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LA VIE EST BELLE - Seconde Partie - Résurgence - VIII - Clara .
29 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Seconde Partie
Résurgence
VIII - Clara
" Peut-être qu'une rafale de vent m'emportera ailleurs , là où la vie reprendra forme ? Elle fait semblant d'être vivante , sa douce chair de femme est glacée ... Que veut-elle de moi si elle est morte ? "
Francisco Coloane - " Tierra Del Fuego " ( Sur le Cheval de l'Aurore , 1956 )
20 - Paol , connaissant une partie de son histoire , du moins , celle que l’Ordre avait accepté de formuler , ne détournait pas les yeux du " cristal " .
Mais tout n’était pas dit . Rien ne l’était jamais entièrement . Néanmoins , certaines strates finissaient par émerger au fil des décennies , comme des vestiges que même le silence ne parvenait plus à ensevelir . L’année 1945 revenait toujours . Non comme une défaite , pour certains , mais comme une translation devenue nécessaire . Il revoyait les dossiers , les fragments , les rapprochements opérés des années plus tard par tous ceux qui avaient vécu cette difficile période .
Un nom revenait , bien sûr , dans leurs recherches , de manière inattendue : celui de Clara Michel , figure d'abord périphérique , associée à des récits de résistance , à une survivance presque mythifiée , à de nombreux messages codés .
Mais certains témoignages parlant de présence instable , d’apparitions discontinues , d’une capacité à être là , puis à mystérieusement s'évanouir , allaient beaucoup plus loin , comme si , par intermittence , elle se retirait du visible , passant ailleurs .
Dans la salle , une imperceptible tension se propagea , presque organique . A l'intérieur du verre , où la lumière interne éclairait l'eau stagnante , couleur de mercure , et qui paraissait respirer comme un être vivant , des formes glissaient à sa surface , qui s’étiraient , se contorsionnaient , se scindaient , se reformaient dans un ballet muet , ni tout à fait humaines , ni tout à fait animales , certaines semblant faites de chair , d’autres d’algues phosphorescentes !
Les membres du groupe , immobiles jusque-là , semblèrent suspendus à ce spectacle incroyable qui les dépassait . Sans bruit , l’espace se modifia . Une portion de l’air sembla se retirer , comme si la réalité elle-même laissait place à une autre , plus divinement alchimique !
Et elle fut là , tout à coup , ni tout à fait visible , ni totalement absente , Clara , une présence en déséquilibre avec le monde , qui essayait de se matérialiser , sa silhouette se dessinant par à coups dans une résurgence , comme si la lumière hésitante se mettait à pulser dans son regard lorsque ses contours fluctuants revenaient peu à peu avant de se perdre à nouveau !
21 - Il était clair , désormais , que ce que l’Ordre avait tenté , en vain , d'accomplir par ses folles expériences , dans un but inavoué de provoquer le réveil d'une race dominant des créatures asservies , n’avait jamais été que l'oeuvre de l’ombre maléfique du Créateur à qui , seul , appartenait ce pouvoir essentiel de résurrection !
Face au cristal magique , la femme s’avança dans la pénombre . Sa présence n’avait rien de spectaculaire . Aucun signe extérieur , aucun attribut distinctif . Et pourtant , tout , dans la salle , semblait s’ordonner autour d'elle , même le silence . Elle paraissait si jeune que son visage ne portait pas encore les marques du temps . Mais lorsqu’elle parla , sa voix fluette sembla répondre à une présence millénaire .
On disait , dans des cercles restreints , qu'elle avait traversé les époques sans jamais apparaître tout à fait . Qu’elle avait su se tenir à proximité du pouvoir sans s’y exposer , se servant des fractures de l’histoire comme autant de points d’ancrage .
Certains la rattachaient même aux réseaux discrets de l’époque du cardinal de Richelieu , tandis que d’autres n'hésitaient pas à évoquer des figures plus anciennes , des noms circulant tels des masques de carnaval à travers les époques , celui de l'épouse d'Alessandro Cagliostro , par exemple , ou celle du comte de Saint-Germain ! ( 11 )
22 - Mais ce que l’Ordre avait tenté de bâtir au fil du temps ne tenait pas dans une simple théorie philosophique dont les grandes lignes devaient être , notamment , développées par Nietzsche à la fin du XIXè siècle . Car jamais , jusque-là , les conditions n’avaient été réunies pour son application . Ni au XVIIe , lorsque les premières galeries furent construites , pourtant , sous le Palais-Royal , ni en 1945 , lorsque le cristal fut arraché au chaos , puis transporté depuis la Bretagne à travers une Europe en ruine . Même à Prague , où ses premières manifestations furent observées , quelque chose manquait encore , un facteur de convergence ! ( 12 )
Notre période , en revanche , offrait une configuration jusque là inédite . Non pas un progrès , mais un seuil . Pour la première fois , l’humanité , en ce début du 2è millénaire , avait tissé autour d’elle un réseau continu , flux d’informations , de signaux , de représentations , dans lequel toute réalité devenait instable , reproductible , modulable . La matière n’était plus une limite . Seulement une interface . Et ce que les anciens textes désignaient confusément comme " la transparence du monde " était en train de se réaliser , non par la magie , mais par la technique .
C’était précisément cela qui rendait le moment possible . Car ce que contenait le cristal , ou plutôt ce qui s’y maintenait de façon devenue parfois perceptible à l'espèce humaine , n’était pas qu'une présence , mais une forme d'intelligence adaptée aux milieux perméables , quand la frontière entre visible et invisible cesse d’être tout à fait stable pour s'ouvrir à des superstructures fluidiques mais volatiles permettant à l’information de circuler plus vite que la matière .
Longtemps , cette intelligence était restée confinée , incapable de s’étendre dans un monde trop dense , trop lent , trop fermé . Elle avait attendu . Non pas d’être libérée . Mais que le monde devienne compatible , et , peut-être enfin , que l'heure fixée par le Destin soit venue !
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Seconde Partie - Résurgence - VIII - Clara - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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Notes :
11 - Le comte de Saint-Germain , se prétendant immortel , était un aventurier européen dont le vrai nom comme les origines restèrent inconnus , mais qui avait un intérêt pour la science , l’alchimie , la philosophie et les arts .
- La Demeure Enchantée ( Cycle de L'Etoile II ) - Quatrième Partie - Le Fantôme de Saint-Denis - VII - Cagliostro - Copyright 2016 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
12 - " Le Gai Savoir " ( Die Fröhliche Wissenchaft , 1882 ) - " Ainsi Parlait Zarathoustra " ( Also Sprach Zarathustra , 1883 - 1885 ) , oeuvres lyriques du philosophe et poète allemand Friedrich Nietzsche ( 1844 - 1900 ) .
- L'ETOILE BLEUE ( Cycle de L'Etoile XVII ) - VII -Tarentule Bleue - Copyright 2022 Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - All rights reserved .
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LA VIE EST BELLE - Seconde Partie - Résurgence - VII - Les Mystères du Palais-Royal .
26 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Seconde Partie
Résurgence
VII - Les Mystères du Palais-Royal
" Que façonnes-tu de si beau ,
de si brillant ? "
W.B Yeats - " La Croisée des Chemins " ( Crossways , 1889 ) - " Le Manteau , le Bateau et les Souliers " ( The Cloak , the Boat and the Shoes ) .
16 - Hiver 1637 , Paris : Dans la pénombre de fondations toujours très humides , les torches projetaient des ombres instables sur les murs de pierre fraîchement taillée . L’air sentait la chaux , la terre retournée , plus quelque chose d’autre comme une odeur métallique assez ancienne . Armand Jean du Plessis de Richelieu ne descendait jamais sans raison . Ce soir-là , pourtant , son éminence avait insisté . On avait congédié les ouvriers plus tôt que prévu . Seuls demeuraient quelques hommes triés sur le volet , silencieux , qui , n’appartenant pas à ces corps de métiers , ne portaient ni les gestes ni les regards des bâtisseurs habituels . Richelieu , quant à lui , appuyé sur sa canne , marchait avec lenteur . Il ne regardait pas les murs , préférant les écouter . ( 9 )
- Plus loin ! , dit-il en passant devant une cloison provisoire .
Derrière , la terre s’ouvrait sur un vide inattendu .
Ce n’était pas une galerie creusée . C’était une cavité déjà là , parfaitement stable , comme si on avait bâti le palais juste au-dessus d’un réseau préexistant . L'un des hommes , tenant une lampe , s’agenouilla , mettant en lumière des marques , pas des traces d’outils , mais des signes . Le cardinal s’arrêta , prenant longuement le temps de réfléchir , puis , dans un souffle presque inaudible , déclara :
- Nous ne ferons que prolonger ce qui a été commencé ...
Personne n'oserait lui répondre . Les torches vacillèrent pendant que la pierre , elle même , semblait-il , retenait son souffle !
17 - Le jardin du Palais-Royal , avec cette élégance contenue des lieux où le temps ne s’écoule pas tout à fait comme ailleurs , paraissait immobile , comme retenu dans une époque indécise . Les alignements parfaits des tilleuls , de même que la rigueur presque géométrique des galeries , tout évoquait plus une paisible promenade qu’un lieu de rendez-vous secret . Sous les arcades régulières , les silhouettes passaient sans se voir , glissant entre les colonnes comme des ombres disciplinées . Quand il s’arrêta devant la vitrine , le soleil avait décliné sur le parc , laissant ses derniers feux brûler le fronton des façades qu'un trio insoucieux de mannequins et photographes bravait encore de leurs sourires enjôleurs , snobant les rares passants pressés témoins de leurs poses d'Arlequins moqueurs ...
La bijouterie ne payait pas de mine . Quelques bagues anciennes , deux montres ternies par les années , côtoyant un collier de perles discrètement éclairé . Rien qui n'attire véritablement l’œil , et pourtant , lorsque Paol entra , déclenchant le tintement sec , presque réticent , d'une clochette , tout lui sembla trop parfaitement ordonné , comme si chaque objet occupait une place dictée par une logique invisible .
Derrière le comptoir , un homme assez maigre leva les yeux , regard pâle , costume sombre , cheveux tirés en arrière .
- Je peux vous renseigner ?
Goulvan observa brièvement la pièce , puis répondit d’une voix calme :
- La vie est belle , vous ne trouvez-pas ?
Je cherche une pierre ... qui ne se vend pas .
L’homme inclina très légèrement la tête . Il y eut un silence .
- Il y a des choses qui ne s’achètent pas , en effet .
Le visiteur s’approcha .
- Elles n’appartiennent qu’à ceux qui savent voir la lumière dans l’ombre .
Cette fois , le regard du bijoutier changea . À peine . Mais suffisamment .
- Suivez-moi !
Sans un mot de plus , il contourna le comptoir , ouvrant une porte étroite dissimulée dans le bois sombre . Paol suivit son guide dans une arrière-boutique exiguë , encombrée de vieux coffres et de registres poussiéreux .
Puis vint une seconde porte , plus épaisse , et sans poignée .
Le bijoutier posa la main sur un panneau de cuivre gravé de signes géométriques . Ses doigts composèrent une séquence précise . Un déclic sourd retentit .
La porte s’ouvrit lentement . Derrière , un tunnel étroit , creusé dans la pierre , éclairé par une lumière froide , presque irréelle ...
18 - Alors , le bruit de la ville , s'effaçant peu à peu , fut remplacé par une résonance sourde , comme si les murs eux-mêmes retrouvaient une époque disparue . Au bout du passage , ils avancèrent jusqu'à une vaste salle capitulaire hors du temps , comme si un fondement de château bâti sous le Palais-Royal avec des pierres massives du Moyen-âge s'ouvrait en hautes voûtes ogivales gravées de symboles . Tout autour d'une table circulaire , au centre , quelques silhouettes immobiles patientaient , sept moines vêtus de noir , encapuchonnés , dont l'un , tandis que Lavigne s’effaçait discrètement , se leva , prenant la parole d'une voix grave et posée dominant les autres . Puis , l'homme déclencha un mécanisme qui , dans le fond de la salle , illumina une vitrine . À l’intérieur , se trouvait un objet , ni tout à fait pierre , ni tout à fait cristal , masse translucide parcourue de reflets internes , comme si une lumière vivante y circulait , lente , organique . Paol sentit , malgré lui , un frisson lui parcourir l’échine alors qu'il songeait brièvement à son " ami " Julian Le Guern , à la confiance qu’il avait su installer entre eux , patiemment , presque affectueusement , pendant cette enquête qu’il avait guidée pour lui sans jamais en avoir l’air , orientant les hypothèses d'une manière habile , suggérant des pistes , laissant croire à la découverte là où il n’y avait qu’un parcours balisé . Ce n’était pas une trahison , pourtant , songea-t-il .
- Contemplez " La Vie " ! , dit le Grand-Maître à la cantonade .
Même après toutes ces années , le visiteur ne pouvait s’empêcher d’éprouver une forme de trouble en présence de cette matière instable , comme traversée d'une énergie intérieure , vivante circulation lumineuse échappant aux lois fondamentales de notre monde . Ce n’était pas un objet . C’était un seuil vers l'insondable ! Il se remémora ce premier jour où , quand on le lui avait montré , il avait , par instinct , voulu lui résister une seconde , avant de comprendre qu'il n'était humainement pas possible de le faire .
Alors , Paol fermant brièvement les yeux , se rappela ce qu'on lui avait confié des derniers jours du Reich , alors que l’effondrement rendait toute hiérarchie illusoire , et qu'un groupe restreint , désigné sous le nom d’ " Étoile Bleue " ( Blaue Stern ) avait reçu mission d'arracher l'objet du chaos , les " Nazis " pensant pouvoir créer un " surhomme " capable de vaincre leurs ennemis grâce à cette pierre d'origine inconnue trouvée en Bretagne près du " Tombeau de Merlin " . Les archives mentionnaient l'existence d'un convoi discret , fragmenté , évitant les axes principaux , contournant les zones d’effondrement . Certains témoignages rares , souvent incohérents , parlèrent d'incidents inexplicables , de disparitions , de pertes de repères , d'altérations du comportement chez les porteurs eux-mêmes . C’est à partir de là , une fois la paix revenue , que , selon toute vraisemblance , ayant fini , peu à peu , par comprendre , avec les expériences menées par la suite , et qui avaient toutes échoué , qu'aucun " surhomme " , en fait , n’avait émergé , qu'aucun contrôle réel n’avait pu être établi sur l'artefact , l’Ordre avait dû admettre une possibilité plus dérangeante : le cristal contenait une forme de vie ancienne , extérieure , capable d’interagir et de s’adapter en choisissant qui elle souhaitait pour survivre , certains sujets mentionnant des transformations fugitives , des perceptions altérées , parfois, des phénomènes plus troublants encore , affirmant ne plus être vraiment seuls en eux-mêmes . ( 10 )
D’autres décrivaient une capacité nouvelle , mais brève , à échapper dans l'invisible au regard , puis à se dissoudre dans l’espace environnant , comme si la matière elle-même cessait de les reconnaître .
- Des délires ! , conclua-t-on d’abord .
19 - Le plan avait suivi son cours . Julian avait franchi les étapes nécessaires : la découverte, l’incrédulité , l’obsession naissante . Les archives , les témoignages , les coïncidences - tout avait été disposé avec une précision presque organique . Il n’y avait pas eu d’improvisation .
Seulement un ajustement constant , comme si l'Entité , au-delà même de l’Ordre , par une variation de lumière à peine perceptible , mais suffisante , du Cristal , avait veillé à la cohérence de l’ensemble , surveillant le processus avec minutie , dictant mentalement sa volonté à ceux-là même qui en étaient devenus l'instrument !
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Seconde Partie - Résurgence - VII - Les Mystères du Palais-Royal - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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Notes :
9 - Armand Jean du Plessis de Richelieu , dit le cardinal de Richelieu ( 1585 - 1642 ) , principal ministre du roi Louis XIII , constructeur du Palais-Cardinal ( 1628 ) , qui devint Palais-Royal sous Louis XIV .
10 - L'Etoile Bleue ( Cycle de L'Etoile XVII ) - X - L'Etoile Bleue - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - septembre 2022 - All rights reserved .
LA VIE EST BELLE - Première Partie - Eclipse - VI - Les Ombres de Tellhouët .
24 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
VI - Les Ombres de Tellhouët
" Avant que je m'en aille sans retour
Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse ,
Où l'aurore même ressemble
A la nuit sombre ... "
JOB 10 , 21 / 22 .
14 - La nuit était déjà tombée lorsque Paol Goulvan quitta la route départementale pour s’enfoncer dans les chemins étroits de la forêt de Paimpont . Bien avant d’atteindre Tellhouët , il avait coupé les phares de sa voiture , la laissant dissimulée sous un couvert de hêtres . Le reste du trajet , c'est à pied qu'il le fit . L’air était humide , chargé de cette odeur de terre noire et de feuilles humides paraissant monter des profondeurs du lac . Ici , chaque pas résonnait comme un écho . La forêt n’était pas seulement un décor : on aurait dit qu'elle vous observait . Faisant une halte , il consulta son téléphone , constatant qu'il n'y avait aucun réseau :
- Parfait … murmura-t-il . On est seuls .
Devant lui , se dressaient les vestiges décharnés de l’ancien monastère consacré à saint Samson , masse de pierre ouverte au vent du soir , où quelques lueurs mouvantes , comme si on circulait à l’intérieur , tremblant comme des veilleuses clandestines , paraissaient retenir encore , à travers de larges ouvertures laissant passer leur lumière incertaine , des prières oubliées .
L'enquêteur se glissa dans l’ombre des murs , longeant leurs arcades presque effondrées , puis il se mit à contourner l’édifice en prenant soin d’éviter les branches mortes pour ne faire aucun bruit . C’est alors qu’il les vit , silhouettes drapées de noir , capuches rabattues , qui avançaient sans bruit comme si elles répétaient un ancien rite , portant des charges , des caisses peut-être , et des objets tous enveloppés d'étoffes épaisses .Tapi dans un fourré , retenant son souffle , il finit par sortir de sa poche un appareil , réglant celui-ci sur le mode " nocturne " , et malgré qu'il captât les formes avec difficulté , il prit une première photo , puis une seconde . Mais au moment où il ajustait l’objectif , l'une des silhouettes se détacha légèrement du groupe , comme pour donner une consigne muette d'un geste de la main bref et précis . La manche glissa . Un poignet apparut . Le photographe n’y prêta guère attention sur l’instant . Mais l’appareil , lui , enregistra : une peau fine , presque translucide , marquée d’une petite cicatrice en forme de croissant , juste au-dessus de l’articulation .
Puis , le groupe reprit sa marche vers le " Tombeau de Merlin " . L'ex-gendarme serra les dents , car il connaissait bien cette légende que certains racontaient , prétendant que ce tombeau n’était qu’un leurre , une simple butte de pierres , tandis que le véritable Merlin , enfermé par Viviane , reposait en réalité dans une grotte invisible , sous terre , prisonnier d’un enchantement qui ne serait jamais tout à fait rompu .
Il décida de les suivre . Le sentier descendait vers une clairière qu’il n’avait jamais remarquée sur les cartes . Là , surgissant derrière une haute grille de fer forgé , apparut une immense propriété aux contours imprécis , dans laquelle un majestueux château se trouvait , dont quelque lumière diffuse , avant de se perdre dans les ombrages , filtrait derrière les fenêtres d'une tourelle accolée à la grande salle , sans jamais éclairer vraiment l’ensemble ...
15 - S’enfonçant sous la futaie avec cette obstination silencieuse propre à Brocéliande , Julian avait quitté Brest à l'aube , afin de rejoindre le détective à l’étang du " Pas du Houx " , lorsque l’eau , encore immobile , retient le ciel comme un secret mal gardé dans cette nappe sombre où quelque chose d’inquiétant semble naître d'une profondeur sans fond qui ne renvoie pas seulement aux nuages , mais aussi aux pensées les plus folles ! Goulvan marchait en silence quelques pas derrière lui , avec cette manière qu’ont certains hommes de ne pas troubler les lieux qu’ils observent . Depuis la veille , il parlait peu . On aurait dit qu’il écoutait la forêt .
- Vous y croyez , vous ? , demanda Julian sans se retourner .
- À quoi ?
- À toutes ces histoires ... Merlin , les pierres , les prisons invisibles ...
L'autre eut un souffle qui ressemblait à un rire , mais sans joie .
- Peu importe ce que je crois , lui répondit-il . Ce qui compte avant tout , n'est-ce pas , c’est ce que les gens cachent derrière elles . Quelqu’un est venu ici il y a peu , rajouta-t-il en désignant le sol . Regardez !
L’intérieur de la bâtisse était plus vaste qu’il n’y paraissait , composée d'une pièce centrale , nue , et , sur le côté , d'un escalier de pierre qui montait en colimaçon . Julian posa la main sur la rampe , observant la poussière .
- Oui , plutôt récent , confirma-t-il .
À l’étage , une pièce unique , éclairée par la fenêtre qu’ils avaient aperçue , et , sur une table grossière , étaient étalés de vieux journaux datant de la guerre , avec les photos de Paol , prises la veille , près d'une lampe de campagne .
Ce dernier s’était figé .
- Qu’y a-t-il ? , demanda Julian .
Le détective ne répondit pas tout de suite . Il observait le sol , près de la table . Puis il s’accroupit lentement , comme si le moindre geste risquait de faire disparaître tout ce qu’il venait de localiser .
- J’ai déjà vu ça hier , murmura-t-il .
Julian fronça les sourcils.
- Quoi ? , s'inquiéta-t-il .
Un silence épais tomba dans la pièce .
- Je n’ai pas reconnu son visage , coupa l'autre . Il était à moitié caché . Mais ... il y avait un détail .
Il désigna du doigt une trace sur la poussière , presque effacée . Comme une empreinte laissée par une main appuyée .
- Elle a du poser ici sa main . J’ai vu ... quelque chose . Une marque .
Le prof sentit comme un froid lui remonter le long de la nuque .
- Quel genre de marque ?
Même si ce n’était pas dans ses habitudes , l'enquêteur hésita .
- Une cicatrice . Fine . En forme de demi-lune , ici ...
Il effleura son propre poignet , côté intérieur .
Le monde sembla vaciller . L'enseignant recula d’un pas .
- C’est impossible ...
- Vous connaissez cette marque ?
Julian ne put lui répondre immédiatement . Choqué , il regardait le vide , comme si une image ancienne tentait de remonter à la surface .
Puis , très lentement , d'un murmure , sa voix devenant presque inaudible :
- Oui ...
- Bon sang ! Ce ne pouvait pas être Janig ! , poursuivit-il d'un air extrêmement bouleversé , levant les yeux vers le détective . Et pour la première fois depuis le début de l'enquête , il n’y avait plus de doute dans son regard , seulement l'expression d'un profond malaise .
- Ma mère !
FIN DE LA 1ère PARTIE
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse - VI - Les Ombres de Tellhouët - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - V - Doutes .
22 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
V - Doutes
" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "
Gérard de Nerval - " Aurélia " *
12 - La porte se referma . Face au vide laissé par cette curieuse visite , Julian était resté là , seul , immobile , dans la pénombre , durant plusieurs minutes , comme si l’obscurité convenait mieux aux pensées qui se formaient en lui . Au dehors , la pluie avait cessé de dégouliner sur la vitre , et la pièce n'était plus éclairée maintenant que par les reflets incertains d'une lune entre les nuages , spectres de la nuit . Sur la table du salon , la carte postale semblait plus sombre , comme si l’encre avait absorbé quelque chose de la scène .
Il s’en rapprocha encore tandis que son esprit tourmenté parut lui poser toujours la même question , mais de manière plus précise , presque tranchante : si Clara était morte , qui avait pu lui écrire ces mots étranges ? Les faits qu’on lui avait présentés d'une façon si évidente s’agençaient fort mal , trop de lignes se croisant sans jamais se rejoindre tout à fait . Quelque chose , dans cette entrevue avec Alice Fanny , une impression plus qu’un fait , lui semblait complètement faux , celle-ci lui rappelant un visage du passé entr'aperçu dans une foule , et qu’on reconnaît trop tard . Qui était-elle , en vérité ? Presque malgré lui , il murmura :
- Ce n’est pas possible ...
Il bougea enfin , presque à regret , comme si cela risquait de dissiper quelque chose d’essentiel , allant chercher le carnet de poche où il avait consigné , presque machinalement , les éléments épars de cette histoire . Il le feuilleta , plus vite qu’il n’aurait voulu , avec une attention nouvelle , comme si chaque mot pouvait désormais en cacher un autre .
Cette femme venue chez lui , calme , précise , presque trop maîtrisée , portant le même patronyme que celui de la copine " introuvable " à Paris de Clara , n’était peut-être pas une apparition fortuite , pensa-t-il en éprouvant une tension froide lui parcourir le dos . Coïncidence ? Il sentit une idée plus dérangeante encore émerger , si son amie l’avait conduite jusqu’à lui , non par hasard , mais délibérément ? N'était-ce pas absurde , une lieutenante de police venue seule , sans convocation , sans suite apparente , sans trace officielle , avec aucun contact , aucune carte laissée ? Gêné par la sueur perlant sur ses joues , le professeur se passa une main sur le visage . Il regarda autour de lui , comme si l’appartement pouvait soudain lui révéler quelque chose qu’il n’avait pas déjà vu . Mais le doute , une fois entré , ne se retirait plus .
Tout semblait identique. Et pourtant , une infime dissonance persistait . Comme si une couche de réalité avait été déplacée .
Son regard , nouant un second fil immédiatement au premier , se posa sur la carte postale une nouvelle fois . Désormais , ce n’était plus une intuition vague , c’était une hypothèse . Il ferma un bref instant les yeux .
- Tu voulais comprendre , ou bien me faire payer ? , se demanda-t-il quand il les rouvrit . La pièce semblait plus étroite . Un autre visage s’imposa alors , presque malgré lui , celui de Janig , le sosie de sa mère , Mona .
13 - Un geste presque machinal le conduisit vers le bureau , où son ordinateur était resté en veille . L’écran s’alluma dans un halo bleuté qui découpa brutalement la pièce . Il y avait , parmi d'autres , dans la boîte SPAM de la messagerie électronique , une nouvelle notification qui lui parut bizarre . Il hésita , fronçant les sourcils , mais il finit par cliquer sur le texte qui ne contenait qu'une seule ligne :
" Archives complémentaires . Berlin . Consultez la pièce jointe . "
Rien d’autre . Aucune signature .
Julian sentit une crispation dans sa nuque en découvrant le document scanné , jauni , lié à ce court message , texte dactylographié , surmonté d’une tête de mort , symbole SS à demi effacé , avec des annotations manuscrites de style gothique , plus sombres , presque nerveuses , figurant en marge !
Les mots , d’abord flous , prirent forme peu à peu . Il n'eut pas trop de mal , ayant étudié la langue de Goethe à l'école , à les déchiffrer , réalisant qu'il s'agissait d'un rapport d'arrestation d'un sujet féminin , suivi d'une mention soulignée plus bas :
" Signalement transmis par une source interne , identifiée sous le code JG-17. "
Il continua à lire , plissant les yeux , son cœur battant plus fort de manière imperceptible . Une ligne avait été ajoutée à la main , mais en français cette fois , traduction tardive ou note archivée de la préfecture :
" Correspondance probable : Janig Le Guern ."
Il sentit brutalement s’installer en lui une forme de fournaise intérieure , éruption volcanique , plus nette que tout ce qu’il avait pu éprouver jusque-là ! Néanmoins , ce n'était pas une surprise , mais une confirmation ! Comme si , tout au fond , dans les recoins de son âme , il avait déjà su . Son regard resta fixé longtemps sur le code " JG-17 ", désignation froide , presque administrative , réduisant un geste , peut-être une vie , à une simple combinaison de signes !
- Pourquoi ? , se demanda-t-il . Qui lui avait envoyé ce document ?
La question , tout de suite , ne trouvait pas de réponse . Mais une autre , plus aiguë , s’imposa immédiatement lorsqu'il comprit que quelqu’un , quelque part , ne se contentait plus uniquement de l’observer , tandis qu'une vérité intime avait affleuré au mauvais moment, dans un monde déjà fracturé par la guerre . Si quelqu’un , dans l’entourage , avait su ou deviné ... si cette trahison pouvait avoir pris un visage familier ?
Longtemps , l'air pétrifié par ce contenu imprescriptible qui lui était revenu à la face comme un boomerang , il resta incapable de bouger . Puis , lentement , son regard tombant par hasard sur le téléphone , un peu plus loin , le pauvre malheureux comprit qu' un nom s'imposait avec la netteté des évidences tardives . Celui d'un ancien camarade d’université devenu enquêteur privé après quelques années dans la gendarmerie , quelqu'un de méthodique , plutôt discret qu'il venait de revoir , quelques jours plus tôt , sur les quais de Recouvrance , avant de discuter avec lui jusque tard dans la nuit pour évoquer leur folle jeunesse et ses problèmes ! Goulvan avait d'ailleurs gardé , il le constata , cette manière d’écouter sans interrompre , et de laisser , sans y paraître , les choses venir tout doucement à lui . Mais après avoir quitté trop tôt , sans doute par goût de l'action , l'enseignement supérieur , il était parti d'un coup de tête à l'armée , s'engageant par la suite dans sa branche policière avant de vite s’en retirer , car c'était en fin de compte , un navigateur solitaire !
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse - V - Doutes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .
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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - IV - Fanny .
18 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
IV - Fanny
" Comme les anges à l'oeil fauve ,
Je reviendrai dans ton alcôve ... "
Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal " -
" Spleen et Idéal " - LXIII , " Le Revenant " .
10 - De retour chez lui , Julian referma la porte avec cette lenteur instinctive que l’on adopte lorsqu’on pressent qu’un seuil a déjà été franchi , non pas celui d’une maison , mais celui d’une vérité . La nuit tombait sur la rade , un de ces crépuscules épais de Bretagne où le silence semble avoir une consistance , où chaque objet , dans la pénombre , paraît chargé d’une mémoire obscure . Il resta un long moment à réfléchir immobile dans l’entrée , son manteau sur les épaules , tandis que tournait encore en lui , comme une énigme , le récit de sa tante Janig , à laquelle s'ajoutait le spectacle de cette tombe mystérieuse où étaient gravés les mêmes noms et prénoms que ceux de son amie disparue ! Pourquoi cette impossible coïncidence , pensa-t-il en sortant la carte postale de sa poche , sinon pour masquer quelque chose - ou pour le révéler ? Puis , la tenant entre ses doigts , le professeur traversa lentement le salon , la posant sur la table avec précaution , tentant à nouveau de la déchiffrer . L’encre en semblait presque fraîche , comme si la main qui l’avait tracée appartenait encore au présent : " La Vie est belle " ... Etait-ce un code , une signature ?
Sa tante avait eu beau lui parler d’un réseau , d’une femme . Son regard se perdit un instant dans le vide . Mais alors , qui était cette autre Clara Michel ?
Et surtout ... Quel rôle sa propre famille avait-elle joué dans cette histoire ? Une pensée , jusqu’ici repoussée , s’imposa à lui avec une brutalité froide . Le suicide , sans explication , de sa mère . Et si , au contraire , elle avait su ? , réfléchit-il . Si elle avait porté , toute seule , ce poids d’un secret ancien qui touchait à la guerre , à la dénonciation , à la mort d'une malheureuse ? On lui avait toujours parlé d’un geste inexplicable , d’une fragilité silencieuse . Une histoire close , presque interdite . Mais si ce n’était pas toute la vérité ? Si ce drame trouvait son origine ailleurs , dans une faute bien trop lourde à porter suivant ces années troubles ?
Julian , fermant les yeux pour contenir l'intuition qu’il refusait d’abord de formuler , mais qui , pourtant , s’imposait à lui , sentit , dans un frisson le parcourant avec une force incroyable , la violence d'une fissure qui s’ouvrait en lui ! Si quelqu’un , dans sa famille , avait parlé ? Si cette parole avait conduit à la mort ? Dans le même mouvement , se superposa une autre image , presque absurde , et pourtant persistante : le diamant ! Pourquoi cette histoire étrange revenait-elle sans cesse d'un trésor que les nazis voulaient emporter dans leur fuite , un bijou de valeur incertaine , presque mythique ?
Certains disaient qu’il ne s’agissait pas d’une simple pierre , mais d’une relique plus ancienne encore , d'une sorte de prisme , une " cage de verre " où Viviane aurait enfermé Merlin L'Enchanteur ... Il esquissa un sourire nerveux , voulant sans doute rejeter cette idée comme une fantaisie locale parmi d’autres . Pourtant , quelque chose en lui résistait . Comme si , historiques ou légendaires , ces récits convergeaient tous vers un même point obscur : l’enfermement d'une prison !
- Tout cela n’a aucun sens ! , murmura-t-il à part lui , passant la main sur son visage en sueur .
Mais à peine avait-il prononcé ces mots qu’un bruit le fit sursauter . Celui de trois coups contre la porte . Il resta figé . À cette heure ? Qui ça pouvait être ? , se demanda-t-il , inquiet . Le silence retomba , plus dense encore . Puis , à nouveau , trois autres coups , précis , mesurés , plutôt secs , paraissant annoncer , cette fois , comme au théâtre , le dénouement d'une tragédie , le firent se diriger vers l’entrée avec une prudence presque instinctive , avant d'ouvrir à une femme qui se tenait sur le seuil avec un drôle de petit chapeau ...
11 - Elle devait avoir une trentaine d’années , peut-être un peu plus , avec un visage à la fois peu ordinaire , mais étrangement difficile à saisir , comme si quelque chose en lui , avec des yeux l'éclairant de leur fixité troublante , échappait immédiatement à l'évidence .
- D'ailleurs , comment jauger quelqu'un dont on ne sait trop ce qu'il vient faire ici ? , se questionna-t-il avec une certaine froideur .
- Julian Le Guern ?
Il hésita une seconde .
- Oui .
Elle inclina légèrement la tête , comme pour confirmer une certitude .
- Je peux entrer ?
Sans trop savoir pourquoi , il s’effaça , la laissant avec une assurance tranquille pénétrer presque aussitôt dans la pièce , l'observant brièvement , tandis que son regard , la parcourant avec une rapidité méthodique , s’attardait à peine , mais ne laissant rien au hasard , finit par se poser sur la carte postale . Ce n’était pas de la curiosité . C’était une vérification .
- Je vois que vous l’avez trouvée .
Il sentit son cœur se serrer davantage .
- Mais qui êtes-vous ?
Elle se tourna vers lui . Un léger sourire passa sur ses lèvres .
- Vous pouvez m’appeler Fanny .
Il y eut un silence .
— Est-ce que cela veut dire que ce n’est pas votre vrai nom ? , releva-t-il avec une certaine inquiétude .
Elle ne lui répondit qu'avec une autre pirouette littéraire .
" Un nom doit-il toujours signifier quelque chose ? " ( 8 )
Julian se raidit .
- Que pouvez-vous me dire sur Clara ?
La femme , ayant fait un pas vers la table , avait effleuré ensuite délicatement la carte du bout de ses doigts effilés . Puis , levant les yeux vers lui , elle s'était mise à parler , légèrement en retrait , ne cherchant pas à instaurer quelque familiarité qu'elle devait juger inutile , mais à lui énoncer une série de faits d'apparence plutôt fragmentaire .
- La première Clara apparaît dans plusieurs dossiers d'après-guerre , bouclés à la hâte , sans conclusion claire , dans un premier temps , résistante avérée , agent de liaison dans un réseau local , avant d'être signalée dans des rapports allemands comme " intermédiaire instable " , soupçonnée même de manipuler des informations sensibles .
- La question , pour moi , est de savoir pourquoi l'autre est venue me trouver ? , demanda-t-il avec une certaine curiosité mêlée de crainte .
Un froid diffus envahit la salle .
- L'autre Clara ? , lui répéta-t-il encore . Que veut-elle ?
Fanny secoua la tête .
- Elle est morte !
Le professeur , abasourdi par la nouvelle , sentit monter en lui une colère sourde avant d'éclater en sanglots , lui jetant un regard courroucé de bête sauvage ! Un silence pesant s’installa .
- Écoutez , je ne sais pas à quel jeu vous jouez , fit-il en tentant de sécher ses larmes qui paraissaient sincères , mais j’en ai assez des demi-vérités . Qui êtes-vous vraiment ? Qu’est-ce que vous me voulez ?
L'autre tenta d'abord de soutenir son regard sans ciller , mais troublée par l'expression de ce chagrin , s'en voulut , semblait-il , de cet aveu qu'elle jugeait maintenant trop brutal , finissant par s'excuser tout en lui lui affirmant très calmement :
- Vous protéger .
- Mais de quoi , mon Dieu ?
Elle marqua une pause , comme si elle pesait chaque mot .
- De ce que quelqu'un , peut-être dans votre famille , a essayé d’enterrer .
Julian resta sans voix .
Le nom de sa mère lui traversa l’esprit comme un éclair .
- Vous parlez de ...
- Du passé , le coupa-t-elle avec douceur . Et du prix qu’il exige toujours .
Elle lui présenta sa carte : lieutenant Fanny Alice de la brigade criminelle .
- Cette Clara ... n’est pas venue chez vous par hasard .
Julian sentit le vertige de l'amour le reprendre .
- Qu’est-ce que ça veut dire ? , dit-il en hoquetant sous le coup de l'émotion .
La policière s’approcha un peu plus de lui , jusqu’à réduire à presque rien la distance entre eux , le touchant à l'épaule pour le réconforter . Sa voix se fit plus basse , quasi confidentielle .
- Cela veut dire ... que vous êtes concerné ... et que , si nous continuons à chercher ... ajouta-t-elle en esquissant un geste à peine perceptible ... nous pourrions peut-être découvrir que certains morts n'ont pas tout révélé de leur mystère !
Le silence retomba . Mais cette fois , il n’était plus vide . Il était chargé d’une terrible menace . Et d’une promesse !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse - IV - Fanny - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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Notes :
8 - " Un nom doit-il toujours signifier quelque chose ? " , citation de Lewis Carroll
( 1832 -1898 ) essayiste , romancier , photographe amateur et professeur de mathématiques britannique . Il est principalement connu pour son roman " Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles " ( 1865 ) et sa suite " De l'Autre Côté du Miroir " ( 1871 ) .
L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - Teaser / Bio .
16 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE
L'ESCARBOUCLE
LA MONTRE FANTASTIQUE
Teaser / Bio
Où se trouve la fameuse ESCARBOUCLE de Novalis , qu'on disait capable , grâce à un état de conscience modifié , d'ouvrir la " Porte des origines " , celle dont les derniers " nazis " voulurent se rendre maître au moment de la débâcle , se demande un ex-commissaire du contre-espionnage ? Ne s'agit-il pas plutôt de la propriété de madame Elisabeth , soeur de Louis XVI guillotinée en 1794 , et que celle-ci , au moment de l'heure fatale , avait confiée à une certaine Esther , carmélite de Compiègne venue se réfugier en Bretagne ? Mais ce prénom , servant d'acronyme , ne dissimulerait-il pas aussi l'action d'une organisation secrète voulant expérimenter les prodigieuses propriétés de la Pierre ?
LA MONTRE FANTASTIQUE : Un bijoutier de Nantes ne trouve plus le cadeau qu'il voulait offrir à sa fiancé pour leur mariage , une montre suisse d'une grande valeur , et qu'on lui a , peut-être volé , dont on raconte qu'elle avait été découverte lors d'un naufrage , sur la côte de l'Île de Groix , le bateau ayant appartenu à sa famille qui , jadis , navigant sur toutes les mers du globe , avait peut-être croisé la piste " LOUIS XVII " ?
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la culture celte , la musique , l'ésotérisme et la spiritualité ...
DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE " , copyright 2026 .
LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - III - Janig Le Guern .
15 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
III - Janig Le Guern
" Profond est le puits du passé .
Ne devrait-on pas dire qu'il est insondable ? "
Thomas Mann - " Les Histoires de Jacob " *
8 - Allô ? Tante Janig , c'est Julian !
- Julian ! Cela fait si longtemps que tu ne m'as pas donné de tes nouvelles . Comment vas-tu , à Brest ?
- Comme toujours ... Très humide et philosophique ! , lui répondit-il en essayant de plaisanter malgré la triste conjoncture .
Elle rit doucement .
- Qu’est-ce qui t’amène à m’appeler ce dimanche soir ?
Il hésita un instant , ne l'ayant pas revue depuis un lointain séjour d'enfance au merveilleux domaine des fées et sources de la forêt d'enchantement !
- Dis-moi ... Est-ce que mon père venait souvent se balader du côté de Brocéliande ?
Il y eut un silence .
- Pourquoi cette question ? Bien sûr , c'est aussi le pays de ton oncle ...
- Parce que j’ai trouvé une vieille carte postale avec une photo de lui devant un endroit nommé Bellevue ... et sais-tu ce qu'on y trouve , noté au dos ?
" La Vie est Belle ! "
Au bout du fil , en réponse , il y eut encore un silence assez long qui sembla ne plus vouloir finir . Puis , la voix de Janig se fit plus grave .
- Où as-tu trouvé ça ?
- Dans un vieux livre .
- Tu as remarqué quelque chose d'autre ?
- Oui ... une signature .
- Laquelle ?
Julian inspira légèrement .
- Clara .
Cette fois , la réaction fut immédiate .
- Mon Dieu ! Tu connais ce nom ?
- Bien sûr que je le connais ! , répliqua aussitôt le neveu qui sentit une tension soudaine monter dans la voix de sa correspondante .
- Tante Janig , dis-moi ! Qui était-elle ?
On entendit un léger soupir passer dans le téléphone .
- Tu sais , ce n’est pas qu'un prénom , c’est toute une histoire !
- Quelle histoire ?
- Celle de la Résistance , ici , pendant la guerre .
Julian se redressa dans son fauteuil .
- " La Vie est Belle ", reprit Janig , ce n’était pas une phrase anodine . C’était un nom de code . Celui d’un petit réseau de combattants bretons qui opérait dans la forêt .
- Papa en faisait partie ?
- Oui .
- Et Clara ?
La voix de la vieille femme se fit presque respectueuse .
- Elle dirigeait le groupe .
Il resta d'abord stupéfait par ses mots , presque incapable d'y répondre .
- Elle s’appelait Clara Michel , continua-t-elle malgré tout , jeune institutrice arrivée ici juste avant la guerre . Personne ne savait vraiment d’où elle venait , mais elle avait un courage ... exceptionnel !
- Que lui est-il arrivé ?
- Elle a été arrêtée en 1944 . Une dénonciation , probablement ...
- Les Allemands l'ont embarquée ?
- Oui .
Un lourd silence passa entre eux .
- Je crois qu'elle est morte peu après , rajouta doucement la tante .
Il sentit un frisson lui parcourir le crâne .
- Et la photo ?
- Je pense que ton père la gardait sur lui parce qu'il disait que Clara avait sauvé plusieurs membres du réseau .
Julian regarda la signature encore une fois . L’écriture semblait étonnamment nette .
- Tante Janig ... Est-ce qu’elle est enterrée là-bas ?
- Oui .
- Où exactement ?
- Derrière l’église du Graal , à Tréhorenteuc .
Nouveau silence .
Puis , elle ajouta doucement :
- Si tu veux comprendre cette histoire , viens donc passer le week-end avec moi . Je t’y conduirai .
9 - Le samedi suivant , Julian arriva à Paimpont sous un ciel clair . Sa tante était une femme mince , aux cheveux blancs tirés en arrière , avec ce regard vif que certains Bretons gardent jusqu’à un âge avancé . Il se demandait pourquoi il ne se voyaient jamais ou presque , lui , fils unique , trop accaparé par son travail de philosophe et les livres qui lui servaient de refuge ou de prétexte pour ne pas réfléchir et s'isoler comme un ours face à un passé douloureux qui avait vu survenir successivement comme une tempête le divorce de ses parents , puis la mort de sa mère ...
Ils prirent la petite route qui serpentait dans la forêt .
Les arbres formaient un tunnel sombre au-dessus de la voiture .
- Tu vois , dit Janig en regardant les bois , pendant la guerre , ces chemins étaient remplis de messagers et de cachettes . Les Allemands n’aimaient pas trop s’y aventurer sans motif .
- Et Clara ?
- Elle avait appris , par nécessité , à en connaître chaque recoin .
Le véhicule , une vieille " Peugeot 504 " , finit par s’arrêter devant l’église de Tréhorenteuc .
Le petit bâtiment semblait presque irréel dans la lumière de cette fin d’après-midi .
- Viens ! , lui dit Janig .
Ils contournèrent l’église avant d'entrer dans le petit cimetière attenant .
Les pierres anciennes étaient recouvertes de mousse .
La vieille femme marcha lentement jusqu’à une tombe toute simple , légèrement à l’écart .
- La voilà ! , murmura-t-elle avec une sorte de déférence , n'osant poser sa main sur la pierre .
Il s’approcha .
Sur la stèle on pouvait lire :
CLARA MICHEL
1919 — 1944
Réseau " La Vie est Belle "
Julian sentit un froid étrange l’envahir .
Il resta sans rien dire un long moment .
Puis il murmura :
- Ma tante ... Il y a quelque chose que je ne comprends pas .
- Quoi donc ?
Son neveu sortit la carte postale de sa poche et la lui tendit .
- Regarde bien l’écriture , au dos ...
La vieille femme plissa les yeux .
- C’est bien son écriture , ton père me l’avait montrée autrefois .
Julian se mit à hésiter .
- Tu en es sûre ?
- Pourquoi ?
- Parce que ... Cette encre ne semble pas avoir cinquante ans .
Janig leva les yeux vers lui .
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
Il regarda la tombe une dernière fois .
Puis , il répondit lentement :
- Je veux dire que quelqu’un , peut-être , a pu écrire ce message récemment .
Soudain , planté au milieu du cimetière , il eut une pensée troublante .
Si Clara Michel était bien morte en 1944 , qui avait signé cette carte ?
L'autre Clara , la sienne ?
À cet instant précis, il comprit que la disparition de la jeune femme n’était peut-être pas un simple mystère , mais qu’elle appartenait à une histoire qui , d’une manière inexplicable , avait un rapport quelconque avec sa propre naissance , ici même , dans cette forêt étrange de Brocéliande où affleuraient les plus fantastique légendes bretonnes !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse - III - Janig Le Guern - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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* " Joseph und seine Brüder " ( Joseph et ses Frères ) - I - " Die Geschichten Jaakobs " ( Les Histoires De Jacob , 1926 / 1930 ) de Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , Prix Nobel 1929 .
LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - II - Curieuse Disparition .
13 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
II - Curieuse Disparition
" Ne suis-je pas la même que , sous d'autres formes , tu avais toujours désirée ? Chacune de tes épreuves masquant mon image d 'un voile d'ombre , un jour , ne me verrais-tu pas telle que je suis ? ... "
Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) - " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) .
5 - Cependant , Paris , dont elle avait murmuré le nom de temps à autre avec une sorte de nostalgie ou d’impatience lumineuse , était une destination plausible pour quelqu’un comme elle qui témoignait d'un profond besoin d'indépendance et de liberté , mais également , lui avait-elle parfois parlé avec bonheur de certains séjours qu'elle avait effectué là-bas dans sa jeunesse avec sa famille . Aussi , tout de suite après son départ , Julian , dévoré par l'angoisse , fit mine de ne pas trop s’inquiéter . Peut-être avait elle eu simplement l’envie de revoir une amie complice des bons souvenirs d'autrefois ? D'autant plus que , chez Clara , il y avait une mobilité naturelle , presque solaire , comme si elle appartenait à ces êtres qui ne s’installent nulle part mais traversent les vies des autres comme un songe , avec la légèreté d’un été !
Le prof de philo , lui , n’était pas de cette espèce . Il vivait dans un monde rationnel d'où les êtres , généralement , ne pouvaient disparaître sans laisser de trace , où les idées prenaient racine , où les causes produisaient des effets . Même le hasard , s'il existait vraiment , devait y obéir à une logique exprimée par des concepts dans des livres . Du moins , voilà ce qu’il enseignait .
Le premier doute lui vint un soir , au bout d'une semaine à guetter désespérément l'arrivée d'un signal , alors que même sa coloc n'avait pas eu de nouvelles , dans la petite rue voisine où elle habitait . C'était le jour où , cherchant un ancien message dans son téléphone , il était retombé sur le numéro que Clara lui avait donné pour joindre son amie parisienne .
- Si jamais tu viens me voir , appelle Fanny . Elle s’occupe d’une boutique près du Marais .
Julian composa le numéro presque machinalement . Ce fut une voix professionnelle assez sèche qui lui répondit .
- Maison Lavigne , joaillerie , bonjour !
Il resta un instant silencieux .
- Pardon ... Je cherche Fanny .
- Quelle Fanny ?
- Une jeune femme qui travaillerait chez vous .
Court silence .
- Je suis désolée monsieur , mais vous devez faire erreur : il n’y a jamais eu de personne de ce nom par ici .
La conversation s’arrêta là .
Il resta longtemps immobile avec le téléphone à la main .
Quelque chose ne collait pas .
Le lendemain , lorsqu'il évoqua discrètement Clara devant deux de ses confrères l’ayant juste rapidement croisée , au lycée , puisqu'ils essayaient de ne pas trop afficher leur liaison , près de la salle des professeurs .
- Clara ? dit l’un d’eux .
- Oui , la jeune femme qui travaillait sur le port .
Les deux hommes l'écoutaient dans l'indifférence , échangeant , embarrassés , des regards pleins d'incertitude et de sous-entendus .
- Vous êtes vraiment sûr qu’elle travaillait là ? , plaisanta son collègue d'histoire .
Julian se mit à lui sourire avec amertume .
- C’est elle qui me l’a dit , voyons .
Mais déjà , il sentait quelque chose d'obscur , comme de la gêne , en prononçant ces mots .
Les jours qui suivirent , s’installa en lui une inquiétude presque méthodique .
Il alla se promener du côté de l'arsenal , constatant que la capitainerie n’avait jamais entendu parler d’elle .
Quant au fameux petit bistro où elle disait retrouver , le midi , ses collaborateurs :
- Quelle blonde ? interrogea le patron du bar en haussant les épaules . Par ici , on en voit des tas , cher monsieur, même des fausses ! , conclut-il dans un éclat de rire imbibé d'alcool .
Mais le plus troublant se passa au lycée , où Clara lui avait affirmé y avoir gardé des amitiés parmi les anciennes élèves , de toutes jeunes femmes qu’elle retrouvait parfois le soir .
Julian eut beau mentionner leurs prénoms , personne ne sembla les connaître .
Une surveillante , sans doute candidate au prochain concours de philo , finit par lui dire d'un air ironique :
- Vous savez , monsieur le professeur , le souvenir des élèves ... N'est-ce pas Descartes qui a écrit que peut aisément nous tromper " le malin génie " de nos sens et de notre mémoire ? Hélas , on mélange souvent les générations . ( 3 )
D'ailleurs , plus avançait son enquête improvisée , plus la figure de la disparue lui devenait étrangère , presque translucide , comme si elle avait vécu dans un angle mort du monde .
Alors , tenta-t-il de se rappeler avec précision ce fameux séjour en Grèce , théâtre d'une rencontre soi-disant due au " hasard " . Mais déjà , ce mot , désignant une ignorance déguisée , lui paraissait fort suspect . N'est-ce pas de lui dont on parle trop souvent quand on ne comprend pas quelque chose , pensait-il ? Un soir qu'il rentrait à son logement du quartier Saint-Marc , il contempla longtemps le large depuis la promenade , se répétant la première phrase que son amie lui avait dite , assez simple en apparence , mais qui , aujourd'hui , lui semblait presque inquiétante :
- Il y a une manière brestoise de regarder la mer .
Sur le moment , cela l'avait fait sourire . Car si Clara avait réellement vécu , quelqu’un , quelque part , devait bien se souvenir d’elle .
Or il avait beau interroger , chercher , vérifier , comme si elle n’avait été qu’une parenthèse dans sa courte vie , une conclusion commençait à s’imposer à lui , absurde et pourtant de plus en plus nette : elle semblait n’avoir laissé aucune trace , ou pire encore , n'avoir jamais été présente !
Il frissonna . Pour la première fois depuis longtemps , le professeur de philosophie se trouvait confronté à une énigme que ni Aristote , ni bien sûr Descartes , ni Kant ne pouvaient vraiment éclairer : comment quelqu’un peut-il disparaître du monde sans même y avoir laissé de souvenir ? Et surtout , pensée plus troublante encore , comment pouvait-il être le seul témoin de son hypothétique existence ?
6 - Les journées passèrent , mais l’énigme ne se dissipait pas . Bien au contraire , elle semblait s’épaissir autour de lui comme ces brumes insidieuses qui montent parfois de la rade de Brest , effaçant lentement les formes les plus familières . Pourtant , le pauvre homme s’efforçait de continuer sa vie ordinaire . Le lycée , les copies à corriger , quelques cours à construire sur la mémoire chez Henri Bergson , dont les analyses lui paraissaient soudain bizarrement concrètes . La mémoire , expliquait-il à ses élèves , n’est pas une simple archive , elle sélectionne , transforme , invente , parfois . ( 4 )
Mais une question silencieuse s’imposait à lui :
Et si c’était moi qui inventais Clara ?
Cette hypothèse , absurde quelques jours plus tôt , commençait à rôder autour de lui comme une ombre ...
Un dimanche après-midi , pour se changer les idées , Julian décida de ranger une vieille bibliothèque dormant , depuis des années , dans la petite pièce qui donnait sur le jardin . Là , devaient se trouver de vieux livres paternels , dont certains hérités des temps anciens , volumes aux reliures fatiguées , souvent annotés au crayon . Tout en choisissant " au hasard " l’un d’entre eux , recueil d’histoires plus ou moins légendaires consacré à la recherche de la " Pierre Philosophale " , quelque chose glissa entre les pages , puis tomba sur le parquet . C'était une photographie , qu'il ramassa aussitôt . L’image était ancienne , légèrement jaunie . Deux hommes posaient devant un paysage forestier . ( 5 )
Le premier , qu'il reconnut immédiatement , c'était son père très jeune , portant une veste brune qu’on apercevait sur plusieurs photos familiales . Quant à l'autre ... Il lui ressemblait comme un jumeau . Les deux chasseurs ( puisqu'ils portaient en bandoulière un fusil ) paraissaient se tenir devant un petit café de campagne . Derrière eux , des massifs d'arbres formaient une voûte sombre . Au verso de la photographie , était agrafée une carte postale de l'époque représentant le quartier " Bellevue " , à Brocéliande . Ce nom fit naître en lui une résonance vague avec les récits de sa mère qui avait , là-bas , dans le bourg de Gaël , passé sa jeunesse , dans la mythique forêt bretonne , celle des récits arthuriens , des enchantements et des fantômes , des illusions périlleuses . Quand il retourna la carte , il remarqua une phrase notée à l'encre , d'une écriture un peu penchée : " La Vie est Belle " ! , formule presque naïve que sa chérie aimait aussi souvent répéter , songea-t-il avec un léger sourire teinté d'amertume . Puis il constata encore autre chose . Une signature figurait sous la phrase : Clara !
7 - Restant immobile durant de longues minutes , comme figé , abasourdi , il sentit son cœur battre plus vite . Une seconde , approchant la carte de la fenêtre , il pensa qu’il avait mal lu , la logique la plus élémentaire voulant qu’il s’agisse d’une simple coïncidence . En effet , Clara était un prénom courant . Mais quelque chose dans la situation lui paraissait profondément étrange .
La photographie semblait dater d’au moins cinquante ans , peut-être . Or , la fille qu’il avait connue , ou cru connaître , n’en avait guère plus de vingt-cinq !
Il eut alors une drôle de sensation , comme si cette image contenait une question qu’il n’avait pas encore osé se poser , que tout ceci n'était peut-être en lui qu'une obsession maladive hantant sa conscience coupable d'un véritable chemin de ténèbres , voire l'héritage d'un triste problème , un peu comme celui de ce héros grec tombant amoureux d'une créature de rêve dont l'existence était en sursis . Pourquoi cette photo se trouvait-elle dans son livre d’enfance ? Et pourquoi portait-elle ce message ? ( 6 )
Pouvait-il s'agir d'une affreuse mystification , parce qu'elle lui ressemblait , s'imagina-t-il ensuite , et que , véritablement possédée par le souvenir d'une aïeule devenue folle , peut-être , et qui , encore pire , s'était , comme dans le film , suicidée peu après qu'on lui ait pris son fils ?
" Il me reste à faire une dernière chose , et je serai délivrée du passé ... " ( 7 )
Il retourna encore la photo . Tonton Herri souriait légèrement , pendant que son père , l’autre homme , regardait l’objectif avec une expression plus grave .
La coïncidence lui parut trop troublante pour être simplement ignorée . En fin de compte , il se souvint qu’une personne pourrait peut-être l’éclairer : sa tante qui , vivant depuis des années près de l'étang de Paimpont , n'ignorait rien des chemins forestiers dont , jadis , elle avait arpenté chaque détour avec sa soeur jumelle Mona , la maman de Julian .
Celui-ci composa son numéro . Après une brève tonalité de retour , un timbre de voix chaleureuse lui répondit .
( A Suivre )
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse - II - Curieuse Disparition - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
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Notes :
3 - Dans " Méditations Métaphysiques " , 1647 , version française ( Meditationes de Prima Philosophia , 1641 , version latine ) , René Descartes ( 1596 - 1650 ) , mathématicien , physicien , philosophe français , développe cette hypothèse d'un " malin génie " pouvant , à travers nos sens et notre mémoire , nous tromper .
C'est pourquoi , nous devons toujours douter de tout ce qui peut être mis en doute : souvenirs , perceptions comme expériences passées .
4 -" Matière et Mémoire " ( 1896 ) de Henri Bergson ( 1859 -1941 ) , philosophe français .
5 - Pierre philosophale ( en latin : lapis philosophorum ) , hypothétique substance alchimique aux propriétés merveilleuses.
6 - Légende d'Orphée et Eurydice ( Mythologie grecque ) .
7 - " Vertigo " ( Sueurs Froides ) - 1958 - film d'Alfred Hitchcock ( 1899 , Londres - 1980 , Los Angeles ) , d'après le roman de Boileau / Narcejac , " D'Entre Les Morts " ( 1954 ) , avec James Stewart , Kim Novak , Barbara Bel Geddes -
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LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - I - Troublant Départ .
11 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
I - Troublant Départ
" Je me suis jeté à genoux devant elle ,
Et l 'ombre du Paradis a enveloppé mon âme ... "
Gustav Meyrink - " Le Golem " ( 1915 ) , 11 - Détresse .
1 - Elle était partie la veille au matin . Rien de théâtral ou de dramatique dans ce départ . Pas de scène , pas de mots définitifs qui claquent aussi fort que les portes . Juste un sac sportif , l'achat rapide d'un billet de train rapide qu’elle lui avait montré en enfilant sa veste légère !
Il avait hoché la tête .
- Je vais passer quelques jours chez Fanny .
Comme si cela allait de soi .
Depuis , l’appartement lui semblait trop grand , silencieux , de manière inhabituelle . Pourtant , c’était un modeste logement , deux-pièces banal au troisième étage d’un immeuble gris du quartier Saint-Marc de Brest , avec vue sur un morceau de rade que l’on pouvait apercevoir , avec un peu de chance , entre deux toits , par la fenêtre du salon , de temps à autre , quand il n'y avait pas trop de brume .
Il n’avait pas dormi .
Ou plutôt , dérivant toute la nuit dans cette zone étrange où la fatigue empêche le sommeil mais où les souvenirs s’obstinent à revenir , des images d'un bonheur nostalgique avaient défilé devant lui avec une précision presque douloureuse . Celles de leur premier jour , l'été dernier , sur une plage de galets clairs , chauffés à blanc par le soleil , qui luisaient comme des pièces de monnaie sous le ciel bleu de Grèce . La mer , d’un turquoise presque irréel , respirait lentement , quelque part parmi les Cyclades , le vent du large soulevant par rafales l’odeur du sel et des herbes sèches .
Légèrement à l’écart , près des rochers , pour éviter le bruit de la marmaille ambiante , Julian s'était allongé sur sa serviette . Il avait emporté un livre , comme toujours , tentant d'en lire quelques pages malgré la chaleur , et levant , malgré tout , distraitement la tête au moment où une silhouette de jeune femme passait assez vite devant lui .
Il avait remarqué , d'ailleurs , qu'elle se lançait dans l’eau avec une énergie contrastant avec la nonchalance alentour , marchant pieds nus , d'allure élancée , sans même ralentir , pour éviter , sans doute , que soit brûlée la plante de ses pieds .
Grande , souple et bronzée , elle avait plongé devant lui , sans hésiter , dans l’eau turquoise comme si la terre entière lui appartenait . Quelques moments plus tard , de retour enfin vers la grève , elle avait naturellement passé la main dans ses cheveux mouillés , l’eau ruisselant encore sur ses épaules dorées , quand elle avait retrouvé le petit sac posé à côté de lui qu'il n'avait même pas remarqué .
Puis , par surprise , ayant jeté un bref regard sur la couverture du livre posé sous le parasol de son voisin , la belle nageuse avait éclaté de rire en voyant que Schopenhauer était sur la serviette ! Elle avait penché la tête , l'oeil pétillant d'ironie !
- Encore les grandes questions ? , l'avait-elle questionné sans aucune gêne .
Il n'osait pas lui avouer qu'il avait eu tout le loisir de l'observer , avec une sorte de fascination tranquille , avancer dans l’eau avec des mouvements souples , puissants , presque joyeux . Le prof referma lentement son livre .
- Oui , lui répondit-il sans la reconnaître . Le sens de l’existence , la nature du bonheur , ce genre de détails . Qu'aurait-il bien pu lui dire d'autre ? Qu'il s'intéressait aussi , grâce à un télescope , à l'observation des galaxies , qu'il recherchait dans l'oeuvre de Paracelse un autre chemin de développement de l'âme humaine au sein de la matière ? ( 1 )
Brusquement , elle se flanqua tout près de lui , sur les galets . Julian la vit alors vraiment de très près pour la première fois , reconnaissant , sur son visage , quelque chose d’insaisissable , comme une franchise presque enfantine mêlée à une assurance tranquille . Mais surtout , ce sourire irrésistible et lumineux comme un diamant de cristal qui semblait éclairer tout autour de lui .
- Eh bien moi , ma réponse est simple !
- Je vous écoute .
Elle désignait la mer d’un geste large .
- Plongez là-dedans ! Vous verrez ! Le bonheur est assez clair !
2 - Mais c'est dans ses bras , pensait-il ce matin-là de son départ , qu'il avait eu envie de se jeter , comme un pauvre naufragé recherchant désespérément secours !
- Vous lisez vraiment ça , ici ? , reprit-elle , ensuite , avec une sorte de condescendance , avec ce décor-là ... sur une plage grecque ?
Il avait levé les yeux , quelque peu déstabilisé .
- C’est précisément dans ce genre d’endroit que se posent les grandes questions , n'est-ce pas ?
Quelque chose dans son visage l'avait immédiatement fasciné , une énergie franche , une vitalité lumineuse , mais surtout ce sourire étrange , captivant , qui semblait contenir une promesse . Il sentit monter en lui une émotion rapide , presque vertigineuse , comme une certitude immédiate ! Un vrai coup de foudre !
Elle le fixait avec curiosité .
- Vous êtes toujours aussi sérieux ?
- Seulement quand je lis Schopenhauer . ( 2 )
- Ah ! C’est donc lui le responsable !
Elle lui tendit la main.
- Clara Michel .
Ne dit-on pas que le hasard , s'il existe , a quelque chose d’absurde ? Ils avaient découvert qu’ils habitaient la même ville , et que leurs appartements se trouvaient à moins d’un kilomètre l’un de l’autre , dans une ville battue par le vent de l’Atlantique .
Et pourtant , c’est ainsi que tout avait commencé .
Ils parlèrent toute l’après-midi . De voyages , de mer , de montagne . Elle lui avait raconté ses randonnées en solitaire , ses traversées à vélo , ses courses dans tous les coins de la planète . Elle travaillait sur le port , dans une petite entreprise de matériel nautique , et semblait vivre en mouvement permanent .
Julian Le Guern , lui , enseignait la philosophie .
Quand il évoqua l'indifférence de ses élèves concernant les questions interminables sur la liberté ou le destin , Clara le regarda avec une curiosité amusée .
- C'est drôle , je crois que vous êtes le prof qui a succédé à Monsieur Le Fur . Nous avons dû , sans le savoir , nous passer le relais !
3 - Tout avait été simple , au début , malgré la différence d'âge et les cancans .
Pour elle , vivre n'était qu'une succession de gestes à accomplir : grimper , courir , décider , construire ... Elle apportait un mouvement dynamique auquel il n’était pas très habitué . Balades improvisées sur les sentiers côtiers , footing dans l’eau glacée de la mer d’Iroise , marches du dimanche matin dans un club , alors que lui aurait volontiers prolongé la lecture et le café .
Elle avançait pendant que lui la contemplait . C’était peut-être cela , finalement , l'amour , une sorte de déférence muette envers l'éclat de son sourire plutôt qu'une longue déclaration qu'il n’aurait su formuler . Pour lui , elle restait un mystère à interroger . Ce décalage s’était installé avec le temps , comme un courant presque invisible . Rien de violent . Juste une distance lente , imperceptible . Il se souviendrait de sa lumière avant tout .
4 - Vers trois heures du matin , ce jour , comme on traverse une mer agitée , balloté par des rêves disloqués qui sans cesse reviennent se briser contre la même image , il s’était réveillé brusquement , le cœur battant à tout rompre , avec cette sensation oppressante d’avoir vu sa propre vie défiler comme un film mal monté . Il se leva enfin lentement du canapé où il avait passé la nuit . La lumière grise du matin brestois filtrait à travers les rideaux , tandis que , dans la rue , on entendait ces bruits familiers que les bus et le vent venu de la mer amplifiaient déjà .
Il alla jusqu’à la fenêtre . La rade était calme , d’un gris laiteux . Quelques mouettes tournoyant au-dessus de l’eau , lui firent penser à cette phrase qu’elle répétait sans cesse avec ce mélange de simplicité et d’ironie , quand il avait l'audace de montrer trop d'empressement pour sa personne :
- Arrête de compliquer les choses . La vie est si belle !
Restant immobile un moment , presque malgré lui , il sanglota :
- Oui ... peut-être .
Mais pour la première fois , tournant aussi de manière lancinante , la question revenait en lui avec une obstination presque douloureuse . Il se demandait sérieusement s’il savait encore ce que cette phrase voulait dire et ce qui , réellement , n'avait pas fonctionné . Puis , il tenta de raisonner , vieux réflexe de prof de philo cherchant la cause , l’enchaînement des événements , la logique secrète des choses . Mais plus il réfléchissait , plus le malaise s’épaississait . Quelque chose le rongeait , malaise diffus , presque métaphysique . Ce n’était pas une faute précise . Pas un événement unique . Une lente dérive , plutôt . Comme si quelque chose en lui s’était déplacé imperceptiblement au fil des années .
Julian , pensant à Clara , passa la main sur son visage fatigué . Elle était partie la veille . Mais le mot lui semblait soudain lourd d’une ambiguïté inquiétante . Officiellement , selon son dernier message , elle passait quelques jours chez une amie . Mais une autre hypothèse , plus obscure , s’insinua en lui . Et si cette distance était déjà une séparation ?
( A Suivre )
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse - I - Troublant Départ - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle ! " , copyright 2026 .
___
Notes :
1 - Paracelse ( Philippe Théophraste Bombast Von Hohenheim , 1493 - 1541 ) médecin , philosophe , alchimiste suisse de langue allemande .
2 - Arthur Schopenhauer ( 1788 - 1860 ) , philosophe allemand .
L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - VIII - Table des Matières .
10 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE
L'ESCARBOUCLE /
LA MONTRE FANTASTIQUE
Table des Matières
I - Préface / Dédicace : La Pierre du Miracle
II - Prologue : 1 - Une Etrange Visite .
III - Première Partie ( Complot ) : 2 - Apparition - 3 - Dans le Fracas des Guerres - 4 - Le Parchemin du Mausolée - 5 - Esther .
IV - Deuxième Partie ( L'Affrontement ) : 6 - Novalis - 7 - Franz Keller .
V - Troisième Partie ( Lux Perennis ) : 8 - La Porte Etroite - 9 - Le Royaume sous la Mer .
VI - Epilogue : 10 - La Croisée des Chemins .
VII - LA MONTRE FANTASTIQUE ( Nouvelle )
VIII - Table des Matières .
DAN AR WERN - L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE - VIII - Table des Matières - Pep gwir miret strizh / All rights reserved / Tous droits réservés . " L'ESCARBOUCLE / LA MONTRE FANTASTIQUE " , Copyright 2025 / 2026 .
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