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LA VIE EST BELLE - Epilogue - XI - Deux Eclairs dans la Nuit !

2 Avril 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

LA VIE EST BELLE - Epilogue - XI - Deux Eclairs dans la Nuit !
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LA VIE EST BELLE !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Epilogue

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
XI - Deux Eclairs dans la Nuit !

 

 

 

 

" Elle m'écoute , maintenant , comme si elle avait reconnu qui je suis ...

  C'est comme si nous avions compris qui nous sommes ,

  L' un et l 'autre ... " 

Alain-Fournier - " Lettres au Petit B. " *

 

 

 

 
 
 

   

 

29 - Plus tard que le crépuscule , incapable de rester enfermé , Julian s’éloigna de la maison sans bruit . La forêt l’avait accueilli comme elle l’avait toujours fait , sans surprise , comme si elle reconnaissait familièrement chacun de ses pas . Longtemps , sans vraiment choisir sa direction , guidé par une intuition plus que par la mémoire des chemins de son enfance , il marcha . L’air était frais , chargé d’une humidité douce . Peu à peu , buissons et broussailles , laissant apparaître la surface sombre de l’étang du Pas du Houx , s’écartèrent . L’eau était immobile . Aucune ride , aucun souffle . Un miroir nocturne où le ciel semblait s’être dissous . Le promeneur s’arrêta au bord . Puis , lentement , plus nette , plus immédiate que dans la maison , revint cette sensation d'une présence diffuse tout autour de lui , comme si quelque chose à la lisière de l'ombre , de l’autre côté du visible , entre les troncs noueux , cherchait à se manifester . Perplexe , il ne vit rien , plissant les yeux tout d'abord , ne percevant qu'une très légère vibration , comme un souffle de vent dans le feuillage des chênes , deux formes paraissant se détacher d'eux , créatures élancées , d’une grâce irréelle , s’avançant vers lui dans l'obscurité . Mais leur déplacement paraissait fluide , presque glissé , comme si elles n’étaient soumises ni au poids , ni à la résistance de l’air . Elles semblaient se faufiler entre les frondaisons plus qu’elles ne les contournaient . Leur peau , oscillant entre le bleu et l’argenté , paraissait parcourue de reflets irisés , leurs yeux , d'une immense profondeur , semblaient sonder non pas le corps , mais l’âme elle-même . L’une d’elles , qui s’inclina légèrement , fit résonner silencieusement sa voix , douce mais indéniablement puissante , dans l’esprit du jeune breton . Celui-ci , complètement tétanisé , ne bougeait pas devant l'avancée de leurs silhouettes élancées qui , d’une finesse irréelle , se précisaient ,  portant des contours humains , leurs têtes , légèrement disproportionnées , se terminant par des formes douces mais étrangères . Leurs yeux , surtout , longs , effilés , lumineux , captaient la moindre lueur pour la transformer en éclat . Deux éclairs dans la nuit !

Julian sentit son souffle se suspendre . Il les reconnaissait , non par leurs traits qui n’étaient plus tout à fait humains , mais par une certitude intérieure , immédiate , irréfutable : Clara et Fanny ! Ou ce qu’elles étaient devenues . Mais elles ne s’arrêtèrent pas là . Leur présence semblait faite de passages , de traversées .

L’une tourna légèrement la tête , et dans ce mouvement , Julian crut percevoir une forme de regard posé sur lui , non pas curieux , ni même affectif , mais conscient , reconnaissant . Puis , sans rupture , elles reprirent leur trajectoire . Leur mouvement s’accéléra . Elles se fondirent dans la profondeur des bosquets comme deux traits de lumière , deux lignes vives disparaissant entre les arbres , non pas éteintes , mais absorbées !

30 - Le silence revint aussitôt . Le marcheur demeura immobile , son regard fixé sur l’endroit où elles avaient disparu . Il n’éprouvait ni peur , ni doute , simplement une évidence nouvelle, presque calme . Ce qu’il avait entrevu ne relevait pas d’une apparition . C’était une autre forme de réalité . L’eau de l’étang reflétait à nouveau le ciel , intacte . Mais Julian savait désormais que ce reflet n’était qu’une surface , une apparence , et qu’au-delà , quelque chose d'invisible , de vivant , circulait encore !

Peut-être , se dit-il , ne suis-je qu'un reflet d'une autre histoire parallèle aux contours imprécis ? 

Qui peut dire le faux et le réel ? , songea-t-il encore , avant de reprendre sa voiture pour Brest .

( 16 )

Il resta encore un long moment au bord de l’eau , comme retenu par ce qu’il venait de voir , ou de traverser . La surface , redevenue parfaitement lisse , ne portait plus aucune trace du passage des deux formes . Rien ne subsistait , sinon cette impression persistante que le réel venait de se déplacer d’un cran . Sans doute pensa-t-il encore que la question n’était pas de savoir ce qui avait eu lieu , mais où il se situait ? Cette idée troublante s’imposa à lui de plus en plus : et s’il n’avait été lui-même qu’une illusion dans cette histoire dont il ne percevait plus que les interférences , les surgissements , les échos ? 
Néanmoins , cette idée , ne produisant ni refus , ni vertige , ne l’inquiéta pas , car elle apportait , au contraire , une forme d’apaisement , comme si l’incertitude elle-même devenait un espace habitable . Il finit par détourner les yeux du petit lac . La forêt , derrière lui , avait retrouvé son opacité tranquille . Rien ne bougeait plus . Reprenant le chemin inverse , il atteignit vite sa voiture , garée à l’écart du sentier . Cependant , futaies et taillis ne cherchèrent pas à se montrer davantage lorsqu'avant d’ouvrir la portière , il jeta un dernier regard vers les arbres , non pour s'assurer du retour à la normale , mais comme on salue un lieu dont on sait qu’on n’a pas fini d’épuiser tous les secrets !

Le chemin du retour s’ouvrit devant lui , presque banal , routinier . Les phares découpaient leur habituel ruban de lumière dans l'encre nocturne , ramenant peu à peu le monde à des proportions connues . Pourtant , quelque chose avait changé . Non pas autour de lui . Mais en lui .

Au loin , derrière les lignes sombres de Brocéliande , ce qui avait été entrevu ne disparaitrait pas tout à fait . Cela , comme d'habitude , s'était retiré comme une autre version du réel , toujours présente , mais désormais , telle une mer au reflux , consciente d’être fouillée .

C'est ainsi qu'un fol espoir de trouver ce " Nouveau Monde " se mit à germer dans son âme . Mais ne s'agissait-il pas plutôt , pour lui , de redécouvrir à la lumière d'anciennes légendes que l'obscurantisme avait , croyaient-ils , trop longtemps clouées au pilori d'une liberté religieuse mise au tombeau , un fabuleux trésor , pour le moins spirituel , de flammes renaissantes ?

Joachim de Flore avait évoqué déjà , pensa le philosophe , cet âge d'or où l'Esprit régnerait " comme l'éclat du jour à la lueur de l'aube ou des étoiles " , pareil au " feu de l'été " qui renaît sans cesse des cendres de l'âtre et des promesses du printemps ! 

( 17 )

 

FIN

 
 
 
                                                               ___
 
 
DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Epilogue XI - Deux Eclairs dans la Nuit ! - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
16 - Dancing Shoes " , une chanson de Dan Fogelberg ( 1951 - 2007 ) dans son album " Nether Lands " ( 1977 ) , copyright 1977 Dan Fogelberg CBS Inc. / Full Moon - Epic Records and Hickory Grove Music ( ASCAP ) - All rights reserved - Voir AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile III ) , V - Villeneuve - Copyright 2017 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .
 
17" Expositio in Apocalypsim " ( 1196 - 1199 ) de Joachim de Fiore ( vers 1130/1135 - 1202 ) , théologien catholique , moine cistercien .
 
* " Lettres au petit B. " ( René Bichet , 1887-1912 , poète français ) - Posth. 1930 , d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) .
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