Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website

LE VOL DES OIES SAUVAGES - Epilogue - X - L'Héritage Oublié .

9 Avril 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE VOL DES OIES SAUVAGES

LE VOL DES OIES SAUVAGES - Epilogue - X - L'Héritage Oublié .
Publicité

 

 

LE VOL DES OIES SAUVAGES  

       

" Le jour est à nous , mes enfants  ... "

Derniers mots de Charles Chalmont , marquis de Saint-Ruth , général français , commandant des troupes de Louis XIV, qui périt à la bataille d'Aughrim . 

 

 

 

 

- EPILOGUE -

 

 

 

 

X - L'Héritage Oublié

 

 

" Vous aviez ouvert ce sillon au couchant du vieux monde , ce sillon sur la mer : l'histoire ne commence-t-elle que lorsqu'elle devient prophétie du passé ? " 

Yann- Bêr Kalloc'h ( 1888 - 1917 ) , barde , écrivain breton de l'île de Groix : " Ar En Deulin ( A Genoux , 1904 - 1917 ) , III - Evid Mem Bro ( Pour Mon Pays ) , 7 - Tri Neved , Tèr Bédenn ( Trois Sanctuaires , Trois Prières , nov. 1914 ) .

 

 

20 - Un an plus tard , Bridget publia un livre qui la rendit célèbre sur l'histoire cachée de son héritage breton ! Dans toutes les librairies de France , d’Irlande et jusqu’à New York , un ouvrage faisait parler de lui : " Le Vol des Oies Sauvages - L'Héritage Oublié entre la Bretagne , l’Irlande et l’Amérique " , signé Bridget Clare DAvaugour .
Le livre racontait tout : le collier d’or du duc de Bretagne , les serments secrets des Oies Sauvages dans une crypte irlandaise , l’amour tragique d’Erin et de Morvan , leur fuite , leur espoir brisé à Detroit ... la redécouverte , enfin , de cette histoire dans les souterrains du château de Quéhillac !

Historiens , journalistes , descendants de la diaspora irlandaise et bretonne se passionnèrent pour ce récit où se mêlaient trahison , fidélité , exil , histoire et renaissance !
Invitée sur les plateaux de télévision , l'écrivaine , avec son accent américain et ses racines bretonnes , touchait les cœurs . On venait lui parler de ses personnages comme s’ils étaient vivants . Dans chaque salon du livre , elle portait à son cou une petite hermine d’or , trouvée dans la cache du manoir , dernier vestige du trésor ducal !
Le maire Corbillé , resté dans l’ombre , suivait tout cela avec un mélange de fierté et d’inquiétude . Il savait que d’autres secrets dormaient encore sous les pierres de Bouvron . Mais cette fois , il n’était plus seul pour les porter .
L'héritière , elle , regardait la lande au crépuscule depuis les remparts du château restauré .
Le vent venu de l’Atlantique soufflait dans les grands arbres .
Et dans ce souffle , il lui semblait entendre , comme un ancien chant :
" Noublie jamais qui tu es ! "


21 - Le soleil de ce dimanche printanier baignait les pierres blondes du château de Quéhillac , dont les tourelles paraissaient émerger parmi les glycines et les rosiers en bouton . Dans le jardin d’honneur , des tables nappées de lin blanc supportaient des piles de livres au titre doré : " Le Vol des Oies Sauvages - L'Héritage Oublié entre la Bretagne , l’Irlande et l’Amérique " .
Des enfants couraient dans l’herbe fraîche , pendant que les adultes , un verre de cidre à la main , formaient des petits groupes entre les bancs et les tonnelles fleuries .
Sur une estrade improvisée , sous un parasol crème , madame DAvaugour signait son ouvrage d’une plume vive , sourire aux lèvres . Sa robe bleu roi flottait légèrement au vent , assortie à l’opale qu’elle portait autour du cou , comme un discret clin d’œil aux secrets révélés dans son récit .
" À Madame McMiney , pour sa fidélité aux mystères du vieux monde ... " , lut-elle à voix haute en signant un exemplaire , avant de tendre le livre à une femme aux cheveux auburn relevés dans un chignon un peu bohème .
- Merci , Bridget . Ce que vous avez révélé , ça va bien au-delà de cette histoire . Il y a des choses , là-bas , du côté de l'Irlande , à Dun Carraigh , justement , dont on se demande ce qui s'y passe , murmura-t-elle dans un français très approximatif .
- Vous me donnez envie dy retourner , Brenda . Sans doute pour un deuxième tome ? » répondit Bridget avec un clin d’œil malicieux .
Brenda McMiney sourit , mais son regard se perdit un instant dans le lointain . Son accent d'Ulster chantait encore après toutes ces années passées à Bouvron .
- Mimine ! Viens saluer ! , lança-t-elle .
Un jeune géant aux épaules de rugbyman , en short et polo , s’approcha , rougissant comme une fraise . Magnus , dit Mimine , avait , pour ses quatorze ans , la carrure d’un pilier de Top 14 , mais le cœur tendre et l’âme curieuse .
- Bonjour , madame ... Jai tout lu . Enfin , presque tout le début de la première partie . Jaime quand ya de laction ... Sans parler des bateaux !
- De vieux rafiots , des trahisons , des serments , des fuites ... Je crois que tu pourrais jouer Morvan dans un film à Holywood ! , lui lança Bridget en lui tapant sur l’épaule !
Le maire Corbillé , en costume clair , s’approcha alors , présentant une flute de champagne ainsi qu'un sourire satisfait .
- Ma chère , je vous lavais bien dit , non ? Cette ruine ancestrale avait besoin de rajeunir pour parler . Grâce à vous , voilà chose faite , si j'ose dire !
- Mais vous saviez tout , Monsieur le Maire , lui répondit-elle d'un air complice .
- Peut-être . Mais certaines aventures ne peuvent être bien racontées que par la bonne personne .
Brenda se pencha alors vers le maire .
- Vous avez vu le vieux blason dans la salle basse ? Celui figurant sur la couverture ? On le retrouve aussi à Dun Carraigh , gravé sur une pierre ... Je crois que lintrigue n’est pas résolue .
Corbillé acquiesça lentement .
- Je nen ai jamais douté . Mais ce qui est sûr , cest que la vérité commence à se faire jour !
Plus loin , un groupe d’admirateurs applaudissait pendant qu’un trio de musiciens jouait un air celtique entraînant . Des crêpes fumaient sur les plaques chaudes , les enfants riaient , et le château de Quéhillac , longtemps endormi , semblait revivre au rythme des secrets retrouvés .
Alors que le soleil commençait à décliner , Bridget leva les yeux vers la tour ronde , où une fenêtre en ogive , celle de sa fille Maggie et de son beau-fils Cormac , venu la rejoindre , brillait doucement , reflétant la lumière dorée .
Elle murmura :
- Merci , Morvan ... Merci à vous tous , membres des " Oies Sauvages " . Vous ne serez jamais oubliés !
Quelque part , porté par la brise , il lui sembla qu’un battement d’ailes effleurait les cieux de Bouvron .
Alors que la fête se prolongeait dans les allées du jardin, Brenda McMiney s’était éloignée un instant , profitant du calme près de la vieille fontaine . Bridget la rejoignit , intriguée par ses allusions de tout à l’heure .
- Vous avez vraiment vu ce blason à Dun Carraigh ? »
L'autre hocha lentement la tête .
- Gravé dans la pierre dun caveau sous la chapelle du château . Je ny suis pas descendue souvent . Mon grand-oncle , Eamon , me lavait montré quand j’étais toute petite . Il disait que cétait “ le sceau du pacte oublié ”. Il avait peur de ce lieu .
- Et vous pensez que cest lié à Morvan De L'Aulne , aux " Oies Sauvages " ?
- J’en suis certaine . Dun Carraigh a servi de refuge à plusieurs familles bretonnes venues ici après la bataille de Savenay . Il y a un passage souterrain qui est effondré sous la falaise , qu’on dit avoir été creusé pour fuir vers la mer . Et puis il y a toutes ces lettres ...

Brenda sortit de son sac un petit rouleau de parchemin , protégé par une enveloppe plastique , où elles étaient reproduites :

" Ne vo kollet netra eus 'pezh 'oa bet graet gant karantez ! " ( 14 )

- Cest vieux , très vieux , cest signé M. de LAulne . Il parle dun " second dépôt ", dun lieu sûr et dun " serment gravé dans le roc ". Je crois que ce que vous avez découvert ici n’était qu'une partie de l’énigme ...
Bridget frissonna en dépliant le papier . L’écriture ancienne , fine et nerveuse , racontait en effet ce que l’on devinait être les derniers mots de Morvan avant de quitter l’Irlande . Il y parlait d’un artefact précieux , laissé non pas pour être retrouvé , mais pour guider .
- Et si ce trésor nétait pas fait pour enrichir , mais pour protéger une mémoire ? » murmura Bridget .
Brenda hocha la tête .
- Mon fils Mimine descend peut-être de ces exilés , vous savez . Mon grand-père disait souvent qu'un certain Raboceau , cousin de Morvan qu'on surnommait " le barde du Rocher " sétait caché là pendant des années ...
Bridget sentit un frisson parcourir son échine. Une nouvelle enquête s’ouvrait, à cheval entre Bretagne et Irlande. Et cette fois, elle ne partirait pas seule.
- Vous savez quoi , Brenda ? On devrait aller ensemble à Dun Carraigh . Faire parler ces pierres .
Brenda sourit .
- Je vous attendais . Depuis longtemps , je crois ...

Et dans le ciel du soir, le cri lointain d’une oie sauvage rappela que les légendes n’étaient jamais tout à fait mortes.

22 - Alors que le soleil descendait lentement derrière les frondaisons du parc , les visiteurs furent invités à se rassembler devant l’estrade . Un léger silence se fit , ponctué seulement par le bruissement des feuilles que le chant d’un merle , perché sur la grille de la chapelle , accompagnait .
L'écrivaine monta sur l’estrade , tenant un exemplaire de son livre . Son regard balaya la foule : Brenda et son fils Mimine , le maire Corbillé , les enfants de l’école de Bouvron , des historiens , des lecteurs passionnés venus de loin , même quelques descendants des familles exilées . Retenant son souffle avant d'
ouvrir son ouvrage , elle inspira fortement , puis , d’une voix claire , en commença la lecture :

Prologue du livre : " Le Vol des Oies Sauvages " , par Bridget Clare DAvaugour , moment solennel concluant cette émouvante journée à Quéhillac :

 

" Ils étaient sept , rassemblés dans la crypte dun château battu par les vents dIrlande . Sept hommes aux yeux brûlants de fidélité , venus de lautre côté de la mer , portant en eux les blessures de leur terre perdue . Dans le froid de la pierre , à la lueur d’une flamme vacillante , ils jurèrent silence , loyauté , mémoire ... Ils avaient emporté un diadème , un collier , des pièces d'or et des parchemins , mais c'était un autre trésor qu'ils cherchaient à préserver : celui d'une âme . Celle d'une Bretagne debout dans la tourmente de l'histoire !
Ce livre est leur chant . Cest aussi le mien . Sera-ce aussi le vôtre ? J’ignorais tout de la Bretagne , avant . Je suis née dans le tumulte de New York , élevée entre les murs hauts dun brownstone de Brooklyn , où flottaient encore les échos d’une Irlande lointaine que ma grand-mère évoquait parfois dun mot , d’une chanson , dun silence ...
Enfant , je croyais que mon nom venait dun conte : DAvaugour ! Il sonnait comme un écho d'un passé oublié . On disait que notre famille était " venue de la mer " , et que ses femmes , depuis toujours , possédaient ce don étrange de retrouver les traces que les hommes laissaient derrière eux . Un jour , j'ai hérité d'un vieux carnet dont les mots tremblants , sur des pages jaunies , parlaient d'un collier qui avait disparu , puis d'un trésor fondu , d'un homme nommé Morvan De L'Aulne et d'une femme rousse au regard de flamme !
Ce carnet ma menée à Bouvron .

Et c’est là , dans ce château oublié sous la mousse et les ronces , que jai percé un mur , entendu craquer le bois , trouvé les lettres ...
Elles parlaient non seulement dexil , de trahison , de rêves emportés par les vents de lhistoire ,
mais surtout dun peuple , le mien , qui avait fui pour ne pas trahir son âme .
Ce livre est leur chronique . C’est aussi la mienne .
Si vous le lisez , que vous soyez de Bretagne , d’Irlande , dAmérique ou dailleurs , je vous le dis comme Morvan le disait à son ami :
" Nous n'avons trahi personne , sinon les chaînes qu’on voulait nous imposer ! "
Et ce que vous tenez entre vos mains constitue la preuve quun serment , même ancien , même oublié , peut traverser les siècles ! "

Un frisson parcourut l’assistance . Puis vinrent les applaudissements , d’abord timides , puis plus francs , chaleureux , comme une vague d’émotion partagée . Même le garçon de quatorze ans , Mimine , avec enthousiasme , tapait dans ses grandes paluches de colosse !
Bridget leva doucement les yeux vers la tour du château , éclairée par les derniers rayons du jour .
Elle ne disait plus rien . Mais dans ses yeux brillait la certitude que les " Oies Sauvages " , quelque part , l'avaient entendue .


 

 

 

 

FIN

 

 

                                             ___

 

 

DAN AR WERN - LE VOL DES OIES SAUVAGES - EpilogueX - L'Héritage Oublié - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved .

LE VOL DES OIES SAUVAGES " , copyright 2025 .

                                             

                                             ___

Notes :

 

14 " Rien ne se perd de ce qui fut fait avec amour . "

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article