Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Dan Ar Wern Official Website

CREPUSCULE D'AUBERIVE ( Cycle de L'Etoile XXX ) - Première Partie - Les Trois Jours de la Dame Blanche - IV - Le Monstre .

28 Juin 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CREPUSCULE D'AUBERIVE

Le Phénix et le Dragon

Le Phénix et le Dragon

Publicité

 

 

 

CREPUSCULE D'AUBERIVE

( Cycle de L'Etoile XXX )

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

Les Trois Jours de la Dame Blanche

 

 

 

" On se penche sur la ruine calcinée par le feu du ciel :

  on espère y surprendre les secrets de l'inspiration ... "

 Maurice Barrès - " L'Abdication du Poète " ( 1914 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV - Le Monstre

 

 

 

 

 

" Je crus tomber dans un abîme qui traversait le globe . Je me sentais emporté sans souffrance par un courant de métal fondu , et mille fleuve pareils , dont les teintes indiquaient les différences chimiques , sillonnaient le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " I ,4 .

 

 

 

             

 

       

 

       7 - Il s'était senti si fatigué qu'il était tombé tout habillé sur son lit ! 

              L'espace d'un instant , le dormeur , encore perdu dans un rêve atroce et complètement harassé , se demanda ce qu'il avait cru vivre de réel au-dessus des couleurs sombres de cette forêt légendaire où les montagnes nébuleuses d'un ciel d'encre cachaient un cruel ange noir y évoluant encore et le narguant de son dédain , méprisant la petitesse et la solitude effroyable de ce double de chair , cette marionnette ridicule ou sinistre pantin qu'il devait être pour lui , dont , sans vergogne , il tirait les ficelles , voguant comme un aigle aux serres sanguinolentes dégoulinant sur un désert de moutons résignés , faisant planer son ombre tragique sur d'ineffaçables traces de ses futurs crimes inexpiables ! 

             N'offrons-nous donc rien , se questionna-t-il , à la douleur des autres qu'un peu d'indifférence pour fuir cette terrible culpabilité personnelle dans l'incolore sensation du conformisme et de la banalité de l'horreur ?  

             En songeant à l'immensité de l'espace les yeux grands ouverts , l'homme se rappela ce long chemin balayé par le vent qui ne menait nulle-

part , quand il partait à travers champs vers l'abrupte promontoire . Il se demanda en sanglotant s'il était vraiment possible de survivre au terme du parcours , comme si , en sautant dans le vide , en franchissant , pour finir , depuis le haut d'une falaise ou d'un gratte-ciel new-yorkais , le seuil de cet au-delà inespéré du mal terrestre , il parviendrait ainsi  à se débarrasser du vieil uniforme de ses illusions perdues ... 

              C'est alors qu'il crut revoir le monstre au bout d'un énorme gouffre de ténèbres trouant 

le ciel ! Sa peau s'était mise à redevenir brillante , écailleuse , au fil d'étendues cosmiques bizarrement parcourues d'étranges lueurs verdâtres tandis que , plongeant dans le vide interstellaire , une boule immense détachée d'un gigantesque vaisseau-mère planait au-dessus du château de la

" Mort Rouge " où , s'y étant retranchée d'un rictus méprisant , la créature avait su trouver un passage vers les royaumes souterrains . ( 12 )

         Tout lui semblait si sombre soudainement !

            Mystérieux comme le martèlement de la pluie sur les tuiles , résonance en lui d'un glas sépulcral au-dessus de la pièce où il dormait , chaque fois que venaient lui rendre visite , après minuit sonnant , selon lui , les fantômes insatisfaits du vent s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée !

            Alors , n'était-ce pas une chute interminable , ensuite , que ce silence horrible , cauchemar de l'espace infini ? Que lui était-il arrivé pour voir sans cesse grossir de plus en plus un petit point de lumière blanche et bleue , l'Oeil du Seigneur , au centre d'une tentaculaire toile d'araignée , liant son âme éternelle à de multiples autres telle qu'une pierre précieuse née du gouffre insondable de l'explosion de millions d'étoiles , vertigineuse plongée au centre de soi-même , rémanent effluve d'une conscience énergie depuis ses premiers balbutiements de roche et matière brute jusqu'aux subtiles ondes fluidiques d'un temple spirituel rutilant de ténébreuse incandescence ? ( 13

         En se sentant devenir de plus en plus vieux d'esprit comme son guide et , paradoxalement , de plus en plus jeune pour prendre à nouveau son apparence première , il se mit à gémir , gagné par la fièvre et le désespoir sous le regard tranquille de la Lune silencieuse au-dehors qui paraissait le narguer d'un sourire impassible au milieu du ciel redevenu clair ... Puis , se demandant ce qu'il faisait là couché dans cette chambre , trempé de sueur , il écouta craintivement le dernier des sept coups de l'horloge qui l'avait réveillé .

         Regardant par la fenêtre , il remarqua quelques traces de l'orage nocturne ayant agité sous son crâne un ouragan bien plus dévastateur , mais il ne se rappelait plus de rien sinon de sa journée d'hier et du parc mystérieux de ce château en ruine couronné de nuages menaçants qu'il cherchait encore dans les lointains d'un fleuve assoupi sillonnant sur le sein de la terre comme les vaisseaux et les veines qui serpentent parmi les lobes du cerveau ... 

           C'est alors que , pour la seconde fois , le visiteur fut , en sursaut , brusquement ramené à la réalité par petit un coup sur la porte à côté de lui !

 

     8 - Vous avez bien dormi , monsieur ? , lui avait alors demandé d'une moue innocente , sourire aux lèvres , cette chère Rosanna qui , sans doute émergée de son lit-clos à double étage , avait l'air d'interroger ainsi sa victime , étendue , moribonde , sur la couchette d'un vaisseau fantôme , pensant peut-être au double visage de cet homme qui avait déjà quelque chose à voir avec la bête sauvage tapie dans l'inconscient d'un futur propriétaire allant brutalement annexer son cher pays !  

          Tout ici lui semblait défraîchi , d'un autre âge , comme un vieux souvenir dont on cherche vainement la trace ou la raison lorsqu'enfui vers l'errance , navigant d'hôtel en hôtel après un rêve , l'on croit encore au pouvoir de la jeunesse et de ses fantasmes ... Puis progressivement , ce matin , lorsqu'il s'était tourné vers la fenêtre , l'espoir était revenu , avec , parmi les bruits de la cuisine et les rires de la gouvernante , ceux des bois alentour , ponctués de chants d'oiseaux ...

          Quelle sorte de voyage a été sa vie , qu 'y a-t-il donc entre lui et moi ? , furent , sous

son crâne , les mêmes questions récurrentes mêlées aux halètements de la cafetière , aux craquements du pain sorti de la maie , derrière le beau dressoir en vieux chêne rempli d'assiettes en faïence pour moitié ébréchées , dans le lointain cotonneux de mystérieuses bribes d'une conversation qui n'avait pas eu l'air de le concerner ! 

- Va Doue , monsieur on dirait que l 'heure est venue de se dire bonsoir à l'occasion de vous revoir  ! , lui avait-elle lancé , quelque peu ironique depuis la porte , avec l'apparence de quelqu'un voulant dire au contraire : Adieu , n'y revenez pas !  ( 14 )

         Mais celle-là , qui était-ce vraiment  ? , songea-t-il  , tentant de concevoir un monde où quelque chose comme une espèce de zombie humanoïde , prenant la place d'une personne

mourante , pouvait enfin se confondre avec un véritable être humain ?

 

 

 

 

( A Suivre )  

                                            

                                         

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - CREPUSCULE D'AUBERIVE - Première Partie - Les Trois Jours de la Dame Blanche IV - Le Monstre - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " CREPUSCULE D'AUBERIVE " , copyright 2024 .

                               ___

 

Notes :

 

 

12 - " Le Masque de la Mort Rouge " ( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle d'Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) parue dans " Les Nouvelles Histoires Extraordinaires " ( 1857 ) , traduction française de Charles Baudelaire .

 

13 " L'Oeil de Dieu " , surnom de NGC 7293 ou nébuleuse planétaire de l'Hélice , qui se situe dans la constellation du Verseau .

 

14 - Va Doue ! = Mon Dieu ! ( en langue bretonne ) .

 

 

 

        

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article