LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( Nouvel Espoir , Scénario d'Anton ) - X - Clarisse Kempf .
LE JASPE DU CERCLE D'OR
pour Stefan Zweig
- Deuxième Partie -
LE ROMANCIER
( " Nouvel Espoir " , Scénario d'Anton )
" Qui êtes-vous ? que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas . Et pourtant , il me semble que je vous connais . "
ALAIN-FOURNIER ( 1886 - 1914 ) " Le Grand Meaulnes " ,
I , 15 .
X - Clarisse Kempf
" J 'ai dormi , j 'ai dormi ,
Je me suis réveillé d 'un rêve profond ... "
Nietzsche - " Ainsi parlait Zarathoustra " *
13 - " Pourquoi donc était-il resté dans ce
" foutu " magasin qui , pour lui , ressemblait de plus en plus à la salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare ? Son histoire avait commencé dans une petite ville bretonne où , jeune passionné de littérature , il avait rêvé de découvrir le monde et la vie parisienne avant de devenir écrivain . Mais la vie de famille est souvent trop compliquée , ses parents , petits bourgeois de province à l'esprit trop étroit , ne partageaient ni ses ambitions , ni sa passion pour les livres qu'ils jugeaient inutiles . C'est ainsi qu'après une dernière dispute , il avait , en refusant une carrière administrative ennuyeuse déjà préparée par son
père , maire de la ville , résolu de quitter sa Bretagne natale pour Paris , bien décidé à se débrouiller seul . Une fois dans la capitale , il s'était inscrit à la fac tout en cherchant , bien
sûr , un moyen de financer ses études . Peu
après , du côté d'Haussmann , il avait trouvé un emploi de vendeur à temps partiel dans un grand magasin , lieu qui l'éblouissait autant qu'il l’effrayait avec ses lumières , ses allées interminables et ses clients pressés . Chaque jour , il jonglait entre les rayons et les caisses , tout en essayant de trouver un équilibre entre travail et cours . C'est alors qu'un après-midi , remplaçant un collègue au rayon des instruments et livres musicaux , le jeune homme avait croisé le regard d'Odile , une étudiante alsacienne qui , comme lui , rêvait de pouvoir , après un stage de piano à Berlin , parfaire ses connaissances tout en écrivant une thèse sur la vie de certains compositeurs germaniques dans la capitale française . Mais elle était venue là , lui avait-elle aussi confié , pour fuir sa propre réalité familiale qu'elle jugeait également décevante . Ils avaient alors longtemps discuté , d'ailleurs , dans un " pub " du boulevard de l'Opéra , parlant avec enthousiasme d’auteurs de province , de René Schikele , d'Anny Wienbruch ou d'Adrienne Thomas , de Youenn
Drezen , Jakez Riou et de Xavier Grall , d’idéaux en commun , bref , de tout ce que la ville jacobine pourrait leur offrir afin d'exaucer ce même désir d'inventer , en Europe , cette nouvelle patrie fédérale dont ils rêvaient tant ! Leur complicité fut immédiate . Ils passèrent de plus en plus de temps ensemble , se donnant rendez-vous dans des cafés pour lire , écrire et refaire le monde . Peu à peu , leur amitié amoureuse laissa même place à une passion violente , et ils emménagèrent ensemble dans cette petite chambre de bonne où Anton vivait toujours . ( 11 )
Pendant six mois , leur vie parut un tourbillon de concerts , de belles-lettres et de
visites partagés , les deux amants passant leurs nuits à se lire des poèmes , déchiffrer des partitions , croire à un avenir imaginaire , mais aussi à se disputer , car leur amour était aussi tumultueux que parfois , le flot de circulation sous leur fenêtre , et leurs ambitions plus grandes ,
même , que la tour Eiffel ! Un jour , après une dispute plus violente que les autres , Anton , rentrant dans leur chambre , découvrit qu'Odile était partie sans laisser de note ou d'explication , seulement un vide immense !
Cette absence l’ébranla . Pendant des mois , le fauve arpenta les lieux qu’ils fréquentaient ensemble , interrogeant leurs amis dans l'espoir de retrouver sa trace . Mais elle semblait s’être évanouie pour de bon dans le tumulte de Paris .
Peu à peu , il se résigna et comprit qu’elle l’avait quitté sans retour possible , ce chagrin finissant , tout de même , par se transformer en un moteur puissant pour son écriture et sa créativité . Dans chaque mot de chaque page , il avait mis un peu de cet amour perdu , de sa douleur et de ses déceptions . Puis un jour , bien des années plus
tard , grâce à un collègue de l'université , un éditeur accepta de publier son histoire d’amour impossible avec une jeune étudiante alsacienne dans les lumières incertaines du Paris d 'hier :
" Nouvel Espoir "!
14 - Anton s'était senti vieillir d'un seul coup , dans une vie soudain redevenue morne . Il
espérait , sans y croire vraiment , qu'un jour l'inspiration reviendrait , peut-être avec le départ de la fugitive , mais il était aussi victime
d'insomnies , repensant à l'autre fille , Laura , cette américaine qu'il avait jadis connue , pour tenter de calmer sa douleur actuelle . De retour dans sa routine quotidienne , il avait découvert que celle-ci semblait avoir " disparu " des réseaux sociaux , notamment de cet ermitage en Californie , Santa-Rosa , où on la voyait , sur l'écran , s'occuper à soigner les bêtes , mais aussi danser au milieu d'une ribambelle joyeuse ! Elle qui y avait sans doute passée les dernières années de sa vie et qui , autrefois , partageait ses instants de fou-rire et de larmes de façon compulsive , semblait s'être effacée d'un coup , comme si elle avait décidé de mourir socialement . Lui , pris de curiosité , tentait de retrouver ses traces , mais c'était comme si elle n'avait jamais existé !
15 - Ce matin-là , il se rendit à son travail après avoir traîné le long du boulevard de l'Opéra avec ce besoin d'être ballotté par la foule tout en s'abandonnant à quelque sentiment de flânerie intérieure , de laisser refluer de son corps ce flot de mille hallucinations oppressives qui le hantaient pendant son sommeil , macérant au plus profond de ses entrailles , mêlées d'une colère sourde ,
qui , à la longue , s'était transformée en désir de vengeance impitoyable ! A peine arrivé au bureau , il en vit partir , lui dit le directeur , une stagiaire , une certaine Clarisse Kempf dont il devrait , peut-être , assurer de temps à autre la
formation . Cela arrivait , surtout pendant les vacances , lorsque la clientèle étrangère affluait à la recherche des dernières pacotilles à bas prix de la mode parisienne . Mais , cette fois-ci , il fut complètement abasourdi , croyant brusquement la revoir , au-dessus des eaux sombres , traverser avec lui le Pont des Arts , vêtue d'une robe blanche , d'un manteau noir , couleurs de la Bretagne , avec une écharpe toute rouge de l'espérance farouche d'un printemps renaissant sur sa gorge !
Pris d'un frisson de fièvre et sentant son coeur battre violemment dans sa poitrine , il s'était élancé sans réfléchir , tentant de la suivre , cherchant un signe d'elle , une parole , mais elle avait déjà disparu dans la foule . Dans sa tête , qui ressemblait à un volcan , d'innombrables pensées se précipitèrent , pleines de force et de vitesse , ravivées par cette nouvelle rencontre . Son coeur avait tressailli , frémissant comme la terre lorsqu'elle s'enflamme , ravivant en lui l'envie de puiser dans son passé pour essayer d'en recoller les morceaux , tel un " puzzle " de ses amours fantomatiques dont il avait , à cause de sa timidité maladive , laissé filer les pièces . Car elle aussi l’avait marqué , mais d’une manière différente , plus douce , plus tendre , et maintenant , c'était son sosie qui , soudain , surgissait devant lui ! Et plus le souvenir d'Odile s'intensifierait grâce à la présence de Clarisse , plus le visage masqué de Laura s’effa-
cerait , sans doute , plus il serait tenté de poursuivre , pris dans un étrange triangle entre passé et présent , ce scénario qu'il avait déjà commencé d'écrire , la suite , enfin , du premier volume , qui , peu à peu , le délivrerait du brouillard où il avait , jusqu'ici , confondu la réalité avec l'imaginaire ! "
( Fin du Scénario d 'Anton )
FIN DE LA DEUXIEME PARTIE
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DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Deuxième Partie - Le Romancier ( " Nouvel
Espoir " , Scénario d 'Anton ) - X - Clarisse Kempf - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright 2024 .
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Notes :
11 - René Schikele ( 1883 - 1940 ) essayiste , romancier , poète alsacien de langue allemande , membre de l'académie de Berlin - Anny Wienbruch ( 1899 , Metz - 1976 ) , femme de lettres mosellane de langue allemande de même que Adrienne Thomas ( Hertha Strauch , 1897 , Saint-Avold - 1980 ) , autrice de " Catherine Soldat " ( Die Katrin wird Soldat ,1930 ) - Youenn Drezen ( 1899 - 1972 ) , journaliste , auteur breton de " Itron Varia Garmez " ( Notre-Dame des Carmes , 1941 ) , ami de Jakez Riou ( 1899 - 1937 ) , auteur breton de
" Geotenn ar Werc'hez " ( L'Herbe de la Vierge , 1928 ) et Xavier Grall ( 1930 - 1981) , poète , écrivain , journaliste breton .
* Friedrich Nietzsche ( 1844 - 1900 ) - Ainsi Parlait Zarathoustra ( Also Sprach Zarathustra , 1883 / 1885 ) , IV , 19 , XII - Le Chant d 'Ivresse .
" O Mensch ! Gib Acht ! " ( 4ème Mouvement de la 3ème Symphonie de Mahler , 1893 ) .
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