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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVII - La Tombe .

20 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Troisième Partie - L'Enquête - XVII - La Tombe .
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LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Troisième Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Enquête

 

 

 

" Ihr seht euch nicht wieder ,
  der Tag ist vorüber , es dämmert die Nacht
" . 
( Vous ne vous reverrez plus ,
  Le jour s'en est allé , voici la nuit qui tombe " . )
Christian Friedrich Hebbel ( 1813 - 1863 ) - " Sie Sehn Nicht Wieder "

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

XVII - La Tombe

 

 

 

 

 

 

 

"  Que mon cercueil soit noir ,

   Six anges venant derrière ,

   Deux pour chanter , et deux pour prier ,

   Et deux pour emporter mon âme ... "

James Joyce - Chanson de Brigitte -

" Portrait de l'Artiste en Jeune Homme " , I .

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 - Ils s’introduisirent dans le château par une entrée latérale, guidés par les maigres plans trouvés au dos de la lettre par l'écrivain . L’air était humide , chargé de l’odeur de pierre froide et d’abandon . Dans les couloirs , des bruits furtifs trahissaient la présence d’animaux ... ou de quelque chose de plus sinistre . Une fois franchie la lourde porte bardée de fers et de clous , les visiteurs pénétrèrent dans un long corridor dont les murailles , poissant d'humidité , s'éclairaient de dizaines de torches tenues comme autant de  glaives par d'imposants chevaliers teutoniques stylisés dont chaque heaume était surmonté d'une tête de

mort ! Puis , montant les marches d'un pas lent , tous deux parvinrent à une petite cellule de moine qu'avait sans doute jadis occupé le prisonnier d'un champ de bataille recueilli dans la solitude extrême de ce véritable monastère , celui-ci , sans doute , ayant dû passer sa première nuit d'épouvante à l'intérieur de cette pièce nue , ornée seulement d'un bahut de chêne , d'un lit de fer et d'une paillasse , avec , sur les parois , d'antiques tentures médiévales contant la célèbre " Quête du Graal " ! Mais dans cette salle voûtée , cachés derrière une pierre du mur qu'ils avaient longuement palpé , ils finirent par trouver quelques documents , des photos floues d'Odile / Ilse , visiblement prise au piège ainsi que des registres évoquant des " transferts " humains . L’espoir d’un côté , l’horreur de

l’autre !

        Pour seule ouverture , une étroite lucarne , donnant sur la cour intérieure , permettait au nouvel hôte d'entrevoir l'enceinte crénelée de la courtine opposée surplombant l'étendue morne d'un cimetière endormi .

- Elle était là ! , murmura Anton en serrant l'un des papiers .

Certes , le mystère restait entier , le château ne livrant pas tous ses secrets , mais une chose était sûre , il ne reculerait devant rien pour découvrir la vérité . Était-elle morte ici , prisonnière  ? Ou bien avait-elle trouvé un moyen de s’échapper ?
Et si elle était vivante ? , se prit-il à croire

encore .
Une inscription glaçante , gravée au couteau attira soudain sa curiosité : " IS. 1989 . Espérer toujours ! " .
Le message , pour lui , était un choc , une lueur dans l’obscure nuit du cachot !

 

 

30 - Le cœur de son ami se serra .

- Et si Odile était toujours en vie , malgré

tout  ? , renchérit Gwennole .
- Elle pourrait bien être aussi ... là-bas ? , gémit l'autre , hochant la tête .

Sans attendre , les deux amis prirent , inquiets , la route du champ des morts , tout en bas du château émergeant des brumes , qui se dressait au sommet d'une roche de cauchemar autant que de mystère , avec ses murailles sinistres de forteresse vide et désolée comme un coeur d'artiste , et ses tours sombres balayées par le vent ! Tentant de rassembler les morceaux épars de cet énigmatique puzzle , Anton , une fois de plus , refit le film de sa peu glorieuse existence , commençant par se revoir seul dans sa chambre d'enfant , terrifié par d'envahissantes ténèbres , pensant , lui aussi , à la mort . N'avait-il pas franchi la frontière sans retour ?  Malgré d'inévitables zones d'ombre , il s'était sans doute , comme bien d'autres , bercé d'illusions . 
Pouvait-il être sûr , néanmoins , du scénario qu'on s'efforçait maintenant de lui vendre , et des images toutes faites qu'on avait imprimées dans son cerveau en feu ? Il prit soudain conscience de sa misérable enveloppe charnelle , guettant cette petite lueur , au loin , qui l'invitait vers d'autres horizons ...
       Pour sa défense , n'avait-il pas été victime d'un complot machiavélique ourdi par quelque société secrète au temps du communisme ?
       Non loin de là , il y avait une grille rouillée , celle d'un petit cimetière en surplomb posé , tel un enclos ténébreux sur la campagne au pied de la falaise vertigineuse . Alors , pourquoi , se demanda-t-il , cette impression pénible de revivre toujours des heures tragiques ?
Ma mère est morte il y a longtemps ! ", lançait-il avec rage vers l'infini , ne pouvant s'empêcher de maudire sa destinée ! Là , au milieu de pelouses parsemées de fleurs bleues et de myosotis , l'homme , escorté de Gwennole , son garde du corps , longeait l'allée principale bordée de 
cyprès et de chrysanthèmes blanches puis , s'installant sur un banc , se recueillit une heure devant la tombe surmontée d'une grande croix teutonne en pierre , dévorée par une mousse verdâtre et rongée par l'humidité , sur laquelle on pouvait lire à peine un nom presqu'effacé suivi d'une série de chiffres laconiques résumant à leur manière la distance illusoire entre l'être et le néant :

Ilse Stern-Grüber ( 1953 - 1989 )

          " Une vie en temps de paix ! " , songea-t-il avec effroi juste avant de s'écrouler , de pleurer comme une madeleine , puis , peu à peu , finissant par s'imprégner de la monotonie du lieu sous les tendres caresses vespérales de son fantôme au souffle de zéphyr , devant toutes ces rangées bien alignées d'histoires devenues vaines comme une toile pâlie de guerres inutiles , d'amours

défuntes ...

          Sans cesse , revoyait-il cette maudite nuit d'octobre où , tirant nerveusement , l'oeil embué , sur sa cigarette , elle avait soudain débarqué de Berlin telle une fille perdue clamant partout qu'elle avait mis trop de temps à voir clair dans sa triste existence !

Mais pour lui , désormais , n'était-il pas trop

tard ? Tandis que le crépuscule tombait , les deux hommes quittèrent Kriebstein avec une nouvelle mission : retrouver sa fille pour en savoir plus et découvrir où elle avait pu être emmenée . Pour Anton , il ne s’agissait plus seulement d’un mystère , mais d’une quête : ramener Martina , vivante ou morte, et mettre fin à ce réseau maudit.
Le " Tiergarten " les attendait à nouveau , autre étape d'un voyage nocturne où l’espoir et le danger ne faisaient que commencer !


 

 

( A Suivre )

                                ___

 

 

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