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L'INVITATION DE L'ANGE - Première Partie - De Profundis - I - L'Epée Sanglante .

2 Mars 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #L'INVITATION DE L'ANGE

L'Epée de Damocles ( 1812 ) par Richard Westall ( 1765–1836 )

L'Epée de Damocles ( 1812 ) par Richard Westall ( 1765–1836 )

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L'INVITATION DE L'ANGE  

 

 

" Vivrons-nous jamais , passerons-nous jamais dans ce tableau qu'a peint mon esprit , ce tableau qui te ressemble ? "

 

Charles Baudelaire - " L'Invitation au Voyage " - Petits Poèmes en Prose ( Le Spleen de

Paris , 18 , Posth.1869 ) .

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De Profundis

 

 

 

 

 

 

 

I - L'Epée Sanglante

 

 

 

 

" lls marchent devant moi , ces Yeux pleins de lumières ,
 
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ... "

 

Charles Baudelaire - " Le Flambeau Vivant "

- Les Fleurs du Mal ( Spleen et Idéal , XLIII ,

1861 )

 

 

 

 

 

 

1 - Je viens avec toi qui berce mon corps

fatigué , l'entraînant dans un rêve où

l’oubli , peu à peu , réveillant ma conscience profonde , me dévoile un pays de mystérieuses contrées d'une vie singulière et secrète que , depuis longtemps , tu rêvais de visiter avec moi , royaume suspendu dans l’éther d'un songe où tout était beau et tranquille , honnête , où le bien-être avait plaisir à se mirer dans l'ordre , où la nature , mariée au silence , était comme de la ouate moelleuse , bonne à respirer , mon Ange , où tout te ressemblait comme ce reflet de ton beau visage dans le cours cristallin d'une onde tranquille !

Regarde ! , me dis-tu , voici la terre où tout n'était que douceur , où les arbres ployaient sous des fruits d’or , si lourds qu’ils tombaient avec un soupir , où les rivières charriaient des vins ambrés . Nulle peine , par

ici , nulle hâte ! Le jour s'y glisse comme un bébé paresseux , tout nu sur son lit de soie . L’air y est riche d’une langueur exquise , et les palais de nacre s’y élèvent d'une brume opaline , esquissant les contours d'un désir que toi seul peut deviner .

Dans l’air épaissi du sommeil , tu te penches vers moi , mon cher Ange , et tes ailes de lumière , battant doucement contre mes paupières closes , les baignent d'un étrange parfum , mélange de myrrhe et d’encens . Ta main diaphane caresse mon âme qui , à l’instant , s’échappe , docile , de ton fluide céleste , prête au voyage !

- Il est une contrée qui te ressemble , où la fantaisie a bâti sa montagne de cristal , où l'air est devenu plus rare que le bonheur , plus pur que cette couverture de neige virginale sur le sol . C'est là qu'il faut aller vivre , murmures-tu , c'est là qu'il faut aller mourir !
Mais avance encore , ce n’est pas tout . Je te mène plus loin que ces félicités trop pleines . Viens donc ! Approche des confins de vertige où la brume s’efface , redevenant transparente . Là réside un autre royaume , celui des vérités oubliées . Chaque pas que tu y feras lève une poussière de souvenirs , des éclats de ta propre histoire que tu croyais perdus . Regarde ces ombres qui surgissent des marbres veineux : ce sont ceux que tu as aimés , trahis , oubliés . Prête l'oreille à leurs voix qui chuchotent aux feuillages , te révélant les serments que , jadis , tu crus éternels , mais que le vent cruel a emportés . Plus loin , voici la cité où repose ce que tu n'as jamais su dire . Les rues y sont pavées d'aveux inachevés , les portes scellées recèlent des mystères que tu redoutais de percer . Mon amie , oseras-tu t'y aventurer ?

 

2 - Elle écouta ainsi avec attention son discours tout en se voyant au-dessus de son propre corps , le croyant caché aux yeux de l'assistance , qui , d'après son calcul , était composée d'une douzaine de membres de l'ordre médical . 

Mais parfois , filtrait par la fenêtre aux vitres dépolies , l'éclat d'un rayon de Lune irradiant la prunelle de ses yeux , puis , plus loin , paraissant en écho lui répondre , une " Dague de Sang " , sorte de torche ou de flambeau fantastique en métal argenté , étincelait aux mains de l'Ange comme une parole du Christ soudain répandue à travers les ténèbres :

" Je ne suis pas venu apporter la paix à la Terre , mais une épée ... " ( 1 )

C'est alors qu'elle crut le voir soudain ressurgir avec à sa main droite un glaive de feu scintillant qui émettait des bouquets de flammes multicolores ! N'était-il pas revenu d'ailleurs , léger comme une plume , flottant sur elle , à nouveau recouchée ,  après cet envol merveilleux , sur son lit d'hôpital ! Et ce qu'elle avait pris pour une arme  ne devait être en fait qu'un scalpel , un faisceau de pierres translucides , peut-être , tenu par l'une de ces créatures bizarres vêtues de blouses blanches qui l'opérait , semblant diagnostiquer , car leurs lèvres ne remuaient que derrière leurs masques - pourquoi les comprenait-elle ? - sa tempe rougie de sang :

- Ce n'est pas trop grave , elle va s'en sortir !

 

 

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

 

                                   ___

 

 

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                      ___

 

Notes : 

- Matthieu , 10 , 34 .
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