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le jaspe du cercle d'or

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - V - Souvenirs .

4 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - V - Souvenirs .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

 

 

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

       

 

 

 

 

 

V - Souvenirs

 

 

 

  " The ghosts of the dawn      Moving near ,      They pass through your sorrow      And leave you quite still ,      Sitting among souvenirs ... " **   

 Dan Fogelberg - " Souvenirs  

 

 

     3 - Assis chaque jour devant son bureau face à une feuille immaculée , il tentait de capter une étincelle d'imagination , mais les mots lui échappaient , rien ne venait jamais plus comme avant . Perdues quelque part entre la beauté de la mer et le mystère des landes , ses images s’évaporaient comme une empreinte persistante dont il sentait encore la trace sous les paupières , mais dont il ne pouvait plus vraiment saisir la substance . La vraie couleur et le sens des termes lui

manquaient , comme un goût qu’on a sur la langue mais qu’on ne peut pas nommer . Plus il cherchait à s’en rappeler , plus il perdait la moindre impression de ce rêve , comme du sable glissant entre ses doigts .
Fixant alors le blanc du papier devant lui , toujours vide malgré ses heures d'application , l’angoisse le gagnait peu à peu , une lourdeur s’accroissant à mesure qu’il réalisait qu’il ne retrouverait peut-être jamais celle qu’il avait entrevue . C'était bien là , néanmoins , qu'elle le défiait , se disait-il , muette , comme pour lui rappeler son incapacité à capturer la splendeur d'une telle évocation !

Jour après jour , il était revenu à son écritoire , hanté par ce fantôme caché derrière un voile sombre qu’il savait unique , mais qui lui échappait à chaque instant , le faisant douter de lui-même , et se demander s’il avait vraiment vu quelque chose ou s’il n’avait été que le jouet d’une illusion . Pourtant , ce chemin perdu au fond de lui , il restait convaincu qu’un jour , il finirait par le retrouver , cette brèche ouverte pendant la nuit vers un univers qu’il n’avait fait qu’effleurer .
Il avait ainsi passé des nuits , cherchant à faire naître à nouveau , entre espoir et frustration , celle qui , en lui , n’était plus qu’une ombre .

 

4 - Tiens , qu'est-ce que tu fous là , Anton ? , lui avait-elle jeté simplement , d'un air de défi , lorsque , au bout d'un long voyage , il était enfin parvenu à la retrouver du côté de Charlottesville , en Virginie . Allongé sur son lit , tout seul dans sa chambre du " Wellington " , à  New-York , il avait auparavant compris , quelques temps plus tôt , le sens caché de cette pêche miraculeuse née " 'éclats de verre dans le flot bleu frangé de pourpre " , et revu passer devant ses yeux l'étrange personne ensuite disparue dans la nuit comme s'envolent par milliers feuilles d'automne et flocons de neige , " memorabilia " d'autres photos jaunies dans cette sombre forêt de nos

souvenirs ... D'ailleurs , ce fut ce simple mot , sur une carte postale du tabac du coin , qui fut , pour lui , un déclic . Elle lui avait parlé d'une clé , celle d'une maison lointaine où , quelque part près de Monterey , elle avait vécu , seul vestige après qu'on ait détruit sa maison d'enfance ...

( 2 )

 

5 - Maintenant , la jeune femme lui laissait entrevoir , sans rien dire , que ce livre contenait une histoire d'amour entre eux non terminée . Au plus profond de lui , il ressentait son appel brûlant à la retrouver , à la croiser à nouveau , comme s’il s’agissait d’un amour perdu dans les ombres d’une jeunesse inavouée . Chaque matin , tentant de se rappeler son visage , le seul souvenir de son regard voilé lui revenait . Mais il se sentait envoûté par cette apparition , se mettant à errer dans les reliques du grenier , parti à la recherche de vieilles et rares lettres qu'il avait reçues d'elle autrefois , croyant que le hasard ou le destin les ramènerait jusqu'à elle . Puis , les jours passant , la frontière entre rêve et réalité s'estompait . Dévoré par cet espoir insensé de retrouver celle qui hantait ses nuits , cette inconnue qui semblait le connaître mieux que lui-même , il lui écrivit

enfin !

 

     6Mais où est la mort ce soir ? , lui avait-elle demandé tandis qu'un épais manteau blanc ,

dehors , couvrait le sol , où est " l'âme qui demeure en nous , vivante , et qui ouvre , grâce à l'Amour , toutes les portes du Royaume de Dieu ? " 

Qui connaît notre fin dernière , lancés du centre de l'univers dans le noir , dans l'éternel espace ? "

( 3 )

- Et n'étais-je vraiment pour toi que ce sourire d'ombre ? , bredouilla-t-il avec peine parmi les ailes brisées des mornes oiseaux déchus du papier peint flottant sur les fleurs verdâtres des tentures délavées .Tous deux s'étaient promenés dans le joli parc de Monticello , il n'avait cessé de revivre cette scène auprès d'elle brièvement retrouvée les jours suivants , dernières heures passées près d'elle depuis tant d'années ! Peut-être pour ça , réfléchit-il ensuite , qu'ayant pu lire en cachette avant son départ , le lendemain , cette phrase restée si mystérieuse et bien triste dans sa mémoire sur le journal de la demoiselle : " Dear inspector , and now my love ... / Cher inspecteur et maintenant , mon amour " , il était reparti le coeur brisé ?

 

 

( A Suivre )

 

 

                               ___

 

 

DAN AR WERN - LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - HallucinationsV - Souvenirs - Pep gwir miret strizh - Tous droits réservés - All rights reserved - " LE JASPE DU CERCLE D'OR " , copyright

2024 .

                               ___

 

Notes :

 

2 - " Les Vagues " ( The Waves , 1931 ) par Virginia Woolf ( 1882 - 1941 ) . 

 

- " Un Lit de Ténèbres " ( Lie Down in Darkness , VII , 1951 ) par William Styron ( 1925 - 2006 ) , auteur , essayiste américain . 

 

* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .
** " Les fantômes de l'aube       S'approchent ,       Qui traversent ton chagrin ,       Te laissant tout à fait silencieux        Parmi les souvenirs ... "

Souvenirs " ( 1974 ) par Dan Fogelberg ( 1951 - 2007 ) sur son album du même nom - Copyright 1974 Dan Fogelberg / CBS Inc. - Epic Records - Full Moon productions - All rights reserved .

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LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - IV - Création .

3 Novembre 2024 , Rédigé par Dan Ar Wern Publié dans #LE JASPE DU CERCLE D'OR

LE JASPE DU CERCLE D'OR - Première Partie - Hallucinations - IV - Création .

 

LE JASPE DU CERCLE D'OR

 

 

 

 

 

pour Stefan Zweig

 

 

 

 

 

       

 

- Première Partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hallucinations

 

" Vers le petit enfant , la mère s'est penchée .

  Je veux revoir ses yeux , 

  Leur regard est mon étoile ... " 

Hermann Hesse - " Le Dernier Eté de Klingsor "

 

 

 

 

IV - Création

 

        

 

" Il se peut que vous soyez mort  et que j'erre encore parmi les vivants ... "

Anna de Noailles - " Exactitudes "

- Méditation sur la Mort , III , Rupture .

( 1930

 

 

 

     1 - En effet , que peut-il y avoir d 'autre ? , marmonna-t-il dans les affres d'un sommeil trop agité , tandis que son corps , paraissant graviter dans un nuage blanchâtre traversé de violents éclairs d'électricité , régressait peu à peu jusque à la taille d'un foetus . Et puis , tout à coup , se mit à crier en lui ce bébé d'une vie nouvelle , sorti du ventre de la Mère ! Car c'était pour lui seul , sans doute , qu'il y avait eu ce brisement trouble , comme un sursaut de l'univers !

         L'Ange de la Mer créatrice , au coeur duquel s'était répandue la divine liqueur , dut , pourtant , laisser le Saint Graal , au réveil , à la garde de l'Elu de Dieu regagnant le Temple aux Portes d'Or , pendant que l'Homme redevenu pur l'espace d'un

songe , à l'intérieur de sa petite chaloupe de

cristal , s'éloignait peu à peu , avec tristesse , de l'éther vaporeux baigné de l'aube rouge d'un phare que reflétaient encore ses yeux mouillés d'aube opaline incrustée de pierres précieuses , pures lumières perlant d'ondes-gouttelettes caressées par la fécondante chaleur du Soleil levant ! 

 

     2 - Fascination que ce moment suspendu où , entre rêve et demi-jour , l'artiste effleure l’inspiration totale , quasi divine , mais se réveille pour découvrir que , brusquement , tout lui échappe ! C’est comme si l’univers littéraire entier s’était dévoilé l’espace d’un bref instant , lui offrant une vision aussi vive que fugace , et en même temps , tout s’était effondré au réveil , laissant un sentiment d’impuissance face à la page blanche . La contradiction entre l’intensité de cette révélation nocturne et l’oubli cruel au matin est d’une force incroyable !
La feuille , alors , devient presque un miroir du possible , comme un rappel douloureux de ce qui s'est lentement dissipé , sans doute , l'histoire de sa propre véritable vie . C’est une belle métaphore de la création littéraire , où l’on sait que quelque chose d’immense se cache dans les profondeurs de l’inconscient , mais où l’angoisse de ne pas réussir à l’attraper dans le filet des mots crée une tension créative , un défi à surmonter , tel cet iceberg dont on ne verrait que la surface , mais qui , soudain , va vous engloutir !

Mettons que l'auteur Anton
Gouvelioù , qui avait passé les dernières semaines dans un état d’errance à chercher en vain , de minute en minute , l’étincelle salvatrice qui lui aurait permis de commencer enfin son prochain livre , avait connu , certes , beaucoup trop d'idées de naufrage !

Mais des espoirs d'être sauvé ? Chacun s’éteignait sitôt qu’il posait la plume sur le papier , cette page immaculée devenant , pour lui , comme une sorte de gouffre fatal , un mur invisible en face de son impuissance !

Une nuit cependant , complètement épuisé par de multiples tentatives infructueuses , le romancier finit par s’endormir , l'esprit en quête de cette essentielle vérité qui , pour l'instant ,

lui échappait . C’est alors que , dans la lourdeur de son sommeil , un monde s’ouvrit à lui . Tout y était si net , si intense qu’il n’avait plus aucun doute : c’était là le récit qu’il cherchait à écrire . Il y vit , d’abord , le spectacle d'un fabuleux paysage , une terre où le ciel semblait pulser comme une matière vivante , y rencontrant des personnages dont le visage lui parut étrange et familier à la fois , des êtres qui , semblant contenir des fragments de lui-même , lui parlèrent aussitôt , chacun avec sa propre voix , de sa propre

histoire , et les mots qu’ils prononçaient résonnaient en lui d'une signification troublante , comme s’ils révélaient des vérités éternelles !

Mais au centre de cette vision chimérique se trouvait une figure éclatante , une femme au visage voilé , qui tendait vers lui un ancien grimoire .

- Écris cela ! , lui ordonna-t-elle dans un murmure qui semblait venir des confins de son cerveau . Il lui prit des mains le manuscrit, sentant sous les doigts de la fée la texture des pages de même que les reliefs des mots inscrits lui brûlant le crâne . Les symboles , dansant à l'intérieur en ballets de lettres d'or , y changeaient souvent de forme , et cependant , il en comprenait intuitivement le

sens , un secret qu’il savait être la clé de son œuvre , la réponse , frémissant en lui , à cette terrible angoisse créatrice qui le hantait !

Soudain , tout se mit à trembler . La scène s’effaça en une cascade de couleurs et de sons qui s’effilochaient . Le dormeur lutta pour essayer d'en retenir les images , les mots , les visages , puis , brusquement , il s’éveilla . La chambre était encore plongée dans la pénombre , l’aube commençait à percer au loin . Les mains tremblantes d’excitation , l’esprit encore engourdi , Anton se redressa , tendant désespérément le bras vers son carnet pour y consigner ce qu’il venait de vivre !

 

 

( A Suivre )

 

 

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* " Le Dernier Eté de Klingsor " ( Klingsors Letzter Sommer , 1919 ) - Soirée 'août , nouvelle de Hermann Hesse ( 1877 - 1962 )  , romancier , philosophe allemand .

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