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Le Piège - Seconde Partie - Invasion - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

10 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Seconde Partie - Invasion  - XII - L'Attaque de Belle Harbor !

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" Le véritable élève apprend à extraire l'Inconnu du Connu , et se rapproche du Maître ... "    

Johann Wolfgang Von Goethe ( 1749 - 1832 ) : " Les Années d'Apprentissage de Wilhelm Meister " ( Wilhelm Meisters Lehrjahre , 1795 / 1796 ) , Livre VII ( Lettre d'Apprentissage ) .

 

 

 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

( Invasion )

 

 

 

 

 

 

 

XII - L'Attaque de Belle Harbor !

       

         

 

 

 

 

 

 " Car il est arrivé le grand jour de la colère ,

  Et qui donc peut tenir ? "

Apocalypse , 6 , 17 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28Pedro ... , fis-je lentement . Qu'est-ce qu'il savait au juste  ?

- Il en avait suffisamment appris pour comprendre la valeur du déclencheur , ajouta Steinberg .

- Et Katalin ?

Aucun des deux ne se précipita , cette fois , pour me répondre .

- Elle a vu le schéma , dit Caldwell , et je crois quelle est informée quil ne faut pas lactiver sans contrôle .

Je fronçai à nouveau les sourcils .

- Vous voulez dire , sans votre contrôle ?

Un très léger sourire passa sur le visage du directeur .

- Cest une façon de voir les choses .

Le professeur Steinberg , lui, ne souriait pas .

- Le problème , énonça-t-il avec lenteur , ce nest pas dentrer en contact .

Il me fixait avec une intensité nouvelle .

- Cest de savoir qui ... répondra , et comment ?

Et vous pensez que moi ...

- Nous vous avons observé , coupa Caldwell Vous êtes protégé vous nêtes pas compatible !

Je reculai d’un pas.

- Vous êtes en train de me dire que ... tout ça ...

Je désignai les deux hommes  , la pièce , la forteresse .

- ... était prévu ?

Les deux autres , qui échangèrent un regard complice , conclurent , presque à voix basse :

- Tout converge vers vous !

29 - Le vent hurlait au-dessus de Belle Harbor . Des vagues noires venaient se fracasser contre les digues tandis qu’une brume épaisse recouvrait les rues désertes du vieux quartier maritime . Les rares lumières encore allumées paraissaient flotter dans le brouillard comme des veilleuses funéraires . Le convoi s’arrêta sans bruit près de la petite église Saint-François-de-Sales . Caldwell descendit le premier . Derrière lui apparurent sept hommes d'un commando , vêtus d'uniformes neutres n'arborant aucun signe , munis d'armes automatiques , portant lunettes nocturnes et casques noirs . 

Maël ,  poignets entravés , deux militaires l’encadrant étroitement , marchait au centre de ce groupe . Katalin referma lentement la portière du dernier véhicule , puis leva les yeux vers le clocher sombre de l’église .

- Lentrée se trouve derrière le mur nord , dit-elle calmement .

Le  directeur l’observa en silence . Il avait toujours connu la vérité . Depuis le début , la fille ayant conservé le schéma cristalin près d’elle , ne l’avait , en fait , jamais caché . Le microfilm , qui avait servi de " leurre " vis-à-vis du prisonnier , constituant la clé même du dispositif enfoui sous Belle Harbor , avait été développé à l’insu de celui-ci dans la base secrète . Les techniciens avaient mis à jour ce qu’il contenait réellement : le plan d'une structure géométrique reliant le " Grand Miroir " de la forteresse à un second point de passage situé sous l’église . Il s'agissait bien d'une clé pour ouvrir une porte , ou peut-être pire encore !

Katalin écarta le lierre humide recouvrant une vieille plaque métallique . Elle introduisit une fine clé argentée dans un mécanisme invisible . Un grondement sourd ne tarda pas à résonner aussitôt sous leurs pieds . Puis une partie du mur , lentement , pivota , un souffle glacé montant des profondeurs . Les soldats , l'air soucieux , virent apparaître un passage étroit devant eux , totalement taillé dans une roche noire parcourue d’étranges veines bleutées .

- Formation serrée ! , ordonna leur chef . Les lampes s’allumèrent .

Sans attendre davantage , le groupe s’enfonça dans les profondeurs . Très vite , Maël sentit que quelque chose n’était pas normal . Autour de lui , comme si le tunnel était lui-même un organisme vivant , l’air vibrait bizarrement . Des symboles comparables à ceux du " schéma cristalin " se montraient parfois sur les parois humides : lignes brisées ressemblant à une écriture inconnue , spirales fractales , figures hexagonales ...

- Vous saviez tout cela , n'est ce pas ? murmura-t-il à Katalin .

Avant de répondre , elle continua d’avancer prudemment quelques secondes .

- Pas au début .

- Mais vous travaillez pour qui ?

Elle ralentit , souriant légèrement .

- Pour ceux qui croient pouvoir en tirer profit .

Cette phrase hypocrite , encore plus que l’humidité des lieux , glaça le jeune breton .

Pour finir , après plusieurs minutes de progression , le passage déboucha derrière la petite église . Ils pénétrèrent dans une ancienne crypte abandonnée . L’odeur de bois pourri , de pierre humide et d’encens froid stagnait encore dans la pièce . Un Christ de plâtre gisait au sol , décapité . Le directeur s’approcha immédiatement du mur du fond .

- Le " schéma " , vite ! , ordonna-t-il .

Alors , l'agent Varga sortit de sa veste la fameuse figure cristalline , document translucide soigneusement plié . Sous les lampes , les lignes géométriques parurent lentement se déplacer à l’intérieur même de la matière . Le technicien du groupe installa ensuite un petit projecteur optique . Le " schéma " fut placé contre le mur . Pendant quelques secondes , rien ne se produisit . Puis , Katalin fit légèrement pivoter le document . D'à peine quelques millimètres . Soudain , les lignes de cristal s’illuminèrent d’une phosphorescence bleutée . Un grondement traversa aussitôt toute la salle souterraine , tandis que la pierre du mur se fendait peu à peu en son centre . Et derrière elle , apparut une surface noire parfaitement lisse : ni verre , ni métal , une matière obscure et liquide absorbant la lumière elle-même , semblable au " Grand Miroir " de la forteresse ! Maël sentit immédiatement sa présence . Comme si la salle secrète de " Castle William " existait désormais juste derrière cette membrane mouvante . Le miroir vibra . Puis une faible lumière brilla dans ses profondeurs , tandis que des silhouettes de type humanoïde , monstrueusement étrangères , commençaient d'en émerger lentement Leurs corps semblaient composés de matière translucide et de fragments lumineux , certaines parties de leurs membres paraissant puis disparaissant comme si leur structure hésitait encore entre deux réalités .

Les soldats reculèrent instinctivement . L’un d’eux leva son arme .

- Bordel ! Quest-ce que cest que ça ?…

La première créature posa sa longue main tentaculaire contre la surface noire . La vitre se déforma comme de l’eau . Puis , l’être traversa la paroi dans un bruit humide et métallique , pendant que d’autres silhouettes le suivaient . Des dizaines , peut-être davantage , comme une armée attendant depuis des siècles qu’une porte s’ouvre enfin ! Mais l’entité de tête était différente , plus grande et plus stable , dépassant les deux mètres largement . 

Son corps mince était soutenu par des membres anormalement longs , presque démesurés , dont les articulations semblaient trop nombreuses .

Bien au-dessous des genoux , descendaient ses bras , qui se terminaient par les doigts interminables de ses longues mains filiformes ressemblant à du cristal vivant , comme sa peau translucide , parcourue de pulsations bleutées . Mais c’était surtout son visage allongé , étroit , presque noble dans sa froideur inhumaine , dont les pommettes très hautes donnaient une dureté minérale à ses traits , deux fines fentes verticales remplaçant les narines humaines , qui paralysait les regards . La minceur de sa bouche en paraissait incapable d’exprimer la moindre émotion . Quant à ses yeux effilés , mais sans aucune pupille visible , ils occupaient presque toute la largeur de sa face , immenses comme un ciel étoilé vivant faisant tourner , à l'intérieur , une lumière blanche constellée de minuscules points noirs !

 

 

 

 

( A Suivre )

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DAN AR WERN - Le Piège - Seconde Partie - InvasionXII - L'Attaque de Belle

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - XI - Professeur Steinberg .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - XI - Professeur Steinberg .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

XI - Professeur Steinberg

       

         

 

 

 

 

" La conscience hésite généralement à percevoir ou à admettre la nature contradictoire de son arrière-plan , bien que son énergie ait précisément là sa source . "  

 

Carl Gustav Jung - " Mysterium Conjunctionis " ( Préface )

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

25 - Le silence qui suivit le départ de Caldwell sembla se dilater , comme si la pièce elle-même retenait son souffle . Puis quelque chose changea . La paroi de verre ondula , tandis que l’image qu’elle renvoyait , vibrant  imperceptiblement , non plus comme un simple reflet , mais comme une surface d'eau qui cède , se troubla , faisant apparaître une silhouette un peu floue , d'abord , puis de plus en plus nette , celle d'un homme âgé , droit malgré la fatigue visible dans ses traits , qui entra donc sans qu'aucune porte ne s’ouvre . Il y avait dans son regard l'expression d'une intelligence dure , ancienne , presque obstinée .

- Qui êtes-vous ? , lui demandai-je , de plus en plus déconcerté .
L’homme finit par se présenter .
- Je suis le professeur Steinberg .
Puis , avec une précision presque clinique , il me déclara :
- Je crois que vous êtiez en train d’écouter une version très incomplète de notre propre histoire . Christie , la fille de mon collaborateur Lazslo Istvan , prisonnier de l'est poursuivit-il avec une certaine lenteur , n'était pas qu'une correspondante chargée de récupérer le microfilm , fruit de notre travail , récupéré par un cubain , Pedro , à Budapest .
Je sentis brusquement monter en moi la tension .
- J'avais besoin d'un relais discret , mobile , suffisamment éloigné pour ne pas être immédiatement relié à mes travaux , continua-t-il pendant que nous prenions un petit déjeuner dans la salle commune .
Je fronçai les sourcils .
- Quels travaux ?
Dans le regard de l'homme de science , passa une brève lueur .
- Ceux qui , à Budapest ont été volés dans un premier temps .
Cette fois , Caldwell intervint :
- Katalin n'était pas prévue dans le processus initial .
Paul Steinberg tourna légèrement la tête.
- Non , mais elle a compris quelque chose que nous n’avions pas anticipé .
Je fixai les deux hommes .
- Quoi  ?
- Que ce microfilm n'était pas qu'un simple travail scientifique à protéger , répondit le chercheur , après un silence , me regardant droit dans les yeux .
- C'était un déclencheur !

 

26 - Personne ne parla pendant plusieurs secondes . Le mot était comme suspendu dans l’air .

- Ce que vous appelez " microfilm " n'est , cependant qu'un support , poursuivit Paul comme s’il cherchait , non pas ses mots , mais la limite à ne pas franchir . Il s’approcha de la paroi de verre. Celle-ci s’illuminant faiblement , comme si elle reconnaissait sa présence . 

Alors , bizarrement , des formes apparurent , géométriques , non pas des données instables , mais autre chose .

- Elles ont besoin d'un encodage , poursuivit-il . Mais pas au sens classique , dun schéma cristallin permettant de communiquer avec elles , ce document qu'on m'a volé , parce qu'on avait peur ! Ces entités , vivant dans un monde parallèle , peuvent en effet , par leur vision du futur , aussi bien ruiner les modèles capitalistes que communistes !

Je plissai les yeux .

Les formes se mirent à évoluer lentement , s’imbriquant les unes dans les autres selon une logique non linéaire .

- Initiée par nos travaux , rappela Steinberg , et perfectionnée par cet ancien collègue retenu à lEst .

Puis , lançant Un bref coup d'oeil vers Caldwell :

Un homme qui avait compris avant moi ce que nous étions en train de créer .

- Un protocole dinterface , intervint le directeur .

- Non , corrigea l'autre . Un seuil .

Le mot résonna différemment .

- Ce schéma , voyez-vous lorsqu'il est correctement interprété ne transmet pas qu'une information précise .

Et , se tournant vers moi :

- Il ouvre une possibilité infinie de communications .

Fasciné , je voulais en savoir plus :

- Avec quoi , lui demandai-je après un silence .

Paul hésita .

- Avec ces entités .

Le mot tomba sans emphase . Ce qui le rendit encore plus lourd .

- Des intelligences , précisa Caldwell , situées dans un cadre que nous ne pouvons pas décrire avec nos modèles physiques standards .

Je restais immobile , pétrifié comme une statue de sel !

- Un autre monde ?

- Pas exactement , répondit le savant . Disons qu'il s'agit plutôt d'une autre configuration de la réalité .

 

27 - La surface de verre pulsant légèrement , les formes , devenues presque organiques , changèrent .

- Ces entités , reprit Steinberg n'interagissent pas avec nous directement .

- Pas sans médiation , précisa Caldwell .

- Mais elles perçoivent aussi bien notre présent que les lignes du futur !

Soudain , je sentis mon souffle se bloquer !

- Vous êtes en train de me dire ... 

-  ... que ce dispositif permet d’accéder à des projections temporelles venant d’un système extérieur au nôtre , ajouta l'homme de la CIA .

- Et pas que des projections , coupa le physicien car elles peuvent constater des futurs possibles comme des états déjà réalisés dans leur propre référentiel .

Je secouai la tête .

- Et ça peut changer quoi ? , demandai-je naïvement .

Caldwell répondit sans détour :

- Tout , mon cher Imaginez un système économique , peu importe qu’il soit capitaliste ou communiste , reposant sur une hypothèse commune l'incertitude .

Il marqua une pause :

- Supprimez , maintenant , cette incertitude ...

Et vous supprimez le système  ! , termina Steinberg .

 

 

 

FIN DE LA 1ère PARTIE

( A Suivre )

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - X - La Forteresse .

6 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

Fort Independence - Boston ( Massachusetts )

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

X - La Forteresse

       

         

 

 

 

 

" C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit des pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes ... "

Gérard de Nerval - " Aurélia " *

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

22 - Avec un fracas métallique , l’hélicoptère , à la tombée de la nuit , s’était posé dans un cercle de couleur blanche , devant une sombre bâtisse médiévale balayée par les vents venus de l’océan qui , en contrebas , frappait la roche avec la régularité d'un mécanisme , comme si l’île elle-même respirait . Je n’avais pas parlé durant tout le trajet . Katalin non plus . La forteresse avait surgi de la côte brumeuse de Boston , masse néo-gothique improbable , hérissée de tourelles sombres et de baies étroites , posée là comme une monstruosité architecturale , prétexte à un camouflage parfait , celui , sans doute , d'une zone militaire secrète , hautement sécurisée . On nous avait conduits séparément . Bientôt , nous nous retrouvâmes dans le hall d'entrée où la surveillance était assurée par des gardes en treillis de combat , portant de manière uniforme des masques de verre fumé dissimulant leur visage . ( 36 )

On nous enferma ensuite chacun dans une cellule séparée , plutôt rudimentaire mais dotée d'un lit relativement confortable et d'un écran de télévision diffusant un discours d'accueil convenu . Le lendemain matin seulement , je fus introduit dans une pièce austère , presque clinique , dont les murs nus contrastaient violemment avec l’apparence extérieure du bâtiment . 

Derrière un bureau de verre , un homme se leva .

Directeur Andrew Caldwell .

Voix posée , accent neutre et regard sans profondeur apparente , on aurait dit un professionnel du mensonge .

Asseyez-vous , mon cher .

Il fit glisser un dossier épais sur la surface du bureau .

- Nous allons tenter de clarifier tout ce qui vous est arrivé , m'expliqua-t-il .

Puis , sans détour :

Christie , vous savez , n’a jamais eu de sœur ...

Je ne réagis pas immédiatement . Je m’étais attendu à une manipulation ... Mais pas à une négation si brutale de ce que j'avais cru vivre !

La femme que vous avez rencontrée ... faisait partie d’un dispositif adverse , un leurre sophistiqué destiné à récupérer le microfilm .

Il marqua une pause , m'observant comme on ausculte un vulgaire patient .

- Et vous avez failli tomber dans le piège .

Lentement , je relevai la tête .

- " Failli " ?   

Un très léger sourire passa sur le visage de Caldwell .

- Parce que quelquun a réagi plus vite que prévu .

Il ouvrit le dossier . Photos , rapports d'enquête , analyses biométriques furent étalés d'un seul coup sur la table . Puis , une image plus ancienne de Katalin

Ou plutôt , me confia-t-il , une autre version delle ... Kathleen Varga , origine incertaine formation multiple nom d’emprunt , chirurgie reconstructive avancée ...

Il fit pivoter le dossier vers moi .   

- Regardez bien cette superposition numérisée des deux figures Nous avons la certitude qu’elle a été modifiée pour ressembler à votre amie . Ce n’est pas une coïncidence . Il s'agit d'une reconstruction .

Je sentis une tension froide me parcourir la nuque .

- Pourquoi ?

Mon voisin se leva , arpentant la pièce avec nervosité .

- Pour mieux vous infiltrer vous approcher , vous manipuler !

Tandis que je serrais les mâchoires , plus lourd encore , s'en suivit un autre silence .

- Et le microfilm ?

Cette fois , le regard du directeur se fit plus incisif .

- C'est là que notre histoire devient intéressante.

Il hôcha la tête .

Nous pensons que Varga , comprenant le piège a pu cacher au dernier moment le microfilm dans la maison de Belle Harbor . Avant même que nos équipes n’interviennent .

- Vous en êtes sûr ? , dis-je , revoyant la scène et la détresse dans le regard de Katalin .

- Disons que nous avons de très fortes raisons de le croire .

Se rasseyant , il referma le dossier , le rangeant dans un tiroir .

- Mais cela signifie aussi autre chose . Elle vous a utilisé .

Le mot resta suspendu dans l'ambiance glaciale de la pièce .

Au loin , la mer continuait de frapper la plage . Inlassablement .

23 - Caldwell avait dû , momentanément , quitter l'endroit , me laissant seul avec un garde quelques secondes . J'eus assez de temps , néanmoins , pour me rendre compte que le cadre dans lequel nous nous trouvions ne correspondait pas tout à fait au récit qu’il venait de m'imposer . Tout était trop propre . On aurait dit un décor de théâtre . Il n'y avait pas de traces d’usure , aucun marquage opérationnel , ni aucun de ces détails anodins qui trahissent les lieux réellement utilisés : câbles apparents , micro-rayures déparant le mobilier , stylos ou crayons oubliés , lots d'étiquettes . Même le drapeau américain , dans un angle , semblait beaucoup trop récent Comme un accessoire . Un frisson me parcourut l’échine quand je remarquais autre chose . Les vitres paraissaient artificielles , comme des surfaces de projection !

Je me retournais brusquement . La voix du directeur se fit à nouveau entendre derrière moi .

- Alors ? , me demanda-t-il d'un ton soucieux montrant qu'il avait perçu mon inquiétude . Qu’est-ce qui vous dérange ?

Puis , paraissant capter encore plus mon malaise après avoir fait quelques pas vers moi :

- Je me demandais combien de temps cela vous prendrait !

Le ton avait changé . Moins administratif . Plus ... direct .

- Alors non , reprit-il . Vous nêtes pas dans une base de la CIA . Pas au sens où vous lentendez .

Je sentis mon rythme cardiaque soudain s’accélérer .

- Disons que nous représentons une structure parallèle ... Cest bien plus commode .

- Pour qui ?

- Pour tout le monde .

Cependant , jugeant qu'il avait dû sentir , au bout d'un bref instant , que sa mauvaise foi était vaine , je décidai de l'attaquer frontalement :

Katalin sait-elle où est effectivement le microfilm ?

Cette fois , Caldwell , après un très léger temps de latence , et malgré que je le fixais d'un oeil courroucé , ne me répondit pas immédiatement .

- Alors pourquoi tout ça ?

Il me fit un autre sourire hypocrite , mais différent , plus froid .

- Parce que savoir nest pas suffisant . Disons ... que nous ne sommes pas certains que ce soit un simple microfilm .

Il s’approcha lentement . Puis , presque à voix basse :

- Et nous ne sommes pas certains que Katalin soit capable dy accéder toute seule .

Je sentis alors bouger une pièce de cet incroyable puzzle !

- Moi ? , demandai-je , intrigué .

Caldwell hocha imperceptiblement la tête .

- Vous avez été choisi pour une raison , Maël . Ce nest pas par hasard .

24 - Le vent n’avait pas cessé . Toute la nuit , frappant les parois de la forteresse avec une régularité obstinée , j'avais perçu , à travers les murs épais , la sourde rumeur d'une marée invisible , d'un mélange de houle et de structures métalliques en tension . C'est ainsi que j'avais très peu dormi , mais comme une masse , au milieu d'un cauchemar dont je ne me souvenais plus . La cellule dans laquelle on m’avait placé ne ressemblait ni à une prison , ni à une chambre . Elle occupait un entre-deux dérangeant : trop nue pour être confortable , trop précise pour être improvisée : un lit fixé au sol , une table intégrée dans le mur , avec aucune aspérité , ni aucune vis apparente . Même la lumière semblait sans source identifiable , diffuse et faible , mais constante , sans variation . Pas d’interrupteur . Pas d’ombre nette . Je m'étais levé plusieurs fois . Mais toujours , j'avais ressenti la même impression . Touchant la paroi , froide mais pas totalement minérale , j'avais l'impression , sous mes doigts , d'un matériau souple, presque imperceptible . Comme si le mur absorbait le contact !
Ensuite , balayant la pièce du regard , je constatai qu'aucune caméra , aucun dispositif identifiable , n'étaient visibles . Pourtant , j'étais certain de ne pas être seul . 
Un instant , je fermai à nouveau les yeux , tentant de me souvenir : l’hélicoptère , la côte, la forteresse . Puis , tout ce que Caldwell m'avait suggéré , ou laissé entendre . 
Chaque version des faits semblait s’effriter dès que je m'efforçais de la fixer . Comme si le récit lui-même était instable . Le temps passa sans repère . Aucune fenêtre , aucune horloge . Seulement cette impression diffuse d’un cycle qui ne m'appartenait pas . Puis , sans avertissement , le directeur entra , faisant quelques pas dans la cellule , effleurant même la surface du mur du bout des doigts .

- Vous avez passé une bonne nuit mon cher Les conditions sont particulières , n'est-ce pasVous êtes dans une installation de confinement avancé , précisa-t-il . C’est tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment .

- " Pour le moment " ?

- Les informations sont délivrées par étapes .

Je m'approchai un peu plus de lui .

- Vous m'aviez parlé d’une base de la CIA ?

- Convenons qu'il s'agit plutôt d'un cadre opérationnel compatible avec ce type de structure .

J'observais attentivement son regard , le rythme de sa respiration , de ses gestes . Le ton restait calme et poli .

- Il y a des informations qui une fois comprises ne peuvent plus être ignorées , rajouta-t-il .

- Alors , dites-les clairement !

- Pas encore .

La réponse était nette , sans détour . 

- Vous nêtes pas encore prêt .

Soudain , le vent redoubla au-dehors , faisant vibrer la structure , ou donnant , peut-être , l’illusion qu’elle vibrait . Caldwell se détourna .

- On va bientôt venir vous chercher .

 

( A Suivre )

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Notes :

36 Fort Independence ( Castle William ) , bastion en granit ayant servi de défense portuaire à Boston Massachusetts ( USA, situé sur Castle Island .

 

* " Aurélia ou le Rêve et la Vie " ( 1855 ) , par Gérard de Nerval ( 1808 - 1855 ) , poète , écrivain français .

 

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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - IX - La Maison de Katalin .

3 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

Église catholique Saint-François de Sales ( Belle Harbor , Queens )

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

 

IX - La Maison de Katalin

       

         

 

 

 

 

" Dame Folie est impulsive ,

  Elle s'assied à la porte de sa maison ,

  Sur un trône , en haut de la Cité ... "

Proverbes , 9 , 13 .

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

20 - La demeure de Katalin était située dans une rue de Belle Harbor , à l'abri de Jamaica Bay , dans le Queens , à l’écart du tumulte . Auparavant , nous avions réussi à semer nos poursuivants , puis à prendre le ferry à Wall Street , jetée 11 , occasion , sur le pont du navire , d'un bref échange respiratoire au grand air à-propos des avions qui , non loin de là , décollaient de l'aéroport Kennedy . ( 34 )

- Ainsi , vous connaissez ma soeur
Rien ne distinguait sa maison des autres façades anonymes , sinon peut-être cette obscurité persistante aux fenêtres, comme si la lumière elle-même hésitait à y pénétrer .

- Bienvenue chez les István !

À l’intérieur , tout était dépouillé . Bien sûr , j'avais pensé tout de suite au fameux chercheur atomiste , László István ... Un bureau . Une lampe .
Sur une étagère , quelques livres de langue hongroise , aux tranches fatiguées , cotoyaient , sur le mur , une reproduction ancienne de la Basilique Saint-Étienne de Budapest Immédiatement , je l'avais remarquée , la comparant à la petite église que j'avais vue par la fenêtre près d'un terrain de basket .
- Saint-François de Sales , m'annonça-t-elle , pleine de révérence .
- Budapest ... C'est de là que sont venus vos parents ?
Katalin ne me répondit pas . Elle avait déjà allumé la lampe et tendait la main .
- Donnez-moi lobjet .
J'hésitais avant de lui remettre une nouvelle fois mon précieux bien , dont elle parvint à extraire , dans une chambre noire ,  une imperceptible pellicule qu'elle tint dans la paume comme un fragment de hasard , chose insignifiante à première vue . Pourtant , juste au moment où elle l'avait saisie au moyen d'une pincette , l’air sembla se contracter autour de nous .
- Ce que vous avez transporté , me dit-elle avec solennité , ce nest pas qu'un document . Cest une mémoireCe microfilm vient de beaucoup plus loin que vous ne pouvez limaginer . Beaucoup de gens sont prêts à tuer pour le récupérer !
Elle installa un petit lecteur sur la table , ajusta la bande avec une précision presque rituelle , enfin , fit défiler les premières images composées de signes , formules et fragments d’équations barrées , reprises , dissimulées sous des notations liturgiques . Puis apparurent des mots , des noms formant toute une liste . Je me penchais vers elle avec une certaine curiosité .
- Ce sont des scientifiques ?
- Certains , comme mon père , oui . Dautres ... non .
Par la suite , elle fit se dérouler le film encore plus lentement . Chaque nom semblait accompagné d’un symbole , d’un verset tronqué , d’une référence obscure . Mais rien n’était vraiment explicite , et pourtant tout donnait l’impression d’un ordre caché .
- Notre père appelait cela une " cartographie de la conscience " , murmura Katalin . Il pensait que certaines structures de la matière pouvaient conserver plus que de lénergie ... quelles pouvaient retenir une trace .
- Une trace de quoi ?
Elle tourna légèrement la tête vers moi .
- De notre passé lointain , sans doute .
Un silence assez dense s’installa lorsqu'apparut une nouvelle série de documents sur l’écran , des schémas de cristaux , traversés de lignes comme des réseaux nerveux . Puis , des annotations en latin , mêlées à des équations .
- Dans son laboratoire d'Arverne-by-the-Sea , la petite ville voisine , il travaillait , reprit-elle , à la frontière entre science et ce que dautres appelleraient ... lâme . Le pouvoir ne venait pas du cristal lui-même , mais de ce quil pouvait enregistrer . Comprendre cela , cétait comprendre comment influencer , conserverpeut-être même reproduire une présence humanoïde inexplicable à travers des schémas cristallins provenant d'une civilisation jusqu'ici inconnue , certains d'entre eux ne se contentant pas de stocker seulement linformation , mais réagissant à l’identité d'êtres qui , nous observant depuis l'aube de l'humanitéles activaient sous une forme d'onde télépathique ! ( 35 )
Je reculais , presque abasourdi par ce que je venais d'entendre !
- Cest impossible ! , m'écriais-je .
- Cest pour cela quils ont voulu le faire taire . Un jouril est retourné là-bas , faisant confiance à un ancien collègue . Mais il n'est jamais revenu ! Notre mère en est morte , et c'est le père Molnár , le curé de la paroisse , notre oncle , qui s'est occupé de nous ... Quant à Christie , je sais qu'elle avait essayé , par un ami cubain , de passer le rideau de fer sous une fausse identité ...
Elle désigna encore l’écran.
- Ce nest pas qu'une simple liste . Cest une hiérarchie . Chaque nom correspond à quelquun qui a approché la découverte . Certains lont protégée . Dautres , bien entendu , ont tenté de sen servir pour la revendre .
Un nom venait d’apparaître , souligné , différent des autres . Je sentis immédiatement que quelque chose basculait . Katalin , elle , ne bougeait plus.
- Vous le reconnaissez ? , demanda-t-elle .
Je m’approchais , constatant qu'il était accompagné d’une annotation manuscrite , plus récente que le reste . Un mot revenait : " Compagnon " .
Mon cœur s'accéléra .
- Cest ...
Je n’achevais pas . Le visage de Christie me revint avec une netteté brutale , de même que ses silences quand elle venait de parler de cet homme à demi-mot , jamais vraiment nommé , toujours relégué dans une zone floue .
- Dorigine cubaine , fit sa soeur doucement . Nest-ce pas ?
Je la fixais , l'oeil interrogatif , avec cette sensation d’avoir été déplacé comme une pièce sur un échiquier dont j'ignorais les règles , tandis que les indices qu’on m' avait laissés , ce carnet , ce dessin , cette adresse incomplète , n’étaient pas vraiment destinés à me guider , car ils étaient pour quelqu’un d’autre , quelqu’un que je remplaçais sans le savoir .
- Vous étiez au courant ?
- J'étais informé de son existence . Je croyais , d'ailleurs , que c'était lui que j'allais trouver au parc !

 

21 - Un bruit lointain , dans la rue , le vrombissement d'un hélicoptère , ensuite , comme un moteur qui ralentit . Katalin éteignit brusquement le lecteur . L’obscurité reprit possession de la pièce .

- Ils approchent ! , dit-elle simplement .
Je serrais les poings de rage .
- Alors , qu'est-ce qu'on fait
Le regard plus dur et déterminé que jamais , elle se rapprocha de moi .
- Maintenant , nous allons découvrir pourquoi votre présence ici nétait pas un hasard , pourquoi vous avez été choisi !
Elle se saisit de la pellicule , sur la table , afin d'aller vite la cacher . Dehors , claqua une portière . Puis le silence , un court silence chargé , presque vivant , comme si quelque chose , au-delà d’eux , les attendait .
Mais ils n'eurentt pas le temps de réagir lorsque deux malabars masqués , vêtus de combinaisons vert kaki , les interceptèrent vigoureusement pour les conduire " manu militari  " à l'intérieur de l'appareil qui , juste après , redécolla dans un bruit d'enfer !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxIX - La Maison de Katalin - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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Notes :

34 Belle Harbor est un petit quartier résidentiel de New-York situé dans l'arrondissement du Queens au sud-ouest de Long Island , et dans la partie centrale de la péninsule de Rockaway qui sépare la baie de Jamaica de l'océan Atlantique .

35 - Arverne-sur-Mer est un quartier de New-York situé dans l'arrondissement du Queens , au sud-ouest de Long Island , situé sur la péninsule de Rockaway .

 
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Le Piège - Première Partie - Le Document Mystérieux - VIII - Hôtel Wellington .

1 Mai 2026 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #Le Piège

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

Bethesda Fountain ( Angel of the Waters ) à Central Park , NYC .

 

 

 

Le Piège

 

 

 

 

 

 

" L'Ange s'était assis sur une pierre . Je le voyais , ou plutôt , je n'apercevais plus que sa silhouette qui ressemblait à la statue d 'un dieu étranger , et le clair nuage qui lui faisait un manteau et qui planait silencieusement dans les ténèbres comme l'auréole d'un saint ... " 

Annemarie Schwarzenbach Tod in Persien "

( La Mort en Perse , 1935 - 36 , II - L'Ange et la Mort de Yalé )  

 

 

 

 

 

 

 

Première Partie

( Le Document Mystérieux )

 

 

 

 

 

 

 

VIII - Hôtel Wellington

       

         

 

 

 

 

" ... Tant de gens passent , chacun absorbé par ses propres problèmes , tant de visages qu'il est facile d'en manquer un ... "

Dialogue de " Lettre d'une Inconnue " ( Letter From an Unknown Woman ) *

 

 

 

 

 

    

 

 

 

18 - Je m’appelle Maël Tremen . J'étais venu à New York pour une raison simple , ou que je croyais telle : revoir Christie . C’était une idée fragile , je sais , presque absurde , mais elle s’était imposée à moi peu à peu , avec la même évidence que son rire autrefois , ce phénomène qui , parce qu'elle avait beaucoup d' humour , un caractère si vif et précis , vous prenait de court , ne surgissant jamais par hasard , car elle riait franchement , parfois jusqu’aux larmes , toujours plein d'entrain ! Pourtant , ce n'est pas elle qu'ici , j'avais trouvée , mais une certaine Katalin , fille à son image , d'une certaine manière , sans être elle , mais d'une ressemblance troublante , faite de mêmes gestes et silences , qui avait une tendance identique à retenir ses mots au bord des lèvres .

D'ailleurs , depuis mon arrivée à New-York , tout me semblait légèrement décalé , comme si j'étais entré dans une ville qui , elle aussi , sans en être tout à fait sûr , ne devait être qu'un mirage d'une autre réalité .

La voix , au téléphone , du même timbre que la sienne , avec cette façon de laisser entendre , de suggérer , de suspendre ses phrases juste avant l’essentiel , n’avait rien dit clairement .

Mais moi , j'avais foncé comme un fou au rendez-vous de Central Park , revoyant encore , à Paris , le visage de ma chère prof d'anglais venue , au temps des adieux , m'offrir ce petit carnet que je garderais comme un souvenir de notre rencontre , et , peut-être , avait-elle ajouté , la larme à l'oeil , une occasion de nous revoir un jour .

M'étais-je trompé ? Maintenant , deux hommes marchaient à distance régulière , ni pressés , ni réellement discrets , leurs silhouettes se détachant , menaçantes , des troncs d'arbres , l’un portant un manteau sombre , trop rigide , l’autre ayant cette manière très professionnelle de scruter sans bouger le visage .

Terrifié , j'accélérai .

- Vous devriez éviter de galoper , me lança discrètement ma voisine .

Alors , tandis qu'avec une fermeté inattendue , sa main se refermait sur mon bras , je sentis mon estomac se nouer . Nous quittâmes Central Park rapidement , sans courir d’abord , puis de plus en plus vite , comme si la ville elle-même se refermait derrière nous . Les rues se succédaient sans logique apparente . Katalin avançait sans hésiter , bifurquant brusquement , changeant de trottoir , puis ralentissant parfois sans raison visible . Je n’avais plus le temps de l'interroger .

19 - Le Wellington Hotel se dressait comme un point fixe dans un déplacement continu de la fièvre new-yorkaise . J’y étais descendu presque par hasard , sans savoir que ce lieu deviendrait , lui aussi , incertain . Nous y étions entrés sans échanger un seul mot . Le hall était calme , apparemment vide . Le réceptionniste leva à peine les yeux. . Dans l’ascenseur , elle observa , dans le miroir , le reflet des chiffres des étages .

- Vous étiez censé la retrouver ici ? , m'interrogea-t-elle .

- Oui .

- Et vous pensez quelle vous aurait attendu ?

- Christie ne fait jamais rien sans raison , vous la connaissez peut-être ? , lui demandais-je à mon tour .

Elle détourna légèrement le regard .

La porte de ma chambre , au 7è , était fermée. À première vue , rien d’anormal . Ce fut elle qui , cependant , posant la main sur la poignée , puis  figée un instant , comme à l’écoute , remarqua un léger détail .

- Elle a été ouverte ! , me dit-elle en m'indiquant un décalage presque imperceptible dans l’alignement de la serrure .

Un silence étrange emplissait la pièce , comme si quelqu’un venait de la quitter . Je vis qu'une valise avait été légèrement déplacée , qu'une chemise était pliée autrement .

Katelin se dirigea rapidement vers la fenêtre , écartant légèrement le rideau .

- On ne reste pas ici ! , ordonna-t-elle .

- Où alors ? , lui demandais-je .

Elle hésita une seconde très brève .

- Chez moi !

 

 

 

( A Suivre )

 

 

 

 

 

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DAN AR WERN - Le Piège - Première Partie - Le Document MystérieuxVIII - Hôtel Wellington - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved . " Le Piège " , copyright 2024 .

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* " Letter From an Unknown Woman  " ( Lettre d'une Inconnue ) , film de Max Ophüls ( 1948 ) , avec Joan Fontaine , Louis Jourdan

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