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LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre .

25 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VEILLEUR DE BROCELIANDE

Le Départ des Poilus , août 1914 - Albert Herter ( 1871 - 1950 )

Le Départ des Poilus , août 1914 - Albert Herter ( 1871 - 1950 )

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Le Veilleur de Brocéliande

( Cycle de L'Etoile XXXIV )

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Amour et la Guerre

 

 

 

" Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est

  vivant ? "   

Luc , 24 , 5

 

 

 

 

 

3 - Donc , ce matin-là de l'aurore cruelle d'un nouveau siècle de feu , obéissant à une indicible force , il avait eu envie , malgré sa blessure , de profiter du grand air et de goûter à l'ivresse que procure cette sensation de faire partie , comme autrefois , de la nature végétale , sensible au chant des oiseaux qui voletaient sur les fleurs d'ajoncs , puis , voulant échapper à la triste ambiance de son état , de suivre encore leurs traces dans le clair-obscur des prairies détrempées , désireux de les revoir enfin sur le lac , dans la naissance inoubliable d'un nouveau jour , ainsi que d'autres images qu'il croyait à jamais disparues , renaissant en lui d'une façon si vivante , comme une rosée de nacre translucide gouttant d'un brin d'herbe , ou pareille à cette couleur plus ou moins sombre d'un arbre vigoureux sur la lande ! Quel bonheur c'était , en effet , pour lui , caressé par une brise légère , de courir à l'appel de la source perdue dont la claire chanson , vivante au coeur des hêtres , faisait danser les colombes , de contempler l'image inversée du château dans les ondes grises du lac , alors que la biche immaculée aux bois de cerf vient craintivement s'y désaltérer , suivie de son faon , de voir enfin ce dont lui avait parfois conté sa mère dans ses récits , la métamorphose de cygnes majestueux en jeunes princesses qui pouvaient vous conduire , à tire d'aile , à leur palais resplendissant de pierres précieuses , retenu par quatre chaînes d'or , tout là-haut , bien au-dessus du reflet mouvant des nuages dans l'eau verdâtre ... Mais , pour l'enfant de jadis , n'était-ce vraiment qu'un rêve ? Et si tout autour , le vent des grands chênes faisait à nouveau s'agiter l'espoir ? 

          Marchant d'un pas résolu , tandis qu'une à une , s'éloignaient les dernières masures du village , il avait d'abord vu rejaillir avec force de ce magma de schiste grisâtre , les premiers éclats d'une aube rougeoyante à l'horizon lointain , puis , le long d'un obscur vallon , s'était engagé sur un chemin qui menait à un calvaire proche de la chapelle Saint-Jean , planté sur une roche toujours fleurie en abondance : " Le Rocher Flamboyant " ! Nul , en vérité , ne passera ici sans tressaillir ! Et quiconque s'agenouillera devant sa petite croix de grès , ne pourra rester insensible à l'appel du Crucifié , figuré par une statuette lumineuse de pierre blanche qui vous remue le coeur . La tête du martyr s'incline légèrement sur la gauche , et la pâleur du corps , maculé de sang , contraste avec un coeur tout rouge en relief , d'où jaillissent des rayons étincelants ! ( 1

          Plus loin que cette longue allée verte sous le feuillage touffu , il suivit alors des yeux le vol d'une blanche tourterelle dans les buissons d'aubépine , et , sous la voûte impénétrable des pins majestueux , dans un bruissement d'ailes , jaillit une lueur diaprée flottant comme une ombre sur des tapis de mousse fleurie parsemés d'aiguilles brunes , fleur bleutée , myosotis dont le calice fragile , doucement , se balance , et pour qui la fixe un peu trop du regard ,  suspend sa course , plus l'on s'enfonce dans l'épaisse verdure alentour , plus ses teintes changeantes vous hypnotisent ... Curieux voyage vers celle qui , souvent , revêt , dans sa corolle , toutes les couleurs du ciel , et chaque fois qu'elle vous montre une parure différente , s'exhale en parfum de louange , en perles diaprées sur sa robe scintillante !
          Qui donc pouvait bien être cette nouvelle Madone ? , se demanda-t-il , se sentant presque défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle qui avait su , l'espace d'une seconde magique , chasser en ses yeux les ombres démesurées du soleil couchant , pour , avec tant de grâce , faire gracieusement briller devant lui sa vêture céleste ? Pour lui , qui n'oublierai jamais cette petite phrase qu'elle avait ensuite envoyée à son cerveau , en s'asseyant sous un aulne dont les feuilles prenaient  la forme d’un cœur .

Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( )

          Il avait cru revoir Janed , son premier amour , celle qui avait suscité ses premiers émois d'adolescent silencieux et timide , qu'il avait retrouvée ensuite au soir d'une longue veillée bretonne , sur un chemin qui s'enfonçait sous les ombrages d' " An Ode Wenn  " , et qui , ensuite , s'était blottie tout contre lui pendant la soirée , petite fée semblant boire ses paroles d'une oreille attentive et l'observant de ses yeux malicieux et tendres , Janed , charmante soeur de la mariée qu'il avait cru reconnaître ainsi comme s'ils étaient nés l'un pour l'autre , frémissant de peur , soudain , pour cette nouvelle compagne silencieuse et fidèle depuis si longtemps désirée et qui , enfin venue , le comprendrait pour toujours ! Se rappelait-elle encore cette profonde attirance qu'il avait ressentie pour elle , aussi , sur les bancs du collège de Landéda ?

          Mais , quelques mois plus tard , ce fut son rival , celui qui devait mourir au front , qui avait triomphé quand elle lui avait jeté au visage , un peu éméchée au retour d'une folle ronde en ribambelle , riant à la cantonade avant d'offrir à l'heureux élu l'un de ses plus chauds baisers :

 - Yann , je te présente Jakezmon petit ami !    ( 3 )  

Ce même jour où la nef d'émeraude cristalline avait silencieusement fendu les cieux d'une vague profonde que le vent fit déferler en tempête à travers les arbres , lui marchait , l'esprit troublé , hanté par la silhouette de la jeune fille rencontrée des années plus tôt sous les guirlandes d'un mariage d'été , dans la cour fleurie d'un manoir breton . Lumineux amour , sincère , et pourtant voué à s'effacer puisqu'elle en avait choisi un autre , l'ami et le rival , tombé héroïquement , quelques années plus tard , sur le champ de bataille de à Dixmude , tandis que la guerre dévastait les âmes !
Tout en s'approchant de la chapelle aux murs lézardés , le promeneur sentit soudain le frémissement d'une présence . Une lumière opaline emplit le sous-bois , l'air vibra d'une manière étrange lorsqu' ANA apparut , créature diaphane , presque éthérée dans sa combinaison translucide , avec ses yeux sans pupilles , qui , telle une caméra , semblaient capter en lui l'essence même de ses pensées , mais dont la voix , ne parlant pas avec des mots , résonnait en lui comme un chant intérieur , mêlant son âme à celle de Janed , en un instant suspendu .
Elle les voyait tous deux : lui , jeune , impulsif , d'abord , puis devenant sage après des années de guerre , elle , insouciante et grave , par la suite , austère , quand elle avait revêtu un jour , par désespoir , peut-être , le voile des épouses du Christ .

- Amour tissé d'ombre et de lumière ! , lui souffla-t-elle . Destin croisé , suspendu aux fils d'une antique bataille . Elle t'aime encore , tu la chéris . Pourtant , son chemin la porte ailleurs ... vers cet autre serment , plus ancien que vos promesses .
- Pourquoi faut-il perdre ceux que l'on choit ? , se permit-il enfin de lui répondre , complètement bouleversé . Pourquoi les chemins humains sont-ils tissés de tant de séparations et douleurs , pourquoi la vie s'emploie-t-elle toujours du côté de la tristesse

L'écho résonna dans son cœur : M'aimes-tu ? Aimes-tu ? Qu'y-a-t-il au-delà du gué ? Pas de perte , mais transmutation ! Votre amour , loin de s'éteindre , nourrira d'autres âmes , d'autres mondes . Janed aussi portera sa trace en elle . Dans ses prières , ton nom vivra . ( 4 )
Un jour , vos deux esprits se reconnaîtront , bien au-delà du temps terrestre !
Il sentit alors une vision lui traverser l'esprit , celle d'une vieille femme priant dans une petite église , le regard perdu vers l'autel d'une présence invisible ; et lui , retrouvant sa mémoire d'étoiles , plus tard , bien plus tard , quand son âme franchirait la dernière porte !
Dans la clarté du sous-bois , le voile ondula une dernière fois dans le feuillage d'un orme .
Avant de disparaître , elle lui dit encore :

- Veille donc , mon ami Eliav ! Ceux qui aiment véritablement ne meurent jamais !
Puis la lumière s'effaça , comme une étoile filante absorbée par l'ombre des branches de feuillus et résineux .
Debout , seul devant la chapelle Saint-Jean , l'enseigne de vaisseau serra contre lui sa douleur , mais aussi cette paix nouvelle que l’être venu d’ailleurs lui avait donnée .
Il sut alors que son amour pour Janed n'était pas vain , qu' il était , en secret , devenu une autre pierre vivante dans l'édifice éternel !

4 - À Brest , en 1901 , Yann Kervern , petit-fils d’un vieux loup de mer et seul enfant d’une conteuse de Paimpont , jeune homme au regard volontaire , aux mains déjà tannées par le sel de l’océan , souvenir d'un récent voyage dans les pays de la mer celtique , entamait sa seconde au lycée de la rue du Château . ( 5 )

Dans les couloirs gris du lycée , il s'était lié d’amitié avec un adolescent rêveur comme lui , Henri-Alban Fournier , que l’on connaîtrait bientôt sous le pseudonyme littéraire d'Alain-Fournier , venu du Berry , qui poursuivait au lycée de Brest ses études dans le but d'entrer à l'École Navale . ( 6 )

Cependant , bien que la rugosité du tempérament de l'apprenti marin s'avérât quelquefois comparable aux roches de Brocéliande , leurs univers littéraires , nourris des mêmes rêves d'une enfance merveilleuse au milieu d'une nature presque idéalisée , paraissaient si proches qu'à la fin de l’année , Yann proposa à son ami d'intégrer l’école navale et de s’embarquer sur l' " Intrépide " , le navire-école des Bordaches , pour voguer avec lui vers l’Atlantique , et peut-être plus loin . ( 7 )

Mais le futur célèbre auteur déclina poliment . Son destin n’était sûrement pas dans le roulis des vagues , pensait-il , mais dans les brumes d’un immortel chef-d'oeuvre en germe .

Le morbihannais , qui , avec tristesse , avait déjà vu s'éloigner son cousin , partit seul , sentant son cœur un peu plus lourd , mais déterminé à suivre les traces de son grand-père . Cette nouvelle vie à bord le forma , le trempa . Il devint quartier-maître , gagnant l’estime de ses officiers . Peu à peu , la vie suivit la houle des années , ports lointains , lettres jamais envoyées , souvenirs de ce camarade qui , de temps à autre , évoquait la difficile écriture de son roman . Lorsqu’il apprit enfin la parution de celui-ci , en 1913 , l'aspirant le lut en silence , dans une cabine du cuirassé " Condorcet " , croyant y reconnaître un peu de lui-même . ( 8 )
 

Puis vint août 1914 , la mobilisation , la foudre !

Il fut affecté aux fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h , envoyé vers le front nord avec Jakez Rhûn , son frère d’armes breton . Là , dans la boue de Dixmude , le souffle de la mer ne suffit plus à masquer l’odeur de la poudre et du sang . L’uniforme bleu s’usa vite , le feu de l’artillerie allemande martelant les digues et les cœurs . Ce fut une résistance héroïque , sans doute , presque insensée ! ( 9 )
Le 10 novembre de cette année tragique , lors d’une contre-offensive , il tenta de sauver Jakez , le mari de Janed , frappé à la jambe par un éclat d’obus , quand lui aussi avait été laissé entre deux flaques d’eau et de sang , le drapeau dans la main , jurant à son capitaine qu’il ne mourrait pas là . Il tint parole . Rapatrié à Rennes , puis en convalescence à Paimpont , le rescapé revint sur ses terres de Brocéliande , estropié mais vivant . Il n’avait que vingt-sept ans , mais déjà tout le poids d’un siècle dans les yeux ! Le louveteau des mers , qui , chaque jour , arpentait les sentiers de la forêt , devint homme de mémoire , gardien d’un secret , veilleur de légendes . Chaque pas douloureux mais déterminé qu'il y faisait , comme un pèlerin du souvenir , l'amenait , le soir , à jeter , au fond de la fontaine de Barenton , des galets gravés de signes mystérieux .

Car sa conscience le torturait .

Lui , qui , médaillé de guerre , passait pour un brave , avait , en réalité , à se reprocher la décision qu'il avait prise d'envoyer en première ligne le fiancé de Janed et de simuler sa propre blessure en maquillant les faits .

Dans le village , on disait qu’il parlait à ses morts , peut-être aux anciens dieux . Plus tard , dans un journal froissé , il apprit qu'Alain-Fournier , son cher copain d'école , avait , corps et âme , juste deux mois auparavant , péri dans l’Argonne . Durant de longues années , le solitaire pleura en silence , une larme pour ses amis , d'autres pour l'amour impossible d'une jeunesse perdue !

Il ignorait encore que ce même 10 septembre 1914 , Roll Dagorn , le cousin rebelle et chevaleresque de ses aventures d'adolescent , l'avait abandonné une dernière fois , tombant lui aussi , terrible coïncidence , au " Bois des Chevaliers " . ( 10 )

Celui-ci , remarqué pour son courage , était parti avec la fougue des anciens preux , chef d'une unité commandée en second par ce même jeune lieutenant de réserve à la voix douce et au regard lointain qu'il avait jadis connu à l'école préparatoire !
Ce n’est que bien plus tard , un soir de 1922 , que Yann , en classant au grenier de vieux papiers jaunis , correspondances et carnets retrouvés , découvrit parmi eux une lettre jamais envoyée , coincée dans un exemplaire froissé du " Grand Meaulnes " , ce livre qu’il n’avait jamais pu relire depuis la guerre ! ( 11 )

C'était Grida Lenn , l'institutrice déménagée à Quistinic , un ancien " flirt ", veuve elle aussi , qui l’avait écrite , mais trop tard : " Jai appris que ton ancien camarade avait disparu dans les bois de Saint-Remy , ce même jour , disait-elle . Ce que tu ignores peut-être , cest que Roll était son adjoint .
Leurs deux noms , côte à côte , ont été retrouvés griffonnés par un brancardier sur une liste .
Ils sont tombés ensemble , à ce qu'il paraît , dans le même coin . Comme c'est étrange ! Peut-être sétaient-ils déjà croisés ? Peut-être ont-ils parlé de toi ? "

Il lut et relut ces lignes jusqu’à ce que les lettres dansent devant ses yeux . Ce jour-là , il comprit que le destin , bizarrement , s'était mis à tisser une nouvelle trame secrète , où l’amitié , le sang d'ébène comme celui de la guerre se mêlaient d’un seul fil . Retournant à l’orée du Val sans Retour , il y planta un petit mât de chêne taillé à la main sculpté de leurs deux noms .
Depuis ce jour , les enfants du hameau racontent qu’au lever du brouillard , le combattant boiteux vient parler aux arbres , comme s’il retrouvait en eux ses compagnons de toujours ! ( 12 )

 

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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DAN AR WERN - LE VEILLEUR DE BROCELIANDE ( Cycle de L'Etoile XXXIV ) - II - L'Amour et la Guerre - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE VEILLEUR DE BROCELIANDE " , copyright 2025 . 

 

                                     ___

Notes :

1 - La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) - Première Partie - Le Trésor de Brocéliande - 3 - Brocéliande - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . 

2 Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .

3LABYRINTHE ( Cycle de L'Etoile XXXIII ) - Deuxième Partie - Janed Kerneis VIII - Soeur Gabrielle - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LABYRINTHE " , copyright 2024 . 

4Jean 21 ,15-17 .

5 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Deuxième Partie - L'Accomplissement ( Gaeltacht ) - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

6En 1901 , Henri-Alban Fournier , le futur " Alain-Fournier " ( 1886 - 1914 ) , qui songe alors à devenir marin , poursuit ses études de seconde au lycée de Brest dans le but d'entrer à l'École Navale .

7L’Intrépide , navire de ligne de deuxième rang à propulsion mixte ( voile et vapeur ) , en service dans la marine française de 1864 à 1913 , devenu en 1890 le navire-école de l'École Navale , et renommé Borda , troisième du nom .

     Bordaches , surnom des officiers sortant de l'École Navale .

8Le Condorcet , cuirassé de la classe Danton , en service actif dans la Marine française de 1911 à 1942 .

9 La brigade de fusiliers marins de l'amiral Pierre-Alexis Ronarc'h ( 1865 - et ses 6 500 Bretons âgés d'à peine 17 ans participèrent jusqu'à la fin du mois d'octobre 1914 à la défense héroïque de Dixmude . La moitié de la jeune troupe périt dans les combats .

10 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) - Troisième Partie - La Croisade , XI - Messire de Brocéliande , 24 - Le Bois des Chevaliers - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

11 - " Le Grand Meaulnes ", roman d'Alain-Fournier publié en 1913 chez Émile-Paul Frères. Il avait été auparavant publié en feuilleton dans la NRF de juillet à 

12 - Grida Lenn : " La Demeure Enchantée " ( Cycle de l'Etoile II ) , II , 10 - Haligan - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés - " Dramatis Personae ", XIX - Yann Kervern I .

 

 

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