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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 7 - Mystère de L'Attente : Iona / III .

4 Mars 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Château de Josselin

Château de Josselin

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 - Mystère de L'Attente : Iona

      ( III )

 

 

 

 

 

     

 

 

      Le matin venu dans l'engourdissement d'un mauvais sommeil marqué par l'humidité si froide à l'intérieur du petit oratoire , je ressentis beaucoup d'angoisse de ne jamais retrouver le havre de ma presqu'île , mais ne possédant pas de voiture moi-même , je m'arrêtais à Josselin , petite ville pittoresque où la générosité d'un conducteur providentiel m'avait conduit en auto-stop .

Arrivé là , faisant contre mauvaise fortune bon coeur , je m'étais résolu , afin de me remettre et me sécher un peu , à prendre une chambre d'hôtel en face du palais des Rohan dont les tours miraient leurs silhouettes grises de granit dans les eaux sombres de l'Oust en un fondu mélancolique de ciel bleuâtre pommelé de gros nuages blancs , ce qui correspondait sans doute à mon état d'âme .

( 45 )

      Un peu plus tard , cependant , comme je ne connaissais pas encore grand monde ici , je décidais , malgré mon inquiétude et ma timidité , de joindre Iona par téléphone , quitte à lui faire un bref récit de mes récentes mésaventures , pour l'informer au moins du départ d'Arthur et de l'annulation des cours .

- Pardonnez-moi , mon cher ! , finit-elle par me répondre sur son portable . Je n'ai pas réalisé tout de suite que c'était vous , bredouilla-t-elle d'une voix gênée pour se faire pardonner mon attente . Comme c'est drôle , figurez-vous que je donne un cours de piano à l'intérieur du château ! Surtout , ne partez pas , je passerai vous prendre !

     J'avais ressenti tant de bonheur au téléphone , devant cette surprise inattendue , mais aussi tant d'impatience , qu'il me tardait maintenant de parler et de pouvoir enfin tout dire à celle que je croyais définitivement perdue il y avait seulement moins d'une semaine ! Le temps me paraissait si long , désormais , devant cette heure interminable qui n'en finissait pas de s'écouler !

     Dans le parc , je me promenais le long de la rivière où deux cygnes , drensant langoureusement , se faisaient la cour en majesté  .

Sur la place , des cars entiers débarquaient leurs cargaisons de passagers rieurs venant de la fête foraine voisine à Ploërmel . Il y avait même une jeune bigoudène avec sa jolie coiffe en tuyau de cheminée ! Que faisait-elle ici , loin de sa Cornouaille natale ?

Peut-être un défilé folklorique ,

une procession ?

     Le visage d'une fille en costume local , au visage mangé par une gigantesque barbe-à-papa , cautionnait cette hypothèse .

- Tu as fait le grand huit ? , questionnait l'une .

- Non , j'étais sur la roue ! , lui répondait l'autre innocemment , sans savoir , peut-être , qu'elles se servaient ainsi d'une métaphore présentée comme exemple de nos parcours chaotiques dans cette tapageuse fête foraine de nos ridicules existences !  

     Pour finir , je m'installai à la terrasse d'un café , me mettant à siroter distraitement ma bière en regardant au-dehors ce qui ressemblait à un étrange serpent de mer se mordant la queue , monstrueux animal surgi des flots tumultueux d'une foule indifférente pour accomplir , à l'aveuglette , son sacrifice rituel à l'encontre des plus faibles !

     Puis , à la fin de l'après-midi , lassé de faire le pied de grue , je me rendis à la porte du manoir .

- Vous êtes bien le nouveau jardinier ? , me demanda le gardien qui , devant ma réponse négative , me confirma ne connaître personne du nom de Clara Stern , me rappelant par la même occasion que les visites touristiques n'étaient pas autorisées ce jour en raison des travaux . 

     L'après-midi se termina en prière dans la basilique Notre-Dame du Roncier , face au Sacré-Coeur incendié par la lumière crépusculaire des vitraux .

( 46 )

- Combien de temps dois-je encore

l'attendre ? , suppliai-je , assez désespéré tandis que s'installaient les ombres de la nuit , tremblant comme des fantômes sous les lueurs des réverbères .

      Mais la femme , soudain , surgit à l'angle d'une rue déserte , coiffée d'une capeline en feutre rouge vénitien d'où ses longs cheveux de miel aux boucles abondantes

ruisselaient , tandis qu'un petit bijou , précieusement serré autour de son cou de biche , une pierre bleue en forme de demie lune , lançait , dans le clair-obscur , ses lueurs d'étincelle au miroitement sporadique .

- Mon pauvre , si vous saviez ce qui

m'arrive ! , fit l'étrangère sanglotant comme une madeleine , se réfugiant dans mes bras comme une épave dévastée dans ceux de la mer ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Suivre )                     

 

 

 

                   

 

 

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES II - Nouvelles - 7Mystère de L'Attente : Iona

( III ) - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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 Notes :

 

45 - Château de Josselin , résidence des ducs de Rohan , bâti entre 1490 et 1505 .

46 - Reconstruite à la fin du XIIè siècle après la destruction de la ville de Josselin ( 1168 ) par Henri II Plantagenêt , on attribue à sa Basilique Notre-Dame du Roncier de nombreux miracles comme la guérison d'aveugles et de paralytiques , de même que celle , selon la légende , des " aboyeuses " lors du pardon du mois de septembre .

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 7 - Mystère de L'Attente : Iona / II .

3 Mars 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Brocéliande  ( Campénéac ) Chapelle Saint-Jean .

Brocéliande ( Campénéac ) Chapelle Saint-Jean .

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 - Mystère de L'Attente : Iona

      ( II )

 

 

 

 

 

     

 

 

      Mon épouse , comme une brutale dépression surgie de nulle-part , vint effectivement perturber notre paisible

littoral . Cependant , je dois le dire , une accalmie eut d'abord lieu  . Ce devait être l'oeil du cyclone , lorsqu'elle se mit à me sourire pour me remercier , comme elle disait , de m'être occupé du " précieux trésor de sa vie " ?

      Néanmoins , très vite , et depuis cette petite incartade qui avait naguère provoqué notre dispute , puisque j'avais commis l'erreur fatale de lui en parler , croyant pouvoir me confier à celle que j'avais naïvement prise pour mon amie la plus proche , elle ne put , à son habitude , s'empêcher de déverser sur moi tout son fiel , me critiquant sans arrêt .

      Cette fois-ci , elle était venue avec une copine , celle qui me louait la maison , mère elle-même d'une petite fille qui avait l'âge de notre enfant .

- Pardonne-moi , ma chèrie , mais je n'étais pas aux fourneaux ! , lui dit-elle d'emblée pour s'excuser à ma place des belles soles meunières que j'avais en vain tenté , pourtant , de leur cuisiner avant qu'elles n'arrivent de la plus affectueuse des manières , même si , je l'avoue , le riz n'était pas assez cuit . J'espère au moins qu'à défaut d'avoir trouvé du citron , tu as pu préparer les chambres ! , glissa-t-elle ensuite , me dévisageant d'un air mauvais devant notre hôtesse affreusement mal à l'aise !

      Le lendemain matin , comme prévu , nous partîmes tous les cinq en balade vers la légendaire forêt de Merlin

L'EnchanteurEt bien sûr , prétextant quelque " shopping " à faire entre " nanas " dans le patelin le plus proche , nos " parisiennes " en goguette me plantèrent là le plus tôt possible , me laissant seul sans voiture avec les deux gosses . Quant à moi , je m'étais mis à me rendre compte en plus , hélas , de l'absence du livre que j'avais écrit dans la librairie du château de Comper , argumentant longuement avec la propriétaire que je connaissais un peu pour tenter de la convaincre de l'y mettre un jour , tandis qu'au dehors , Arthur devait s'amuser sans doute lui aussi à persuader sa copine de jeu  de ses atouts de chevalier servant .

( 43 )

      Quoiqu'il en soit , lorsqu'après cette longue plaidoirie désespérée , probablement inutile , j'allais sortir mettre à l'air vif le bout de mon nez , je ne les vis plus , songeant au début qu'ils voulaient me faire une blague tout en jouant à cache cache , puis me dirigeant , quelques instants plus tard , vers les eaux grisâtres de l'étang qui bordait l'ancien manoir , avant de me mettre à fouiller frénétiquement comme un chien-loup chaque recoin du parc !

Impossible , cependant , de mettre la main sur les deux tourtereaux que la gendarmerie , bien plus tard , dénicheraient enfin , par le hasard d'un cheminement difficile à éclaircir , du côté du "Val Sans Retour " , bien après que leurs mères frivoles , surtout l'une d'entre elles , nonchalamment revenues de leurs emplettes , ne m'aient accusé de négligence et m'accablant de tintamarresques reproches , ne m'abandonnent sans pitié au tourbillon des éléments déchaînés par la grande masse obscure du ciel déchirée par des éclairs de feu , déversant sur moi sa colère et sa rage en trombes d'eaux et rafales de vent mugissant !

( 44 )

      J'étais complètement trempé , seul , tel un pauvre chevalier de l'ombre errant dans ce décor surnaturel des chemins creux et des spectres , marchant dans la lande à la recherche d'une âme qui vive , guidé simplement par une étoile providentiellement éclose des ténèbres de la Voie Lactée !

      Un rayon de lune me montra enfin la porte entrouverte d'une petite église au-dessus de la forêt : la chapelle Saint-Jean !

 C'est là que je passais la nuit ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Suivre )                     

 

 

 

                   

 

 

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES II - Nouvelles - 7 Mystère de L'Attente : Iona 

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" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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 Notes :

 

43 - Une légende affirme que Merlin créa par amour pour Viviane un château de cristal au fond des eaux profondes du grand étang de Comper .

44 - Val Sans Retour , là où la fée Morgane emprisonnait les chevaliers qui n'étaient pas fidèles à leur Dame .

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 7 - Mystère de L'Attente : Iona / I .

3 Mars 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 7 - Mystère de L'Attente : Iona / I .

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 - Mystère de L'Attente : Iona

      ( I )

 

 

 

 

 

     

 

 

      ... Evidemment , tout ceci , me dis-je en moi-même , n'était qu'un mauvais rêve , et les leçons , ce n'était pas pour moi , mais pour mon fils Arthur , mon pauvre garçon rescapé , en même temps que son paternel , du naufrage d'une vie de couple qui , en cette heure

estivale , nous avait irrémédiablement jetés ensemble dans un bien de famille , comme la marée sur cette côte perdue , au bord de l'eau d'une petite cité morbihannaise . 

      Mais elle , que pouvait-elle fabriquer ici , dans ce coin solitaire ? Je me l'étais demandé depuis que j'avais vu sa photo sur le " canard " local , accompagnée d'un petit article publicitaire annonçant des cours de solfège , signé , bien sûr , d'un pseudonyme de

circonstance , Iona Sterenneg .

      Il faut vous dire que , depuis toujours , j'avais été un grand admirateur de cette artiste unique , alliant , selon moi , au charme de son être , la beauté de son art , montrant tant d'intelligence que de finesse

dans ses paroles . D'ailleurs , comment expliquer que l'on soit plus particulièrement touché par une personne que par une autre ?

- Non , m'expliqua-t-elle cependant plus tard , la première fois que nous eûmes l'occasion de discuter un peu . Vous pensez bien que si j'étais " elle " , je ne me trouverais certainement pas ici , dans ce " bled " , à essayer de joindre les deux bouts !

Mais la ressemblance était à ce point frappante que ses explications ne m'avaient pas convaincu , d'autant plus que ma " star " , alors ,  ne faisait plus tellement parler d'elle depuis quelques temps . 

      Que s'était-il donc passé ? , me demandais-je un soir , tandis que nous marchions , ma progéniture et moi , jusqu'à sa petite maison posée tout là-bas , le long de la grève , comme une fortune de mer mal éclairée de lune . Car , trop timide , je n'osais pas vraiment lui parler , restant l'heure entière dans le salon d'accueil à écouter ce qu'elle essayait patiemment d'expliquer à son jeune élève débutant qui se demandait parfois , m'avoua-t-il

un jour , ce qu'il était venu faire en ce lieu de supplice pour , soi-disant , se distraire de ses études !

      Quant à moi , j'étais fasciné par son jeu , chaque fois qu'elle concluait la leçon par l'adagio de ce concerto que j'aimais tant ! ( 41 )

      Puis , nous reprenions notre route en sens inverse , tantôt sous le champ de la Grande Ourse ou d'étoiles plus lointaines , tantôt sous le crachin , bercés par le cri d'une mouette ponctuant encore ce chant lancinant des vagues venant mourir sans cesse à nos pieds du bout de l'océan , comme cette merveilleuse musique de Ravel !

      Ce mercredi d'avril fut comme la célébration d'une fête celtique ! Elle avait terminé le cours par des extraits de l'Introduction du compositeur, suivie de son Allegro de 1905 , avant de poursuivre par une admirable adaptation du poème symphonique de Paol Ladmirault :

" Brocéliande au Matin " . ( 42 )

      Cependant , vers le soir , comme une boule de feu commençait d'incendier toute la chambre par la fenêtre entrouverte , illuminant la magnifique bibliothèque d'ébène aux nombreux ouvrages reliés de cuir multicolore , nous sentîmes aussi , sans doute , avec la brise venue du grand large les enveloppant de ses ondes magiques , nos propres chevelures frissonner sous la pluie d'or de celle du dieu céleste !

      Alors , tandis que les petits pieds

d'Arthur , qui avait hâte de partir , s'étaient déjà mis à danser sous le piano , nous nous mîmes à faire semblant , riant comme des fous tous les trois , de brièvement poursuivre à la porte , sous le soleil couchant de la plage crépusculaire , cette ronde endiablée !

- Si on allait boire un coup du côté de

Carnac ? , fus-je ensuite sur le point de respectueusement lui proposer , sentant que l'heure de faire plus ample connaissance avait peut-être sonné .

      Mais la belle ne me laissa pas vraiment le temps de poser ma question :

- Vous savez , je crois que votre fils est trop intimidé par votre présence , et que ça le bloque dans son travail , articula-t-elle soudain d'une voix monocorde .

      Cette simple phrase , tombée d'abord froidement de ses lèvres comme l'astre du jour au bout de l'horizon nocturne , finit elle aussi de se noyer corps et bien dans la sombre masse océane , achevant , par la même occasion , de doucher mes illusions sous la clarté du ciel constellé , ruinant tous mes efforts de rapprochement . Peu à peu , de même que les sonorités joyeuses de cette réjouissance éphémère s'étaient assourdies dans le clapotis

des vagues , disparurent aussi , pendant que père et fils marchaient côte à côte en silence le long du rivage , les dernières lumières chatoyantes ...

      Puis , tout à coup , mon gosse me lança à la figure :

- J'aime pas les gammes ! Qu'est-ce qu'elle a , celle-là , avec ses grands airs ?

- Voyons , tu avais promis à maman , tu te rappelles !

- Justement , je ne crois pas que ça lui fera plaisir que tu lui fais les yeux doux ! C'est dimanche qu 'elle va venir , hein ?

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Suivre )                     

 

 

 

                   

 

 

 

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 Notes :

 

41 - " Concerto en Sol Majeur " ( 1929 - 1931 ) pour piano et orchestre , II - Adagio Assai , de Maurice Ravel ( 1875 - 1937 ) .

42 - Transposition au piano de " Introduction et Allegro " ( 1905 ) de Maurice

Ravel , pour harpe , flûte , clarinette et quatuor à cordes .

       - " Brocéliande au Matin " ( 1909 ) , poème symphonique de Paol Ladmirault

( 1877 - 1944 ) , compositeur et militant revendiquant l'autonomie culturelle de la

Bretagne .

 

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 6 - Celles Qui Passent / 2 .

2 Mars 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Dante Gabriel Rossetti - La Ghirlandata ( 1871-1874 )

Dante Gabriel Rossetti - La Ghirlandata ( 1871-1874 )

 

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II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 - Celles Qui Passent

      ( II )

 

 

 

 

 

     

 

 

       2 - ... Jeune femme agile aux longues jambes effilées , fidèle à son
souvenir ... Passé la première surprise , comme l'appareil , dut-elle estimer d'un rapide mais significatif coup d'oeil , n'était pas comble , la passagère , après un court moment d'hésitation , vint s'asseoir près de lui . Timide , il vit qu'elle tentait d'initier un échange , voulant le questionner tout d'abord sur l'ouvrage qu'il tenait en mains , dont la couverture , décorée d'un ravissant ex-libris , représentait ce portrait , suspendu dans le grand salon de l'hôtel

Danieli ( 35 )  , d'une élégante à la longue chevelure de miel , façon Burne-Jones ou

Rossetti , qui , bizarrement , lui ressemblait ( 36 ) .
            C'était elle , sans doute , avec un costume d'avant la " Belle Epoque  " .

- Il me semble que nous nous connaissons , n'est-ce pas ? , balbutia-t-elle , rougissante , comme étonnée de sa propre hardiesse . Je me pose la question depuis tout à l'heure .

           Mais comment saisir le mystère de cette fascination , se demandait-il encore avant d'oser , en même temps lui répondre , un peu tard , tandis qu'elle commençait à lui

parler ? N'était-il pas , en effet , retombé instantanément " sous le charme  " de cette belle fille ,  une rousse qu'il avait , aux jours

anciens , trouvée si attirante ? Ne se sentait-il pas à nouveau complètement ensorcelé d'un seul coup par le son de sa voix si particulière , légèrement " exotique ", plaisante , comme autrefois ?

          Sans doute ignorait-elle qu'il était

devenu , en dehors de son métier d'écrivain plus ou moins notoire , peintre-amateur , talent trop méconnu , lui aussi , d'ailleurs jugé " figuratif  ", un peu passé de mode , et

qu' il se sentait  lui-même si préoccupé par ses propres " Souvenirs De La Vie Du Paradis  " 

( perdu ) , si bouleversé par cette présence envoûtante , qu'il ne perçut que par bribes la fin de sa phrase . ( 37 )

" ... Et vous seriez semblable à ce héros de  "Mort à Venise  " ? ( 38 )

         Gustav Von Aschenbach avait certainement cru découvrir par ses propres efforts les chemins escarpés de " L'Esprit " , se mit-il à réfléchir avec peine , l'entendant prononcer ce nom d'un personnage littéraire qu'il pensait également si proche de lui . D'où son enquête minutieuse , à la recherche de  " La Beauté Eternelle " , de sa simplicité éclatante ...

" Ne nous nous émerveillons toujours pas devant son exceptionnelle présence ? , lui murmura-t-il après un soupir sans savoir qu'il ne répondait pas vraiment à sa question .

        Elle le dévisageait avec

inquiétude , plongeant avec douceur dans le sien , son trouble regard d'ange .

" Elle s'impose à nous ! , lui lança-t-il ensuite avec plus de ferveur .

        Que pouvaient bien signifier ces mystérieuses paroles tombées des nues ? , paraissait-elle se demander . Quel simple mortel , songeait-il , resterait de marbre , à genoux devant une inaccessible divinité ?

        L'haleine chaude de sa bouche ne put le rassurer . Des frissons le paralysèrent . 

" ... Longtemps , j'ai vécu à Venise , puis à Munich , en Allemagne ...

        Elle était devenue , racontait-elle , comme une bête sauvage , qui cache en elle sa blessure . Elle ne lui laissa même pas le temps de répliquer .

" ... Je travaillais dans la musique classique , une maison d'édition ... J'étais toujours sur la route , une voyageuse de commerce , en quelque sorte ... un jour en Europe , l'autre aux Etats-Unis ... Je suis si fatiguée ... Mais je fais route vers mon pays natal , mon refuge ...  C'est une oeuvre de Mahler , sa

dernière , peut-être la plus incomparable , tu ne trouves pas ?  ( 39 )  

       Maintenant , semblait-il , comme la mer au-dessous , si proche et si lointaine , dont on ne percevait pas toujours la rage , vue d'avion , dans le jaillissement caché de son écume blanche , elle s'était un peu calmée ... Ne l'avait-elle pas effleuré , elle aussi , de ses longs doigts de magicienne ?

" ... Aussi beau que tes écrits , n'est-ce pas ? , continua-t-elle d'un sourire affectueux , le tutoyant , tête penchée contre le hublot .

" Mais , dis-moi , le questionna-t-elle ensuite avec une sorte de crainte , " La Vallée Heureuse " dont nous rêvions tant , tous les

deuxjadis , où se trouve-t-elle , oui la Terre de nos promesses ? ... ( 40 )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Notes :

 

35 - Le " Danieli " , célèbre hôtel de Venise .

36 - Sir Edward Burne-Jones ( 1833 - 1898 ) et Dante Gabriel Rossetti

( 1828 - 1882 ) , peintres préraphaélites anglais .

37 - " Souvenirs De La Vie Du Paradis  "

( 1946 ) , par Georges Duhamel  ( 1884 - 1966 ) , membre de l'Académie Française .

38 - Mort à Venise ( " Der Tod in

Venedig  " ) , 1913 , nouvelle de Thomas Mann ( 1875 - 1955 ) , Prix Nobel de littérature 1929 .

39 - " Ich wandle nach der Heimat , meiner Stätte "  extrait de " Le Chant De La Terre , L'Adieu " ( Das Lied von der Erde , der Abschied ) , 1912 , par Gustav Mahler

( 1860 - 1911 ) .

40 - La Vallée Heureuse ( " Das Glückliche Tal  " , Mortgarten , 1940 ) , Où Est la Terre Des Promesses ?  ( Alle Wege sind Offen ) , récit d'un voyage en Afghanistan avec Ella Maillart ( 1939 - 1940 ) , oeuvres de Annemarie Schwarzenbach  ( 1908 - 1942 ) .
 

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 5 - Rose .

10 Février 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Portrait  ( Ivana Basevic )

Portrait ( Ivana Basevic )

 

 

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 - Rose

 

 

 

 

 

 

 

pour Agatha Christie

 

 

 

 

 

 

 " Leur amour aura été l'acte lent par lequel ils ont défait

     cette correspondance illusoire et ,

     logeant la distance au coeur de l'intimité ,

     lui ont substitué la merveille d'une séparation fondamentale . "

 

" Le Nouveau Désordre Amoureux " ( 1977

Pascal Bruckner , Alain Finkielkraut .

 

" Un loup des steppes égaré chez nous , dans les villes où les gens

   mènent une existence de troupeau ..."

" Le Loup des Steppes " ( Steppenwolf  , 1927 )

Hermann Hesse .

 

 

 

 

 

 

 

I - La Fugitive

 

" Sur ma couche , la nuit , j'ai cherché

  Celui que mon coeur aime ... "

Cantique des Cantiques , 3 , 1 .

 

 

       Chagrin d'amour , lassitude ?

Elle avait , la veille de Noël , fui sa maison natale en Bretagne pour partir à la conquête du monde : l'être humain n'est , après tout , qu'un peu d'âme égarée sur la Terre , n'est-ce pas ?

- Folies , tenta de lui expliquer son

" boy-friend " , quand on pense à cette rapacité sonnant le glas de notre indépendance au temps du duc François ! ( 29 )

      Là-bas , son regard croisa quelqu'un qui croyait encore aux vieilles lunes !

- Tu fais de la politique pour avoir 3% ?

- C'est une question d'idéal , tu ne peux pas comprendre !

      Obéissant à Balzac , peut-être , après la mort tragique de son cher combattant , mais au désir des siens surtout , la bretonne se retrouva seule dans une chambrette

parisienne , prêtresse d'un " temple où , selon Liszt , l'homme devient Dieu pour un siècle ou pour une heure ... "

( 30 )

    Tous ces gens-là , bien-pensants

croyait-elle , parlaient avec mépris de ceux de l'EMSAV :

- Tous des ratés ! , parurent crier leurs visages dans le silence hypocrite du service funèbre !

( 31 )

    Revoyant parfois son beau visage au beau milieu des banderoles du mouvement pendant les soirs de solitude , elle n'écouta pas les mensonges de ceux qui prétendirent plus tard qu'il se servait surtout des " manifs "

pour courir les filles !  

 

 

II - L' Héritier de la Couronne

 

" Avant que souffle la brise du jour

  Et que s'enfuient les ombres ,

  Reviens ... "

Cantique des Cantiques , 2 , 17 .

 

     Pourquoi suis-je aussi triste quand je repense à lui ? , se disait souvent à elle-même l'étudiante en pharmacie .

Ils s'étaient un jour croisés dans le hall de l'immeuble .

Pourtant , c'était un type assez gentil , un dentiste victime d'un narcotique , apprit-elle plus tard , lorsqu'on découvrit son cadavre .

    Il venait d'avoir une scène avec sa copine , la pimbêche américaine du second . Comme Rose lui avait effleuré la joue quand elle le vit prostré , secoué par les larmes , la main sur la poignée de sa porte , ils marchèrent ensemble jusqu'au bistro du coin .

Mais lorsqu' il voulut payer ses confidences de comptoir , la jeune fille remarqua son étrange patronyme .

- Vous travaillez dans le whisky ? , ricana-t-elle naïvement de son air de chienne abattue , déjà conquise par l'ivresse de l'eau-de-vie et les promesses de ce nouvel incomparable amour  !

( Il n'arrêtait pas de la mater , songea-t-elle )

- Pas du tout ! , bredouilla-t-il , plutôt dans l ' " hypothèse " ou , au choix ... dans les mélanges plâtreux , c'est comme vous voulez , mademoiselle . Ce sont les mots dont ils m'affublent par derrière en me toisant du haut de leurs sarcasmes !

    Bien sûr avait-elle ouï dire au sujet de l'affaire Naundorff et de l'évasion de l'enfant royal du Temple . ( 32 )

- Comme si on pouvait vivre sa vie avec des " si " , poursuivit le pauvre héritier de la couronne faisant pitié à voir avec son vague profil Henri IV .

    Il la suivit dans sa chambrette à moitié

saoul , montrant , après quelque jeu sexuel , à sa partenaire , un signe qu'il avait dans la bouche

prouvant son origine .

Elle essaya de le contredire  :

- Et l'ADN ? , l'interrogea la bavarde , encore plus curieuse . ( 33 )

- Ma foi ! , la coupa-t-il en colère de sa voix rocailleuse , c'est pas comme ça que ça marche ! Ils se foutent de ma gueule , et beaucoup mieux , me font passer pour un coureur de filles !

" Bouche-trous " ! , qu'ils m'appellent

toujours ! Vous vous rendez compte ?

Mon Dieu , je ne devrais pas dire ça devant vous ! Mais quand vous heurtez au mur de la

" Raison d'Etat " , comment faire ?  , répliqua-t-il en colère ,  lui dévoilant ses belles dents par un crachat sur le plancher !

- Ma vie n'est plus

qu'une " roulette russe " ! , conclut le nobliau désavoué d'un air mystérieux

    Cependant , le bel avril remua beaucoup son coeur de Breizh autant qu'il déchaîna sa jalousie !

Elle l'avait revu , hélas pour elle , aux bras de l'ex-dauphine ! 

Pensant à la la duchesse Anne pour se consoler un peu de sa peine , sa colère monta vite en même temps contre lui : ainsi que le lui avait expliqué son malheureux fiancé décédé , aurait-elle eu le choix , le roitelet de France , elle ne l'aurait certainement pas épousé non plus à l'époque !

    C'est pourquoi , sans doute , alla-t-elle tenter le Diable en courant chez lui ?

Ils prirent un dernier verre ...

Mais elle préféra cette fois décliner son offre sans autre explication , le laissant trôner , misérable , sur son faux fauteuil Louis XV , abandonné de tous à ses rêves inaccessibles !

- Vous comprenez , elle m'a traité de " loser " !

est-elle allée, maintenant ? , soupira-t-il avant lui-même de partir ...

 

 

III - Le Combattant

 

" J'ai ôté ma tunique ,

  Comment la remettrais-je ? "

Cantique des Cantiques , 5 , 3 .  

                     

 

         Entre temps , ce cher Ahmed aux yeux de velours , militant palestinien brusquement surgi comme un loup dans  la grisaille de sa vie universitaire , lui avait expliqué , plein de fougue , tous les dédales subtils d'un labyrinthe proche-oriental :

- Ecoute , nous n'allons tout de même pas nous endormir

s'il nous pique notre terre

         Elle connaissait si bien ce genre de choses qu'elle n'osa lui révéler l'histoire de son pays , mais plutôt comment jadis la Rose empoisonna le Dragon qui voulait la dévorer toute crue ! ( 34 )

          On dit souvent que l'amour ne dure pas plus que rosée de printemps .

Pourtant , je vous assure que ses yeux rougissaient encore , les jours d'hiver , bien après qu'elle eût appris la mort de son valeureux ami dans un attentat . Vae Victis .

 

 

 

" ... Malheureusement , ils n'ont que trois pour cent de conscience éveillée . Celui qui veut palper les grandes réalités des mondes intérieurs doit réveiller son 97% de conscience endormie ... "

La Sagesse de l'Être - " Conférences " par Samaël Aun Weor

( 1917 - 1977 ) , écrivain occultiste colombien . 

 

 

 

FIN

                     

 

 

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 5 - Rose - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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Notes :  

29 - François II ( 1433 - 1488 ) , dernier duc de Bretagne libre , père d'Anne de Bretagne  ( 1477 - 1514 ) . 

30 - Paroles de Franz Liszt en 1837 , mentionnées par Brigitte François-Sappey dans son livre : " La Musique dans l'Allemagne Romantique " , Fayard , 2009 ) .

31 - L' " Emsav " : rassemblement des groupes politiques , culturels comme de tous ceux qui demandent que soient respectés les droits de la Bretagne et du peuple Breton ( Dictionnaire AN HERE , 2001 ) .

32 - Karl-Wilhelm Naundorff , mort à Delft en 1845 , prétendait qu'il était le roi Louis XVII enfui du Temple .

33 - L'affaire Louis XVII et les analyses génétiques de 1998 et 2004 . 

34 - On dit que les dinosaures ont disparu parce qu'ils avaient dévoré tellement de fleurs que celles-ci , en empoisonnant leurs bourreaux , se vengèrent ainsi de leurs souffrances ( selon Idris Lahore dans son article : " La Psycho-Anthropologie et sa Place dans le Monde "  ,  

" Science de la Conscience " , niv. 35 , septembre 2009 ) .      

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 4 - Mona - Pentecôte / II .

9 Février 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Sylvia Plath

Sylvia Plath

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 - Mona

 

 

 

 

 

pour Virginia Woolf

 

 

 

 

 

" Les êtres de Beauté , qui les retient ? "

Rainer Maria Rilke - " Elégies de Duino " , II . 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - Pentecôte

 

 

     Trois jours plus tard , j'étais de retour à Brest pour mon journal , ne sachant toujours pas pourquoi elle m'avait planté là , s'enfuyant à toutes jambes dans la nuit .

- ... Vous , vous êtes tous les mêmes , vous ne voulez faire que ce qui vous plaît ! Lui aussi , il m'a abandonnéJe ne veux pas finir comme ma mère , non ! , s'était-elle écriée , rageuse .

     Et j'étais resté là , complètement abasourdi , les narines pleines de l'odeur de son corps , de ses cheveux ...

     Puis elle avait disparu , ne laissant que ces quelques traces , plus une grande tristesse dans mon coeur .

Alors , comme je ne pouvais plus dormir , je m'étais mis à écouter une chanson de Leonard Cohen sur mon Ipod :

" Been on the road forever ,

  I'm always passing thru ,

  But you're my first love and my last ,

  There is no one , no one after you ... "

( 20 )

     Pour finir , j'étais rentré à Paris , cherchant dans les archives du magazine culturel qui m'employait , mais aussi par téléphone dans celles d'un autre journal de la péninsule grâce à un collègue de travail que j'avais jadis aidé là-bas , des renseignements sur la mort de mon camarade d'école que je n'avais par revu depuis .

Nos voies avaient divergé , bien sûr , la vie ayant fait le reste : pour moi , une petite célébrité , quelques médiocres livres , notamment sur ma terre natale ; pour lui , un parcours plus discret , mystérieux ... Que dire d'autre à-propos de Mona , sa fille , et des petits événements du quotidien ?

    Maintenant , lorsque je repense à notre histoire , me vient à l'esprit la série " Star Trek " où , dans un épisode que je vis un de ces soirs distraitement pour endormir ma détresse , l'héroïne , suscitant d'éternelles questions sur la Destinée humaine , doit mourir pour empêcher que le monde entier ne sombre à nouveau dans l'horreur .

Alors , se pourrait-il que ce " Portier du

Temps " nous ait ainsi , comme elle ,

manipulé , ou qu'il y ait eu malentendu ? Quels obscurs mystères pouvait encore nous cacher un tel barbare demandant son nouveau

sacrifice ? ( 21 )

   Car le résultat de l'enquête avait fini par se révéler surprenant : pas de tempête comme l'avait prétendu la fille au soir de l'accident , mais un feu d'artifice , une explosion , plutôt , sur l'Île de la Vierge ... Par conséquent , me demandais-je , s'agissait-il d'un règlement de compte ou bien d'un attentat ?

    Ce dimanche-là , en tout cas , c'était la fête de la Pentecôte !

J'avais décidé de marcher à pied vers l'église où l'on fêterait la venue de l'Esprit Saint sur la Terre en attendant celle de P... , mon

écrivaine " invisible " , bien sûr , puisque celle-ci , bêcheuse , ne daignait pas m'apparaître !

Par ailleurs , j'étais très inquiet car , depuis , je n'avais plus eu aucune nouvelle de " ma " fugitive dont l'ombre avait si vite disparu dans la nuit noire !

    Impitoyables , des bourrasques tumultueuses balayaient dehors la surface des rues devant moi , branches d'arbre arrachées , tuiles détachées des vieux toits , panneaux s'envolant comme des girouettes tandis que leurs affiches tournoyaient en grand nombre partout selon les désirs du vent fou !

Des gouttes de pluie froide tombaient sur mon visage , étincelantes sous la lumière tamisée du soleil ... Aujourd'hui où semblaient oubliées les promesses des jours anciens , bienheureuses

" béatitudes " d'hier , traçant courageusement mon chemin contre les morsures du vent , j'avais mille peines à tenir ouvert le parapluie de l'hôtel !

Je passais par la rue de Glasgow , derrière la mairie .

Saint-Louis , c'est encore loin ? , demandais-je à un pauvre marin déboussolé , main vissée sur la casquette pour l'empêcher de tomber .

- Là-bas ! , me répondit-il en montrant la mer d'un signe de tête .

Auprès du marché ...

   Effectivement , je découvris un peu plus tard sur ma gauche quelques stands peu fréquentés vu les caprices du temps . Certains promeneurs pénétrèrent comme moi dans l'église ...

Le sermon portait , je m'en souviens , sur les phénomènes naturels qui nous entourent , signes , peut-être , de nos propres égarements . Le prêtre avait lu la lettre de Jude :

" Ils sont semblables aux vagues furieuses de la mer 

  Projetant devant eux leurs actions honteuses ... " ( 22 )

  Sur le seuil où j'étais revenu pendant l'office , mon portable sonna . Enfin , je crus que c'était elle et , je dois l'avouer , ma gorge fut aussitôt nouée d'un accès de vive inquiétude !

- Je ne pourrai pas venir , hélas ! hurla une voix lointaine au creux de mon oreille . La tempête ... Vous comprenez ?

Pendant une seconde , je pensais aux paroles d'Alonso :

" Je suis si impatient de connaître l'histoire de votre vie :

l'oreille en doit être charmée ... " , me demandant si Mona " était une sorcière assez puissante pour gouverner la Lune et régir les marées ... " ( 23 )

Mais ce n''était que P...

  Sur le chemin du retour , je jetais un coup d'oeil sur un autre genre de taverne , alsacienne , celle-ci , en face du " Quartz " . ( 24 )

C'était l'heure du déjeuner , mais je n'avais guère faim de " nourritures terrestres " .

J'y trouvais cependant , pour parler de la disparue , une vieille femme seule dans son coin , qui , elle aussi sembla partager ma peine et , le lendemain , j'appris que " L'Esprit de Mona "

( nom du rafiot paternel rafistolé ) , heurtant les récifs du phare de la Vierge , était allé par le fond . Rien n'avait été retrouvé .

  Ce soir-là , je m'en rappelle , j'avais , pour soigner ma blessure , écouté  " L'Alouette Qui S'Envole " , poème de Meredith sur une musique de Vaughn Williams tant appréciée par son père . ( 25 )

  Longtemps , je me souvins de celle que je voulais rejoindre , " qui a perdu son pair , et qui ne trouve plus rien sur la terre , qui cherche les déserts pour gémir et se plaindre

en liberté ... "

( 26 )

  Auprès d'elle , je murmurais ces paroles toutes simples qu'elle m'avait fredonné naguère en  courant ," chez nous ", sur la rive après " ses " chers oiseaux :

" Qu'est-ce qui tourmente ton coeur ,

   Jeune tourterelle ,

   J'ai perdu , me dit-elle ,

   Mon plus fidèle ami ... " ( 27 )

  Alors , plongeant sur mon lit pour la

retrouver , j'éclatais en larmes :

" De quoi sommes-nous proches ? De la mort ?

  De ce qui n'est pas encore ? "

( 28 )

 

 

    

FIN                   

 

 

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES  - II - Nouvelles - 4 - Mona - Pentecôte ( II ) - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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Notes :

20 - " No One After You " , par Anjani Thomas et Leonard Cohen ( 1934 - 2016 ) , sur l'album " Blue Alert " par Anjani , copyright Sony BMG Music / Columbia 2006 - All rights reserved :

" J'ai toujours été sur la route 

  Et n'ai jamais fait que passer ,

  Mais tu es mon premier amour et mon dernier ,

  Il n'y a personne , personne après toi ... "

21 - Episode 28 , intitulé " The City on the Edge of Forever " ( Contretemps ) , scénario de Harlan Ellison , réalisation de Joseph Pevney ( 1911 - 2008 ) de la 1ère série télévisée " Star Trek " imaginée par Gene Rodenberry ( 1921 - 1991 ) - Acteurs principaux : William Shatner , Leonard Nimoy ( 1931 - 2015 ) , Joan Collins .

Desilu Productions / Norway Corporation , 1ère diffusion : 6 avril 1967 -

All rights reserved .

22 - Lettre de Jude , 13 .

23 - " La Tempête " ( The Tempest , 1610 / 1611 ) Acte V , Scène I de William Shakespeare ( 1564 - 1616 ) .

24 - " Le Quartz " , Centre culturel à Brest , square Beethoven , 60 rue du Château , au coin de l'avenue Clémenceau .

25 - " The Lark Ascending " ( L'Alouette Qui S'Envole1914 ) , pour violon et orchestre de Ralph Vaughn Williams ( 1872 - 1958 ) , compositeur britannique , d'après un poème de George Meredith ( 1828 - 1909 ) dans son oeuvre : " Poems and Lyrics of the Joy of Earth " ( 1883 ) .

26 - " L'Amour de Madeleine " ( Die Liebe der Magdalena , 1911 ) par Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) .

27 - " An Durzhunell " , chanson traditionnelle bretonne :

" Petra , turzhunell yaouank ,

  A dourmant da galon ?

  - Kollet 'm eus , emezi ,

  Va fidelan mignon ... "

28 - Paroles de Rilke dans " Rilke par Lui-Même " ( 1971 ) de Philippe Jacottet

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 4 - Mona - Crépuscule des Âmes / I .

7 Février 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 4 - Mona - Crépuscule des Âmes / I .

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 - Mona

 

 

 

" ... Et que ne suis-je , à genoux devant vous ,

      Plus encore abandonné en vos cheveux défaits ? "

Rainer Maria Rilke - " Elégies de Duino " , X

( Première Version ) *

 

 

 

 

 

pour Virginia Woolf

 

 

 

 

 

 

 

I - Crépuscule des Âmes

 

 

Que faire quand il n'y a plus que le silence ?

Même la douleur semble disparue ,

Ne subsiste , haut dans le ciel ,

Que l'écume blanche et grise

Et , parfois , le cri d'une mouette ,

Mais d'espoir , il n'y en a plus ...

 

      

 

     ... Parfois , je pense à elle sur le port de commerce . Nous avions décidé de nous y rencontrer  ce jeudi soir , 24 mai dernier . Je me rappelle que , ce jour-là , mais dans la matinée , j'étais censé interviewer la directrice d'une revue culturelle , écrivaine renommée en Bretagne avec laquelle j'avais convenu d'un rendez-vous vers midi et demi au café de la librairie " Dialogues " , dans le bas de la rue de Siam . ( 11 )
Mais en fin de compte , ce ne fut pas possible car elle devait , me dit-elle , se rendre à Rennes de toute urgence .

    " Peut-être dimanche ? " , s'était-elle excusée sans plus de commentaire , au téléphone .

    Heureusement que Mona est venue sauver cette foutue journée ! , pensé-je , apercevant un peu plus tard la fille de mon copain d'enfance . Car , pour moi , ce fut comme un choc de découvrir une beauté telle que la sienne dans la fleur de ses vingt ans ! Des cheveux blonds comme des blés murs , des yeux bleus vert d'houle océane à la manière d'un Burne-Jones , auteur d'une " Tête de Femme " que je contemplais souvent sur mon bureau , visage ressemblant à un autre croquis de Bouguereau que j'aimais beaucoup ! ( 12 )

" Mais bien plus joli qu'eux ! " , devais-je reconnaître par la suite , essayant maladroitement , par ces images , de la rejoindre à travers des rêves remplis de nostalgie .

    Lorsque enfin , ce soir-là , je fis sa connaissance , elle m'apparut si vivante , fine et svelte , pleine d'entrain , vêtue avec élégance d'un manteau de laine , espèce de " kabig " à la couleur de cendre , d'un tricot tout blanc sur son corps de guêpe , élégante et mince avec son jean délavé recouvrant de longues jambes la rendant un peu plus grande que moi !

    Et quand elle m'aperçut tout-à-coup , dessinant un timide sourire sur ses lèvres , la belle tenait une petite cigarette entre ses doigts , de la " Marijane " , sans doute , pour affronter l'inconnu que j'étais . ( 13 )

Mais je pus lire quand même le titre anglais des deux " précieux " livres qu'elle serrait si fort sous son aisselle , dont une vie de Sylvia Plath . L'autre étant de Yeats :  " The Celtic Twilight " ( 14 )

     - J'apprends la langue de Shakespeare ! , claironna-t-elle d'un air enjoué , triomphal , appuyée à la carlingue de sa petite voiture , une " Fiat Uno " vieille comme Mathusalem , ornée de nombreux autocollants sur sa vitre arrière :

Free Bobby Sands ! Ireland to Irish ! Breizh hor Bro ! ( 15 )

- C'est celle de mon père , un militant ! , m'expliqua-t-elle alors d'une voix vive de jeune femme fière et libre ...

     J'allais lui rétorquer que j'étais contre la violence quand elle me coupa tout de suite :

- Il est mort maintenant , tu sais ...

    Il m'était assez difficile après ça de lui répondre , nous nous étions perdus

de vue . J'étais effondré !

Alors , peut-être s'aperçut-elle de mon grand

trouble lorsque , appuyant sa poitrine contre moi , sa main toute humide serra si fort la mienne .

- Je suis heureuse de te voir ! , me dit-elle ensuite , s'efforçant de se montrer plus gaie qu' un pinson .

    La petite auberge était comble , mais nous parvînmes , en fin de compte , à y trouver à l'extérieur une table à l'écart . La soirée semblait si douce !

- Une eau de vie ! , commanda-t-elle tout de suite . Peut-être que , toi aussi , tu m'accompagneras ? Southern Comfort , Americano , autre chose ? A ce que je vois , mon " daddy " te ressemble , même aplomb , même apparence convenable !

( Chose étrange , elle parlait toujours de lui au présent ! )

... Il est attiré par la littérature bretonne et par la mer ... Tout comme toi , son meilleur pote , m'a-t-il raconté ,  poursuivit-elle , semblant chercher quelque chose qu'elle n'avait encore pu trouver sur lui ... Mais quand il est seul  , il aime aller jusqu'à l'Île de la Vierge ... Un jour , il n'est jamais revenu ! , me confia-t-elle , bouleversée , au bout d'un long silence avant de tomber en pleurs dans mes bras . J'étais si jeune ​à l'époqueà peine treize ans je m'en rappelle encore , hélas , de ce vent terrible qui soufflait par bourrasques sur les landes Saint-Michel ... On m'a raconté tout ça , tu comprends ? C'était un air de maléfice , un chant d'amour ou de mort pour l'âme de mon père si secrète , finit-elle par m'avouer d'une voix brisée de larmes !

" Car je dois bien demander de l'aide aux sirènes , m'avouait-il avant d'embarquer parfois , pour qu'elles réveillent de leur somnolence l'esprit des gens d'ici C'est pourquoi , d'après ma belle-mère , je vais beaucoup trop en sa compagnie " pêcher les sorcières " , ce qui veut dire , dans un dicton de son pays ,

" ne rien faire " ... 

     En tout cas , moi ,  je ne suis pas comme

eux ! , plaisanta-t-elle ensuite , me tendant mon verre , essayant , sans doute , par ce geste et cette parole , de noyer en elle comme dans une eau de vie brûlante mon timide sourire de paix continuant d'attirer la ferveur de ce bel esprit si fier de sa différence , et qui dévoilait peu à peu sur moi par son regard profond , le mystère d'une étrange beauté flamboyante !

   - On ferait mieux d'aller faire un tour , prendre l'air ! , me lança-t-elle soudain . J'ai besoin de marcher , pas toi ?

   Je dois l'avouer , nous étions ronds comme des queues de pelle , mais surtout moi , car je n'ai pas l'habitude de boire . Et j'avais honte , cependant , mais je me levais vite pour la suivre .

   - Tu sais , j'ai parlé à Jane Birkin . De temps à autre , elle habite Landreda ... Tu ne penses pas comme elle ? , me demanda brusquement cette chère ivrogne de mon coeur . Il n'y a que des " boîtes " dans le grenier de nos vies , la place du cercueil pour nos souvenirs , notre passé ... Certaines sont pleines , d'autres vides ... ( 16 )

    Je ne fus pas sûr , pourtant , de bien la comprendre lorsqu'elle se mit à brailler , mi-sérieuse , mi-ironique , cette vieille chanson de " boy-scout " afin , clamait-elle , de s'aérer la tête en aspirant l'air avec force devant l'océan . 

" Petites boîtes , petites boîtes ,

  Faites en ticky-tacky ,

  Petites boîtes

  Toutes pareilles ... " ( 17 )

   Dans le ciel , tournoyant en bandes , mouettes et goélands semblèrent lui répondre , se moquant de nous dans un tintamarre de cris sauvages .

    C'était le crépuscule ou la Passion des âmes , lorsque le soleil rouge tombe avec lenteur et majesté à travers les eaux sombres , les faisant scintiller de ses derniers rayons telles des vaguelettes , tandis que la lune , qui les reflète par milliers , lui renvoie sa prière : " Vague unique dont je suis la mer peu à peu ... " ( 18 )

   La mignonnette s'efforça de foncer le long du quai , mais elle fut vite hors d'haleine à galoper de cette façon ! Quant à moi , j'avais de la peine à rattraper son ombre ! C'est pourquoi elle s'était mise à rire à gorge déployée quand elle constata mon épuisement à cavaler derrière elle !

    - Tu crois au Destin ? , se moqua-t-elle essoufflée , mais d'un air plus sérieux ... Car la couleur du vent , c'est la mienne ! , fanfaronna encore celle qui semblait courir plus vite que lui . 

Les gens me fatiguent ! Ce sont des

hypocrites , des peureux qui votent tous pour les partis français ... Gast !

   Elle voulut me raccompagner à la porte de mon hôtel .

Alors , nous nous entraidâmes comme des vieux pour grimper les marches raides qui conduisent au centre ville . Nous passâmes devant " Sked " , maison de la culture bretonne dont les lumières brillaient seules dans la rue Duguay-Trouin désertée ce soir-là .

   Mona frissonna . 

- Je veux voyager loin comme toi , je dois partir , tailler la route ...

  Rue Branda , nous nous serrâmes fort l'un contre l'autre devant la porte de l'établissement . Je la regardais les yeux dans les yeux pour mieux sentir combien mon âme était complètement prise par la sienne ! Mais , bien que je nourrisse pour elle des sentiments plus cachés , je ne savais comment lui rendre l'espoir . Et j'étais triste aussi , car venait le moment de la séparation .

   Les grandes lettres de "L'Amirauté " scintillaient dans la nuit tendre , la bannière bretonne , accrochée à la façade , s'y déployait au-dessus de nous parmi les étoiles printanières .

( 19 )

  J'aurais voulu encore la serrer longtemps tout contre moi , même si je ne pensais pas qu'il fût convenable que je l'invite dans la chambre .

   Elle s'installa dans l'ombre à une vingtaine de pas . Là , sur le bord du trottoir , elle se mit à fondre en larmes .

Puis ...

   - Ce soir-là , il y eut une tempête , raconta Mona qui sanglotait . Je ne sais plus pourquoi mes parents s'étaient disputés . Mais après l'engueulade où on lui avait dit ses quatre vérités , mon père prit la porte et , malgré le mauvais temps , voulut s'enfuirJe crois qu'il souhaitait se rendre en Irlande pour commencer une nouvelle vie , plus libre , où j'avais pensé le rejoindre un jour coûte que coûte Je n'aimais pas beaucoup ma belle-mère ...

 

   Longtemps résonna en moi l'angoisse de ses supplications . Longtemps je reverrai son inconsolable regard posé sur le mien comme celui d'une naufragée cherchant désespérément de l'aide sur une mer sans pitié .

   Son père s'était noyé pour de bon , me confessa-telle , abandonnant sa petite

fille , toute seule dans sa chambre à l'attendre avant qu'on envoie des gens récupérer l'épave du navire .

  Tout ça , tu me l'avais raconté , Mona . Avec beaucoup d'attention , j'avais écouté le récit poignant de cet horrible drame suivi de ses images sur l'écran noir de ta vie sans merci ... Quand nous étions tous deux sous la lune , jeudi soir ...

   C'est la vie en ce monde , n'est-ce pas , pour un pauvre ange comme toi dont l'esprit s'égare sur la terre tel un bateau sur l'onde en furie ?

   ... Mais d'espoir , il n'y en aurait pas ?

 

  

 

 

 

 

 

 A Suivre ) 

 

 

 

                                     

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 4 Mona - Crépuscule des Âmes ( I ) - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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Notes :

11 - Librairie " Dialogues " , Forum Roull - 29200 - Brest .

Son café littéraire est connu de ceux qui apprécient la littérature .

12 - " Etude " ( 1898 ) , par William Bouguereau ( 1825 - 1895 ) et " Tête de Femme " ( 1890 ) , dessin crayonné de Sir Edward Coley Burne-Jones ( 1833 - 1898 ) .

13 - Hashish .

14 - Sylvia Plath ( 1932 - 1963 ) , écrivaine US mariée à Ted Hughes ( 1930 - 1998 ) , autre écrivain britannique .

Souffrant d'une dépression , la jeune femme se donna la mort dans son appartement de Londres qui avait jadis abrité William Butler Yeats ( 1865 - 1939 ) , auteur de " The Celtic Twilight " ( 1893 ) , poète irlandais .

15 - Robert Gerard dit " Bobby " Sands ( 1954 - 1981 ) , combattant irlandais membre de l'IRA , mort des suites d'une grève de la faim dans la prison de Maze .

16 - " Boxes " ( 2006 ) , film autobiographique de Jane Birkin avec Géraldine Chaplin et Michel Piccoli .

17 - " Little Boxes " ( 1962 ) , célèbre chanson de Malvina Miller Reynolds ( 1900 -

1978 ) , chanteuse folk américaine , traduite en français par Graeme Allwright

18 - " Sonnets à Orphée " , II , 1 ( 1922 ) par Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) écrivain , poète autrichien .

19 - Hôtel de L'Amirauté , 41 , rue Branda - 29200 - Brest .

 

 

* " Elégies de Duino "( Duineser Elegien , 1912 / 1923 ) recueil du poète pragois Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) , publié en 1923 .

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CHEMINS D'ÂMES - II- Nouvelles - 3 - Quarantaine .

6 Février 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Girl Playing Piano 1918 William Worcester Churchill 1858 1926

Girl Playing Piano 1918 William Worcester Churchill 1858 1926

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 - Quarantaine

 

 

Il pleut sur Nantes ... "

Barbara - " Nantes " *

 

 

             Le soleil déclinait sur le lac , laissant ses derniers feux brûler l'horizon désert qu'une troupe de corbeaux , narguant par de sinistres coassements les rares témoins de leur vol farouche , acclamait d'un air triomphal de

liberté .

Qu'aurais-je pu faire d'autre ? , se demanda-t-elle aux premiers soirs d'un Carême où chaque âme prisonnière se voyait obligée au confinement par une terrible pandémie . 

          Son compagnon l'avait laissée toute

seule , ayant choisi le matin même de prendre un train pour Nantes , ville où sa mère vieillissante réclamait encore son aide , s'était-il excusé .

Elle était donc restée là peu de temps , blottie avec lui dans cette chambre , inexorablement échouée parmi ses dernières illusions tels ces quelques arbres bordant les eaux sombres de leurs silhouettes décharnées ...

          "  Comment puis-je vivre sans lui ? , se torturait-elle , fixant , pour s'endormir , l'horloge ancienne au visage impitoyable comme s'il ne parvenait qu'à lui rappeler le sien , pendule murale dont les aiguilles , "deux caravanes traversant un désert " , sonnaient le glas de leur solitude ...  ( 5 ) 

D'ailleurs , l'avait-on jamais aimée ? 

Le pire tourment , c'est le doute , finit-elle par conclure d'un sommeil agité , se levant pour , ensuite , contempler l'oeil en apparence indifférent de la Lune vue comme un songe frémissant sur l'onde nocturne troublant la surface de son propre regard ...

        Comment se produit le retour de la lumière lorsqu'on revient du royaume

des morts ? L'amour peut-il jamais mourir quand il n'est pas partagé ?

Tant de questions l'agitait dans tous les sens , l'empêchant de dormir au pied du piano désormais silencieux que la musicienne avait fui l'espace d'un soupir , " Après un Rêve ... " , mélodie de Fauré , profitant peut-être de l'occasion pour mettre un terme à leur aventure . ( 6 )

       Ce monde n'était sans doute qu'une vaste scène de music-hall ou de théâtre , avec ses mots à lui pour le décrire , qu'on chante avec avidité , parfois , qui , apparemment sans raison , vous nouent la gorge et ne servent  à rien d'autre qu'à masquer le secret d'un être ... Elle pensait à son père ...

      Ne resterait-il plus de lui ,

maintenant , qu'un drap mortuaire aux yeux dépourvus d'expression qui ne parviendront jamais plus à retracer pour moi , " sa p'tite fillette " , comme il m'appelait , ce sillon d'une vie au long cours perdue en mer , vaisseau fantôme surgi soudain de l'infini des vagues d'écume blanche irradiant la lumière d'azur ?

      Elle se souvint alors de cette autre histoire de quarantaine lorsqu'un jour , il avait dû croiser dans les Caraïbes .

Le bourlingueur , qui n'était pas très bavard , n'avait sans doute pas bien respecté la consigne , car on s'était demandé , dans l'ancienne rue des Trois-Matelots , comment une mère de famille , quelques mois plus tard , mit au monde un ravissant bébé de couleur .

      Depuis , le marin n'était pas souvent réapparu en escale .

Mais , chaque fois qu'il rentrait , c'était pour lui l'occasion d'emmener sa fille unique en balade le long de la Loire .

      Là , le vieux loup de mer , après une douzaine d'huîtres bien arrosées de Gros-Plant de Guérande , les yeux vitreux d'alcool plongés dans les eaux sombres du courant , ne manquait pas d'aller jusqu'au milieu du pont d'Ancenis pour se moquer de "ceux d'en face " , pissant ensuite sur la statue de l'impassible Du Bellay :

( 7 )

Et plus ma Bretagne sauvage , bouillonnante , plus nos croix de Broella que ton foutu Liré ! , lui hurlait-il à la figure .

( 8 )

      C'est peut-être pour ça que je suis prise d 'étouffement chaque fois que j'arrive à l'estuaire de la Loire ? , s'interrogea-t-elle en y repensant . ( 9 )

 

       Car ils guettaient tous le retour de l'hirondelle comme on attend la venue du printemps !

Mais les mots semblent , parfois , si lourds qu'aucun oiseau ne peut s'envoler !

Parfois , Dieu calme la tempête quand , souvent , l'homme la laisse éclater !

      Qui apaisera la mienne ? , implora-t-elle , agenouillée devant le Crucifix au matin de ses quarante ans .

Combien de cadavres faudra-t-il ?

        Ta face est ma seule patrie , 

           Elle est mon royaume d'amour ! ( 10 )

 

 

 

FIN

 

 

 

                                     

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES II - Nouvelles - 3 Quarantaine - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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Notes :

- " Les Vagues " ( The Waves , Virginia Woolf , 1931 ) .

6 - " Trois Mélodies " ( 1878 ) de Gabriel Fauré dont " Après un Rêve ... " ( Op 7 , N° 1 )

7 - " Les Regrets " ( 1558 ) , XXXI , de Joachim Du Bellay ( 1522 - 1560 ) .

8 - En langue bretonne , petite croix pour saluer quelqu'un disparu en mer ( coutume ouessantine ) .

9 - " Il Etait un Piano Noir ... "( Mémoires Interrompusposth.1998 ) , Barbara ( 1930 - 1997 ) .

10Sainte Thérèse de L'Enfant Jésus  

( 1873 - 1897 ) .

 

 

* "Nantes " , chanson de Barbara sur son 4è album : " Dis , Quand Reviendras -Tu  ? " , copyright Barbara 1964 Sony Music Entertainment Inc. / CBS . - Tous droits réservés .

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 2 - Destin d'une Voyageuse .

4 Février 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

John Collier ( 1850 -1934 ) The Minx

John Collier ( 1850 -1934 ) The Minx

 

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II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 - Destin d'une Voyageuse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Elle ne s'y attendait pas ! Comme tant d'autres , disait-on ... Mais ça aurait pu être pire , jugeraient beaucoup !

Vivre à cent à l'heure toute l'année pour se retrouver brutalement cloîtrée  dans un deux pièces , même au centre d'un des quartiers les plus aguichants de la capitale !

Enfin , dans la précipitation , sans doute avait-elle oublié son compagnon d'un jour ? Ou plutôt , celui-ci avait préféré rejoindre sa famille

" officielle " dans le sud , avait-il fini par lui avouer assez piteusement .

Leur couple n'était d'ailleurs qu'aléatoire , songeait-elle , basé surtout sur l'hédonisme et la légèreté des moeurs .

        Tout son monde s'était ainsi écroulé d'un coup , qu'il lui faudrait sans doute patiemment reconstruire , mais sans qu'elle sache vraiment comment faire .

        Et depuis trois semaines , les chiffres de la pandémie n'avaient cessé de croître , affichant sur des écrans monstrueux de monotonie , leurs affolantes litanies funéraires !

Combien d'êtres chers devraient encore disparaître sous le masque de cette nouvelle épouvantable " Mort Rouge " qui , insatiablement vorace , était prête à dépeupler de façon méthodique toutes les contrées ! ?

( 3 )

C'est ce qu'elle n'osait se demander .

        Mais parfois , pour s'échapper d'un long tunnel de grisaille ennuyeuse , elle grimpait le soir sur la terrasse de son immeuble , espérant revoir , au-delà de la brume et des traînées noirâtres polluant la ville , ce qui , naguère , donnait un prix féerique à sa vie itinérante lorsqu'elle pouvait , aux antipodes , contempler , fourmillant sur sa tête , des milliers d'étoiles scintillant au milieu de lointaines civilisations qu'elle avait aussi bien du mal à imaginer ! 

Peut-être alors cherchait-elle une réponse au néant qui entourait le désert de sa pauvre vie spirituelle ?

Mais sans doute avait-il mieux à faire que de se préoccuper d'elle ou d'autres misérables larves terrestres , ce Dieu bijoutier , pourvoyeur de pierres si étincelantes ! 

        Le lendemain matin , faisant son marché , elle avait souhaité faire un détour pour aller s'asseoir près de l'Ange , comme elle en avait de temps à autre l'habitude chaque fois qu'elle se sentait vulnérable ou brisée par

la vie : elle s'asseyait là une heure en silence bien qu'on ne lui ait jamais appris à prier ou quémander .

Par malheur ce jour-là , comme pendant tout ce carême d'Apocalypse , les portes de l'église Saint-Jean restèrent closes !

        Toutefois , c'est en fin d'après-midi que survint un événement considérable qui , soudain , comme un éclair de foudre , déchira le voile obscurcissant son âme , et , s'il ne lui apporta pas d'explication tant attendue , la bouleversa vivement !

Quelque timide lueur vernale , cachée derrière de sombres nues aux lambeaux

menaçants , n'avait encore pas réussi à triompher des sourds grondements de l'orage et depuis ce matin , dans la rue , c'était une lutte incessante pour éloigner des vieux arbres battus de pluie un pâle éclat de soleil paru comme signal d'espoir et de renouveau confortant leurs jeunes bourgeons vigoureux !

        Vers 15h30 , en ce vendredi , les cloches du Sacré-Coeur se mirent à sonner leur glas lointain d'angoisse et de ténèbres !

C'était le jour du passage où , chaque année , elle craignait le pire , où elle courrait se réfugier sous la figure faussement triomphale du Christ-Roi rédempteur parce qu'elle ressentait sa douleur , toute la misère du monde venant comme un torrent de boue recouvrir son âme , noir océan de souffrance !

        Elle était d'ailleurs partie s'asseoir un moment tout en haut de la Butte , sur les marches ...

Mais c'est au retour , en grimpant les siennes jusqu'à son étage qu'elle entendit soudain pousser un cri de détresse et , rentrant chez elle , que lui apparut cette vision bizarre d'une vieille dame derrière le rideau de la fenêtre d'en face !

Pendant le bref instant de son apparition , ce qui l'avait choquée tout d'abord , plus que l'appel au secours , c'était que la femme avait la même allure qu'elle et lui ressemblait comme deux gouttes d'eau , tellement , mais beaucoup plus âgée en apparence , qu'elle avait cru , sans en être bien sûre , voir son double !

        Peut-être vivait-elle seule comme elle ? Peut-être se sentait-elle malade ? , s'interrogea la jeune fille . Comment le savoir ?

Par souci d'efficacité , elle avait , sans

réfléchir , décidé d'appeler au plus vite les service d'urgences par téléphone !

        Sa nuit fut épouvantable !

Songeant à sa pauvre voisine , peut-être mourante , elle réalisa sans le comprendre qu'elle ne lui était pas étrangère ... Elle n'arrivait pas à s'endormir , pâle de sueur et de fatigue puis fiévreuse avant d'ingurgiter un somnifère , perdue ensuite dans le longs corridor d'un rêve tourmenté où elle prenait son envol , créature androgyne partie à la recherche de son "autre " moi vivant juste en face , essayant désespérément de l'entraîner vers les plus hautes demeures de nos célestes aïeux !

" Mon Dieu ! Aelia et Laelia , les deux ailes de l'Ange ! " , soupira-t-elle dans son sommeil au souvenir de ses lectures de Faust et de Nerval . ( 4 )

Comme si les étapes d'un seul chemin devaient toutes deux les conduire au même terme !

        Et n'arrêtant pas , dans son cauchemar , de plonger son oeil égaré de sombre harpie dans l'ovale d'un petit miroir sur son bureau , celui où on la voyait sur une photo jaunie près d'une tante partie , comme elle s'en vantait jadis , " vivre aux Amériques " , célèbre cantatrice aventurière dont nul dans la famille n'avait plus jamais entendu parler depuis qu'abandonnée par son mari , elle avait malheureusement perdu sa voix !

        Le matin suivant , marchant vers l'hôpital où elle savait trouver sa parente , elle médita sur ce qu'on disait à flots de paroles de l'épidémie à la télé ou dans les journaux , que cela finirait tout de même par rapprocher les gens , les rendant paradoxalement moins

seuls , moins insensibles , qu'après des milliers de morts , tout allait bientôt changer !

        Clouée au sol par le terrible virus , l'hôtesse de l'air prit soudain peur de l'avenir !

N'avait-elle pas voulu , pour se rassurer juste avant de partir , jeter un bref regard sur la grande psyché " Belle Epoque " proche de l'embrasure de la croisée , contemplant sa rayonnante fraîcheur printanière avec le désir inconscient de rivaliser , peut-être , avec celle étiolée de la star déchue ?

C'est alors que d'une petite fêlure perçue par un point de lumière sur la glace , une minuscule araignée surgie de nulle-part se mit à courir sur le verre ...

" Trou dans le hublot ... " , grimaça la voyageuse .

Où meurt notre ressemblance ? , pensa-t-elle , où vit notre image ?

        Est-ce ma Beauté qui sauvera le monde , ou bien l'Amour ? 

        Lorsqu'elle arriva , on lui apprit la triste nouvelle .

 

 

 

 

 

FIN

                   

 

 

 

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES II - Nouvelles - 2 Destin d'une Voyageuse - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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Notes :

3 - " Le Masque de la Mort Rouge "

( The Masque of the Red Death , 1842 ) , nouvelle d' Edgar Allan Poe ( 1809 - 1849 ) .

4Faust I " ( 1808 ) , de Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) .

      " Pandora " ( 1854 ) , courte nouvelle de Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 )

 

 

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CHEMINS D'ÂMES - II - Nouvelles - 1 - Celles Qui Passent / I .

3 Février 2023 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #CHEMINS D'ÂMES

Albert Henry Collings  ( 1868 -1947 ) - " The Studio Mirror "

Albert Henry Collings ( 1868 -1947 ) - " The Studio Mirror "

CHEMINS D'ÂMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - NOUVELLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - Celles Qui Passent

     ( I )

 

 

 

 

 

     

 

 

      1 - " ... Again , the terror , the acknowledgment of wasted years and death ". L'effroi , de nouveau , le constat des années perdues , la mort . ( 1 )

Sans y prendre garde , l'air absent , son regard s'était porté sur cette phrase , mais il n'était plus très sûr d'avoir envie de la comprendre pour de bon .

Devant lui , défilaient , si nombreuses , des villes remplies de regrets ; partout , des filles nouvelles , des gens égarés qui attendent , craintifs , la petite lueur d'un sourire , quelques mots d'espoir .

            Il vivait à New-York avec une danseuse russe et son petit garçon .

C'était dans une sorte de "night-club " , un cabaret "français " , qu'il l'avait rencontrée : "La Belle Epoque " , son lieu de travail .

        Aujourd'hui , il revenait de " l'autre monde  " ,  les obsèques d'un grand-père maternel trop méconnu , qui avaient été célébrées la semaine dernière en Bretagne . Il avait visité cette tranquille bourgade où avaient pu naître , au tournant du siècle , ces vaines illusions d'une période révolue .

          " ... Le choc de cette mort l'avait tellement secoué , qu'il avait senti que sa jeunesse était finie " . ( 1 )

          Il réalisa aussi que défilaient sous ses yeux des fragments de son histoire cahoteuse .

C'était inscrit là , sur la feuille de papier , dans un dessin d'enfance retrouvé là-bas , comme dans les lignes de cette nouvelle si fascinante qu'il n'osait plus se demander pourquoi .

          Il frissonna . 

Mais peu après , blotti sur son siège où il avait pensé trouver refuge , il constata que sa montre avait perdu l'une de ses aiguilles . Le temps , réfléchit-il en observant le cadran , n'a souvent plus de couleur ... Il ne fait que passer comme une ombre fugitive ,

entre nuit et jour ...

Il y a des gens qu'on aime , d'autres qu'on voudrait voir s'éloigner ...

         Qui peut dire , en vérité , où vont

nos pas , ce qu'étaient vraiment nos amours , nos vies ?

         Poursuivant sa lecture , il nourrissait de sombres pensées .

" ... Fragile colonne dressée parmi les ruines d 'années perdues , ne supportant plus rien , sa propre existence lui semblait solitaire , assez insignifiante ... " ( 1 )

        Au dehors , dans les lointains d'une aube crépusculaire , étendue sur la mer bleue-verte , une pâle lueur fit renaître en lui , d'une manière incomparable , un timide et fol

espoir . Elle scintilla dans la nuit , comme une réponse tant attendue ! Un vers de Victor Hugo , réminiscence des jours insouciants de l'école , traversa rapidement son esprit tourmenté :          

 " O ciel , ainsi que toi le coeur est un abîme ."

( 2 )

Il soupira , comprenant trop tard ce qu'il signifiait .

         ... L'océan des nuages gris et roses colorait l'immensité sombre de l'atlantique à travers le hublot , s'irisant des éclats d'or d'un soleil émergeant peu à peu au-dessus de l'horizon . Sa lumière commençait à poindre , et la nuit se voyait contrainte , en même temps que lui , de donner naissance à la beauté d'un jour incomparable , comme celui du retour d'une voyageuse , attendue depuis si longtemps .

C'est avec une grande surprise qu'il la vit réapparaître ... 

 

      

 

 

A Suivre )                     

 

 

 

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DAN AR WERN - CHEMINS D'ÂMES I - Nouvelles - 1Celles Qui Passent ( I ) - Tous droits réservés - Pep gwir miret strizh -All rights reserved .

" Chemin d 'Âmes " , copyright 2023 . 

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Notes :

1 -" The Sojourner  " , nouvelle de Carson McCullers dans " La Balade du Café Triste "

( The Ballad of the Sad Café , and other works ) , 1951 , Houghton Mifflin .

- Victor Hugo , " Le Tas de Pierres , Amour  " .

 

 

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