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Une Etoile Qui Tombe - Prologue - Le Romancier - I - Message .

10 Janvier 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

Coucher de soleil sur la plage de Pen-Hat

Coucher de soleil sur la plage de Pen-Hat

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Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

Le Romancier

 

 

 

 

 

I - Message

 

 

 

Comme en un clair miroir d'eau , une étoile , tout au fond de mon coeur , brille et se dévoile ... " *

Maria Valtorta

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - Le romancier , tout d'un coup , s'éveilla , ayant cru un moment , pendant son sommeil , enfin saisir la puissance de ce qu'il voulait écrire , tout un scénario défilant à grande vitesse devant ses yeux endormis , l'originalité d'un message qu'il voulait transmettre depuis l'autre monde , rempli de symboles et d'enseignements , de personnages tous plus réels que ceux de la vraie vie , mais à son réveil , il s'aperçut qu'il avait tout oublié de ce bref aperçu de la création qui lui échappait en même temps que persistait douloureusement en lui l'angoissant cauchemar de la feuille blanche . 

Ce moment suspendu où , entre rêve et réveil , avait effleuré soudain l’inspiration totale , presque divine , s'était ainsi brutalement effacé ! Comme si l’univers littéraire entier ne s'était dévoilé à lui l’espace d’une vision fugitive que pour lui faire voir , avec un ironique mépris , le spectacle désolant de son impuissance ! Et cette contradiction cruelle entre l'intensité d'une révélation nocturne et l’oubli total , au petit matin , de son contenu , le laissa complètement sonné devant les pages vierges de son carnet de travail apparaissant au loin dans le miroir de sa chambre , comme un rappel illusoire et douloureux de ce qui s'était dissipé , quelque chose d’immense en lui , caché dans les profondeurs de son inconscient , belle métaphore de ces fausses prétentions littéraires , pensa-t-il , et de cette peur de ne pas réussir à attraper ce qu'on veut dire dans le filet des mots , ressemblant un peu , pour l'auteur , à une chasse manquée à la baleine d'Herman Melville ou à l'iceberg immergé aux trois quarts qu'on n'a pas vu venir , faisant couler l'orgueilleux Titanic ! ( 4 )

Jil Kern avait passé les dernières semaines dans cet état d’errance , cherchant en vain l’étincelle qui lui permettrait de commencer son prochain roman . 
Des idées d'histoire , il en avait parfois . Mais chacune s’éteignait sitôt qu’il posait le doigt sur le clavier de son ordinateur , l'écran , devant lui devenant un gouffre , une menace , un mur invisible . Une nuit , épuisé par ses nombreuses tentatives infructueuses , l'esprit en quête de cette vérité qui , avec tant de force , cherchait à lui échapper , le pauvre écrivain finit par s’endormir . C’est alors que , dans la profondeur de son sommeil , un monde , pourtant bien réel , croyait-il , s’ouvrit à lui . Tout y était si net , si intense qu’il n’avait plus le moindre  doute : c’était bien là le récit qu’il cherchait à écrire .
Il y vit un curieux paysage , tout d'abord , comme une terre où le ciel semblait pulser une matière vivante , générant des protagonistes dont les visages lui semblaient à la fois très étranges puis familiers , des êtres qui lui paraissaient contenir des fragments de lui-même , lui parlant , chacun avec sa propre voix , de sa propre histoire , et les mots qu’ils prononçaient résonnant avec une signification si troublante , comme s’ils révélaient des vérités éternelles ! 
Mais au centre de ce rêve se trouvait une figure mystérieuse , une femme au visage voilé , qui tendait vers lui un ancien grimoire .
- Écris cela ! , lui Nema l'africaine dans un murmure qui , semblant venir des confins de son esprit , lui firent aussitôt saisir la beauté du livre ,  et sentir sous ses doigts la texture des pages comme le relief des mots inscrits . Les symboles y dansaient , changeant de forme , mais il en comprit intuitivement le message , un secret qu’il savait être la clé de son œuvre , la réponse enfin à cette maladive stérilité créatrice qui , depuis toujours , le hantait .
Puis , brutalement , tout se mit à vibrer , la scène s’effaçant peu à peu en une cascade de couleurs et de sons qui s’effilochèrent en charpie alors qu'il luttait désespérément pour en retenir les tableaux , les légendes , les figures merveilleuses .

Quand il s’éveilla , la chambre était plongée dans la pénombre , l’aube commençait à percer au loin . Jil se redressa , le crâne encore engourdi . Ses mains , qu'il tendit vers son carnet pour y consigner ce qu’il venait de vivre , se mirent à trembler d’excitation ! Mais , en fin de compte , jamais rien n'arrivait à venir . Les images s’étaient une fois de plus évaporées . Pourtant , la trace de ce monde , il la sentait sous ses paupières , telle une empreinte persistante , mais il ne pouvait pas en définir la substance . Les termes lui manquaient , comme un goût qu’on a sur la langue mais qu’on ne peut pas nommer . Plus il cherchait à s’en rappeler , plus il perdait , comme du sable glissant entre ses doigts , la moindre trace de ce désir inassouvi . Comme d'habitude , la crainte s’installa , cette lourdeur dans l'estomac qui s’accroissait à mesure qu’il réalisait qu’il ne retrouverait jamais ce qu’il avait entrevu . Il fixa encore l'ordinateur devant lui , demeuré vide malgré toutes ses heures de travail , et qui le défiait à nouveau de son air muet , comme pour lui rappeler son incapacité totale à capturer la splendeur du projet . Jour après jour , il revint à son bureau , hanté par ce souvenir flou d’une histoire qu’il savait unique , mais qui lui échappait à chaque instant . Il commençait à douter de lui-même , à se demander s’il avait vraiment vu quelque chose ou s’il n’avait été que le jouet d’une hallucination morbide .

Cependant , au fond de lui , le pauvre homme restait convaincu qu’un jour , il finirait par retrouver ce chemin perdu au Mali , cette brèche ouverte pendant la nuit vers l'univers mystérieux qu’il n’avait fait qu’effleurer pendant son enfance , dans le phare . C'est ainsi qu'il passa des mois  , coincé entre espoir et frustration , cherchant à faire naître enfin ce qui n’était plus en lui qu’une ombre .

 
2 - Il eut néanmoins , par la suite , la révélation que son roman prenait forme lorsqu'en se promenant sur la falaise , au bord de cette vertigineuse muraille de roche , quelque chose enfin céda , et qu'il vit se dessiner le mouvant tourbillon des vagues de mer , alors qu'il ne savait pas encore quelle forme l'océan , cette matrice liquide , voulait vraiment lui donner .
L'écrivain marchait depuis longtemps , sans but précis , laissant le vent désordonner ses pensées comme il froissait les herbes rases . La masse vert-de-gris , dans une lenteur solennelle , se déployait en contrebas , lumineuse , paraissant narguer le misérable spectateur de son empire invincible . Mais lui , comme on subit une présence trop vaste pour être vraiment comprise , ébloui par les fastes du soleil couchant , ne la regardait pas , fixant le sol , quand soudain , sur l'anse de Pen-Hat , un violent éclat de lumière embrasa son oeil . Il s’arrêta net !
 
 
 
 
( A Suivre )
 
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Notes :
 
4Moby-Dick ( Moby-Dick or The Whale , 1851 ) , roman de l'écrivain américain Herman Melville ( 1819 - 1891 ) 
   - Naufrage du Titanic , paquebot devant relier Southampton à New-York , dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 .
 
 
 

 

 

* " L'Evangile Tel Qu'il M'A Eté Révélé " ( Il Poema Dell ' Uomo-Dio ) , 10 volumes ( 1943 - 1951 ) - La Préparation , chapitre 16 , de Maria Valtorta ( 1897 - 1961 ) , mystique italienne .

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