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Une Etoile Qui Tombe - Première Partie - L'Anneau Mystérieux - II - Une Pierre Enigmatique .

7 Juillet 2025 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Une Etoile Qui Tombe

L'Anneau des Etoiles

L'Anneau des Etoiles

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Une Etoile Qui Tombe
 

 

 

 

 

Première Partie

( L'Anneau Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

II - Une Pierre Enigmatique

 

 

 

 

 

 

" Il y a dans la Pierre un Signe énigmatique ,
  Gravé dans le profond de Son Sang flamboyant
... 
  Es ist dem Stein ein rätselhaftes Zeichen ,
  Tief eingegraben in Sein glühend Blut
... "

 

Novalis - " Heinrich Von Ofterdingen " - L'Escarboucle / der Karfunkel

 

 

 

 

 

 

2 - La jeune femme , de même que les stores métalliques de la bijouterie du passage Pommeraye , à Nantes , baissa tristement les yeux . C’était l’heure où la lumière dorée de l’après-midi caressait les vitrines désertées . Pourtant , depuis cet appel de tout à l'heure , où la voix sèche et compatissante d'un gendarme , à l'autre bout de l'appareil , lui avait annoncé que le corps d’Élise Kerjean , sa mère , avait été retrouvé en contrebas d'une falaise , elle n’avait plus de goût à rien , prostrée sur un siège à remuer de vieux souvenirs , n'ayant , en vérité , que peu connu cette ombre brillante , nymphe ou papillon , qui ,  une dernière fois , peut-être , s'était envolée au milieu d'un ballet de lucioles translucides , prodige d'une nuit d'encre tapissée d'immuables constellations , frétillement d'âme s'agitant dans le cours d'un fleuve sombre aux reflets argentés ? Mais était-ce une chute accidentelle , volontaire ? Personne ne le savait encore .

Elise , elle ne l'avait aperçue , parfois , que comme une étoile scintillant entre les nuages , faisant escale entre deux tournées , deux promesses non tenues ... Quelques jours plus tard , son père , Yann , lui avait dit qu'elle  était devenue " coach " d’une troupe de cabaret , comme pour danser encore à défaut d’être aimée , de l'autre côté de l'Atlantique , avant , subitement , de revenir mourir au pays , laissant derrière elle ce coup de fil et cette visite rapide , résonnant de quelques mots étranges :

Je dois te parler de la pierre , Izold . Il est temps ... 

Puis , plus rien . Jusqu’à cette chute .

Sa fille , entre ses mains , tenait un petit écrin de velours bleu nuit qui enfermait , peut-être , ce qui restait d’un petit morceau de roche diaphane , opalescente , comme irisée de l’intérieur , aux reflets qui semblaient bouger selon l’angle du regard . Sa mère lui avait fait ce cadeau quelques jours auparavant , lui précisant d'une voix tremblée : " Ne l’emporte jamais où il fait trop sombre . Il se nourrit de lumière et de mémoire . "

Elle le savait , la gemme originelle appartenait à la lignée maternelle . Une relique , un talisman ? Sa grand-mère , Noëlla , en avait fait son porte-bonheur , elle qui dansait jadis dans une troupe folklorique bretonne , pieds nus sur les scènes de bois , les yeux pleins de fierté . On disait qu'elle l’avait trouvée un soir de tempête , au pied des menhirs de Lagatjar . ( 3 )

Et maintenant , la danseuse était morte . Tombée . Jetée ? La police n’exclurait rien , c'était sûr , mais les mots étaient prudents . Pourtant , quelque chose d’intranquille , comme un ancien frisson , gargouillait dans le ventre d'Izold .

Son oncle Job Le Bihan , du côté maternel , avait déjà suggéré que sa soeur avait sans doute " perdu la raison " , ou qu’elle " sétait entichée une fois de trop dun yankee sans scrupule ".

À Boston , elle avait été vue en compagnie d’un certain " cow-boy " au passé trouble , mais réputé . S'agissait-il d'une rupture suivie d'une menace et d'une dispute violente ? Comment démêler les fantasmes de la vérité ?

Elle regarda encore une fois l’écrin . Quelqu’un aurait-il pu la tuer , se demanderait-on , pour lui voler son précieux trésor ou l’empêcher de parler ? N'avait-elle pas été tout simplement rattrapée par la solitude et la fatigue d'années de souffrance intime ? S'agissait-il d'une vengeance ?

Elle partirait le lendemain pour Crozon .

3 - L’odeur du cuir de la boîte à bijoux lui revint en mémoire . Le premier magasin de son père aussi , au 10 de la rue Crébillon , celle aux vitrines sobres , mais dont l'arrière-boutique , son " bureau " , affirmait-il , derrière une porte secrète , était , selon certains , le lieu d'un vrai commerce clandestin . Ses quelques amis reconnaissaient qu’il avait les mains en or , mais d'autres relations d'affaires , bien plus dures , prétendaient , au contraire , qu'il avait le coeur d'une montre suisse . Il avait aimé Élise autrefois , du moins l'avait-il possédée un temps . C'était pour elle qu'il avait ouvert sa succursale de Paris .

La danseuse et le bijoutier , cliché parfait de roman de gare , mais elle était partie dès qu’Izold avait eu deux ans , celle-ci n'ayant jamais su vraiment pourquoi leur couple s’était si vite brisé !

Elle n’est pas faite pour les vitrines , répondait , fataliste , son mari , ni pour la vie rangée " . Pourtant , jamais il n’avait refait sa vie . En apparence .

Il lui parlait souvent de sa mère avec une étrange neutralité , comme si elle n’avait été qu’un épisode brillant , mais clos . Mais elle se souvenait aussi de conversations surprises , de noms murmurés au téléphone : Timmy , ou parfois " Del " , dit d’un ton agacé ou inquiet . Elle avait cru que c’était un client . Peut-être pas ?

Trouvée par hasard dans un tiroir de la bijouterie , une photo jaunie la montrait , petite fille , courant sur la plage du Sillon , les cheveux mouillés , riant aux éclats . Son père la regardait avec une intensité qu’Izold n’avait jamais vue sur son visage . A l’arrière-plan , jeune encore , musclé , un homme vêtu d’un débardeur blanc , les mains pleines de sable : Tim Delaney O ' Connor . ( 4 )

Elle ne l’avait pas reconnu tout de suite . Mais , faisant après la mort de sa mère des recherches plus approfondies , le visage et le nom de l'entraîneur de " night-club " avaient resurgi .

C'était un ancien militaire devenu ensuite danseur acrobatique , passé de scène en scène aux États-Unis , connu dans certains milieux du spectacle " underground " , pour ses liens avec la pègre et la brutalité de ses méthodes . Par surcroît , certains articles d'outre-atlantique parlaient de ses connexions avec une secte et des filières d’objets d’art volés . La question qui s’imposait à elle était désormais vertigineuse : et si son père et sa mère , au lieu d'être , en apparence , de simples anciens amants déchirés pour la façade , avaient été , à une époque , ses complices ? Que s’étaient-ils disputés ? L’amour ? Ou , plus trivialement , le contrôle d’un trafic ? Et si Élise était revenue en Bretagne , non par nostalgie , mais parce qu’elle craignait quelque chose ? Ou quelqu’un ?

Surtout , si Tim et Yann , qui avaient pu lier connaissance pendant la guerre du Viet-nam , étaient en affaires depuis longtemps , que voulait dire cette scène jouée depuis des années ? La danseuse fuyait-elle son propre passé ? Ou s’en était-elle fait la messagère , trop tard ?

La jeune femme se sentit soudain glacée . Tout ce qu’elle avait longtemps cru stable – sa famille , son nom , l'honorabilité du commerce de la bijouterie – se lézardaient . Peut-être avait-elle été le seul alibi d'innocence dans cette partie truquée ? Et la pierre ... était-elle le cœur du secret ? Ou bien la clé d’un autre monde qu’elle n’avait pas encore compris ? Demain , dès le lever du jour , elle prendrait la route vers la péninsule de Cornouaille , et , roulant jusqu'au bord de la falaise , elle chercherait , elle aussi , les marques des pas , les empreintes de tous ceux qui , par vengeance ou par peur , auraient pu pousser une malheureuse dans le vide !

4 - La route sinueuse menait à un plateau venté , à quelques encablures de la mer . Là , dans une crique isolée que seule une main invisible semblait avoir protégée des promoteurs , se dressait la vieille masure de " nenn " , " Kroazhent " , perdue entre ajoncs et gros rochers , tapie sous son toit d’ardoise comme un chapeau de travers penché sur deux volets bleus délavés , toujours battants , comme autrefois , d'une folle brise marine ! ( 5 )

Elle coupa le contact . Le silence se fit . Pas une sterne , pas un goéland . Juste l'air salé du grand large , comme un chœur qui ne dort jamais , comme une angoisse au fond de son coeur .

Pas à pas , elle reconnut les lieux , pénétrant dans la petite bicoque abandonnée dont elle avait , heureusement , gardé les clefs . Toute petite , elle y avait passé deux étés de rêve dont elle avait gardé le précieux souvenir en elle , se rappelant encore l’odeur de la verveine , des lampes à huile , et d’un chat aux yeux jaunes ," Taran " , qui disparaissait sans bruit dans les herbes de Coecilian ! ( 6 )

Il s'était enfui , d'ailleurs , le même jour où Noëlla , la mère d’Élise , était morte , juste après le départ à Paris de sa fille . On disait partout qu’elle ne lui avait jamais pardonné d’avoir " vendu la geste sacrée aux villes de béton " !

Car la sorcière , c'est ainsi qu' on l'appelait dans le coin , ne dansait pas pour le spectacle , mais , au milieu des pierres levées , pieds nus sur les landes , pour l'Esprit des anciens , comme elle disait . Seul témoignage , une vieille photo en noir et blanc la montrait en femme élancée , vêtue d'une  jupe noire et d'un corsage blanc , tournant dans un cercle de feu . Derrière elle , un menhir , surmonté d'une lumière étrange , comme un halo surgi du ciel , sur le cliché . L'opale , ce bijou qu’Élise portait en pendentif , venait de là , disait la légende . 

Izold poussa la porte . La maison était telle que , depuis sa visite , à peine quelques jours plus tôt , l’avait laissée sa mère . Dans la cuisine , une bouilloire encore pleine . Dans le lit clos , la présence d'une valise ouverte . Un cahier posé sur la table auprès de l'âtre , avec des notes , griffonnées à la hâte , comportant des prénoms , des symboles étranges , des croquis de spirales . Barrant la première page , ce mot , répété plusieurs fois : " seuil " Elle monta jusqu'à l’étage .

Dans l’ancienne chambre de la défunte , elle trouva , sur la commode , un petit coffret de cuivre tapissé , à l’intérieur , d'un morceau de soie noire , avec , au centre , un creux vide où , probablement , la pierre avait , sans doute , été dissimulée .

C’était l’écrin d’origine . Celui qu’elle avait vu dans un rêve , enfant .

S’asseyant au bord du lit , la visiteuse ressentit une présence autour d'elle . Comme si le silence écoutait . Comme si quelque chose de suspendu l'attendait ! 

Elle observa le mur décrépi portant les marques d’un ancien alphabet , tracé à la craie , de même qu'un cercle au sol , assez discret , presque effacé . Une langue qu’elle ne connaissait pas , mais qui semblait vibrer dans l’air , peut-être du vieil irlandais . Dans un coin , renversée , une boîte d’encens . Noëlla , disait-on , communiquait avec l'au-delà . Pas par jeu , non ,  mais , par nécessité , avouait-elle , pouvant parler aux entités d'autres mondes , concédant parfois que ce n’étaient pas vraiment des morts , mais plutôt des anges veillant entre deux univers parallèles qui , " avec les bons chants et la bonne prière " , accouraient quand on les appelait à l'aide .

Izold ne savait plus si elle rêvait ou se souvenait . Mais elle comprenait une chose : sa mère , qui n'était pas revenue ici par hasard , voulait certainement reprendre un fil perdu , retrouver, sans doute , un pouvoir ancien de la famille . Alors , quelqu’un l’en avait peut-être empêchée pour s'emparer de l'Anneau . Afin d’ouvrir , lui-même , cette fameuse porte vers l'inconnu ?

 
 

( A Suivre )

 

                                             ___

 

 

DAN AR WERN - Une Etoile Qui Tombe - Première Partie - L'Anneau MystérieuxII - Une Pierre Enigmatique - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Une Etoile Qui Tombe " , copyright 2025 . 

 

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Notes :

 

3 - Alignements mégalithiques du Lagatjar , en Cornouaille , sur la commune de Camaret ( Kameled Bro-Gernev ) .

 

4 - Presqu'île de Crozon , située entre la rade de Brest et la baie de Douarnenez

( Cornouaille ) .             

     Quartier du " Sillon " ( Camaret-sur-Meroù se déploya, avec la fin de la sardine et l'essor de la pêche à la langouste , une importante activité de construction navale .

 

5 - Nenn = mammie

     Kroazhent = carrefour

 

6 - Taran = feu-follet

     Coecilian = ruines du manoir de Saint-Pol-Roux

 
 
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