UNE VIE D'ARTISTE - Préface / Dédicace - La Coupe et le Glaive ( Banale Rencontre ) .
Le Magicien Klingsor prophétise la Naissance d'Elisabeth de Hongrie - Château de Wartburg , Eisenach , Thuringe , par August Oetken ( 1868 -1951 ) , peintre historiciste et mosaïste allemand .
UNE VIE D'ARTISTE
Préface / Dédicace
Pour Novalis
et pour Clara Schumann
La Coupe et le Glaive
( Banale Rencontre )
" L'Epée coupait le Suaire ,
Couvrant la Gemme de Son Sang , La Pierre à son tour brisant
Ton Glaive d'Or étincelant ... "
Dan Ar Wern
" Qui songe à la mort de Perceval ? "
Virginia Woolf - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 )
" Pour ceux qui portent Son Feu dans le coeur et Sa Lumière dans les yeux ! "
Pape François
1 - Ce que nous entendons des grands artistes , parfois , nous laisse rêveurs . Quand ils jouent , c'est aussi beau , peut-être plus , que la musique des sphères , lorsque leur amour s'envole avec le nôtre et que nous assistons , comme eux , remplis d'impuissance , au triomphe de la Mort .
- Qu'êtes-vous venus faire parmi nous ? , leur demandons-nous , que sommes-nous venus faire ici-bas , dans ce monde misérable ?
- Quel problème , avec tous ces gens qui ne comprendront jamais rien au mystère de la Beauté , dont parlent Baudelaire ou Nerval ! , semblent-ils nous répondre .
2 - Nos vies paraissent si étranges , difficiles à comprendre . Elles passent comme clair-obscur d'un Destin qui s'est mis à surgir là , brutalement
dévoilé . Sans doute était-il temps ? Qui peut savoir si tous ses souvenirs vivant encore avec force dans l'intimité de nos coeurs , dont nous prenons conscience , ne peuvent servir de prétexte à cacher notre effroi devant un avenir dont nous avons plus peur encore , nous demandant si ce qu'il y a en lui , mais aussi tout autour , aura jamais une quelconque signification .
Que de lettres enflammées je lui avais écrites , pourtant , mon âme remplie d'elle , pleine d'espoir aussi longtemps que ma foi naïve avait pu résister à l'étendue de mon chagrin . Banale rencontre dont je ne reçus jamais de réponse . Tout ca semblait si loin , maintenant ... Ne m'avait-on pas assuré que cette histoire serait impossible pour nous deux sur la Terre ? D'ailleurs , que pouvait bien signifier , au sens commun , la valeur d'une vraie passion ? Les souvenirs continuaient , de temps à autre , d'attrister mon
coeur . C'était tout . Fouiller dans le passé ne sert très souvent qu'à faire s'agiter des fantômes . Découragé , sans force , j'étais devenu peu à peu insensible , presqu'indifférent . N'avais-je pas fait tout mon possible , après tout , pour me débarrasser de cette ancienne vie ? Même si le temps d'une balade , quelquefois , je revivais notre insouciance devant le spectacle d'amoureux se promenant , main dans la main , sur les quais de Seine ...
Puis un jour de voyage , constatant que ma montre avait perdu l'une de ses aiguilles , j'étais vite revenu me blottir sur mon siège pour y trouver refuge . Le temps , pensais-je en observant le cadran , n'a souvent plus de couleur , il ne fait que passer comme une ombre fugitive , entre nuit et jour . Il y a des gens qu'on aime , d'autres qu'on voudrait voir s'éloigner . Qui peut dire , en vérité , où vont nos pas , ce qu'étaient vraiment nos amours , nos vies ? Poursuivant ma lecture , je nourrissais , comme dans le livre , de sombres pensées , ma propre vie me semblant " solitaire , assez insignifiante , fragile colonne dressée parmi les ruines des années perdues , ne supportant plus rien ... " ( 1 )
Mais légèrement plus tard , ce fut elle que , de loin , je crus revoir à moitié assoupie , une belle écharpe de cachemire tombant sur ses épaules . Quand j'eus l'audace de revenir à l'endroit où elle se trouvait assise dans l'avion , me glissant près d'elle , nos yeux se croisèrent . Le visage blême , elle avait levé la tête , osant même une esquisse de sourire .
" C'est vous , n'est-ce pas ? , lui dis-je enfin . Surprise , la femme , l'air de celle qui a vu brusquement surgir un revenant accouru depuis l'au-delà , fronça le sourcil .
" C'était il y a si longtemps , rappelez-vous ! , poursuivis-je à voix basse ... Vingt ans , peut-être ? Elle n'avait pas prononcé une parole , et ce que je venais de lire s'était bizarrement mêlé aux images floues d'un passé révolu . Accablé de tristesse , je courbais l'échine . J'avais fait une erreur , j'en payait
le prix .
C'était une belle fille , sans
doute , que celle qui se trouvait devant moi , encore jeune , mais avait-elle un lien , même fragile , avec ma propre histoire , ce chemin de solitude emprunté le jour de son départ ? Pouvait-elle nourrir ma conscience , comme l'autre , celle que j'invoquais au pays des limbes , rassembler tout mon être , et faire de mon âme un seul dessein des multiples impressions ressenties depuis l'aube des jours , vivante dans le désert de mon coeur meurtri , dans la soif d'un idéal inaccessible , cachée dans la grande désespérance d'un amour
sacrifié ? Maintenant que tout était
mort ...
Ne l'avais-je pas cherchée en vain dans toutes les villes dont elle m'avait parlé jadis ? Dans tous les livres , toutes les musiques ?
Mais , " quand nous sommes perdus , quelle image invoquer ? " ( 2 )
" Comment faire que mon âme ne soit éveillée par la tienne ? " ( 3 )
Questions lancinantes qu'inlassablement semblait poser l'immensité toute noire de la masse océane , imperceptible présence d'un mystère
infini , tout en bas , me répétant sans cesse la célèbre " Chanson d 'Amour " de Rilke .
Au dehors , dans les lointains d'une aube crépusculaire , étendue sur la mer bleue-verte , une pâle lueur fit renaître en moi , d'une manière incomparable , un timide , indicible espoir . Elle scintilla dans la nuit , comme une réponse tant attendue !
Un vers de Victor Hugo , réminiscence des jours indolents de l'école , traversa rapidement mon esprit tourmenté :
" O ciel , ainsi que toi le coeur est un abîme ." ( 4 )
Je soupirais , comprenant trop tard ce qu'il signifiait .
Mais lorsque j'essayais de bredouiller enfin quelques mots d'excuse , la passagère avait disparu ...
3 - Si l'on en croit la légende irlandaise , c'est parce que la princesse Dana ne voulait certainement pas faire aux humains le don d'immortalité qu'elle était venue rechercher sur la Terre d 'Irlande , cette fameuse " Pierre de Vie " , chargeant ses guerriers de retrouver sa trace ! Qui connaît les vraies raisons d'une guerre ou d'une invasion , soupirait-elle malicieusement , qui sait pourquoi ils ont été formés spécialement par moi pour cette nouvelle quête du
Graal ? Car la pseudo-éternité des " Grands Maîtres " , des Seigneurs gardiens de l'héritage , ne lui suffisait plus . Ces gens-là , qui avaient signé un pacte avec le Déchu , avaient l'audace de se prendre pour Dieu ! C'est ce qui , d'après elle , causa leur perte ! ( 5 )
- Chaque être a son double , n'est-ce
pas , disait-elle avec ironie , comme la Lune , masquant d'un faux sourire la face cachée de son côté le plus sombre ? Jamais la foudre d'un éclair ne pourra remplacer la lumière du paradis !
C'est alors qu'elle crut voir au plafond surgir un Ange avec à la main droite une épée de feu scintillante émettant des bouquets de flammes multicolores !
Mais il était venu d'ailleurs , léger comme une plume avec son nouveau corps , là-bas , flottant sur sa table d'hôpital ! Et ce qu'elle avait pris pour un glaive n'était en fait qu'un scalpel , un faisceau de pierres translucides tenu par l'une de ces créatures bizarres vêtues de blouses blanches , de combinaisons , qui l'opérait à coeur ouvert , semblant dire , car il ne voyait pas leurs lèvres qui remuaient derrière leurs masques - pourquoi les comprenait-il ?
- Cela ne sert à rien puisqu'elle t'ignore ! Il vaudrait mieux mourir ...
Et l'Ange hurlait dans sa tête : - Pénitence ! Pénitence !
4 - L'étranger , dans les lointains brumeux d'un miroir d'eau , aperçut une magnifique jeune fille vêtue d'une robe
de bal toute blanche : - Alors , mon
cher ? , fit la belle d'un air ironique provoquant le rire de ses compagnes qui s'éloignèrent tel un vol de tourterelles ... Vous ne trouvez pas qu'il est trop tard pour des retrouvailles ?
Mais déjà , une autre voix de femme , à l'entrée majestueuse du manoir , l'appelait : - Entrez donc , il faut guérir votre blessure ! Vous avez déjà beaucoup trop souffert !
Qui donc pouvait être cette nouvelle Madone ? , s'interrogea-t-il , se sentant défaillir , éclatant en sanglots . Qui était celle , coiffée d'un chapeau de paille , ayant su si bien lire en ses yeux les blessures démesurées du soleil couchant , cette petite tache rouge comme une aube nouvelle à sa tempe sanguinolente , signe en lui d'une douleur sans
fin , souvenir d'une lutte féroce avec les gens du Village ?
Il était mortellement touché , il allait mourir , peut-être le comprenait
-elle , avec ce bandeau posé sur les yeux de son esprit malade , mais tombant enfin dans les bras providentiels de cette pimpante infirmière à l'étole en
" blonde " sur son corsage de soie , et
qui , avec tant de grâce , faisait gracieusement tourner devant lui sa jupe de tulle bleu à crinoline ?
- Pitié rend sage le Fou au coeur pur ! , lui dit alors la Damoiselle aux mains de fine blancheur , et dont le tendre visage de consolation n'était qu'un pâle reflet vivant de sa propre angoisse et de son désespoir ! Sache attendre , toi que j'ai choisi !
- Le Diable est à mes trousses ! , lui cria-t-il en réponse , frissonnant de terreur au moment de franchir , timide , le seuil de la Porte , car il craignait de rompre , en approchant trop près du Sanctuaire , la beauté d'un rêve religieux baigné d'une lumière aussi diaphane émanant de Sa douce présence ...
Elle irradiait le carrelage du vestibule , sorte d'échiquier sur lequel glissait comme un cygne un mystérieux fantôme parmi les statues de plâtre des Dieux du nord !
- Je suis Klingsor , le cavalier du crépuscule ! , s'écriait l'homme d'un ton vengeur , portant sur son manteau blanc de chevalier teutonique la croix noire et le masque de la mort sans visage ! ( 6 )
Mais vous , n'êtes-vous pas assez " folle " vous-même pour vivre en un lieu si terrible ? , lui lança-t-il avec rage !
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DAN AR WERN - UNE VIE D'ARTISTE - Préface / Dédicace - La Coupe et le Glaive ( Banale Rencontre ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " UNE VIE D'ARTISTE " , copyright 2023
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Notes :
1 - The Sojourner ( Celui Qui Passe ) , nouvelle de Carson McCullers
( 1917 -1967 ) dans son recueil "The Ballad Of The Sad Café " ( La Ballade du Café Triste ) : en anglais , Penguin Books , 1974 ; en français , Stock Editeurs , 1974 .
2 - Poème de Carson McCullers .
3 - " Chanson d 'Amour " de Rainer Maria Rilke ( 1875 - 1926 ) , écrivain , poète autrichien né à Prague .
4 - " Le Tas de Pierre " , Amour , de Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) .
5 - Dana , déesse mère des " Tuatha Dé Danann " dans la mythologie irlandaise .
6 - Klingsor , magicien de la légende arthurienne et de la mythologie germanique apparaissant dans le roman " Parzival " de Wolfram d'Eschenbach , datant du 13è siècle , et repris par Wagner dans son opéra
( 1882 ) .
CELEBRATION - IV - La Jeune Fille et la Mort ( Hiver ) .
Quills , La Plume et le Sang , film de Philip Kaufman ( 2000 ) avec Kate Winslet et Joaquin Phoenix .
CELEBRATION
IV - La Jeune Fille et la Mort
( Hiver )
" Partout et éternellement ,
L'horizon sera bleu !
Eternellement ... éternellement ... "
Gustav Mahler - " Le Chant de la Terre - L'Adieu " ( Das Lied von der Erde - Der Abschied )
7 - Quelques images vivantes se mélangèrent dans sa conscience
troublée , un visage ... Elle ouvrit les yeux , n'ayant aucun souvenir , en
vérité , de ce qui avait pu se passer . C'était tout blanc , comme un linceul , autour d'elle . Chambre d'hôpital ?
Comme elle se sentait lourde , faible à la fois , frissonnante de fièvre ...
Des coups de marteau lui heurtaient la tête ! Et puis soudain , les faits lui revinrent , ce fatal accident de voiture d'une triste journée d'octobre écouté à la radio , largement relaté , paraissait-il aussi dans la presse , une embardée sur la route glissante du Hoch-Königsburg où il était tombé quelques jours plus tôt dans un ravin !
Cette mort soudaine l'avait bouleversée !
Qu'il lui avait paru difficile , ensuite , ce sentiment de complète solitude , sans la présence , quelque part , de celui dont elle avait fait connaissance , naguère , dans un parc berlinois , dont les manières élégantes lui avaient tellement plu , sa classe comme sa
gentillesse , qu'elle avait du mal à expliquer maintenant ce malheur brusquement surgi au milieu des flots de nuage de sa maison d'enfance , dans les
Vosges ... ( 22 )
8 - Malgré son chagrin profond , l'étudiante s'efforça d'imaginer qu'ils avaient été " deux " sur la Terre , un moment , réunis provisoirement par la Providence , mais qu'ils n'auraient jamais pu réellement devenir , pour communier à l'indicible patrie de leur idéal , " un seul être " ... Elle se souvint pourtant du maître qui avait aimablement prit place au clavier , le soir de la fête dans
l'église , après le concert de Bach ...
( 23 )
L'application de ses mains d'esthète au service d'un jeu consommé , toute une technique subtile alliée à une sensibilité d'écorché vif , avaient dessiné , sans qu'elle en ait conscience , les méandres ténébreuses d'un coeur meurtri cherchant à captiver l'auditrice en magnifiant la réponse qu'il s'efforcerait de lui donner !
D'abord , celle des profondeurs invisibles
de son âme : un extrait de l' "andante " de "La Jeune Fille et la Mort " , par Franz Schubert , notes magiques se mêlant aux effluves de l'encens , rendant la plainte venteuse , au-dehors , plus
menaçante , et , dévoré par les
flammes , les craquements lointains d'un cierge . ( 24 )
Puis , transfigurée , la détresse de l'homme s'était ensuite nourrie avec ferveur du magnifique " Poème " de Chausson , de l'élégie de Fauré , " Après un Rêve " , et de la " Méditation de Thaïs " . ( 25 )
Mais , fatigués de tant de travail et se mettant à briller plus encore , usés prématurément par l'âge , ses yeux mouillés d'amertume aux reflets des regards aveugles d'un amour indicible , il savait bien qu'elle ne les verraient
jamais , celle qu'il avait choisie au milieu d'un petit aéropage écoutant , sans la comprendre et sans doute avec distraction , cette mystérieuse déclaration musicale qui , en secret , lui était faite .
FIN
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Notes :
22 - Voir chapitre II - Pastorale ( Eté )
23 - Génèse , 2 , 24 et note 11 .
24 - " La Jeune Fille et la Mort " ( Der Tod und das Mädchen ) , lied ( 1817 , d'après un poème de Matthias Claudius ) et 14e Quatuor à cordes ( 1824 ) de Franz Schubert ( 1797 - 1828 ) .
25 - Musique classique française :
- " Poème " , op. 25 ( 1896 ) d'Ernest Chausson ( 1855 - 1899 ) .
- " Après un Rêve " - Levati sol que la luna è levata - op. 7 n°1 , de Gabriel Fauré ( 1845 - 1924 ) , publié en 1878 .
- " Méditation de Thaïs " , de Jules Massenet ( 1842 - 1912 ) , dans le deuxième acte de son opéra " Thaïs " créé à Paris en 1894 .
CELEBRATION - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) .
CELEBRATION
III - Je Suis Perdu au Monde
( Automne )
" Je suis perdu au monde ,
Elle n'a plus de nouvelles de moi
Depuis si longtemps
Qu'elle pourrait bien croire
Que je suis mort ,
Je vis seul dans mon amour ,
Je suis perdu au monde ... "
5 - Il n'eut plus jamais rien d'elle et bien vite , plus le temps s'écoula , plus ce silence alluma en lui un feu destructeur qui le fit souffrir davantage .
Mais ne désirait-il pas , de cette façon , montrer la distance irrémédiable qu'il avait toujours voulu voir s'instaurer dans les rares échanges qu'il avait eu avec son public ?
Amoureux cependant qu'elle le laissait tomber , il essaya en vain de la joindre au téléphone . On lui assura qu'elle avait quitté Berlin pour toujours .
L'automne arriva sans crier gare après cette agitation fébrile de l'été qui , pour lui , n'était jamais l'époque des vacances , puisqu'il lui fallait honorer tous les ans de nombreux festivals ,
Bayreuth , Salzburg , Aix-En-Provence , et qu' on attendait partout comme un Messie la " star " du classique !
Mais un jour , il fut plutôt surpris de découvrir , dans la presse , la curiosité d'un correspondant anonyme à-propos de la plus belle de ses
créations , celle qui avait établi , entre toutes , sa renommée .
Certaines critiques l'avaient même portée aux nues , n'hésitant pas à encenser " le génie d'un tel homme , capable d'égaler les plus grands ! " , comparant cette oeuvre " néo-wagnerienne " au " Roy
d'Ys " , d'Edouard Lalo , ou au " Werther " de Massenet . ( 14 )
" Vous connaissez les fameux vers d'Ossian ? " , lui était-il demandé par cet admirateur se référant peut-être à ceux que le barde , à son retour d'exil , offrit à celle qu'il aime :
" Pourquoi me réveiller au souffle du printemps ?
Demain , dans le vallon , viendra le voyageur ... " ( 15 )
Il appréciait particulièrement la beauté formelle de ce passage , avec sa ligne mélodique assez pure . De sa voix de velours , l'étudiante disparue le chanterait sans doute à merveille ? , pensa-t-il .
Comment le savoir ? Et ce qui lui trottait dans le crâne ?
Il finit cependant , de manière indirecte , par donner un jour au lecteur sa réponse , accordant une interview dans laquelle il brossait le tableau de ses sources d'inspiration , les poèmes symphoniques de Richard Strauss , " Une Vie de Héros " , " Métamorphoses " , figurant en bonne place ( 16 ) .
De même , parlait-il d'un de ses romans favoris d'Annemarie Schwarzenbach , et de la phrase y affirmant qu'il n'est pas
" difficile de tenir la vie à distance " .
( 17 )
Peut-être aurait-il eu mieux fait de se taire que de défier le Ciel ?
Après tout , cette fascination qu'exerçait sur lui cette blessure dans le regard de sa princesse malade , n'était-ce pas celle de la Mort , sujet de son opéra ?
Il voyait parfois son reflet dans un miroir de glace qu'une étoile incendiaire illumine , au bout de l'infini : c'était elle qui lui apparaissait de l'autre rive , rayonnante , si proche et si lointaine , à la surface de la mer bleu-sombre de ses
rêves ...
" Doux rayon de l'aurore ,
Pourquoi veux-tu me fuir ? ... "
( 15 )
6 - Avant de quitter l'Allemagne afin de poursuivre sa tournée , Il avait jeté dans la Spree une petite rose rouge en souvenir de leur brève rencontre du mois d'août . Puis il se mit à fuir , comme il savait le faire , dans son travail pour essayer de l'oublier .
Souvent , pour se rapprocher de la jeune fille , on le voyait prier dans une église .
Il avait cru , sans doute , reconnaître son visage dans Celui de la Consolatrice des Affligés ?
Mais comme elle lui avait révélé son enfance dans les Vosges , pour en avoir le coeur net , il résolut à l'occasion d'une fête musicale à Ribeauvillé , d'aller rendre visite aux villages de montagne alentour .
Dès l'aube , s'élançant sur la route au volant de sa " Volkswagen " , il se dirigea vers le Haut-Koenigsbourg , imposante forteresse dominant la plaine d'Alsace , et vers Sainte-Marie-Aux-Mines .
( 18 )
Les premiers brouillards
d'octobre , surplombant les vignobles , charroyaient leurs lambeaux de grisaille cotonneuse à l'horizon des hautes
vallées , blancs linceuls s'accrochant aux cimes des sapinières jusqu'aux
" chaumes " fleuris de quelques boutons d'or ou genêts ... ( 19 )
La saison lui parut magnifique dans son cortège de feuilles mordorées que le soleil matinal enveloppait d'une faible lumière , tourbillons de cendres , poussières virevoltant au vent , vestiges d'une folle jeunesse enfuie aux yeux nostalgiques du conducteur qui n'arriverait sans doute jamais à les rattraper , songea-t-il , malgré la vitesse de sa voiture ... Mais soudain ...
Lorsqu' il eut quitté l'étroit chemin départemental en s'enfonçant progressivement dans le silence des grands arbres noirs , le visiteur découvrit sur une verte prairie au-dessus des nuages , dans les vagues reflets d'une pièce d'eau lumineuse , immobile , cette longue bâtisse moirée de brume aux fenêtres toujours closes que la jeune fille , il s'en souvenait maintenant , lors de leur première rencontre , avait rapidement évoquée ...
Quel visage d'ombre s'approcherait alors de moi , sous la tonnelle au souffle léger de verdure ? , psalmodia-t-il machinalement dans sa tête .
" Où est la Bien-Aimée ,
Où est la Demoiselle ? ( 20 )
"Je suis perdu au monde " , songea-t-il , évoquant encore le fameux poème de Rückert ... ( 21 ) *
( A Suivre )
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DAN AR WERN - CELEBRATION - III - Je Suis Perdu au Monde ( Automne ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " CELEBRATION " , copyright 2023
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Notes :
14 - Edouard Lalo ( 1823 - 1892 ) , composa " Le Roi d'Ys " , légende théâtrale d'inspiration bretonne , créée le 7 mai 1888 à l'Opéra Comique .
" Werther " , créé à Vienne le 16 février 1892 , opéra de Jules Massenet ( 1842 - 1912 ) , inspiré par l'oeuvre de Goethe .
15 - " Les Poèmes d'Ossian " ( The Works of Ossian ) , publiés en 1765 , furent l'oeuvre du poète écossais James Mac Pherson ( 1736 - 1796 ) .
16 - " Une Vie de Héros " ( Ein Heldenleben ) , poème symphonique ( 1897 / 1898 ) , et " Métamorphoses " ( Metamorphosen , 1945 ) , oeuvres du chef d'orchestre et compositeur allemand Richard Strauss ( 1864 -1949 ) .
17 - " Le Refuge des Cimes " ( Flucht Nach Oben ) , roman d'Annemarie Schwarzenbach ( 1908 - 1942 ) , fut terminé en 1933 .
18 - Château du Haut-Koenigsbourg , Sainte-Marie-Aux-Mines ( Markirch ) , dans le Val d'Argent , voir carte ci-dessous .
19 - Chaumes ( ou Hautes-Chaumes ) = prairies vosgiennes d'altitude .
20 - " Images d'Alain-Fournier "
( 1938 ) , par Isabelle Rivière ( 1889 - 1971 ) , soeur de l'écrivain .
* 21 - " Ich Bin der Welt Abhanden Gekommen " ( Je Suis Perdu au Monde ) , poème de Friedrich Rückert dans le cycle " LiebesFrühling " ( 1821 ) repris par Gustav Mahler dans ses " Rückert-Lieder " .
CELEBRATION - II - Pastorale ( Eté ) .
CELEBRATION
II - Pastorale
( Eté )
" La musique est le pays des âmes , comme les masques sont le pays des corps ... "
Jean-Paul *
4 - Elle lui parut si belle , coiffée à la garçonne , avec son minois d'ange tombé sur Terre et ses fines lèvres d'où émanaient les plus purs accents d'une musique d'outre-monde .
" Quelqu'un peut-il me conduire jusqu'à la porte ? "
Il se rappela qu'il y avait sur son bureau un portrait de Perugini lui ressemblant . ( 4 )
- J'ai reconnu votre présence ,
monsieur , grâce à un murmure dans la foule ... Vous êtes le grand chef d'orchestre , n'est-ce pas ? , demanda-t-elle , rougissante lorsqu'il lui tendit la main .
Puis il se vit paralysé par la peur , n'osant lui poser cette stupide question : lorsqu'on est aveugle , pourquoi venir à une exposition de peinture ?
- Je n'y vois presque plus moi-même ... , lui avoua-t-elle simplement , tachant d'anticiper cette étrange interrogation .
- " ... moi , je vous apprendrai à voir " , fit-il mine de lui murmurer sans
réfléchir , citant le vieux roi de " Mélisande " ( 5 ) .
Ils se promenèrent dans le parc ,
et malgré la pesanteur du premier silence , comme s'ils se connaissaient depuis longtemps , bras-dessus , bras-dessous ...
Tenant sa canne blanche , la jeune fille s'efforçait de lui cacher son
trouble .
- Vous vous intéressez au Romantisme ? , commença-t-il avec précaution .
- Disons plutôt qu'un drame de Byron m'a conduit vers Friedrich , répliqua-t-elle , souriante . ( 6 )
Elle parlait d'une voix blanche , faible , avec une certaine lenteur , de la
timidité .
Son attitude craintive , sa démarche gracieuse , lui évoquèrent celles d'une biche apeurée .
- Chez moi , dans les Vosges , poursuivit-elle , gênée , certains paysages mystiques de cloître en ruine ou de cimetière abandonné font , paraît-il , penser aux siens .
D'ailleurs , ce personnage dans la montagne ... , balbutia-t-elle encore , je trouve ... euh ... Il vous ressemble , n'est-ce pas ? ( 7 )
Le visage de l'adolescente s'était brusquement empourpré . Elle n'en menait pas large . Elle avait réalisé trop tard son audace et ne savait plus maintenant comment se faire pardonner .
- C'est une surprise de la Providence ! , lui lança-t-elle avec fougue . Vous êtes célèbre ! L'élève de Paul Le Flemm !
( 8 )
Vous savez , j'étais dans les choeurs de
" Manfred " lorsque vous avez dirigé ,
ici , l'opéra de Schumann . Quel musicien ! C'est mon préféré , avec Liszt ... Et vous , bien sûr . ( 9 )
Sans doute avait-elle tenté , pensa-t-il , d'atténuer sa maladresse .
Mais il aimait tellement la musique de ses paroles , qu'il n'imagina plus maintenant faire s'interrompre l'élégante partition . Le compositeur se rendit alors compte avec dépit , qu'absorbé par son travail ou par quelque intuition créatrice , il avait dû laisser de côté de belles âmes comme la sienne sans jamais même s'apercevoir de leur
existence . C'était un reproche de sa femme , qui l'accusait souvent de fuir le monde en ignorant la vie de famille et ses semblables .
Cette petite bourgeoise élitiste , jugeait-il , vivait elle aussi dans sa tour d'ivoire
parisienne . Et cette attaque n'était après tout qu'une manifestation de rage habituelle contre l'indifférence de son compagnon .
- Mademoiselle , je suis confus , se mit-il à bredouiller , comme s'il venait de comprendre avec un peu de retard cet impérieux désir naissant de lui faire des confidences , puisqu'elle avait été choisie par l'Institut pour cette rencontre privilégiée avec le " maestro " .
Mais non , se défendit-il d'un soupir , je ne suis pas celui que vous croyez , cette idole hors d'atteinte , " ce Phénix dans les nuages " , comme ils disent ...
Je suis quelqu'un de très banal ... Pardonnez-moi .
De prime abord , cette déclaration surprenante ne parut pas la faire ciller .
Mais elle tourna légèrement la tête , et d'un geste gracile ensuite , ôta ses lunettes rondes qui , derrière le noir d'un verre fumé , cachaient deux grands yeux clairs comme l'azur .
- Aujourd'hui , c'est " la Symphonie Pastorale " ! , lui lança-t-elle d'une mine radieuse en guise de réponse . ( 10 )
Elle respirait l'air à pleins poumons , l'éblouissement de son sourire , exaltant toute la beauté de son corps d'adolescente , la montrait goûtant un moment de bonheur , énivrée par cette manifestation grandiose des forces de la Nature !
Le musicien resta sur la défensive .
Il était évident que cette fille réussissait quand même à le libérer de certains remords inhibiteurs .
Quel paradoxe de la Destinée ! , réfléchit-il .
Sans mentir , il se trouvait bien auprès d'elle . Et même s'il n'avait plus l'âge des amours collégiennes , n'était-elle pas parvenue en quelques mots , par son charme , sa délicatesse , à réchauffer le coeur usé d'un artiste , à comprendre sa solitude ?
- Vous savez , je vous connais depuis longtemps , j'ai tous vos disques dans ma chambre ... Et , je vous joue tous les jours , sur mon piano ... , lui confia-t-elle soudain , tirant , comme une gosse dévergondée , sur la manche de sa
veste .
Venir à Berlin , se dit-il , un sourire aux lèvres , pour qu'une aveugle vous rende la vue !
Un coup de Soleil ! Telle serait la marque laissée à jamais , bien plus profonde , par cette rencontre éphémère d'un jour d'été .
- Je devrai bientôt vous quitter , malheureusement , ma chère , se mit-il à bredouiller sans prendre conscience des conséquences de cette formule machinale qui lui permettait souvent d'échapper plus vite aux obligations mondaines ...
- Hélas , ma soeur , doit venir aussi me chercher ...
L'idée de ce simple constat le laissa complètement anéanti !
Donc , il lui faudrait laisser s'enfuir trop vite celle qui avait , l'espace d'un instant , déchiré un coin du ciel , transfigurant sa pauvre vie .
Il s'appuya plus fort contre elle , avec la crainte qu'elle ne juge déplacé cet élan .
Mais au contraire , elle saisit sa main pour la réchauffer contre sa poitrine . Il put ainsi compter les battements de son coeur à la vitesse des pensées fébriles d'un homme amoureux !
- Je suis sûre , monsieur , que vous passerez , ce soir , à l'église " Maria Regina Martyrum " ! ( 11 )
Nous devons tous nous retrouver dans la crypte , aux pieds de la Femme de l'Apocalypse .
Savez-vous qu'il y aura aussi Louis-Ferdinand de Prusse , l'héritier des Hohenzollern , un artiste émérite ? ( 12 )
Elle lui expliqua qu'elle était étudiante dans une école où l'on pratiquait le chant choral , y jouant , en plus de son instrument préféré , les apprenties " soprano ". Mais que l'année scolaire se terminant , son retour chez elle aurait lieu après le " cadeau " de cette rencontre exclusive et cet ultime concert donné pour la remercier de son premier prix par les élèves de l'établissement .
- " L'Offrande Musicale " figurera au programme ! , ajouta-t-elle avec entrain .
( 13 )
- Une musique divine , s'efforça-t-il de conclure sur un ton de forfanterie destiné à lui cacher sa peine et lui faire comprendre avec un semblant d'humour que le véritable présent , pour lui , c'était elle , sans lui révéler qu'il avait déjà été mis au courant de tous ces détails , mais que ce qui lui faisait mal , maintenant , c'est qu' il aurait voulu lui parler encore juste un petit peu !
Il n'en eut guère le temps .
- Merci de nous avoir accordé un peu de votre agenda si précieux , claironna la nouvelle venue , triomphante !
Elle lui ressemblait , à l'évidence . Mais tellement différente . Parfaite à sa manière , un peu plus âgée , plus
grande , sportive , extravertie .
On aurait dit un couple de tourterelles , deux jeunes colombes , qui allaient prendre leur envol après avoir frôlé de leurs ailes graciles , juste un instant , ce lugubre royaume où il avait si longtemps tenté de survivre parmi les ombres ...
( A Suivre )
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DAN AR WERN - CELEBRATION - II - Pastorale ( Eté ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " CELEBRATION " , copyright 2023
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Notes :
4 - Charles-Edward Perugini ( 1839 - 1918 ) , " Study in Chalk " .
5 - " Pelléas et Mélisande " ( Acte II , Scène 4 ) , opéra de Debussy ( 1862 - 1918 ) , sur un livret de Maurice Maeterlinck ( 1862 - 1949 ) . Créé en 1902 .
6 - " Manfred " , drame en vers de Lord Byron , publié en 1817 , qui inspira Schumann .
7 - " Le Voyageur au-dessus de la Mer des Nuages " ( Der Wanderer über dem Nebelmeer " ) , 1817 - 1818 , Caspar David Friedrich .
8 - Paol Ar Flemm / Paul Le Flem /
( 1881- 1984 ) , l'un des plus célèbres compositeurs bretons .
9 - " Manfred " ( 1852 ) , opéra de Robert Schumann ( 1810 - 1856 ) , d'après un poème de Byron .
10 - Symphonie n°6 , de Beethoven , dite " Pastorale " , composée entre 1805 et 1808 .
11 - " La Femme de l'Apocalypse " , sculpture de F. Koenig , dans l'église " Maria Regina Martyrum " , construite en 1963 en mémoire des victimes du nazisme .
12 - Louis-Ferdinand de Prusse / Von Preussen / ( 1907 - 1994 ) , petit-fils du Kaiser Wilhelm II. , violoniste et pianiste de talent , compositeur .
13 - " L'Offrande Musicale " ( Musikalisches Opfer , 1747 ) de Johann-Sebastian Bach ( 1685 - 1750 ) , sur un thème de Friedrich II. der Grosse
( 1712 - 1786 ) .
* " Flegeljahre " ( 1804 / 1805 ) , roman de Jean-Paul ( Johann Paul Friedrich Richter , 1763 - 1825 ) .
" Le Voyageur au-dessus de la Mer des Nuages " ( Der Wanderer über dem Nebelmeer " ) , 1817 - 1818 , Caspar David Friedrich .
CELEBRATION - I - Tressaillement ( Printemps ) .
CELEBRATION
I - Tressaillement
( Printemps )
" Je me rappelle un concerto de Jean-Sébastien Bach joué au piano par une très jeune fille d'un talent parfait . "
Georges Duhamel - " La Musique Consolatrice " ( 1944 )
1 - Les traits pâlis , décomposés par le trac mais s'efforçant de sourire au
public , elle s'assit sur la banquette pendant que l'orchestre , tout de suite , se mettait à jouer , la musique vibrant bientôt d'une parfaite splendeur sous ses doigts effilés de fée aveugle se reflétant dans le bois luisant du couvercle , courant comme des sortes d'insectes monstrueux sur le clavier noir et blanc du piano .
Elle crut percevoir alors , de connivence aurait-on dit , quelque dérèglement sonore à l'intérieur de son ventre , au moment où , par un accord mineur , la lumière parvenait à s'y engouffrer soudain dans l'épaisse obscurité de son monde , la faisant tressaillir avant d'entamer soudain la brève coda reprenant le thème initial comme si , en cet adagio , un enfant peu à peu surgissait d'elle-même , prenant son envol .
2 - Mouillée d'émotion , sa musique sensible , que les cordes blessées de sa voix psalmodiaient avec peine sur les touches du céleste instrument , résonnait profondément en vous , nouvelle chanson triste que celle d'une fille perdue aux yeux verts chassée par son infirmité , de même que par la force d'un grand amour du royaume cruel des vivants ...
Car aujourd'hui , c'était " Les Poèmes de Morven le Gaélique " , librement inspirés du texte de l'auteur et notés par la pianiste . ( 1 )
" J'avais rêvé la nuit d'une fille de fontaine ,
En robe de soie brillante comme la mer ... " ( 2 )
L'auditoire se troublait à son écoute , frissonnant d'inquiétude , se demandant ce qu'il était venu faire là , dans cet auditorium , lieu de mystères et de ténèbres ...
Mais , songeait-il aussitôt , gagné par l'angoisse de la mort , combien de temps encore serait donné à cette belle âme juvénile , un peu naïve , avant qu'elle ne devienne une autre femme , vieillissante et malade , qu'on croyait déjà connaître , et qui , à nouveau , devrait sans doute bientôt leur tirer sa révérence pour partir vers d'autres
mondes , laissant là les conventions d'un orchestre social à la partition trop bien réglée ?
" Celle qui a avalé votre amour ,
Elle le rendra avec son sang ...
Des fleurs il y aura ,
S'il n'y a pas de fusil pour vous ... " ( 3 )
3 - La musique tenait une si grande place dans sa vie , surtout depuis la mort de son maître , qu'elle y avait consacré beaucoup de temps , jouant du piano avec cette fougue propre à sa jeunesse , mais également de la flûte à bec et de la guitare en amateur .
Les harmonies de Bach l'avaient tellement subjuguée que se " laissant porter " un jour , écrivit-elle , dans une petite chapelle pour l'adoration du Saint-Sacrement , Dieu lui fit ressentir Sa présence , et , par la suite , à la moindre mesure de Jean-Sébastien , son coeur se mettait à " tressaillir "!
L'envoûtement commença plus
tôt , d'ailleurs , pendant un concert d'orgue au début de la " Pastorale " ou à la fin de la " Fantasia " , dit-elle dans un article où elle expliquait qu'elle avait été tellement prise par la montée douce et ferme des thèmes du génie d'Eisenach que jamais elle ne l'avait ressenti aussi
" physiquement " , sauf , peut-être , dans le " 5è Concerto Brandebourgeois " , le plus beau d'après elle .
Profondément émerveillée par l'allemand , car il avait ce pouvoir de la tenir en haleine d'un seul phrasé d'un quart d'heure , elle se plaisait à l'écouter de toute ton âme jusqu'à se trouver complètement exténuée à la fin d'un concerto .
" C'est beaucoup plus fatigant , concédait-elle , que Debussy ou même qu' Honegger ( ses autres favoris ) ! Mais la puissance de cette musique était capable d'apaiser n'importe quel conflit social ou personnel , voire intime et des plus ordinaires , chacun pouvant être dépassé , jugeait-elle , par ce profondissime potentiel de force et de paix remuant tout son être que lui apportait le musicien !
( A Suivre )
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DAN AR WERN - CELEBRATION - I - Tressaillement ( Printemps ) - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " CELEBRATION " , copyright 2023
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Notes :
1 - " Poèmes de Morven le Gaélique "
( Posth. , 1953 ) de Max Jacob ( 1876 - 1944 ) , romancier breton , poète juif né à Kemper , décédé au camp de Drancy .
2 - " La Fille de Fontaine " ( Morven le Gaélique ) , poème de Max Jacob .
3 - " Chanson de Clerc " ( Morven le Gaélique ) , texte en prose de Max Jacob .
LETTRES D'UNE IMMORTELLE - Première Partie - Claire - XIV - Bach , Es-tu Dieu ?
Lettres d'une Immortelle
PREMIERE PARTIE : Claire
XIV - Bach , Es-tu Dieu ?
( 01 octobre 2023 )
La musique tenait une si grande place dans sa vie qu'elle y consacra beaucoup de temps , jouant du piano avec cette fougue propre à sa jeunesse , mais également de la flûte à bec en amateur , de la guitare , avant même de chiner au marché aux puces de Toulouse un violon que , pour finir , elle regarda remplie d'amour et d'élan passionnel , comme chaque fois qu'elle se mettait à l'orgue !
Les harmonies de Bach l'avaient tellement subjuguée que se " laissant porter " un jour , écrivit-elle , dans une petite chapelle voisine de la " Via
Venezia " , à Rome , pour l'adoration du Saint-Sacrement , Dieu lui fit ressentir Sa présence , et , par la suite , à la moindre mesure de Jean-Sébastien , son coeur se mit à " tressaillir "!
L'envoûtement commença plus
tôt , d'ailleurs , pendant un concert d'orgue au début de la " Pastorale " ou à la fin de la " Fantasia " , expliqua-t-elle dans une lettre . Elle avait été tellement prise par la montée douce et ferme des thèmes du génie d'Eisenach que jamais elle ne l'avait ressenti aussi " physique-
ment " , sauf , peut-être , dans le " 5è Concerto Brandebourgeois " , le plus beau d'après elle .
Profondément émerveillée par l'allemand , car il avait ce pouvoir de la tenir en haleine d'un seul phrasé d'un quart d'heure , elle se plaisait à l'écouter de toute ton âme jusqu'à se trouver complètement exténuée à la fin du concerto .
" C'est beaucoup plus fatigant , concédait-elle , que Debussy ou même qu' Honegger ( ses autres favoris ) ! Mais la puissance de cette musique était capable d'apaiser n'importe quel conflit social ou personnel , voire intime et des plus ordinaires , chacun pouvant être dépassé , jugeait-elle , par ce profondissime potentiel de force et de paix remuant tout son être que lui apportait le musicien !
Dan
( A Suivre )
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DAN AR WERN - Lettres d'une Immortelle - Première Partie - Claire - XIV - Bach , Es-Tu Dieu ? - Pep gwir miret strizh - All rights reserved - Tous droits réservés . " Lettres d'une Immortelle " , copyright 2020 .
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