UNE VIE D'ARTISTE - II - MASQUES - 2 ) La Clé du Contretemps .
UNE VIE D'ARTISTE
II - MASQUES
2 ) La Clé du Contretemps
4 - Dans une sueur d'angoisse ,
Dickie , tout à coup s'éveilla , percevant par l'imposte , à travers le hurlement des flots d'épouvante , un timide rayon de lumière comme si son âme pensait y fuir , guettant une issue , plus mystérieuse et sans doute plus redoutable
encore , à cet horrible cauche-
mar ! N'avait-elle pas ressenti cette impression bizarre de n'être , en fait , jamais sortie de ce mauvais piège , telle une vague menaçante surgissant de l'aube au milieu du détroit , n'en finissant pas de mourir , impuissante , au rivage d'une lune argentée ?
Tout lui avait semblé si sombre , étrange comme le martèlement de la pluie sur les tuiles , résonance en elle d'un glas sépulcral , juste au-dessous de la chambre où , jadis , dans son rêve , dormait un Ange , chaque fois qu'il venait , à
minuit , lui rendre visite , fantôme insatisfait du vent s'époumonant en vain par la persienne aveugle d'une mémoire outragée ! Ou alors , n'était-ce plus , maintenant , qu'une chute interminable , comme celle de l'avion vers ce lieu horrible , à travers le ciel infini ?
Que lui était-il arrivé pour voir de plus en plus grossir en elle ce petit point de lumière blanche et bleue , l'oeil de son père ou celui de
Paul , son " boy-friend " , peut-être , au centre d'une tentaculaire toile d'araignée liant sa maudite âme à la sienne , tel un cockpit plongeant de façon vertigineuse au centre des premiers balbutiements de roche et matière brute de son moi naissant , depuis ce gouffre insondable de l'explosion de millions de consciences furieusement délatrices jusqu'aux subtiles ondes fluidiques d'une rutilante gemme stellaire éclaboussant de ténébreuse incandescence le trésor caché du Temple de Salomon ?
Rajeunissant de plus en plus afin de reprendre , certainement pour leur plaire ou se dissimuler , sa première
apparence , elle s'était mise à gémir , gagnée par la fièvre et le désespoir sous le regard de l'astre nocturne au-dehors , qui semblait la narguer de son sourire impassible au milieu d'un ciel soudainement redevenu clair ...
Puis , se demandant ce qu'elle faisait là couchée dans ce lit , trempée de sueur , elle écouta craintivement le dernier des bips de son portable qui l'avait réveillée .
Regardant par la fenêtre , elle remarqua sur la route détrempée de neige quelques traces de l'orage ayant agité sous son crâne cet ouragan dévastateur qui avait complètement bouleversé sa journée d'hier !
5 - Ils avaient trop bu , c'était
évident , ne pouvant reprendre le cours normal de leur bavardage .
- Mademoiselle ... , hésita-t-il
ensuite , essayant d'engager , timide et troublé , un dialogue , lui demandant par quel miracle ils se retrouvaient
ici , dinant ensemble au coin du feu , sur cette île isolée .
- Vous voudriez déjà connaître , en exclusivité , " La Clé du Contretemps " ? , lui répondit-elle d'une voix délicieusement exotique après un long moment rempli de gêne et d'ironie . Car c'était le nom d'un morceau qu'elle s'était mise à pianoter dans sa tête et sur son coin de table , dans le petit restaurant de cet hôtel
fantôme , sur une plage abandonnée .
- Peut-être faisions-nous partie d 'une terre idéale , en harmonie parfaite avec notre nature profonde , vers laquelle chacun de nous cheminait plus ou moins consciemment toute sa vie ? , se contenta-t-elle de lui répondre avec un sourire triste de circonstance . La recherche , si vous voulez , d'un accord de quinte à notre portée ... Mais comme une pause , n'est-ce pas , vaut quatre soupirs , j'espère encore que ce bienveillant silence de ma part vous montrera aussi une attente en suspens guettant un faible signe de votre
indulgence concernant l'oubli de cette
" Classe de Neige " que nous aurions vécue ensemble il y a vingt ans ? C'était où , déjà , cette fameuse station de montagne , j'en ai visité pas mal !
- Pardonnez-moi de faire un peu comme le saumon qui cherche la rivière pour y pondre ses oeufs ? , lui répondit-il à son tour avec hardiesse , déçu qu'elle ne l'ait pas reconnu , s'efforçant de mieux la comprendre pour se noyer corps et âme dans l'eau bleue de ses yeux clairs de sirène ou de femme-poisson mouillés
de larmes .
- Truite saumonée , en ce qui me concerne ! , s'était-elle efforcée d'abord de plaisanter , rougissante , lorgnant plutôt vers la carte , songeant peut-être au morceau de Schubert qu'elle venait d'interpréter sous forme de " blues " pour détendre l'atmosphère . C'est un peu de ça qu'il s'agit , n'est-ce pas , de la raison pour laquelle vous vous êtes échoué
ici ? Car pour moi , mon père m'a déjà laissé tomber à la naissance , parait-il , alors , ça ne vous suffit pas ? Comment savoir s'il était breton , d'ailleurs , ce pauvre type !? , appuya-t-elle en le dévisageant , la mine dégouttée , sans qu'il puisse vraiment bien comprendre ce que signifiait ce brutal accès de colère vis-à-vis de quelqu'un qu'elle avait pris pour un dragueur impénitent . ( 16 )
- Vous savez , je rencontre tellement de monde ! , lui lança-t-elle ensuite d'un air méprisant .
6 - Bien sûr , il en était convaincu , la porte de sa chambre , Francis ne pourrait jamais la franchir , se désolant en lui-même et dans le secret de son coeur au bout de quelques verres d'Einstök en supplément , tandis qu'il revivait en songe tous ces vains espoirs déçus de sa jeunesse en essayant de la suivre au second étage . ( 17 )
- Eh bien , vous , monsieur l'ancien élève de Sainte-Hospice , parlez-moi un peu plus de cet autre cours , n'est-ce
pas , qui utilisait les mots plutôt que les notes , celui qui , selon vous , dans notre école , ressemblait à un récital sans musique . ( Elle devait faire
allusion , sans doute , à son intérêt pour la poésie mystique ) .
- Nous apprenions la
Miséricorde , souvenez-vous ! , parvint-il à courageusement lui rappeler , celle dont parlait Jean-Paul II suite à son attentat , qui arrive , écrivait-il , après une " souffrance qui brûle et consume le mal par la flamme de l'amour et qui tire aussi du pêché une floraison multiforme de bien " . ( 18 )
- Miséricorde , mon Dieu ! . Le jour où j'entendrais parler de mon géniteur , qu'il fasse gaffe , celui-là ! , le défia-t-elle d'un air bravache avant de monter à l'étage .
Mais pour finir , elle s'était tranquillement rassise au piano dans le hall de l'auberge . Et certains clients se mirent même à reprendre avec elle un air de jazz :
" Love is a circle ,
Take my hand , my friend ,
Love is a circle ,
Love will never end ... " ( 19 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Une Vie D'Artiste - II - MASQUES - 2 ) La Clé du Contretemps - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Une Vie D'Artiste " , copyright 2023
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Notes :
16 - Quintette en la majeur , D. 667 , " La Truite " ( Forellenquintett , 1819 ) , seul quintette composé par Franz Schubert ( 1797 - 1828 ) , compositeur autrichien .
17 - " Einstök " , marque de bière islandaise .
18 - " Mémoire et Identité " ( 2005 ) , pages 201 / 202 , Jean-Paul II ( 1920 - 2005 ) .
19 - " Love is a Circle " , paroles de Manny Feldman , musique de Graeme Allwright ( 1926 - 2020 ) dans l'album de ce dernier : " Tant de Joies , Graeme Allwright and the Glen Ferris Quartet " , copyright 2000 Graeme Allwright / EPM Musique - ADES - Tous droits réservés - All rights reserved .
" L'amour est un cercle ,
Prends ma main , mon ami ,
L'amour est un cercle ,
L'amour ne finira jamais ... "
AN ERBEDER ( 1 ) - Teaser / Bio - Marie-Morgane .
AN ERBEDER ( 1 )
Teaser / Bio
Marie-Morgane
Je me rappelle encore ces lointaines vacances d'août 1984 où , par une belle nuit
d'été , rêvant du côté de Brocéliande , ce pays légendaire de mon enfance , avec une petite escale magique au Manoir du Tertre , juste au-dessus du Village des Forges , l'idée d'un conte fantastique avait germé dans mon
esprit . Passionné depuis toujours par la vieille langue bretonne et par la civilisation des Celtes , je reprenais quelques prénoms glanés ici ou là , dans " L'Herbe de la Vierge "
( Geotenn Ar Werc'hez ) , par exemple , ce chef-d'oeuvre de Jakez Riou , qui m'avait tant marqué , inventant , comme Alain-Fournier , tout un univers nourri de symboles , de
poésie , de nombres , véritable transposition mythique , ou cheminement de la réalité au rêve , tel que l'exprime avec justesse l'auteur du " Grand Meaulnes " , l'un de mes maîtres , mais aussi les héros de Shakespeare , de Walter Scott , ou de Tolkien ! C'était une nouvelle " Fête Etrange " en plein coeur de la forêt séculaire , gardienne silencieuse du secret des temps immémoriaux .
Mais voici le temps venu , cher lecteur , dans ces deux premières parties , de découvrir la version première , car on ne peut savoir vraiment , n'est-ce pas , ce qu'est la Bretagne si l'on ne connaît pas sa langue . C'est ce que j'avais découvert moi aussi , l'oeil émerveillé , m'embarquant dans cette aventure comme le feraient un jour sur la " Marie-Morgane " , rafiot du vieux loup de mer " Tadig "
Tanguern , mes deux bambins vouant à la découverte du " Gaeltacht " celtique , sinon du Graal , leur coeur battant d'un fol espoir , celui de l'éternelle jeunesse ...
Un = Trois , la boucle est bouclée ! Mon trentième livre , c'est la version originale du " Passeur des Mondes " ! Bonne lecture !
DAN AR WERN , écrivain breton , vécut sa prime enfance au coeur de la forêt de Brocéliande avant de voyager à travers le monde , se passionnant pour la littérature , la musique , la culture celte , l'ésotérisme et la
spiritualité ...
DAN AR WERN - AN ERBEDER
( 1 ) - Teaser ( 4ème Couv.) - Bio - Marie-Morgane - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " AN ERBEDER ( 1 ) " - Copyright 2023 .
UNE VIE D'ARTISTE - II - MASQUES - 1 ) Tempête .
UNE VIE D'ARTISTE
II - MASQUES
1 ) Tempête
" Où est la fêlure par où l'on peut apercevoir l'universel désastre ? "
Virginia Woolf - " Les Vagues "
Miranda : " M'aimez-vous ? "
Prince Ferdinand : " Oui , plus que tout au monde , je vous aime , je vous estime , je vous honore . "
William Shakespeare - " La Tempête " , Acte III , Scène I .
1 - L'amour , d'ailleurs , n' était-ce qu'une illusion ? Sachant qu'il était à Paris depuis peu pour étudier la comédie , elle l'avait suivi un soir , après les cours , bouleversé , depuis la rue de Mont-
pensier , se mettant à courir après cette
" ombre rêveuse et téméraire " , mystère de tant de fraîcheur et d'innocence . ( 11 )
Après tout , ce monde n'était pour eux qu'une vaste scène de music-hall ou de théâtre , et les mots pour le décrire , joués par tant d'acteurs avec avidité parfois , qui , apparemment sans raison , leur nouaient la gorge , ne leur semblaient bien trop souvent qu'un masque dissimulant avec peine le douloureux secret de leur âme ... Pourtant , dans ces ténèbres du crépuscule où , perdu dans la foule comme un navire sur la mer , elle errait vers l'autre incognito , il finirait bien , se disait-elle , par la rejoindre au plus beau soir d'une rencontre , celle de quelqu'un qu'il souhaitait depuis longtemps connaître , mais qu'il lui arriverait de trouver quand il ne la chercherait plus , tombant par miracle enfin sur celle qu'il avait peur , sans doute , jusqu'ici , de découvrir ? Son double ?
" Chère Miranda ( ou plutôt
Clara ) , j'ai rêvé de vous , lui écrirait-il en secret , j'ai rêvé encore que vous cherchiez votre chemin dans ma nuit , tout comme moi dans la vôtre , et que nous finirions par nous aimer un jour ... Cette infinie douceur cachée en vous comme une rose délicieuse et légère de mon jardin de souffrance , la découvrirai-je ? Et ce beau sourire de lumière arraché à l'étoile de la Mort , me le donnerez-vous ?
2 - Le soleil déclinait sur le parc , laissant ses derniers feux brûler le fronton des façades qu'un trio insoucieux de mannequins et photographes bravait encore de leurs sourires enjôleurs , snobant de rares passants pressés témoins de leurs poses .
" Qu'aurais-je pu faire d'autre ? , se demanda-t-elle, tourmentée par cette rencontre d'un soir , pendant que son âme prisonnière se voyait obligée de fuir un terrible sentiment d'angoisse mêlé de culpabilité , son amie Ariel , partie le matin même , ayant été obligée de prendre un train pour l'île d'Ouessant , lieu où son père vieillissant , s'était-elle excusée , réclamait son aide . Elle était restée en fin de compte si peu de temps , blottie dans cette chambre parmi les bibelots de jadis , comme inexorablement échouée au milieu de ses rêves tels ces quelques arbres bordant de leurs sinistres silhouettes décharnées les allées sombres du Palais-Royal , ombres d'un vaisseau-fantôme ...
" Mais comment vivre sans elle ? , se torturait-elle néanmoins , fixant , pour s'endormir , l'horloge ancienne au visage impitoyable comme si elle ne parvenait qu'à lui rappeler le sien , pendule murale dont les aiguilles , " deux caravanes traversant un désert " , sonnaient le glas de sa solitude ... ( 12 )
D'ailleurs , l'avait-elle jamais aimée ? Le pire tourment , c'est le doute , finit-elle par conclure à la fin d'un sommeil agité , se levant pour , ensuite , contempler , l'oeil indifférent , ce mirage de Lune paraissant un songe à la surface de l'onde frémissante ...
Comment se produit le retour de la clarté lorsqu'on revient du royaume invisible ? Quand il n'est pas partagé , l'amour peut-il jamais mourir ? Tant de questions l'agitait dans tous les sens , l'empêchant de dormir au pied du piano silencieux . Car la musicienne avait fui , profitant peut-être d'un prétexte pour mettre un terme définitif à leur
duo .
3 - C'est qu'elle guettait le retour de l'hirondelle comme on attend la venue du
printemps ! Mais les notes , parfois , vous pèsent si lourds qu'aucun oiseau , trouvait-elle , n'aurait pu s'envoler de la partition ! Parfois Dieu calme la tempête , souvent , l'homme la laisse éclater !
- Qui apaisera la mienne ? , implorait-elle au matin de ses quarante
ans . J'ai beau rêver d'un prince de Shakespeare , l'aimer sur scène , j'ai tant de mal à l'approcher ! ( 13 )
Ces après-midis , l'orage hurlait sa plainte au coeur des grands arbres d'hiver , et des nues d'épouvante , roulant à la surface des toits , ruisselaient de neige et de pluie sur leurs tuiles , pénétrant , comme elle tombait en elle , infiniment , le bois vermoulu des charpentes :
- Des blessures si profondes , gémissait-
elle , qu'elles ne doivent se murmurer qu'à l'oreille d'un ange , tel un brûlant secret !
Certain soir de relâche , Clara suivait sa petite troupe au cabaret , se sentant transporté par la voix chaude et souple de la chanteuse aux prunelles expres-
sives , luisant comme des pépites , celle-ci l'excitant de son charme aguicheur , puis s'amusant à lui chanter d'une ardeur infatigable , et pour Ariel , peut-être , dont elle lui avait
parlé , des extraits de Schubert , Messager , Fauré , Saint-Saëns , parvenant à donner à chaque mélodie , dans la religiosité de l'auditoire , sa couleur unique . Alors , quelques phrases de Proust lui revenaient en
mémoire , évoquant , elles aussi , " l'angoisse de la musique et ses élans brisés par des chutes profondes " .
( 14 )
4 - Mais un jour , celui qu'elle avait tant cherché retrouva enfin celle qui s'avançait en toilette claire et nuage de
soie , celle qu'on n'attendait plus , la demoiselle d'ancien satin , d'aurore diaphane , avec son chapeau de roses dans un grand champ de fêtes gracieuses , femme limpide et simple , cygne majestueux glissant sur le lac scintillant des nuits étoilées !
Folie d'un soir s'était tue . N'allait-elle paraître , maintenant , la reine
bien-aimée ?
N'allait-elle guérir tous ses désespoirs les plus secrets de son ineffable pas de danse , versant sur ses plaies ouvertes la magie , l'enchantement d'un baume séraphique aux divines harmonies ?
" Ta face est ma seule patrie ,
Elle est mon royaume d'amour ! ( 15 )
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Une Vie D'Artiste - II - MASQUES - 1 ) Tempête - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " Une Vie D'Artiste " , copyright 2023
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Notes :
11 - " Miracles " ( Introduction de Jacques Rivière , 1924 ) et " " Correspondance Jacques Rivière - Alain-Fournier 1905 -1914 " , Gallimard , Paris , 1937 .
12 - " Les Vagues " ( The Waves , Virginia Woolf , 1931 ) .
13 - " La Tempête " ( The Tempest , 1610 - 1611 ) , l'une des dernières pièces de William Shakespeare .
14 - " Les Plaisirs et les Jours " ( Les Regrets , Rêveries Couleur du Temps - IV - Famille Ecoutant la Musique ) , Marcel Proust , 1896 .
15 - Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus
( 1873 - 1897 ) .
LETTRES D'UNE IMMORTELLE - Première Partie - Claire - XIII - Miracle .
Lettres d'une Immortelle
PREMIERE PARTIE : Claire
XIII - Miracle
( 04 septembre 2023 )
L'amour n'est pas impossible , n'est-ce pas ? J'ai rêvé de toi , j'ai rêvé encore que tu cherchais ton chemin dans ma nuit , tout comme moi dans la tienne , et que nous finissions par nous croiser dans ces ténèbres d'un monde où nous errions l'un vers l'autre au plus beau soir d'une rencontre , celle de quelqu'un que l'on croyait depuis longtemps connaître , mais qu'il nous était arrivé de retrouver quand nous ne le cherchions plus , de tomber par miracle sur cette personne que nous avions peur , peut-être , un jour , de redécouvrir ?
Chère amie , cette infinie douceur cachée en toi comme une rose délicieuse et légère de mon jardin de souffrance , la retrouverai-je ? Et ce beau sourire de lumière arraché à l'étoile de la Mort , me le rendras-tu ?
Dan
( A Suivre )
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UNE VIE D'ARTISTE - I - L'Epée ( Epilogue ) .
UNE VIE D'ARTISTE
I - L'Epée
à mon père , ancien d 'Indochine
Epilogue
Ils tentèrent de fuir en
Australie , mais ils n'en eurent pas le temps , rattrapés par une main vengeresse qui laissa les deux amants dans un fossé , le corps frappé d'un glaive .
Bien sûr , l'on s'arrangea pour faire de cette mort peu glorieuse un acte d'héroïsme et , le militaire ayant une petite célébrité , eut droit aux obsèques nationales dans la cour des Invalides , parmi tous ceux tombés au champ d'honneur .
Des années plus tard , son héritière , un soir de Saint-Sylvestre , eut la surprise de recevoir par la poste le récit de cette romanesque aventure signé de la main de sa demi-soeur , une certaine Apsara , celle-ci précisant même que sa mère ne se trouvant pas avec son père au moment du crime , avait tenté de prendre le bateau pour venir le sauver au moyen d'un élixir ancestral connu seulement de sa famille .
( 10 )
Peu avant de partir le rejoindre ,
et si , à la fin de sa vie , à une époque où l'on se serait enfin décidé à couronner , plutôt l'esprit du terroir que celui d'une foule d'étrangers , la fille ainée du héros était élue à l'académie des Beaux-Arts , celle-ci se demanderait sûrement si elle avait bien fait de choisir comme emblème une épée semblable à celle qui , au temps de sa jeunesse , avait tué le talent naissant de son père écrivain .
( A Suivre )
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Notes :
10 - Apsara , nom de l'héroïne de Pierre Benoit ( Le Roi Lépreux ) . Les Apsaras sont celles qui , associées aux mers et rivières , glissent sur l'eau . C'est pourquoi on leur adjoint des oiseaux comme le cygne , car , selon la légende , elles émergent des eaux comme des sirènes pour séduire les hommes .
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