LA VIE EST BELLE ! - Première Partie - Eclipse - IV - Fanny .
18 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !
Première Partie
Eclipse
IV - Fanny
" Comme les anges à l'oeil fauve ,
Je reviendrai dans ton alcôve ... "
Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal " -
" Spleen et Idéal " - LXIII , " Le Revenant " .
10 - De retour chez lui , Julian referma la porte avec cette lenteur instinctive que l’on adopte lorsqu’on pressent qu’un seuil a déjà été franchi , non pas celui d’une maison , mais celui d’une vérité . La nuit tombait sur la rade , un de ces crépuscules épais de Bretagne où le silence semble avoir une consistance , où chaque objet , dans la pénombre , paraît chargé d’une mémoire obscure . Il resta un long moment à réfléchir immobile dans l’entrée , son manteau sur les épaules , tandis que tournait encore en lui , comme une énigme , le récit de sa tante Janig , à laquelle s'ajoutait le spectacle de cette tombe mystérieuse où étaient gravés les mêmes noms et prénoms que ceux de son amie disparue ! Pourquoi cette impossible coïncidence , pensa-t-il en sortant la carte postale de sa poche , sinon pour masquer quelque chose - ou pour le révéler ? Puis , la tenant entre ses doigts , le professeur traversa lentement le salon , la posant sur la table avec précaution , tentant à nouveau de la déchiffrer . L’encre en semblait presque fraîche , comme si la main qui l’avait tracée appartenait encore au présent : " La Vie est belle " ... Etait-ce un code , une signature ?
Sa tante avait eu beau lui parler d’un réseau , d’une femme . Son regard se perdit un instant dans le vide . Mais alors , qui était cette autre Clara Michel ?
Et surtout ... Quel rôle sa propre famille avait-elle joué dans cette histoire ? Une pensée , jusqu’ici repoussée , s’imposa à lui avec une brutalité froide . Le suicide , sans explication , de sa mère . Et si , au contraire , elle avait su ? , réfléchit-il . Si elle avait porté , toute seule , ce poids d’un secret ancien qui touchait à la guerre , à la dénonciation , à la mort d'une malheureuse ? On lui avait toujours parlé d’un geste inexplicable , d’une fragilité silencieuse . Une histoire close , presque interdite . Mais si ce n’était pas toute la vérité ? Si ce drame trouvait son origine ailleurs , dans une faute bien trop lourde à porter suivant ces années troubles ?
Julian , fermant les yeux pour contenir l'intuition qu’il refusait d’abord de formuler , mais qui , pourtant , s’imposait à lui , sentit , dans un frisson le parcourant avec une force incroyable , la violence d'une fissure qui s’ouvrait en lui ! Si quelqu’un , dans sa famille , avait parlé ? Si cette parole avait conduit à la mort ? Dans le même mouvement , se superposa une autre image , presque absurde , et pourtant persistante : le diamant ! Pourquoi cette histoire étrange revenait-elle sans cesse d'un trésor que les nazis voulaient emporter dans leur fuite , un bijou de valeur incertaine , presque mythique ?
Certains disaient qu’il ne s’agissait pas d’une simple pierre , mais d’une relique plus ancienne encore , d'une sorte de prisme , une " cage de verre " où Viviane aurait enfermé Merlin L'Enchanteur ... Il esquissa un sourire nerveux , voulant sans doute rejeter cette idée comme une fantaisie locale parmi d’autres . Pourtant , quelque chose en lui résistait . Comme si , historiques ou légendaires , ces récits convergeaient tous vers un même point obscur : l’enfermement d'une prison !
- Tout cela n’a aucun sens ! , murmura-t-il à part lui , passant la main sur son visage en sueur .
Mais à peine avait-il prononcé ces mots qu’un bruit le fit sursauter . Celui de trois coups contre la porte . Il resta figé . À cette heure ? Qui ça pouvait être ? , se demanda-t-il , inquiet . Le silence retomba , plus dense encore . Puis , à nouveau , trois autres coups , précis , mesurés , plutôt secs , paraissant annoncer , cette fois , comme au théâtre , le dénouement d'une tragédie , le firent se diriger vers l’entrée avec une prudence presque instinctive , avant d'ouvrir à une femme qui se tenait sur le seuil avec un drôle de petit chapeau ...
11 - Elle devait avoir une trentaine d’années , peut-être un peu plus , avec un visage à la fois peu ordinaire , mais étrangement difficile à saisir , comme si quelque chose en lui , avec des yeux l'éclairant de leur fixité troublante , échappait immédiatement à l'évidence .
- D'ailleurs , comment jauger quelqu'un dont on ne sait trop ce qu'il vient faire ici ? , se questionna-t-il avec une certaine froideur .
- Julian Le Guern ?
Il hésita une seconde .
- Oui .
Elle inclina légèrement la tête , comme pour confirmer une certitude .
- Je peux entrer ?
Sans trop savoir pourquoi , il s’effaça , la laissant avec une assurance tranquille pénétrer presque aussitôt dans la pièce , l'observant brièvement , tandis que son regard , la parcourant avec une rapidité méthodique , s’attardait à peine , mais ne laissant rien au hasard , finit par se poser sur la carte postale . Ce n’était pas de la curiosité . C’était une vérification .
- Je vois que vous l’avez trouvée .
Il sentit son cœur se serrer davantage .
- Mais qui êtes-vous ?
Elle se tourna vers lui . Un léger sourire passa sur ses lèvres .
- Vous pouvez m’appeler Fanny .
Il y eut un silence .
— Est-ce que cela veut dire que ce n’est pas votre vrai nom ? , releva-t-il avec une certaine inquiétude .
Elle ne lui répondit qu'avec une autre pirouette littéraire .
" Un nom doit-il toujours signifier quelque chose ? " ( 8 )
Julian se raidit .
- Que pouvez-vous me dire sur Clara ?
La femme , ayant fait un pas vers la table , avait effleuré ensuite délicatement la carte du bout de ses doigts effilés . Puis , levant les yeux vers lui , elle s'était mise à parler , légèrement en retrait , ne cherchant pas à instaurer quelque familiarité qu'elle devait juger inutile , mais à lui énoncer une série de faits d'apparence plutôt fragmentaire .
- La première Clara apparaît dans plusieurs dossiers d'après-guerre , bouclés à la hâte , sans conclusion claire , dans un premier temps , résistante avérée , agent de liaison dans un réseau local , avant d'être signalée dans des rapports allemands comme " intermédiaire instable " , soupçonnée même de manipuler des informations sensibles .
- La question , pour moi , est de savoir pourquoi l'autre est venue me trouver ? , demanda-t-il avec une certaine curiosité mêlée de crainte .
Un froid diffus envahit la salle .
- L'autre Clara ? , lui répéta-t-il encore . Que veut-elle ?
Fanny secoua la tête .
- Elle est morte !
Le professeur , abasourdi par la nouvelle , sentit monter en lui une colère sourde avant d'éclater en sanglots , lui jetant un regard courroucé de bête sauvage ! Un silence pesant s’installa .
- Écoutez , je ne sais pas à quel jeu vous jouez , fit-il en tentant de sécher ses larmes qui paraissaient sincères , mais j’en ai assez des demi-vérités . Qui êtes-vous vraiment ? Qu’est-ce que vous me voulez ?
L'autre tenta d'abord de soutenir son regard sans ciller , mais troublée par l'expression de ce chagrin , s'en voulut , semblait-il , de cet aveu qu'elle jugeait maintenant trop brutal , finissant par s'excuser tout en lui lui affirmant très calmement :
- Vous protéger .
- Mais de quoi , mon Dieu ?
Elle marqua une pause , comme si elle pesait chaque mot .
- De ce que quelqu'un , peut-être dans votre famille , a essayé d’enterrer .
Julian resta sans voix .
Le nom de sa mère lui traversa l’esprit comme un éclair .
- Vous parlez de ...
- Du passé , le coupa-t-elle avec douceur . Et du prix qu’il exige toujours .
Elle lui présenta sa carte : lieutenant Fanny Alice de la brigade criminelle .
- Cette Clara ... n’est pas venue chez vous par hasard .
Julian sentit le vertige de l'amour le reprendre .
- Qu’est-ce que ça veut dire ? , dit-il en hoquetant sous le coup de l'émotion .
La policière s’approcha un peu plus de lui , jusqu’à réduire à presque rien la distance entre eux , le touchant à l'épaule pour le réconforter . Sa voix se fit plus basse , quasi confidentielle .
- Cela veut dire ... que vous êtes concerné ... et que , si nous continuons à chercher ... ajouta-t-elle en esquissant un geste à peine perceptible ... nous pourrions peut-être découvrir que certains morts n'ont pas tout révélé de leur mystère !
Le silence retomba . Mais cette fois , il n’était plus vide . Il était chargé d’une terrible menace . Et d’une promesse !
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