Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website

LA NEBULEUSE DU CRABE - Première Partie - LE PHOTOGRAPHE ( Cycle de L'Etoile XXVII ) - I - Tempête .

3 Février 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE PHOTOGRAPHE

Miranda - La Tempête ( 1916 ) par John William Waterhouse

Miranda - La Tempête ( 1916 ) par John William Waterhouse

Publicité

 

LA NEBULEUSE DU CRABE

 

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

LE PHOTOGRAPHE

( Cycle de L'Etoile XXVII )

 

 

 

 

     

I - Tempête

 

 

 

" Où est la fêlure par où l'on peut apercevoir l'universel désastre ? "

Virginia Woolf - " Les Vagues "

 

     

 

 

 

      1L'amour n' est-il qu'une illusion , le monde un vaste décor de music-hall ou de théâtre , et les mots pour le décrire , joués par tant d'acteurs , ne semblent-ils , trop souvent , qu'un masque dissimulant à nos yeux les douloureuses confidences de leurs âmes ?

            Néanmoins , dans ces ténèbres du crépuscule où , perdu dans la foule , nous errions vers l'autre incognito nous tombons parfois par miracle sur celui qui avait peur , sans doute , jusqu'ici , de découvrir son double , quelqu'un qu'il nous arrivait de trouver seulement quand nous ne le cherchions plus , mais que depuis longtemps nous souhaitions reconnaître sans rien dire , finissant par le rejoindre au plus beau soir d'une rencontre , parmi le public des apparences ! 

           "'ai rêvé de vous en secret , déclamait l'artiste , 'ai pensé que vous cherchiez votre chemin dans ma nuit , tout comme moi dans la vôtre , et que nous finirions par nous aimer un jour ... Cette infinie douceur cachée en vous comme une rose délicieuse et légère de mon jardin de souffrance , la découvrirai-jeCe beau sourire de lumière arraché à l 'étoile de ma Mort , me le redonnerez-vous ?

     

     2 - Le soleil déclinant sur le parc , laissait ses derniers feux brûler le fronton des quelques façades du Palais-Royal qu'un photographe , en ce jour de feuilles mortes , bravant plutôt de l'oeil enjôleur de sa caméra les rares passantes pressés le long des jardins d'automne , préféra snober .

           " Qu'aurais-je pu faire d'autre ? , s'était-elle auparavant demandée pendant que son âme prisonnière s'était vue obligée de laisser fuir en cachette , dans un terrible sentiment d'angoisse mêlé de culpabilité , cet ami d'enfance , et que son fiancé d'aujourd'hui , parti le matin même , était obligé , s'était-il excusé ensuite au téléphone , sans lui avouer qu'il allait prendre , lui aussi , un bateau pour l'île d'Ouessant , de répondre à  un parent réclamant son aide .

          Elle était restée si seule en fin de

compte , et pour si peu de temps , prétendaient-ils chacun de son côté , blottie dans cette chambre sous les combles , parmi les bibelots et livres de jadis , comme inexorablement échouée au milieu de ses rêves tels ces quelques arbres bordant de leurs sinistres silhouettes décharnées les allées sombres du vaisseau-fantôme où elle demeurait ...

          Mais comment vivre sans lui ? , se torturait-elle néanmoins , pensant à l'un ou

l'autre et fixant , pour s'endormir , l'horloge ancienne au visage pitoyable comme si elle ne parvenait qu'à lui rappeler le sien , pendule murale dont les aiguilles , " deux caravanes traversant un désert " , sonnaient le glas de sa solitude ...

( 1 )

          D'ailleurs , l'avaient-ils jamais aimée ? Le pire tourment , c'est le doute , finit-elle par conclure à la fin d'un hiver agité , se levant en pleine obscurité pour contempler , l'air songeur, ce mirage de Lune à la surface glacée des eaux de la fontaine , si frémissantes naguère ...

          Lorsqu'il il n'est pas partagé , l'amour peut-il jamais mourir ? Comment se produit le retour de la clarté quand on revient du royaume invisible ? Tant de questions l'agitaient dans tous les sens , l'empêchant de dormir au pied du piano silencieux . Car ils avaient fui , s'inquiéta-t-elle soudain , l'un prétextant une recherche d'inspiration pour son nouveau disque et l'autre profitant peut-être d'un faux-semblant pour mettre un terme définitif à leur duo ?

 

     3 - Alors , guettait-elle , comme on attend la venue d'une hirondelle de printemps , le retour du pianiste ! Mais les notes , parfois , vous pèsent si lourds qu'aucun oiseau ,

trouvait-elle , ne peut s'envoler de la partition !

           Parfois Dieu calme la tempête , souvent , l'homme la laisse éclater ! 

        - Qui apaisera la mienne ? , implorait-elle au matin de si jeunes ans . J'ai beau rêver d'un héros de Shakespeare pour m'aimer uniquement sur scène , j'ai tant de mal à l 'imaginer sans lui ! ( 2 )

           Ces après-midis , l'orage hurlait sa plainte aux branches dénudées et noires des grands tilleuls taillés en marquise , pendant que des nues

d'épouvante , roulant à la surface des toits , ruisselaient de neige et de pluie sur leurs

tuiles , pénétrant , comme elles tombaient en elle , infiniment , le bois des charpentes vermoulues : 

- Des blessures si intimes , gémissait-elle , qu'elles ne doivent se murmurer qu 'à l'oreille 'un ange , tel un brûlant secret !

          Certain soir , elle avait suivi une copine au concert , se sentant , dans ce cabaret de la rue de Beaujolais , transportée  par l'alcool et par la voix chaude et souple d'un ténor aux prunelles expressives , luisant comme des pépites , qui s'amusait à leur psalmodier d'une ardeur infatigable , parvenant à donner à chaque mélodie , dans la religiosité de l'auditoire , comme le faisait son amant , sa couleur unique , des extraits de Schubert , Messager , Fauré ou Saint-Saëns ... A moins qu'elle ne fût particulièrement charmé par une frappante ressemblance avec les traits de son premier soupirant , frère de son actuel compagnon ? 

        Puis , quelque phrase de Proust , elle 

aussi , lui revenait en mémoire , évoquant 

" 'angoisse de la musique et ses élans brisés par des chutes profondes " ...  ( 3 )

 

    4 - Pourtant , celui qu'on n'attendait

plus , qu'elle avait longtemps désespérément espéré , retrouva , un beau jour d'été , la demoiselle d'ancien satin , d'aurore diaphane , avec son chapeau fleuri dans un grand champ de fêtes gracieuses , femme limpide et simple qui , au devant de lui , s'était avancée en toilette claire et nuage de soie , cygne majestueux glissant sur le lac scintillant de leurs futures nuits étoilées !

         Folie d'un soir s'était tue . N'allait-il plus disparaître , maintenant , le prince bien-aimé ?

N'allait-il pouvoir enfin guérir tous ses désespoirs les plus secrets , versant sur ses plaies ouvertes la magie , l'enchantement d'un baume séraphique aux divines harmonies ?

 " Ta face est ma seule patrie

   Elle est mon royaume d'amour ! ( 4 )

 

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

                                 ___

 

 

DAN AR WERNLA NEBULEUSE DU CRABE - Première PartieLE PHOTOGRAPHE ( Cycle de L'Etoile XXVII- I - Tempête - Février 2024 - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE PHOTOGRAPHE  " , copyright 2024 .

 

                                 ___

Notes :

 

1 -  " Les Vagues " ( The Waves , Virginia Woolf , 1931 ) .

2 - " La Tempête " ( The Tempest , 1610 -

1611 ) , l'une des dernières pièces de William Shakespeare .

3 - " Les Plaisirs et les Jours  " ( Les Regrets , Rêveries Couleur du Temps - IV - Famille Ecoutant la Musique ) , Marcel Proust , 1896 .

4 - Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus ( 1873 1897 ) .

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article