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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Prologue - Marina Stern - III - Damnation .

18 Décembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

Faust et Marguerite dans le Jardin ( 1846 ) par Ary Scheffer .

Faust et Marguerite dans le Jardin ( 1846 ) par Ary Scheffer .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Jean Racine

   et James Joyce

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

Marina Stern

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III - Damnation

 

 

 

 " Dieu s'épuise à travers l'épaisseur infinie du temps et de l'espèce , pour atteindre l'âme et la séduire . Alors , Dieu en fait la conquête . Et , quand elle est devenue une chose entièrement à Lui , Il l'abandonne . Il la laisse complètement seule . Et elle doit à sont tour , mais à tâtons , traverser l'épaisseur infinie du temps et de l'espace , à la recherche de Celui qu'elle aime . C'est ainsi que l'âme refait en sens inverse le voyage qu'a fait Dieu vers elle . Et cela , c'est la Croix  ... " 

 

Simone Weil - " La Pesanteur et la Grâce "

( 1943 )

 

 

 

 

 

 

 

     3Cependant , la fatigue faisant son oeuvre , il ne tarda pas , au bout du compte , à goûter la paix fragile d'un sommeil réparateur où quelques images vivantes d'elle , comme un mirage de bonheur au milieu des flots ténébreux de sa vie

sentimentale , s'étaient mélangées dans sa conscience troublée . Son visage à la beauté farouche lui avait tout de suite plu . Quel coup de foudre , se rappela-t-il , pensant à son sourire de Madone ou de poupée russe pendant cette nuit froide et neigeuse d'hiver où , tout juste échappée d’Allemagne de l’Est avec sa petite valise usée , seule richesse qu’elle avait sans doute pu emporter dans sa fuite à travers les frontières , la fugitive avait débarqué dans ce lieu grouillant de vie , chaos protecteur , mais aussi , pour elle , intimidant ! Des perles de rosée gouttaient de ses joues de cire , emportant peut-être avec elles toute la peur et la fatigue de ces derniers jours .
         Gwennole se réveilla frissonnant , la tête en feu . A travers les fenêtres , des lueurs rougeâtres de guirlandes festives baignaient la chambre . Regardant tout autour , il aperçut quelque chose au pied du sapin . C'était une enveloppe toute grise comme la mer du Nord , laissant voir une petite feuille blanche , griffonnée de quelques lettres , qui en dépassait . 
         Il parvint à la saisir avec effort , mais son horrible angoisse de la veille réapparut , car il crut voir à travers elle comme une tache de

sang ! Quelle heure était-il ? Pas de pendule au

mur . Et sa montre ? Il ouvrit les yeux peu à peu , n'ayant aucun souvenir , en vérité , de ce qui avait pu se passer . C'était tout blanc , comme un

linceul de neige , autour de lui qui se sentait si lourd , faible à la fois , frissonnant de fièvre au milieu de ce désert solitaire où de violents coups de marteau lui heurtaient la tête !

        D'ailleurs , comment lui prouver maintenant , sinon par quelques mots dérisoires , la pureté de ce qui n'avait pu exister que dans les limbes rougeoyantes d'un rêve déjà presque oublié  ? , songea-t-il quand il se mit encore à relire , la larme à l'oeil , ce triste constat de quelques lignes :
" ... Pardonnez-moi si j'étais un peu mélancolique , hier soir , ne m'en veuillez pas d'avoir fait " semblant  "... J'aurais préféré me serrer contre vous pour apaiser ce mal douloureux qui ronge mon âme ... Mille bénédictions , mon ami ! Vous m'avez offert une coupe de champagne quand tout semblait perdu . Je dois repartir , mais sachez que je n'oublierai jamais votre gentillesse . Prenez ceci , il porte chance dans mon pays ."

Perdue et désespérée , elle l'avait aperçu accoudé à son véhicule , fumant paisiblement une cigarette , et se précipitant vers lui en balbutiant quelques mots de mauvais français , cherchant simplement un endroit pour passer la nuit , comme , au milieu d'une tempête , un malheureux esquif cherche la lueur d'un phare , se dit-il . Certes , sa maison semblait bien modeste , mais elle était chaude , et il n’y avait pas grand monde pour y prêter attention . Lui préparant un repas simple composé d'une soupe de poisson , d'un morceau de " Far " provenant de chez lui , à Plougorn , dans le Finistère , il l'avait ensuite installée sur un lit de fortune , dans le petit salon , celle-ci lui murmurant un " merci " presque inaudible avant de sombrer dans un sommeil profond !

4 - Mais au matin , quand il découvrit soudain l'objet glissé au fond de l'enveloppe , il poussa un cri affreux , restant un long moment à observer ce qui ne devait être , pourtant , qu'une simple imitation , brillante et polie comme un morceau de verre dans sa main rugueuse ! Qui était cette Clara , en vérité ? Où était-elle partie ? Pourquoi un pauvre pêcheur breton comme lui avait-il croisé son chemin ? Ces questions resteraient-elles pour lui sans réponse ?
     Imprévisible destinée , stupide " Roue de Fortune " ! , ragea-t-il en évoquant le nom de leur bateau . Car il croyait bien , au contraire ,  que tout ceci n'était fait que pour lui rappeler , à lui comme à ses maudits compagnons d'infortune , cette autre réalité bien plus sordide , la galère de leurs grenouillages !  
     Tout à coup , sous l'action de la pierre , le papier lui parut brûler d'une flamme inextinguible , pendant que des convulsions faisaient trembler sa carcasse ! Un bref instant , l'homme crut ressentir encore plus la présence de celle qui était venue jusque chez lui pour le défier de cette curieuse arme minérale en forme de croix . 

     Mais rien n 'est jamais laissé au hasard ! , pensa-t-il pour tenter de se rassurer . Car , sans renoncer à quelque chose , on n'obtient pas la perfection du détail , qui ne modifie pas le résultat d'une aventure passée dans le clair-obscur , avec tous ses mystères ! Peut-être ne l'avait-il pas

bien reconnue , cette dame blanche qui lui faisait signe au milieu de la route enneigée , et c'est pour ça qu'elle voulait tous , maintenant , les entraîner vers le cachot , la mort ? Seulement , n'était-il pas trop tard pour plaider l'innocence ? Quoi d'autre attendre , au bout du tunnel , sinon , pour le coupable en fuite , cet autre chant d'ombre et de brouillard cyanuré , composé à la faveur de la nuit tragique d'une éternelle condamnation ?

             
             De temps à autre , cependant , cette histoire bien plus sombre remontait à la surface .
Quelque mystérieuse créature angélique , surgie des recoins les plus secrets de votre âme , venait d'accomplir devant vous sa danse macabre , vous rappelant de manière impitoyable une funeste allégeance au Seigneur de ce Monde !

            Une voix perçante , après des pleurs étouffés , s'élevait parfois derrière la porte grinçant sur ses gonds , tandis qu'un frisson d'épouvante , dans le corridor grinçant des réflexions , le glaçait d'effroi . Il comprenait qu'il lui faudrait ainsi expier le mal qu'il avait fait sur la Terre ...
            Alentour , pendant que des ténèbres effrayantes couvraient son âme déchue , la lumière diminuait . Puis il sentit la fièvre l'envahir , des gouttes de sueur dégoulinaient de son front .
Comment , se dit-il , éviter le terrible châtiment devant s'abattre sur cette ridicule créature ayant osé défier la Loi Divine ? Il voulut se lever , fuir à toutes jambes ...
             Mais ses blessures lui rappelèrent qu'il n'était plus qu'une plaie vivante , pendant que ses traits s'obscurcissaient de plus en plus , affichant ce délire de  persécution qui l'avait saisi tout entier de son emprise effroyable !
             Terreur noire !
             Il crut avoir affaire , en voyant son ombre sur le miroir , à une bête monstrueuse aux yeux clairs de serpent !
Ne s'était-elle pas sournoisement glissée dans sa chambre , ne désirait-elle pas ardemment l'étrangler de ses mains griffues ?
             L'étrange menace fut conclue d'un rire sardonique résonnant dans ses oreilles :
Quelques heures , peut-être , et nous serons ensemble ! , ricanait le sauvage Belzébuth .
             Dans sa poitrine , son coeur , hurlant de rage comme celui d'un loup , se mettait à battre plus violemment , les spectres de la nuit pourchassant leur proie sans relâche avant de l'offrir aux Dieux !
             

 

 

 

 

FIN du Prologue

 

 

 

 

                                                  ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - PrologueMarina Stern II - L'Ange - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " LE JASPE DU CERCLE D'OR  " , copyright 2024 . 

 

                                     ___

 

 

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