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Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - III - Traversée .

25 Juillet 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Prologue - Feuilles d'Automne - III - Traversée .
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Le Piège

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

Feuilles d'Automne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Traversée

         

         

 

 

" Comme de longs échos qui de loin se confondent

  Dans une ténébreuse et profonde unité ,

  Vaste comme la nuit et comme la clarté ,

  Les parfums , les couleurs et les sons se répondent  ... "

Charles Baudelaire - " Les Fleurs du Mal "

( 1861 )

Spleen et Idéal , IV - Correspondances .

 

 

 

    

 

 

 

    3 - Longue réflexion sur le sens d'une possible redéfinition de l'existence quand on s'est enfin débarrassé de sa première partie ayant échoué . 

A l'inverse de Rimbaud , par exemple , qui , avant de mourir , se serait demandé pourquoi il avait été la réincarnation passagère d'un poète quêteur du pays des Âmes l'obsédant particulièrement , d'où la difficulté , pour lui , de savoir ce qui , en fin de compte , avait été , dans sa vie , le plus important : mélanger les couleurs , chercher d'autres cieux ? Comme s'il lui était arrivé d'évoquer , à l'intérieur de trois cercles , peut-être , en référence aux Triades Celtiques , ses souvenirs d'enfance , prétexte à une introspection , le dernier traitant d'un long voyage dans l'espace où le héros endormi verrait , dans un songe , défiler ses souvenirs de la Terre , fragments plus ou moins significatifs d'une traversée . Ressentirait-il en lui cette envie d'en changer la donne afin de naître à nouveau ?

L'aventure , ce jour-là , serait essentiellement psychologique , intérieure , car l'âme qui demeure en nous , vivante , nous ouvre , grâce à l'Amour , toutes les portes du royaume de Dieu . Partir très loin , vers le plus profond de soi-même . Aimer , chercher dans son coeur l'illumination de l'Eternel !

 

    4 - " Ô Nuit ! Qu 'as-tu sous ton manteau qui monte en moi , invisible et puissant , et me pénètre l'âme ? " ( 4 )

       Je n'eus pas le temps de m'en rendre compte . En un éclair , pendant qu'un épouvantable orage déchirait le ciel , à une vitesse vertigineuse , la mort s'enfonçait dans la peau fragile de mon corps ! 

Questionnant d'un air éperdu , l'eau grise de ma conscience , j'observais le faisceau d'une lueur balayant d'ombre et de lumière ma blessure mortelle , tandis qu'au bout d'un long tunnel noir se perdait , au clair des lunes lointaines , l'évanescente trace de tous les bateaux du golfe , posés là comme des jouets ridicules sur la mer morbihannaise couleur d'acier , lisse comme du méthane , crépusculaire , et qu'au fond de mon coeur ensanglanté , me parlaient encore , fugitives , les dernières voix d'un univers disparu !  

       Qu'était-il arrivé ? N'était-ce pas là , face à la multiplicité des ondes , ce que l'on croit voir lorsqu'on regarde derrière soi sa vie passée ? L'unité de la pensée , alors que le sombre éclat de l'espace nocturne vous imprègne peu à peu et qu'il semble que ce qu'on oublie trop vite est irrémédiablement absorbé par l'imprévisible orchestration musicale d'une sourde mais envoûtante symphonie océane ? 

      Alors , toute ma vie se mit à défiler comme les scènes d'un mauvais film , aussi aléatoire et ridicule qu'une petite goutte d'eau perdue au sommet d'une immense " nouvelle vague " s'éclaire soudain , dans son effroyable déferlement , sur l'écran noir d'une salle vide !

      Et puis , dans cette obscurité , des zones d'ombre iodée , illustrant mes plus intimes frustrations , commencèrent à miroiter légèrement à la surface en gerbes d'écume frissonnantes tandis que , plus tard , des vents frénétiques , témoins d'une rage inhibée , abyssale , surgie des profondeurs de mon inconscient , se déchaînèrent sur elles depuis l'horizon , faisant trembler , tout autour , les éléments d'un décor figé de carton pâte , et soudain , juste au-dessus de lui , " La tempête fit rage , striant les nues d'éclairs sauvages , puis secouant avec force les flancs du navire de ses trombes d'eaux ruisselantes , colossales , que les vents du large balançaient ensuite avec mépris contre les hublots de fer ! " ( 5 )  

Le rêveur que j'étais , pourtant , qui , au début , pensait être  confortablement installé sur un fauteuil de cinéma , comprit que c'était le ciel tout entier qui voudrait , bientôt , derrière la caméra , m'envoyer au-delà de son immense toile de projection dans l'espace , à la recherche du mystère de la Création . De plus en plus vite , il me sembla traverser des rives oubliées , des visages même que j'avais ignorés ou supposé appartenir à un passé lointain , tandis que d'autres plus actuels d'amours " impossibles " que j'estimais à jamais perdus dans ma douleur au plus profond de mon être où , jugé souvent trop naïf , je les dissimulais avec gêne sur ma ridicule " carte du tendre " , tentant chaque fois de survivre à leur cruelle indifférence par le souvenir d'une odeur parfumée ou d'un " flash " les révélant brutalement , m'accueillaient maintenant d'un sourire chaleureux , plein de regrets , d'infinie compréhension !

     Désormais , plus l'embarcation s'engageait loin du miroir des eaux de la Terre , sa conque de nacre lentement absorbée par les mélodies les plus subtiles des mondes célestes , plus s'opérait aussi la métamorphose du navigateur vers l'expression la plus ineffable de ses qualités essentielles , de son " moi " véritable , davantage visible depuis l'intérieur , comme si émergeait tout à coup de façon manifeste aux yeux de tous la partie immergée d'un iceberg longtemps dissimulé avec le plus grand soin .

    C'est ainsi que je pus pressentir ou percevoir avant même d'arriver à destination , captivé , plus je progressais vers lui , par sa force indescriptible , cet Oeil énorme tout grand ouvert dans les ténèbres , qui me regardait dans l'ombre fixement ! ( 6 )

- C'est donc là que , maintenantje vais vivre , me dis-je avant de m'éveiller de ce voyage onirique ?

     

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERN - Le Piège - Prologue - Feuilles d'AutomneIII - Traversée - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

                                   ___

 

Notes :

 

4 - " Hymnes à la Nuit " ( Hymnen an die Nacht , 1800 ) , I , de Novalis ( 1772 -

1801 ) , philosophe et poète romantique allemand .

5 Le Livre de Virginia ( Cycle de l 'Etoile VI ) , III , 12 - Voyage dans le Passé - Copyright 2020 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés .

6 - Victor Hugo - " La Légende des Siècles " , première série ( 1859 ) , II - La Conscience .

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