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LE MIRACLE DE BROCELIANDE - XIII - Malédiction .

8 Janvier 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE MIRACLE DE BROCELIANDE

" La Conscience " ( 1877 ) , illustration pour Victor Hugo , fusain sur papier de François Chifflart ( 1825 - 1901 ) , peintre , dessinateur et graveur français .

" La Conscience " ( 1877 ) , illustration pour Victor Hugo , fusain sur papier de François Chifflart ( 1825 - 1901 ) , peintre , dessinateur et graveur français .

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LE MIRACLE DE BROCELIANDE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Maripol et pour l'abbé Gillard ,

pour Jean Markale et pour Lewis Carroll ...

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XIII - Malédiction

 

 

 

 

 

 

 

 

" Songe aux cris des vainqueurs , songe aux cris des mourants ... "

Jean Racine - Andromaque ,  III ,  8 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

  

 

 

       

 

        

     

 

 

 

     23 - Tu sais , j'ai l'impression d'être allé dans un autre monde ... Mon Dieu , c'est ce qu'ils voulaient , n'est-ce pas ? Juste se servir de nous pour voler le code ! , s'était-il écrié bouleversé , me serrant dans ses bras .

- Qui a dit déjà que " tout homme est deux

hommes , mais que le véritable , c'est l'autre ? " , lui répondis-je alors d'un demi-sourire ! ( 26 )

              Qu'est-ce qui avait justifié la réouverture du dossier ? Car la seule victoire que j'avais remportée dans cette affaire , c'était précisément d'être encore en vie . Si j'avais eu le malheur de dire un seul mot de toute cette histoire à la presse , j'aurais connu sans doute , comme la

pauvre noyée , une fin très rapide !

 - Pourquoi suis-je venu ici ? Rien n'arrive sans raison , me dit-il . Je suis pourtant lié à notre

terrej'ai son sang dans mes veines comme toi , même l'ayant quittée depuis si longtemps !

              Le scénario était connu . Après quelques années d'un mariage  assez terne , il avait fini par céder aux démons de l'adultère , sans doute afin de se rassurer sur son propre pouvoir de séduction . Mais c'était autour de la victime d'un banal accident de mer , que s'était noué le drame .

- Ne doit-on pas d'abord lever l'ancre , se consolait-il , pour ouvrir la route aux navires abandonnés ?Mon ancienne épouse n'ignorait pas , me connaissant bien , que la probabilité pour notre couple de poursuivre paisiblement le cours de son existence incolore était faible ... 

              Playboy sans scrupules , ressemblant peut-être un peu trop à son image de marque , il avait taché , rentré d'exil au pays depuis peu , de tout faire pour être à la page . Mais maintenant , n'avait-il pas d'arrière-pensées , l'heureux élu ? Car c'est toujours le profit qui met l'héritage en péril ... Et comme on l'avait chargé de remonter le " patrimoine " à la surface ... Leur ai-je vendu

mon âme ? , se mit-il à craindre .... D'abord , quelques images vivantes se mêlèrent à sa conscience troublée . Un naufrage ... Il ouvrit les yeux , n'ayant aucun souvenir , en vérité , de ce qui avait pu se passer .
- C'était tout blanc d'écume , comme un linceul , autour de moi . Une chambre d'hôpital ? , se demanda-t-il .
Comme je me sentais lourd , faible à la fois , frissonnant de fièvre ... Des coups de marteau me heurtèrent la tête ! Un rocher , sans doute ? Et puis soudain , les faits me revinrent , cet absurde accident sur une mer houleuse ! 
Une voix d'adolescente qui s'était levée brusquement après des cris étouffés , m'appelant au secours , troublant mes réflexions , tandis qu'un frisson d'épouvante me glaçait d'effroi !

              Solen , version plus sombre d'Alice qui faisait partie de leur bande , était venu en amoureuse le voir en cachette sur le bastingage , lui avouant les secrets de son coeur , se montrant bien plus lucide que sa jumelle dont , malgré sa jeunesse , elle était farouchement jalouse , avec ce mal qui la rongeait , se justifiait-elle , traduisant l'échec d'une société à l'image de cette capitale de béton devenue piteux Eldorado du capitalisme industriel cancérisé par les nouvelles solitudes méfiantes , les embouteillages que nous connaissons , la drogue , la paupérisation galopante , l'errance des peuples , l'alcool , bref ... Elle était membre d'un réseau terroriste , rencontré dans la capitale allemande où elle avait fait ses études , qui lui avait confié cette mission tellement délicate ... Quant à lui , il dut considérer l'illusion d'un autre bonheur possible au milieu des flots ténébreux de sa propre vie sentimentale et comprenant alors qu'ils devraient expier à deux le mal qu'il allait faire à l'autre ... 

              Alentour , pendant que des ténèbres effrayantes couvraient son âme déchue , il lui sembla que la lumière avait diminué . Puis il sentit la fièvre l'envahir , des gouttes de sueur perlaient sur son front .
              Comment , se dit-il , éviter le terrible châtiment devant s'abattre sur moi , ridicule créature ayant osé défier la Loi Divine ? Il voulut se lever , fuir à toutes jambes ...
              Mais ses blessures lui rappelèrent qu'il n'était plus qu'une plaie vivante aux multiples bandages , défigurée par de nombreux

tubes , cependant que ses traits s'obscurcissaient de plus en plus , affichant ce délire de persécution qui l'avait saisi tout entier de son emprise effroyable !
              Terreur noire !
              Il crut avoir affaire à une bête monstrueuse aux yeux clairs de serpent !
Ne s'était-elle pas déjà , lorsque cette fille était partie , sournoisement glissée dans la chambre à sa place , ne désirait-elle pas ardemment l'étrangler de ses mains griffues ?
              L'étrange menace fut conclue d'un rire sardonique résonnant dans ses oreilles :
Quelques heures , trois jours peut-être , et nous serions ensemble ? , ricanait la sauvage Lilith .
- Trois jours !... 
 Laorans , avant de sombrer , se souvint des étranges visions qu'il avait eues  , de ces images défilant à nouveau dans sa tête . En même temps qu'il réentendait les reproches de son grand amour endormi dans sa cabine et les ultimes paroles de sa victime lui répétant qu'il devrait se méfier de ce nouvel " Eldorado " , qui était un piège , il revit une dernière fois l'image de la jeune fille qu'une équipe avait recherchée en vain pour la sauver  !
              Dans sa poitrine , son coeur se mit à battre violemment .
Hurlant de rage comme des loups , les ombres de la nuit pourchassaient leur proie sans relâche avant de l'offrir aux Dieux !
              Cependant , la fatigue fit son oeuvre , il ne tarda pas à s'endormir . L'horrible regard s'effaça
peu à peu .
Au bout du compte , il finit par goûter la paix fragile d'un sommeil réparateur ...

 

      24 Sa femme , abandonnée et humiliée en profita pour raconter tout ce qu’elle savait . Bien qu’elle ignorât certains détails , la pauvre sema suffisamment de doutes pour éveiller l’intérêt de certaines autorités et curieux . Généreusement gratifié d'une part du trésor , il se fondit dans le paysage , d’abord à Buenos Aires , où il investit dans un petit bar fréquenté par des expatriés , puis plus au nord , dans cette région montagneuse des Andes proche de Cordoba .
Mais l’exil ne fut pas la libération qu’il avait espérée . La distance et l'argent ne suffirent pas à effacer ses souvenirs . Les rires d’Alice avant le tumulte de l'altercation , surtout , ce moment où il l’avait vue sombrer dans l’eau glaciale , revenaient comme des spectres dans ses rêves !

 

25 - Le ministre de la Guerre , un général d'origine germanique , avait fait , lors d'un

conseil restreint , la déclaration suivante :

La faute véritable serait de ne pas mettre en oeuvre l'obscure puissance qui gisait dans les gouffres de l'océan !

              C'était un homme curieux , mais plein de ressources , qui se croyant incontournable , tentait de se montrer vainement perspicace . Plus ou moins farfelue , sa dernière théorie fumeuse était l'invasion probable de l'hémisphère sud , mais lorsque la guerre l'embraserait tout entière , affirmait-il , cette arme secrète héritée du Grand Reich pourrait la tirer des griffes de l'ennemi !

- Que dites-vous de cela , mes amis ? , conclut-il un jour , en esquissant un tel projet de façon mensongère devant l'assemblée . Incroyable ? Mais pourtant  ?

Belle histoire ! , se dirent quelques membres de l'opposition , paraissant peu convaincus par la rumeur de ce qu'ils prirent pour une fable . Parlait-il vrai , après tout ? Car beaucoup , dans le peuple , s'interrogeaient sur ce tissu de mensonges , prétendant qu'il n'était qu'un traître , un voleur , un charlatan  , qu'il avait d'abord sans doute pensé , comme tout homme politique , ils en savaient quelque chose , à se servir lui-même avant d'aider vraiment les autres ! Fallait-il faire confiance à tous ces criminels de guerre et leurs complices

qui , après la guerre , avaient fui une Allemagne vaincue et dévastée pour une nouvelle vie dans la cordillère andine ou ici , au Rio de la Plata ? Qui était-il vraiment , cet Hermann Guth ? Un salaud ordinaire ou un simple exécutant du IIIe Reich ?

 

 

( A Suivre )

 

                                     

 

 

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Notes :

 

26 - Citation dans " L'Aleph " ( les Théologiens , 1947 ) , de Jose-Luis Borges ( 1899 - 1986 ) , écrivain argentin .

 

 

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