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Dan Ar Wern Official Website

Perspectives - VI - Analyse critique de " AUBERIVE " ( Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) , 1 : La Rencontre .

11 Août 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Perspectives

La Fête Etrange

La Fête Etrange

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Perspectives 
VI - Analyse Critique de " AUBERIVE " .
        Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) 

 

 

" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "

ALAIN-FOURNIER - " Le Grand Meaulnes " ( 1913 ) .

 

 

 

Auteur : DAN AR WERN
Titre : AUBERIVE
Genre : Roman
Éditeur : Éditions Edilivre , Paris
Année de publication : 2016

Suite de " La Demeure Enchantée " ( Cycle de L'Etoile II ) , " AUBERIVE " est constituée de 8 nouvelles et 6 poèmes .

1 - La Rencontre
 

Auberive , troisième cercle du " Cycle de L’Étoile  , s’ouvre sur une rencontre .

Mais , dès les premières pages , celle-ci apparaît comme beaucoup plus qu’un simple événement romanesque . Elle est un seuil . Derrière l’apparence d’une histoire sentimentale se profile déjà l’une des interrogations essentielles de l’œuvre : qu’y a-t-il derrière le miroir des apparences ?

Yann Kervern , déçu par sa vie familiale , commence une correspondance avec une mystérieuse inconnue dont la rencontre prochaine doit bouleverser son existence . Le point de départ semble appartenir au domaine traditionnel de l'intrigue amoureuse : un homme , enfermé dans une vie devenue insatisfaisante , découvre , à travers une femme qu’il ne connaît encore que par des mots , la promesse d’un autre avenir . Mais cette promesse est immédiatement placée sous le signe de l’ambiguïté . Car que connaît-on réellement de celui ou de celle que l’on croit connaître , et comment aimer quelqu’un que l’on ne connaît pas ?

L’exergue , emprunté au " Portrait de Dorian Gray " d'Oscar Wilde , donne d’emblée une dimension tragique à cette prochaine entrevue : Dorian Gray croyait avoir trouvé dans Sibyl Vane l’accomplissement de son rêve amoureux . Mais l’artifice théâtral qui faisait le charme de la jeune femme allait disparaître lorsque l’amour entrerait dans la réalité . Celle qui savait merveilleusement interpréter " Roméo et Juliette " ne parvenait plus à jouer lorsque son propre moi devenait le véritable théâtre indistancié de son coeur . Ainsi , l’artifice de la vérité se retournait contre celui qui croyait pouvoir vivre son rêve . Le théâtre devenait théâtre d’ombres , le faux clair de lune éclairait des décors de carton-pâte , et l’alchimie du rêve se transformait peu à peu en cauchemar .

La question surgissait alors naturellement : quelle distance sépare le rêve de la réalité ? La vie elle-même n’est-elle pas un songe , comme le suggère Calderón de la Barca ? Et si tel est le cas , quelle réalité demeure lorsque les décors tombent , lorsque le portrait se brise , lorsque les oripeaux de l’apparence ne parviennent plus à dissimuler ce qui se trouve derrière eux ? C’est à partir de cette interrogation que " La Rencontre " se déploie sur trois niveaux .

Le premier concerne la littérature . Le 1er juin 1905 , jour de l’Ascension , sur les marches du Grand Palais , paraissait , accompagnée d’une dame en noir , une jeune femme blonde portant un manteau marron clair , ainsi qu'un gracieux chapeau de roses dont l'apparition renvoyait à la rencontre capitale qui bouleversa la vie d’Alain-Fournier : celle d’Yvonne de Galais , devenue , dans " Le Grand Meaulnes " , la figure presque mythique de la femme entrevue , désirée et perdue .

Ainsi , la rencontre n’est jamais un évènement ordinaire si elle appartient déjà à la mémoire de la littérature . La femme réelle se transforme en personnage , le personnage en mythe, et le mythe finit par devenir le miroir d’une quête intérieure .

Le deuxième niveau est celui du monde profane , celui de la routine quotidienne et de l’individu moderne . Yann est cet homme pris dans la grande ville , enfermé dans une vie familiale qui ne répond plus à son désir profond , gagné par la solitude et l’incommunicabilité . Le silence qui l’entoure est celui que le célèbre duo Simon and Garfunkel ont fait entendre dans leur légendaire chanson " The Sound of Silence " : un monde où les hommes se côtoient sans véritablement se rencontrer .

Dès lors , les apparences deviennent une seconde prison , puisqu'il faut toujours faire semblant , présenter à l'autre un visage acceptable , se conformer à l’image que la société attend de chacun . Le " look " importe davantage que ce que l’on est réellement . Même Noël peut perdre sa signification spirituelle pour devenir le simple décor d’une fête foraine !

Mais , derrière cette critique du monde contemporain , se profile une interrogation beaucoup plus ancienne : où se trouve le réel ?

Les sourires de fausse prévenance , les décors sérieux ou sombres , les paroles vides des bateleurs de la politique , de la science ou de l’art , tout semble participer d’une vaste représentation . L’homme moderne vit entouré d’images , de certitudes toutes faites et d’illusions qu’il prend pour la réalité . Il regarde le monde , mais ne sait plus nécessairement ce qu’il voit .

Alors , commence le troisième voyage , celui qui conduit de l’autre côté du miroir .

" Connais-toi toi-même , et tu connaîtras l’univers et les dieux " : l’antique maxime devient ici une méthode pour dépasser le visible . Il ne suffit plus de pouvoir déchiffrer les apparences du monde , il faut encore pénétrer les profondeurs de la conscience . Mais cette traversée semble difficile . Le miroir ne se dévoile pas facilement , la vérité échappe , le mystère demeure . L’homme semble être devenu aveugle , comme un esprit de lumière plongé dans les ténèbres de l’incarnation .

C’est pourquoi la phrase qui revient comme un leitmotiv - " Je ne vous connais pas , mais il me semble , pourtant , que je vous connais " - prend une portée nouvelle , n’exprimant plus seulement l’étrangeté d’un face-à-face , mais devenant la formulation même de la reconnaissance inaccessible de l’Autre ici-bas .

Jung permet alors d’élargir cette expérience individuelle à celle de l’inconscient collectif . Les symboles deviennent un langage qui dépasse les traditions particulières , permettant aux hommes de communiquer à travers l'espace et le temps . Ce que Yann éprouve devant Laura pourrait ainsi appartenir à une mémoire beaucoup plus ancienne que celle de sa propre actualité .

Le symbole du chiffre douze vient renforcer cette architecture cachée . Douze mois , douze signes du Zodiaque , douze travaux d’Hercule , douze chevaliers de la Table ronde : le nombre semble organiser le temps terrestre comme le cosmos . Deux fois douze heures forment le cycle du jour et de la nuit . Lorsque retentit l’indication énigmatique de douze heures trente , le temps quotidien semble soudain devenir le signe d’un passage : achèvement d’un cycle , peut-être , mais aussi commencement d’un autre .

Alors , le bureau lui-même devient une tombe . La banalité quotidienne apparaît comme un lieu d’enfermement dont la mort pourrait constituer non pas la fin , mais le passage vers une autre réalité . Avec ses portes ouvertes sur la lumière , Le Grand Palais devient l’image inversée de cette tombe : derrière la matière et les apparences , pourrait se trouver un monde d’ineffables splendeurs inexplorées ! 

Mais pour y parvenir , il faut que le voile se déchire .

C’est ici qu’interviennent les grandes figures de la tradition symbolique : Isis , Dana , la Grande Prêtresse , puis le voile du Temple de Salomon qui se déchire au moment de la Passion du Christ . Le même geste symbolique se répète : quelque chose est caché , quelque chose doit être révélé .

Et la quête prend alors la forme d’un voyage initiatique . Tel Orphée descendant aux enfers pour y retrouver son Eurydice , l’homme doit accepter de s’aventurer dans les profondeurs de son âme . Il ne sait pas encore ce qu’il y découvrira . Peut-être , au-delà de l’amour de la beauté , cette beauté qui seule serait capable de sauver les pensées les plus insignifiantes , le spectre de la mort qui dessine son vrai visage dans le miroir des rêves , posant immédiatement la question du Bien et du Mal , car aucune initiation ne semblant possible sans souffrance , l’amour peut-il exister sans la blessure qui l’accompagne , la connaissance peut-elle naître sans la perte des illusions ?

Le chef-comptable , figure apparemment dérisoire du quotidien , cherchant sa route à tâtons , devient lui-même , à son insu , la figure d’un initié ignorant de la numérologie , du moins selon les apparences , mais avançant sur un chemin qui ressemble à celui des alchimistes .

La couleur de la lettre , le bleu , introduit l’absolu dans le monde sensible . Puis , les couleurs fondamentales du " Grand Oeuvre " se succèdent : le blanc , le noir et le rouge , associés à l’éruption , à la lave et aux cendres des volcans de l’Etna et du Stromboli .

La matière devient alors le langage visible d’une transformation invisible .

Car le véritable objet de l’Art Royal n’est pas seulement la transformation de la matière . C’est aussi celle de celui qui la travaille 

L’Œuvre au Noir , la Putréfaction ; l’Œuvre au Blanc , la Résurrection ; l’Œuvre au Rouge , la Rubification : ces trois étapes décrivent autant les métamorphoses de l’adepte que celles de la substance . La Pierre Philosophale devient ainsi moins un objet miraculeux qu’un symbole de la conscience transfigurée dans l'invisible .

C’est dans cette perspective que l’Oméga de Teilhard de Chardin peut être rapproché de l’aboutissement de l’œuvre alchimique : un point suprême où la Création pourrait enfin se dévoiler dans son unité . La Gemme enfouie ne serait plus seulement la Pierre d'angle , mais le secret même de l’être accompli .

Le sigle V.I.T.R.I.O.L. résume cette démarche : visiter les profondeurs de la terre pour y découvrir , après rectification , la pierre cachée . Mais la véritable terre à explorer , n'est-ce pas le coeur de l'homme lui-même ? C’est alors que le destin de Yann prend toute sa dimension lorsqu'il refuse d’abord le " bon chemin " , parce qu’il lui paraît trop court , l’existence devant être pour lui une longue épuration de l’âme . Alors , vient le temps de la frustration . Lorsque la conscience des erreurs commises lui révèle qu’il a peut-être refusé d’assumer sa propre vie , le Diable lui montre qu’il s’est trompé de route .

Pourtant , quelque chose , déjà , se produit , quand un coin du voile se déchire , à douze heures trente , et que le visage de sa femme , jetant son masque d'Arlequin , devient celui d’une antique Pythie , lui posant la même éternelle question , terrible dans sa simplicité :

Qu’as-tu fait de ta vie ?

La magie de Noël apparaît alors sous un jour nouveau . L’Avent n’est plus seulement l’attente joyeuse de la naissance : il devient le temps suspendu où l'homme tombé se confronte à son propre double , à ce fruit inespéré qu’il ne voulait plus goûter , rencontre douloureuse l'obligeant à regarder sa " bonne conscience " qui devient alors suspecte : ne serait-elle pas une autre forme de mauvaise foi , la division de l'être entre homme et femme le ramenant au récit biblique de l'Arbre de la Connaissance où la femme est à la fois la tentatrice et celle qui peut devenir l'instrument de sa rédemption , Laura , qui permet à Yann , un bref instant , de franchir la frontière entre ces deux mondes : celui de l'apparence et celui de la vérité , celui de la simple conscience ordinaire et celui d'une possible transmutation spirituelle . 

C’est ce qui donne à " La Rencontre " son rythme particulier : le premier mouvement est amoureux , le second s'avère existentiel , et le troisième devient enfin métaphysique , ces trois mouvements dessinant déjà la structure secrète du " Cycle de L'Étoile " : voir douter chercher,  franchir ...

Le lecteur croit d'abord entrer dans une histoire banale , puis découvre une réflexion sur la solitude et les faux-semblants du monde moderne . Enfin , presque imperceptiblement , le récit s'ouvre sur une autre dimension : celle du symbole , du mythe , de l'alchimie et de l'initiation .

Cependant , s'il s'agit d'une révélation , la véritable personne inconnue n'est pas uniquement LauraCar telle est sans doute la leçon de cette première nouvelle d'Auberive : derrière chaque visage que nous croyons reconnaître , se dissimule un autre visage ; derrière chaque apparence , une réalité invisible ; derrière chaque rencontre avec l'Autre , peut-être , la rencontre longtemps différée avec soi-même . C'est en ce sens que " La Rencontre " constitue véritablement la porte d'entrée du " Troisième Cercle " ( En Pleine Lumière ) : une lumière qui ne se conquiert qu'après avoir accepté de traverser l'ombre ...

 

 

FIN

 

 

DAN AR WERN - Perspectives - VI - Analyse Critique de " Auberive " - ( Cycle de L'Etoile III - Troisième Cercle ) - 1 - La Rencontre - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés - " Perspectives " - copyright 2025 Dan Ar Wern .

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