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Une Etoile Qui Tombe - Postface - XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat .

26 Août 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Le Sphynx de Pen-Hat

Le Sphynx de Pen-Hat

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Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Postface

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVIII - Le Sphynx de Pen-Hat

 

 

 

 

 

" La Pierre a été enlevée ,

  L'humanité ressuscitée ! "

Novalis - " Hymnes à la Nuit  " , V .

 

  " Le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons , les routes , les avenues , sont fugitives , hélas , comme les années ... "

Marcel Proust - " Du Côté de chez Swann , III - Noms de Pays : Le Nom "

 

                        

                   

1Certaines pierres nous parlent d'une autre vie , certains lieux nous font tressaillir comme le visage d'un être disparu . La ruine qui se trouve au bout de la route de Pen-Hir , à Camaret , ressemblerait à quelque ancien fantôme , tant est grande la mélancolie qu'elle inspire au visiteur surpris . Ce devait être , se dit-il , jadis , une fière bâtisse aux allures princières , noble et distinguée , qui , par pudeur ou crainte , cache maintenant son âge de vieille dame flétrie derrière un voile de verdure et de landes odorantes . Plus aucune voix ne répond lorsqu'on l'approche , et les fenêtres sont grand ouvertes depuis des lustres , trous béants de cavités oculaires qui , face à l'océan grandiose , ne s'ouvriront plus jamais , dans l'éternité d'un soir , sur les rires et les drames du passé . Que sont devenus les massifs d'armérie et de bruyère , d'où s'échappait , craintif , un vol de mouettes immaculées ? La grande allée , où conduit-elle , avec sa courbe familière , qui n'abrite plus , maintenant , que les rêves d'un promeneur égaré ? Ne fait-elle que se perdre en ce mois noir , tout enchevêtré de ronces , jusqu'à la porte d'un monde inaccessible ? Et l'odeur des seringas ? Les colonnes rugueuses de la maison , tendant sans espoir leurs formes décharnées vers celles des nues , dans l'abandon d'un lieu redevenu sauvage , n'agiteront-elles plus que les ombres d'une époque révolue ? Tout semble vide et mort . L'aubépine est en deuil , et les nuées d'enfants ne viendront plus , non plus , telles des oiseaux , taquiner les bordures de troènes ; la longue chevelure d'une divine beauté ne frôlera plus , par défi , les grappes de cytises couronnées d'or , de chèvrefeuille ou de jasmin ; son regard de feu s'est endormi , à l'appui d'une lucarne , fantôme de lune dans les eaux du grand océan ! Pour combien de siècles ? Le manoir n'est plus qu'un spectre dont s'effacent peu à peu les ombres , mangées par la moisissure et le lierre , sur le fronton vacillant des souvenirs ... 

Dites-moi , qui se rappelle encore ? Lorsque je marche le long de l'enceinte , passant nostalgique et solitaire , je laisse ma mémoire franchir la muraille d'un autrefois de cendres : les braises ne sont plus éteintes , mon oeil pétille à nouveau comme une bûche vigoureuse au coeur de l'âtre quand Il m'arrive d'entendre l'écho d'une musique de fête dans le vaste salon . Parfois , derrière l'ondulation des rideaux , flamboient , comme alors , les conversations de visiteurs illustres parlant avec passion de " leur " chère littérature sous des lustres étincelants !

2 - Revenu à mon bureau , une opale blanche y faisant face à une opale noire , comme jadis dans les mythes gallois le mouton clair et le mouton sombre , l’un menant vers la lumière , l’autre vers l’ " Annwn " , l’ "Autre Monde " avec ses revenants qui viennent cogner à la porte des vivants , je pensais à Pen-Hat , à ses falaises qui se dressent comme les gradins d’un théâtre où le destin aime jouer ses tragédies couleur sanguine , ce seuil et ce deuil prenant forme réelle dans le destin de Saint-Pol-Roux , poète symboliste et néoplatonicien , qui , affirmant que le signe et la réalité ne faisaient qu’un , crut voir surgir , un jour de novembre , un monstre du grand large ! ( 19

Etait-ce lui-même en tant qu'incarnation du " Sphynx de Pen-Hat " faisant face au manoir , comme une préfiguration du désastre qui l’attendait , lui annonçant la ruine de sa demeure et la perte de son cher fils Coecilian , ce héros , parmi tant d'autres , d’une génération sacrifiée ? ( 20 )

C’est là qu’Élise , étoile de l'opéra , avait fait sa dernière révérence , emportée par la chute après avoir trahi la lumière au profit de l’ombre , sa disparition semblant répondre à une autre , survenue tout près , dans cette maison battue par les vents de haute mer où le poète affirmait un jour avoir " découvert la vérité du monde " ... 

Mais ce sanctuaire fut , lui aussi , anéanti , comme le furent les conscrits tombés au front de 14-18 , à l’image des rêves du héros de " La Montagne Magique ", Hans Castorp , ou de ceux du " Grand Meaulnes " . ( 21 )

Proches du " Cap de la Mort des Anglais " , trois destins s'étaient ainsi superposés : celui de la danseuse , celui du poète , celui du fils sacrifié . Tous rappelaient que les pierres , les vents et les falaises gardent mémoire des étoiles qui chutent , et que la beauté , quand elle défie les ténèbres , n’échappe jamais à son prix . ( 22 )

3 - Mais si le poète , lui , avait conçu un " fantastique épouvantail " de cette monstrueuse créature devinée à l'horizon de sa rêverie , peut-être Elise fut-elle , au contraire , appelée par l'Ange qu’elle avait jadis entrevu dans une grotte de lumière , apparition silencieuse qui ne se donne qu’à celui qui accepte de voir ? Sa chute , loin d’être seulement déchéance , devint ainsi offrande , un passage pour que sa fille, Izold , retrouve un avenir enfin délivré , comme Divine , la fille du poète , qui porta seule ensuite l’héritage de son père et la mémoire de son œuvre .

Ainsi se répondent le poète et la danseuse par-delà le temps , leurs filles devenant les gardiennes de ce qui subsiste . Entre ange du ciel et de l'enfer , gemme noire ou blanche , il n’est qu’un passage , dont la lumière , en disparaissant dans un ultime élan , continue d'inverser le sortilège en éclairant nos ténèbres , celui par lequel tombent les étoiles filantes ! 

 

                                              ___

 

 

DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - PostfaceXVIII - Le Sphynx de Pen-Hat - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

                                             ___

Notes :

19 - Le Passeur des Mondes ( Cycle de L'Etoile I ) , I  , 3 - Mouton Noir , Mouton Blanc - Copyright 2015 Dan Ar Wern / Edilivre - Tous droits réservés . Dans la tradition galloise et bretonne ,  le noir et le blanc n’étaient pas d’abord des oppositions morales , mais les marques d’un rythme cosmique : le jour et la nuit , la marée montante et descendante , la vie et la mort . Le " Mabinogi " - l’un des plus anciens cycles mythologiques gallois - fait souvent surgir des animaux blancs ou noirs comme signes de passage . Dans certains récits, celui qui suit l’animal noir descend dans l’ombre , traverse l’épreuve , et doit attendre que l’animal blanc le ramène au jour . Le blanc ouvre vers le monde lumineux des vivants , le noir indique l’entrée dans l’ " Annwn " , l’ " Autre Monde " , qui n’est pas l’enfer chrétien , mais le lieu des morts , des dieux et de la vérité cachée . C'est ainsi que le mouton blanc reconduit vers la clarté du monde visible , tandis que le mouton noir nous entraîne vers le domaine secret de la divinité par un passage obligé pour qui veut comprendre que la lumière et l’ombre ne sont pas ennemies , mais les deux visages d’une même porte . Cette symbolique rejoint directement le couple des deux opales .

Tandis que la blanche éclaire et délivre , la noire attire vers l'abîme . Cependant , l’une ne va pas sans l’autre , car il n’est pas de clarté qui n’ait traversé la nuit .

   - " Le Kornoc " ( novembre 1905 ) , texte de Saint-Pol-Roux ( 1861 - 1940 ) , poète symboliste français , qui , en 1903 , fit l'acquisition d'une maison de pêcheur surplombant l'océan , juste au-dessus de la plage de Pen-Hat , sur la route de la pointe de Pen-Hir . Il la transforma ensuite en manoir à huit tourelles dont la maison formait le centre , et la baptisa d'abord " Manoir du Boultous " .

Mais , à la mort de son fils Cœcilian , tombé en 1914 près de Verdun , l'écrivain la renomma " Manoir de Cœcilian  " .

Face à la mer , l'homme est plus près de Dieu ", disait-il .

 

20 - Voir note 13 du chapitre XII : " Le Dossier Kerbonn " .

 

21 - " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) , roman d'Alain-Fournier ( 1886 - 1914 ) .

     -  La Montagne Magique  ( Der Zauberberg ,1924 ) , roman de Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , Prix Nobel .

22 - " Cap de la Mort des Anglais " ( Maro ar saozon ) , plage qui évoque une désastreuse opération de débarquement lancée le 18 juin 1694 , lors de la bataille de Camaret , par une force anglo-néerlandaise d'environ 10 000 hommes , dont les pertes furent considérables , pour tenter de prendre et d'occuper la ville , qui était l'une des plus importantes bases navales françaises défendue par Vauban .

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