Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website

LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - V - Doutes .

22 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

Janig et Mona ( Sabine Pigalle d'après Hans Memling ) .

Janig et Mona ( Sabine Pigalle d'après Hans Memling ) .

Publicité
 
LA VIE EST BELLE !

 

 

Première Partie

Eclipse

 

 

 

V - Doutes

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12 - La porte se referma . Face au vide laissé par cette curieuse visite , Julian était resté là , seul , immobile , dans la pénombre , durant plusieurs minutes , comme si l’obscurité convenait mieux aux pensées qui se formaient en lui . Au dehors , la pluie avait cessé de dégouliner sur la vitre , et la pièce n'était plus éclairée maintenant que par les reflets incertains d'une lune entre les nuages , spectres de la nuit . Sur la table du salon , la carte postale semblait plus sombre , comme si l’encre avait absorbé quelque chose de la scène . 

Il s’en rapprocha encore tandis que son esprit tourmenté parut lui poser toujours la même question , mais de manière plus précise , presque tranchante : si Clara était morte , qui avait pu lui écrire ces mots étranges ? Les faits qu’on lui avait présentés d'une façon si évidente s’agençaient fort mal , trop de lignes se croisant sans jamais se rejoindre tout à fait . Quelque chose , dans cette entrevue avec Alice Fanny , une impression plus qu’un fait , lui semblait complètement faux , celle-ci lui rappelant un visage du passé entr'aperçu dans une foule , et qu’on reconnaît trop tard . Qui était-elle , en vérité ? Presque malgré lui , il murmura :

- Ce nest pas possible ...

Il bougea enfin , presque à regret , comme si cela risquait de dissiper quelque chose d’essentiel , allant chercher le carnet de poche où il avait consigné , presque machinalement , les éléments épars de cette histoire . Il le feuilleta , plus vite qu’il n’aurait voulu , avec une attention nouvelle , comme si chaque mot pouvait désormais en cacher un autre .

Cette femme venue chez lui , calme , précise , presque trop maîtrisée , portant le même patronyme que celui de la copine " introuvable " à Paris de Clara , n’était peut-être pas une apparition fortuite , pensa-t-il en éprouvant une tension froide lui parcourir le dos . Coïncidence ? Il sentit une idée plus dérangeante encore émerger , si son amie l’avait conduite jusqu’à lui , non par hasard , mais délibérément ? N'était-ce pas absurde , une lieutenante de police venue seule , sans convocation , sans suite apparente , sans trace officielle , avec aucun contact , aucune carte laissée ? Gêné par la sueur perlant sur ses joues , le professeur se passa une main sur le visage . Il regarda autour de lui , comme si l’appartement pouvait soudain lui révéler quelque chose qu’il n’avait pas déjà vu . Mais le doute , une fois entré , ne se retirait plus .

Tout semblait identique. Et pourtant , une infime dissonance persistait . Comme si une couche de réalité avait été déplacée .

Son regard , nouant un second fil immédiatement au premier , se posa sur la carte postale une nouvelle fois . Désormais , ce n’était plus une intuition vague , c’était une hypothèse . Il ferma un bref instant les yeux .

- Tu voulais comprendre , ou bien me faire payer ? , se demanda-t-il quand il les rouvrit . La pièce semblait plus étroite . Un autre visage s’imposa alors , presque malgré lui , celui de Janig , le sosie de sa mère , Mona .

13 - Un geste presque machinal le conduisit vers le bureau , où son ordinateur était resté en veille . L’écran s’alluma dans un halo bleuté qui découpa brutalement la pièce . Il y avait , parmi d'autres , dans la boîte SPAM de la messagerie électronique , une nouvelle notification qui lui parut bizarre . Il hésita , fronçant les sourcils , mais il finit par cliquer sur le texte qui ne contenait qu'une seule ligne : 

" Archives complémentaires . Berlin . Consultez la pièce jointe . "

Rien d’autre . Aucune signature . 

Julian sentit une crispation dans sa nuque en découvrant le document scanné , jauni , lié à ce court message , texte dactylographié , surmonté d’une tête de mort , symbole SS à demi effacé , avec des annotations manuscrites de style gothique , plus sombres , presque nerveuses , figurant en marge ! 

Les mots , d’abord flous , prirent forme peu à peu . Il n'eut pas trop de mal , ayant étudié la langue de Goethe à l'école , à les déchiffrer , réalisant qu'il s'agissait d'un rapport d'arrestation d'un sujet féminin , suivi d'une mention soulignée plus bas :

" Signalement transmis par une source interne , identifiée sous le code JG-17. "

Il continua à lire , plissant les yeux , son cœur battant plus fort de manière imperceptible . Une ligne  avait été ajoutée à la main , mais en français cette fois , traduction tardive ou note archivée de la préfecture :

" Correspondance probable : Janig Le Guern ."

Il sentit brutalement s’installer en lui une forme de fournaise intérieure , éruption volcanique , plus nette que tout ce qu’il avait pu éprouver jusque-là ! Néanmoins , ce n'était pas une surprise , mais une confirmation ! Comme si , tout au fond , dans les recoins de son âme , il avait déjà su . Son regard resta fixé longtemps sur le code " JG-17 ", désignation froide , presque administrative , réduisant un geste , peut-être une vie , à une simple combinaison de signes !

- Pourquoi ? , se demanda-t-il . Qui lui avait envoyé ce document ?

La question , tout de suite , ne trouvait pas de réponse . Mais une autre , plus aiguë , s’imposa immédiatement lorsqu'il comprit que quelqu’un , quelque part , ne se contentait plus uniquement de l’observer , tandis qu'une vérité intime avait affleuré au mauvais moment, dans un monde déjà fracturé par la guerre . Si quelqu’un , dans l’entourage , avait su ou deviné ... si cette trahison pouvait avoir pris un visage familier ?

Longtemps , l'air pétrifié par ce contenu imprescriptible qui lui était revenu  à la face comme un boomerang ,  il resta incapable de bouger . Puis , lentement , son regard tombant par hasard sur le téléphone , un peu plus loin , le pauvre malheureux comprit qu' un nom s'imposait avec la netteté des évidences tardives . Celui d'un ancien camarade d’université devenu enquêteur privé après quelques années dans la gendarmerie , quelqu'un de méthodique , plutôt discret qu'il venait de revoir , quelques jours plus tôt , sur les quais de Recouvrance , avant de discuter avec lui jusque tard dans la nuit pour évoquer leur folle jeunesse et ses problèmes ! Goulvan avait d'ailleurs gardé , il le constata , cette manière d’écouter sans interrompre , et de laisser , sans y paraître , les choses venir tout doucement à lui . Mais après avoir quitté trop tôt , sans doute par goût de l'action , l'enseignement supérieur , il était parti d'un coup de tête à l'armée , s'engageant par la suite dans sa branche policière avant de vite s’en retirer , car c'était en fin de compte , un navigateur solitaire !

 

( A Suivre )
 
 
                                                               ___
 
 
DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Première Partie - Eclipse V - Doutes - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
                                                   ___
 
* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article