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le veilleur de broceliande

LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV  ) - V - Table des Matières .

22 Juin 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Yann Kervern I

Yann Kervern I

LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV )

 

 

 

V - TABLE DES MATIERES

 

 

1 -  Préface / Dédicace

      Notre-Dame des Anges

 

2 - Labyrinthe

     ( Cycle de L'Etoile XXXIII )

           Première Partie : Sils 

I - Partir  - II - L'Homme en Noir - III - Esther Jung - IV - Docteur Clarissa Dorn - V - Celle qui Montre la Route - VI - L'Albatros  .

       Seconde Partie : Janed Kerneis

VII - Les Semences du Ciel - VIII - Soeur Gabrielle .

 

3 - Le Veilleur de Brocéliande 

     ( Cycle de L'Etoile XXXIV )

- La Dame du Lac ( Prologue ) - II - L'Amour et la Guerre - III - Transformations - IV - La Reine Endormie - V - L'Orpheline - VI - Les Ombres du Concerto - VII - Rolf Darnheim - VIII - Nostalgie ( Epilogue ) .

 

4 - Le Jaspe du Cercle D'Or

         ( Résumé )

I - Prologue - II - Première Partie - III - Deuxième Partie : " Nouvel Espoir "  - IV Troisième Partie - V - Quatrième Partie .

 

5 - Table des Matières

 

 

 

 

 

DAN AR WERN LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV ) - V - Table des Matières - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés . " LABYRINTHE " ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) et " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) , copyright 2025 .

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LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV  ) - Préface Générale / Dédicace - Notre-Dame-des-Anges .

19 Juin 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Icone de Notre-Dame-des-Anges ( Artiste : Yolande Denneulin , XXIe s. )

Icone de Notre-Dame-des-Anges ( Artiste : Yolande Denneulin , XXIe s. )

 

LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE 

( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV  )

 

 

 

 

 

 

PREFACE / DEDICACE - 

 

 

 

 

 

Pour Annemarie Schwarzenbach

 

 

 

 

 

 

 

Notre-Dame-des-Anges

 

 

 

lls marchent devant moi , ces Yeux pleins de lumières ,
  
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ... "

 

Charles Baudelaire - " Le Flambeau Vivant "

Les Fleurs du Mal ( Spleen et Idéal , XLIII 1861 )

 

 

 

 

                 De l'adolescence mélancolique à l’homme en quête de lumière dans les montagnes escarpées de la Suisse , Yann Kervern incarne l’itinéraire d’un cœur breton , loyal , mais déchiré par le remords lancinant d'une décision malheureuse qu'il croit due à l'emprise d’un amour de jeunesse . Comme , à travers lui , tout un siècle écartelé entre guerre et transcendance , perte et désespérance , il est de ces hommes qui traversent les épreuves sans qu'elles parviennent à complètement le changer . Né sous les cieux battus du vent de Brocéliande , en un temps où l’on croyait encore que les légendes pouvaient sauver les hommes de la folie du monde , enraciné dans la lande comme un chêne millénaire , il entre dans l’Histoire au moment où l'Europe vacille une nouvelle fois . La Grande Guerre l’emporte loin des ajoncs , dans les tranchées boueuses de la Somme et de Verdun .

Là , au cœur de la tourmente , il se rappelle ce que la mort ne peut emporter d'un amour silencieux et secret , celui qu’il vouait à Janed Kerneis , belle et fière fille des monts d’Arrée qui , hélas , en aime un autre , son copain Jakez , camarade de chambrée , compagnon d’armes beau parleur , flamboyant et insouciant . Mais la paix n’est qu’en sursis . Le feu l’embrase à nouveau . Après la Deuxième Guerre , Yann est un autre homme : blessé , vieilli , mais toujours en quête de vérité , non pas celle des vainqueurs , mais celle qui murmure dans les replis de son âme , et c’est en Suisse , dans un " Labyrinthe " , qu’il poursuit ce fil invisible , y cherchant , sans doute , outre de mystérieuses " larmes de cristal " contenues dans une valise

bleue , plus qu'une réponse au mal profond qui le ronge , une réconciliation intérieure . Pourtant , ce n'est que plus tard , contre toute attente , qu'il pourra la trouver dans un couvent , Notre-Dame-des-Anges , proche de l'Île Vierge où il dissimulera les pierres * , chez soeur Gabrielle , alias Janed . Lors d'un dernier face-à-face empreint de pudeur et de renoncement , celle-ci lui octroiera son pardon , scellant leur destinée , marquant sa mémoire d'une fidélité plus grande qu'il n'aurait cru . 

                                      ___

 

 

DAN AR WERN - LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIII et XXXIV ) - Préface / Dédicace - Notre-Dame-des-Anges - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE / LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Epilogue - VIII - Nostalgie .

9 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Cimetière Reinsberger ( Brême )

Cimetière Reinsberger ( Brême )

 

Le Veilleur De Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXVIII )

 

 

 

 

 

 

EPILOGUE 

 

     

 

 

 

 

 

 

VIII - Nostalgie

 

 

 

" Sa pensée se reportait en tremblant vers des choses perdues , vers les bruits des Noëls de jadis , des Noëls oubliés - mais étaient-ce seulement des bruits que ces paroles joyeuses et désincarnées qui montaient vers le ciel , telles les notes d'un xylophone discordant , dans les pièces pleines de fumée , de rires et de visages inoffensifs et disparus ? "

William Styron - " Un Lit de Ténèbres "

( 1951 ) , V .

         

 

       

 

 

     16 - Comme en 1914 , une nuit de fin décembre , il crut revoir venir , au-dessus de l'autel , au moment de sa prière solitaire , une lueur dans le lointain , quelque chose comme une vague et fantomatique silhouette éclairant le plafond nu de la chapelle de Trec'horanteg ... Il voulut lui crier , la poursuivre dans un élan de désespoir :
" Je vous en prie , dites-moi qui vous êtes ! "
Mais le phénomène parut s'évanouir tout à coup . Que faire ?
Il y avait une petite porte-fenêtre en hauteur de l'édifice , à moitié ouverte . Il parvint à s'y hisser en vitesse , grimpant sur une chaise providentielle , puis forçant la poignée , réussit à se faufiler au-dehors
par l'étroit passage . Quelques pas seulement sur le toit , près du clocher , le séparaient du vide !  ( 37 )          

Comme Sisyphe , il redouta , en cet instant , de revivre un éternel cauchemar !

( 38

Le Destin ne ressemble-t-il pas à l'aube d'un moulin tournant sur des eaux sombres , petite ritournelle que lui chantait sa mère jadis pour l'endormir les soirs de Noël , avant que les dernières lueurs du jour ne basculent dans l'océan de la nuit du nouvel an ? ( 39 )
Cette fois , ce furent de grosses boules lumineuses qui transpercèrent des lambeaux de brume s'effilochant comme du coton gris sur les arbres de la cour , devant l'église , faisant vite renaître sa nostalgie de l'enfance !
Voici ce qu'il put percevoir après cette bouleversante vision , dans un frisson d'angoisse :
Une voix fluette et jeune le héla mystérieusement . C'était bien la même que tout à l'heure , celle d'un rêve au début du siècle , avant la grande hécatombe , où il avait cru reconnaître sa propre image du temps lointain d'une jeunesse insouciante .
- Bonjour , Eliav ! " , fit-elle en lui souriant comme à un bambin . Je crois qu'on t'attend !
" La Mort , pensa-t-il , prend souvent les yeux de ceux qui vont mourir pour observer les vivants ... " ( 40 )
Car c'était bien son double accusateur , Jakez , qui venait d'interpeller ainsi le promeneur , l'invitant même à partir le retrouver sur la lande au pays de leurs souvenirs d'autrefois ... La plainte venteuse , chargée d'embruns , lui répétait sans cesse l'obsédante mélopée , écho de la chanson des vagues mourant sur une plage qu'il pressentait toute proche , fantôme insaisissable , dérisoire de ses amours perdus :
" Qu'as-tu fait de ta vie , qu'as-tu fait de ta vie  ?...
  M'aimes-tu  ? " , lui chantonnait le flot cruel , pendant que l'apparition s'était dissoute en lui avec les dernières nappes de brouillard .

Perdu dans ses rêveries , contemplant l'immensité , il s'arrêta un instant , songeant ou ne pensant à rien d'autre , assis sur un banc face à l'océan , les mains jointes , cachées dans ses genoux , regardant l'horizon comme on regarde une mère , avec ce mélange de confiance et d'interrogation , d'espoir qu’elle lui parle . Soulevant quelques grains de poussière sur la promenade , le vent soufflait , léger d'abord , puis plus vif , remuant ainsi , quelque part , cette chose ancienne , comme un ressac d’enfance au loin , là-bas , mais pourtant tout proche , dans sa mémoire , dans sa poitrine serrée . Pour toute réponse , les oiseaux criaient . C’était cela qui l’avait pris d’abord , sur le golfe , ces hurlements aigus , trop semblables , peut-être , à ceux qu'il entendait jadis , grimpé sur des rochers de granit battus par l’écume , là où , après la tempête , il pouvait ramasser des coquillages , là où il sentait l’iode pénétrer jusqu’à ses os . Ici , l’air plus doux , plus rond , n’avait pas cette morsure salée du large , il caressait plus qu’il ne brûlait , mais pourtant , les mouettes ne changeaient pas , fidèles à elles-mêmes , comme à la mer qui les portait d’un pays à l’autre sans leur demander d’où elles venaient .

Sans doute ne comprendrons-nous jamais pourquoi les vagues meurent au rivage , rongeant impitoyablement les quelques châteaux de sable de nos maigres illusions , de nos pauvres songes , découvrant peu à peu , enseveli sous nos pieds , comme un chemin d'âme bordé de croix vers d'insondables profondeurs ? Mais cet autre monde , où , parfois , nous partons la nuit nous aventurer , n'est , sans doute , qu'un univers double où , telles des sirènes , se faufilent d'étranges créatures venues nous visiter . Le jour aussi , longeant ses sentiers d'abîmes , l'onde nous appelle de ses jeux de vagues , de ses reflets d'ambre ou des flots majestueux nous ramènent , par les mouvement de la houle , aux pays lumineux d'une jeunesse trop tôt disparue .

 17 - Marchant le long de la baie , marin solitaire , il imaginait déjà ce périple au long cours devant , à l'avenir , le reconduire vers " sa " côte lointaine , à l'autre bout mystérieux d'une étrange mélancolie .

" Croyez-vous au Paradis ? , demandait Xavier Grall . J'ai rêvé ma vie avant de l'accomplir ... " ( 41 )

Empruntant l'escalier de service , rongé par la rouille , d'un sémaphore , il se retrouva ensuite sur une grande route abandonnée . On aurait dit qu'elle prenait son envol vers le grand large , pleine d'espoir . Mais à quoi pouvait-elle bien servir ? , se demanda-t-il . Tout semblait désert .
Personne alentour , aucun véhicule ...Tressaillant de peur , il s'écroula sur le sol mouillé , vaincu par la fatigue et la solitude , épuisé par
 de trop nombreuses nuits sans sommeil qui lui avaient fait revivre , comme le lui avait écrit son cousin Roll dans une lettre retrouvée dans le grenier par hasard , lorsque tout fut fini , " cet horrible soir du 16 juillet de notre belle histoire de l'été quatre-vingt dix-neuf , lorsque s'installe en moi cette petite musique de nostalgie égrenant ses notes sombres , celles d'une ancienne source invisible aux eaux sans cesse renouvelées ... 
C'est elle qui me parle , je crois , depuis l'aube des temps .
Ma vie ressemble à cette fugue lancinante et grave qu
'elle nous jouait dans la demeure de Brocéliande il y a tant de siècles !
Monocorde , insignifiante en apparence , mais dévorante et sourde comme un feu souterrain qui couve  avec persévérance et lenteur sous la cendre avant le jaillissement final de sa flamme rédemptrice !
Je n'ose plus l'écouter , maintenant , de peur de raviver la plaie .
Désormais
, je ne pourrai que fuir en entendant les accents plaintifs de " L'Offrande Musicale " , ou de l'envoûtante " Méditation de Thaïs " !
Rappelle-toi , nous avions peur de la suivre sans doute , et pourtant , malgré l'angoisse indicible qui nous étreignait , malgré la fatigue , rien n'aurait pu repousser la force de son appel Nous nous faufilâmes comme deux ombres parmi les bosquets d'ajoncs , les buissons d'aubépine , jusqu'à une bordure de primevères parsemée de roses , parterre de façade , avant d'arriver devant la cour intérieure du château . " ( 42 

Parfois , le souvenir de Virginia se mêlait à celui de Léna , le fameux soir où la pianiste avait brandi un glaive contre l'ennemi . Quel était celui ayant pu écrire ce texte empli de dévotion ? , se demanda-t-il en lisant , au bas d'une feuille froissée de la gazette juridique , deux simples initiales d'un admirateur inconnu : 

" Les traits pâlis , décomposés par le trac mais s'efforçant de sourire au public , elle s'était assise , majestueuse , sur la banquette pendant que l'orchestre , tout de suite , se mettant à jouer , la musique vibra aussitôt d'une parfaite splendeur où , dans le bois luisant du couvercle , se reflétait ses doigts effilés courant comme des sortes d'insectes monstrueux sur le clavier noir et blanc du piano . Crut-elle percevoir alors quelque dérèglement sonore à l'intérieur d'un nouveau monde , au moment où , par un accord mineur , la lumière parvenait à s'engouffrer soudain dans l'épaisse obscurité de son ventre , la faisant de longues minutes douloureusement tressaillir avant d'entamer soudain la brève coda reprenant le thème initial comme si , de cet adagio un enfant peu à peu surgissait d'elle-même , prenant son envol

Frissonnant d'inquiétude , elle dut se demander ce qu'elle était venue faire là , aujourd'hui , dans cet auditorium , lieu de mystères et de ténèbres fécondantes , mais aussi , gagnée par l'angoisse de la mort , combien de temps lui serait donné , belle âme juvénile , avant qu'elle ne devienne à leurs yeux cette femme vieillissante qui aurait , sans doute , à leur tirer bientôt sa révérence afin de repartir jouer la phrase d'une autre mélodie encore plus parfaite , laissant ici-bas les conventions d'un orchestre social à la partition trop bien réglée ? Mais ce n'était pas un enfant , c'était un glaive ! " ( 43 )

 

PS : Yann Kervern , celui qu'on nommait le " Sage de Brocéliande " , vivra plus de cent ans , laissant derrière lui un livre de mémoires nommé " Le Passeur des Mondes " qu'il avait dédié à son petit-fils , Yann Kervern II .

 

 

 

 

FIN

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Epilogue - VIII - Nostalgie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

37 - Trec'horanteg / Trehoranteuc , petite commune morbihannaise dont l'église paroissiale dédiée à Sainte Onenn , est aussi connue sous le nom d'église du Graal à cause des aménagements et des vitraux commandés par son recteur , l'abbé Henri Gillard ( 1901 - 1979 ) entre 1942 et 1962 , qui mêlent des thèmes païens de la légende arthurienne à des éléments chrétiens .

 

38 - Sisyphe , fils d'Eole , fut condamné , par une sentence éternelle , à rouler sur le versant d'une montagne un immense rocher qui , dès qu'il atteignait le sommet , retombait sans cesse .

Albert Camus ( 1913 - 1960 ) , philosophe et romancier français , s'inspira du " Mythe de Sisyphe " pour écrire son oeuvre , qui porte le même titre ( 1942 ) .

 

39 - Comptine du Pays de Vannes : " Pep hini d'e dro , hag ar vilin a dro ... " ( Chacun son tour , et tourne le moulin ... )

 

40 - " Chaque Homme dans sa Nuit " ( 1960 ) , roman de Julien Green ( 1900 -

1998 ) , écrivain franco-américain de langue française , membre de l'Académie française .

 

41 - " L'Inconnu me Dévore " , 1984 , de Xavier Grall ( 1930 - 1981 ) , poète ,

écrivain , penseur breton .

 

42 - " L'Offrande Musicale " ( Musikalisches Opfer , 1747 ) de Jean-Sébastien Bach

( 1685 - 1750 ) . " Méditation de Thaïs " ( extraite de l'opéra " Thaïs " , 1894 )  de Jules Massenet , compositeur français ( 1842 - 1912 ) .

 

43Crépuscule d'Auberive / Célébration ( Cycle de L'Etoile XXX - CELEBRATION - I - Tressaillement ( Printemps ) - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Dec. 2024 .

 

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VII - Rolf Darnheim .

8 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Thomas Kretschmann ( acteur ) dans le film " Eichmann " ( 2007 ) de Robert Young , avec Franka Potente , Troy Garity .

Thomas Kretschmann ( acteur ) dans le film " Eichmann " ( 2007 ) de Robert Young , avec Franka Potente , Troy Garity .

 

Le Veilleur De Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

     

 

 

 

 

 

 

VII - Rolf Darnheim

 

 

 

" On connaît la chute de cet homme ,

  Mais sait-on combien il a lutté ?

William Styron - "Un Lit de Ténèbres " , VI .

         

 

       

 

 

     14 - Roll en fait n'avait pas disparu , mais fut recueilli , amnésique , sur le champ de bataille dévasté du Bois des Chevaliers , par un brancardier allemand qui avait remarqué un soldat respirant encore parmi les nombreux corps gisant , les tas de cadavres mêlés de boue et de sang . Gravement blessé à la tête , hagard , complètement incapable de dire son nom , le blessé portait , sur sa jambe , une tache de naissance , un naevus en forme en forme de rune gothique ou de croix rouge , qui attira bientôt l'attention d'un certain responsable de l'état-major : c’était un signe rare , connu seulement de certains officiers de la " Kriegsmarine " , évoqué dans d’anciennes fiches ethnographiques bretonnes qu'on étudiait à Berlin , la capitale du Reich . ( 33 )

Rescapé , il fut donc sauvé de la mort , soigné , puis , guéri de ses blessures , fut enfermé , prisonnier d'un cloître en Autriche , l'abbaye bénédictine de Lambach où , sous les ordres de son mentor , il put s'initier à des recherches scientifiques tout en réussissant à maîtriser la langue de Goethe , avant d'être rééduqué dans un centre spécial dissimulé derrière les vagues d'arbre d'une forêt de la frontière autrichienne où il avait été recueilli par le même maître , Joseph Lanz , le vieux " burg " de Werfenstein , qui mirait fièrement ses tours crénelées dans les eaux sombres d'un fleuve endormi .

On le rebaptisa , pour commencer , Rolf Darnheim , avant qu'il ne prenne ensuite son nom de guerre , Irmin Von Lebenfels , au château de Wevelsburg ! Il parla vite allemand , montrant un instinct stratégique rare . Ayant tout oublié , il devint un instrument docile , une marionnette entre les mains d’idéologues voyant en lui un " type celte supérieur " . On lui apprit la haine , on lui vola son passé ! ( 34 )
Pendant les années 30 , il monta en grade . À la tête d’un cercle ésotérique nazi , il explora les vieilles terres du mythe en Germanie : les forêts , les mégalithes , les temples oubliés .

Puis , quand vint le temps de l’Occupation , le maréchal SS , qui avait d'abord sévi , sous le surnom d'empereur sauvage dans les steppes du front des soviets , fut envoyé en Bretagne , autour de Paimpont , pour y mener , officiellement , des recherches sur les forces " telluriques ", cette énergie fantastique pouvant amplifier la force et les réflexes , réagissant même aux émotions , qu'on appelait le " Vril " ou le " Soleil des Armanes " , d'abord source latente avant de se répandre à la surface en fluide omniprésent , gemme aux propriétés incommensurables , permettant , pour l'hôte spirituellement entraîné à le manipuler à un degré dépendant d'une constitution physique extraordinaires , de maîtriser , grâce à l'entraînement progressif de sa puissance mentale , une force qui , alliée à celle de la foudre ou d'une quelconque autre décharge électrique très forte , favoriserait sa " mutation " , pouvant lui permettre de contrôler , détruire ou changer , si nécessaire , les êtres qui s'opposeraient à sa volonté de dominer ce monde cruel auquel il était confronté . Cependant , l'initié avait-il conscience qu'il s'agissait aussi d'une promesse incertaine d'avenir où l'humanité pourrait trouver , soit sa rédemption , soit son anéantissement ? Mais officieusement , le nouvel Arminius revenu du front de l'Est où , digne successeur des Huns , l'empereur sauvage avait laissé sa triste et sanglante marque , fut également chargé par le " Reichsführer " Himmler de mettre la main sur l'objet sacré devant offrir une grande force spirituelle à " ses " nouveaux Chevaliers de la Table Ronde ! ( 35 )

15 - Cependant , Brocéliande murmurait , les pierres se souvenaient . Léna , jeune pianiste fille d’un ancien fusilier marin devenu veilleur des landes , guettait dans l’ombre rôdant autour du Tombeau des Géants . Le 10 février 1944 , à l'issue d'un récital au milieu de la salle de bal du château de Solidor , elle planta un glaive , en fait le " long estoc à deux mains " du chevalier Huon de Koadkaden , le Sire de Brocéliande , son ancêtre , dans le corps du général SS Von Lebenfels , alias Roll Dagorn dont elle ignorait encore la véritable identité , et qui se demanda pourquoi cette fille qu'il aimait tant lui avait soudain transpercé le coeur ! ( 36 ) 

Avait-elle entendu certaines choses qu'on se disait sous le manteau , tout bas , l'histoire incroyable d'un officier allemand qui parlait comme un homme d'ici , et qui était marqué d’un naevus étoilé , comme ce grand-oncle que son père avait longtemps pleuré ? Pouvait-il s'agir d'un traître breton revenu au pays ? Quand Léna , un jour , alla voir la vieille pythonisse de la clairière des druides , celle-ci ne nia pas qu'elle ne comprenait pas tout . Par moments , des éclats de mémoire , comme des blessures soudaines , la faisait trembler ! Mais il était trop tard . La bretonne , ayant vu les ravages qu’il avait semés dans toute l'Europe et le sort de sa mère , les tombes profanées , les résistants torturés , le poignarda pendant que , soudain , ce coup terrible lui fit retrouver , lui aussi , un peu de sa jeunesse ,dans un murmure , lorsqu'il ne prononça qu'un seul mot , son nom de naissance , avant de sombrer dans le coma : " Roll ... " !

 

 

 

( A Suivre )

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VII - Rolf Darnheim - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

33 - Kriegsmarine ( marine de guerre ) , nom de la marine de guerre allemande entre 1935 et 1945 , sous le Troisième Reich .

34Adolf-Joseph Lanz,von Liebenfels ( 1874 - 1954 , moine cistercien de l'abbaye d'Heiligenkreuz ( Basse-Autriche ) théoricien du Nazisme et , selon lui , maître à penser d'Hitler ayant quitté les ordres pour devenir , au château de Werfenstein , en Autriche , théoricien et fondateur de la revue racialiste " Ostara " . ( Lebenfels = Pierre de Vie

     - Wewelsburg  , château " Renaissance " de Westphalie , dans le nord-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie , en Allemagne , connu pour avoir été l'école formatrice et le quartier général de la SS à partir de 1934 sous la direction de Heinrich Himmler ( 1900 - 1945 ) , l'un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich ( Reichsführer-SS ) , fondateur en 1935 de l' "Ahnenerbe " , institut de recherche nazi , dont le siège était à Wevelsburg , chargé d'étudier le patrimoine de la race Indo-européenne nordique et de prouver la superiorité raciale des Aryens .

35LE SOLEIL DES ARMANES ( Cycle de L'Etoile XXXI ) , 9 - La Tour Foudroyée - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - Jan. 2025 - Tous droits réservés .

     - LA NUIT DE CEZEMBRE ( Cycle de L'Etoile V ) , II , 1 , V - L'Empereur Sauvage - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre  - tous droits réservés .

36Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - III - La Croisade - 11 - Messire de Brocéliande Histoire de Riou de Lohéac , Hermine . 

     - LA NUIT DE CEZEMBRE ( Cycle de L'Etoile V ) , II , 2 , VI - Assomption - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre  - Tous droits réservés .

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VI - Les Ombres du Concerto .

8 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

The Sonata ( 1889 ) de Irving Ramsey Wiles ( 1861-1948 )

The Sonata ( 1889 ) de Irving Ramsey Wiles ( 1861-1948 )

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

VI - Les Ombres du Concerto

 

 

 

" Hélas ! Si jeune encore ,

  Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ? "

Jean Racine - Esther , I , 5 .

 

 

 

 

 

  

 

 

 

11 - Malheureusement , l’histoire entre Léna et Montfort , si fragile encore , fut brisée net , en juin 1940 , par l’écroulement de la France et les bombes . La guerre balaya les salons feutrés comme un vent mauvais renversant les chandeliers . La musicienne , inquiète pour les siens , quitta vite Paris dans un dernier train de réfugiés , retrouvant à Rennes son vieux professeur de père qui l'accueillit à bras ouverts , feignant la sérénité , mais dont on devinait déjà , dans le regard , que le monde allait bientôt sombrer . Quant à sa mère , qui avait renoncé à ses rêves d’opéra lorsque son chef d’orchestre avait disparu sans lui dire adieu , elle s’embrasa soudain d’une autre passion : la liberté .

Elle entra en Résistance avec un petit groupe d’institutrices , d’anciens francs-maçons et de jeunes catholiques fervents , n’en parlant pas à sa fille , sans doute par pudeur , ou peut-être parce qu’elle pressentait qu'elle allait choisir un autre chemin .

Celle-ci , en effet , resta en surface , essayant de se produire sur scène , à Nantes d’abord , puis à Saint-Malo , à Vichy même , invitée dans des soirées où de hauts gradés allemands la saluait d'une voix mielleuse , croisant autour de quelques diplomates italiens , des collaborateurs cyniques . Certains murmuraient qu’elle s'était vendue, d’autres qu’elle avait été forcée . Mais elle , qu’en pensait-elle vraiment ?

Ce fut à l’hôtel du Château , un soir de janvier 1942 , qu’elle le rencontra : le SS Karl Friedrich Von Braun , en uniforme noir , ganté de cuir , parlant un français parfait . C'était un homme raffiné , amateur de Wagner et de poésie symboliste , mais derrière ce masque courtois , la jeune pianiste avait deviné l’ombre d'un savoir trop vaste , d'un oeil trop perçant .

N'appartenait-il pas à la lignée des Dürrenbach , ces banquiers germano-baltes dont lui avait parlé Pierre-Yves , qui finançaient , disait-il , depuis des décennies des sociétés ésotériques , des ordres occultes ? Le plus étrange était qu'Il parlait de Brocéliande avec une familiarité si troublante , connaissant même la réputation de Yann Kervern et sa quête du Graal . Et pis encore : il avait osé , la fixant avec l'effronterie d'un séducteur , caresser le bijou bleu pendant à son cou , la Pierre de Wivre !

En plus , comme il dirigeait lui-même , il tenta de lui enseigner " l'essence de l'art pianistique " , l'amenant peu à peu à la maîtrise du mécanisme et de la technique musicale tout en lui transmettant l'expression du rêve et de la fantaisie romantique d'Heidelberg où il était né . ( 29 )

Alors , vaincue par cette approche , elle décida de rester , se mettant à jouer pour lui quelques " Lieder " de Clara Schumann , à écouter ses confidences , puis à observer ses manières , devenant une espionne sans se l’avouer , ni même sans s’en douter pleinement , le flattant même , séductrice pour survivre , mais au fond , cherchant un secret , quelque chose d’enfoui derrière les plis des discours officiels , dans les bibliothèques interdites du manoir Dürrenbach à Nuremberg , ou dans les phrases codées de son nouveau Parsifal qui lui parlait parfois d’une " lignée cachée ", d’un " sang royal " à préserver , d’un " chant des origines " qui pourrait ouvrir les Portes de l’Arche ! Elle n’osait demander davantage . Mais son pendentif vibrait parfois en sa présence , comme s’il reconnaissait une énergie ancienne , obscure . ( 30 )

Était-elle tombée amoureuse ? Non . Du moins, pas comme autrefois avec Pierre-Yves . C’était autre chose . Une emprise . Un pacte tacite . Elle vendait son image , sa musique , son silence , contre des fragments de vérité , lorsqu'un jour , au hasard d'une fête de famille , elle rencontra Joseph , celui qu'elle nommait en secret son chevalier au Cygne , le propre frère du " Hauptsturmführer " ...

Pendant ce temps , Grida , membre du réseau " Typhon " , tomberait dans les filets de la Gestapo , s'éteignant un soir de neige à Auschwitz quelques mois plus tard , psalmodiant une dernière mélodie bretonne en se tournant vers l’étoile polaire ... ( 31 )


12 - Printemps 1945 . Yann Kervern , vieilli , claudicant , mais toujours lucide , veillait au retour de la paix , lui qui avait longtemps combattu dans l’ombre , comme sa femme , transmis des messages codés derrière les chemins creux , caché des armes sous les dalles des vieilles églises , lui qui avait vu sa fille trahir ... À Paimpont , les Allemands prenaient fuite , la Bretagne se relevait lentement .
Mais un jour , un résistant lui remit un dossier volé dans un coffre du manoir vidé à la hâte par les nazis . Parmi les papiers , des croquis , des notes de recherche , et un carnet noir à la reliure de cuir . Sur la première page , un nom griffonné à l’encre brune : Rolf Darnheim . Le reste était en allemand , mais la dernière page contenait une photo : celle d'un jeune homme au regard perdu , le même visage que celui de Roll Dagorn , tel qu'il pouvait se souvenir de lui avant la guerre .
Le choc fut tellement grand qu’il en tomba à genoux !
Tout s’éclairait enfin dans un éclair glaçant : Roll n’était pas mort dans l'Argonne . Il était devenu , de manière inexplicable , un ennemi ! Ce soir-là , il questionne Léna dans sa cellule de la prison de Rennes , celle-ci baissant les yeux devant lui , murmurant qu'elle avait su , tout compris à la dernière seconde , mais qu'elle n’avait rien dit , préférant agir ! La jeune pianiste , jouant de son charme , avait été convoquée au Bunker de Cézembre parce qu'elle était sa fille .

- Savez-vous qu'il y a un secret dans l' île ? Votre père , j'en suis sûr , nous en apprendrait plus à ce sujet , plaisantait souvent sur un ton narquois l'officier maréchal du Reich , Irmin Von Lebenfels , dont Von Braun était l'aide de camp .

Celui-ci , assistant à l'entrevue , était parfaitement au courant de la présence du vieux sage dans la forêt . Les élucubrations les plus récentes préoccupant d'ailleurs théoriciens et scientifiques du Reich avaient évoqué la possibilité d'une mutation de l'espèce par électrocution foudroyante .

On cherchait ainsi , en fabriquant un genre de " surhomme " apte à voyager sans problème entre réalité matérielle et dimension psychique , un moyen radical d'atteindre les profondeurs inaccessibles de l'espace . Ainsi était née l'idée de faire interagir , en concomitance avec un rayon fulgurant , le métal inoxydable fabriqué aux Forges depuis la Croisade , essentiellement composé d'Orichalque et d'Hématite , et le Graal dont l'essence était semblable .

Lebenfels , absolument inconscient de son origine du fait de manipulations mentales pratiquées sur lui par ses maîtres , fut complètement bouleversé par sa rencontre avec Léna . Quelque chose d'incompréhensible était , selon lui , en train de se produire ! Le chef d'orchestre , amoureux transi de la musicienne prodige , avait réussi à persuader son père de venir ce soir-là présenter son glaive antique au général , réputé amateur d'art selon la presse . Yann , cependant , n'était pas dupe . Faisant partie de la " Résistance " , il avait remué dans sa tête en marchant , terrorisé , les milles raisons qui avaient pu pousser Von Braun à agir de la sorte , ignorant qu'il était l'instigateur d'un complot . L'île étant , en effet , devenue le théâtre de nombreux bombardements , la garnison de Heuss , de plus en plus affaiblie , s'approchait d'une reddition négociée ... 

Mais ce qu'ils n'avaient pas prévus , tous , fut que la jeune pianiste , ignorant l'identité véritable de son interlocuteur , se servirait de la lame légendaire de Huon de Koadkaden pour l'enfoncer brutalement dans le coeur de Roll , celui-ci n'ayant sans doute pas eu le temps de reconnaître son cousin ! ( 32 )

Le philosophe ne répondit pas , retournant tristement vivre dans cette Brocéliande qui les avait tous nourris , comprenant que la guerre , brisant les liens les plus sacrés , n’avait pas seulement tué des hommes , renversé leurs lignées , mais elle avait fait d’un cousin aimé un inconnu à abattre .

Il se rendit seul à la fontaine de Barenton pour y verser quelques gouttes de l’eau froide sur une vieille lame rouillée , puis la planta dans la mousse , comme une épée sans maître , se mettant à gémir , agenouillé devant le cercle des chênes :

- Pardonne-nous , Roll ! Veille sur Léna . Cest elle qui nous sauvera tous !


13 - Années 1990 : dans le grenier de " Maen-Doue " , vieille maison de granit perdue aux lisières de la forêt de Brocéliande , Yann Kervern II , qui avait aussi , dans sa jeunesse , comme Léna son aïeule , étudié l'histoire légendaire et la musique , découvrit une malle scellée . À l’intérieur , enveloppé dans un tissu de lin brodé au fil d’or , se trouvait un manuscrit de cuir tanné par le temps , relié à la main . Gravé en lettres modestes mais élégantes , figurait ce titre :
" Le Passeur des Mondes Mémoires du Veilleur de Brocéliande "
Par Yann Kervern , fusilier-marin , quartier-maître , professeur , philosophe , guetteur d’étoiles , résistant .
Ce livre n’était pas qu’un témoignage , mais un pont reliant les âges , les vivants et les morts , la terre et l’invisible . On y lisait dans la postface , outre le récit principal concernant le voyage dans les îles celtes qui était suivi de celui de " La Grande Croisade " , les souvenirs de l’école avec Alain-Fournier , la douleur de la guerre , la révélation tragique du destin de Roll , mais aussi de celui de son pote Jakez au milieu de visions étranges , de signes dans la lande suivis de rencontre inexpliquées du côté des menhirs , de même que des dialogues nocturnes avec des " voyageurs de lautre rive " posant cette affreuse question : QUI A TUE LE SOLDAT RHÛN ?
Le petit-fils sentit peu à peu que ce livre n’était pas destiné à être rangé dans une bibliothèque .

" Si tu lis ceci , mon enfant , cest que le temps est venu pour toi de transmettre fièrement l'héritage . Garde le secret des pierres , de la langue , écoute la musique des mondes . Rappelle-toi que ce que nous avons aimé , nous devons le protéger ! "

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - VI - Les Ombres du Concerto - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

29 - LENA ( Cycle de L'Etoile XI ) , I , 8 - La Pierre de Wivre - Copyright 2021 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous doits réservés . 

30Clara Schumann (   compositrice allemande considérée comme l'une des plus grandes pianistes de l’époque romantique .

      - Parsifal ( 1877 /1882 ) , opéra de Richard Wagner fondé sur " Perceval ou le Conte du Graal " ( 1181 ) de Chrétien de Troyes ( env. 1140 -1190 ) ainsi que l’épopée médiévale  " Parzival " de Wolfram Von Eschenbach ( env. 1170 -1220 ) .

31Hauptsturmführer : l'un des grades d'officier les plus fréquents chez les SS au cours de la Seconde Guerre mondiale ( équivalent de " capitaine " dans l'armée française ) .

32 - La Nuit de Cézembre ( Cycle de L'Etoile V ) , II , 2 , VI - Assomption -

Notes 39 , 40 et 41 - Copyright 2019 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

     - Le Passeur Des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - III - La Croisade - 11 - Messire de Brocéliande ( 19 / 20 ) .

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - V - L'Orpheline .

6 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

The Recital - Irving Ramsey Wiles ( 1861 - 1948 )

The Recital - Irving Ramsey Wiles ( 1861 - 1948 )

 

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

- L'Orpheline

 

 

lls marchent devant moi , ces Yeux pleins de lumières ,
  
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ... "

 

Charles Baudelaire - " Le Flambeau Vivant "

Les Fleurs du Mal ( Spleen et Idéal , XLIII 1861 )

 

 

  

 

 

 

9 - Quand Léna se mit à grandir , une ombre planait sur son identité , chacun se doutant que sa mère avait un amant , chef d'un réseau politique ... La jeune enfant portait en elle une lumière singulière , une force mystérieuse , peut-être l’héritage de son père officiel , celui qu'on surnommait le " sage " de Brocéliande , ou peut-être celui de l'autre , son géniteur , plus trouble , cet homme dont son amante préférait taire prudemment le nom .

Lorsque sa fille eut dix ans , Kerlann disparut brutalement , sans laisser de traces , comme s’il n’avait été qu’un rêve politique ou un agent qu'on avait dû effacer .

Ce secret , Grida l’emporta discrètement avec elle . Mais Yann , silencieux comme une tombe , continua d’aimer l'orpheline à l'instar de sa propre fille , lui transmettant ce qu’il savait des mondes invisibles , des légendes anciennes et du pouvoir caché des symboles .

Déjà , Léna , qui avait vécu à Rennes dans la chambrette surchauffée d'un appartement de la rue Saint-Georges , proche du bureau paternel où s'entassaient les tracts politiques de la militante parmi les livres de philosophie de l'enseignant , pressentait que son destin ne serait pas ordinaire . Dès l’âge de six ans , petite encore , elle se révéla par un don singulier pour le piano , reproduisant à l’oreille des airs qu’elle entendait à la radio ou lors de rares concerts en ville auxquels sa mère consentait à l’emmener . Son professeur de musique , Madame Vallin , ancienne élève de Fauré , parlait souvent , en ce qui la concernait , d’ " instinct rare " , d’ " oreille absolue " , touchant l'harmonie .
Mais l’ambiance à la maison restait lourde .

Grida , tendue , exigeante , poussait sa fille vers l’excellence mais l’enfermait également dans des attentes contradictoires , la voulant un jour bretonne , fière , libre comme elle , mais aussi irréprochable et obéissante le lendemain . Son mari , lui , encourageait plutôt l’intériorité , le silence , l’écoute des forêts . Leurs deux visions s’entrechoquaient . La pianiste , elle , s’échappait au clavier , comme " Jean-Christophe " dans le roman de Romain Rolland , son livre de chevet , mais avec des ombres plus anciennes dans les veines ! Cependant , le temps , lui aussi , comme les cygnes du lac de Diane , s'envolait à toute vitesse ! ( 24 )
À treize ans , l'artiste prodige composait de petites pièces pour piano qui faisaient pleurer Madame Vallin . Puis , à quinze , elle avait fini par être admise au Conservatoire de Paris , mais refusa d'abord d’y aller , disant qu’elle n’était pas prête . En réalité , elle sentait en elle comme une faille , une fausse note , celle de son origine incertaine . Un jour en feuilletant un vieux cahier dans le bureau de son philosophe de " père " , elle découvrit une phrase griffonnée par lui au crayon :
" La vérité est ce qui nous lie au monde invisible , mais elle nous détruirait si elle était trop tôt révélée . "
C’est là qu’elle comprit qu'il savait , se mettant à composer une oeuvre , à l'âge de seize ans , qu’elle avait intitulée pour l'occasion : " Nocturne pour un inconnu " . Elle la joua lors d’un petit récital à son école . Toute la salle était en larmes ! Quant à elle , glacée , elle se sentait vide . Le lendemain , seule , elle partit pour Brocéliande , marchant jusqu’à la Fontaine de Barenton . Là , elle crut entendre , pour la première fois , la musique des pierres , ce chant étrange , grave , cristallin , comme venu d’un autre plan de l’être . Elle s’évanouit .
Quand elle revint à elle , une vieille diseuse de bonne aventure s'était assise à ses côtés , qui l'ayant reconnue , l'avait prise dans ses bras , lui avouant seulement de manière incompréhensible :
- Ma chérie , tu portes dans ta chair la marque d'une mémoire ancestrale qui ne sera dévoilée aux hommes que bien plus tard , celle dun immense vaisseau en forme dopale bleue ... ( 25 )

10 - Après avoir , peut-être , mais sans y croire , découvert le secret de ses origines dans les brumes de la forêt légendaire , Léna Kervern sentit qu’un monde venait de s'écrouler . Ce n’était plus seulement la lande et les souvenirs du fils de Mona qui habitaient son cœur , mais aussi une vérité plus vaste , plus vertigineuse encore : son sang portait les traces d’une lignée perdue , tissée de silences , de blessures anciennes . Fuir était alors devenu nécessaire . Afin de renaître ?

À Paris , la provinciale fut accueillie par son ancienne professeure devenue grand-mère qui , après un séjour chez sa belle-fille , avait , elle aussi , déménagé . Madame Vallin , femme austère et bienveillante que la capitale respectait comme une éminence du piano français , descendante elle-même d’une grande lignée de musiciennes du Conservatoire , la prit encore sous son aile avec une affection toute maternelle . Bientôt , Léna joua dans des salons feutrés , puis dans des salles plus vastes , jusqu’à être remarquée par les cercles artistiques parisiens , la perfection de son jeu ayant non seulement acquis la limpidité des sources bretonnes , mais aussi leur profondeur bouleversante , écrivait une journaliste dithyrambique . C’est lors d’un de ces concerts , d'ailleurs , dans l’hôtel particulier de la duchesse de Fontenoy , que le destin frappa de nouveau !

Il était là , de grande taille , élégant , distant comme un marbre de l’époque Empire , avec la figure énigmatique d'une légende vivante , Pierre-Yves de Montfort ! De manière officielle , on le présentait comme écrivain , chroniqueur politique et mondain pour un journal monarchiste . Officieusement , par contre , celui dont le nom venait de la branche aînée des Lohéac , celle qui avait pu conserver le manoir d’Auberive à la faveur du chaos révolutionnaire et du retour des aigles de l'empire , évoluait maintenant dans des sphères beaucoup plus troubles . Mais ce que nul ne savait , ou presque , c’était qu'il descendait en droite ligne de Louis XVII , que l’on disait mort malade au Temple , mais qui avait pu être exfiltré par un réseau d’initiés ! ( 26 )

Dès qu’il vit sa lointaine cousine Léna , il sut .

Son regard vert , sa manière de s’incliner devant elle , trahissaient une émotion qu’il ne put ni dissimuler ni expliquer . C’était plus qu’un coup de foudre . Quelque chose comme une mémoire ancienne retrouvée . Elle jouait ce soir-là une sonate de Scriabine , mais il entendait déjà la voix des forêts de l’Armorique , les vents sur les mégalithes , la plainte d’un peuple millénaire . ( 27 )

Pierre-Yves n’était pas qu’un esthète . Il servait un but . Agent double à la Sûreté Nationale , il avait été recruté pour infiltrer les réseaux de l’OINT ( Ordre International du Nouveau Temple ) , une organisation secrète d’idéologues et de banquiers germano-russes , menée par les Dürrenbach , descendants d’une aristocratie noire européenne . Mais peu à peu , ayant réussi à fonder l’ARCHE en secret , qui était un cercle d’hommes et de femmes convaincus que l’humanité devait retrouver ses racines sacrées comme sa noblesse spirituelle perdue , il s’en était affranchi .

Il voulait d’abord protéger Léna . Puis il comprit qu’elle avait un rôle à jouer . Elle aussi était une héritière . Son sang , la finesse de son oreille , son mystère , en faisaient une élue . L’opale bleue qu’elle portait au cou , sans comprendre encore pourquoi , réagissait parfois à certaines notes jouées dans l’aigu . Un signal , un appel !

Néanmoins , leur amour naquit dans la méfiance . Lui portait des secrets plus lourds qu’un royaume , elle fuyait encore l’ombre d’un père trop lumineux . Les routes de l’histoire , inexorablement , se refermaient sur eux .

Mais quelque part , dans les salons cryptés d’une villa de la côte d’Azur , les Dürrenbach se réunissaient . L’Opale bleue devait être retrouvée . Et l’ARCHE anéantie ! ( 28 )

 

 

 

( A Suivre )

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - V - L'Orpheline - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

24 - Gabriel Fauré (  , pianiste organiste et compositeur français Romain Rolland ( écrivain français , lauréat du prix Nobel de littérature 1915 , auteur de " Jean-Christophe " ( 1904 - 1912 ) .

25L'INVITATION DE L'ANGE - Epilogue - Ad Altum - XIII - L'Etoile Apsara " - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .L'INVITATION DE L'ANGE " , Dan Ar Wern / copyright 2025 .

26La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , III , 7 - Chanson de Bilitis - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

27Alexandre Scriabine ( 1871 - 1915 ) , l'un des représentants les plus importants de la musique moderne et de l'avant-garde musicale à l'aube de la Première guerre mondiale , souvent considéré comme l'un des compositeurs les plus marquants du début du XXe siècle . Voir note 15 , chapitre trois .

28 METAMORPHOSIS ( Cycle de L'Etoile XIII ) - Seconde Partie - 1 - Cimetière Marin - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum & International Book Market LTD - février 2022 .

     - LENA ( Cycle de L'Etoile XI ) , II , 15 - L'Etoile Rouge - Copyright 2021 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - IV - La Reine Endormie .

5 Mai 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Gisant de la mère d'Anne de Bretagne - Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul , Nantes .

Gisant de la mère d'Anne de Bretagne - Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul , Nantes .

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

IV - La Reine Endormie

 

" Ce matin , la belle endormie était agitée de tremblements fiévreux ,

  Sa crinière de lionne ruisselait sur les draps de lin blanc ,

  Des gouttes de rosée perlaient sur son front taché de rousseur ... "

 

Dan Ar Wern ( Voir ci-dessous , note 20 )  

 

 

 

7 - Le couple s'était arrêté près de la chapelle , s'asseyant sur un banc de bois dessous la voûte d'une autre cathédrale de hêtres blancs et de charmes cernant l'édifice d'une couronne de feuillage et de  branches ... Tous deux se dévisagèrent , se regardant profondément dans les yeux , tandis que l'homme essayait de se rappeler du jour où , à peine sorti de sa cachette , il y avait retrouvé Grida , tapie dans l'ombre , qui l'attendait derrière les chaises .

- Je t'ai suivi , Yann . Il y a grand danger ! , lui avait soufflé la jeune fille de son haleine chaude .  Alors , voyant une croix tracée sur la Tour , il s'était rappelé cette vieille histoire d'émigrés , connue dans tout le pays , qui , pour narguer les Montfort , logés par Napoléon l' " Usurpateur " à leur place , avait fait bâtir , à l'identique du Tertre , le manoir d'Haligan . Et cette famille , c'était la sienne ! 

- Ma tendre amie , balbutia-t-il avec maladresse .

Il s'était serré plus fort contre sa compagne , songea-t-il , s'arrêtant de respirer , pour la première fois rendu sensible au parfum de son corps , de même qu'aux boucles si douces coulant de sa brune chevelure ...  tel point qu'il s'était mis à rougir , lui qui n'avait connu jusque là que l'amour inaccessible de Janed ... Elle était pourtant plus âgée , la fille de Gregor , l'ouvrier des fours à chaux de Saint-Thurial ! ( 20 )

Mais peu à peu , à chaque pas pour ainsi dire , sa première vie remontait à la surface du lac ... Il revoyait son enfance bretonne en se rappelant les histoires légendaires de Mona , au village des Forges , le manoir d'Auberive et Virginia , leur voyage , avec Roll et Tadig à bord de la "Mari-Morgane " vers les pays celtes ... ( 21  )

8 - Dans l’entre-deux-guerres , la Bretagne bruissait de rêves d’autonomie , d'identité retrouvée , de luttes souterraines . Pendant que Yann Kervern , l'idéaliste , en tant que professeur de philosophie à Rennes , tentait de maintenir un cap intellectuel exigeant , pensant communiquer à ses élèves souvent plus intéressés par l’actualité brûlante que par la métaphysique , sa passion pour le Pseudo-Denys L'Aréopagyte , Pascal , Bergson ou les Stoïciens , Grida , son épouse , institutrice pragmatique et déterminée , paraissait s'être éloignée de lui et du piano , délaissant un peu la musique de sa vie routinière pour " enfin rouvrir mes yeux ", disait-elle , en militant dans une association régionaliste qui défendait la Bretagne contre la laïcité jacobine . Quand lui continuait de croire à la mission du penseur comme veilleur , comme guetteur d’âme , elle , de plus en plus , cherchant à défendre la langue et la culture locale , et bientôt , s'étant prise à rêver d'une Armorique libre au mépris des soi-disant équilibres nationaux , passa , ensuite , le plus clair de ses soirées dans des réunions qui , peu à peu , devaient mettre également leur mariage et leur famille en péril . ( 22 )

Malgré la charge de son travail , mais peut-être en était-ce aussi la raison , ces veilles dans sa chambre , solitaire , par suite de ses fréquentes absences , lui semblèrent longues , lui qui était rassuré par un quelconque petit signe de compagnie humaine à ses côtés , même invisible .

Elle revenait si tard , le regard perdu ailleurs , portant sur elle des effluves de tabac blond , de fièvre politique , et parfois , le parfum d'un inconnu .

De plus en plus solitaire , il avait commencé d'écrire un essai qu’il ne publierait sans doute jamais , croyait-il , intitulé " Le Passeur des Mondes " , méditation sur les racines , l’exil intérieur et la fidélité au passé .

Il sentait son couple se déliter , pourtant , mais restait silencieux , devinant , sans preuve , que quelque chose lui échappait depuis la naissance de Léna , leur fille née en 1919 dans une période trouble , alors qu’il était encore en convalescence après guerre et que Grida , de plus en plus distante en effet , fréquentait , semblait-il , un homme influent , le brillant orateur et chef d'orchestre Armel Kerlann , ancien de l'URB , trop célèbre compositeur de " La Reine Endormie " , poème symphonique inspiré par l'état de léthargie dans lequel , expliquait-il dans la presse , végétait sa chère patrie natale , mais aussi " leader " anonyme d’un réseau clandestin mêlant régionalisme radical , vieilles sociétés druidiques et intrigues avec les nationalistes gallois et flamands .

Certains , d'ailleurs , disaient qu’il était financé en sous-main par des services allemands . D'autres prétendaient qu’il descendait d'une lignée oubliée de princes armoricains ! Comme la question de la réforme administrative avait été agitée au lendemain de la guerre au Parlement français , les projets du gouvernement central ayant toujours été de morceler le plus possible la péninsule , jugée indocile , un vaste congrès d'opposition , réclamant le respect absolu de l'intégrité territoriale dans la création des régions projetées , fut organisé en 1920 à Rennes par le nouveau directeur de " L'Hermine ", successeur du défunt poète Louis Tiercelin . C'est d'ailleurs ce soir-là , où fut jouée l'oeuvre pour la première fois , que Grida rentra chez eux complètement euphorique . Son charme avait-il agi déjà sur le " maestro " ? Ou bien était-ce le contraire ? ( 23 )

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - IV - La Reine Endormie - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

20 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) , II , La Prisonnière du Temple , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - Note 48 .

 

21Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Première et Deuxième Partie - L'Attente et L'Accomplissement ( Gaeltacht ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

 

22 - Moine auteur de traités chrétiens de théologie mystique , le Pseudo-Denys L'Aéropagite , qui vécut en Syrie vers l'an 500 , fut l'une des sources majeures de la spiritualité mystique chrétienne Blaise Pascal ( 1623 - 1662 ) ,  à la suite d'une expérience mystique , se consacra essentiellement à la réflexion philosophique et religieuse Henri-Louis Bergson ( 1859 - 1941 ) philosophe français qui est connu pour ses arguments selon lesquels les processus d'expérience immédiate et d'intuition sont plus importants que le rationalisme abstrait et la science pour comprendre la réalité - Les Stoïciens pensaient que le but principal de la vie était de vivre selon sa nature , en harmonie avec l'univers , ce qui signifiait " vivre selon la Vertu " , le seul bien véritable , toutes les autres choses n’ayant pas de valeur .

 

23 - Le personnage d'Armel Kerlann est inspiré de Maurice Duhamel ( 1884 - 1940 ) , musicien , militant breton qui adhéra , en 1912 , à L'URB ( Union Régionaliste Bretonne ) , premier parti régionaliste breton fondé en 1898 par le marquis Régis de L'Estourbeillon (  Loeiz Kerzilin / Louis Tiercelin ( 1846 - 1915 ) , poète breton , directeur ( 1889 - 1911 ) de " L'Hermine , revue artistique et littéraire de Bretagne qu'il avait fondée en janvier 1889 .

 

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations .

30 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations .

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

III - Transformations

 

 

 

" On aurait dit un couple de tourterelles , deux jeunes colombes , qui allaient prendre leur envol , après avoir frôlé de leurs ailes graciles , juste un moment , ce lugubre royaume des ombres ... "    

Dan Ar Wern - " Histoire d'un Chef d'Orchestre " , X ( Auberive 11 ) .

 

 

5 - Revenu blessé de la guerre , il resta longtemps traumatisé par la mort de son camarade , dont il prit un jour conscience en passant sur un petit pont menant à une île , sur le lac , dont l'eau noire frémissait à peine , comme si elle retenait son souffle , lui faisant réaliser soudain que la forêt de Brocéliande n'était plus celle dont lui avait jadis parlé sa mère , Mona , l’écrin des contes de son enfance , collection de belles histoires plus ou moins vraies , mais un seuil , un lieu d’éveil , chargé d’une mémoire plus vieille que la sienne , la " Porte " véritable menant au " Grand Tout " de l'univers , qu'une biche , immobile sur la rive , et le fixant de son regard doré où brillait une invitation muette , venait providentiellement de lui montrer , paraissant le guider ensuite avec lenteur et majesté , par un sentier que seuls les cœurs brisés peuvent découvrir à travers les brumes et les mousses , jusqu’à la Chapelle Saint-Jean , tapie entre les chênes comme une relique oubliée . Ayant senti sa présence, douce et sauvage , il la suivit , sans peur . Il aurait voulu disparaître avec elle sous les frondaisons cathédrales , puis , là , au centre de la petite nef , s'absorber comme un nouveau-né dans le clair-obscur de cette crypte de pierre végétale , quand il fut brusquement frappé par une vision aiguë : les visages de ses copains tombés , ceux qu’il n’avait pas pu enterrer , se superposaient aux reflets des nuages dans les vitraux multicolores . Leurs voix muettes flottaient autour de lui , surtout celle de Jakez , et il comprit que son retour n’était pas une fin , mais un passage devant le tribunal de Dieu . Là , dans le silence vibrant du crépuscule , sentant comme une épée vengeresse descendre sur lui , il s’agenouilla sur la pierre froide et promit , triste chevalier des temps modernes , de chercher désormais non pas l’oubli de son crime , mais de se racheter !

C'est alors que , rebroussant chemin par la forêt vers le village , il décida d'entamer des études pour devenir par la suite professeur . Il s’inscrivit à la faculté de théologie de Rennes , puis s'enthousiasmant pour la philosophie , se mit à dévorer saint Jean de la Croix , Thérèse D'Avila , Plotin , de même qu'Aristote , ou les dialogues de Platon . Chaque texte résonnait en lui comme un écho d'outre-monde , son cœur meurtri trouvant une lente guérison dans ces voix anciennes . ( 13 )

6 - C’est dans cette lumière qu’il retrouva Grida , changée par les deuils , veuve , elle aussi , dont le regard avait perdu l’insouciance des jeunes années , mais qui s’était chargé d’une profondeur toute neuve . Elle lui parla du piano qu'elle étudiait comme d’une prière , jouant pour lui les " Kindertotenlieder " de Mahler , puis " La cathédrale Engloutie " de Debussy . ( 14 )

- La musique , lui dit-elle , touche ce que les mots ne savent dire .

Incapable de lui répondre , Yann , en l'écoutant , pleurait sans honte .
Ils se revoyaient souvent le soir , après les cours , marchant bras dessus , bras dessous , dans les jardins du Thabor , échangeant leurs lectures , leurs souvenirs . Quand il parlait d'un jeune prêtre connu pendant la guerre , Teilhard de Chardin , qui avait écrit " La Vie Cosmique " , puis , en 1919 , " Puissance spirituelle de la Matière " elle lui faisait écouter Scriabine , Satie ou la " Barcarolle " pour piano de Magdeleine Boucherit-Le Faure . Mais le silence entre eux était aussi nourrissant que leurs paroles . Par une belle journée d’automne , alors que les feuilles rousses jonchaient les pavés , le jeune homme prit la main de Grida sur le banc où ils s’étaient assis cent fois . ( 15 )

- Ce que jai vu dans la forêt , ce que la guerre ma arraché , je ne peux le dire à personne . Mais toi , tu le comprends . Elle répondit seulement :

- Je tattendais depuis toujours !

Les deux tourtereaux se marièrent au printemps dans leur petite chapelle bretonne , entourés d’amis discrets et de musiciens . La mariée joua un nocturne de Fauré en guise de bénédiction , tandis que son époux lut un passage du Prologue de Saint Jean . ( 16 )

Quelques années plus tard , un bruit léger naquit dans leur maison de pierre , à l’orée de Brocéliande . Ils appelèrent leur fille Lena , en mémoire de la lumière née au fond des ténèbres . Dès ses premières années , celle-ci montra une sensibilité musicale troublante . À trois ans déjà , elle imitait des mélodies sur le vieux piano de sa mère . À cinq ans , mademoiselle composait des phrases harmoniques d’une étrange maturité .

Son père la regardait jouer avec émerveillement , comme si l’univers lui faisait un clin d’œil à travers les doigts fins de sa fille . Grida disait parfois en souriant :

- Elle ne joue pas du piano , elle parle aux étoiles !

Brocéliande , autour d’eux , gardait le secret ...

 

( A Suivre )

 

                                   

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - III - Transformations - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

13 - Saint  Jean de la Croix (  prêtre carme mystique espagnol - Sainte Thérèse D'Avila (   , religieuse carmélite espagnole - Plotin ( 205 - 270 ) philosophe gréco-romain représentant principal du courant philosophique appelé " néoplatonisme " , source d'inspiration importante pour la pensée chrétienne alors en pleine formation , notamment pour Saint Augustin d'Hippone , et qui influença de manière profonde la philosophie occidentale ( auteur des " Ennéades " ) - Aristote ( 384 - 322 av. JC , philosophe grec dont la pensée , associée au développement des universités, qui débute au XIIe siècle , marque profondément la scolastique et , par l'intermédiaire de l'œuvre de Thomas D'Aquin , le christianisme catholique - Platon  ( env . 427 - 347 av. JC ) , généralement considéré comme l'un des premiers philosophes grecs , sinon comme l'inventeur de la philosophie ( auteur des " Dialogues " ) .

14 Kindertotenlieder ( Chants sur la mort des enfants ) , cycle de cinq lieder pour voix et orchestre composé par Gustav Mahler de 1901 à 1904 sur des textes de Friedrich Rückert ( 1788 - 1866 

     - " La Cathédrale engloutie "  ( 1910 ) , prélude pour piano de Claude Debussy basé sur la légende bretonne de la ville d'Ys .

15 - Pierre Teilhard De Chardin ( 1881 - 1955 ) , prêtre jésuite français , chercheur , paléontologue , philosophe et théologien qui , en 1916 , écrivit son premier essai , intitulé " La Vie Cosmique " , puis , en 1919 , " Puissance spirituelle de la Matière , deux textes qui annonçaient son œuvre plus tardive .

     - Alexandre Scriabine ( 1871 -1915 ) pianiste poète et compositeur russe .

     - Erik Satie (  compositeur et pianiste français .

     Magdeleine Boucherit Le Faure (  , pianiste et compositrice bretonne née à Morlaix , compositrice , en 1908 , de " Barcarolle " .

16Gabriel Fauré ( 1845 - , pianiste organiste et compositeur français Les " Nocturnes " sont un ensemble de treize pièces pour piano composées tout au long de la vie du compositeur .

     - Les dix-huit premiers versets de l'Évangile selon Jean sont traditionnellement appelés le " Prologue " , bien que ce mot ne se trouve pas dans le texte . Celui-ci , écrit en grec , de même que l'ensemble du Nouveau Testament , constitue une sorte de méditation sur la personne de Jésus-Christ , depuis la création du monde jusqu'à son incarnation . Le texte anime toute la mystique chrétienne et nourrit encore aujourd'hui la prière de beaucoup .

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre .

25 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Le Départ des Poilus , août 1914 - Albert Herter ( 1871 - 1950 )

Le Départ des Poilus , août 1914 - Albert Herter ( 1871 - 1950 )

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Amour et la Guerre

 

 

 

" Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est

  vivant ? "   

Luc , 24 , 5

 

 

 

 

 

3 - Donc , ce matin-là de l'aurore cruelle d'un nouveau siècle de feu , obéissant à une indicible force , il avait eu envie , malgré sa blessure , de profiter du grand air et de goûter à l'ivresse que procure cette sensation de faire partie , comme autrefois , de la nature végétale , sensible au chant des oiseaux qui voletaient sur les fleurs d'ajoncs , puis , voulant échapper à la triste ambiance de son état , de suivre encore leurs traces dans le clair-obscur des prairies détrempées , désireux de les revoir enfin sur le lac , dans la naissance inoubliable d'un nouveau jour , ainsi que d'autres images qu'il croyait à jamais disparues , renaissant en lui d'une façon si vivante , comme une rosée de nacre translucide gouttant d'un brin d'herbe , ou pareille à cette couleur plus ou moins sombre d'un arbre vigoureux sur la lande ! Quel bonheur c'était , en effet , pour lui , caressé par une brise légère , de courir à l'appel de la source perdue dont la claire chanson , vivante au coeur des hêtres , faisait danser les colombes , de contempler l'image inversée du château dans les ondes grises du lac , alors que la biche immaculée aux bois de cerf vient craintivement s'y désaltérer , suivie de son faon , de voir enfin ce dont lui avait parfois conté sa mère dans ses récits , la métamorphose de cygnes majestueux en jeunes princesses qui pouvaient vous conduire , à tire d'aile , à leur palais resplendissant de pierres précieuses , retenu par quatre chaînes d'or , tout là-haut , bien au-dessus du reflet mouvant des nuages dans l'eau verdâtre ... Mais , pour l'enfant de jadis , n'était-ce vraiment qu'un rêve ? Et si tout autour , le vent des grands chênes faisait à nouveau s'agiter l'espoir ? 

          Marchant d'un pas résolu , tandis qu'une à une , s'éloignaient les dernières masures du village , il avait d'abord vu rejaillir avec force de ce magma de schiste grisâtre , les premiers éclats d'une aube rougeoyante à l'horizon lointain , puis , le long d'un obscur vallon , s'était engagé sur un chemin qui menait à un calvaire proche de la chapelle Saint-Jean , planté sur une roche toujours fleurie en abondance : " Le Rocher Flamboyant " ! Nul , en vérité , ne passera ici sans tressaillir ! Et quiconque s'agenouillera devant sa petite croix de grès , ne pourra rester insensible à l'appel du Crucifié , figuré par une statuette lumineuse de pierre blanche qui vous remue le coeur . La tête du martyr s'incline légèrement sur la gauche , et la pâleur du corps , maculé de sang , contraste avec un coeur tout rouge en relief , d'où jaillissent des rayons étincelants ! ( 1

          Plus loin que cette longue allée verte sous le feuillage touffu , il suivit alors des yeux le vol d'une blanche tourterelle dans les buissons d'aubépine , et , sous la voûte impénétrable des pins majestueux , dans un bruissement d'ailes , jaillit une lueur diaprée flottant comme une ombre sur des tapis de mousse fleurie parsemés d'aiguilles brunes , fleur bleutée , myosotis dont le calice fragile , doucement , se balance , et pour qui la fixe un peu trop du regard ,  suspend sa course , plus l'on s'enfonce dans l'épaisse verdure alentour , plus ses teintes changeantes vous hypnotisent ... Curieux voyage vers celle qui , souvent , revêt , dans sa corolle , toutes les couleurs du ciel , et chaque fois qu'elle vous montre une parure différente , s'exhale en parfum de louange , en perles diaprées sur sa robe scintillante !
          Qui donc pouvait bien être cette nouvelle Madone ? , se demanda-t-il , se sentant presque défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle qui avait su , l'espace d'une seconde magique , chasser en ses yeux les ombres démesurées du soleil couchant , pour , avec tant de grâce , faire gracieusement briller devant lui sa vêture céleste ? Pour lui , qui n'oublierai jamais cette petite phrase qu'elle avait ensuite envoyée à son cerveau , en s'asseyant sous un aulne dont les feuilles prenaient  la forme d’un cœur .

Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( )

          Il avait cru revoir Janed , son premier amour , celle qui avait suscité ses premiers émois d'adolescent silencieux et timide , qu'il avait retrouvée ensuite au soir d'une longue veillée bretonne , sur un chemin qui s'enfonçait sous les ombrages d' " An Ode Wenn  " , et qui , ensuite , s'était blottie tout contre lui pendant la soirée , petite fée semblant boire ses paroles d'une oreille attentive et l'observant de ses yeux malicieux et tendres , Janed , charmante soeur de la mariée qu'il avait cru reconnaître ainsi comme s'ils étaient nés l'un pour l'autre , frémissant de peur , soudain , pour cette nouvelle compagne silencieuse et fidèle depuis si longtemps désirée et qui , enfin venue , le comprendrait pour toujours ! Se rappelait-elle encore cette profonde attirance qu'il avait ressentie pour elle , aussi , sur les bancs du collège de Landéda ?

          Mais , quelques mois plus tard , ce fut son rival , celui qui devait mourir au front , qui avait triomphé quand elle lui avait jeté au visage , un peu éméchée au retour d'une folle ronde en ribambelle , riant à la cantonade avant d'offrir à l'heureux élu l'un de ses plus chauds baisers :

 - Yann , je te présente Jakezmon petit ami !    ( 3 )  

Ce même jour où la nef d'émeraude cristalline avait silencieusement fendu les cieux d'une vague profonde que le vent fit déferler en tempête à travers les arbres , lui marchait , l'esprit troublé , hanté par la silhouette de la jeune fille rencontrée des années plus tôt sous les guirlandes d'un mariage d'été , dans la cour fleurie d'un manoir breton . Lumineux amour , sincère , et pourtant voué à s'effacer puisqu'elle en avait choisi un autre , l'ami et le rival , tombé héroïquement , quelques années plus tard , sur le champ de bataille de à Dixmude , tandis que la guerre dévastait les âmes !
Tout en s'approchant de la chapelle aux murs lézardés , le promeneur sentit soudain le frémissement d'une présence . Une lumière opaline emplit le sous-bois , l'air vibra d'une manière étrange lorsqu' ANA apparut , créature diaphane , presque éthérée dans sa combinaison translucide , avec ses yeux sans pupilles , qui , telle une caméra , semblaient capter en lui l'essence même de ses pensées , mais dont la voix , ne parlant pas avec des mots , résonnait en lui comme un chant intérieur , mêlant son âme à celle de Janed , en un instant suspendu .
Elle les voyait tous deux : lui , jeune , impulsif , d'abord , puis devenant sage après des années de guerre , elle , insouciante et grave , par la suite , austère , quand elle avait revêtu un jour , par désespoir , peut-être , le voile des épouses du Christ .

- Amour tissé d'ombre et de lumière ! , lui souffla-t-elle . Destin croisé , suspendu aux fils d'une antique bataille . Elle t'aime encore , tu la chéris . Pourtant , son chemin la porte ailleurs ... vers cet autre serment , plus ancien que vos promesses .
- Pourquoi faut-il perdre ceux que l'on choit ? , se permit-il enfin de lui répondre , complètement bouleversé . Pourquoi les chemins humains sont-ils tissés de tant de séparations et douleurs , pourquoi la vie s'emploie-t-elle toujours du côté de la tristesse

L'écho résonna dans son cœur : M'aimes-tu ? Aimes-tu ? Qu'y-a-t-il au-delà du gué ? Pas de perte , mais transmutation ! Votre amour , loin de s'éteindre , nourrira d'autres âmes , d'autres mondes . Janed aussi portera sa trace en elle . Dans ses prières , ton nom vivra . ( 4 )
Un jour , vos deux esprits se reconnaîtront , bien au-delà du temps terrestre !
Il sentit alors une vision lui traverser l'esprit , celle d'une vieille femme priant dans une petite église , le regard perdu vers l'autel d'une présence invisible ; et lui , retrouvant sa mémoire d'étoiles , plus tard , bien plus tard , quand son âme franchirait la dernière porte !
Dans la clarté du sous-bois , le voile ondula une dernière fois dans le feuillage d'un orme .
Avant de disparaître , elle lui dit encore :

- Veille donc , mon ami Eliav ! Ceux qui aiment véritablement ne meurent jamais !
Puis la lumière s'effaça , comme une étoile filante absorbée par l'ombre des branches de feuillus et résineux .
Debout , seul devant la chapelle Saint-Jean , l'enseigne de vaisseau serra contre lui sa douleur , mais aussi cette paix nouvelle que l’être venu d’ailleurs lui avait donnée .
Il sut alors que son amour pour Janed n'était pas vain , qu' il était , en secret , devenu une autre pierre vivante dans l'édifice éternel !

4 - À Brest , en 1901 , Yann Kervern , petit-fils d’un vieux loup de mer et seul enfant d’une conteuse de Paimpont , jeune homme au regard volontaire , aux mains déjà tannées par le sel de l’océan , souvenir d'un récent voyage dans les pays de la mer celtique , entamait sa seconde au lycée de la rue du Château . ( 5 )

Dans les couloirs gris du lycée , il s'était lié d’amitié avec un adolescent rêveur comme lui , Henri-Alban Fournier , que l’on connaîtrait bientôt sous le pseudonyme littéraire d'Alain-Fournier , venu du Berry , qui poursuivait au lycée de Brest ses études dans le but d'entrer à l'École Navale . ( 6 )

Cependant , bien que la rugosité du tempérament de l'apprenti marin s'avérât quelquefois comparable aux roches de Brocéliande , leurs univers littéraires , nourris des mêmes rêves d'une enfance merveilleuse au milieu d'une nature presque idéalisée , paraissaient si proches qu'à la fin de l’année , Yann proposa à son ami d'intégrer l’école navale et de s’embarquer sur l' " Intrépide " , le navire-école des Bordaches , pour voguer avec lui vers l’Atlantique , et peut-être plus loin . ( 7 )

Mais le futur célèbre auteur déclina poliment . Son destin n’était sûrement pas dans le roulis des vagues , pensait-il , mais dans les brumes d’un immortel chef-d'oeuvre en germe .

Le morbihannais , qui , avec tristesse , avait déjà vu s'éloigner son cousin , partit seul , sentant son cœur un peu plus lourd , mais déterminé à suivre les traces de son grand-père . Cette nouvelle vie à bord le forma , le trempa . Il devint quartier-maître , gagnant l’estime de ses officiers . Peu à peu , la vie suivit la houle des années , ports lointains , lettres jamais envoyées , souvenirs de ce camarade qui , de temps à autre , évoquait la difficile écriture de son roman . Lorsqu’il apprit enfin la parution de celui-ci , en 1913 , l'aspirant le lut en silence , dans une cabine du cuirassé " Condorcet " , croyant y reconnaître un peu de lui-même . ( 8 )
 

Puis vint août 1914 , la mobilisation , la foudre !

Il fut affecté aux fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h , envoyé vers le front nord avec Jakez Rhûn , son frère d’armes breton . Là , dans la boue de Dixmude , le souffle de la mer ne suffit plus à masquer l’odeur de la poudre et du sang . L’uniforme bleu s’usa vite , le feu de l’artillerie allemande martelant les digues et les cœurs . Ce fut une résistance héroïque , sans doute , presque insensée ! ( 9 )
Le 10 novembre de cette année tragique , lors d’une contre-offensive , il tenta de sauver Jakez , le mari de Janed , frappé à la jambe par un éclat d’obus , quand lui aussi avait été laissé entre deux flaques d’eau et de sang , le drapeau dans la main , jurant à son capitaine qu’il ne mourrait pas là . Il tint parole . Rapatrié à Rennes , puis en convalescence à Paimpont , le rescapé revint sur ses terres de Brocéliande , estropié mais vivant . Il n’avait que vingt-sept ans , mais déjà tout le poids d’un siècle dans les yeux ! Le louveteau des mers , qui , chaque jour , arpentait les sentiers de la forêt , devint homme de mémoire , gardien d’un secret , veilleur de légendes . Chaque pas douloureux mais déterminé qu'il y faisait , comme un pèlerin du souvenir , l'amenait , le soir , à jeter , au fond de la fontaine de Barenton , des galets gravés de signes mystérieux .

Car sa conscience le torturait .

Lui , qui , médaillé de guerre , passait pour un brave , avait , en réalité , à se reprocher la décision qu'il avait prise d'envoyer en première ligne le fiancé de Janed et de simuler sa propre blessure en maquillant les faits .

Dans le village , on disait qu’il parlait à ses morts , peut-être aux anciens dieux . Plus tard , dans un journal froissé , il apprit qu'Alain-Fournier , son cher copain d'école , avait , corps et âme , juste deux mois auparavant , péri dans l’Argonne . Durant de longues années , le solitaire pleura en silence , une larme pour ses amis , d'autres pour l'amour impossible d'une jeunesse perdue !

Il ignorait encore que ce même 10 septembre 1914 , Roll Dagorn , le cousin rebelle et chevaleresque de ses aventures d'adolescent , l'avait abandonné une dernière fois , tombant lui aussi , terrible coïncidence , au " Bois des Chevaliers " . ( 10 )

Celui-ci , remarqué pour son courage , était parti avec la fougue des anciens preux , chef d'une unité commandée en second par ce même jeune lieutenant de réserve à la voix douce et au regard lointain qu'il avait jadis connu à l'école préparatoire !
Ce n’est que bien plus tard , un soir de 1922 , que Yann , en classant au grenier de vieux papiers jaunis , correspondances et carnets retrouvés , découvrit parmi eux une lettre jamais envoyée , coincée dans un exemplaire froissé du " Grand Meaulnes " , ce livre qu’il n’avait jamais pu relire depuis la guerre ! ( 11 )

C'était Grida Lenn , l'institutrice déménagée à Quistinic , un ancien " flirt ", veuve elle aussi , qui l’avait écrite , mais trop tard : " Jai appris que ton ancien camarade avait disparu dans les bois de Saint-Remy , ce même jour , disait-elle . Ce que tu ignores peut-être , cest que Roll était son adjoint .
Leurs deux noms , côte à côte , ont été retrouvés griffonnés par un brancardier sur une liste .
Ils sont tombés ensemble , à ce qu'il paraît , dans le même coin . Comme c'est étrange ! Peut-être sétaient-ils déjà croisés ? Peut-être ont-ils parlé de toi ? "

Il lut et relut ces lignes jusqu’à ce que les lettres dansent devant ses yeux . Ce jour-là , il comprit que le destin , bizarrement , s'était mis à tisser une nouvelle trame secrète , où l’amitié , le sang d'ébène comme celui de la guerre se mêlaient d’un seul fil . Retournant à l’orée du Val sans Retour , il y planta un petit mât de chêne taillé à la main sculpté de leurs deux noms .
Depuis ce jour , les enfants du hameau racontent qu’au lever du brouillard , le combattant boiteux vient parler aux arbres , comme s’il retrouvait en eux ses compagnons de toujours ! ( 12 )

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

1 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) - Première Partie - Le Trésor de Brocéliande - 3 - Brocéliande - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

2 Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .

3LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Deuxième Partie - Janed Kerneis VIII - Soeur Gabrielle - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

4Jean 21 ,15-17 .

5 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Deuxième Partie - L'Accomplissement ( Gaeltacht ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

6En 1901 , Henri-Alban Fournier , le futur " Alain-Fournier " ( 1886 - 1914 ) , qui songe alors à devenir marin , poursuit ses études de seconde au lycée de Brest dans le but d'entrer à l'École Navale .

7L’Intrépide , navire de ligne de deuxième rang à propulsion mixte ( voile et vapeur ) , en service dans la marine française de 1864 à 1913 , devenu en 1890 le navire-école de l'École Navale , et renommé Borda , troisième du nom .

     Bordaches , surnom des officiers sortant de l'École Navale .

8Le Condorcet , cuirassé de la classe Danton , en service actif dans la Marine française de 1911 à 1942 .

9 La brigade de fusiliers marins de l'amiral Pierre-Alexis Ronarc'h ( 1865 - et ses 6 500 Bretons âgés d'à peine 17 ans participèrent jusqu'à la fin du mois d'octobre 1914 à la défense héroïque de Dixmude . La moitié de la jeune troupe périt dans les combats .

10 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Troisième Partie - La Croisade , XI - Messire de Brocéliande , 24 - Le Bois des Chevaliers - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

11 - " Le Grand Meaulnes ", roman d'Alain-Fournier publié en 1913 chez Émile-Paul Frères. Il avait été auparavant publié en feuilleton dans la NRF de juillet à 

12 - Grida Lenn : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - " Dramatis Personae ", XIX - Yann Kervern I .

 

 

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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Prologue - I - La Dame du Lac .

24 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Ana

Ana

 

Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I - La Dame du Lac

 

 

 

" Tout est ombre et jeu  ,

  Sauf le cri de l'âme 

  Séparée de Dieu ... "

 

Zoé Oldenbourg - " Les Brûlés "

 

 

 

 

1 - Une nuit de décembre 1914 , tandis que les étoiles tremblaient comme des chandelles de cire au bord d'un ciel infini , un magnifique vaisseau glissa sans bruit à travers l’atmosphère . Sa coque miroitait d’un éclat bleuté , translucide comme le cristal des dieux , laissant dans son sillage une traînée de silence vibrant d'un grand mystère . Il ne venait pas d’un autre monde , sans doute , mais plutôt , d’un plan parallèle d’existence , là où la pensée du Seigneur se chante en lumière , où des formes sont nées de la musique de Sa volonté pure . À son bord voyageaient des êtres célestes , d’essence presque immatérielle , que les hommes du commun n’auraient pu voir sans devenir fous de beauté , tant ils étaient nés d’une harmonie première , d’un accord sensible entre les sphères , mais pourtant ... Jadis , une partie de leurs anciens frères , autrefois égaux dans la lumière , avaient choisi une voie plus dense , plus lourde . Ils s’étaient rebellés contre le rythme divin , leur rébellion ayant forgé une réalité plus matérielle , une planète dure , épaisse , où la pensée du Créateur s’était figée comme un roc . Ce monde-là , c’était la Terre !

Le vaisseau céleste , quasi invisible , mû non par des moteurs mais par l’élan d’une volonté cosmique , plongea tout droit dans les eaux grises d’un petit lac de Bretagne se refermant sur lui sans bruit , comme si rien n’avait été . Mais au matin ...

Ses occupants , qui en sortaient comme des fluides spirituels , descendirent , voulant visiter l'étrange pays de la forêt ! Celui-ci s’éveilla sous une brume d’argent . Les troncs noueux de ses chênes paraissaient écouter . Les mousses luisaient d’un vert neuf . Dans les clairières , le silence chantait comme un écho du passé .

Alors , les " Visiteurs " , qui étaient quatre , se mirent en marche , ondulant dans la lumière . Là où ils passaient , les corbeaux se taisaient , les cailloux frémissaient . Leur démarche était faite de contemplation lorsqu'ils parlaient sans voix , par télépathie , touchant , sans mains , les rêves enfouis des druides , les serments tus sous les dolmens , déchiffrant , à chacun de leurs pas , les mémoires du sentier de schiste frémissant !
Le peuple des hommes ne les vit pas . Mais les arbres , eux , reconnurent leurs traces .
Le Val sans Retour , ce repli du monde ancien , frissonna d’un secret oublié . Car les créatures célestes n’étaient pas venues pour punir ni conquérir , mais pour prendre contact avec le " Veilleur " qui , depuis les temps anciens , guettait l’heure de leur retour , lorsque les enfants du monde dense , ceux qui avaient oublié leur origine divine , commenceraient à se souvenir . Alors , peut-être , Brocéliande parlerait-elle à nouveau ?


 

2 - Il vivait en bordure de l'antique forêt , dans une vieille maison à demi ensevelie sous le lierre et , d'après eux , s’appelait Eliav , sculpteur aux temps anciens , comme l’avaient été ses aïeux qui , toujours , prétendirent que c’était une mystérieuse pierre vivante qui les appelaient dans leurs rêves . Depuis quelques jours , personne n'aurait su dire pourquoi , l'on sentait que l’air avait changé , que le vent avait un goût d’enfance oubliée , que les ombres des chênes semblaient s’attarder plus longtemps au dormant des fenêtres . Jusqu'à ce matin bizarre où il avait cru ressentir , sur la rive de l'étang , l'espace d'une seconde , une étrange vibration ! Pas un bruit , non . Plutôt ... comme une présence . Quelque chose de vaste , de doux , qui palpitait comme un chant inaudible tout autour de lui ! Il leva les yeux tandis que , sur la berge opposée , entre deux bouleaux tordus par les siècles , telle une lueur soudaine parmi le feuillage , une silhouette lui apparut , qui se matérialisa brusquement devant lui , qui l'observait !

C’était une femme , ou peut-être autre chose . Sa forme semblait flotter légèrement au-dessus du sol , et sa robe , diaphane comme les brumes de l'aube , s’écoulait autour d’elle comme de l’eau qui ne mouille pas . Son visage était pâle , serein , d’une beauté trop pure pour appartenir à ce monde . Et ses yeux , ses yeux qui contenaient l’éclat des nébuleuses !
De l"autre côté , même si ses lèvres fines parurent ne pas bouger , le promeneur perçut sa voix mélodieuse :

- Tu te souviens de moi ? , fit-elle semblant de lui demander .


Dans un éclair , tout lui revint des visions d’un autre univers , d’un autre temps , d’un serment fait sous un ciel sans nuit , d’un amour qui n’avait jamais eu de fin , seulement l’obscurité ...
Elle s’appelait Ana , fille d’Avalon , planète lumineuse , princesse de l’espace, gardienne des archives d’outre-temps , venue veiller ici-bas les âmes perdues dans la matière . Mais jadis , avant la chute , Eliav , comme elle , n’étaient qu’un , deux notes d’une même mélodie divine !
Lui , cependant , qui avait choisi la densité , avait , jusqu’à aujourd’hui , tout oublié . Pourtant , d'un soupir à travers le silence , elle lui tendit la main , la forêt tout entière semblant retenir son souffle , car cette rencontre réveillait en elle d’anciens pouvoirs , lorsque la force de son amour guidait les amants sur le chemin secret de la fontaine et des mystères enfouis ...

 

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - Prologue - I - La Dame du Lac - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

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