Groix : " Ar En Deulin ( A Genoux , 1904 - 1917 ) , III - Evid Mem Bro ( Pour Mon Pays ) , 7 - Tri Neved , Tèr Bédenn ( Trois Sanctuaires , Trois Prières , nov. 1914 ) .

 

 

20 - Un an plus tard , Bridget publia un livre qui la rendit célèbre sur l'histoire cachée de son héritage breton ! Dans toutes les librairies de France , d’Irlande et jusqu’à New York , un ouvrage faisait parler de lui : " Le Vol des Oies Sauvages - L'Héritage Oublié entre la Bretagne , l’Irlande et l’Amérique " , signé Bridget Clare DAvaugour .
Le livre racontait tout : le collier d’or du duc de Bretagne , les serments secrets des Oies Sauvages dans une crypte irlandaise , l’amour tragique d’Erin et de Morvan , leur fuite , leur espoir brisé à Detroit ... la redécouverte , enfin , de cette histoire dans les souterrains du château de Quéhillac !

Historiens , journalistes , descendants de la diaspora irlandaise et bretonne se passionnèrent pour ce récit où se mêlaient trahison , fidélité , exil , histoire et renaissance !
Invitée sur les plateaux de télévision , l'écrivaine , avec son accent américain et ses racines bretonnes , touchait les cœurs . On venait lui parler de ses personnages comme s’ils étaient vivants . Dans chaque salon du livre , elle portait à son cou une petite hermine d’or , trouvée dans la cache du manoir , dernier vestige du trésor ducal !
Le maire Corbillé , resté dans l’ombre , suivait tout cela avec un mélange de fierté et d’inquiétude . Il savait que d’autres secrets dormaient encore sous les pierres de Bouvron . Mais cette fois , il n’était plus seul pour les porter .
L'héritière , elle , regardait la lande au crépuscule depuis les remparts du château restauré .
Le vent venu de l’Atlantique soufflait dans les grands arbres .
Et dans ce souffle , il lui semblait entendre , comme un ancien chant :
" Noublie jamais qui tu es ! "


21 - Le soleil de ce dimanche printanier baignait les pierres blondes du château de Quéhillac , dont les tourelles paraissaient émerger parmi les glycines et les rosiers en bouton . Dans le jardin d’honneur , des tables nappées de lin blanc supportaient des piles de livres au titre doré : " Le Vol des Oies Sauvages - L'Héritage Oublié entre la Bretagne , l’Irlande et l’Amérique " .
Des enfants couraient dans l’herbe fraîche , pendant que les adultes , un verre de cidre à la main , formaient des petits groupes entre les bancs et les tonnelles fleuries .
Sur une estrade improvisée , sous un parasol crème , madame DAvaugour signait son ouvrage d’une plume vive , sourire aux lèvres . Sa robe bleu roi flottait légèrement au vent , assortie à l’opale qu’elle portait autour du cou , comme un discret clin d’œil aux secrets révélés dans son récit .
" À Madame McMiney , pour sa fidélité aux mystères du vieux monde ... " , lut-elle à voix haute en signant un exemplaire , avant de tendre le livre à une femme aux cheveux auburn relevés dans un chignon un peu bohème .
- Merci , Bridget . Ce que vous avez révélé , ça va bien au-delà de cette histoire . Il y a des choses , là-bas , du côté de l'Irlande , à Dun Carraigh , justement , dont on se demande ce qui s'y passe , murmura-t-elle dans un français très approximatif .
- Vous me donnez envie dy retourner , Brenda . Sans doute pour un deuxième tome ? » répondit Bridget avec un clin d’œil malicieux .
Brenda McMiney sourit , mais son regard se perdit un instant dans le lointain . Son accent d'Ulster chantait encore après toutes ces années passées à Bouvron .
- Mimine ! Viens saluer ! , lança-t-elle .
Un jeune géant aux épaules de rugbyman , en short et polo , s’approcha , rougissant comme une fraise . Magnus , dit Mimine , avait , pour ses quatorze ans , la carrure d’un pilier de Top 14 , mais le cœur tendre et l’âme curieuse .
- Bonjour , madame ... Jai tout lu . Enfin , presque tout le début de la première partie . Jaime quand ya de laction ... Sans parler des bateaux !
- De vieux rafiots , des trahisons , des serments , des fuites ... Je crois que tu pourrais jouer Morvan dans un film à Holywood ! , lui lança Bridget en lui tapant sur l’épaule !
Le maire Corbillé , en costume clair , s’approcha alors , présentant une flute de champagne ainsi qu'un sourire satisfait .
- Ma chère , je vous lavais bien dit , non ? Cette ruine ancestrale avait besoin de rajeunir pour parler . Grâce à vous , voilà chose faite , si j'ose dire !
- Mais vous saviez tout , Monsieur le Maire , lui répondit-elle d'un air complice .
- Peut-être . Mais certaines aventures ne peuvent être bien racontées que par la bonne personne .
Brenda se pencha alors vers le maire .
- Vous avez vu le vieux blason dans la salle basse ? Celui figurant sur la couverture ? On le retrouve aussi à Dun Carraigh , gravé sur une pierre ... Je crois que lintrigue n’est pas résolue .
Corbillé acquiesça lentement .
- Je nen ai jamais douté . Mais ce qui est sûr , cest que la vérité commence à se faire jour !
Plus loin , un groupe d’admirateurs applaudissait pendant qu’un trio de musiciens jouait un air celtique entraînant . Des crêpes fumaient sur les plaques chaudes , les enfants riaient , et le château de Quéhillac , longtemps endormi , semblait revivre au rythme des secrets retrouvés .
Alors que le soleil commençait à décliner , Bridget leva les yeux vers la tour ronde , où une fenêtre en ogive , celle de sa fille Maggie et de son beau-fils Cormac , venu la rejoindre , brillait doucement , reflétant la lumière dorée .
Elle murmura :
- Merci , Morvan ... Merci à vous tous , membres des " Oies Sauvages " . Vous ne serez jamais oubliés !
Quelque part , porté par la brise , il lui sembla qu’un battement d’ailes effleurait les cieux de Bouvron .
Alors que la fête se prolongeait dans les allées du jardin, Brenda McMiney s’était éloignée un instant , profitant du calme près de la vieille fontaine . Bridget la rejoignit , intriguée par ses allusions de tout à l’heure .
- Vous avez vraiment vu ce blason à Dun Carraigh ? »
L'autre hocha lentement la tête .
- Gravé dans la pierre dun caveau sous la chapelle du château . Je ny suis pas descendue souvent . Mon grand-oncle , Eamon , me lavait montré quand j’étais toute petite . Il disait que cétait “ le sceau du pacte oublié ”. Il avait peur de ce lieu .
- Et vous pensez que cest lié à Morvan De L'Aulne , aux " Oies Sauvages " ?
- J’en suis certaine . Dun Carraigh a servi de refuge à plusieurs familles bretonnes venues ici après la bataille de Savenay . Il y a un passage souterrain qui est effondré sous la falaise , qu’on dit avoir été creusé pour fuir vers la mer . Et puis il y a toutes ces lettres ...

Brenda sortit de son sac un petit rouleau de parchemin , protégé par une enveloppe plastique , où elles étaient reproduites :

" Ne vo kollet netra eus 'pezh 'oa bet graet gant karantez ! " ( 14 )

- Cest vieux , très vieux , cest signé M. de LAulne . Il parle dun " second dépôt ", dun lieu sûr et dun " serment gravé dans le roc ". Je crois que ce que vous avez découvert ici n’était qu'une partie de l’énigme ...
Bridget frissonna en dépliant le papier . L’écriture ancienne , fine et nerveuse , racontait en effet ce que l’on devinait être les derniers mots de Morvan avant de quitter l’Irlande . Il y parlait d’un artefact précieux , laissé non pas pour être retrouvé , mais pour guider .
- Et si ce trésor nétait pas fait pour enrichir , mais pour protéger une mémoire ? » murmura Bridget .
Brenda hocha la tête .
- Mon fils Mimine descend peut-être de ces exilés , vous savez . Mon grand-père disait souvent qu'un certain Raboceau , cousin de Morvan qu'on surnommait " le barde du Rocher " sétait caché là pendant des années ...
Bridget sentit un frisson parcourir son échine. Une nouvelle enquête s’ouvrait, à cheval entre Bretagne et Irlande. Et cette fois, elle ne partirait pas seule.
- Vous savez quoi , Brenda ? On devrait aller ensemble à Dun Carraigh . Faire parler ces pierres .
Brenda sourit .
- Je vous attendais . Depuis longtemps , je crois ...

Et dans le ciel du soir, le cri lointain d’une oie sauvage rappela que les légendes n’étaient jamais tout à fait mortes.

22 - Alors que le soleil descendait lentement derrière les frondaisons du parc , les visiteurs furent invités à se rassembler devant l’estrade . Un léger silence se fit , ponctué seulement par le bruissement des feuilles que le chant d’un merle , perché sur la grille de la chapelle , accompagnait .
L'écrivaine monta sur l’estrade , tenant un exemplaire de son livre . Son regard balaya la foule : Brenda et son fils Mimine , le maire Corbillé , les enfants de l’école de Bouvron , des historiens , des lecteurs passionnés venus de loin , même quelques descendants des familles exilées . Retenant son souffle avant d'
ouvrir son ouvrage , elle inspira fortement , puis , d’une voix claire , en commença la lecture :

Prologue du livre : " Le Vol des Oies Sauvages " , par Bridget Clare DAvaugour , moment solennel concluant cette émouvante journée à Quéhillac :

 

" Ils étaient sept , rassemblés dans la crypte dun château battu par les vents dIrlande . Sept hommes aux yeux brûlants de fidélité , venus de lautre côté de la mer , portant en eux les blessures de leur terre perdue . Dans le froid de la pierre , à la lueur d’une flamme vacillante , ils jurèrent silence , loyauté , mémoire ... Ils avaient emporté un diadème , un collier , des pièces d'or et des parchemins , mais c'était un autre trésor qu'ils cherchaient à préserver : celui d'une âme . Celle d'une Bretagne debout dans la tourmente de l'histoire !
Ce livre est leur chant . Cest aussi le mien . Sera-ce aussi le vôtre ? J’ignorais tout de la Bretagne , avant . Je suis née dans le tumulte de New York , élevée entre les murs hauts dun brownstone de Brooklyn , où flottaient encore les échos d’une Irlande lointaine que ma grand-mère évoquait parfois dun mot , d’une chanson , dun silence ...
Enfant , je croyais que mon nom venait dun conte : DAvaugour ! Il sonnait comme un écho d'un passé oublié . On disait que notre famille était " venue de la mer " , et que ses femmes , depuis toujours , possédaient ce don étrange de retrouver les traces que les hommes laissaient derrière eux . Un jour , j'ai hérité d'un vieux carnet dont les mots tremblants , sur des pages jaunies , parlaient d'un collier qui avait disparu , puis d'un trésor fondu , d'un homme nommé Morvan De L'Aulne et d'une femme rousse au regard de flamme !
Ce carnet ma menée à Bouvron .

Et c’est là , dans ce château oublié sous la mousse et les ronces , que jai percé un mur , entendu craquer le bois , trouvé les lettres ...
Elles parlaient non seulement dexil , de trahison , de rêves emportés par les vents de lhistoire ,
mais surtout dun peuple , le mien , qui avait fui pour ne pas trahir son âme .
Ce livre est leur chronique . C’est aussi la mienne .
Si vous le lisez , que vous soyez de Bretagne , d’Irlande , dAmérique ou dailleurs , je vous le dis comme Morvan le disait à son ami :
" Nous n'avons trahi personne , sinon les chaînes qu’on voulait nous imposer ! "
Et ce que vous tenez entre vos mains constitue la preuve quun serment , même ancien , même oublié , peut traverser les siècles ! "

Un frisson parcourut l’assistance . Puis vinrent les applaudissements , d’abord timides , puis plus francs , chaleureux , comme une vague d’émotion partagée . Même le garçon de quatorze ans , Mimine , avec enthousiasme , tapait dans ses grandes paluches de colosse !
Bridget leva doucement les yeux vers la tour du château , éclairée par les derniers rayons du jour .
Elle ne disait plus rien . Mais dans ses yeux brillait la certitude que les " Oies Sauvages " , quelque part , l'avaient entendue .


 

 

 

 

FIN

 

 

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DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - EpilogueX - L'Héritage Oublié - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .

LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .

                                             

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Notes :

 

14 " Rien ne se perd de ce qui fut fait avec amour . "

 

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LE VOL DES OIES SAUVAGES - IX - La Chambre aux Secrets .

6 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

LE VOL DES OIES SAUVAGES - IX - La Chambre aux Secrets .

 

 

LE VOL DES OIES SAUVAGES  

       

" Le jour est à nous , mes enfants  ... "

Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim . 

 

 

IX - La Chambre aux Secrets

 

 

" Voici , J'ai ouvert devant toi une Porte que nul ne peut fermer ... "

Apocalypse de Saint-Jean , III , 8 , VI - Philadelphie .

 

 

19 - Ce fut Maggie , par hasard , qui , fouillant dans les archives familiales , retrouva un jour cette lettre mentionnant un coffre dissimulé , non plus en Irlande , mais au logis de Bouvron . L'invitation du maire de cette localité inconnue d'un pays resté mystérieux malgré l'origine de leur nom qu'ils jugeaient exotique , ici , en cette terre des pionniers américains de la conquête de l'ouest , arrivant juste au même moment , leur parut presque un signe du ciel ! Celui-ci , s'affirmant le descendant du prêtre réfractaire , semblait en savoir long sur cette affaire . Son ancêtre avait-il caché le collier avant d’être guillotiné ? Possédait-il un document clé qu’il gardait précieusement ?

Bridget pensa que ce dernier message de Morvan signifiait que la cachette du trésor ne se trouvait peut-être pas du côté d'Antrim , comme jusque là , on le croyait , mais plutôt dans le Pays nantais . N'était-il donc pas opportun de répondre par l'affirmative afin que les descendants américains des " Oies Sauvages " reviennent en Bretagne pour , officiellement , restaurer cet ancien château familial dont ils avaient perdu la trace , et préserver ainsi leur héritage , mais en réalité , afin de dénicher le fameux butin , persuadés qu’il étaient , de le trouver enfin caché là-bas quelque part !

En restaurant le château , d'ailleurs , les ouvriers mirent au jour un tunnel conduisant à une salle cachée sous le logis de Pierre Raboceau que l'on venait justement de raser pour construire une supérette . Ce jour-là , en explorant le mur souterrain d'une ancienne bibliothèque , Bridget sentit qu'une pierre bougeait sous ses doigts . L'espace d'un déclic , elle trouva un petit coffret de bois noirci contenant des billets à l’encre délavée ainsi qu'une carte ancienne avec un cercle rouge entourant un médaillon gravé de trois hermines . L'un de ces textes parlait de l'interrogatoire à huis clos du malheureux curé par un tribunal révolutionnaire composé seulement de quelques membres bien choisis , réunis en secret . L’américaine d’origine bretonne , qui ne connaissait encore que peu de choses sur ses ancêtres venus d'Europe , se souvint pourtant de sa grand-mère qui , pour l'endormir , le soir , lui parlait parfois d’un collier d’or , d’un certain De L’Aulne et de sa femme au prénom oublié , " mais qui chantait comme une sirène " !
D'autres lettres racontaient tout :
La fuite d’Erin en compagnie de Morvan , l’alliance avec Cheun D'Avaugour , la trahison de Silas , et leur fin tragique à tous : " Ils ont péri , lâme du duché survivra-t-elle en nous ? " , demande un inconnu .
Bridget resta longtemps immobile , le cœur battant . Ce n’était pas une légende . C’était son histoire.
Quelques jours plus tard , la nouvelle châtelaine fit venir le maire Corbillé , homme discret , passionné d’archives , qui , prenant connaissance de ces précieux documents , pâlit , puis soupira :
- Je le savais , javais vu les noms dans les registres . Jai même retrouvé un acte de mariage falsifié . Mais maintenant ... que faire ?
Il se leva , regarda solennellement la femme d'affaire Yankee .

- Vous êtes lhéritière du duché , madame . Et ce château vous appartient depuis bien plus longtemps que vous ne le croyez .
Bridget sourit. Elle n’était plus seulement une américaine en quête de racines . Elle était le dernier témoin d’un serment ancien , et peut-être , l’ultime gardienne d’un trésor plus grand que l’or : la mémoire !

Quelques extraits de ces feuilles jaunies découvertes dans la cachette furent insérées plus tard par elle dans son livre , fragmentaires mais puissants , dont elle put rythmer son récit , lui donnant cette texture intime et authentique que seuls les mots des disparus peuvent transmettre :

Lettre de Morvan de L’Aulne à son écuyer - frère d’armes resté en Bretagne
( vers 1796 , écrite depuis Philadelphie )

" Mon cher Mikaël ,
J'ai quitté l'Europe avec un poids dans le coeur , plus une promesse au fond des poches !
Le collier ducal dont tu as la charge repose désormais loin des convoitises , lor fondu de notre peuple alimente une forge nouvelle . Erin est à mes côtés . J'admire son courage , plus grand que le mien . Chaque nuit , je rêve encore de la Blanche Couronne , des genêts sur les talus , du goût du cidre dans nos longues veillées . LAmérique nous donne l’oubli , mais pas l’âme .
Si un jour tu lis ceci , sache que je nai jamais cessé dêtre Breton , même à lautre bout du monde ! "

Morvan

Autre billet trouvé dans un livre creux , écrit par Erin O’Reilly
( non daté , mais probablement juste avant sa mort )
" À celle ou celui qui trouvera ce message - Nous avons cru au pardon , nous n'avons trahi personne , sinon les chaînes qu’on voulait nous imposer . Cheun sait ce que nous avons fait . S’il vit encore , il vous dira tout . Sinon … que les flammes n’emportent pas le souvenir de ce que nous avons tenté . Le trésor n’était pas fait pour être gardé , mais pour être transmis à ceux qui savent rêver ."

Erin
 

Lettre de Cheun D'Avaugour ( jamais envoyée , mais retrouvée pliée entre deux pages d’un livre de comptes )

" Morvan , mon frère ,

Ils sont morts . Tués par la peur et lappât du gain . Moi , jai survécu .
Le feu que jai allumé ma brûlé l’âme . Jai fui . Comme tu me l'as demandé , j'ai tout remis à sa place . Je vis maintenant dans une ferme du Missouri , sous mon faux nom . Mais chaque nuit , je revois ton regard , mon frère , au moment où jai compris trop tard , que nous avions été trahis ! J’ai gardé un médaillon . Je lenverrai à ta descendance , un jour , si le vent me le permet . "

 

Cheun

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

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LE VOL DES OIES SAUVAGES - VIII - Les Descendants .

5 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

Usine Ford de Highland Park Plant - Detroit ( 1913 ) .

Usine Ford de Highland Park Plant - Detroit ( 1913 ) .

LE VOL DES OIES SAUVAGES  

       

" Le jour est à nous , mes enfants  ... "

Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim . 

 

 

VIII - Les Descendants

 

 

" Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera pas à eux , qu'on les réduira en esclavage et qu'on les opprimera pendant 400 ans .  " 

Genèse , 15 , 13 .

 

16 - Les trois exilés prirent racine à Detroit , Morvan investissant dans une scierie , Cheun dans un comptoir d’échange . L'or ducal , discrètement fondu et réinjecté dans l’économie , permit d’acheter quelques terres , machines et influence . Erin , toujours à leurs côtés , gérait les comptes , veillant sur leurs affaires comme sur un foyer sacré . Mais le rêve ne tarda pas à attirer les convoitises .
Un certain Silas O'Grady , aventurier sans foi ni loi , ancien sbire de Mark émigré d'Irlande , se rappela l’origine de leur fortune . Il retrouva D'Avaugour , et dans une taverne enfumée , un soir , lui murmura ce que son compagnon de beuverie n’avait plus jamais voulu se dire :
- Tu étais chargé de le tuer , non ? Tu aurais dû . Il te manipule . Il ne te laisse que des miettes , mon pauvre ! Imagine donc ce quon pourrait faire , toi et moi ... Sans eux !
L'autre hésita encore !
Mais le poison du doute finit par se glisser entre les planches de bois de l'usine , dans les verres partagés lors du récent mariage des deux amants , dans les regards francs d'autrefois . Le chevalier sentit que quelque chose clochait .
Sa femme , elle , avait revu l'escroc rôder tout autour . Une nuit , même , elle surprit une conversation entre lui et Cheun , qui la glaça d'effroi !
Ils parlaient d’un départ , d’un dernier coup , d’un incendie ! Avec une copie en sa possession du document nécessaire à l'ouverture de la crypte de Dun Carraigh , " au cas où il m' arriverait malheur " , lui avait expliqué son cousin , Cheun , avide et ambitieux , comprit vite que c'était lui qui , maintenant , détenait , sinon la clef de l'héritage spirituel , au moins celle d’un vrai trésor !

Quelques semaines plus tard , Morvan D'Avaugour fut retrouvé mort dans une ruelle de banlieue , son carnet disparu , sa dépouille enterrée sans plus de cérémonie . Entretemps , Cheun s’était embarqué discrètement pour l’Irlande .
Usant de la carte , il se présenta au castel de Dun Carraig avec la caution de Silas , comme " envoyé du descendant légitime ". Le vieux Donnellan , très malade , et seul rescapé du groupe depuis la mort de Mark , ne soupçonna rien . Le jeune homme se fit ouvrir la crypte . Une nuit d’hiver , il repartit seul avec le coffret noir - couronne , collier , reliques et objets d’or , ne disant rien à
personne . Installé comme commerçant à Saint Louis , Missouri , son fils , devenu John Clare par son mariage avec Tess , la fille d'Angel , utilisa une partie de l’or pour financer des activités industrielles . Il fit construire une usine de pièces mécaniques , puis investit dans les premières automobiles à vapeur . Il disait venir " dune vieille famille franco-irlandaise " , mais ne parlait jamais de la Bretagne .
Ses enfants grandirent riches , influents de plus en plus .
Mais le château de Quéhillac , en ruines , jamais , ne fut revendiqué .


17 - Dans un tiroir secret du vieux bureau de son beau-père , Bridget Clare D'Avaugour , veuve de Sean , héritier de l’usine , tomba , un jour , sur un médaillon scellé , contenant un morceau de parchemin presque effacé :

Dun Carraig - Crypte - Justice sera faite ! ”
 côté , un nom gratté : Silas .

Intriguée , elle avait commencé à fouiller les papiers de famille , jusqu’à tomber sur un vieux carnet de bord , sorte de journal en français , rédigé d'une écriture nerveuse . Elle s’arrêta net après ces mots :

Jai trahi un homme juste . Jai volé un mort pour bâtir l’avenir de mes fils . Mais que vaudra cette fortune , si jamais Bretagne se réveille ? ”

18 - L’usine de Detroit , Michigan , résonnait du vacarme des machines et des presses , des bolides aux moteurs rugissants . Bridget , cheveux roux tirés en chignon , gérait d’une main ferme la comptabilité de l’entreprise familiale . Son gendre , Cormac , travaillait sur les chaînes d’assemblage du constructeur Ford .
Leur grand-père , Fergus , parlait encore , parfois , d’un certain " Morvan De LAulne " , étrange nom gravé sur une vieille médaille . Mais les papiers épars , les souvenirs flous , nourrissaient seulement cette vieille légende qui voulait qu’ils descendent d'une famille de "
nobles bretons venus ici avec un trésor " , mais on riait de toutes ces histoires !
Pourtant … dans une malle conservée au grenier , se trouvait une enveloppe qui n’avait jamais été ouverte , et dedans , presqu'illisible sur son papier jauni , ce texte daté de 1796 , à Philadelphie :

" Si ce monde mavale et que ma mémoire séteint , que celui qui lit ces lignes sache que je ne suis pas venu ici chercher fortune , mais refuge . Jai fui les flammes de Savenay , supposé porter les espoirs d’un peuple perdu . Ne me prenez pas pour quelqu'un d'exceptionnel ! J'ai honte , malgré tout , d'avouer que j'ai surtout trahi ceux qui avaient mis leur confiance en moi : après avoir déserté le champ de bataille , j'ai volé la femme de mon ami ainsi que le trésor qui m'était confié ! Si le cœur du duché repose encore là-bas , de manière symbolique , en Irlande , sous les pierres du castel de Dun Carraigh , si jamais les miens moublient , je les comprends , que cet appel sincère les réveille ! Un jour viendra , j'en suis sûr , où le château de Quéhillac sera repris , quand la Bretagne entendra à nouveau le cri désespéré des " Oies Sauvages " !
 

Mais la lettre resta longtemps là , jamais lue , cachée dans l'un des nombreux manuels de mécanique , sous les plans d’extension de l’usine familiale .
Les descendants du malheureux chevalier , devenus industriels prospères , bâtirent leur fortune sur l’oubli . Bridget et Maggie , héritières involontaires , ne savaient rien du château en ruines de Quéhillac , ni du trésor scellé en Irlande , ni du sang breton qui coulait dans leurs veines . Ainsi , c'était quelqu'un d'entre eux qui avait volé , celui qu'on prenait pour un héros , permettant aux siens de survivre et de s'enrichir , trahison familiale , presque biblique , liant l’enrichissement des descendants à un acte caché , honteux , oublié par l’histoire officielle !

 

 

( A Suivre )

 

 

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