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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Prologue - Marina Stern - II - L'Ange .

17 Décembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

L'Ange ( Francesca Serra )

L'Ange ( Francesca Serra )

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LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Jean Racine

   et James Joyce

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

Marina Stern

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - L'Ange

 

 

 

 " Une âme qui en fait une autre , un corps qui nourrit un autre corps en lui de sa substance ... " 

Paul Claudel ( 1868 - 1955 ) - " Le Soulier de Satin "

( 1929 ) , Troisième Journée , Scène I .

 

 

 

 

 

 

 

     2 - Ce qu'elle lui parut belle , alors , quand elle rajusta ses petites lunettes rondes , d'allure sportive sous son grand manteau gris barré d'une écharpe noire , frimousse d'ange au joli sourire dont les cheveux dénoués tombaient maintenant comme l'onde capricieuse d'une rivière sur son corsage fleuri . Pour le remercier encore , la jeune femme songeant peut-être à sa vie chaotique d'hier comme au désert de sa prochaine retraite , s'inclina vers celui qui l'avait étrangement conduite en ce lieu si éloigné de sa vie habituelle .

- Vous êtes ici chez vous , mademoiselle !

- Je ne resterai pas longtemps , monsieur ! , lui répondit-elle sur un ton de politesse assez mécanique et le plus froidement possible , malgré son étonnement devant la présence d'autant de livres tout autour , chez quelqu'un qu'elle croyait si fruste , pour empêcher cette force irréfrénable qui , en apparence , par un ardent magnétisme , le poussait irrésistiblement vers elle .  

          Lui , pourtant , qu'on surnommait

" l'Intello " , s'efforçait ni de trop la regarder , ni de lui faire sentir cette soudaine fièvre qui , brusquement furieuse et bouillonnante , s'était emparée de tout son être ! Mais elle , c'était visible , ne ressentait pas grand chose , figée comme une statue

romaine , immobile , semblant indifférente ou étrangère à son désarroi !

- Je m'appelle Marina !  

          Elle venait , lui expliqua-t-elle , de fuir un concert , peu avant son départ , se demandant si ce n'était pas , en fait , le dernier , car ayant vu , dans sa jeunesse , le " maestro " , visiblement transfiguré par l'attirance qu'il croyait ressentir pour son élève , diriger pour elle " Après un Rêve " de Fauré , elle avait éprouvé envers lui un tel sentiment de rejet , qu'elle avait désiré , à sa place , mais d'une manière différente , murmurer tendrement à l'oreille de la soliste cette compréhension spontanée qui , à son tour , la liait à elle !  ()

        Alors , blessure au coeur , combien de temps lui aurait-il fallu attendre , fasciné , l'éclat de ce regard frappant déjà de la couleur de ses yeux verts les eaux sombres du sien ?

        Pouvait-on vraiment , lorsqu'on était si différents , devenir un seul être communiant à l'indicible , s'inquiéta-t-il , et suivre ces petites taches blanches , là-bas , couple de cygnes qu'elle avait vu peut-être , comme lui , s'élancer dans le ciel au-dessus de l'étang glacé , dans le refuge éphémère d'une barque où , par miracle , elle retrouverait peut-être un jour , lors d'une promenade , celle qui avait enflammé sa solitude ? 

        Noyé dans la douceur d'une telle aube vespérale , songea-t-il par la  suite , quelque chose en nous brûle parfois d'un immense désir de

l'Eternel : Celui qui peu à peu s'approche devient un soleil immense où rayonne une figure ayant parfois la force d'un homme , parfois la douceur d'une femme , être double , andro-

gyne , changeant de manière imperceptible comme la surface d'un lac gelé que , loin de la rigueur de l'hiver , mille couleurs de joie printanière , lors d'une heure de gloire, font revivre ! Mais n'est-ce pas Lui , également , qui S'offre aux pauvres mortels dans cette divine princesse dont la pâleur vous brûle d'une flamme salvatrice à travers le cristal de l'onde ?

- N'êtes-vous pas  l'Ange de la crèche ? , balbutia-t-il par devers elle , tout en sueur , à demi hébétée par la fièvre ... 

- " Que c'est étrange de vous voir ici ! , lui répondit-elle de son côté , au bout d'un instant de gène ... Mais , sortant péniblement de sa torpeur , la jolie fille avait le dessein caché , en bredouillant un discours de circonstance , de vouloir masquer son émotion .

- Ce matin , j'ai pris conscience de la vanité d'une étoile filante qui , avant d 'être engloutie par la mer , n'a laissé en fin de compte que la trace d'une ombre au milieu de la nuit ! Je crois que je n'ai plus envie de souffrir afin d'accéder à tout ce que voulait dire ce chef d'orchestre . A quoi ça servirait de le comprendre au-delà des noires et des croches qui se courtisent amoureusement ou bien , au contraire , des silences qui curieusement s'entrechoquentMoi aussiaprès tout , je veux bâtir un autre langage ! "

 

 

   

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

                                                  ___

 

 

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                                     ___

Notes :

 

" Après un Rêve  " - Levati sol que la luna è levata - op. 7 n°1 , de Gabriel Fauré ( 1845 - 1924 ) , publié en 1878 .

 

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