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LA VIE EST BELLE - Première Partie - Eclipse - VI - Les Ombres de Tellhouët .

24 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Château du Pas du Houx .

Château du Pas du Houx .

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LA VIE EST BELLE !

 

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

 

VI - Les Ombres de Tellhouët

 

 

 

" Avant que je m'en aille sans retour 

  Au pays des ténèbres et de l'ombre épaisse , 

  Où l'aurore même ressemble

  A la nuit sombre ... "

JOB 10 , 21 / 22 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 - La nuit était déjà tombée lorsque Paol Goulvan quitta la route départementale pour s’enfoncer dans les chemins étroits de la forêt de Paimpont . Bien avant d’atteindre Tellhouët , il avait coupé les phares de sa voiture , la laissant dissimulée sous un couvert de hêtres . Le reste du trajet , c'est à pied qu'il le fit . L’air était humide , chargé de cette odeur de terre noire et de feuilles humides paraissant monter des profondeurs du lac . Ici , chaque pas résonnait comme un écho . La forêt n’était pas seulement un décor : on aurait dit qu'elle vous observait . Faisant une halte , il consulta son téléphone , constatant qu'il n'y avait aucun réseau : 

- Parfait … murmura-t-il . On est seuls .

Devant lui , se dressaient les vestiges décharnés de l’ancien monastère consacré à saint Samson , masse de pierre ouverte au vent du soir , où quelques lueurs mouvantes , comme si on circulait à l’intérieur , tremblant comme des veilleuses clandestines , paraissaient retenir encore , à travers de larges ouvertures laissant passer leur lumière incertaine , des prières oubliées .

L'enquêteur se glissa dans l’ombre des murs , longeant leurs arcades presque effondrées , puis il se mit à contourner l’édifice en prenant soin d’éviter les branches mortes pour ne faire aucun bruit . C’est alors qu’il les vit , silhouettes drapées de noir , capuches rabattues , qui avançaient sans bruit comme si elles répétaient un ancien rite , portant des charges , des caisses peut-être , et des objets tous enveloppés d'étoffes épaisses .Tapi dans un fourré , retenant son souffle , il finit par sortir de sa poche un appareil , réglant celui-ci sur le mode " nocturne " , et malgré qu'il captât les formes avec difficulté , il prit une première photo ,  puis une seconde . Mais au moment où il ajustait l’objectif , l'une des silhouettes se détacha légèrement du groupe , comme pour donner une consigne muette d'un geste de la main bref et précis . La manche glissa . Un poignet apparut . Le photographe n’y prêta guère attention sur l’instant . Mais l’appareil , lui , enregistra : une peau fine , presque translucide , marquée d’une petite cicatrice en forme de croissant , juste au-dessus de l’articulation . 

Puis , le groupe reprit sa marche vers le " Tombeau de Merlin " . L'ex-gendarme serra les dents , car il connaissait bien cette légende que certains racontaient , prétendant que ce tombeau n’était qu’un leurre , une simple butte de pierres , tandis que le véritable Merlin , enfermé par Viviane , reposait en réalité dans une grotte invisible , sous terre , prisonnier d’un enchantement qui ne serait jamais tout à fait rompu .

Il décida de les suivre . Le sentier descendait vers une clairière qu’il n’avait jamais remarquée sur les cartes . Là , surgissant derrière une haute grille de fer forgé , apparut une immense propriété aux contours imprécis , dans laquelle un majestueux château se trouvait , dont quelque lumière diffuse , avant de se perdre dans les ombrages , filtrait derrière les fenêtres d'une tourelle accolée à la grande salle , sans jamais éclairer vraiment l’ensemble ...

 

15S’enfonçant sous la futaie avec cette obstination silencieuse propre à Brocéliande , Julian avait quitté Brest à l'aube , afin de rejoindre le détective à l’étang du " Pas du Houx " , lorsque l’eau , encore immobile , retient le ciel comme un secret mal gardé dans cette nappe sombre où quelque chose d’inquiétant semble naître d'une profondeur sans fond qui ne renvoie pas seulement aux nuages , mais aussi aux pensées les plus folles ! Goulvan marchait en silence quelques pas derrière lui , avec cette manière qu’ont certains hommes de ne pas troubler les lieux qu’ils observent . Depuis la veille , il parlait peu . On aurait dit qu’il écoutait la forêt .

- Vous y croyez , vous ? , demanda Julian sans se retourner .
- À quoi ?
- À toutes ces histoires ... Merlin , les pierres , les prisons invisibles ...

L'autre eut un souffle qui ressemblait à un rire , mais sans joie .

- Peu importe ce que je crois , lui répondit-il . Ce qui compte avant tout , n'est-ce pascest ce que les gens cachent derrière elles . Quelquun est venu ici il y a peu , rajouta-t-il en désignant le sol . Regardez !

L’intérieur de la bâtisse était plus vaste qu’il n’y paraissait , composée d'une pièce centrale , nue , et , sur le côté , d'un escalier de pierre qui montait en colimaçon . Julian posa la main sur la rampe , observant la poussière .

- Oui , plutôt récent , confirma-t-il .

À l’étage , une pièce unique , éclairée par la fenêtre qu’ils avaient aperçue , et , sur une table grossière , étaient étalés de vieux journaux datant de la guerre , avec les photos de Paol , prises la veille , près d'une lampe de campagne . 

Ce dernier s’était figé .

- Quy a-t-il ? , demanda Julian .

Le détective ne répondit pas tout de suite . Il observait le sol , près de la table . Puis il s’accroupit lentement , comme si le moindre geste risquait de faire disparaître tout ce qu’il venait de localiser .

- Jai déjà vu ça hier , murmura-t-il .

Julian fronça les sourcils.

Quoi ? , s'inquiéta-t-il .

Un silence épais tomba dans la pièce .

Je nai pas reconnu son visage , coupa l'autre . Il était à moitié caché . Mais ... il y avait un détail .

Il désigna du doigt une trace sur la poussière , presque effacée . Comme une empreinte laissée par une main appuyée .

- Elle a du poser ici sa main . Jai vu ... quelque chose . Une marque .

Le prof sentit comme un froid lui remonter le long de la nuque .

- Quel genre de marque ?

Même si ce n’était pas dans ses habitudes , l'enquêteur hésita .

- Une cicatrice . Fine . En forme de demi-lune , ici ...

Il effleura son propre poignet , côté intérieur .

Le monde sembla vaciller . L'enseignant recula d’un pas .

- Cest impossible ...

- Vous connaissez cette marque ?

Julian ne put lui répondre immédiatement . Choqué , il regardait le vide , comme si une image ancienne tentait de remonter à la surface .

Puis , très lentement , d'un murmure , sa voix devenant presque inaudible :

- Oui ...

- Bon sang ! Ce ne pouvait pas être Janig ! , poursuivit-il d'un air extrêmement bouleversé , levant les yeux vers le détective . Et pour la première fois depuis le début de l'enquête , il n’y avait plus de doute dans son regard , seulement l'expression d'un profond malaise .

- Ma mère !

 

 
 
FIN DE LA 1ère PARTIE
 
 
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