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LE MIRACLE DE BROCELIANDE - Epilogue - XV - Marig .

9 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MIRACLE DE BROCELIANDE

Mary Garden ( 1874 - 1967 ) dans " Thaïs " ( 1907 ) / Liane de Pougy
Mary Garden ( 1874 - 1967 ) dans " Thaïs " ( 1907 ) / Liane de Pougy

Mary Garden ( 1874 - 1967 ) dans " Thaïs " ( 1907 ) / Liane de Pougy

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LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 


 

 

 

 

 

 

Pour Maripol et pour l'abbé Gillard ,

pour Jean Markale et pour Lewis Carroll ...

   

 

 

 

 

- EPILOGUE -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XV - Marig

 

 

 

 

 

 

 

 

Les souvenirs sont moins tangibles que les rêves ... "

 

Isadora Duncan ( 1877 - 1927 ) - " Ma Vie " ( Mémoires , 1928 posth. )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     29 - Tu t'es évanoui , mon bonhomme , tu as eu de la fièvre

              Il était vrai que je m'étais retrouvé une fois de plus perdu entre chimère et réalité , incapable de distinguer l'une de l'autre . Au fond de moi , je savais que la stricte vérité n'était pas celle qu'on voulait m'imposer . Mais ce qui s'était réellement passé , je devais le redécouvrir par moi-même , assura mon " psy " , une charmante praticienne nommée , elle aussi , Marig , quitte à replonger maintenant dans les eaux sombres de mon inconscient ! ( 29 )

              Mille et une nuits de rêve m'avaient fait revoir ce bref passage d'une existence réduite à un point de poussière , là-bas , dans l'infinité sud-américaine . Qu'en restait-il ? Ne sommes-nous pas nés pour mourir un jour avant de rejoindre cette gigantesque " Porte " où ni le temps , ni l'espace n'existent plus , ressemblant plus à un regard sans fond , miroir indicible où toutes les vies , petites gouttes lumineuses , viennent se perdre et renaître comme les vagues de la mer dans un incessant ballet d'âmes provenant de toutes les directions de l'univers ! 

             Quant à mon premier amour , celle qui avait suscité mes premiers émois , je l'avais retrouvé dans un couvent de Buenos-Aires , au

parloir . Comment expliquer , d'ailleurs , qu'elle connût déjà par avance tous les périls de cette route difficile où , dans le cadre d'un plan minutieusement préétabli , j'avais obéi à ce qui lui avait été suggéré mentalement par l'entité lumineuse voyageant auprès d'elle depuis l'insondable ? Car des images , réminiscences d'un temps plus ou moins défini , s'étaient formées depuis longtemps dans son esprit . Pourtant , quand je revis soeur Clarisse de la Pénitence , tel était son nouveau nom , celle-ci faillit ne pas me reconnaître , se rappelant difficilement notre lointaine rencontre au mariage de sa soeur , il y avait si longtemps ! Quand je tombais sur elle ,  vers la fin de l'après-midi , elle m'accueillit comme un enfant venu jouer dans le petit bosquet de lierre où l'on voit la statue du saint d'Assise . Nous marchâmes ensuite côte à côte au-delà de l'église Santa Maria , silhouette majestueuse et sombre au milieu d'une forêt de

hêtres . La religieuse , coiffée d'une capuche , voulut sans doute profiter de l'heure crépusculaire pour humblement cacher à la lumière du couchant les traits de son visage qu'elle jugeait , sans

doute , trop changé pour son amoureux du temps jadis .  Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , me demandais-je , ce soir-là , dans ma cellule , me sentant presque défaillir , éclatant en sanglots ... Qui était celle , coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en mes yeux les ombres démesurées du soleil couchant , pour , avec tant de grâce , faire gracieusement tourner devant moi sa robe de bure toute blanche ? Moi , qui n'oublierai jamais cette petite phrase qu'elle m'avait dite en s'asseyant sous un platane :

Rien de tel qu'une affection humaine pour porter de l'ombre sur le soleil de Dieu . " ( 30 )

- Mais l'amour , n'est-ce pas aussi ce qui doit nous sauver un jour du désespoir ou de la médiocrité ? , tentais-je d'argumenter , lui répétant machinalement sans y croire des phrases que j'avais cru apprendre au catéchisme de notre enfance , et parce que je savais qu'elle avait vécu , elle aussi auparavant , l'existence assez relâchée d'une danseuse mondaine , ajoutant , lucide , en voyant s'agiter sur le banc d'en face un couple d'hirondelles toute blanches : ne vend-on pas une paire de moineaux pour un sou ? " ( 31 )

- C'est dommage ! , me répondit-elle avec

dépit , me parlant toujours de notre maison qui ne serait pas de ce monde , mais bâtie bien plus haute sur les nuages d'une montagne inaccessible !

- Un lieu béni , en quelque sorte , et qui rend béni tout ce qui y touche ...

- Qu'ici , reprit l'autre , c'était le royaume du mensonge , et que les belles musiques de nos mots ne serviraient jamais à rien , même chantées d'une voix d'ange , rajoutant qu' il y avait " un autre juge dans le Ciel qui nous rendrait plus de justice " !

( 30 )

             Alors , je lui évoquais mon aventure du lac de Pempont , ce qui la fit rire et lui fit penser à Zacharie ayant perdu sa voix parce qu'il n'avait pas voulu croire à la parole de Gabriel . ( 32 )

             Allant ensuite me recueillir avec elle dans le temple pour l'Adoration , je me demandais qui pouvait bien être cette amie précieuse pour me montrer , de l'estuaire à la source , le chemin de ma destinée , me guidant en mes heures sombres lorsque ,  traversant le pont d'une belle nuit d'été constellée d'astres immortels , je vis tomber soudain dans les eaux noires de la nuit , la trace fulgurante d'un météore ?

- Bien qu'étant nés dans la modicité ou le dénuement sur Terre et malgré que nous ayons pu y associer la force du travail à de précieux dons , me confia-t-elle ensuite en me pressant le bras , nous pouvons tous un jour , homme ou femme dans le miroir des mondes , faire face ici-bas , pour le meilleur ou pour le pire , puisque son mari , disait-elle , avait péri dans un accident tragique , à notre double spirituel ... 

        Alors , dans le sommeil de cet invisible songe , je crus que nos deux vies , peut-être , s'envoleraient un beau jour parmi les nuées d'oiseaux pour se rejoindre , fantômes d'arbres noirs que la chanson du vent sépulcral agiterait au coeur de la forêt millénaire de notre jeunesse !

Et tout s'effacerait ...

        Si la mort n'est qu'un voile , pensais-je ,

 

" Toi et moi ,

  Avec deux formes et deux visages ,

  Mais une seule âme ,

  Nous resterons unis dans l'extase ,

  Par les mots , par le silence ... " ( 33 )

 

   

 

 

 

FIN

 

                                     

 

 

                                     ___

 

 

DAN AR WERN - LE MIRACLE DE BROCELIANDE - Epilogue - XV - Marig - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE MIRACLE DE BROCELIANDE " , copyright 2024 . 

 

                                     ___

 

Notes :

 

 

29 - Voir chapitre IX , L'Île du Graal  .

 

30 Port-Royal " ( 1954 ) , drame religieux d'Henry de Montherlant ( 1895 - 1972 ) , de l'Académie Française .

 

31Matthieu , 10 , 29 - Lévitique ,15 , 14 - Luc ,

2 , 24 .

 

32Lorsque l’archange Gabriel lui annonça que sa femme, Élisabeth, allait concevoir et donner naissance à un fils ( Luc 1:11-17 ) , Zacharie douta ( et était probablement un peu cynique à ce sujet , Luc 1:18 ) et Gabriel lui ôta la voix ( Luc 1:19-20 ) . Pendant neuf mois , Zacharie resta sans voix , car il ne pouvait plus parler .

 

33 - " Toi et Moi " , oeuvre du poète mystique persan Djalâl ad-Rûmi ( 1207 - 1273 ) .

 

 

 

 

 






 


            

     

   

 

         

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