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LE GARDIEN DU MARAIS - VIII - Zombie .

23 Octobre 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE GARDIEN DU MARAIS

LE GARDIEN DU MARAIS - VIII - Zombie .
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LE GARDIEN DU MARAIS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
VIII - Zombie

 

 

 

" Seriez-vous incapable de reconnaître l'humain dans l'inhumain ? "  

Ray Bradbury - " Chroniques Martiennes "

 
 

 

   

 

25 - Le vent d’automne balayait la lande .
Cheun avançait lentement sur la route , le visage creusé , les yeux perdus dans le vide .
Les jours passés depuis sa remontée du " Yeun Elez " n’étaient qu’un long brouillard : des ordres de la brigade , des entretiens sans mémoire , des nuits sans sommeil .
On l’avait mis en liberté " provisoire " , après une première entrevue avec le juge , avec cette bienveillance distante qu’on réserve aux gens brisés .

Mais une idée , une seule , le hantait : Maela !
Il devait parler à son père , comprendre .

Le vieux Ronan Kermeur vivait toujours près du lac de Brennilis , dans une maison battue par les vents . Cheun , autrefois , quand il était encore enfant , l’avait souvent croisé sur les chemins , taiseux mais solide , un homme de la lande , enraciné dans la terre comme ses aïeux .

Ce jour-là , pourtant , lorsqu'il le vit ouvrir sa porte , il sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas .

Le retraité n’avait plus la même stature .
Son visage paraissait lisse , presque gonflé , mais ses yeux , surtout ses yeux , paraissaient couverts d’une fine pellicule brillante . Une odeur étrange flottait dans la pièce , humide , salée , comme celle des algues qu’on fait sécher après la marée .

- Ah , dit-il d’une voix traînante , tu es revenu ?
- Je voulais parler de Laig .
- Maela ?
Il marqua une pause , comme s’il cherchait dans sa mémoire une parole oubliée .
Puis il sourit d'une manière qui ne lui ressemblait pas .
- Je lui avais bien dit que la route de la digue était dangereuse ! ... Elle conduisait trop vite , cette fille , de toute façon .

Le visiteur se raidit.
- Ce nest pas vrai Vous savez quelle nest pas morte dans un accident .
- Non ? reprit le vieillard , toujours calme . Pourtant , cest ce quon ma dit .
Il haussa les épaules , puis reprit , d’un ton presque rêveur :
- Enfin ... peu importe . On dirait que tout change , et que le monde doit se renouveler . Les anciens vont partir , dautres viendront . Cest la loi !

Cheun sentit son cœur se serrer. 
- Que dites-vous , Ronan ?
- Je dis que ma fille a cherché son destin , comme nous tous . Elle est retournée là doù elle venait .
Son regard se fixa sur son hôte , inhumain , perçant .
- Toi aussi , d'ailleurs , tu le sens , nest-ce pas ? Quelque chose tappelle .

Désormais , la terre nous parle autrement . Les hommes den haut ne la comprenaient plus .

Puis , posant une main humide , légèrement palmée , sur son épaule , Kermeur s’approcha lentement de lui .
- Ne lutte pas . Tu fais encore partie du vieux monde . Laisse-toi glisser .

Cheun , effaré , recula brusquement .
L’air de la pièce semblait se déformer .
Sous la peau de Kermeur , il crut voir bouger quelque chose , comme un réseau de veines verdâtres , frémissantes .

- Vous nêtes plus ... vous ! , begaya-t-il.
- Mais si ! , répondit l’autre , serein . Vous verrez comme moi que vous allez redevenir ce que vous êtes vraiment !

26 - Cheun , haletant , s’enfuit dans la nuit !
Le vent hurlait dans les herbes .
Derrière lui , la maison semblait frémir .

En redescendant vers le bourg , comme si la brume s’y mêlait de l’intérieur , il remarqua que les lumières des fermes tremblaient d’une façon étrange .
Les chiens ne jappaient plus .
Les visages qu’il croisait , furtifs , paraissaient flous , lointains , déjà gagnés par cette expression douce et vide qu’il avait vue dans la cité d’en bas .

À la brigade , personne ne voulut l’écouter .
Le colonel , impassible , lui posa une main sur l’épaule :
Vous êtes encore fatigué , Le Guern . Tout cela ... vous lavez rêvé . Le sergent-chef est tombé lors de léboulement , cest tout .

Mais dans les yeux du commandant , Cheun vit le même éclat vitreux que dans ceux de Kermeur .
Et il comprit.

Quelque chose remontait lentement des entrailles du monde .
Pas une armée .
Pas une invasion visible .
Mais une conversion silencieuse , contagieuse , une mutation de la chair !

La terre elle-même semblait changer de souffle .
Et lui , qu'on surnommait , par dérision , le " Fou sur la Colline " , savait qu’il n’en réchapperait pas .
Car chaque nuit , dans ses rêves , la voix de Laig lui murmurait encore :

" Tu ne m’as pas perdue, Cheun .
Je t’attends dessous  
.

 

( A Suivre )

                                                       

 

                                                             ___

 

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