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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - VIII - Soleil Levant .

9 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Claude Monet - Impression , Soleil Levant ( 1872 ) .

Claude Monet - Impression , Soleil Levant ( 1872 ) .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

 

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

       

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Soleil Levant

 

 

 

 

 

" O moi qui veut croître ,
  Je regarde au-dehors ,
  Et c'est en moi que l'arbre croît
.
"

Rainer Maria Rilke  

( Poème d'août 1914 , traduit par Maurice Blanchot ) .

 

 

 

 

 

 

     

 

 

     10 " ... Tu sais , lui avoua-t-elle un soir , celle dont tu m'avais parlé , la jeune fille de ton rêve , et bien , je l'ai peut-être rencontrée ...
- Où est-elle passée ? , lui avait-il répliqué avec rage , se mettant ensuite à sangloter tandis que de petites griffures de pluie dégoulinaient du visage de l'ange au masque noir , en face de lui , qui feignit alors de ne pas comprendre celui

qui , l'ayant appelée au plus profond de son être , se montrait sans doute encore plus effarouché qu'elle par l'irruption soudaine de cette fée aux mains diaphanes ...

            Fini de jouer ! , pensa la Reine Noire , bredouillant , elle aussi , quelques mots incompréhensibles , bien vite recouverts par un fracas de chevaux et de rires d'enfants qui passaient sur la route avec d'autres convives . Ne préparait-on pas une noce ? Etaient-ce des fiançailles ? 
- " Le temps que j'aille voir , la belle aura disparu au coeur de la fête ! , finit-il par se plaindre .           

           Mais en l'apercevant au loin , ce fut comme si un nouveau souffle spirituel avait pénétré son âme d'une force rayonnante : impression fugitive , car , depuis ce monde où il lui semblait parvenir , des scènes cruciales défilaient en lui par enchantement , tel un faisceau de lumière éclairant les épaisses frondaisons d'une obscure forêt .
          C'est alors qu'il crut la revoir en songe dans le même sous-bois par un beau clair de lune . Et , face à la nuit d'encre , la demoiselle dont la chevelure ondoyait , masquant sa mine radieuse , porta son regard d'azur vers le firmament constellé d'étoiles , tandis que
 ​​​​, ayant longtemps caché l'astre nocturne , s'y évaporait un gros nuage à la mine farouche et grandiose , et que les affres d'une mortifiante question , poussières de feuilles mortes balayées par le vent cruel , après cette nuit de sommeil agité , soudain réapparurent lorsque le visionnaire vint frapper à sa porte au lendemain de l'enlèvement de celle dont il n'avait , jusqu'ici osé parler à personne sans tourner la tête , l'air gêné , la pureté lumineuse de son âme jumelle , croyait-

il , cachant l'apparence de son double maintenant disparu derrière un  miroir à deux faces !   
          Qui la lui rendrait maintenant , se demanda-t-il ? Où était-elle ? Sinon , pensait-il à son ombre solennelle retombant toujours lourdement sur le lac ou sur lui , prisonniers d'une peine si ancienne , les effleurant comme cette branche morte où des libellules translucides glissaient sur des nénuphars blancs au coeur d'or ?
Et comment n'aurait-il pas pleuré à chaudes

larmes , croyant avoir à jamais perdu la trace de son amie chérie ?
         Plus il avançait dans cette illusoire marche au pays des songes , plus les souvenirs se pressaient dans son cerveau en feu , consumé par la rage d'une flamme impitoyable ! Alors , 

l'univers , transfiguré par la toute puissance de l'invisible Esprit , semblait peu à peu céder à sa lassitude , et l'empreindre à nouveau d'un ineffable sentiment d'amour et de paix . Le jour était revenu , avec un ciel serein , d'un bleu indescriptible , où la sourde colère de tout à l'heure , exprimant le poids de l'injustice , avait fui . 

        Il éprouvait l'extraordinaire impression d'un paysage immobile , figé par la chaleur , tel un canevas de tapisserie aux vieilles couleurs fanées d'autrefois . Par quel miracle était-il aujourd'hui de retour , dans ce décor à jamais disparu ?
        La sueur , inondant tout son corps , l'avait purifié des scories de sa douleur née le long du chemin , lorsqu'il avait cru se perdre à l'infini des landes , plus loin que la ligne d'horizon , celle-ci dominant le sombre massif où la torpeur méridienne écrasait toutes choses .
Plus loin , dans son délire , il lui avait semblé percevoir encore des voix de

moniales , pénétrées de cette joie insondable qui les unissait au Créateur , dans cette fusion cristalline où vibrent les choeurs angéliques , voies supérieures de l'éveil et de l'illumination . Transportés vers les hauteurs , ces chants célestes se fondirent dans une harmonie toujours plus grande . Sa petite chambre , plongée dans la pénombre ,  île noire sur l'océan de verdure aux multiples résonnances , fut illuminée de lumières multicolores striant le ciel , magnifiques feux d'artifice dans la splendeur indicible du soleil levant . 
        Le veilleur avait fini par s'y rendormir sur sa peine avant de partir en trombe de chez lui , se redressant tout à coup . Mais il était déjà trop tard .
         Le quartier tout entier se réveillait de sa somnolence , et , par la fenêtre , il ne vit plus rien qu'une fugitive créature s'échappant d'un

immeuble délabré ...
Rien , désormais , ne descendrait plus des entrailles du ciel , pas même un cri , pas même un murmure !

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

 

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations VIII - Soleil Levant - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .

                               ___

 

* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .

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