L'ESCARBOUCLE
Première Partie
( Complot )
V - Esther
" Quel est donc le secret que tu me veux apprendre ? "
Jean Racine - Esther ( 1689 ) , Acte II , Scène I .
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20 Septembre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'ESCARBOUCLE
Première Partie
( Complot )
V - Esther
" Quel est donc le secret que tu me veux apprendre ? "
Jean Racine - Esther ( 1689 ) , Acte II , Scène I .
12 - Après s'être remis de cette journée d'émotions , longtemps encore , secoué par la découverte du pli cacheté , il resta jusqu'à l'aube assis dans son fauteuil de cuir , les mains posées sur l'accoudoir , le regard perdu vers la fenêtre où les premières lueurs d'un jour nouveau glissaient lentement sur le fleuve , se demandant qui était vraiment la personne qui lui avait envoyé ce recommandé , posé sur le guéridon du couloir , et qui semblait l'observer à son tour , comme un témoin muet des secrets enfouis dans son coeur . Etait-ce un piège ? Et dans quel but ? Quel était son lien de parenté avec cette soi-disant " Esther " ? Avait-elle un rapport quelconque avec celle qui lui était apparue ? Et comment l'autre avait-elle fait pour savoir ? Autant de questions aussi mystérieuses que le parchemin lui-même ... Et qui d'autre pouvait bien être au courant ? , marmonnait-il en observant sur la Loire , un vol de courlis cendrés croisant une envolée de cygnes blancs . Depuis des années , l'homme avait pris soin d'effacer toute trace compromettante de son passé . Même ses proches ne connaissaient rien de certains épisodes particulièrement confidentiels de sa jeunesse . Pourtant , quelqu'un d'inconnu avait retrouvé son nom , son adresse , et avait osé invoquer ce nom d'Esther .
Il se leva , fit quelques pas dans la pièce . Le parquet craqua , lui rappelant sa vieille maison natale où l'histoire , encore une fois , refusait , comme lui , de mourir .
Un piège ? L’idée s’imposait . Dans sa carrière , il avait vu bien des ruses : de fausses invitations , des rendez-vous qui se terminaient dans l’ombre .
Mais qui , aujourd’hui , chercherait encore à l’atteindre ? Il n’avait plus de pouvoir , plus d’influence . Officiellement , ce n’était plus qu’un vieil homme vivant au bord de l’Erdre . Et pourtant ...
La lettre parlait d’un document " porteur de mémoire " . Et surtout de cette carmélite d'abord miraculée , ensuite suppliciée , dont il croyait avoir rêvé l’apparition la veille , silhouette immaculée au fond du couloir .
Le hasard existe-t-il quand les fantômes du passé se succèdent avec une telle précision ?
Reprenant le pli , il le tourna entre ses doigts .
D'où pouvait-il provenir , se demanda-t-il , avec son odeur bizarre exhalant un parfum grisant qui aurait traversé les siècles ? Celui de madame Elisabeth ?
À l’intérieur , un second feuillet , jauni , portait une écriture ancienne , plutôt fine , presque tremblée . Quelques mots seulement :
" Ce que Carrier n’a pas brûlé dort encore sous la pierre . Esther t’attend .
Suis la trace des noyés ."
Le nom du sinistre proconsul , bourreau de tant d'innocents , fit à nouveau naître en lui un frisson qui lui parcourut l'échine !
Il se souvint brusquement d’une anecdote familiale à-propos de son trisaïeul qui avait été archiviste au couvent des Carmélites , peu avant que les Révolutionnaires ne le transforment en prison , le vieil homme ayant murmuré un soir , presque pour lui-même , qu’un manuscrit " miraculeusement sauvé " dormait quelque part sous les pavés du quai de la Fosse .
Le coeur battant , Fred Morlaix se rassit . Quelqu'un connaissait donc cette histoire , mieux encore , cette personne , pensait-il , voulait l'intimider . Mais pourquoi maintenant ? Comme une procession d'âmes inquiètes , la lumière chaude , lorsqu'il alluma la lampe de bureau , fit danser devant lui les ombres des bibelots . Dehors , le passage d'une automobile , ralentissant devant sa maison , se fit entendre . Il se sentait déjà épié , surveillé . Mais elle repartit soudain sans presque faire de bruit ...
Le téléphone sonna un seul coup , suivi d'une tonalité , puis plus rien : silence au bout du fil . Une minute plus tard , cela recommença . Il saisit vite le combiné tandis qu'une voix de femme à l'autre bout , lointaine , lui chuchota d'un souffle à peine avant que la ligne , brutalement , ne se coupe :
- Ne craignez pas . Je suis Esther ...
Il resta figé , le coeur battant . le complot venait de s'épaissir . Un message ? Au fond de lui , une intuition fulgurante lui disait que s'il voulait comprendre , il lui faudrait bientôt retourner là où tout avait commencé sans qu'il s'en rende vraiment compte , au pays perdu de sa mère et des îles perdues de son enfance !
13 - Il sentit le sol se dérober sous ses pieds lorsque l’idée prit enfin corps définitivement dans son esprit . Esther n’était peut-être pas une personne .
Ou pas seulement . Depuis quelques mois , des rumeurs étranges , figurant dans certains bulletins confidentiels , parlaient d'un groupe de chercheurs , mêlant neurologues et informaticiens , qui avaient travaillé au développement d'une technologie capable d’induire des rêves dirigés à distance . Un procédé à la frontière de l’hypnose , de l’électromagnétisme et de l’intelligence artificielle . L'article faisait état de signaux imperceptibles , diffusés par les ondes de téléphonie ou de fibre , permettant d’imprimer dans l’inconscient des images , des sons , des sensations ... comme des songes d’emprunt .
Lui qui avait cru à une vision mystique commençait à comprendre que ses " apparitions " pouvaient avoir été ... fabriquées ! Quant au pseudonyme d'Esther , emprunté à la carmélite martyre de Nantes , qui évoquait la pureté , le sacrifice , il pouvait également bien servir de masque à une entreprise beaucoup plus profane , peut-être une organisation tapie derrière toutes ces manipulations , comme jadis , un collègue des services secrets le lui avait suggéré , parlant d’un cercle obscur opérant depuis Genève et Bruxelles , connu dans certains milieux sous l’acronyme E.S.T.H.E.R. :
Expérimentations Synaptiques et Transmissions Hypno-Électriques Rémanentes .
Il avait d'abord cru à une plaisanterie . Mais aujourd’hui, le souvenir prenait une teinte glaciale.
Leur but ? , se demanda-t-il une fois de plus alors qu'une sueur froide glissait le long de sa nuque .
Sa propre famille avait eu des liens avec la ville de Compiègne . Il l'apprit par la suite . Son grand-oncle , officier de la Marine , y avait servi en tant qu'agent du secret royal avant 1792 . Et lui-même conservait dans ses papiers un vieux plan des souterrains de la forêt compiégnoise , hérité de cet ancêtre qui lui avait aussi transmis le virus de la police clandestine .
Voilà donc pourquoi " Esther " s’intéressait à lui .
Son inconscient , stimulé par des rêves artificiels , n'était que la clé d’un itinéraire oublié .
Le mystérieux parchemin de Nantes n’était qu’une étape , une invitation déguisée à rouvrir la route qui menait , par fragments de mémoire , jusqu’à la cache où sommeillait depuis deux siècles l’escarboucle de Madame Elisabeth , héritage de l'ancienne duchesse de Bretagne et de la dynastie qui avait fondé la France !
Dehors, le vent fit vibrer les vitres davantage .
Il se leva , soudain lucide , se remémorant ce que lui avait dit son grand-père : avant que la famille royale ne soit conduite au Temple , Madame Élisabeth avait confié la pierre à une religieuse de Compiègne en route pour Nantes , celle-ci la dissimulant dans un petit reliquaire . Mais les Conventionnels , qui , par quelque traîtrise , en avaient été informés , cherchaient à s'approprier par tout moyen ce joyau capable , selon la tradition légendaire , de faire basculer les empires !
FIN DE LA 1ère PARTIE
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