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LA VIE EST BELLE - Seconde Partie - Résurgence - VII - Les Mystères du Palais-Royal .

26 Mars 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LA VIE EST BELLE !

LA VIE EST BELLE - Seconde Partie - Résurgence - VII - Les Mystères du Palais-Royal .
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LA VIE EST BELLE !

 

 

 

Seconde Partie

Résurgence

 

 

 

 

VII - Les Mystères du Palais-Royal

 

 

 

Que façonnes-tu de si beau ,

  de si brillant ? " 

 W.B Yeats - La Croisée des Chemins " ( Crossways , 1889 ) - " Le Manteau , le Bateau et les Souliers " ( The Cloak , the Boat and the Shoes ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16 - Hiver 1637 , Paris : Dans la pénombre de fondations toujours très humides , les torches projetaient des ombres instables sur les murs de pierre fraîchement taillée . L’air sentait la chaux , la terre retournée , plus quelque chose d’autre comme une odeur métallique assez ancienne . Armand Jean du Plessis de Richelieu ne descendait jamais sans raison . Ce soir-là , pourtant , son éminence avait insisté . On avait congédié les ouvriers plus tôt que prévu . Seuls demeuraient quelques hommes triés sur le volet , silencieux , qui , n’appartenant pas à ces corps de métiers , ne portaient ni les gestes ni les regards des bâtisseurs habituels . Richelieu , quant à lui , appuyé sur sa canne , marchait avec lenteur . Il ne regardait pas les murs , préférant les écouter . ( 9 )

- Plus loin ! , dit-il en passant devant une cloison provisoire .

Derrière , la terre s’ouvrait sur un vide inattendu . 

Ce n’était pas une galerie creusée . C’était une cavité déjà là , parfaitement stable , comme si on avait bâti le palais juste au-dessus d’un réseau préexistant . L'un des hommes , tenant une lampe , s’agenouilla , mettant en lumière des marques , pas des traces d’outils , mais des signes . Le cardinal s’arrêta , prenant longuement le temps de réfléchir , puis , dans un souffle presque inaudible , déclara :

- Nous ne ferons que prolonger ce qui a été commencé ...

Personne n'oserait lui répondre . Les torches vacillèrent pendant que la pierre , elle même , semblait-il , retenait son souffle !

17 - Le jardin du Palais-Royal , avec cette élégance contenue des lieux où le temps ne s’écoule pas tout à fait comme ailleurs , paraissait immobile , comme retenu dans une époque indécise . Les alignements parfaits des tilleuls , de même que la rigueur presque géométrique des galeries , tout évoquait plus une paisible promenade qu’un lieu de rendez-vous secret . Sous les arcades régulières , les silhouettes passaient sans se voir , glissant entre les colonnes comme des ombres disciplinées . Quand il s’arrêta devant la vitrine , le soleil avait décliné sur le parc , laissant ses derniers feux brûler le fronton des façades qu'un trio insoucieux de mannequins et photographes bravait encore de leurs sourires enjôleurs , snobant les rares passants pressés témoins de leurs poses d'Arlequins moqueurs ... 

La bijouterie ne payait pas de mine . Quelques bagues anciennes , deux montres ternies par les années , côtoyant un collier de perles discrètement éclairé . Rien qui n'attire véritablement l’œil , et pourtant , lorsque Paol entra , déclenchant le tintement sec , presque réticent , d'une clochette , tout lui sembla trop parfaitement ordonné , comme si chaque objet occupait une place dictée par une logique invisible . 

Derrière le comptoir , un homme assez maigre leva les yeux , regard pâle , costume sombre , cheveux tirés en arrière .

- Je peux vous renseigner ?

Goulvan observa brièvement la pièce , puis répondit d’une voix calme :

- La vie est belle , vous ne trouvez-pas ?

Je cherche une pierre ... qui ne se vend pas .

L’homme inclina très légèrement la tête . Il y eut un silence .

- Il y a des choses qui ne sachètent pas , en effet .

Le visiteur s’approcha .

- Elles nappartiennent qu’à ceux qui savent voir la lumière dans lombre .

Cette fois , le regard du bijoutier changea . À peine . Mais suffisamment .

- Suivez-moi !

Sans un mot de plus , il contourna le comptoir , ouvrant une porte étroite dissimulée dans le bois sombre . Paol suivit son guide dans une arrière-boutique exiguë , encombrée de vieux coffres et de registres poussiéreux .

Puis vint une seconde porte , plus épaisse , et sans poignée . 

Le bijoutier posa la main sur un panneau de cuivre gravé de signes géométriques . Ses doigts composèrent une séquence précise . Un déclic sourd retentit .

La porte s’ouvrit lentement . Derrière , un tunnel étroit , creusé dans la pierre , éclairé par une lumière froide , presque irréelle ...

18 - Alors , le bruit de la ville , s'effaçant peu à peu , fut remplacé par une résonance sourde , comme si les murs eux-mêmes retrouvaient une époque disparue . Au bout du passage , ils avancèrent jusqu'à une vaste salle capitulaire hors du temps , comme si un fondement de château bâti sous le Palais-Royal avec des pierres massives du Moyen-âge s'ouvrait en hautes voûtes ogivales gravées de symboles . Tout autour d'une table circulaire , au centre , quelques silhouettes immobiles patientaient , sept moines vêtus de noir , encapuchonnés , dont l'un , tandis que Lavigne s’effaçait discrètement , se leva , prenant la parole d'une voix grave et posée dominant les autres . Puis , l'homme déclencha un mécanisme qui , dans le fond de la salle , illumina une vitrine . À l’intérieur , se trouvait un objet , ni tout à fait pierre , ni tout à fait cristal , masse translucide parcourue de reflets internes , comme si une lumière vivante y circulait , lente , organique . Paol sentit , malgré lui , un frisson lui parcourir l’échine alors qu'il songeait brièvement à son " ami " Julian Le Guern , à la confiance qu’il avait su installer entre eux , patiemment , presque affectueusement , pendant cette enquête qu’il avait guidée pour lui sans jamais en avoir l’air , orientant les hypothèses d'une manière habile , suggérant des pistes , laissant croire à la découverte là où il n’y avait qu’un parcours balisé . Ce n’était pas une trahison , pourtant , songea-t-il .

- ContemplezLa Vie " ! , dit le Grand-Maître à la cantonade .

Même après toutes ces années , le visiteur ne pouvait s’empêcher d’éprouver une forme de trouble en présence de cette matière instable , comme traversée d'une énergie intérieure , vivante circulation lumineuse échappant aux lois fondamentales de notre monde . Ce n’était pas un objet . C’était un seuil vers l'insondable ! Il se remémora ce premier jour où ,  quand on le lui avait montré , il avait , par instinct , voulu lui résister une seconde , avant de comprendre qu'il n'était humainement pas possible de le faire .

Alors , Paol fermant brièvement les yeux , se rappela ce qu'on lui avait confié des derniers jours du Reich , alors que l’effondrement rendait toute hiérarchie illusoire , et qu'un groupe restreint , désigné sous le nom d’ " Étoile Bleue( Blaue Stern ) avait reçu mission d'arracher l'objet du chaos , les " Nazis " pensant pouvoir créer un " surhomme " capable de vaincre leurs ennemis grâce à cette pierre d'origine inconnue trouvée en Bretagne près du " Tombeau de Merlin " . Les archives mentionnaient l'existence d'un convoi discret , fragmenté , évitant les axes principaux , contournant les zones d’effondrement . Certains témoignages rares , souvent incohérents , parlèrent d'incidents inexplicables , de disparitions , de pertes de repères , d'altérations du comportement chez les porteurs eux-mêmes . C’est à partir de là , une fois la paix revenue , que , selon toute vraisemblance , ayant fini , peu à peu , par comprendre , avec les expériences menées par la suite , et qui avaient toutes échoué , qu'aucun " surhomme " , en fait , n’avait émergé , qu'aucun contrôle réel n’avait pu être établi sur l'artefact , l’Ordre avait dû admettre une possibilité plus dérangeante : le cristal contenait une forme de vie ancienne , extérieure , capable d’interagir et de s’adapter en choisissant qui elle souhaitait pour survivre , certains sujets mentionnant des transformations fugitives , des perceptions altérées , parfois, des phénomènes plus troublants encore , affirmant ne plus être vraiment seuls en eux-mêmes . ( 10 )

D’autres décrivaient une capacité nouvelle , mais brève , à échapper dans l'invisible au regard , puis à se dissoudre dans l’espace environnant , comme si la matière elle-même cessait de les reconnaître . 

- Des délires ! , conclua-t-on d’abord .

19Le plan avait suivi son cours . Julian avait franchi les étapes nécessaires : la découverte, l’incrédulité , l’obsession naissante . Les archives , les témoignages , les coïncidences - tout avait été disposé avec une précision presque organique . Il n’y avait pas eu d’improvisation . 

Seulement un ajustement constant , comme si l'Entité , au-delà même de l’Ordre , par une variation de lumière à peine perceptible , mais suffisante , du Cristal , avait veillé à la cohérence de l’ensemble , surveillant le processus avec minutie , dictant mentalement sa volonté à ceux-là même qui en étaient devenus l'instrument !

 

( A Suivre )
 
 
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DAN AR WERN - La Vie est Belle ! - Seconde Partie - Résurgence VII - Les Mystères du Palais-Royal - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " La Vie est Belle " , copyright 2026 . 
                                           
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Notes :
 
9 - Armand Jean du Plessis de Richelieu , dit le cardinal de Richelieu ( 1585 - 1642 ) , principal ministre du roi Louis XIII , constructeur du Palais-Cardinal ( 1628 ) , qui devint Palais-Royal sous Louis XIV .
 
10 - L'Etoile Bleue ( Cycle de L'Etoile XVII ) - X - L'Etoile Bleue - Copyright Dan Ar Wern / OmniScriptum S.R.L Publishing Group - septembre 2022 - All rights reserved .

 

 

 
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